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CHAPITRE XIII

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La trêve de Thorberg durait encore; le duc d'Autriche avait refusé de secourir le comte de Kybourg', quoique son vassal, dans la guerre qui venait de prendre une issue si désastreuse pour ce seigneur. Mais les Suisses, déjà mécontents de lui pour d'autres causes , l'accusaient d'avoir prêté au comte un appui indirect. Léopold, de son côté, s'alarmait des progrès delà confédération , et la noblesse voyait dans l'exemple contagieux

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de cette ligue entre les paysans et les bourgeois des villes , la cause de sa ruine future si on ne parvenait à la dissoudre. Peu de seigneurs, dans ce temps-là, faisaient consister leur puissance, comme les comtes de Neuchâtel, dans la prospérité de leurs sujets qu'ils gratifiaient tous les jours de nouvelles franchises.

Une confédération de cinquante-et-une villes impériales , unies par l'inquiétude que leur causait la puissance de la maison d'Autriche, proposa aux Suisses de se joindre à elles. Mais déjà alors la jalousie entre les pays et les villes, c'est-à-dire entre les cantons où tous les habitants du pays ne formaient qu'une seule communauté souveraine, et ceux où la souveraineté appartenait exclusivement à la bourgeoisie de la ville capitale, commençait à se manifester. Schwylz dissuada les Waldstetten d'accéder à la proposition des villes allemandes; les villes seules entrèrent dans l'alliance. Léopold vint alors à Zurich; par ses manières insinuantes et par quelques concessions faites à propos, il réussit en partie à endormir la vigilance des Suisses, tandis qu'il travaillait à diviser la ligue des villes. Ce succès obtenu, il devint plus réservé, ses agens redoublèrent de hauteur et de prétentions.

Les Suisses se plaignaient surtout des nouveaux péages que le duc avait établis dans leur voisinage; l'arrogance avec laquelle les gouverneurs autrichiens écoutaient leurs réclamations achevait de les mécontenter; le peuple était irrité et ses chefs avaient peine à le contenir. Enfin, des bourgeois de Lucerne, sans que les magistrats pussent les en détourner, prirent toutà-coup les armes, marchèrent sur Rotenbourg, où était l'un de ces péages , rasèrent le château et les remparts de la ville , et revinrent à Lucerne sans avoir d'ailleurs porté aucune atteinte aux personnes et aux propriétés.

A cette violation de la paix , les Lucernois ajoutèrent bientôt iprès une nouvelle offense contre le duc. Pierre de Thorberg, un de ses principaux conseillers, avait reçu de lui l'Entlibuch en engagère; les habitants avaient beaucoup à souffrir de son avarice et de sa dureté; las de ses exactions, ils cherchèrent

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autour d'eux quelqu'un qui les protégeât; ils demandèrent et obtinrent la bourgeoisie de Lucerne ; Pierre de Thorberg vit dans cette démarche un acte de rébellion et en fit punir de mort les principaux auteurs. Les hommes de l'Enllibuch réclamèrent le secours de leurs nouveaux combourgeois , qui se mirent en marche sans hésiter et détruisirent plusieurs châteaux appartenant à Thorberg ou au duc. En même temps , Sempach et plusieurs autres petites villes autrichiennes se firent aussi recevoir dans la combourgeoisie de Lucerne. La guerre se trouva donc engagée.

De retour d'une expédition victorieuse contre les villes de l'Alsace, Léopold arriva dans ses domaines d'Argovie, jurant hautement qu'il châtierait les Suisses de leur injuste agression. Dès que sa résolution fut connue, la haine de la nohlesse contre les Suisses se manifesta par une multitude de déclarations de guerre de la part de seigneurs ecclésiastiques ou séculiers. Les confédérés en reçurent cent soixante-sept dans l'espace de douze jours. Les Glaronnais notifièrent au duc , que la cause des confédérés était aussi la leur : Berne, requise par les Waldsletlen de se joindre à eux, s'excusa sur ce que la trêve avec l'Autriche n'était pas entièrement expirée, et sur les frais de la guerre de Kybourg , qui ne lui permettaient pas d'en entreprendre sitôt une nouvelle.

La guerre commença de part el d'autres par des attaques et des surprises de villes et de châteaux , dont les garnisons et même les habitants étaient souvent passés au fil de l'épée. Les Suisses, supposant que le priucipal effort des ennemis serait, comme dans les précédentes guerres, dirigé contre Zurich, avaient réuni leurs forces dans cette ville; mais, informés que Léopold se dirigeait au travers de l'Argovie du côté de Sempach, ils changèrent leurs dispositions ; il fut convenu que Zurich , Zug et Glaris défendraient chacun sa ville ou son territoire; les Waldstetten se mirent en marche vers Sempach.

Le 9 juillet 1386, les deux armées se rencontrèrent sous les murs de cette vif!e; les confédérés au nombre de treize cents, auxquels s'étaient joints une centaine d'hommes de l'Entlibuch

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et de Rolenbourg, vassaux de V Autriche, et dont le sort dépendait désormais du succès des armes des confédérés : Léopold, à la tête de sa nombreuse et brillante noblesse, pleine d'ardeur et de confiance en elle-même. Le gros de l'année, sous les ordres de Jean de Bonstetten , était resté auprès de Brougg.

Ici , comme à Laupen , l'orgueil des nobles se fit jour avant la bataille par de présomptueuses bravades; ici aussi des hommes sages n'auguraient rien de bon de celle excessive confiance. Le vieux baron de Hasenberg, après avoir observé l'ordonnance et Pallilude des Suisses, dit à ceux qui l'entouraient : • L'orgueil n'est bon à rien, le plus sage serait d'envoyer For- ■ dre à Bonslcllen d'accourir en toute hâte. » Mais on se moqua de sa prudence. Quelques seigneurs cherchèrent à engager Léopold lui-même à ne pas confier sa personne aux hasards du combat; il repoussa leurs instances, d'abord en souriant, puis avec indignation : « A Dieu ne plaise, dit-il, que je voie de t loin mes chevaliers mourir pour moi! Ici, chez moi, pour » mon droit, avec vous, je veux vaincre ou mourir! •

Il fit mellre pied à terre à tous ses chevaliers et les rangea en un épais bataillon hérissé de lances, en forme de demi-lune. Les Suisses donnèrent à leur ordre de bataille la forme d'un triangle. Après une courte, mais fervenle prière, ils s'avancèrent au pas de course contre le centre de l'armée ennemie , mais l'impétuosité de leur attaque vint se briser contre celle muraille de fer.

Ici s'engagea un combat meurtrier pour les Suisses, qui se consumaient en efforts impuissants pour enlamer l'ordre de bataille des ennemis. En vain l'avoyer Pelermann de Gundoldingen, de Lucerne, était lombé grièvement blessé, et les principaux chefs de cette ville s'élaient fait tuer autour de la bannière, en vain , d'après le conseil d'un homme d'Uri , on essaya de frapper sur les lances pour les briser, les lances brisées étaient aussitôt remplacées , et l'armée autrichienne restait toujours ferme et impénétrable. Les deux ailes firent un mouvement pour envelopper les Suisses ; les pesantes armures des cheva-

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liera el leur inexpérience de ce genre (Je combat, les empêchèrent d'achever ce mouvement ; mais l'infanterie, qui n'avait pas été engagée, pouvait tourner les confédérés, et Bonstetlen, avec son corps d'armée, pouvait arriver à chaque inslant. Si la victoire était restée à la noblesse , tous les pays qui forment aujourd'hui la Suisse seraient devenus, peut-être à jamais, une province autrichienne.

Dans les rangs des confédérés était un chevalier du pays d'Untervvalden , Arnold Strutthan de Winkelried. Un de ses ancêtres, Strutthan de Winkelried, avait jadis, par le sacrifice de sa vie, délivré son pays d'un serpent monstrueux , comme , vers l'époque où nous sommes parvenus , Sulpy Raymond , au Val-de-Travers , rendit, au prix du même sacrifice, le même service à ses concitoyens. Animé par une de ces inspirations subites, qui saisissent l'homme au moment du danger et semblent être la voix de Dieu qui lui commande un grand dévouement : « Chers confédérés, s'écrie-t-il , je vais vous ouvrir un • passage ; ayez soin de ma femme el de mes enfants, » et il s'élance au premier rang. C'était un homme grand et fort; il embrasse autant de lances qu'il peut en atteindre, les enfonce dans sa poitrine et les entraîne dans sa chute. Le passage ouvert, les Suisses s'y précipitent comme un torrent.

Alors commença un épouvantable carnage. Embarrassés de leurs pesantes armures, les chevaliers à pied recevaient la mort presque sans résistance; leurs cuirasses volaient en éclats sous les coups des confédérés. Une foule de seigneurs et de chevaliers, dont les descendants ont plus tard occupé des trônes , ou brillé dans les conseils et dans les armées des confédérés, périrent dans celte mêlée. On conjura alors Léopold de songer à sa propre sûreté : « Eh ! comment le pourrais-je , répondit ce généreux prince , » lorsque je vois tant de braves gens mourir » pour moi? » En ce moment, il voit sa bannière chanceler ; le cri se fait entendre: «Sauvez Autriche, sauvez! » 11 accourt pour la défendre; il la relève; trois fois on la vit flotter haute et sanglante dans la main du souverain; mais elle retomba, et Léopold trouva la mort glorieuse qu'il avait cherchée. Martin

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Malterer, qui portait la bannière de Fribourg en Brisgau, le reconnut, se jeta sur son cadavre pour le préserver de toute insulte et trouva la mort dans l'accomplissement de ce pieux devoir.

Quand les chevaliers s'aperçurent que leur prince avait disparu, la terreur s'empara d'eux; ils demandèrent à grands cris leurs chevaux. Mais ceux à qui la garde en était confiée avaient depuis long-temps pris la fuite, et un nuage de poussière montrait dans le lointain la route qu'ils avaient prise. Il ne leur restait qu'à vendre chèrement leur vie; ici encore le carnage fut grand , et la résistance non moins glorieuse que l'attaque. La mort de trente-quatre nobles et bourgeois de Schaffhouse ne put sauver la bannière de cette ville. Les villes argoviennes firent aussi briller leur courage et leur fidélité : l'avoyer de Zoffingue, Nicolas Tbut, avant de mourir, déchira sa bannière en morceaux. On le trouva mort, avec la hampe du drapeau serrée entre les dents. Mais presque tous les chefs, des deux côtés, avaient succombé; les vainqueurs eux-mêmes étaient épuisés de fatigue; arrivés près des bagages, ils se laissèrent distraire par le butin, et les débris de l'armée ennemie parvinrent ainsi à échapper.

Les Suisses passèrent, selon leur coutume, trois jours sur le champ de bataille , et rentrèrent dans leurs foyers , chargés de trophées et chantant des chants de victoire. Le corps de Léopold fut déposé à l'abbaye de Kœnigsfelden avec ceux de soixante chevaliers. Ainsi ce prince reposa au milieu de ses braves dont il n'avait voulu se séparer, ni dans la vie, ni dans la mort. Les Suisses honorèrent la mémoire des vaincus : un service anniversaire fut fondé à Lucerne en commémoration des morts des deux partis.

Pendant que les confédérés combattaient à Sempach, les Bernois attaquaient, non loin de là, Hasenbourg et Villisau, possessions de la comtesse Mahaut de Valangin , qui , tutrice de son fils mineur, après s'être fait admettre dans leur combourgeoisie, y avait renoncé sans payer la dédite convenue , et avait embrassé le parti du duc, son parent. Peu de jours après, un autre

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parti de Bernois ravageait le Val-de-Ruz. Bientôt, la trêve de Thorberg étant écoulée, ils déclarèrent la guerre à l'Autriche, et en profitèrent pour agrandir de nouveau leur territoire par de nombreuses conquêtes. Les cantons orientaux s'agrandissaient également aux dépens de l'ennemi , autant que la position de chacun d'eux le permettait, jusqu'à ce que les efforts des villes d'Allemagne parvinrent à faire conclure une trêve de dix-huit mois, souvent violée au détriment des Suisses, qui l'ont appelée la mauvaise paix.

Peu de temps avant la conclusion de la trêve, les Glaronnais, aidés de leurs confédérés , s'étaient emparés de la pelite ville autrichienne de Wesen, qui, par sa situalion, menaçait particulièrement leur indépendance. Les bourgeois avaient prêté serment de fidélité; Glaris leur avait maintenu leurs franchises et avait cherché à se concilier leur affection. Mais ils profilèrent de la confiance qu'ils avaient su inspirer pour introduire de nuit les Autrichiens dans la ville cl égorger toute la garnison suisse. C'était au mois de février 1588; la neige obstruait les passages des montagnes par où les Waldstetten auraient pu secourir les Glaronnais, et les forces considérables que les Autrichiens s'empressèrent de réunir à Wesen et dans les environs empêchaient également l'arrivée des secours du côté du lac de Zurich. Dans leur isolement, les Glaronnais offrirent aux conseillers autrichiens à Wesen de se soumettre à des conditions équitables. Après leur avoir fait long-temps attendre la réponse à leurs ouvertures, on leur signifia, avec d'autres conditions onéreuses, qu'ils devaient livrer l'acte de leur confédération avec les Suisses et se reconnaître serfs de la maison d'Autriche, toutes leurs anciennes franchises et libertés étant annulées à cause de leur désobéissance. Entre une paix intolérable el une guerre qui ne leur présentait aucune chance de succès, ils tentèrent un terme moyen : ils offrirent de se soumettre à tout ce qu'on exigeait d'eux, pourvu qu'on leur laissât et leurs anciennes libertés et l'alliance qu'ils avaient jurée avec les confédérés; mais leurs députés furent chassés de Wesen avec mépris. Il ne leur restait d'autre parti à prendre que de vivre

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comme serfs autrichiens, ou de mourir libres. Ils choisirent le dernier.

Une nombreuse troupe d'élite se réunit à Wesen sous le commandement de Jean de Werdenberg, comte de Sargans. La veille de l'attaque, le capitaine Matthias AmBuel, qui commandait la milice glaronnaise, fut informé des dispositions de l'ennemi et en transmit l'avis au bourg principal. Les femmes et les enfants furent envoyés pendant la nuit dans les hautes vallées avec le bétail et les meilleurs effets, en même temps que des messagers traversaient les montagnes pour aller solliciter le secours des Waldsletten . Schwytz fit aussitôt partir trente hommes, qui furent bientôt suivis par vingt autres. Àm Buel, avec deux cents hommes, occupait les lignes de défense qui fermaient l'entrée de la vallée entre Mollis et Nsefels.

Le jeudi 9 avril 1388, à quatre heures du matin, les Autrichiens, au nombre de six mille, se mirent en marche contre les lignes, tandis que le comte de Werdenberg, avec quinze cents hommes, se dirigeait vers la gauche pour tourner, du côté de Mollis, la position des Glaronnais. Le tocsin sonnait dans tous les villages , mais malgré les renforts qui leur arrivaient peu à peu , les Glaronnais étaient en trop petit nombre pour défendre une aussi grande étendue de terrain. Après une résistance opiniâtre , les lignes furent forcées et les Autrichiens se répandirent dans la vallée, pillant et brûlant les villages et les maisons isolées. Matthias Am Bucl se retira, avec tous ceux des siens qui étaient restés autour de la bannière, sur une hauteur au-dessus de Naefels, au pied d'une paroi de rochers qui empêchait qu'ils ne fussent tournés. Les Glaronnais dispersés dans la plaine , voyant flotter la bannière , se dirigèrent de ce côté par petits détachements à travers les ennemis qui , croyant la victoire assurée, ne s'occupaient que du pillage. EnCn, cette troupe qui grossissait toujours fut remarquée; les Autrichiens se rallièrent et se disposèrent à l'attaquer. Alors le landammann Albert Vogel dit à ses concitoyens : « Invoquez Dieu ! Il est mit séricordieux, il est le protecteur des délaissés, il peut ressus- • citer les morts, il peut aussi nous sauver! » Les assaillants

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furent reçus avec une grêle de pierres; les chevaux effarouchés se cabrèrent, renversèrent leurs cavaliers et mirent le désordre dans les rangs. Dix fois les Autrichiens revinrent à la charge ; dix fois ils furent repoussés. Enûn, tandis qu'ils se reliraient à distance afin de gagner du terrain pour leur onzième attaque, de bruyants cris de guerre se firent entendre. C'étaient les Glaronnais des vallées les plus éloignées et les trente hommes partis les premiers de Schwylz et qui avaient traversé les montagnes peudant la nuit. A cet aspect, les Glaronnais sentirent leurs forces presque épuisées se ranimer. Il était neuf heures du malin. Renforcés par ce secours inespéré et sans laisser le temps aux Autrichiens de reprendre l'offensive, ils fondirent sur eux et les mirent en déroule. La plaine fut bientôt couverte de fuyards. Les uns trouvèrent la mort dans les eaux de la Linlh en cherchant à échapper au fer des vainqueurs, les autres se précipitèrent vers le pont de Wescn, qui s'affaissa sous le poids, et un grand nombre d'entre eux périrent dans le lac de Wallenstadt. Arrêtés par cet obstacle, les Glaronnais rendirent grâces à Dieu de leur victoire, et passèrent la nuit sur le champ de bataille. Le comte de Werdenberg, arrivé sur les hauteurs de Mollis, etvoyaut la déroute des siens, s'enfuit sans attaquer et sans être poursuivi. Wesen fut incendiée par les Autrichiens dans leur retraite et pillée par les Suisses. Les habitants abandonnèrent pour toujours leurs demeures. Ce fut le châtiment de leur perfidie.

La bataille de Nœfels fut la dernière que les Suisses livrèrent contre les Autrichiens pour le maintien de leur indépendance. Le souvenir de cette grande délivrance a depuis lors été célébré chaque année par une procession solennelle à laquelle prennent part tous les hommes de Glaris.

En même temps, les Bernois, avec leurs alliés les Soleurois, s'emparaient de Buren et de iNidau, d'Unterseen , du Haut-Sibbenthal et d'autres lieux. Zurich, avec ses confédérés, auxquels Beruc, et avec elle Soleure, avait fini par se joindre, assiégeait en vain Rapperswyl. Les habilans, se souvenant de la mauvaise foi dont leurs pères avaient été victimes du temps de Rodolphe

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Brun, se défendirent avec le courage du désespoir. Celte guerre, ! désormais sans action d'éclat, souvent accompagnée d'incendie et de pillage, se termina au bout de treize mois par une trêve conclue pour sept ans sous la médiation de quelques villes impériales, et par laquelle chaque canton conserva les conquêtes qu'il avait faites. Zurich, Uri et Unterwald furent les seuls qui ne reçurent aucun agrandissement. Berne ne consentit qu'à regret à déposer les armes.

Cette paix était pour l'Autriche presque aussi désastreuse que la guerre. A6n de se ménager des chances plus favorables pour l'avenir, le jeune Léopold, qui avait succédé à son père mort à Sempach, chercha à désunir les confédérés. Le bourgmestre de Zurich, Rodolphe Schcen , se laissa entraîner à conclure, à l'insu du grand-conseil, un traité encore plus contraire à l'union des confédérés que celui qu'avait conclu jadis Ro- ^ dolphe Brun. Mais les cantons en eurent connaissance; leurs députés accoururent à Zurich, et le grand-conseil, saisi de cette affaire, mit le traité à néant et condamna au bannissement le bourgmestre et ses complices.

Ce fut à cette époque, et sans doute pendant que les députés des cantons se trouvaient assemblés pour cette affaire, qu'ils conclurent une convention sur les règles à observer en temps de guerre, qu'on a appelée la convention de Sempach, parce qu'elle fut surtout conclue à l'occasion de certains abus ou désordres qui s'étaient manifestés durant la dernière guerre. Les confédérés promirent de s'aider les uns les autres dans tous les périls, de ne point se rendre justice à eux-mêmes et de ne ja- ^ mais user de voies de fait sans nécessité. La personne et les biens de celui qui a pris la fuite devant l'ennemi sont dévolus à l'état auquel il appartient. Les hommes mis hors de combat doivent néanmoins rester à leur poste tant que dure le danger. Personne ne doit mettre la main sur le butin avant que les chefs l'aient permis. Les ecclésiastiques et les femmes, les églises et les monastères, les marchands étrangers et leurs marchandises, doivent être respectés. Soleureprit part, comme alliée de Berne, à celte convention.

APPENZELL

L'année suivante, Tan 4394, la trêve avec l'Autriche fut prolongée pour vingt ans.

Encore un an plus tard, mourut Isabelle de Ncuchâlel , laissant pour son héritier le fils de sa sœur Varenne, Conrad de Fùrslenberg, comte de Fribourg. Les chroniqueurs nous la représentent souvent , assise sous un tilleul près de la porte de son chàlea'u, rendant la justice à ses sujets, assistée de ses conseillers nobles, ecclésiastiques et bourgeois. Par sa prudence et son habileté, elle répara les suites du laisser-aller et des prodigalités de son père , mais ces qualités furent souvent déparées chez elle par l'avidité et le manque de foi.

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