‹ Abrégé de l'histoire des SuissesChapitre 4 sur 49 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

La grande vallée qui s'étend de la source du Rhône au lac Léman, et qui, avec les vallées latérales qui y aboutissent, forme aujourd'hui le Valais, était alors habitée par diverses peuplades indépendantes de mœurs farouches, adonnées au brigandage. César les fit attaquer par son lieutenant Sergius Galba. Elles firent une résistance acharnée, mais les Romains finirent par rester maîtres de cette contrée.

Quelques années plus tard , lorsque Octavien-Auguste régnait sur l'empire romain, une armée fut envoyée contre les Rhéliens , sous le commandement de Claudius Drtisus et de Claudius-Tiberius Nero. La lutte fut longue et acharnée ; enfin la vallée où le Rhin prend sa source passa, comme la vallée du Rhône, sous la domination des Romains Selou leur coutume, ils s'assurèrent la possession de ces nouvelles conquêtes en y établissant des camps retranchés.

Ce fut sous le règne d'Auguste que la lumière de l'Evangile apparut aux nations , mais le temps n'était pas encore venu où elle devait pénétrer chez les Helvétiens.

Leur pays ne tarda pas à changer de face sous la domination

romaine. De nombreuses colonies y apportèrent la langue , la religion, les mœurs et la civilisation des Romains. Les villes de bois et de chaume furent remplacées par d'opulentes cités ornées de toute la magnificence de l'architecture romaine. Parmi ces villes brillaient au premier rang A ugutt a Rauracorum (Augst) sur le Rhin, près de Baie; Findonma (Windisch), au lieu où la Reuss se joint à l'Aar, et surtout Avenlicum (Avenches), près du lac de Morat, qui devint le chef-lieu de la nation helvétienne. On commença à porter la hache dans les épaisses forets qui couvraient la plus grande partie du pays. Déjà dans la guerre contre les Rhétiens, Tibère fit percer l'épaisse forêt qui couvrait toute la contrée qu'on appelle aujourd'hui la Thurgovie, pour s'ouvrir un passage jusqu'au lac de Constance, où il se ût construire une flottille. Les sapins du Jura, renommés pour la qualité de leur bois, descendaient le Rhin jusqu'à l'Océan et le Rhône jusqu'à la Méditerranée. Les principaux entrepôts de ce commerce étaient à Noviodunum et Ebrodunum, aujourd'hui Yverdun. Des roules furent tracées dans toutes les directions; une de ces roules, dont on reconnaît encore les vestiges sur la pente du Jura, le long du lac de Neuchâlel, et qu'on appelle la vi d'ètra, formait la communication entre Genève et Augusta Rauracorum. L'agriculture se perfectionna, et les produits des pâturages étaient renommés comme ils le sont aujourd'hui. La culture de la vigne commença sur les bords du lac Léman , et probablement aussi du lac de Neuchâlel. Les sciences étaient cultivées; il y avait à Aventicum une école de médecine et d'autres professeurs.

Noïdenolex fut aussi rebâtie, et les nombreux vestiges d'établissements romains le long du littoral indiquent que cette partie de notre pays qu'on appelle le vignoble était alors très peuplée.

Les Helvétiens paraissent avoir joui du privilège d'avoir quelques postes occupés par leur propre milice pour se garantir des incursions des Germains, ce qui n'empêcha pas que de nombreuses garnisons romaines ne fussent réparties sur tout le pays. Les villes avaient des magistrats municipaux qui exerçaient

la police et géraient les affaires de la communauté. Les lois romaines, qui n'étaient point conformes aux mœurs et aux besoins des Helvéliens , et les magistrats et les gens de loi , souvent avides et de mauvaise foi, qui leur arrivaient d'Italie, leur étaient particulièrement à charge. Les impôts étaient lourds 4 souvent perçus avec dureté, et allaient toujours en croissant.

Toutes les villes ou communautés envoyaient des députés à l'assemblée générale à Avenclus pour y discuter, sous la direction de magistrats romains, les intérêts du pays. Cette assemblée déléguait à son tour ses députés à l'assemblée de la province , { et celle-ci à l'assemblée générale des peuples de la Gaule, car les Helvétiens ne formaient pas une province séparée; ils furent incorporés d'abord à la Gaule lyonnaise, et plus tard à la grande province séquannaisc. La Rhélie et le Valais appartenaient à l'Italie, les Rauraques à la Haute-Germanie.

César avait d'abord conféré aux Helvéliens la qualité d'alliés du peuple romain. 11 convenait de ménager une nation encore redoutable quoique vaincue, et qui couvrait une frontière toujours menacée par les peuples du nord. Mais à mesure que la domination romaine s'étendit et se consolida dans cette contrée, les ménagements cessèrent, et les Helvétiens furent soumis au même régime que toutes les autres provinces de l'empire.

L'an de notre Seigneur 69, Sergius Galba, à peine élevé sur le trône, fut assassiné par ses soldats. Olhon fut élevé à sa place; mais c'étaient alors les soldais qui disposaient du trône; les armées de Rhétie et de Haute-Germanie proclamèrent Vitcllius, homme incapable et livré à tous les excès. Avant que les Helvétiens eussent connaissance de ce qui se passait, les soldats de la garnison romaine de Vindonissa s'emparèrent de la solde destinée à la garnison d'un poste belvétien. Irrités de cette violence, les Helvétiens interceptèrent des lettres parlésquelles l'armée de Germanie informait celle de Pannonie de l'élection de Vitellius, et arrêtèrent le détachement chargé d'escorter ces dépêches. Allienus Cœcina était alors sur le point de marcher on Italie à la tête de ses légions indisciplinées, pour détrôner Olhon. C'était un guerrier farouche, avide de pillage

et capable de tous les crimes. Dès qu'il apprit que les Helvéliens avaient osé mettre la main sur des soldats, il marcha contre eux à grandes journées pour châlier leur audace. Ils essayèrent de réunir une armée* et nommèrent un général; mais ils avaient perdu l'habitude des armes pendant une longue paix ; ils n'agissaient pas avec ensemble et les précautions les plus ordinaires avaient été négligées. Tandis que Cœcina arrivait contre eux du côté du Rhin, l'armée de Rhétie, avec une partie de la milice de cette contrée, se montrait du côté opposé, menaçant de les envelopper; ils se dispersèrent à la première apparition de l'ennemi, jetant leurs armes et leurs drapeaux ; beaucoup d'entr'eux furent tués dans les montagnes où ils avaient cherché un asile, beaucoup furent faits prisonniers et vendus comme esclaves. Tout le pays fut livré au pillage et à l'incendie; Cœcina marcha contre Avenlicum. Cette grande ville , la capitale du pays, se rendit sans résistance et implora la clémence du vainqueur. Julius Alpinus était le plus illustre persounage de cette contrée , on le regardait comme l'auteur de ce soulèvement ; les larmes et les prières de sa fille, prêtresse de la déesse tulélaire d'Avenches, ne purent fléchir Cœcina; il le fît mettre à mort; sa fille ne put lui survivre; elle mourut, âgée de vingt-trois ans.

Cependant une députation se rendit auprès de Vitellius pour le supplier d'épargner les restes de la nation helvétienne, et Claudius Cossus, qui portait la parole, peignit d'une manière si touchante le malheur et les angoisses de ses compatriotes , que les farouches guerriers qui entouraient l'empereur finirent par joindre leurs prières aux siennes et la nation fut sauvée de la ruine qui la menaçait.

On peut dire qu'ici finit l'histoire des Helvétiens. Vespasien, qui succéda à Olhon et à Vitellius, répara en partie les malheurs qu'ils avaient essuyés; ils virent encore, comme le reste de l'empire, quatre-vingts années paisibles et prospères sous des empereurs pour la plupart sages et vertueux, mais ils se confondirent toujours plus dans la nation dominante, leur langue fit place à celle des Romains, et leur nom même disparait enfin tout- à-fait de l'histoire.

LES PEUPLES DU NORD

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