‹ Abrégé de l'histoire des SuissesChapitre 25 sur 49 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

l'itàlie.

Les conquêtes avaient introduit un germe de division entre les confédérés ; cette désunion fut cause que leurs armes , jusques alors toujours victorieuses, éprouvèrent pour la première fois un échec.

Uri et Obwalden , souverains de la Lévcntine , avaient acheté des barons de Sax la ville de Bellinzone et les vallées avoisinantes. Le duc de Milan, qui avait aussi des prétentions sur cette ville, attendit long-temps le moment favorable, puis, tout-à-coup, ses troupes investirent la ville et renvoyèrent la faible garnison suisse au-delà du Saint-Gothard. Enhardis par

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le succès, les Milanais s'emparèrent ensuite de la Léventine et de la vallée d'OssoIa.

Les autres cantons montrèrent peu d'empressement à venir au secours de leurs confédérés d'Uri et d'Obwalden; cnfîu, sur les instances de ces deux étals, ils se décidèrent , les uns après les autres, à prendre les armes, Berne excepté. La ville de Saint-Gall et le pays d'Appenzell se joignirent à eux. Mais l'esprit qui régnait alors entre les confédérés n'était déjà plus celui qui animait leurs ancêtres aux jours de Laupen et de Morgarlen. C'était encore la même bravoure; ce n'était plus la même confiance et la même affection mutuelles.

Les confédérés passèrent le Saint-Golhard. Lucerne, Uri, Unterwalden et Zug marchaient en avant. Au sortir de la Léventine, un messager des gens de Schwytz vint les prier de suspendre leur marche pour les attendre. Les autres Waldstetleu étaient mécontents de Schwytz depuis l'expédition qu'il avait faite avec Berne, trois ans auparavant, contre les Valaisans, leurs alliés : « Ceux de Schwylz ne peuvent-ils pas faire » comme nous, disaient-ils, et hâter leur marche? Ils savent » bien le faire quand cela leur convient! • Blessés de ces propos , les gens de Schwytz s'arrêtèrent sous prétexte d'attendre ceux de Glaris, qui arrivèrent en effet le même soir, commandés par leur landammann Jost Tschudi. Les troupes des quatre autres cantons, au nombre de trois mille hommes, poussèrent en avant pleines d'ardeur, mais sans discipline, sans prendre de précautions pour assurer leur marche, cl sans connaître la force de l'ennemi, qui les attendait à Bellinzonc avec vingt-quatre mille hommes sous le comte de Carmagnola et Agnolo délia Pergola, les premiers capitaines de l'Italie. Le même soir, Carmagnola envoya un détachement de troupes légères, qui tourna la colonne des Suisses en leur dérobant adroitement sa marche, tomba sur les bagages qui suivaient l'armée, et s'en empara. Après cette action, il se tint immobile jusqu'au lendemain.

Le 50 juin 1122, la petite armée des Suisses se trouvait auprès d'Arbedo , à une petite distance de Bellinzone. L'échec de la veille avait indisposé la troupe et achevé de relâcher la

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discipline; six cents hommes étaient partis sans commandement pour aller fourrager dans la vallée de Misox. Les autres étaient dispersés sans ordre, à moitié dépouillés de leurs vêtements à cause de la chaleur du jour , sans que l'avoyer de Lucerne , qui, à la tête de la troupe la plus nombreuse, aurait dû exercer la principale autorité , sût parvenir à faire observer une meilleure discipline. Schwytz et Glaris étaient en marche pour rejoindre l'armée ; Zurich , Saint-Gall et Appenzell descendaient encore le Saint-Golhard. Les capitaines italiens connaissaient ces circonstances et ne voulant pas laisser échapper ce moment favorable , ils firent avancer leur armée en ordre de bataille. A la vue de l'ennemi , les soldats suisses coururent d'eux-mêmes à leurs armes, et l'ordre se rétablit aussitôt.

Us soutinrent sans s'émouvoir l'attaque de la cavalerie. Gomme les gens d'armes, sous leurs armures, étaient presque invulnérables, les Suisses tuaient ou estropiaient les chevaux et achevaient ensuite les cavaliers désarçonnés. Cependant ils perdaient eux-mêmes beaucoup de monde; le banneret de Lucerne, après avoir vu tomber autour de lui un grand nombre de ses concitoyens, roula sa bannière et la jeta sous ses pieds, résolu de mourir en la défendant. Il combattit avec tant de bravoure, que non-seulement la bannière de Lucerne fut sauvée, mais que celle de la ville de Milan tomba au pouvoir des Lucernois. En ce moment , Carmagnola et la Pergola firent descendre tout leur monde de cheval et renouvelèrent le combat avec des troupes fraîches. Pressés de toutes parts, les Suisses commencèrent à se retirer lentement vers une colline où ils espéraient trouver une position qui pût suppléer en quelque sorte à leur petit nombre, mais ils la trouvèrent déjà occupée par l'ennemi. Dans celte position critique, le plus grand nombre ne songea qu'à mourir dignes de leurs ancêtres , et le premier qui parla de se rendre fut massacré par ses propres gens. Cependant l'avoyer de Lucerne, et d'autres avec lui , accablés de fatigue et jugeant que tout était perdu , retournèrent leurs hallebardes et les plantèrent eu terre pour indiquer qu'ils se rendaient; mais voyant que l'ennemi se disposait néanmoins à les attaquer, leur

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courage et leurs forces se ranimèrent, et ils fondirent sur lui en désespérés. Partout ailleurs les Suisses gardaient une contenance intrépide. Le landaminann d'Uri, Jean Rot, termina sur le champ de bataille une longue vie consacrée toute entière au service de son pays. La Providence lui épargna la douleur de voir son fils, landammann après lui, condamné ignominieusement pour avoir reçu de l'argent d'un prince étranger. Le bannéret Henri Pùntiner de Brunberg mourut en défendant la bannière d'Uri avec un courage digne de son antique noblesse ; tous ses concitoyens se pressèrent autour de lui et parvinrent à sauver ce drapeau tant de fois victorieux. A la tête des hommes de Zug combattait Pierre Collin , ammann et banneret du canton, accompagné de ses deux fils. Il tomba expirant sur sa bannière. Celui de ses fils le plus rapproché de loi , voulant lui montrer dans ce dernier moment qu'il avait élevé des enfants dignes de lui , retira la bannière de dessous son corps et la fit flotter au-dessus des combattants, ruisselante du sang de son père; mais bientôt, blessé lui-même mortellement, il l'arracha de sa lance , en entoura son corps et mourut enveloppé de ce glorieux linceul. Son ami, Jean Landwing, dégagea, non sans peine, ce drapeau que Jean Collin retenait encore de sa main roidie par la mort et l'agita de nouveau au-dessus des guerriers de Zug. Il existe encore et montre les traces du sang du père et du fils; pendant trois cent soixante et seize ans, la charge de banneret n'est sortie qu'une seule fois de la famille de Collin, et ce fut pour être confiée à un Landwing. Enfin, après huit heures de combat, et lorsqu'il ne restait plus aux confédérés aucun espoir de salut, les six cents hommes qui avaient quitté l'armée le matin revinrent et fondirent sur les derrières de l'armée ennemie en poussant de grands cris et avec une telle impétuosité, que' chacun crut que toute l'arrièregarde des Suisses venait d'arriver. Carmagnola, rebulé par la perle qu'il avait essuyée , fit cesser le combat.

Les bannières de Schwylz et de Glaris arrivèrent dans ce moment. Des reproches réciproques terminèrent cette journée, les uns se plaignant de ce qu'on les avait laissé marcher seuls

lik l'italib.

à l'ennemi; les autres, de ce qu'on avait refusé de les attendre et méprisé leurs avertissements. D'ailleurs , les Suisses firent leur retraite sans être poursuivis, et l'ennemi souffrit même sans s'y opposer qu'ils continuassent d'occuper la Léveutine.

Cette guerre malheureuse, entreprise pour la possession de contrées étrangères à la Suisse, fut plus meurtrière pour les confédérés que toutes celles qu'ils avaient soutenues depuis un siècle pour leur indépendance. Sept barques contenaient à peine les Lucernois à leur départ : deux suffisaient au retour. Les magistrats , craignant l'impression que la vue de ce petit nombre produirait sur le peuple , firent défense de sortir au devant de la troupe qui revenait. Chaque famille, recueillie autour du foyer domestique, attendit en silence le retour des siens. Le plus grand nombre attendirent en vain.

Les années suivantes se passèrent en débats entre les cantons dont les uns voulaient reconquérir ce qu'ils avaient perdu , et les autres auraient voulu abandonner toutes ces conquêtes, source continuelle de guerres étrangères et de divisions intérieures. Mais il arriva, trois ans après la bataille d'Arbedo , qu'un guerrier de Schwytz, nommé Petermann Rysig, impatienté de toutes ces irrésolutions, réunit trois cents volontaires de Schwytz, deux cents d'autres cantons, passa le Saint- Gothard, et se dirigea sur Domo d'Ossola avec une si grande célérité, qu'il entra dans la ville pendant que la garnison se sauvait par l'autre porte. Assiégé bientôt par toutes les forces du duc de Milan, Rysig resta inébranlable, jusqu'à ce que Schwytz , informé du danger que courait cette petite troupe , prit les armes et appela ses confédérés. Deux des principaux magistrats du canton parurent devant le sénat de Berne et rappelèrent le dévouement avec lequel Schwytz était accouru au secours des Bernois assiégés dans Laupcn, quatre-vingt-six ans auparavant. Le sénat n'hésita pas; cinq mille hommes prirent aussitôt les armes et se mirent en marche sous le commandement de l'avoyer Rodolphe Hofmeisler. Ils remontèrent l'Oberland, passèrent le Grimsel, et descendirent dans le Haut- Valais, naguères leur ennemi, aujourd'hui leur allié, où ils

furent rejoints successivement par les bannières des autres cantons. A l'aspect des confédérés, l'armée qui assiégeait Domo d'Ossola se dispersa, et Pelermann Rysig et ses compagnons se trouvèrent délivrés sans coup férir.

Le duc de Milan , qui avait alors à lutter contre une ligue nombreuse et puissante, mit tout en œuvre pour obtenir la paix de la part des confédérés. Le chambellan Zoppo , son ambassadeur, réussit habilement à diviser les cantons et les amena successivement à signer une paix par laquelle , contre une somme d'argent et quelques avantages pour le commerce , ils renonçaient à toutes leurs conquêtes, abandonnant ainsi pour de l'argent ce qu'ils avaient acquis au prix de leur sang. On soupçonna dans le temps, que le duc avait fait distribuer secrètement beaucoup d'argent pour obtenir ce traité. C'est la première fois que ce reproche parait dans l'histoire des confédérés; ce ne sera malheureusement pas la dernière. Cette paix fut conclue l'an 1426.

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