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CHAPITRE XIV

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Les cantons continuèrent d'étendre leur territoire pendant la paix autant, si ce n'est plus, qu'ils avaient fait durant la guerre ; des seigneurs obérés leur vendaient ou leur engageaient leurs terres; ou bien des villes ou des populations rurales, opprimées ou négligées par leurs seigneurs, venaient se ranger sous leur protection et conclure avec eux des traités de combourgeoisie. Berne, en particulier, travaillait avec autant d'habileté que de succès à l'agrandissement de son territoire, en même temps qu'elle se fortifiait par des alliances avec ses voisins. L'an 1403, Berne et Fribourg, ces deux villes qui reconnaissaient un même fondateur, mirent fin à leur vieille inimitié et s'unirent par une combourgeoisie perpétuelle. Trois ans après, Berne conclut avec le comte et la ville de Neuchâtel une combourgeoisie qui a duré tant que la république a subsisté.

Avec la mon d'Isabelle et l'avènement d'une nouvelle maison souveraine , les vieux rapports d'aiïeclion et de confiance mutuelles, qui , sous la maison de Ncuchâtel , avaient toujours régné entre le comte et ses sujets, avaient fait place à des dis-.

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positions loutos différentes. Conrad voyait avec la même répugnance les droits des bourgeois de Neuchâlel, ses sujets, et ceux du prince de Châlons-Orange, son suzerain ; mal conseillé t il tenta des mesures qui répandirent l'alarme dans le pays; les bourgeois, de leur côté, paraissaient aspirer à se rendre indépendants Enfin Conrad apprit tout-à-coup qu'ils étaient à la veille de conclure un traité de combourgeoisie avec Berne. Mieux inspiré cette fois qu'il l'avait été jusqu'alors, il accourut à Berne en toute hâte et demanda à être reçu lui-même dans la bourgeoisie. Les deux traités furent confirmés par serment le même jour, le 16 avril 1406. Il fut stipulé que Berne serait désormais juge des différends qui pourraient s'élever entre le prince et les bourgeois de Neuchâlel. Seuls entre tous les anciens princes et seigneurs séculiers de la Suisse, les successeurs de Conrad ont conservé leurs états et ont même survécu à la confédération ; c'est à cette heureuse détermination de Conrad que les Neuchàtelois sont redevables d'avoir conservé jusqu'à ce jour leurs souverains et leurs antiques lois.

Les démêlés entre le comte et les bourgeois n'étaient pourtant pas encore terminés. Vauthier de Rochefort, fils illégitime du comte Louis, ennemi acharné de Conrad, qui lui avait généreusement pardonné plus d'une fois, remit aux bourgeois une prétendue charte du comie Louis, qu'il avait fabriquée lui-même, et qui les déclarait presque indépendants. Mais ici la combourgeoisie fit déjà sentir ses effets ; les députés de Berne arrivèrent à Ncuchâtel avec ceux des autres villes alliées; la charte fut déclarée fausse; les bourgeois reconnurent leur erreur et se soumirent; Vauthier eut la téte tranchée au bord du lac; sou complice , le chanoine Leschot , qui avait joui de toute la confiance du comte, fut noyé dans Jp lac après avoir été dégradé; le château de Rochefort fut détruit, et l'on n'en voit plus aujourd'hui que la place qu'il occupait.

Peu d'années auparavant, un des plus illustres voisins des comtes de Neuchâlel périt , et avec lui s'évanouit la puissance de sa maison. Othon de Grandson, célèbre en son temps par ses poésies aussi bien que par ses exploits à la guerre, fut accusé

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par Gérard d'Estavayer, qui avait conlre lui une injure personnelle à venger, d'avoir fait emprisonner le comte Amédée VII de Savoie. Selon la coutume qui subsistait encore en ce tempslà , Olbon appela son adversaire en combat singulier; c'est ce qu'on appelait le jugement de Dieu; il fut tué dans le combat; les possessions des barons de Grandson tombèrent aux mains des comtes de Savoie.

A la même époque, il s'éleva une contestation qui menaça un instant de diviser les confédérés. Le canton de Zug se composait de la ville et de trois communes de la campagne. Lorsque celles-ci se trouvaient du même avis sur quelque affaire du canton , la ville était obligée d'y déférer; si, au contraire, une des trois communes se rangeait du côté de la ville, l'avis de celle-ci devait prévaloir. De tout temps la ville avait eu en sa garde le sceau et la bannière de l'état; or il arriva que les communes rurales voulurent lui rclirer ce privilège. Se fondant sur la règle qui vient d'être indiquée, elles prétendaient que leur volonté devait avoir force de loi. Les bourgeois soutenaient, de leur côté, que, s'agissant d'une contestation entre la ville et la campagne, celle-ci ne pouvait pas être juge dans sa propre cause, et ils réclamaient le droit fédéral, c'est-à-dire le jugement des confédérés. A Schwytz, la plupart des magistrats pensaient que l'on ne pouvait se dispenser d'accepter le jugement de la cause et de prononcer entre la ville et les trois communes; le peuple, au contraire, prévenu en faveur des gens de la campagne, prétendait qu'on devait les soutenir, puisqu'ils étaient leurs confédérés aussi bien que les bourgeois, et qu'ils avaient d'ailleurs pour eux la pluralité; et lorsque des envoyés des communes vinrent solliciter l'appui de Schwytz contre l'intervention des cantons, le peuple s'assembla eu tumulte, et, après avoir forcé le conseil à lui remettre la bannière, vint occuper la ville de Zug à l'improvisle et fit promettre aux bourgeois de se soumettre à ce que l'état de Schwytz déciderait. Aussitôt les députés des cantons s'assemblèrent à Luccrne; trois mille hommes de ce canton occupèrent la ville de Zug; trois jours après, dix mille hommes entrèrent sur le territoire du

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canton. Berne, Soleure et Glaris, à raison de leurs circonstances particulières, se bornèrent au rôle de médiateurs. Les trois communes se soumirent à ce que les cantons prononceraient. Zurich, Lu cerne, Uri et Unlerwalden s'assemblèrent à Beckenried, sur le lac des Quatre-Canlons, et déclarèrent la prétention des communes rurales mal fondée. Le pays de Schwytz fut condamné à payer des indemnités aux bourgeois de Zug et aux confédérés. Quand celte sentence fut connue à Schwytz, la colère du peuple se tourna , comme on l'avait vu dans PUnterwaldeu lors de l'affaire de Rinkenberg, contre ceux qui l'avaient entraîné à commettre l'action qui venait d'être condamnée comme injuste par les confédérés ; ils furent exclus du conseil et une partie de l'indemnité fut mise à leur charge.

Les habitants de l'ancienne Rhétie vivaient isolés dans leurs nombreuses vallées, séparés les uns des autres, comme du reste du monde, par leurs montagnes , leurs glaciers et leurs forêts. Aussi leurs nombreux seigneurs ecclésiastiques et séculiers étaient devenus peu à peu presque indépendants. Les plus puissants étaient l'évêque de Coire, l'abbé de Disentis , les comtes de Montfort ou Werdenberg et de Toggenbourg, les barons de Valz et de Rhœzuns. Les guerres fréquentes qu'ils se faisaient entr'eux préparaient insensiblement l'émancipation des paysans. Une guerre semblable entre l'évêque de Coire et le baron de Rhœzuns, dans laquelle la plus grande partie de la noblesse de cette contrée se trouva engagée , donna lieu à la conclusion d'une alliance perpétuelle entre Glaris et Rhœzuns, à laquelle accédèrent non-seulement l'abbé de Disentis, le baron de Vatz et d'autres , mais aussi les communes qui dépendaient de ces différents seigneurs. D'un autre côté, les sujets de l'évêque Hartmann de Werdenberg et de son parent , le comte Jean de Werdenberg, formèrent, l'an 4596, une confédération pour leur défense mutuelle ainsi que de leurs seigneurs. Cette confédération fut appelée la ligue Cadêe ou de la Maison- Dieu.

Quelques années après , une autre petite confédération prit naissance dans les montagnes de l'Appenzell , qui s'élèvent comme une forteresse naturelle aur dessus des contrées environ*

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uantes. Cet événement fut le résultat t en partie de l'exemple des Suisses, en partie du mauvais gouvernement de l'abbaye de Saint-Gall, souveraine de cette contrée. Ce monastère avait subi de grands changements dans le cours des siècles. Ce n'étaient plus les pieux compagnons de Gallus et de Mangold, défrichant de leurs propres mains des contrées incultes et répandant parmi leurs sauvages habitants la semence du salut; ce n'étaient plus leurs savants successeurs, versés dans les lettres divines et humaines, et travaillant sans relâche à former d'utiles ouvriers pour la vigne du Seigneur. L'abbaye était riche et souveraine; la politique et la guerre, le faste et les plaisirs, faisaient les principales occupations de ses religieux , tous appartenant aux plus illustres familles. L'abbé qui régnait alors , Conrad de Slauffen , déréglé dans ses mœurs et dissipateur, élevait arbitrairement, pour subvenir à ses dépenses, les redevances de ses sujets, et les officiers préposés aux receltes en poursuivaient le recouvrement avec une dureté insultante et brutale, jusqu'à faire déterrer un mort pour s'emparer de l'habit dont de malheureux enfants avaient revêtu le corps de leur père. Poussées à bout, les communes de l'Appenzell se liguèrent, s'emparèrent des châteaux de l'abbé et chassèrent les baillifs. L'épuisement du trésor ne permettant pas à l'abbé de réprimer ce soulèvement par la force , il sollicita la médiation de plusieurs villes impériales du voisinage. Les Appenzellois protestèrent aux députés de ces villes qu'ils n'entendaient se soustraire à aucune prestation légitime, et qu'ils ne s'étaient ligués que contre l'injustice et l'insulte. Ils demandèrent en particulier que l'abbé cessât d'établir sur eux des baillifs étrangers. Les villes , peu favorables aux gens de la campagne, rejetèrent cette demande ; elles prononcèrent la dissolution de la ligue des Appenzellois et les congédièrent avec beaucoup de promesses que l'abbé n'exigerait rien d'eux qui ne fût équitable. Ainsi les baillifs retournèrent à leurs postes, recommencèrent leurs exactions, et achevèrent d'irriter la population en poursuivant ceux qu'ils regardaient comme les auteurs du dernier soulèvement.

La ville de Saint-Gall était alors en différend avec l'abbé.

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Les Appenzellois firent une alliance avec elle pour la défense mutuelle de leurs droits. Alors Conrad quitta la ville avec tous ses religieux et alla s'établir à Wyl, sa résidence d'été. Il fit fermer l'église du monastère; le service divin cessa entièrement.

L'éclat que produisit cette résolution de l'abbé et dans la ville et dans le pays, favorisa les efforts des villes alliées du monastère pour engager les parties à se soumettre à leur arbitrage. Après quelques négociations tant avec la ville qu'avec l'abbé (personne ne s'adressa aux Appenzellois), elles rendirent leur sentence. Tout en maintenant l'alliance que la ville de Saint-Gall avait formée avec plusieurs d'entr'elles, elles mirent à néant celle qui venait d'être conclue entre la ville et les Appenzellois. La ville se soumit aussitôt; mais quand cette sentence fut notifiée aux Appenzellois, ils s'écrièrent qu'ils étaient trahis, et se voyant abandonnés de tous ceux dont ils avaient pu jusqu'alors espérer quelque appui , ils prirent le parti do s'adresser aux confédérés. Schwytz, toujours prompt dans ses décisions , les admit dans son alliance et leur envoya un landammann pour les gouverner et un capitaine pour les conduire en guerre : Glaris autorisa sa jeunesse à aller combattre avec .eux ; les autres cantons, trop éloignés, ou ne voulant passe mêler d'affaires qui leur étaient étrangères, déclinèrent leur demande. L'abbé requit le secours des villes impériales pour réduire ses sujets rebelles.

Ce fut au mois de mai 1405, que l'armée de l'abbé se mit en marche de Saint-Gall pour pénétrer dans l'Appenzell. Les robustes enfants de la montagne étaient postés auprès du village du Speicher , d'où l'on descend vers Saint-Gall , pleins de résolution, et bien convaincus du sort qui les attendait s'ils avaient le malheur d'être vaincus. Quand ils virent la colonne ennemie déboucher du chemin creux par lequel elle avait gravi la montagne jusque là, ils l'attaquèrent avec vigueur et l'obligèrent à suspendre sa marche. En même temps, les gens de Schwytz et de Glaris, sortant des bois que traversait la route, engageaient le combat avec l'arrière-garde. Dans cette position critique , les chefs des troupes de l'abbé voulurent^ transporter

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le combat dans la plaine, où la supériorité du nombre aurait pu leur rendre l'avantage. Mais leurs ordres furent mal compris ; le mouvement rétrograde de la tète de la colonne fit croire au reste de la troupe que la bataille était perdue ; la retraite devint une déroute; cavaliers et fantassins s'enfuirent pélemêle sans s'arrêter jusqu'à Saint-Gall. Beaucoup d'entr'eux tombèrent sous le fer de l'ennemi ; cependant plus d'un bourgeois de Saint-Gall fut redevable de la conservation de sa vie au souvenir de l'ancienne amitié qui subsistait autrefois entr'eux et les Appenzellois. Un d'eux, blessé à mort, voyant venir à lui un Appenzellois prêt à l'achever, le supplia de lui laisser le temps de dire à sa femme un dernier adieu. Emu de pitié, cet homme appelle ses camarades ; ils transportent tous ensemble le blessé jusque près de la ville ; là ils font avertir sa femme, et son mari eut la consolation de mourir dans ses bras. Depuis lors , toutes les fois que ces hommes vinrent dans la ville , elle les accueillit comme des membres de sa famille.

Après avoir poursuivi les fuyards jusques aux portes de Saint-Gall, les Appenzellois reprirent le chemin de leur pays qu'ils venaient de sauver par leur courage. Après s'être arrêtés sur le champ de bataille pour remercier Dieu qui les avait rendus vainqueurs dans ce premier combat presque sans aucune perte des leurs, ils congédièrent leurs amis de Schwylz et de Glaris après leur avoir donné leur part du butin.

Cependant ce revers ne put fléchir l'obstination de Conrad. 11 avait des espérances de secours de la part de l'Autriche. Les villes impériales et la ville de Saint-Gall se réconcilièrent avec les Appenzellois. Alors le duc Frédéric d'Autriche promit de se mettre à la tête d'une armée pour réprimer l'arrogance de ces montagnards.

Le comte Rodolphe de Montfort avait été dépossédé de ses domaines par le duc. Quand il vit que tout se préparait à la guerre, il se rendit au milieu des Appenzellois; il leur rappela l'injustice dont il avait été l'objet; il leur dit que c'était le devoir des opprimés de s'unir pour résister en commun à l'abus de la force , et il leur offrit le secours de son courage et de son

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expérience. Ces bergers avaient peine à croire que ce noble seigneur eût en effet l'intention de faire cause commune avec eux; mais quand ils le virent, vélu comme l'un d'eux, dormir sous leurs cabanes et partager leur grossière nourriture, ses manières simples et franches lui gagnèrent leur conGance et leur affection , et ils le proclamèrent d'une commune voix leur capitaine pour la guerre qui allait s'ouvrir.

Dans l'été de l'année 4405, deux ans après l'affaire du Speicher, le duc Frédéric se mit en marche avec deux corps de troupes, l'un destiné à pénétrer dans l'Appenzell, l'autre, commandé par le duc en personne, dirigé contre la ville de Saint-Gall. Le premier de ces deux corps , étant parti d' Altstetten dans le Rheinthal, s'engagea dans les montagnes, où le terrain, détrempé par une pluie abondante, rendait la marche extrêmement pénible. Le comte Rodolphe et les Appenzellois, tous pieds nus pour assurer leur marche , les attendaient à la limite de leur territoire , au lieu dit le Stoss; ils commencèrent par faire pleuvoir sur cette masse d'hommes pesamment armés qui avaient peine à se tenir debout sur ce terrain glissant, une grêle de pierres et de tronçons de bois ; puis quand ils virent les Autrichiens arriver en désordre près du sommet de la montagne, ils les attaquèrent brusquement en poussant de grands cris. En même temps on aperçut sur une hauteur voisine, une troupe qui paraissait vouloir attaquer les Autrichiens en flanc. C'étaient les femmes Appenzelloises qui venaient seconder les efforts de leurs frères et de leurs maris. A cet aspect , les Autrichiens, déjà ébranlés, prirent la fuite, entraînés par une terreur panique. Us avaient traversé en venant un retranchement élevé par les Appenzellois et dans lequel ils avaient pratiqué une trouée; mais au retour, cette ouverture se trouva trop étroite pour les fuyards qui s'y pressaient en foule. C'est là surtout qu'il en périt un grand nombre et que plusieurs restèrent au pouvoir des vainqueurs. Enfin , après être venus à bout , par des efforts désespérés , de renverser cet obstacle, ils se précipitèrent à toutes jambes dans la vallée. De retour de la poursuite de l'ennemi , les Appenzellois se réunirent sur le

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champ de bataille, et là, chacun s'écria : a C'est Dieu qui nous • a donné la victoire en nous envoyant la pluie, » s'agenouilla et rendit grâces.

Cependant le duc Frédéric , en contournant la pente méridionale des montagnes de l'Appenzell, était arrivé sous les murs de Saint-Gall; mais trouvant cette ville trop bien gardée pour oser entreprendre de l'attaquer , n'ayant d'ailleurs ni vivres, ni machines de siège, il continua sa marche, poursuivi par les bourgeois de Saint-Gall, et arriva, après plus d'un échec, à Arbon , sur le lac de Constance, où il apprit la défaite de ses troupes au Stoss. Après avoir encore tenté une surprise contre la partie septentrionale du pays d'Appenzell , du côté des hauteurs de la Wolfshalde , où ses troupes furent de nouveau repoussées avec une perle considérable , rebuté de cette guerre malheureuse , il repassa le Rhin et reprit le chemin de sa résidence d'Inspruck, laissant le soin de la guerre au comte de Toggenbourg, qui la continua saos énergie.

Désormais sans crainte pour leurs propres foyers, les Appenzellois s'empressèrent de porter la guerre sur le territoire de leurs ennemis. Un de leurs premiers exploits fut un acte de reconnaissance; ils chassèrent les Autrichiens des terres de leur ami, le comte de Monlfort, et l'en remirent en possession. Après avoir conquis tout le Rheinlhal , ils firent , de concert avec les bourgeois de Saint-Gall, une expédition victorieuse contre la Thurgovie, traversèrent le Toggenbourg et le Gaster, passèrent la Linth et s'emparèrent de la vallée de Weggis ainsi que de la Marche, à l'extrémité du lac de Zurich, et l'offrirent à leurs alliés de Schwylz. Les confédérés, qui n'avaient pas vu d'un œil favorable l'appui prêté par Schwytz aux Appcnzellois contre le duc d'Autriche , lui adressèrent des représentations contre l'occupation d'un pays qui appartenait à ce prince, avec lequel ils étaient alors en paix. Schwytz répondit qu'il n'avait pas conquis lui-même la Marche sur le duc, mais qu'il l'avait reçue en don de ses alliés, qui sauraient répondre de leurs actes. Les confédérés refusèrent la part qui leur était offerte à celle acquisition.

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Partout où les Appenzellois portaient leurs armes , ils excitaient Ie9 peuples à la révolte. Cette conduite, bien différente de celle qu'avaient tenue les Suisses dans des circonstances semblables, contribua sans doute, autant que leur bravoure , à leurs nombreux succès.

Après avoir ainsi marqué leur reconnaissance à leurs amis de Schvvytz, ils passèrent le Rhin pour attaquer le comte Guillaume de Monlfort, parent de leur ami le comte Rodolphe, et qui avait embrassé le parti du duc. Ils s'emparèrent d'un grand nombre de villes et de châteaux , les vallées de l'Inn et de l'Adige leur prêtèrent hommage ; peu s'en fallut que tout le Tyrol ne devint appenzellois.

Ils revinrent un moment sur leurs pas pour assiéger l'abbé dans sa résidence de Wyl. Au bout de cinq jours, les bourgeois de cette ville lui déclarèrent qu'il ne leur restait, à lui comme à eux , d'autre ressource que de capituler. Il se résigna donc à traiter avec ses anciens sujets et consentit à retourner avec eux à Saint-Gall. Quand les Appenzellois virent paraître ce vieillard pâle , exténué , tremblant , beaucoup d'entr'eux se demandèrent si c'était bien lui qui leur avait fait tant de mal, et s'il n'avait pas été séduit et trompé par les mêmes hommes qui venaient de l'abandonner dans sa détresse. Les chefs l'entourèrent, le traitèrent avec le respect qui était dù à son âge, à son rang et à ses malheurs, et empêchèrent qu'il n'eût à souffrir pendant la route de la joie insultante de leurs soldats. De retour à Saint-Gall, il conclut avec les Appenzellois et avec les bourgeois de Saint-Gall un traité par lequel il mettait l'abbaye sous leur protection.

Après avoir ainsi fait la paix avec leur ancien seigneur , les Appenzellois et les Saint-Gallois reprirent le cours de leurs conquêtes. Rien ne semblait pouvoir leur résister ; mais , au mois de janvier 4408, leur petite armée, qui assiégeait Bregenz, fut surprise, à la faveur de la nuit et d'un brouillard épais, par l'armée de la noblesse de Souabe quatre fois plus nombreuse. Après une résistance opiniâtre et une perle considérable , ils reprirent le chemin de leurs montagnes sans être poursuivis.

l'argovie.

Ainsi ils perdirent en un jour leurs conquêtes de plusieurs années ; les peuples soulevés retournèrent sous l'obéissance de leurs seigneurs. L'empereur Robert, de la maison palatine, se chargea de prononcer entre les Appenzellois et leurs nombreux adversaires; mais les Appenzellois, mécontents de sa décision, ne s'y soumirent qu'en partie , et leurs rapports avec l'abbé restèrent encore plusieurs années en suspens.

Quand les confédérés virent que les Appenzellois , renonçant à conquérir des pays qu'ils ne pouvaient ni gouverner, ni conserver, bornaient leur ambition à vivre indépendants au sein de leurs montagnes, ils les reçurent dans leur alliance et combourgeoisie perpétuelles, mais avec la condition de n'entreprendre aucune guerre sans le consentement des cantons, de ne prendre aucune part aux querelles qui pourraient s'élever entr'eux , de les secourir sans indemnité en temps de guerre, et de payer les troupes auxiliaires qui leur seraient accordées. Berne resta pour le moment étrangère à cette alliance.

La trêve de vingt ans avec l'Autriche était expirée. Le duc Frédéric en demanda le renouvellement, car alors, cent ans environ après la bataille de Morgarten , c'était l'Autriche qui désirait le maintien de la paix. Elle fut conclue pour cinquante ans , l'an H12. Soleure y fut comprise avec les huit cantons , qui stipulèrent aussi au nom des Appenzellois.

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