CHARLEMAGNE
connaissait le prix de la science; il attirait les savants à sa cour et recherchait leur entrelien. Simple dans ses manières comme le sont les grands hommes, il dictait ses lois à l'Europe sous desvêlemens que sa femme avait faits de ses mains. Son génie embrassait les plus petits détails comme les plus grandes affaires; il distribuait à ses peuples les richesses des peuples vaincus et réglait la manière dont devaient être vendus les œufs de ses basses-cours et les herbes de ses jardins.
Les rois mérovingiens , toujours en guerre les uns avec les autres, et les maires du palais, qui aspiraient à s'emparer du trône, avaient besoin de multiplier le nombre de leurs partisans. Pour cet effet ils remettaient des terres pour un temps limité à ceux qu'ils voulaient s'attacher, à condition qu'ils s'engageassent à leur rendre certains services déterminés. C'est ce qu'on appelait un fief; celui qui en était mis en possession s'appelait le vassal, et celui qui lui en faisait la remise, le seigneur du fief. Le service du vassal consistait principalement dans l'obligation de suivre le seigneur à la guerre , lorsqu'il en était requis , avec un nombre d'hommes proportionné à l'importance du fief. Insensiblement les fiefs , qui dans le principe n'étaient accordés que pour une année, le furent pour un temps plus considérable et même à vie, et enfin ils se transmirent aux enfants moyennant la promesse que faisait chaque nouveau vassal entre les mains du seigneur, de lui rendre les mêmes services auxquels son devancier s'était engagé; cette promesse s'appelait l'hommage. Cet ordre de choses devint général sous Charlemagne; alors l'empereur fut considéré comme le seigneur de toutes les terres de l'empire; les duc3 étaient ses vassaux; les comtes étaient les vassaux des ducs et avaient eux-mêmes des vassaux qui pouvaient en avoir d'autres à leur tour. Cela n'empêchait pas qu'il n'y eût aussi des comtes et d'autres seigneurs qui étaient vassaux immédiats de l'empereur; c'est ce qui avait lieu en Alemannie, où Charlemagne avait supprimé la dignité ducale. Au bas de l'échelle étaient les serfs ou esclaves, qui cullivoieuv I e8 terres et exerçaient les métiers , et dont la condition , assez douce tant que les Germains restèrent dans leurs
LE SECOND ROYAUME DE ItOURGOGNE.
foréls et conservèrent la simplicité de leurs mœurs, parce qu'alors les esclaves faisaient partie de la famille, devint toujours plus dure depuis qu'ils eurent à fournir aux dépenses de leurs maîtres, soit à la guerre, soit à la cour de l'empereur. Les plus heureux étaient ceux qui vivaient sur les terres des évéques ou des monastères.
Les services signalés que Charlemagne , et avant lui Pépin , son père, avaient rendus à l'évéque de Home, qui sous le nom de Pape était le chef de toutes les églises d'occident et prétendait être le chef visible de l'église universelle , avaient fondé une étroite union entre lui et l'empereur. Alor* se forma et s'accrédita cette opinion , que Dieu avait deux représentants sur la terre, l'empereur dans l'ordre temporel, et le pape dans l'ordre spirituel; leur mission était de conquérir le monde pour avancer le règne de Dieu, l'un par les armes de la chair, l'autre par les armes de la parole. L'église était organisée comme l'empire, et de même qu'on voyait au-dessous de l'empereur les ducs, les comtes et les autres vassaux, on voyait au-dessous du pape d'abord les archevêques, puis les évéques , et enfin les prêtres. Les ecclésiastiques avaient des terres cl des vassaux comme les seigneurs temporels , et déjà alors la richesse et la puissance commençaient à exercer une influence fâcheuse sur le clergé.