‹ Abrégé de l'histoire des SuissesChapitre 24 sur 49 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

LE YALAIS.

La conquête de la Léventine procura aux confédérés de nouveaux voisins et de nouveaux ennemis. Des gentilshommes de la vallée d'OssoIa ayant enlevé quelques bestiaux à des gens de la Léventine, Uri et Obwalden demandèrent la réparation

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de celle injure, et ne l'ayant pas obtenue, ils requirent le secours des confédérés. Les Bernois ne déférèrent pas à celte réquisition ; ils n'approuvaient pas ces expéditions au-delà des Alpes, qui promettaient aux cantons plus d'embarras et de dangers que d'avantages solides et durables. Les troupes des autres cantons occupèrent la vallée sans rencontrer de résistance. Zurich, après avoir concouru à cette conquête, refusa d'accepter la part qui lui revenait; elle n'avait pris les armes que pour porter secours à ses confédérés, et n'estimait pas qu'il lui convînt de régner sur des peuples aussi éloignés d'elle, et si différents des Suisses par les mœurs et par le langage. Les six autres cantons confirmèrent dans sa charge le juge du pays, convinrent de se partager les revenus, et se retirèrent en laissant une garnison à Domo d'Ossola.

Le peuple de cette contrée élait favorablement disposé pour les Suisses, mais les seigneurs, jusques alors vassaux du duc de Milan, se sentaient humiliés de devoir leur obéir. Bientôt après leur départ, la garnison de Domo fut surprise par trahison et passée au fil de l'épée. Le châtiment ne se fit pas attendre ; les bannières des sept cantons passèrent de nouveau les Alpes; à leur approche, les troupes du duc de Milan se retirèrent sans résistance, et tous les châteaux des gentilshommes qui avaient pris part à la trahison, ainsi que la forteresse de Domo d'Ossola, furent détruits de fond en comble.

Mais les Suisses ne devaient pas rester paisibles possesseurs de leur conquête. Le duc de Milan, voulant à tout prix éloigner de ses états ces redoutables voisins, vendit la vallée d'Ossola au comte de Savoie, Amédée VIII, qui, déjà possesseur du Bas-Valais, saisit avec empressement l'occasion de faire cette acquisition qui lui ouvrait un nouveau passage dans le Haut- Valais.

Les sept dixains du Haut-Valais jouissaient de temps immémorial d'une liberté à peine tempérée par l'autorité de Févéque de Sion. Aussi braves que leurs ancêtres , dont la soumission avait coûté de si grands efforts à Sergius Galba, ils avaient défendu plus d'une fois avec succès leur indépendance contre

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leurs divers voisins. Vers l'an 1375, le plus puissant seigneur de celte contrée, Antoine de La Tour, baron de Châlillon , qui avait un différend avec Guicbard de Tavelli, évéque de Sion, le précipita du haut du château de Seyon, situé sur un rocher au-dessus de Sion. Cinq des sept dixains se levèrent pour venger la mort de leur évéque. En vain le comte de Savoie, avec le comte de Gruyères, les barons de Grandson , Lassaraz, Estavaycr et d'autres, ainsi que les Bernois, entreprirent de soutenir Antoine de La Tour; en vain l'ennemi parvint à se rendre maître de la ville de Sion et de ses châteaux ; les Valaisans , conduits par Pierre de Raron , capitaine, c'est-àdire chef politique et militaire du pays au nom de l'évéque , remportèrent enfin une victoire signalée ; la moitié de l'armée ennemie périt sur le champ de bataille ou dans les eaux du Rhône. Le baron de La Tour se réfugia à la cour de Savoie et perdit tous ses biens dans le Valais. Depuis cette époque, la famille de Raron fut la plus puissante dans ce pays.

A l'époque où la vallée d'Ossola fut vendue au comte de Savoie, Guillaume de Raron était évéque de Sion; son oncle, Guichard de Raron, était capitaine du pays. L'évéque permit aux troupes du comte de Savoie de traverser le Valais pour pénétrer dans la vallée d'Ossola, où elles se réunirent aux troupes du duc de Milan et chassèrent la garnison suisse. Le comte prit possession de toute la vallée. Ces choses se passaient l'an 1444 , au moment où le concile de Constance allait s'assembler. L'empereur Sigismond, prévoyant le besoin qu'il aurait des Suisses contre le duc d'Autriche, sut les engager à différer leur vengeance.

Cependant l'appui prêté par les Raron au duc de Savoie excita parmi les Valaisans un grand mécontentement, qui s'accrut encore par les plaintes que leurs voisins d'Uri et d'Unterwalden leur adressaient à ce sujet. Ils contestaient à l'évéque le droit de conclure un traité sans la participation des dixains. Enfin, quelques soldats savoyards qui s'en retournaient chez eux, furent désarmés par le peuple; les Raron voulurent punir

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les auteurs de ce désordre; ce fut le signal d'un soulèvement général.

Il existait dans le Valais un antique usage lorsqu'un homme puissant donnait de l'ombrage au peuple ou excitait le mécontentement. On portait en public une massue sur laquelle était grossièrement taillée une figure humaine. On l'appelait la masse, et elle était censée représenter le peuple opprimé. On lui demandait quel était l'auteur de son affliction, et lorsqu'on venait à prononcer le nom de celui contre qui cette démonstration était dirigée, celui qui portait la masse l'inclinait en signe d'assentiment. Alors , quiconque voulait se joindre à l'entreprise enfonçait un clou dans la masse , puis on la portait en nombreux cortège au domicile de son ennemi pour lequel il n'y avait alors de salut que dans une prompte fuite. C'est ce qui arriva à Guichard de Raron; ses maisons, ses châteaux furent pillés, pendant qu'il se réfugiait à Berne pour solliciter le secours de cette ville dont il était bourgeois. Mais les Bernois avaient déjà un ancien sujet de plainte contre lui , et surtout ils étaient alors uniquement préoccupés de leur expédition d'Argovie. Sa demande fut donc froidement accueillie.

Rebuté de ce côté, il s'adressa à Amédée VIII de Savoie, que l'empereur Sigismond éleva à cette époque au rang de duc. Ce prince saisit avec empressement l'occasion d'accroître son influence dans le Valais et y fit entrer un corps de troupes ; mais , une fois son but atteint , il fit la paix sans plus s'inquiéter de son protégé.

Guichard renouvela alors ses instances auprès des Bernois , qui venaient d'achever la conquête de l'Argovic; à sa prière, l'empereur leur ordonna de lui prêter secours , et sans doute ils finirent par comprendre eux-mêmes, qu'il n'était ni de l'intérêt, ni de la dignité de leur république de laisser s'accréditer dans le monde l'opinion qu'un bourgeois de Berne pût être molesté impunément.

D'un autre côté, les Valaisans, voyant les efforts de Guichard pour leur susciter des ennemis, s'emparèrent de tous ses biens, brûlèrent tous ses châteaux, et conclurent en Mi 6,

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avec Luccrnc, Uri et Unterwalden , un traité d'alliance et de conibourgeoisie par lequel ils s'engageaient à aider ces cantons à reconquérir la vallée d'Ossola , et ceux-ci, à protéger leurs nouveaux alliés contre les Bernois. Tels furent les premiers fruits des conquêtes au-delà des Alpes : la discorde commença à s'introduire entre les confédérés.

Aussitôt après la conclusion de ce traité, les bannières des Waldsletten et de Zurich pénétrèrent par le Simplon dans la vallée d'Ossola, repoussèrent les troupes du duc de Milan, et s'emparèrent de ce pays pour la troisième fois. Les Valaisans empêchèrent les Savoyards de marcher au secours des Milanais et reçurent en récompense leur part dans la conquête. Zurich n'approuvant toujours pas ces conquêtes lointaines, refusa de nouveau d'en accepter la part à laquelle sa coopération lui donnait droit. Schwylz imita son exemple. Berne continua de se tenir à l'écart.

La contestation entre Guichard de Raron et les Valaisans occupa encore pendant plusieurs années les diètes et mit souvent à l'épreuve la patience des étals neutres. Pour la première fois, la guerre fut sur le point d'éclater entre les confédérés, Berne annonçant que le moment était venu pour elle de faire rendre justice à son combourgeois , et Uri et Lntcrwald, avec Lucerne, se montrant prêts à marcher, cas échéant, au secours de leurs alliés. Souvent l'impatience de Guichard et des amis qu'il s'était faits dans l'Oberland bernois et ailleurs, et plus encore, la turbulence des Valaisans, souvent en désaccord entr'eux et qui ne reconnaissaient aucune autorité commune , vinrent déjouer les efforts des conciliateurs au moment où ils semblaient être sur- le point d'atteindre leur but.

Enfin, l'an 4419, Berne déploya sa bannière, appela ses alliés de Soleure , de Fribourg , de Neuchâlel , de Valangin et d'autres, passa le Grimsel et envahit le dixain de Conches. La bannière de Schwylz vint aussi joindre l'armée bernoise. Les cantons alliés des Valaisans ne firent rien pour les secourir, soit qu'ils attachassent plus de prix au maintien de la paix entre les confédérés, qu'au triomphe de la cause qu'ils avaient

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embrassée , soit qu'ils jugeassent eux-mêmes que l'opiniâtreté et la violence de leurs alliés avaient besoin d'une leçon. L'apparition des Bernois répandit la terreur dans tout le Haut- Valais qui semblait sur le point de se soumettre sans résistance, lorsqu'un simple paysan , nommé Thomas in der Bundt , réunit quelques centaines de ses compatriotes, prit une position avantageuse près du village d'Ulrichen, fondit à l'improviste sur les Bernois, et leur fit essuyer une perte considérable. Ils commencèrent leur retraite le lendemain à cause de l'abondance des neiges nouvellement tombées , et peut-être aussi , de cette résistance inattendue.

Cette longue contestation fut terminée l'année suivante par un jugement arbitral du duc de Savoie et d'une cour d'évêques et de seigneurs. Les Valaisans furent condamnés à restituer à Guichard de Raron les biens qu'ils lui avaient enlevés et à indemniser les Bernois des frais de la guerre. Il fallut de longs efforts de la part de leurs alliés pour les décider à se soumettre à cette sentence. L'ancienne puissance de la maison de Raron ne se releva jamais.

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