‹ Abrégé de l'histoire des SuissesChapitre 33 sur 49 · LOUIS X! ET CHARLES- LE- HARDI · texte numérisé non relu

LOUIS X! ET CHARLES- LE- HARDI

Bourgogne; ils liraient de leurs états le blé, le vin et le sel ; enfin , les hommes d'état les plus clairvoyants ou les plus désintéressés ne trouvaient pas qu'il convint aux Suisses de se brouiller avec une puissance qui pouvait leur servir de barrière, soit contre la France , soit contre l'Autriche. Adrien de Bubenberg, ancien avoyer, qui avait passé une partie de sa jeunesse à la cour et à l'armée du duc de Bourgogne, fils de Favoyer Henri de Bubenberg dont la sentence termina la guerre de Zurich , homme jouissant d'une haute considération à Berne et dans toute la Suisse , était à la téte du parti bourguignon.

Charles favorisa sans le savoir les desseins de son ennemi. Il blessa par son orgueil l'empereur Frédéric, à qui il avait promis pour son fils Maximilien la main de Marie, sa fille unique, et une rupture s'en suivit entr'eux. Il établit comme gouverneur sur les provinces acquises de l'Autriche un gentilhomme de cette contrée, Pierre de Hagenbach, dont la hauteur, la dureté et la conduite désordonnée rendirent sa domination odieuse à tous les habitants et firent regretter celle de la maison d'Autriche. En même temps, Hagenbach provoquait les confédérés par l'arrogance de ses propos et par les vexations au moyen desquelles il voulait contraindre leurs alliés, les bourgeois de Mulhouse, à se ranger sous la domination du duc son maitre.

Pendant ce temps, le roi ne négligeait rien pour tirer parti de l'imprudence de son rival. Déjà en 1470, il avait conclu avec les cantons, par l'entremise de Berne, un traité par lequel chaque partie s'engageait à ne prêter aucun secours contre l'autre au duc de Bourgogne; au commencement de l'année 1474, il arrêta avec Nicolas de Diesbach les bases d'un nouveau traité expressément dirigé contre ce prince.

D'un autre côté , les entreprises et les violences de Hagenbach avaient alarmé tous ses voisins. Il en résulta que les évéques de Bâle et de Strasbourg, le comte palatin Robert, le margrave Charles de Bade et les principales villes de l'Alsace formèrent une ligue qui à son tour fit alliance avec les Suisses pour dix ans. Celte ligue fut appelée la liyue inférieure; la con-

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fédération des Suisses s'appelait alors la ligue supérieure , ou la ligue de la Haute- Allemagne. Strasbourg et Bâle, en particulier, s'engagèrent, sous la caution du roi de France, à prêter à l'archiduc Sigismond la somme nécessaire pour racheter ses domaines engagés.

Tout cela ne pouvait se passer si secrètement que le duc n'en eût quelque connaissance ; il comprit l'importance qu'il y avait pour lui à retenir l'amitié des Suisses prête à lui échapper, et il leur envoya une ambassade qui parcourut presque tous les cantons. Elle fut partout bien accueillie; à Berne, Nicolas de Diesbach était absent pour sa négociation avec le roi de France ; les anciennes familles nobles et une partie considérable de la bourgeoisie étaient favorables à la Bourgogne ; en général , le peuple des cantons, qui ne participait pas encore aux libéralités de Louis, ne désirait point une rupture. Les Waldstetten se montrèrent reconnaissants de ce qu'un si puissant prince daignait se souvenir de si pauvres gens; les produits de leurs troupeaux, leur seule richesse, se vendaient mieux, disaientils, depuis que le duc Charles était devenu leur voisin sur le Rhin. Toutes les réponses des cantons étaient de nature à faire espérer que , pourvu que le duc imposât à Hagenbach plus de circonspection dans ses propos à l'égard des Suisses et dans ses procédés envers Mulhouse, la bonne intelligence ne serait point troublée.

Mais le roi ne perdait pas un instant de vue l'accomplissement de ses desseins. Par son ordre, Juste de Sillinen, de Lucerne, administrateur de l'évêché de Grenoble, se rendit en Suisse sous prétexte de visiter son abbaye de Béronmunster, mais en effet pour travailler à un rapprochement entre l'Autriche et les cantons. Il y réussit; dans les premiers jours d'avril de l'an 447k, cent cinquante-neuf ans après la bataille de Morgarien, quatre-vingt-huit ans après que l'aïeul de Sigismond eut péri à Sempach , un traité fut signé à Constance entre ce prince et les confédérés , qui mit fin a leur longue inimitié et qu'on a appelé l'union perpétuelle.

Aussitôt après la conclusion de ce traité, Sigismond fit signi-

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fier au duc de Bourgogne que la somme de rachat des domaines engagés se trouvait déposée à la monnaie de Baie. Charles refusa de la recevoir, en alléguant divers prétextes plus ou moins fondés. Mais à peine cette nouvelle ful-elle répandue dans le public, que toute la population de ces provinces, sans attendre que le rachat fût exécuté, se souleva contre le duc et s'empressa de prêter serment à son ancien souverain. Hagcnbach , trahi par ses soldats, fut arrêté, traduit en jugement et exécuté. Des députés des cantons prirent part à ce jugement.

La colère de Charles fut extrême en apprenant cette violation du droit des gens. Mais il se trouvait engagé dans une guerre contre les sujets de l'électeur de Cologne , qui avait été destitué ; il se borna pour le moment à envoyer le frère de Hagenbach avec un corps de troupes pour ravager le Sundgau. Alors encore il espérait conserver la paix avec les confédérés, et il leur envoya une nouvelle ambassade pour les engager à ne point se mêler de sa querelle personnelle avec Sigismond.

Mais le roi de France et le duc d'Autriche n'épargnaient rien pour les entraîner dans cette guerre dont ils comptaient rejeter sur eux tout le fardeau. Le premier, qui venait de conclure une trêve avec Charles , fit proposer à la diète le traité d'alliance qu'il avait préparé avec Nicolas de Diesbach , et par lequel les Suisses devaient mettre à sa disposition contre le duc de Bourgogne l'élite de leurs forces , tandis que le roi ne s'engageait qu'à leur payer des subsides, outre une somme destinée à être distribuée, à titre de pensions, aux principaux partisans de la France dans les cantons. Cette affaire fut traitée entre un petit nombre de personnes et dans le plus grand secret. Ce fut le premier résultat de l'influence étrangère sur les confédérés; elle porta la première atteinte à la confiance qui avait jusqu'alors subsisté entre les peuples et leurs magistrats.

Les cantons et leurs alliés étaient d'ailleurs loin d'être tous d'accord. Unterwaiden ne trouvait pas que le cas d'assistance prévu par le traité avec l'Autriche fût arrivé. L'avoyer de Fribourg, Raoul de Vuippens, dit au nom de sa ville : « Notre pays » est petit et nous avons peu de monde chez nous; nous ne

» voulons donc pas envoyer nos hommes à l'étranger pour de • l'argent. L'alliance des confédérés nous suffît, et nous n'en t voulons point d'autre. » A Berne même , la lutte entre les deux partis fut longue et opiniâtre ; Adrien de Bubenberg fît ce qu'il put pour détourner ses concitoyens de se jeter dans les bras de la France; Kistler et Franklin, cette fois d'accord entr'eux, l'appuyèrent de tous leurs efforts, mais l'influence de de Nicolas de Diesbach, alors avoyer, parvint à le faire exclure de toutes les délibérations sur celte affaire , même le recours à la commune lui fut interdit; il se relira dans son château de Spiez, sur les bords du lac de Thoune, pour y attendre le moment où la patrie aurait besoin de ses services.

Enfin les confédérés, plus qu'à moitié gagnés par les sollicitations de la France et de l'Autriche , convinrent de remettre toute cette affaire entre les mains des Bernois. C'était la décider à l'avance. L'empereur leur adressa une sommation comme membres de l'empire. L'invasion du Sundgau sous Etienne de Hagenbach et les cruautés commises par ce chef bourguignon dans celte contrée, achevèrent de les irriter. Le 25 octobre iklk, le sénat de Berne, au nom de tous les confédérés, déclara la guerre au duc de Bourgogne. La lettre de défi lui fut portée par un héraut d'armes à son camp devant Neuss , dans l'électoral de Cologne. Elle portait le sceau de la ville de Berne. A cet aspect, Charles resla d'abord immobile et muet. « Berne! » Berne ! » s'écria-t-il enfin , quand la surprise et la colère lui laissèrent de nouveau l'usage de la parole.

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