CHAPITRE VII
Evènemens depuis 1752, jusqu'à la prise du Canada en 1759, par les Anglais.
Monsr. le Marquis Duquesne, persuadé que Sa Paix ne serait pas de loDgue durée, s'attacha à discipliner les Troupes et la Milice : il forma plusieurs Compagnies de Milice, dans les Villes et la Campagne, nomma des Officiers pour les commander, et y attacha nne Compagnie d'Artillerie : il les faisait exercer tous les Dimanches et Fêtes, en faisait la revue lui même, tant dans les Villes que dans les Campagnes.
Les ordres qu'il avait de restreindre les Anglais aux Apalaches, l'obligèrent d'envoyer plusieurs détachemens à la Belle Rivière et d'y faire prendre Poste ; il engagea les Sauvages par des présents considérables, à prendre le parti des Français; il fit construire une Chaine de Forts, bâtir des bâtiments et des bateaux sur les Lacs, pour s'assurer du pays et faciliter les convois. Il informa le Marquis de Vaudreuil, alors Gouverneur de la Louisiatme, de ces précautions et le sollicita d'engager les Sauvages de cette partie à se joindre aux forces qu'il avait sur la Belle Rivière.
On détachait souvent des partis du Fort Duquesne, pour avoir connaissance des mouvements des Yirginiene. Un de ces partis commandé par Mr. Jumonville, fut rencontré par le Lieut. Colonel Washington, depuis Président du Congrès des Etats Unis, et entièrement défait.
Monsr. De Contrecœur qui commandait au Fort Duquesne, ne fut pas plutôt informé de cette fâcheuse rencontre, qu'il assembla les Sauvages les plus â proximité du Fort ; leur fit le récit de ce qui venait de se passer, et excita si bien leur indignation, qu'il se joignirent immédiatement aux Troupes déjà levées sous le commandement de Monsr. De Villier, frère de Mr.
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Jumonville, tué dans cette rencontre, et forent assiéger et prendre le Fort où était retiré le Lieut. Colonel Washington.
L'Angleterre ne fut pasplutôt informée de la prise de ce Fort, qu'elle envoya ordre à ses Gouverneurs en Amérique, d'user de représallle et elle leur fit passer plusieurs Régiments Irlandais.
La France fit également des préparatifs, équippa une Flotte à Brest, y fit embarquer quelques anciens Régiments, une grande quautité d'amunitions et d'ûstenciles de guerre.
Cette Flotte se rendit à Québec, à la grande satisfaction de toute la Colonie, moins deux Vaisseaux interceptés par une Flotte Anglaise sur les Bancs de Terreneuve.
Monsr. Duquesne, ayant résigné, le Marquis De Vaudreuil de Cavagnal fut envoyé en 1735, pour prendre le commandement.
Mr. De Contrecœur commandant au Fort Duquesne, ayant eu a^is que le Général Braddock s'avançait avec une forte armée, envoya un parti de deux c°p.ts cinquante Canadiens et de six cents cinquante Sauvages sous les ordres de Messrs. Beaojeu et Dumas, pour les attaquer à un défilé à quatre lieuec du Fo/t, le Général Braddock méprisant cette poignée d'hommes entreprit de le passer le neuf de Juillet, l'avant garde fut accuellie d'une si furieuse décharge de mousqueterie qu'elle fut forcée de se replier sur le corps de l'armée, où elle porta la terreur et la confusion. Le Général Anglais quoi qu'abandonné par la majeure partie de son monde, revint bravement à la charge, où il fut tué; ce qui déconcerta tellement ses Troupes qu'elles prirent la fuite, abandonnèrent leur artillerie et baggage et environ sept cents hommes étendus sur la place.
Cette victoire coûta la vie à Messrs. Beaujeu, De La
Perade et Cornevaî, et à une trentaine de Canadiens et de Sauvages.
Malgré celte catastrophe, les Colonies du Nord mirent sur pied deux expéditions, l'une sous le commandement du Général Mirley, et l'autre sous celui du Général Johnston, pour attaquer Carillon, ce dernier fut joindre le Général Lyman, qui était au Lac St. Sacrement, avec six mille provinciaux.
Aussitôt que les Français furent informés de cette nouvelle, ils dépêchèrent le Baron Dieskau, avec trois mille hommes de Troupes et de Milice pour les opposer à son arrivée à Carillon, il laissa la moitié de son monde dans le Fort et s'avança avec le reste jusqu'aux retranchemens des Anglais sur le Lac St. Sacrement; le huit de Septembre sur le midi, il attaqua le centre de Johnston, et les Canadiens et les Sauvages, ses flancs par des décharges de mousqueterie. Les Anglais les reçurent si chaudement, qu'ils furent obligés de se retirer sur la droite et quoiqu'ils y fussent soutenus par un renfort de Canadiens, ils ne voulurent point revenir à la charge et se retirèrent précipitamment vers Carillon. La perte des Français fut estimé a mille hommes, tact tués que blessés, parmi lesquels le Baron lui même, fort grièvement.
Le Canada souffrait beaucoup depuis deux ans de la disette, pareeque ses habitaus étant constamment sous les armes, ne pouvaient cultiver leur9 terres, et l'Intendant au lieu d'alégir leurs maux les augmentait par ses exactions.
Le Marquis de Vaudreuil étant informé que les Anglais avaient bâti un nombre de petits Forts sur la route d'Oswego, pour assurer le transport des provisions et construire des bâtimens sur le Lac Ontario, dépêcha. Mnnsr. Chaussegros De Léry, pourvoir ce qui en était. Après bien des fatigues ce Monsr. arriva à la vue d'un petit Fort où commandait un Lieutenant nommé
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Bull, avec vingi.cinq hommes, il l'enleva et le ftt sauter.
Mr. De Villier, fut se cantonner si bien près d'Oswego, avec trois cents hommes, qu'il intercepta plusieurs convois, sans être découvert.
Sur ces entrefaites il arriva à Québec, un corps considérable de Troupes de France, sous trois braves Officiers, le Major Général Moutcalm, le Brigadier De Levy et le Col. De Bourlamaque.
Le Général Montcalm resta peu de jours à Québec, il fut trouver le Marquis de Vaudrai! à Montrai : il approuva son plan sur Oswe^o ; en conséquence il renforça les parties qu'on y avait envoyé par des Troupes nouvellement débarquées, et se rendit au Fort de Frontenac, il en partit le quatre d'Août, avec la première Division, arriva le six à la Baie de Niaouara ou la seconde Division le joignit deux jours après avec' l'Artillerie et les provisions.
Mr. Rîgaud De Vaudreuil, détaché avec l'avant^arde, s'avança jusqu'à une demie lieue d'Oswego, pour favoriser le débarquement du*corps de l'armée, qui eut lieu dans la nuit du douze, le Général ayant fait ses dispositions, ouvrit la tranchée devant le Fort Ontario, qui se défendit bien jusqu'au soir, le Général s'étant appercu que les Troupes l'avaient abandonné, il envoya un fort parti en prendre possession et s'en servit pour battre celui d'Oswego.
Les Batteries y ayant bien vite efTectué une brèche et le Commandant Mercer y ayant été tué, les assiégés «e rendirent prisonniers de guerre. On captura sept Vaisseaux de huit et de dix-huit canons, deux cents Bateaux, plusieurs pièces d'artillerie, une quantité de Provisions et d'Ustenciles de Guerre et les Drapeaux des Régiments faits prisonniers.
Après la démolition du Fort, les Troupes furent prendre leur quartier d'hiver à Montréal ; si cette prise
exalfa le courage des Canadiens, elle ralentit celui des Américains.
Dans l'Automne, il arriva une quantité de Familles Acadiennes, que l'Intendant et ses partisans eurent la cruauté de laisser languir dans la plus grande détresse.
: ^ En conséquence des ordres reçus de France, Mr. De
f Vaudreui» enroya plusieurs détachemens pendant l'hiver
; faire de<<ât sur les frontières ennemies.
Un de ces partis ayant pénétré au de là du Lac Champlain, eut avis que les Anglais fortifiaient le Fort
I George, sur le Lac St. Sacrement, et y faisaient un
i grand amas de provisions et d'amunltions.
1 Le Gouverneur Général en ayant conféré avec Mr. De Montcalm, il fut résolu de les attaquer avant qu'ils eussent le tems de se fortifier; en conséquence ils envoyèrent Messrs. De Rigaud et De Longueil à la tête de quinze cents hommes pour escalader le Fort, si la chose était faisable ; mais ne l'ayant pas trouvé possible, ils se contentèrent de brûler une trentaiue de Vaisseaux* quelques Magasins plein* de Provisions, l'Hôpital et les Maisons près du Fort.
Mr. De Higaud, ayant donné à son Frère les informations qu'il désirait avoir relativement à ce Fort, il détacha Mr. De Bourlamaque, avec deux Bataillons pour couper la communication entre les deux Lacs, et le Capte. Pouehnt, pour commander à Niagara.
Un corps considérable de Troupes et de Miliciens eut ordre de se transporter à St. Jean, pour de là passer
\ à Ticonderoga et à Carillon.
Le Chevalier de Lévy qui commandait à St. Jean reçut ordre le trois de Juillet, d'aller à Ticonderoga' prêt à traverser le Lac George.
L'armée le traversa le cinq d'Août, il investi immédiatement le Fort George, on envoya gommer le Col. Munro de se rendre, ce qu'il refusa dé faire dans l'espoir d'être secouru par U Général Webb, qui à la tête de
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quatre mille hommes n'était pas fort éloigné : sur son refus le Fort fut vigoureusement attaqué ; mais le Col. Munro n'étant point secouru, et ayant dépensé toute son amunition, fut obligé de capi'uler et obtint les honneurs de la guerre.
Quand les Sauvages les virent soirtir le lendemain avec armes, et bagages, ils furent les guêter sur leur route au Fort Edouard, et tombèrent dessus au nombre de neuf cents sous prétexte qu'on leur avait promis le pillage du Fort.
Pendant que ces choses se passaient sur le Lac St. Sacrement, Messrs. De Lignières, Commandant au Fort Duquesne, et de Belestre au Détroit, envoyaient des partis sur les Frontières de la,Pensylvanie, de la Virginie et de New York, qui portaient la dévastation et la terreur par tout où ils passaient.
Le printemps 1758, le Marquis de Vaudreuiî ayant reçu avis que le Général Abercrombie rassemblait un corps nombreux de troupes pour attaquer Ticonderoga, poste de la dernière importance, y envoya un renfort considérable, qui y arriva le vingt de Juin ; le premier de Juillet, Monsr. De Boualamaque suivit avec les régiments de ia Reine, de Guienne et de Bearn, le Général De Montcalm avec ceux de la Sarre, Royal Roussillon et le second bataillon De Berry, s'avança jusqu'à la chute oïl il campa, le second bataillon de Berry et plusieurs compagnies de Canadiens furent laissés pour garder le Fort*.
Le lendemain, Mr. De Bourlamaque, fut envoyé reconnaître les montagnes à la gauche du camp, avec deux compagnies de Volontaires sous les Capitaines De Bernard et Dupràt, et pour prendre connaissance des mouvemens de l'armée Anglaise campée au fond du Lac St. Sacrement.
Le cinq, il fut fait un signal que l'armée forte de dixsept mille hommes descendait le Lac, le six on apperçut
l'avant garde, et à leur approche du portage, Bourlamaque fut rejoindre le Général De Montcalm qui avait pris possession des hauteurs, où l'Ingénieur Pont le Roi avait fait des retranchemens et un abatis d'arbres.
Un détachement Français s'étant- égaré pendant la retraite précipitée De Bourlamaque, fut rencontré par les Anglais et mis en déroute, le Lord Howe fut tué dans cette rencontre.
Le huit au matin, toute la Garnison fut mise sous les armes; les Régiments de la Reine, de Bearn et de Guienne, furent postés à la droite des retranchemens, et ceux de La Sarre et de Languedoc à la gauche avec deux forts piquets ; le centre était occupé par les Régiments de Berry, de Roussillon et des piquets de Mr. De Lévy, les Volontaires furent placés entre la Rjvière et la Chute, les Troupes de la Colonie et les Canadiens furent mis dans les retranchemens de la Plaine vers le Fort Frédéric, soutenues par un corps de réserve. La droite était commandé par le Chevalier de Lévy, la gauche par Mr. De Bourlamaque, et le centre par le Général De Montcalm.
L'armée Anglaise s'avança sur quatre colonnes et commença par une furieuse attaque. Les Grenadiers et les Montagnards Ecossais soutinrent le feu, pendant trois heures avec beaucoup d'intrépidité ; mais le Général Abercrombie perdant tout espoir de succès, fut forcé de se retirer avec une perte de dix-huit cents hommes, tant tués que blessés et gagna le Fort George.
Le Général De Montcalm, reçut l'approbation du Roi et les remercimens du Pays, à l'occasion d'une Victoire aussi glorieuse, et où il avait déployé des talents éminents dans la disposition et l'exécution de sa défense.
Cette même année, le Colonel Bradstrut s'empara du Fort Frontenac et le détruisit. Mr. Pont le Roi, fut chargé de le reconstruire.
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Le Capte. Montîgny fut chargé d'aller renforcer les Po-tes de Niagara et Duquesne.
Le Brigadier Général Forbes, parti de Philadelphie, sur la fin de Juillet, pour soumettre le Fort Duquesne, détacha, lorsqu'il en fut à trente lieues, le Colonel Bouquet avec deux mille hommes, pour se procurer des renseignemens.
Les Français ayant eu avis à tems de ces mouvemens, tendirent au Major Grant, qui commandait l'avant garde, une embûche dans laquelle il tomba, et fut fait prisonnier avec trois cents des siens.
Le Général Forbes, loin d'être découragé par cette échec poussa en avant et trouvant que le Fort avait été abandonné p^r les Français, il s'en empara et en changea le nom en celui de Pitt.
Le Marquis de Vaudreuil, présentant que le dessein des Ministères Anglais, était d'anéantir la puissance Française en Amérique, s'appliqua à disposer toutes choses pour la défense de la Colonie; il ordonna aux Miliciens depuis l'âge de seize ans jusqu'à soixante de s'enrôler et être prêts à marcher au premier ordre ; les retours firent voir qu'il y avait dans le Gouvernement de Québec, sept mille cinq cents onze Miliciens, dans celui de Montréal, six mille quatre cents cinq, et dans celui des Trois Rivières, treize cents treize, faisant en tout quinze mille deux cents vingt hommes portant les armes.
Le Général De Montcalm employa les Troupes et les Milices à compléter les Fortifications; il fit construire et armer trois Vaisseaux pour assurer la supériorité sur le Lac Champlain, et le Capitaine Pouchat fut envoyé au Fort de Niagara pour le commander et le fortifier.
Pendant qu'on faisait ces préparatifs, le Colonel Bouquainville apporta de France, des ordres du Roi au Marquis De Vaudreuil, de pourvoira la défense du Pays qae les Anglais menaçaient d'envahir par mer et par terre.
En conséquence il fut ordouné aux milices de Ka-
wouraska de se rendre à la Pointe Lévy, à celles de l'Isle d'Orléans de traverser à la Côte de Beaupré et à «elles au dessus de Québec, de descendre par compagnies jusqu'à Québec, avec un mois de provisions.
11 leur fut enjoint de faire retirer les Viellards, les femmes les enfans et les bestiaux dans les boi» à l'approche de la Flotte Anglaise, dont on serait averti par des Signaux établis, le premier à l'Islet du portage sous Mrw De Levey, le second sur une hauteur à Kamouraska sous Mr. Montasson et le troisième sur l'Isle d'Orléans sous Mr. De Lanaudière.
D'après l'opinion d'un grand Conseil de Guerre tenu à Montréal, il résolu que Mr. De Bourlamaque irait détruire Carillon et se retirerait à l'Isle aux Noix à l'approche de l'armée Anglaise, où il ferait ses efforts pour l'empêcherde pénétrerdans le Pays : qu'on abandonnerait le Fort à la Pointe aux Baril et celui de la Présentation, comme incapables d'aucune défense ; mais qu'on placeceraij au dessus des Rapides, un corps de huit cents hommes de troupe et de milice, bien retranché sous les ordres de Mr. De La Corne.
Le Général De Montcalm fit ouvrir des retranchemens à Beauport par les Soldats et les Miliciens, il fit fortifier la communication entre la Haut et la Basse Ville près l'Evêché, sur laquelle on plaça des canons, ainsi que derrière l'Evêché jusqu'au Palais de l'Intendant : on érigea plusieurs batteries dans la Basse Ville et on barricada toutes les avenues; on couladeux Bâtimentsdansla rivière St. Charles vis-à-vis le Palais, sur lesquels on mit des gros canons ; on éleva près du quai de la rivière St. Charles, où on avait fait un Pont de Bateaux,une redoute; on construisit une Batterie fiotante de dix-huit canons : on équipa plusieurs brûlots : on forma un petit corps de Cavalerie sous le commandement de Mr. De Bcaucourt, et Mr. De Vaudain fut chargé des batteries de la Basse Ville, des brûlots et de la batterie flottante.
Les dispositions pour opposer une descente des Anglais, que l'on supposait devoir s'effectuer entre la rivière !St. Charles, furent, que la garnison de Québec serait laissée à ses forces actuelles et à celles delà marine que l'armée passerait la rivière St. Charles, que sa droite composée des brigades de Québec et des Trois Rivières camperait depuis la redoute de la Canardière jusqu'à la rivilre de Beauport : que le centre compusé des troupes de terre, camperait sur les hauteurs de Beauport : que la gauche formée des brigades du Gouvernement de Montréal, se posterait à la gauche de l'Eglise de Beauport, et s'étendrait le long du sommet du coteau qui règne tout le long du front de la Paroisse ; la réserve composée de de la Cavalerie, des Troupes légères et des Sauvages, serait placée au Sault Montmorency et prolongerait sa droite sur les hauteurs de la dite rivière, de manière à joindre la gauche de la ligne : il était enjoint à l'armée de retrancher son front pour se mettre à l'abri du canon de l'Ennemi j et en cas qu'elle fut forcée de retraiter, il fut ordonnée quelle le ferait vers le ponton sur la rivière St. Charles sur deux colonnes, que la réserve ferait la sienne par Charlesbourg ; et au cas que l'armée fut trop pressée, elle passerait la petite rivière, appuirait sa droite sur le ponton et étendrait sa gauche autant que possible et là elle soutiendrait l'effort de l'Ennemi étant la dernière ressource: car si l'on était repoussé la colonie serait irrévocablement perdue.
Pendant qu'on faisait ces préparatifs à Québec, on apprit la capitulation du Fort de Niagara et la défaite du renfort que lui portaient Messrs. Daubry et Delignières ; ainsi que la prise de possession de Ticonderoga, par le Général Amherst que Mr. Hobecourt avait abandonné, comme il lui était ordonné.
La Flotte Anglaise destinée pour attaquer Québec, entra dans le Fleuve sans accident ; on fut informée de son passage au Bic par un premier signal, et par un
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second qu'elle était arrivée à l'Iste aux Coudres, le dixneuf de Juin.
Le vingt elle débarqua ses forces de tprre, en deux divisions sur l'Isle d'Orléans ; aussitôt après le Général Wolfe, à qui cette expédition était confiée, fit répandre un manifeste parmi les habitants, les exhortant à ne point prendre les armes et à rester sur leurs habitations, où ils ne seraient point molestés : ce manifeste n'eut aucun effet.
Le Général Wolfe étant informé qu'il y avait un détachement Fiançais posté à la Pointe Lévy, détacha leGéuéral Monkton avec quatre bataillons le lendemain, pour les déloger et s'y placer; le Général De Montcalm craignant que de là ils vinssent à détruire la Basse Ville si on leur laissait le tems d'élever une batterie, envoya contr'eux un détachement qui ne put les déloger.
Une forte tempête s'étant élevée après le débarquement des Troupes sur l'Isle d'Orléans, la Flotte Anglaise courut un grand danger, elle perdit plusieurs Bâtiments Mr. De Montcalm profitant du désordre que cela occa-ionnait, envoya sept brûlots pendant la nuit parmi les Transports qui n'en reçurent aucun dommage parla dextérité et l'intrépidité des Matelots.
Les Hôpitaux et Magasins sur l'Isle d'Orléans, ayant été mis en sûreté, le Général Wolfe fit camper son armée, le neuf de Juillet, à l'Ange Gardien, près le Sault Montmorency à la gauche de l'Armée Française, dans l'espoir de trouver un guai, pour aller les attaquer ; mais il ne put traverser. Alors ils se détermina à chercher un endroit propice audessus de Québec, pour faire une descente ; en conséquence, il passa devant la Ville, le dix huit, avec plusieurs Vaisseaux et des Troupes ; mais trouvant les Côtes de difficile abord et bien gardées jusqu'au Cap Roug*, il revint a son Camp à l'Ange Gardien. Désespéré, il résolut d'attaquer Montcalm, dans ses retranchemens, et pour le faire avee avantage, £ 2
de s'emparer de la redoute que les Français avaient élevée près du bord de l'eau ; en conséquence, le trenteet-un de Juillet, dans la matinée, la Brigade du Général JVlonkton traversa de la Pointe Lévy, pour co-opérer à cette entreprise; les Brigades de Townshend et de Murray, furent mises en ordre de bataille pour passer le guai quand Tordre en serait donné : le Centurion, Vaisseau de Guerre, s'avança pour faciliter le passage et arrêter ie feu d'une batterie basse, qui enfilait le guai. On plaça un train d'Artillerie sur la hauteur du Sault Montmorency, pour battre la gauche des retranchemens des Français, et on échoua deux bateaux plats armés près de la redoute pour protéger la descente : le signal donné pour le débarquement, treize Compagnies de Grenadiers et deux cents hommes du second Bataillon des Royaux Américains, mirent pied à terre et furent attaquer les retranchemens : mais furent reçus si chaudement qu'ils furent contraints de se retirer derrière la redoute. Le Général Wolfe, se voyant déchu de son attente, fit sonner la retraite. Il perdit cinq cents hommes, dans cette attaque et plusieurs braves Officiers.
Après ce fatal échec, le Brigadier Murray, fut détaché avec deux cents hommes, pour aller détruire la Flotte Française, avec l'Amiral Holmes ; mais ils la trouvèrent si bien postée qu'ils ne pnrent l'aborder. Ils se contentèrent de détruire un dépôt d'armes et de munitions à Deschambault et revinrent au Camp.
Toutes ces entreprises ayant été infructueuses et la saison des frimats s'avançant rapidement, il devint urgent d'assembler un Conseil de Guerre, pour décider quel parti on prendrait.
Il fut résolu d'abandonner le Camp à l'Ange Gardien, et le fixer à la Pointe Lévy, d'où Ton ferait traverser les Troupes, qu« Ton tenterait une descente audessus du
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Cap aux Diamants, et on tacherait de gagner les hauteurs d'Abraham, derrière la Ville.
Quelque téméraire que fut cette entreprise, elle fut avidement accueillie par le Général \VTolfe qui ne pouvait se résoudre à retourner en Angleterre sans avoir conquis le Canada 3 en conséquence il fut ordonné à l'Admirai Holmes de monter le Fleuve avec son escadre jusqu'au Cap Rouge ; de se laisser dériver la nuit jusqu'à l'endroit fixé pour le débarquement des Troupesj en effet le douze de Septembre à une heure après minuit, les Brigadiers Monkton et Murray, commandants la première division composée de quatre Régiments complets, mirent pied à terre, ayant a leur tête le Général Wolfe, et sans attendre la seconde division du Brigadier Townshend, qu'on avait envojé chercher, ils montèrent les hauteurs par un sentier escarpé qui à peine contenait deux hommes de front, et firent prisonnier le détachement du Capitaine de Vergon, qui était posté là pour défendre 1p montée : toute l'armée monta par là et fut à mesure qu'elle arrivait formée en bataille.
Le Général De Montcalm étonné d'apprendre l'appa- Tution des Anglais sur les Plaines d'Abraham, sortit immédiatement de la Ville, s'avança en ordre de bataille pour les repousser; le Général Wolfe l'attendit de pied ferme, et comme tous deux désiraient en venir aux mains, la bataille commença aussitôt ; tous deux y perdirent la vie : la victoire resta aux Anglais^ les Français rentrèrent dans la Ville et les Anglais restés maîtres du Champ de Bataille, s'y fortifièrent.
Le Général Vaudreuil au lieu de venir au secours de Montcalm, fit détruire le Pont sur la Rivière St. Charles, leva le camp précipitamment et fut se poster au delà de la Rivière Jacques Cartier.
Mr. De Ramzay commandant dans Québec, se voyant abandonné ainsi sans provisions, et sollicité par les Citoyens de capituler, on proposa les termes qui furent
accordés le dix-huit Septembre, mille sept cent cinquante-neuf, par l'Admirai Saunders et le Brigadier George Townshend, comme suit : —