CHAPITRE IV
LES FRANCS
Un autre peuple sorti de la Germanie avant les Alemanns el les Bourguignons, les Francs, avait conquis successivement une grande partie de la Gaule. C'est d'eux que cette contrée a pris le nom de France , en allemand Frankreich , de royaume des Francs.
Leur roi Clovis remporta, Fan 496, une grande victoire sur les Alemanns et les subjugua entièrement pendant les années suivantes. Le royaume de Bourgogne se trouva alors entouré de lous côtés par les Francs, excepté du côié de l'Italie, où régnait le sage et puissant monarque des Ostrogolhs, Tbéodoric. L'empire romain n'existait plus.
Le royaume de Bourgogne se trouvait dans une position d'autant plus dangereuse, que Clovis avait épousé Clotilde, la fille d'un frère de Gondebaud , qui lui avait disputé la couronne et qu'il avait fait mourir. Celle princesse élait dévorée du désir de venger la mort de son père.
Après la mort de Gondebaud, Sigismond, son fils et son successeur, prince faible et incapable, fit mourir, à l'instigation de sa seconde femme, un fils qu'il avait eu de son premier mariage avec la fille du roi des Ostrogolbs. Aussitôt Théodoric porta la guerre chez les Bourguignons pour venger \a mort de son petit-fils. Clovis ne vivait plus, el son royaume élait partagé entre ses fils, mais Clotilde les excita à marcher contre les Bourguignons. Sigismond n'osa pas résister à l'orage qu'il avait imprudemment provoqué; il se réfugia dans l'abbaye de Saint- Maurice en Valais, espérant sauver sa vie en sacrifiant sa couronne, mais Clodomir, l'un des rois francs , l'arracha de sa retraite et le fit conduire à Orléans où il fut décapité. Alors Go-
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demar, son oncle, rallia les Bourguignons , fit la paix avec les Oslrogolhs, et livra aux Francs une bataille où il vengea dans le sang de Clodomir la mort de son neveu. Il fit pendant huit ans une résistance désespérée; enfin les Francs remportèrent une victoire décisive; Godemar disparut; on ne le retrouva pas après la bataille. Le premier royaume de Bourgogne prit fin de cette manière , Tan , cent et vingt ans après l'arrivée des Bourguignons sur le Rhin.
Les Bourguignons ne perdirent pas tout le fruit de leur courageuse persévérance. Réunis à l'empire des Francs, ils conservèrent leurs lois nationales et continuèrent d'élire leurs chefs et leurs magistrats.
Nous avons vu que les anciens peuples germaniques se gouvernaient eux-mêmes et n'avaient pas de rois. Ils ne commencèrent à en avoir que depuis leur établissement sur les terres de l'empire romain. A la mort du souverain, son successeur était élu par la nation assemblée, mais toujours parmi les membres de la maison régnante. Chez les Francs, le pouvoir royal appartenait à la famille des Mérovingiens, ainsi appelée du nom de Mérovée, aïeul de Clovis. Les différentes provinces étaient gouvernées au nom du roî par des ducs, c'est-à-dire par des généraux ou chefs militaires ; ces provinces ou duchés formaient à leur tour plusieurs districts gouvernés par des comtes ou compagnons d'armes du roi. Ces royaumes fondés par la conquête conservèrent long-temps une forme toute militaire; la nation était une armée dont le roi était le général en chef.
Les anciens Germains ne connaissaient ni impôts, ni trésor public. Il en fut de même après la conquête. Leur premier soin fut de se partager le pays conquis; la plus forte part échut au roi pour subvenir à la dépense de sa maison ; c'est ce qu'on appelle encore aujourd'hui le domaine de la couronne. Le roi percevait en outre le revenu de certains droits, exercés jusqu'alors par les empereurs romains, et qu'on appelle droits rc- (jaliens, tels que le droit de battre monnaie. Les ducs et les comtes vivaient également du produit des terres affectées à leurs offices. Enfin l'église pourvoyait aux dépenses du culte et à l'en-
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trelien de ses ministres soit au moyen de la dime, qui avait été introduite d'après l'analogie de la loi de Moïse, soit avec le produit des terres affectées aux diverses communautés religieuses, et qui s'accrurent considérablement dans la suite par la libéralité des fidèles. C'est l'origine de nos biens d'église.
Une grande partie des villes de la Suisse romande ont pris naissance sous les rois mérovingiens. La plupart doivent leur origine à la religion; une chapelle, un monastère, un ermitage au milieu des bois, formait un centre autour duquel de nouveaux habilans venaient peu à peu s'établir, soit pour se rapprocher des secours spirituels, soit pour vivre en sûreté à l'abri du respect que l'église inspirait alors aux hommes les plus farouches. Telle fut l'origine de Payerne, de Gruyères, de Romainmôlier, de l'Abbaye du lac de Joux, telle fut celle de Porrentruy, de Saint- Ursanne, de Moûtier-Grandval et de bien d'autres villes ou bourgades. Un homme pieux, nommé Imer ou Imier, après être allé , à travers vingt peuples divers , visiter les lieux sanctifiés par la présence du Sauveur, revint terminer ses jours dans une vallée qui s'étend au pied du mont Chasserai et qui a conservé son nom, le Val de Saint-Imier. Plus loin, en descendant vers le lac de Bienne, était la vallée de Nugerol ou Nerval, ainsi appelée des sombres forets de sapins qui couvraient toute cette contrée.
Les Alemanns, au milieu de leurs bois et de leurs pâturages, continuaient d'adorer les faux dieux de la Germanie. Leur vie demi-sauvage les rendait peu accessibles aux leçons des missionnaires, et sans doute aussi ce peuple fier et belliqueux élait peu disposé à adopter la religion de ses vainqueurs, car c'était à l'occasion de la victoire remportée sur les Alemanns , que Clovis et les Francs avaient embrassé la religion chrétienne.
A cette époque d'ignorance et de téuèbres, il existait, sur l'un des points les plus reculés de l'Europe, dans les iles Hébrides , au nord de l'Irlande , une communauté d'hommes savans et pieux, qui avaient pour la plupart renoncé aux avantages d'une naissance illustre pour se consacrer à l'avancement du règne de Dieu. Plusieurs d'entre eux, à la tète desquels se trouvaient
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Colomban, Gallus etMangold, passèrent en France et se fixèrent dans les montagnes des Vosges, où ils instruisaient les habitans de celle contrée dans les vérités et les devoirs de la religion; niais ayant osé reprendre avec une liberté évangélique les désordres de la maison royale, ils furent contraints de s'éloigner et se dirigèrent vers l'ancien pays des Helvéliens habité par les Alemanns. Avec la science par excellence, ils apportaient les deux sciences les plus nécessaires à l'homme , la connaissance des lellres et la culture de la terre. Mais ce peuple à demi-barbare était encore peu capable d'apprécier ces bienfaits. Presque toujours repoussés, souvent maltraités, les missionnaires pénétrèrent enfin dans la Rhétie, où ils trouvèrent auprès de quelques-uns des principaux habitans du pays un accueil plus favorable ; ils y fondèrent, près du lieu où le Rhin prend sa source, l'abbaye de Disentis. Gallus, Mangold et quelques-uns de leurs amis se construisirent des cellules dans une contrée déserte, au milieu des bois, à quelque distance du lac de Constance. Ils y élevaient un troupeau et y cultivaient un jardin qu'ils avaient planté de leurs propres mains. L'exemple de leur vie simple et laborieuse contribua à adoucir les mœurs des habitans de la contrée et les disposa à recevoir les semences du christianisme. Soixante ans après la mort de Gallus, ses successeurs fondèrent un couvent auquel fut attachée une école pour ceux qui se consacraient à l'état ecclésiastique. On y copiait des livres, et les ouvrages de plusieurs grands écrivains de l'antiquité s'y sont conservés jusqu'à nos jours. Ce furent les premiers commencemens de l'abbaye souveraine de Saint-Gall.
Long-temps avant Gallus, son compagnon Fridolin avait fondé dans une ile du Rhin le couvent de Seckingen. Deux hommes puissants lui firent don d'une contrée élevée au milieu des Alpes, à l'origine de la Limmat. La sécurité dont on y jouissait sous la protection du monastère y attira de nombreux habitants; c'est aujourd'hui le pays de Glaris.
Deux frères, de la nation des Francs, de noble naissance et possédant de grands biens, l'un guerrier et l'autre prêtre, fondèrent chacun une église avec un couvent , l'une à l'endroit où
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la Limmat sort du lac de Zurich , l'autre , là où la Reuss entre dans le lac des Quatre-Cantons. Autour de ces deux églises se sont élevées dans la suite les deux villes de Zurich et de Lucerne.