‹ Abrégé de l'histoire des SuissesChapitre 41 sur 49 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

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Des intérêts et des passions étrangers à la religion, en venant se mêler à l'œuvre de la réforme, avaient arrêté ses progrès au moment où son triomphe semblait assuré; l'église romaine, au contraire , ne négligea aucun de ses avantages.

Au milieu de la décadence de celte église, il s'y trouvait encore un nombre d'hommes pieux et éclairés, qui partageaient en grande partie les doctrines des réformés. Ces hommes voulaient réformer l'église quant au dogme et à la discipline, sans toucher à ses institutions. Le pape Paul III semblait les écouter avec faveur; des tentatives de conciliation eurent lieu par ses soins; déjà les théologiens des deux partis se trouvaient d'accord sur le dogme de la justification par la foi. Mais la rupture était déjà trop avancée pour qu'un rapprochement pùt encore avoir lieu; Luther en repoussa l'idée avec indignation; des intrigues politiques vinrent traverser ce projet ; il fut abandonné. Enfin le concile de Trente acheva de rendre insurmontable la barrière qui séparait les deux églises, en proscrivant définitivement tous les dogmes des réformés.

Cependant le besoin d'une réforme au moins extérieure ne s'en faisait pas moins généralement sentir dans l'église catholique; sous l'empire des circonstances, le scandale des mœurs disparut peu à peu ; la discipline se raffermit ; la science rede-

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vint en honneur comme une arme reconnue indispensable dans la lutte contre l'hérésie. Les papes qui se succédèrent depuis la réformation furent pour la plupart des hommes de mœurs irréprochables; si leur politique, comme celle de leurs prédécesseurs, fut une politique mondaine, au moins donnèrent-ils leur principale attention à l'église, fondement de leur autorité. L'ordre des Jésuites fut institué à celte époque pour combattre la réforme par la prédication , par la confession , par l'éducation de la jeunesse , par tous les moyens qui peuvent donner de l'influence sur les hommes. Cette milice ecclésiastique, composée d'hommes choisis pour leur capacité et leur dévouement, soumise à une obéissance absolue, devint le plus puissant auxiliaire de la cour de Rome. Le tribunal de l'inquisition, établi pour juger les ennemis de la foi , était à peu près tombé dans l'oubli , sauf en Espagne ; il fut rétabli et des milliers de protestants périrent dans les supplices en diverses contrées de l'Europe; un grand nombre d'autres rachetèrent leurs biens et leurs vies en abjurant leur croyance. Les états catholiques de la Suisse ne souffrirent jamais que l'inquisition fût établie chez eux.

Knfm, les catholiques, tant en Suisse que dans le reste de l'Europe, sentaient le besoin de serrer leurs rangs et de réunir leurs efforts ; de là l'ensemble et la vigueur avec lesquels on les vit agir dans la guerre de Cappel, tandis que du côté des réformés , quoique supérieurs en nombre et en ressources , on ne voyait que désaccord et hésitation.

Parmi les hommes qui exercèrent une grande influence dans la lutte engagée en Suisse entre les deux églises , on remarqua au premier rang le cardinal Charles Borromée , archevêque de Milan , que l'église romaine a mis au nombre de ses saints , et dont ses adversaires eux-mêmes n'ont pu méconnaître les hautes qualités, les vertus et surtout l'ardente charité. Les Alpes n'avaient pas pour lui de sentiers impraticables ; ni les fatigues , ni les privations, ni les dépenses ne lui coûtaient, soit pour aller dans les chalets les plus inaccessibles instruire, consoler, exhorter, soit pour affermir les magistrats des cantons dans

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leur fidélité au chef de l'église. Il fonda à ses frais à Milan le collège qui porte son nom , pour l'éducation des jeunes Suisses destinés à l'état ecclésiastique ; il engagea le pape à entretenir désormais un nonce en Suisse et persuada aux cantons catholiques de consentir à cette nouveauté; ce fut lui encore qui introduisit en Suisse les Jésuites; même après sa mort, la ligue entre les cantons catholiques à laquelle son nom est resté attaché et qui a consommé la scission entre les confédérés , fut encore un dernier quoique déplorable résultat de son zèle pour la cause à laquelle il s'était dévoué.

Les liens de l'affection fédérale se relâchaient de plus en plus. Les réformés demandèrent à plusieurs reprises le renouvellement du serment fédéral : les catholiques, enhardis d'ailleurs par les succès de leurs coreligionnaires en Allemagne, s'y refusèrent toujours. Une paroisse évangélique s'était formée à Locarno , dans les bailliages italiens. Les cantons catholiques exigèrent que ses membres abjurassent leur croyance ou quittassent le pays. Les villes réformées osèrent à peine intercéder en leur faveur; ils leur demandèrent eux-mêmes de les abandonner. « ÎNous aimous mieux, disaient-ils, subir le sort qui » nous attend , que d'être une cause de discorde entre les con- » fédérés. • Ils quittèrent leurs demeures au milieu de l'hiver; des malades et des femmes en couches moururent pendant le voyage. Le légat du pape voulait faire retenir les enfants et les biens des fugitifs, mais la loyauté helvétique se révolta contre cette perfide suggestion. La plupart de ces exilés se réfugièrent à Zurich , où ils apportèrent, en échange de l'hospitalité qu'ils y reçurent, de nouvelles cultures et de nouvelles industries. Plusieurs de leurs familles subsistent encore et ont fourni de nombreux et utiles serviteurs à l'état et à l'église.

La ville impériale de Constance, qui pouvait par sa situation avantageuse devenir pour la confédération ce qu'est devenue, à l'autre extrémité de la Suisse, la ville de Genève, menacée par l'Autriche après la défaite des protestants par l'armée impériale à Mùhlberg, implora le secours des confédérés. L'opposition des cantons catholiques paralysa la bonne volonté des

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villes évangéliques; après avoir repoussé une première attaque, la bourgeoisie découragée capitula. Constance fut perdue pour la confédération , vit disparaître son commerce et son industrie, et devint une ville autrichienne sans importance.

Mulhouse avait embrassé la réforme. A la suite de quelques troubles peu graves en eux-mêmes , les catholiques lui retirèrent leur alliance, dont elle n'a jamais pu obtenir le renouvellement.

Et pourtant quand il arrivait aux cantons de se trouver d'accord entr'eux, leur volonté était toujours respectée par les puissances étrangères. L'alliance héréditaire avec la maison d'Autriche avait placé sous leur sauvegarde la neutralité de la Franche-Comté. Ils ne souffrirent jamais durant toute celte époque qu'elle fût attaquée par la France, ni qu'elle servit de point de départ à une attaque contre ce royaume. De même , lorsque le roi de France voulut porter ses armes en Alsace , alors le grenier de la Suisse , leurs remontrances l'engagèrent à renoncer à son dessein.

Charles-Quint avait abdiqué toutes ses couronnes pour finir ses jours dans la retraite , laissant l'empire et l'Autriche à son frère Ferdinand , l'Espagne et tous ses autres états à son fils Philippe II. Bientôt après , la victoire de Saint-Quentin remportée sur l'armée française par l'armée espagnole sous le commandement d'Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, amena la conclusion de la paix de Câteau-Cambresis, par laquelle le duc recouvra ses états que les Français avaient enlevés à son père Charles III. Ainsi rétabli dans l'héritage de ses pères, Emmanuel-Philibert tourna ses regards vers Genève et vers les domaines dont les Bernois avaient dépouillé sa maison. Il trouva les cantons catholiques, à l'exception de Fribourg, disposés à conclure avec lui , l'an 4560, un traité d'alliance à cet effet. De concert avec la France et l'Espagne, que le pape engagea à se joindre à eux, les six cantons demandèrent à Berne la restitution du pays de Vaud au duc de Savoie. Berne ne pouvait compter que sur elle-même; les villes ses alliées l'exhortaient à céder plutôt que de s'exposer à tout perdre; les catholiques

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excitaient contre elle Fribourg et le Valais et cherchaient même à ébranler la Gdélité de ses sujets. Cependant elle résista long-temps. Sa proposition de restituer la rive méridionale du lac fut rejetée. Alors elle se prépara au combat. L'avoyer Nœgeli, le conquérant du pays de Vaud, était encore à la tête de la république- Enfin, le 50 octobre 1364, un traité fut conclu à Lausanne par lequel le duc se contenta de la cession du Chablais et du pays de Gex ; le milieu du lac forma la limite entre les deux états. Fribourg conserva toutes ses acquisitions et ne tarda pas à se joindre à l'alliance des cantons catholiques avec la Savoie. Le Valais céda Evian et Abondance et conserva Monthey et son territoire. Genève resta l'alliée de Berne , qui ne consentit à renouveler son alliance avec le duc que lorsqu'il se fut engagé à laisser cette ville en paix pendant vingt-trois ans. Le traité fut garanti par l'Espagne et par la France , garantie qui devait un jour fournir à cette dernière un prétexte pour envahir le pays de Vaud.

C'est à cette époque que fut assemblé le concile de Trente , qui dura, avec quelques interruptions, de 1543 à 1363. Les confédérés furent invités à s'y rendre. Les réformés refusèrent; ils voulaient un concile indépendant de la cour de Rome et où leurs théologiens fussent admis. Les catholiques s'y rendirent après quelques hésitations et y reçurent l'accueil le plus flatteur. Ce concile raffermit l'autorité du pape, et restreignit tellement le pouvoir civil , que plusieurs états catholiques refusèrent d'en publier les décrets.

Trois ans après la clôture du concile, en 1566, parut la Confession de foi helvétique , rédigée à Zurich par Bullinger , qui résuma la doctrine des églises évangéliques de la Suisse et a été adoptée par celles de plusieurs autres pays.

Pendant ce temps, la France était tourmentée par des guerres civiles auxquelles la religion servit de prétexte et qui ensanglantèrent les faibles règnes des trois fils de Henri II : François II , Charles IX et Henri III. Calvin enseignait, aussi bien que Luther, que la religion ne doit pas emprunter le glaive de la chair et qu'elle ne doit combattre que pai Texemple et par la

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parole. Tant que la réforme ne s'était propagée que dans les rangs inférieurs de la société , le sang des réformés avait bien coulé sur les échafauds, mais jamais sur les cbamps de bataille. Il n'en fut plus de même quand les grands prétendirent en faire un auxiliaire de leur ambition. Les princes de la maison de Bourbon, Antoine, roi de Navarre, et son frère Louis, prince de Condé, qui tous deux professaient la religion réformée, jaloux de l'autorité des princes de la maison de Lorraine, le duc de Guise et le cardinal de Lorraine son frère, oncles de la reine Marie Sluart épouse de François II, et alarmés de leur ambition , appelèrent aux armes les réformés sous prétexte de défendre leur religion opprimée. Les Guises se mirent alors à la téle des catholiques et formèrent plus lard, sous le nom de la sainte ligue , une association de tous leurs coreligionnaires, en présence de laquelle l'autorité royale ne fut plus qu'une ombre, et qui s'allia étroitement avec Philippe II, roi d'Espagne. Les cantons catholiques leur fournissaient des troupes, et les villes réformées ne pouvaient pas toujours empêcher que leurs ressortissants ne marchassent en plus ou moins grand nombre au secours des protestants français. Peu de batailles se livrèrent où la victoire n'ait été décidée par la valeur des Suisses. A Dreux , ceux qui servaient dans l'armée catholique restèrent seuls sur le champ de bataille après que le reste de l'armée eut été dispersé, résistèrent pendant plusieurs heures à toute l'armée des réformés , et donnèrent ainsi le temps au duc de Guise d'arriver avec de nouvelles troupes et de ressaisir la victoire. A Meaux, où la famille royale se trouvait bloquée par les reformés, les Suisses, commandés par Louis Pfyffer, de Lucerne, reçurent le roi et tonte la cour dans leurs rangs comme dans une citadelle mobile, et l'escortèrent, toujours combattant et sans se laisser entamer , jusqu'à Paris.

Les deux partis parurent enfin se lasser de cette guerre, guerre de pillage et de massacres, comme sont d'ordinaire les guerres civiles. La paix fut conclue; elle était avantageuse pour les réformés; les Suisses furent licenciés; Henri de Navarre, le fils du roi Antoine, devait, comme gage de réconciliation ,

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épouser la sœur de Charles IX ; tous les chefs du parti évangélique se rendirent à Paris pour ce mariage. Tout-à-coup, le 24 août 1572 , jour de Saint-Barthélemi , à un signal donné, les catholiques firent main-basse sur les réformés; ni les vieillards, ni les enfants au berceau ne furent épargnés. Le même carnage avait lieu au même instant dans le reste du royaume et 50,000 personnes furent égorgées en ce jour. Philippe II envoya au roi des félicitations comme pour une victoire signalée ; la Saint- Barthélemi fut célébrée à Rome par des actions de grâces solennelles; saisis d'épouvante et de pitié, les réformés de la Suisse préparèrent leurs armes et distribuèrent d'abondants secours à ceux de leurs frères qui avaient échappé au massacre. A l'invitation de Genève, un jour de jeûne et de prières fut institué en commémoration de cette funeste journée et a été célébré jusqu'à nos jours. Les cantons catholiques furent saisis d'horreur à cette nouvelle , et peu s'en fallut que sous cette impression l'ancienne alliance ne fût renouvelée.

Cette impression, toutefois, dura peu. Rome, l'Espagne et la Savoie mirent tous leurs soins à l'effacer et à fomenter la discorde. Les cantons évangéliques firent encore une tentative de réconciliation; ils représentèrent à leurs confédérés qu'ils adoraient le même Dieu et le même Rédempteur; ils leur montrèrent par l'exemple des bailliages communs que les deux églises pouvaient vivre en paix l'une à côté de l'autre; ils s'efforcèrent de les mettre en garde contre les étrangers dont l'intérêt était de les désunir. Cette démarche fut froidement accueillie; on ne leur cacha pas que la nouvelle doctrine avait élevé entr'eux et leurs anciens confédérés une barrière que leur retour à l'ancienne croyance pouvait seul faire disparaître. Les étrangers et les Jésuites avaient dicté cette réponse. Enfin, Fan 4586, les quatre Waldstetten, Zug , Fribourg et Soleure contractèrent, par les efforts du nonce du pape, cette alliance contre la réforme qui fut appelée la ligue d'or ou la ligue Borromée, quoique ce prélat fût mort deux ans auparavant, et qui fut suivie, quelques mois plus tard, d'une alliance avec l'Espa-

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gne. La confédération n'existait, pour ainsi dire, plus que de nom.

Le pape et le duc de Savoie avaient toujours les regards fixés sur Genève. L'un voyait dans cette ville le foyer du calvinisme , l'autre , une ville rebelle dont il voulait recouvrer la possession à tout prix. Le duc Charles-Emmanuel fit occuper par ses troupes les environs de Genève, et les habitants furent de nouveau molestés comme aux temps de Charles III. En même temps, le duc faisait ourdir un complot par quelques gentilshommes du pays de Vaud pour lui livrer ce pays. Cette entreprise échoua. L'ambassadeur de France , Harley de Sancy, exhorta les Bernois à déclarer la guerre au duc pour secourir Genève et pour recouvrer le pays de Gex et le Chablais. Il annonça en même temps que le roi était disposé à entreprendre cette guerre si on lui accordait des troupes et un emprunt. . Berne lui accorda dix mille hommes et cent mille écus. Il avait ainsi atteint son but, qui n'était que de brouiller les Suisses avec le duc de Savoie et de procurer à son maître de l'argent et des troupes, dont il était totalement dénué. Après quelques succès remportés sur les Savoyards, il partit avec ses troupes pour l'intérieur de la France, où sa présence, disait-il, était nécessaire pour combattre les Guises et la ligue. Tout le poids de la guerre retomba sur les Genevois qui , dans l'attente de ce secours, avaient hardiment commencé les hostilités et déployèrent un courage digne des anciens Suisses. L'argent manquait : les citoyens s'imposèrent volontairement pour venir au secours de la république; les femmes sacrifièrent tous leurs joyaux. Cependant les Bernois, après s'être quelque temps laissé abuser par de fausses ouvertures de paix , voyant que l'ennemi avançait toujours, se décidèrent à mettre leur bannière en campagne. Pour la première fois on vit un avoyer de Berne , Jean de Watteville , s'excuser de prendre le commandement en alléguant son inexpérience de la guerre. Obligé cependant de se conformer à l'usage, il montra une inertie dont on ne sut si on devait l'attribuer à son incapacité ou à la trahison. Il avait été élevé en Savoie et avait des parents et des

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amis dans le camp ennemi. Au lieu de combattre, il négociait. Rebutés de leur inaction, les soldats se débandaient et regagnaient leurs foyers. Enfin Berne rappela son armée et un traité ignominieux fut conclu à Nyon le 25 août 1589, par lequel la république abandonnait Genève au duc et lui promettait même, dans un article secret, son appui pour la soumettre à son obéissance.

Le roi Henri 111 venait de périr sous le fer d'un assassin et la maison de Valois s'éteignait en lui. Henri de Navarre, chef de la maison de Bourbon, se trouvait appelé au trône par droit de naissance, mais le parti des Guises et de la ligue, appuyé par le pape et l'Espagne , refusait de reconnaître un roi protestant. Charles-Emmanuel fondait sur cet état des choses des espérances qui lui faisaient désirér de se débarrasser de la guerre avec Berne pour tourner ses armes du côté de la France. La condescendance des Bernois servit on ne peut mieux ses desseins.

Ce honteux abandon excita une indignation générale, non seulement en Suisse, mais dans toute l'Europe protestante, et des représentations arrivèrent à Berne de toutes parts. Un violent mécontentement se manifestait dans la bourgeoisie et on accusait hautement les chefs de l'état et de l'armée de s'être laissé corrompre par le duc de Savoie. Consultées par le sénat, toutes les communes déclarèrent être prêtes à donner leurs biens et leurs vies pour l'honneur de la république, mais protestèrent contre l'abandon de leurs coreligionnaires et de leurs alliés. Le traité de Nyon ne fut pas ratifié, et l'avoyer de Watteville dut se démettre de ses fonctions.

Les Genevois, restés seuls, aidés de quelques secours envoyés de temps en temps par le roi de France et des subsides des princes et des églises réformées de l'Europe, dirigés et soutenus par leur brave et habile magistrat, Michel Rozet, continuèrent la guerre avec une vigueur et un courage qui compensaient l'extrême infériorité de leurs forces, jusqu'à ce que les victoires de Henri IV facilitèrent la conclusion d'une trêve.

Ces victoires furent en grande partie l'ouvrage des Suisses.

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À Arques, la bataille était perdue, lorsque Henri se mil à la téte des Suisses et ressaisit la victoire. A Ivry , on vit, comme on l'avait déjà vu à Dreux, les Suisses qui servaient la ligue rester seuls sur le champ de bataille après la dispersion de toute l'armée. Le roi faisait avancer son artillerie contre eux, lorsque leurs compatriotes qui étaient à son service intercédèrent en leur faveur. Il leur accorda une capitulation honorable et leur rendit leurs drapeaux en les chargeant de les offrir à leurs cantons comme un gage de son amitié.

Ces victoires, cependant, ne désarmaient pas les catholiques qui persistaient à refuser de le reconnaître pour leur prince. Le parti qu'il prit enfin d'embrasser la religion catholique, termina la guerre civile. Henri entra dans Paris entouré âe ses Suisses, dont les descendants devaient un jour arroser de leur sang le trône de ses derniers successeurs. La guerre étrangère se termina en 1598 par la paix de Vervins où les Suisses furent aussi compris, mais où il ne fut pas possible de faire admettre Genève quoique alliée de la France et d'une partie des cantons. Ce fut aussi surtout au sujet de Genève que la guerre se ralluma l'année suivante entre la France et la Savoie. Elle se termina par la cession à la France du Bugey, de la Bresse et du pays de Gex. Berne commença à concevoir quelque inquiétude en voyant cette puissance franchir les Alpes et s'établir dans son voisinage immédiat.

Cependant Charles-Emmanuel ne pouvait se résoudre à renoncer à la possession de Genève. Un plan fut concerté pour s'en emparer par surprise. Dans la nuit du 41 au 42 décembre 1602, trois cents hommes escaladèrent le rempart sans être aperçus et se disposaient à ouvrir une porte aux troupes qui les suivaient, lorsqu'ils furent découverts par une sentinelle qui donna l'alarme. Les citoyens coururent aux armes; les troupes qui s'avançaient furent repoussées à coups de canon ; ceux qui avaient pénétré dans la ville furent tués ou précipités du haut des remparts. Le successeur de Calvin , Théodore de Bèze, accablé par l'âge et les inûrmilés , en apprenant les événements de la nuit dont sa surdité l'avait empêché de s'aper-

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cevoir, entraîna le peuple à l'église de Saint-Pierre pour rendre grâces à Dieu de cette délivrance. A cette nouvelle , les cantons évangéliques prirent les armes ; le roi de France offrit des subsides; déjà les Genevois avaient pénétré jusqu'aux environs de Chambéry , lorsque les puissances, qui craignaient le renouvellement d'une guerre européenne, intervinrent en faveur du rétablissement de la paix. Elle fut conclue à Saint- Julien sous la médiation des cantons, et Genève a joui longtemps de cette paix acquise par le courage de ses citoyens et leur fidélité à leur cause. L'anniversaire de l'Escalade a été célébré jusqu'à nos jours.

Les catholiques et les réformés avaient vécu en paix pendant un demi-siècle dans le canton d'Appenzell; mais à cette époque le nonce du pape et les capucins, récemment introduits en Suisse , faillirent allumer une guerre civile qui ne fut empêchée que par les cfforls des confédérés. Une convention fut conclue sous leur médiation, l'an 4597, d'après laquelle, sans cesser de ne former qu'un seul canton , cet état fut partagé en deux parties avec des administrations séparées, les rhodes ou districts intérieurs, où la religion catholique est seule professée, et les rhodes extérieures, dont tous les habitants sont réformés.

Les réformés avaient joui long-temps dans le Valais d'une tolérance plus ou moins étendue; mais le clergé et les cantons catholiques qui les regardaient comme opposés à l'alliance espagnole dans laquelle on voulait faire entrer le Valais , employèrent leur influence à faire restreindre de plus en plus cette tolérance, jusqu'à ce qu'enfin les réformés furent entièrement expulsés de ce pays.

Les comtes de Gruyères avaient suivi le même entraînement qui avait perdu successivement tous les grands seigneurs de la Suisse, en dissipant leurs biens dans les cours étrangères, dans les fêtes et dans les tournois. Mais au lieu de grever leurs sujets d'impôts , ils leur vendaient des franchises , ensorte que ceux-ci étaient devenus presque indépendants. Le dernier comte, Michel, avait presque toute sa vie fait la guerre à ses frais pour le roi de France qui ne l'avait jamais remboursé de

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ses avances que par des louanges et des distinctions. Dans sa détresse , il ne lui resta plus d'autre ressource que de céder ses états, l'an 1554, à Berne et à Fribourg. Le marché consommé, il alla mourir en France dans l'obscurité mais non dans l'oubli, car long-temps après sa mort les habitants de cette contrée versaient encore des larmes au souvenir des temps passés et de leurs anciens seigneurs. Le comte de Neuchâtei se trouva alors le seul prince séculier qui subsistât encore on Suisse.

Peu s'en fallut même que Neuchâtei n'éprouvât le même sort. Jeanne de Hochberg mourut en 1545, au moment où elle cherchait à vendre le comté à Fribourg. Son petit-fils François lui succéda encore enfant et ne lui survécut que huit ans. Il eut pour successeur, en 1551, son cousin germain , Léonor d'Orléans, qui eut à lutter contre deux compétiteurs, Marie de Lorraine, reine d'Ecosse, mère du prince défunt, et Jacques de Savoie , duc de Nemours , petit-fils par sa mère de Jeaune de Hochberg. Les trois prétendants demandèrent l'investiture au tribunal des Trois-Etals. Ce tribunal, qui était un abrégé des audiences générales, avait été établi par Philippe de Hochberg, parce que ces dernières, dont la convocation entraînait des difficultés et des dépenses considérables, ne s'assemblaient plus qu'à de longs intervalles. Les Trois- Etats ayant admis le procureur de la reine d'Ecosse, l'agent de Léonor en appela aux audiences générales qui adjugèrent le comté à Léonor et au duc de Nemours, en leur imposant l'obligation de donner un seul chef à l'état. Ce fut le premier exemple d'une sentence rendue par les états du pays dans une question de souveraineté. Léonor ayant été fait prisonnier à Saint-Quentin , le duc de Nemours demanda le partage de l'état , et l'on sut qu'il avait l'intention de vendre sa part à Soleurc. A cette perspective d'un démembrement du comté et en faveur d'une ville catholique, les peuples de l'état s'émurent; on se concerta avec Berne ; une assemblée extraordinaire eut lieu , à laquelle furent appelés les vassaux à l'exception des étrangers, les officiers de toutes les juridictions, les quatre bannerets et les anciens des

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cours de justice. Celte assemblée adressa de fortes remontrances aux deux princes et leur annonça qu'on avait demandé justice à Berne de leur refus d'exécuter la sentence des audiences générales. Les princes consentirent à se soumettre au jugement arbitral des Bernois qui, en 1537, adjugèrent tout le comté à Léonor, en assignant au duc de Nemours un équivalent en terres en Bourgogne. Sous le règne de Léonor , deux dépenses inévitables, sa rançon d'abord, et ensuite l'acquisition des seigneuries de Colombier , de Cortaillod et Bevaix qui appartenaient à la famille de Walteville, achevèrent de grever le domaine et le comté fut de nouveau affermé aux Quatre-Ministraux. Une acquisition encore plus importante était réservée à son successeur. Léonor mourut en 1375; son fils, Henri 1 er , lui succéda sous la tutelle de sa mère, Marie de Bourbon. René de Cballant était mort en 1365, laissant, de son mariage avec Mancie de Portugal, deux filles mariées, Tune au comte de Tor-nid , l'autre au comte d'Àvy , et qui se disputèrent avec acharnement pendant plusieurs années sa succession. Les Trois-Etats de Ncuchâtel avaient rendu deux sentences en faveur de la comtesse de Torniel, mais les gens de Valangin refusaient de se soumettre à ces décisions et soutenaient la comtesse d'Avy qui , de son côté, ne songeait qu'à vendre la seigneurie au duc de Nemours. Valangin éta t hypothéqué aux Bernois pour des dettes que les deux sœurs étaient hors d'état de payer; Marie de Bourbon offrit aux Bernois de se mettre à leur place en se chargeant de toutes les dettes; un traité fut conclu à cet effet, l'an 1579, et la seigneurie de Valangin fut réunie à la directe après en avoir été séparée pendant près de quatre siècles. Mais celte belle et grande acquisition ne fit alors qu'accroître les charges qui pesaient sur Neuchâtel, d'autant plus que depuis René de Challanl, le domaine de Valangin avait été dilapidé de la même manière et à peu près par les mêmes causes que celui de Neuchâtel. Un résultat avantageux restait, c'était l'affranchissement des habitants. Par un bonheur remarquable, une transaction conclue à cette époque avec la maison de Bade, au sujet de la succession de Hochberg, fit rentrer dans le trésor du prince

une somme au moyen de laquelle il put acquitter ses dettes et retirer ses domaines engagés. Henri I er mourut par accident en 4395. Son fils, Henri II, vint au monde deux jours avant la mort de son père. Marie de Bourbon continua à administrer l'état avec sagesse et fermeté jusqu'à sa mort, qui eut lieu en 1601. Elle eut encore la satisfaction de voir Ncuchâtel compris, à la demande de Henri IV , comme allié des Suisses , dans la paix de Vervins. Ce fut une époque toute militaire pour les Neuchâlelois; non-seulement ils prirent part à toutes les expéditions des Bernois contre les ducs de Savoie, mais on les vit toujours accourir en grand nombre sous les drapeaux des réformés français; le prince de Gondé les aimait et les estimait; plusieurs de leurs capitaines reçurent des distinctions honorables sur les champs de bataille d'Arqués et d'Ivry , et Henri IV avait coutume de dire qu'une compagnie de Neuchâtelois en valait pour lui trois autres.

Tandis que l'église romaine, menacée dans son existence, rassemblait toutes ses forces pour sa défense et bientôt après pour l'attaque, et semblait animée d'une nouvelle vie, le grand éclat que la réforme avait jeté dans son origine commençait à s'affaiblir. Depuis qu'on avait entrepris de la soutenir et de la propager par des moyens humains, elle avait commencé à servir d'instrument et de moyen à des intérêts humains et les passions humaines avaient pénétré dans son sein. Ces lumières si brillantes qui avaient éclairé son début s'éteignaient les unes après les autres et n'étaient pas remplacées. Théodore de Bèze, le continuateur des travaux et de l'autorité de Calvin , Henri Bullinger, à qui Zwingle, avant de marcher à la mort, avait si affectueusement recommandé son église, n'avaient pas euxmêmes laissé de successeurs. La science devenait plus rare; au lieu de sonder les Ecritures consciencieusement et sans relâche, comme les maîtres de la réforme, on se reposait trop sur l'examen qu'ils en avaient fait. Les mœurs, à peine épurées de la corruption qui avait précédé la réforme, s'altéraient de nouveau. Depuis que la voix imposante de Calvin avait cessé de se faire entendre, la discipline se relâchait à Genève et il en était

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de même partout. Les richesses, fruit de l'industrie et du commerce introduits par de nombreux réfugiés, exerçaient leur influence accoutumée; les alliances et le service étrangers, si hautement condamnés par les réformateurs, reprenaient leur séduction. Lorsque l'alliance avec la France fut solennellement renouvelée en 4602, Zurich fut le seul canton qui refusa d'y prendre part.

A cette époque, les communes et les bourgeoisies commencèrent à se fermer et la distinction entre les bourgeois et les habitants s'introduisit. Les villes souveraines , autrefois si empressées à étendre le nombre de leurs bourgeois tant qu'elles y avaient vu un élément de richesse et de puissance, se montraient avares de leurs droits de bourgeoisie depuis qu'elles crurent voir qu'il ne s'agissait plus que d'admettre de nouveaux associés à participer aux avantages qu'elles avaient acquis. Elles aimaient mieux avoir des sujets que des bourgeois. L'autorité se concentra de plus en plus dans les conseils, qui souvent nommaient eux-mêmes leurs membres. Les emplois éminents devinrent le partage des familles patriciennes à l'exclusion des autres citoyens , et l'intérêt que ceux-ci prenaient à la chose publique s'affaiblit d'autant.

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