‹ Abrégé de l'histoire des SuissesChapitre 45 sur 49 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

LE DIX-HUITIÈME SIECLE

A la guerre de 1712 succéda la plus longue paix dont la confédération eût encore joui depuis son origine, et qui ne fut troublée que par quelques mouvements isolés dans l'intérieur des cantons.

Les Suisses des petits cantons vivaient, comme leurs ancêtres, pauvres et ignorants, mais libres et heureux. Contents de nommer dans leurs landsgemeinden à tous les emplois et de décider en dernier ressort de toutes les affaires importantes, ils abandonnaient volontiers aux familles notables du pays le fardeau et la responsabilité du gouvernement. C'est donc entre celles-ci que s'élevaient les luttes qui troublaient de temps en temps la paix du pays.

La famille Zellweger exerçait la principale influence dans les Rhodes extérieurs du cauton d'Appenzell. Dans cette partie du pays , il existait une rivalité entre le pays derrière la Sitter, où sont situées Hundwyl et Herisau, et le pays devant la Sitter, dont le chef-lieu est Trogen, résidence des Zellweger. Les ennemis de cette famille tirèrent parti, pour attaquer le gouvernement, d'un traité conclu plusieurs années auparavant par le grand et le petit-conseil avec l'abbé et la ville de Saint-Gall, traité conforme au véritable intérêt du pays, mais que les circonstances n'avaient pas permis de soumettre à la landsgemeinde.

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Tout le pays se trouva divisé eu deux partis, les durs, qui étaient les plus nombreux dans le pays derrière la Sitter, et les doux ou les modérés, partisans du gouvernement et des Zellweger, et dont la principale force était dans le pays devant la Sitter. Une bande du parti des durs pénétra dans rbôtel-de-ville de Herisau , où le conseil du pays était assemblé , et contraignit ses membres , à force de menaces et de mauvais traitements, à proclamer devant le peuple assemblé qu'ils désavouaient le traité en question, et dans une landsgemeinde tumultueuse assemblée à Teufen, les durs mirent le traité à néant et chassèrent du gouvernement tous les modérés ; mais les partisans de ceux-ci se formèrent aussitôt en landsgemeinde séparée et réélurent les membres éliminés. Le pays eut dès ce moment deux gouvernements, ou plutôt fut livré à l'anarchie et devint le théâtre d'innombrables excès contre les personnes et les propriétés. L'intervention des cantons fut impuissante pour mettre fin à ce désordre et leurs représentants furent même obligés de se sauver pour éviter d'être maltraités. Les durs, comme les plus violents, finirent par l'emporter, d'autant plus que les magistrats du parti contraire s'efforçaient eux-mêmes d'arrêter le zèle de leurs partisans qui se découragèrent peu à peu. Dans une landsgemeinde tenue au printemps de 4755 et dont les durs formaient les deux tiers, le nouveau gouvernement fut confirmé, le traité définitivement aboli et un grand nombre d'anciens magistrats condamnés à des amendes et à l'exclusion perpétuelle des emplois. Lorsque dans la suite le peuple apaisé voulut appeler le docteur Laurent Zellweger, homme distingué par ses talents et ses services , aux premières magistratures du pays , il répondît toujours : « Je m'en tiens à ma sentence. •

Quelques années plus tard, ce furent les Rhodes intérieurs qui donnèrent à leur tour l'exemple des excès auxquels peut se porter un peuple égaré. Un aubergiste, nommé Joseph-Antoine Suter, s'était rendu populaire par son esprit naturel, par son humeur joviale et par ses libéralités envers les pauvres. Ses concitoyens prirent plaisir à l'élever aux premières dignités, sans égard pour les titres de compétiteurs qui lui étaient bien supé-

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rieurs en expérience et en instruction. De là des ennemis nombreux et acharnés , dont il accrut encore le nombre par des mesures justes et utiles au public mais qui froissaient les intérêts de plusieurs, par une vanité mal déguisée et par des plaisanteries imprudentes. Pour regagner la popularité qui lui échappait, il voulut rendre un service signalé à son pays et entreprit pour cet effet de faire valoir un droit de retrait sur un immeuble autrefois aliéné par l'état. Les possesseurs actuels prirent leur recours à la diète; abandonné par, le conseil du pays, il n'en persista pas moins à soutenir seul le procès au nom de l'état et fut condamné. A son retour de la diète, il fut destitué pour avoir engagé l'état dans une fausse démarche et l'avoir compromis et constitué en dommage. Ayant entrepris un pèlerinage à Einsiedeln pour regagner par ce moyen la faveur du peuple, le conseil profita de son absence pour le condamner comme ennemi de la liberté et de la religion, et coupable des crimes les plus odieux. Son nom fut affiché à la potence et sa téte fut mise à prix; ses biens furent confisqués; il fut interdit à sa femme, sous peine de perdre ses droits de patrie et de succession , de le considérer désormais comme son mari. Tous les membres du conseil qui osèrent prendre sa défense furent frappés de diverses peines , et les hommes qui avaient sollicité en sa faveur un sauf-conduit pour qu'il pût se défendre lui-même, furent condamnés à la peine de mort, qui fut commuée par grâce en celle de la fustigation. La rage de ses ennemis semblait devoir être assouvie , mais un de ses anciens partisans , arrêté dans le pays, d'où il était exilé, fut engagé, on ne sait par quels moyens , à déclarer que l'ancien landammann avait le dessein de se rendre à l'improviste à Appenzell et d'y exciter un soulèvement. Deux membres du conseil persuadèrent à sa fille de lui écrire pour l'engager à se rendre dans un lieu désigné sur le territoire des Rhodes extérieurs pour y traiter d'une affaire importante. Le malheureux vieillard donna dans le piège, se laissa attirer sur le territoire des Rhodes intérieurs, fut saisi, garrotté, jeté sur un traîneau et transporté à Appenzell au mois de février 1783. Appliqué trois fois à la torture, il ne fit l'aveu

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d'aucun crime; vingt membres du conseil sauvèrent leur conscience par une protestation jointe à la procédure. Il n'en fut pas moins condamné à mort et exécuté , un mois après son arrestation.

A Zug , la famille Zurlauben occupait depuis deux siècles les premières magistratures. Elle était en même temps à la tête du parti français, distribuait les pensions et avait l'administration du sel que la France fournissait au canton. Tant d'avantages excitèrent l'envie. Les ennemis des Zurlauben, qu'on appela aussi le parti des durs, leur opposèrent l'administrateur du sel d'Allemagne, Joscpb-Antoine Schumacher, d'une naissance obscure , habile et instruit , ambitieux et violent. Le refus de l'ambassadeur de France de consentir à une égale répartition de la pension française entre tous les citoyens du canton, causa une telle irritation, que l'ancien ammann Fidèle Zurlauben fut obligé de se réfugier à Lucerne. Il fut banni à perpétuité. Schumacher, devenu ammann à son tour, exerça une dure tyrannie et régna par la terreur. La prison et le bannissement le débarrassèrent de tous ses adversaires. L'alliance avec la France fut déclarée rompue. Cependant le pouvoir de Schumacher s'affaiblissait par les moyens même qu'il employait pour le soutenir; le passage d'un magistrat influent au parti des modérés donna la victoire à celui-ci ; Schumacher fut convaincu de concussion et condamné aux galères. 11 mourut à Turin, pendant le trajet, en 1735. Les bannis furent rappelés; leurs adversaires furent bannis à leur tour, et l'on s'attacha plus étroitement que jamais à la France.

Les cantons aristocratiques, c'est-à-dire ceux où la souveraineté sur tout le canton appartenait à la bourgeoisie du cheflieu, pouvaient se diviser en deux «lasses : à Zurich, à Oâle, à Schaiïhouse, cette souveraineté appartenait à tous les bourgeois sans exception ; à Berne, à Lucerne , à Fribourg et à Soleure, il s'était formé au sein de la bourgeoisie un patriciat, et les familles qui n'en faisaient pas partie n'avaient que peu ou point de part au gouvernement .

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A Luccrnc, les familles patriciennes s'entendaient si bien entre elles pour conserver le pouvoir, et leur nombre était si réduit, que les places dans le petit-conseil étaient en quelque sorte devenues héréditaires, et qu'à la mort du père, son fils, à peine majeur, lui succédait. La tolérance était assurée aux abus, parce que chacun en profitait à son tour. Un événement, qui ailleurs n'aurait occupé que les tribunaux et qui ébranla toute la république, vint mettre au grand jour la corruption du patriciat lucernois. Le trésorier Jost-Nieolas Schumacher fut destitué et banni eu 1762 comme coupable de malversations considérables; deux ans après, son fils, convaincu de haute-trahison , périt sur l'échafaud. Le principal auteur de la condamnation et du père et du fils était Valentin Meyer, homme honorable, mais passionné, et dont le père, le trésorier Léodegar Meyer, accusé par Nicolas Schumacher du même crime dont il se rendit lui-même coupable quelques années plus tard, avait été puni comme lui de la destitution et du bannissement. La famille Schumacher, pour se venger, et d'autres qui avaient eu comme elle à souffrir du zèle de Meyer pour le redressement des abus , excitèrent contre lui la haine des prêtres et des moines eu lui attribuant certains écrits qui agitaient la question de l'abolition des couvents. Aussitôt que ce parti se crut assuré de l'appui du peuple dont il avait excité le fanatisme , il se hâta de procéder envers lui avec une excessive rigueur, mais on ne parvint à le convaincre d'aucun crime, si ce n'est d'un zèle incommode, il est vrai , pour les criminels, ensorte qu'on finit par accepter son offre de se soumettre à un bannissement de quinze ans, pendant lesquels sa place au conseil lui fut réservée. Ce dénouement, qui montrait au grand jour la faiblesse et la corruption du gouvernement, fut appelé une pacification; tout le mal provenait, disait-on, de ce qu'on s'était écarté de la modération nécessaire dans un gouvernement aristocratique, en ce que quelques familles avaient été jugées à rigueur de droit ; or, pour prévenir le retour d'un pareil abus, le conseil adopta, sous le nom de constitution, une suite de dispositions dont la première statuait que désormais un magistrat coupable de malversation devrait restituer ce qu'il se serait in-

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justement approprié, mais ne serait du reste passible d'aucune peine. Après le procès de Meyer en 4770, Schumacher fut autorisé à revenir à Lucerne, et la somme qu'il avait dû restituer au trésor (il attribuait le déficit de sa caisse à un vol dont il aurait été victime) lui fut remboursée avec intérêts.

Durant cette période, deux tentatives de soulèvement eurent lieu dans le canton de Berne; Tune, partie de la campagne, était dirigée contre la souveraineté de la ville de Berne; 1 autre avait pris naissance dans le sein même de la bourgeoisie et avait pour but l'abolition des privilèges du patriciat.

Daniel-Abram Davel , de Cully au pays de Vaud, après avoir passé sa jeunesse au service étranger, après avoir combattu à Vilmergen avec une distinction qui lui avait valu une plnsion et le grade de major des milices de son district , vivait sur son héritage dans une retraite qui favorisait la disposition mélancolique de son caractère. Irréprochable dans ses moeurs, d'une piété sincère, mais exaltée, il croyait à des révélations, à des miracles en sa faveur. Les mœurs dissolues et grossières de ses concitoyens, la vie mondaine d'une partie du clergé, l'immoralité de certains magistrats, le préoccupaient douloureusement. Il se persuada qu'un grand événement pouvait seul réveiller son peuple de l'engourdissement moral où il le voyait plongé, et se croyant prédestiné à le réaliser, il conçut le dessein de soustraire le pays de Vaud à la domination de Berne pour en former un nouveau canton. Afin d'éprouver la réalité de la vocation qu'il croyait ressentir en lui-même, il consulta Dieu par le jeûne et par la prière ; il ne négligea qu'une chose , c'est de le consulter dans sa Parole , qui lui aurait appris que les intentions les plus pures ne justifient pas, aux yeux de Dieu, une entreprise contraire à sa loi. Feignant des ordres secrets reçus de Berne, il choisit parmi les milices de son arrondissement cinq à six cents hommes et, sans les instruire de son dessein, il se rendit à leur tête à Lausanne, le 51 mars 1723. A son arrivée, il fit convoquer à la hâte le conseil de ville et lui exposa le but et le plan de son entreprise. Le conseil dissimula jusqu'à ce qu'il eut envoyé un courrier à Berne et réuni dans la ville les mili-

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ces des environs ; alors Davel fut arrêté, et ses soldats, étonnés du rôle qu'on leur avait fait jouer, furent licenciés. Il fut livré au juge ordinaire, composé, selon un ancien usage, des bourgeois habitant la rue de Bourg à Lausanne, qui le condamnèrent à élre décapité. Il mourut plein de foi et de résignation, mais toujours aveuglé sur la nature criminelle de son entreprise et se réjouissant à la pensée que sa mort tournerait à l'avantage de ses concitoyens. Le pasteur appelé à adresser au peuple l'exhortation d'usage, prit pour texte de son discours ces paroles de Salomon : a Telle voie parait droite à l'homme, mais elle • aboutit au chemin de la mort. »

Le patriciat s'était établi à Berne insensiblement et sans secousses violentes. Les services rendus à la république par les ancêtres des patriciens, les grands sacrifices qu'ils avaient faits de leurs biens pour l'agrandissement du territoire, cet agrandissement même, qui faisait sentir la nécessité d'un gouvernement plus fort et plus concentré , enfin, l'éclat et la prospérité dont la république jouissait sous leur administration, justifiaient cet état de choses aux yeux du plus grand nombre. Cependant, l'excessive diminution des familles régnantes, celles qui venaient à s'éteindre n'étant presque jamais remplacées par de nouvelles admissions, l'opulence dont elles étaient redevables à leur haute position, les manières hautaines d'une partie des patriciens, faisaient aussi des jaloux et des mécontents. Ce mécontentement se manifestait fréquemment à l'époque des élections par des mémoires présentés au conseil souverain, dans lesquels des bourgeois exposaient leurs griefs et leurs vœux. Le conseil trouvait ordinairement ces griefs offensants pour son autorité et condamnait les auteurs au bannissement, mais ordinairement aussi cette peine était révoquée ou réduite; souvent même des places lucratives consolaient les mécontents. De ce nombre était Samuel Henzi, homme d'esprit et instruit, mais d'un caractère fantasque et inquiet, et qui avait tour à tour essayé de plusieurs vocations. Exilé en 17M, puis rappeié, il avait obtenu une place dans l'administration des sels, dans laquelle il amassa une forlune qu'il dissipa plus tard au service étranger. Dénué de res-

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sources à son retour dans sa patrie, il sollicita une place de bibliothécaire qui fut donnée à un autre; dès ce moment il conçut le dessein de renverser le gouvernement et se lia à cet effet avec tous ceux qui avaient quelque vengeance à exercer, ou à qui le dérangement de leurs affaires ne laissait d'espoir que dans un bouleversement. Le plan des conjurés était de s'emparer à main armée de l'hôtel du gouvernement , de l'arsenal et des portes, de déposer l'ancien conseil et d'en établir un nouveau pris dans le sein de la bourgeoisie ; on aurait fait mainbasse sur tout ce qui aurait tenté de résister ; les membres les plus odieux du conseil étaient dévoués à la mort et leurs biens à la confiscation. Un complice repentant révéla le complot au conseil secret. Les patriciens montrèrent dans cette occasion une résolution et un sang-froid dignes de leurs ancêtres ; on ne connaissait point l'étendue du complot; on ne savait si l'on pouvait compter sur la garnisou, sur la bourgeoisie , sur les habitants de la campagne ; dans cette incertitude, tous les membres du grand-conseil s'armèrent avec leurs fils et leurs plus proches parents, occupèrent les principaux postes, firent des patrouilles de jour et de nuit, et arrêtèrent ceux qui étaient désignés comme les chefs de la conjuration, taudis que les femmes se munissaient d'armes , se barricadaient dans leurs maisons et se préparaient à une énergique résistance; mais bientôt les bourgeois prirent les armes à l'appel du gouvernement, trois cents hommes de milices entrèrent dans la ville , et les populations de toutes les parties du canton se montrèrent prêtes à marcher au premier signal de leurs baillifs; la conspiration fut déjouée aussitôt que découverte; six jours après leur arrestation , le 40 juillet 1749, Henzi et ses deux principaux complices expièrent leur crime par le glaive ; les autres coupables furent condamnés à des bannissements plus ou moins prolongés.

A Fribourg, le patriciat excluait également du gouvernement ou du moins des places les plus lucratives et les plus influentes, les nobles et les simples bourgeois. Les vingt-sept paroisses de l'ancien territoire avaient le droit de participer à l'élection des avoyers et jouissaient de quelques autres préroga-

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tives qui les distinguaient des habitants du nouveau territoire ou des dix-neuf bailliages. Plusieurs tentatives des bourgeois pour rétablir l'ancienne égalité des droits avaient échoué ; la tranquillité de la campagne n'avait pas été troublée depuis long-temps. Une contestation au sujet d'une forêt s'étant élevée entre le gouvernement et la petite ville de la Tour-de- Trême , celle-ci avait fini par se mettre arbitrairement en possession de l'objet en litige , et Pierre-Nicolas Chenaux avait été puni comme le principal instigateur de cet acte d'insubordination. Pour se venger, il forma un complot avec quelques hommes mécontents ou ambitieux, et à l'aide de ses nombreuses relations dans le pays, il travailla avec succès à exciter la mé- Gance des populations contre le gouvernement, en les alarmant pour le maintien de leurs droits et même de la religion catholique. Il comptait aussi sur le mécontentement des bourgeois, et en effet on fit circuler parmi eux à cette époque le bruit de la prochaine suppression de certains bénéfices et de l'établissement de nouvelles taxes. Le plan des conjurés était de s'emparer de la ville par un coup de main et d'établir un nouveau gouvernement. Au mois de mai 1781 , Chenaux s'avança vers la ville à la léte des populations soulevées ; mais le gouverne- • ment, averti à temps, avait demandé du secours à Berne, qui lui envoya aussitôt huit ceuts hommes ; les bourgeois, qui avaient espéré profiter de l'inquiétude que l'insurrection causerait au gouvernement, mais qui ne voulaient pas la victoire des paysans, prirent les armes et garnirent les remparts. Les insurgés prirent la fuite et Chenaux fut tué par un des siens. Alors les bourgeois réclamèrent à leur tour les droits dont ils se prétendaient frustrés et demandèrent l'accès aux archives pour justifier leurs prétentions. Il leur fut refusé. Lorsqu'ils commencèrent à exciter de nouveau le peuple des campagnes, le gouvernement sollicita la médiation de Berne , Lucerne et Soleure. Les chefs du parti populaire furent condamnés au bannissement ; les nobles furent admis dans le patriciat à condition de ne pas faire usage de leurs titres dans le pays; on promit de remplacer par de nouvelles admissions les familles qui vien-

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draient à s'éteindre. Les troubles furent paciûés, mais l'agitation continua à régner dans les esprits.

Les cantons démocratiques d'Uri et de Glaris eurent aussi à lutter contre leurs sujets , mais l'un et l'autre pour des motifs bien différents. Les habitants de l'ancien comté de Werdenberg, sujets de Glaris, avaient obtenu du conseil de ce canton un acte de garantie de certains droits qui leur étaient légitimement acquis et dont ils jouirent depuis lors pendant près de quarante ans , sans qu'il en résultât aucun dommage pour l'état de Glaris. En 4705, la landsgemeinde, informée pour la première fois de l'existence de ce document, le demanda sous prétexte de l'examiner et ne le rendit plus. De là une longue suite de réclamations de la part des sujets ainsi abusés, qui finirent, en 4719, par refuser le renouvellement de l'hommage aussi long-temps que justice ne leur aurait pas été rendue. Leurs députés, venus à Glaris avec un sauf-conduit du gouvernement, furent mis en prison et l'un d'eux y mourut. En même temps , le conseil introduisit secrètement une garnison dans le château de Werdenberg. Indignés de cette perfidie, les habitants se soulevèrent, mais à l'approche de forces supérieures, ils perdirent courage et se dispersèrent. Une tentative de médiation de la part des députés de Zurich ne réussit pas ; un second soulèvement fut également étouffé par la force en 4724 ; les insurgés furent sévèrement punis et le pays fut dépouillé de toutes ses franchises. Plus tard cependant, Glaris répara en partie son injustice.

Les habitants de la Léventine jouissaient sous la souveraineté d'Uri de franchises étendues. Uri ayant voulu, en 4755, redresser de graves désordres qui s'étaient introduits dans l'administration des tutelles , ceux qui étaient intéressés à la conservation des abus firent envisager à leurs compatriotes cette intervention du souverain comme une atteinte à leurs libertés. Le peuple se souleva. Uri usa de patience pendant plusieurs mois, mais voyant enfin que son support ne faisait qu'enhardir la rébellion, il requit ses confédérés et descendit en armes dans la vallée du Tessin. A la vue des bannières

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des cantons, les révoltés perdirent courage et se laissèrent désarmer. Le peuple de la Léventine, assemble près du cheflieu , Faido , renouvela le serment de fidélité et assista à genoux au supplice de ses chefs. Il paya sa révolte de la perte de toutes ses franchises.

Plusieurs des états alliés des cantons furent agités pendant le dix-huitième siècle par des troubles qui, pour la plupart, se prolongèrent avec plus ou moins d'interruption jusqu'à la catastrophe qui mit fin à l'existence de la confédération. Les Grisons , avec leurs trois ligues et leurs soixante-trois communes souveraines , voyaient se perpétuer les divisions entre catholiques et réformés, entre le parti autrichien et le parti français, entre la famille de Salis et les familles rivales de celle-ci. Leurs possessions, Valteline, Chiavenne et Bormio, mal administrées, objet de la convoitise et des intrigues de l'Autriche, ne rapportaient à peu près rien à l'état et n'enrichissaient que ces familles qui achetaient les emplois et se récupéraient de leurs dépenses en vendant la justice. Aux deux extrémités orientale et occidentale de la Suisse , deux princes ecclésiastiques furent durant cette période presque continuellement en lutte avec leurs sujets. Le traité conclu à Bade en 4718 n'avait éteint ni les prétentions , ni l'esprit turbulent des gens du Toggenbourg. Leurs querelles avec le prince- abbé mirent longtemps à l'épreuve la patience des cantons. Le même esprit d'insubordination finit par gagner aussi l'ancien territoire où il donna lieu à de nouveaux troubles. Enfin, dans la seconde moitié du siècle, l'administration bienveillante et éclairée, mais faible et dépensière de l'abbé Béda , amassa pour la fin de son règne un orage contre lequel l'habileté et l'énergie de son successeur demeurèrent impuissantes. Si, dans l'état de Saint-Gall , c'étaient les sujets qui cherchaient à empiéter sur l'autorité de leur prince, c'était au contraire le souverain qui, dans l'évêché de Bâle , travaillait à restreindre les libertés de ses sujets. Gêné quant à l'accomplissement de ses projets à l'égard de la partie réformée de ses états, par les combourgeoisies avec Berne, le prince-évéque tourna ses vues vers la

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partie catholique, qui faisait partie de l'empire et qui ne tenait à la Suisse que par l'alliance conclue au commencement de ce siècle entre l'évéque et les sept cantons catholiques. Les sujets résistèrent. L'évéque ne recevant, ni des cantons, ni de l'empire, l'appui qui lui était nécessaire, conclut une alliance contre ses sujets avec le roi de France; des troupes françaises entrèrent dans l'évéché et mirent fin à toute résistance. Mais les liens de confiance et d'affection entre le prince et les sujets furent rompus pour ne jamais plus se renouer.

De tous les états suisses, aucun ne fut plus fréquemment agité par les discordes civiles et n'en ressentit davantage les funestes conséquences, que la république de Genève. La prospérité du commerce, en accumulant de grandes richesses dans certaines familles, avait favorisé l'établissement d'un patriciat. Long-temps la bourgeoisie s'en émut peu, parce que les dangers extérieurs qui menaçaient la république absorbaient toute l'attention et faisaient sentir à tous les citoyens le besoin de l'union. Des troubles qui s'élevèrent dans les premières années du siècle , n'aboutirent qu'à consolider le patriciat. Quelques années plus tard , une taxe établie par le conseil sans l'assentiment de la bourgeoisie, pour la construction des fortifications, fut la cause ou l'occasion de nouveaux troubles, et malgré sa résistance, le conseil fut obligé de consentir, en i 73-* , à une assemblée générale de la bourgeoisie. Cette concession produisit un rapprochement momentané , mais la discorde ne tarda pas à se rallumer , et lorsqu'elle eut abouti à une lutte sanglante dans laquelle le parti populaire eut le dessus, Zurich et Berne interposèrent leur médiation ; la France iutervint également , et de cette triple médiation résulta, en 4738, un edit de pacification qui accrut et fixa les attributions du conseil-général ou assemblée de la bourgeoisie. Vingt-quatre années de paix succédèrent à ces troubles. En 4762, le gouvernement fit lacérer par la main du bourreau des écrits irréligieux d'un Genevois célèbre par son génie et par ses erreurs > Jean- Jacques Rousseau. La légalité de la sentence fut contestée, et ce fut l'occasion d'une nouvelle lutte entre le parti populaire, qui

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prétendait que le conseil- général avait le droit de délibérer sur tous les sujets et d'adresser des représentations aux grand 'et petit-conseil, et le parti du gouvernement, qui opposait à ces prétentions un droit négatif et soutenait que le conseil-général ne devait délibérer que sur les matières qui avaient été auparavant discutées dans les conseils. De là les noms de représentants et de négatifs donnés aux deux partis. La violence des uns et l'opiniâtreté des autres lassèrent les efforts des médiateurs; enfin une réconciliation inspirée par le désir de se soustraire à toute influence étrangère procura à la république quelques anuées de tranquillité. De nouvelles contestations s'étant élevées, les négatifs cherchèrent à se faire un appui des natifs, c'est-à-dire des habitants non-bourgeois , mais nés à Genève. Les représentans ayant pris les armes, désarmèrent les natifs et se les attachèrent ensuite par de larges concessions. La plupart des magistrats furent mis en prison par les bourgeois ou prirent la fuite, et une autorité nouvelle fut instituée sous le nom de commission de sûreté , réunissant en elle tous les pouvoirs. Les états voisins, la France, la Sardaigne et Berne, jugeant cet état de choses incompatible avec leur sûreté, firent avancer des troupes sous les murs de Genève. Les représentants paraissaient d'abord résolus à se défendre jusqu'à la dernière extrémité, mais la crainte finit par gagner les chefs qui prirent la fuite, et la ville se rendit. Le 2 juillet 4782, les troupes des trois états entrèrent dans Genève. Les anciens conseils furent rétablis, la bourgeoisie désarmée et dépouillée de son influence et de la plupart de ses anciens droits; un grand nombre de citoyens s'expatrièrent. Sous le nom de règlement, une nouvelle forme de gouvernement fut établie sous la protection des garnisons des trois puissances. Les nouveaux magistrats s'efforcèrent , par une administration juste et paternelle , de guérir les plaies de l'état, mais le parti vaincu n'oublia ni sa défaite, ni l'origine étrangère du pouvoir auquel il se voyait désormais soumis.

A Neuchâtel, les troubles qui s'élevèrent pendant le dixhuitième siècle portèrent le caractère de mésintelligences passagères entre le chef de la famille et ses enfants, à la suite

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desquelles leur affection mutuelle parut consolidée plutôt qu'affaiblie.

Pendant le règne de Frédéric- Guillaume I er , prince juste, exact, économe, dur pour lui-même et pour les autres, la principauté jouit d'une tranquillité qui ne fut altérée ni par quelques mésintelligences entre le conseil d'état et le ministère du roi , ni par quelques tentatives sans importance de la part de prétendants français. Ce prince mourut le 51 mai 4740. Son fils Frédéric H lui succéda.

L'admiration que les hauts faits et le puissant génie de ce monarque inspirèrent aux Neuchàtelois comme à tous ses contemporains , n'empêcha pas que son règne ne fût troublé par de graves dissensions. Ferdinand-Olivier Petitpierre, pasteur à la Chaux-de-Fonds, ayant été destitué par la vénérable classe en 4760, parce qu'il enseignait, sur l'éternité des peines, une opinion contraire à la doctrine de l'église, et le conseil d'état ayant refusé de faire procéder à l'installation de son successeur avant d'avoir reçu les ordres du roi , la classe se plaignit de ce refus comme d'une violation de ses privilèges et réclama l'appui des corps et communautés. Les débats qui s'en suivirent et dans lesquels toute la population du pays prit parti dans un sens ou dans l'autre, se prolongèrent pendant deux années et se terminèrent enfin par la reconnaissance du nouveau pasteur de la Chaux-de-Fonds de la part du gouvernement. Ce* ne fut toutefois que le prélude d'un conflit encore plus grave qui s'éleva quelque temps après.

Le roi ayant, par des motifs d'ordre et d'économie, affermé les recettes qui avaient été jusqu'alors administrées en régie, cette innovation fut vue avec déplaisir par une partie de la population. Ce mécontentement s'accrut lorsqu'on sut que le ministère se proposait de supprimer, comme désormais inutile, l'appréciation annuelle des vins et des denrées connue sous le nom de vente et d'abri. Les corps et communautés firent des remontrances, le conseil d'état lui-même se montra opposé aux nouvelles mesures , et lors du renouvellement des baux , en 4766, personne ne se présenta aux enchères. Peu accoutumé

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à rencontrer de la résistance à ses volontés, et ne comprenant pas d'ailleurs qu'on pût lui contester le droit d'administrer ses revenus comme il le jugeait bon , le roi envoya à Neuchâtel des commissaires pour faire exécuter ses ordres. Leur roideur et leur ignorance des formes et des coutumes du pays contribué» rent à accroître l'irritation, et plusieurs conseillers d'étal manifestèrent leur opposition avec tant de violence, qu'ils encoururent la disgrâce du roi et leur destitution. Le conseil de ville de Neuchâtel défendit la publication de nouvelles enchères et menaça de la radiation tout bourgeois qui y prendrait part. Le cabinet de Versailles travaillait sous main à entretenir la dis* corde , dans le dessein , soit de faire obtenir la principauté à un prince français , soit de la transformer du moins en une république sous la protection de la France et des cantons, ce qui lui aurait valu plus tard le même sort qui était réservé à la république de Genève. Un émissaire secret de cette puissance ayant reçu du conseil d'étal l'ordre de quitter la ville et le pays, le magistral de Neuchâtel s'oublia jusqu'à écrire au duc de Ghoiseul, premier ministre du roi de France, une lettre dans laquelle il protestait contre cet acte qu'il qualifiait d'illégal. Enfin les représentants du roi formèrent demande à la ville de Neuchâtel devant les conseils de Berne en vertu des traités de combourgeoisie. La ville allégua l'incompétence du tribunal pour tous les articles de la demande qui lui étaient communs avec les autres corps et communautés. Condamnée sur cet incident, elle persista dans son refus de répondre et fut condamnée par défaut. Elle se soumit en protestant. L'échauiïement des esprits alla en croissant et aboutit enfin à une émeute dans laquelle l'avocat-général Gaudot , principal objet de la haine populaire, perdit la vie. Alors Berne requit les trois autres cantons alliés de se joindre à lui pour rétablir dans la principauté l'autorité légitime; six cents hommes des quatre cantons entrèrent à Neuchâtel avec douze pièces de canon. Une procédure fut instruite contre les meurtriers de Gaudot ; ils furent jugés par contumace et exécutés en effigie. La bourgeoisie fut désarmée et le magistrat condamné par les représentants des

LE DIX-HUITIEME SIECLE

cantons à une éclatante satisfaction. Le pays attendit avec anxiété les effets de la colère de son souverain.

Mais ce monarque qui, fort seulement de son courage et de son génie, avait soutenu pendant sept ans contre l'Europe entière une lutte acharnée et en était sorti victorieux , ne voulut pas user de sa puissance envers une petite population qui l'avait grièvement offensé et qui se trouvait maintenant à sa merci. Il venait de nommer au gouvernement de la principauté le baron Jean Scipion de Lentulus, de Berne, lieutenant-général de ses armées. On ne tarda pas à apprendre que le nouveau gouverneur était à la veille d'arriver muni des instructions de son souverain et chargé par lui de pacifjer le pays. Son arrivée fut un jour d'allégresse pour la population ; c'était un jour de réconciliation ; toute mésintelligence entre le père de la famille et ses enfants allait enfin cesser. En effet, par les stipulations connues sous le nom des articles de pacification de 1768 , le baron de Lentulus, tout en maintenant les droits du roi, spécialement en ce qui concernait l'administration de ses revenus, non-seulement confirma à tous les corps et communautés, et à la ville de Neuchâtel en particulier, tous les droits qui leur étaient acquis par les articles de 1707 , mais les augmenta même à certains égards. À l'admiration qu'éprouvaient les N eue hâtelois pour leur souverain , se joignit le sentiment d'une juste reconnaissance pour sa généreuse conduite à leur égard.

L'intervention de Lucerne, Fribourg et Soleure fut, depuis 1707 , le premier acte par lequel ces cantons montrèrent qu'ils reconnaissaient leur alliance avec le prince de Neuchâtel comme encore existante. Sous le règne de Frédéric, comme sous les règnes précédents, le conseil d'état continua ses démarches pour faire étendre celte alliance à tous les cantons, mais ses efforts échouèrent devant la répugnance des cantons catholiques secrètement excités par la France. Cependant l'alliance seule de Berne suffit pour préserver la principauté de toute hostilité pendant la guerre de sept ans.

Frédéric se montra d'ailleurs , aussi bien que ses prédécesseurs , l'ami des confédérés. Lorsque le gouvernement français

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entreprit de fonder à Versoix une ville destinée à devenir une rivale de Genève , il appuya les réclamations de Zurich et de Berne, à la suite desquelles ce projet fut abandonné.

Sous ce même règne, Jacques -Louis de Pourtalès, que ses concitoyens ont appelé , non sans raison , le grand Pourtalès , parce qu'il réunissait en lui ce qui fait les grands hommes, une rare intelligence et une énergique volonté, donna au commerce neuchâtelois une impulsion dont les effets se font encore sentir aujourd'hui dans le bien-être de toutes les classes de la société. David de Pury, déjà bienfaiteur à plus d'un litre de sa ville natale, lui légua enfin cette opulente succession qui , administrée par des magistrats dignes d'exécuter les bienfaisantes dispositions de leur généreux concitoyen, non-seulement a donné à la ville de Neuchâtel un éclat et une importance que ne possède aucune autre ville d'égale grandeur, mais a répandu sur le pays entier une somme incalculable de lumières et de prospérité.

Le grand Frédéric mourut le 17 août 4786. Son neveu, Je prince de Prusse, lui succéda sous le nom de Frédéric-Guillaume II.

L'alliance avec la France, renouvelée pour la dernière fois en 1663, était expirée en 4722. Un traité mystérieux, conclu en 4745 avec les seuls cantons catholiques , renfermait des stipulations telles que la restitution à ces cantons des cessions faites par eux à Berne et à Zurich à la suite de la guerre de 4742, stipulations qui rendirent long-temps inutiles les efforts du cabinet français pour obtenir l'adhésion des cantons protestants. Enfin il parvint à écarter tous les obstacles qui s'opposaient à la conclusion d'une nouvelle alliance, qui fut jurée solennellement à Soleure le 25 août 4777. L'abbé et la ville de Saint-Gall , le Valais et les villes de Bienne et de Mulhouse y prirent part avec les treize cantons , mais on ne put jamais obtenir de la France d'y comprendre aussi Neuchâtel , Genève et l'évêque de Bâle. Les Grisons avaient leurs traités particuliers.

Mais la monarchie française était à la veille de la catastrophe qui se préparait depuis lomj-temps et qui devait mettre tin à

LA RÉVOLUTION

son existence et entraîner dans sa ruine la confédération des Suisses , jusqu'alors heureuse et respectée malgré ses imperfections.

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