LE MALBROUCK
Ces deux Guenons ou singes à longue queue nous paroissent être de la même espèce ; st cette espèce 9 quoique differente à quelques égards de celle du Macaque , ne laisse pas d’eii être assez voisine pour que nous soyons dans le doute si le Macaque , l’Aigrette , le Malbrouck et le Bonnet Chinois ne sont pas quatre variétés , c’est-à dire 5 quatre races constantes d’une seule et même espèce. Comme ces animaux ne produisent pas dans notre climat , nous n’avons pu acquérir par l’expérience aucune connoissance sur l’unité ou la diversité de leurs espèces , et nous sommes réduits à en juger par la
DES SINGES, f9
différence de la figure et des autres attributs extérieurs. Le Macaque et l’Aigrette nous ont paru assez semblables , pour présumer qu’ils sont de la même espèce : il en est de même du Malbrouck et du Bonnet Chinois 5 niais comme iis different plus que les deux premiers qu’ils 11e diffèrent entre eux , nous avons cru devoir les en séparer. Notre présomption sur la diversité de ces deux espèces est fondée , t.° sur la différence de la forme extérieure; 2..0 sur celle de la couleur et de la disposition du poil } 3.0 sur les différences qui se trouvent dans les proportions du squelette de chacun de ces animaux , et enfin sur ce que les deux premiers sont natifs des contrées méridionales de l’Afrique , et que les deux dont il s’agit ici sont du pays de Bengale* Cette dernière considération est d’un aussi grand poids qu’aucune autre car nous avons prouvé que dans les animaux sauvages et indépendans de l’homme j l’éloignement du climat est un indice assez sûr de celui des espèces ; au reste , le Malbrouck et le Bonnet Chinois ne sont pas les seules espèces ou races de Singes que l’on trouve à Bengale ; il paroît , par le témoignage des voyageurs , qu’il y en a quatre variétés 5 savoir , des blancs, des noirs, des rouges et des gris; ils disant que les noirs
sont les plus aisés à apprivoiser, ceux-ci étoient d’un gris raussâtre , et nous ont paru privés , et même assez dociles.
Ces animaux, disent les voyageurs , dérobent les fruits et sur-tout les cannes de sucre j l’un d eux fait sentinelle sur un arbre , pendant que les autres se chargent du butin j s’il aperçoit quelqu’un , il crie houp , houp , houp , d’une voix haute et distincte , au moment de l’avis , tous jettent les canuts qu’ils tenoient dans la main gauche , et ils s’enfuient en courant à trois pieds ; et s’ils sont vivement poursuivis , ils jettent encore ce qu’ils tenoient dans la main droite et se sauvent en grimpant sur les arbres qui sont leurs demeures ordinaires ; ils sautent d’arbres en arbres; les femelles même chargées de leurs petits , qui les tiennent étroitement embrassées , sautent aussi comme les antres , mais tombent quelquefois. Ces animaux ne s’aprivoisent qu’à demi; il faut toujours les tenir | à la chaîne $ ils ne produisent pas dans leur ctat de servitude , même dans leur pays } il faut qu’ils soient en liberté dans leurs bols, i Torsque les fruits et les plantes succulentes leur manquent , ils mangent des insectes , et quelquefois ils descendent sur les bords des fleuves et de la mer pour attraper des pois- j sons et des crabes ; ils mettent leur queue ;
entre les pinces du crabe , et dès qu’elles serrent , iis l’enlèvent brusquement et l’emportent pour le manger à leur aise. Ils cueillent les noix de cocos , et savent fort bien en tirer la liqueur pour la boire , et le noyau pour le manger, ils boivent aussi ou zari qui dégoutte par des bamboches qu on met exprès à la cime des arbres pour en attirer la liqueur , et ils se servent de l’occasion. On les prend par le moyen des noix de cocos où l’on fait une petite ouverture , ils y fourrent la patte avec peine, parce que le trou est étroit , et les gens qui sont à l’affût les prennent avant qu’ils ne puissent se dégager. Dans les provinces de l’Inde , habitées par les Bramans , qui , comme l’on sait 9 épargnent la vie de tous les animaux , les Singes , les plus respectés encore que tous les autres , sont en nombre infini ; ils vivent en troupes dans les villes, entrent dans les maisons à toute heure , en toute liberté; en sorte que ceux qui vendent des denrées , et sur-tout des fruits, des légumes , etc. ont bien de la peine à les conserver. Il y a dans Amadabad , capitale du Guzarate , deux ou trois hôpitaux d’animaux , où l’on nourrit les Singes estropiés , invalides , et même ceux qui sans être malades veulent y demeurer. Deux fois par semaine les Singes du voisinage de cette
%z HISTOIRE
ville se rendent , d’eux mêmes , tous ensemble dans les rues } ensuite ils montent sur les maisons qui ont chacune une petite terrasse , où l’on va coucher pendant les grandes chaleurs ; on ne manque pas de mettre ces deux jours-là sur ces petites terrasses , du riz , du millet, des cannes de sucre dans la saison , et autres choses semblables ; car , si par hasard les Singes ne trouvoient pas leur provision sur ces terrasses , ils romproient les tuiles dont le reste de la maison est couvert 5 et feroient un grand désordre. Us ne mangeât rien sans le bien sentir auparavant , et lorsqu’ils sont repus , ils remplissent pour le lendemain les poches de leurs joues. Les oiseaux ne peuvent guère nicher sur les arbres dans les endroits où il y a beaucoup de Singes , car ils ne manquent jamais dé détruire les nids et de jeter les œufs par terre.
Les ennemis les plus redoutables pour les Singes ne sont ni les Tigres , ni les autres bêtes féroces , car ils leur échappent aisément par leur légèreté et par le choix de leur domicile , au-dessus des arbres , où il n’y a que les Serpens qui aillent les chercher et sachent les surprendre.
Les Singes, dit un voyageur, sont en possession d’être maîtres des forêts ; car il n’y a
DES SINGES. gj
ni Tigres * ni Lions qui leur disputent le terrain } ils n’ont rien à craindre que les Serpens , qui nuit et jour leur font la guerre 5 il y en a de prodigieuse grandeur , qui toutd’un-coup avalent un Singe; d’autres moins gros , mais plus agiles , les vont chercher jusque sur les arbres. Ils épient le temps où ils sont endormis.
Caractères distinctifs de cette espèce .
Le Malbrouck a des abajoues et des callosités sur les fesses , la queue à-peu-près longue comme la tête et le corps pris ensemble , les paupières couleur de chair , la face d’ua gris cendré , les yeux grands ? le museau large et relevé , les oreilles grandes , minces et couleur de chair : il porte un bandeau de poil gris , comme la Moue \ mais au reste il a le poil d’une couleur uniforme , d’un jaunebrun sur les parties supérieures du corps , et d’un gris-jaunâtre sur celles du dessous } il marche à quatre pieds 3 il a environ un pied et demi de longueur depuis l’extrémité du mu*seau jusqu’à l’origine de la quoue.
LE BOJNJNET CHiiNÜiS.
Le Bonnet Chinois paroît être une variété du Malbrouck \ il en diffère en ce qu’il a le poil du sommet de la tête disposé en forme de calotte ou de bonnet plat , et que sa queue est plus longue à proportion du corps. Les femelles, dans ces deux races , sont sujettes , comme les femmes , à l’écoulement périodique.
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Nous donnons Ici la figure d'une Guenon dont l’espèce nous parok très-voisine de celb du Malbrouck , et encore plus de celle du Bonnet Chinois dont nous avons parlé dans le même article et donné les figures. Cette Guenon étoit à la foire Saint- Germain en 17743 ses maîtres l’appeloient le Singe couronné , à cause du toupet eu hérisson qui étoit au-dessus de sa tête ; ce toupet formoit une espèce de couronne qui , quoiqu’interrompue par derrière , paroissoit assez régulière en la regardant de face. Ceî animal étoit male, et une femelle de même espèce que nous avons eu occasion de voir aussi ,
avoit également sur la tête de poils hérissés , mais plus courts que ceux du mâle \ ce qui prouve que si ce n’est pas une espèce , c’est au moins une variété constante. Ces poils longs de deux pouces à deux pouces et demi, sont bruns à la racine, d’un jaune doré jusqu’à leur extrémité \ ils s’élèvent en s’avançant en pointe vers le milieu du front , et remontent sur les côtés pour gagner le sommet de la tête y où ils se réunissent avec les poils qui couvrent le cou. Le poil est moins grand au centre de la couronne , et forme comme un vide au milieu $ et en les couchant avec la main , ils paroissent partir circulairement de la circonférence d’un petit espace qui est nu.
La face n’a que vingt- deux lignes depuis 4a pointe du toupet entre les yeux , jusqu ’au bout du museau $ elle est nue et sillonnée de rides plus ou moins profondes ; la lèvre inférieure est noirâtre , et l’extrémité des mâchoires est garnie de petits poils noirs clair-semés ; le nez est large et aplati comme dans le Malbrouck et dans le Bonnet Chinois. Les yeux sont grands , les paupières arquées , et l’iris de l’œil couleur de cannelle, mêlée de verdâtre. Les côtés de la tête sont légèrement couverts de poils petits , bruns et grisâtres , semés de quelques poils jaunâ-
très. Les oreilles sont pues et d’un brun-rou- ; geâire; elles sont arrondies par le bas, et forment une pointeà l’autre extrémité. Lepoi^ du corps est d’un brun musc , mêlé de teintes Il d’un jaune foncé qui domine sur les bras en e dehors , avec de légères teintes grises en def; dans. En général , le poil du corps et des < bras ressemble , pour la couleur , à celui qui : forme la couronne de la tête ; les cuisses Net les jambes sont d’un jaune plus foncé et r mêlé de brun ; le dessous du corps et le de- 1 dans des bras et des jambes sont d’un blanc i tirant sur le gris. Les mains et les pieds
Îsont couverts d’une peau d’un brun noirâtre « avec de petits poils ras et noirs sur la partie supérieure. Les ongles sont en forme 3 de gouttière , et n’excèdent pas le bout des doigts. Cette Guenon avoit rongé une petite partie de sa queue , qui devoit avoir treize ou quatorze pouces de longueur lorsqu’elle c toit entière» Cette queue est garnie de poils bruns , et ne sert point à l’animal pour s’attacher : lorsqu’il la porte en l’air , elle flotte par ondulations. Cette Guenon avoit des ; abajoues et des callosités sur les fesses ; ces callosités étoieut couleur de chair, en sorte que par ces deux derniers caractères , aussi bien que par celui des longs poils , elle paroît e approcher de si près de l’espèce de la Gué-
nos que nous avons appelée . Bonnet Chinois 5 que l’on pourroit dire qu’elle n’en est qu’une variété. Il n’y a de différence très- remarquable que dans la position des poils du sommet de la tête } lorsqu'on les couche avec la naain 9 iis restent aplatis sans former une sorte de calotte 9 comme on le voit dans le Bonnet Chinois.
JU kù LU A JS G A H K i .
Nous avons eu deux individus de cette espece de Guenons ou Singes à longue queue ; tous deux nous ont été donnés sons la dénomination de Singes de Madagascar' \ il est facile de Ses distinguer de tous les autres par tin caractère très-apparent.
Les
Les Matigabeys ont les paupières nues et d’une blancheur frappante} ils ont aussi le tnuseau gros , large et alongé , et un bourrelet saillant autour des yeux. Ils varient pour les couleurs} les uns ont le poil delà tête noir , celui du cou et du dessus du corps , brun fauve , et le ventre blanc } les autres l’ont plus clair sur la tête et sur le corps j et ils diffèrent surtout des premiers , par un large collier de poils blancs qui leur environnent le cou et les joues. Tous deux portent la queue relevée, et ont le poil long et touffu : ils sont du même pays que le Vari } et comme ils lui ressemblent par l’alongetnent du museau , par la longueur de la queue , par la manière de la porter , et par les variétés de la couleurdu poil , lis l nie paraissent faire la nuance entre les i Makis et les Guenons.
Caractères distinctifs de cette espèce.
Le Mangabey a des abajoues et des çaL ! îosités sur les fesses , la queue aussi longue ji que la tête et le corps pris ensemble. U a I un bourrelet proéminent autour des veux ,
: et la paupière supérieure d’une blancheur frappante } son museau est gros et long •
1 ses g#urcils sont dV# poil roide et hérissé £
ses oreilles sont noires et presque nues \ le poil des parties supérieures du corps est brun , et celui des parties inférieures est gris. Il y a variété dans cette espèce , les uns étant de couleur uniforme , et les autres ayant un cercle de poil blanc , en forme de collier autour du cou , et en forme de barbe autour des joues. Ils marchent à quatre pieds j et ils ont à peu-près un pied et demi de longueur depuis le bout du museau jusqu’à î’origiue de la queue. Les femelles , dans ces espèces, sont sujettes, comme les femmes , à un écoulement périodique.