‹ Abrégé de l'histoire générale des temps modernes, depuis la prise de Constantinople par les Tures (1453), jusqu'à la mort de Louis XIV (1715);Chapitre 10 sur 22 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

ESPAGNE ET PqiLTUGAL.

SECTION PREMIÈRE

Navarre (i4i9-i5i6). .

En i4i9> Jean II\ second fils <Je Ferdinand-le-Juste, roi d'Aragon , avait épousé Blanche dç Navarre, fille et héritière

(i) a II mourut en tiltre le plus beau et le plus honorable que jamais porta roy de France , qui estoit celuy de père du peuple et biei^ axfné du peuple :■ si bien qu'il a laissé après luy par tout le peuplç de France , que quand il est surchargé et accablé de grandes tailles , subsides et imposts , il crie toujours •. Qu'on nous règle et remette seulement sous le règne de ce bon roy Louis XII. ( Brantôme , f^ie des hommes illustres , etc. , discours VI. )

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DK$ TEMPS MODERNES. 217

^e Charles III, roi de Navarre, de la maison d*Évreiix. Charles III étant mort en 14^5 , le trône de Navarre passa à la maison d'Aragon. Jean II eut de Blanche d*Evreux un fils nommé don Carlos j prince de Viane, et deux filles, Blanc/ie qui épousa Henri IV, roi de Castille, et Léonor qui fut mariée à Gaston IV, comte de Foix. Blanche d'Évreux mourut en i44i« La couronne de Navarre appartenait au prince de Viane ; mais don Carlos ne pouvant monter sur le trône sans en faire descendre son père, ne se montra point avide de régner, et Jean II conserva les honneurs et l'exercice de la royauté. Ce prince, ayant épousé en secondes noces Jeanne Henriquez, fille de F Amirauté de Castille, en eut un fils, qui fut Ferdinand'Ie-Catholique. La nouvelle reine persuada à son mari de s approprier une couronne qu'il ne tenait qu'à titre précaire, et résolut même de la faire passer sur la tête de Ferdinand. Jean n suivit les conseils de cette femme artificieuse; il éloigna le prince de Viane de toutes les affaires, parut méconnaître tous ses droits; et don Carlos, victime d'une marâtre ambitieuse, parvint à l'âge de trente ans sans pouvoir obtenir justice de son père, que les lois avaient feit son sujet en Navarre. Le respect filial l'eût peut-être emporté sur le ressentiment, si les mauvais traitemens qu'essuyait le [Mrince de Viane, si les sollicitations des plus fidèles Navarrais, qui demandaient leur souverain légitime, ne l'eussent déterminé à réclamer le trône. Le royaume se partagea entre • le père et le fils. Don Carlos prit les armes, après avoir longtemps balancé; et, appuyé par les Castillans, il livra bataille à Jean II près diAïbar (i452). Il fut vaincu, fait prisonnier, et enfermé dans une forteresse. On aimait don Carlos ; on plaignit sa jeunesse opprimée, on murmura de sa captivité. Jean II lui rendit la liberté en i453 : mais la reine avait juré la perte du prince; elle devait l'obtenir d'un père, sur qui l'ambition avait plus de pouvoir que la nature.

En i456, Jean II conclut une alliance impie avec son gendre contre son fils : il fiit convenu que Jean posséderait, sa vie durant, le royaume de Navarre, qui, à sa mort, pas^ serait au comte et à la comtesse de Foix, au préjudice de

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ai 8 ABRÉGÉ DE L HISTOIRE GÉNÉRALE

don Carlos et de Blanche sa sœur, reine de Castille. Don Carlos prit une seconde fois les armes; il fut ballu k EtteUa^ quitta l'Espagne, et se rendit successivement à Paris et à Naples, pour solliciter Tintervention des rois Charles VIII et Alphonse V. Pendant ce temps, Jean II , comme la plupart des usurpateurs, chercha à s'autoriser d'une apparence de consentement national, et fit prononcer Feihérédation du prince par une assemblée d'états. Cette iniquité soûlera les partisans de Carlos : oubliant qu'ils avaient été deux fois vaincus, ils n'écoutèrent que leur indignation, et le proclamèrent roi eti son absence (i). Cette nouvelle le remplit de douleur; également touché et afOigé de leur zèle, il les conjura d'y mettre des bornes, et de ne point susciter d'obstacles à la paix : il la desirait sincèrement. Alphonse Y lui servit de médiateur. Ce prince était frère de Jean II ; il était à la fois roi d'Aragon et de Naples, et n'avait point de postérité légitime. Jean II avait trop à espérer ou à craindre d'un frère si puissant, pour refuser sa médiation : il conclut une trêve de six mois, et signa une convention, par laquelle il s'engageait à faire cesser dès-lors toutes les hostilités dans le royaume, et remettait ses prétentions et seà griefs à l'arbitrage du roi d'Aragon.

Mais la fortune ennemie du prince de Yiane ne permit pas qu'il recueillît le fruit de ce traité. Alphonse, son protecteur, mourut en i458. Don Carlos était encore en Italie. Les seigneurs napoUtains lui offrirent de le reconnaître à la place de Ferdinand, fils naturel d'Alphonse V. Il refusa de recouvrer par l'usurpation un titre que l'usurpation lui ravissait ; il repassa en Espagne , où son père venait de monter sur le trône d'Aragon , et sollicita une réconciliation. Déçu par de trompeuses apparences, il se confia à la bonne foi de Jean II : il

(i) La Navarre était divisée en deux partis : Fun des Beaumont^ et Tautre des Grammont^ les deux principales maisons du pays. La première soutenait les intérêts de don Carlos; la seconde était attachée à Jean II et au comte de Foix , dans la crainte d'être écrasée par la faction contraire.

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fut arrêté et enfermé une seconde fois. A l'instigation de Jeanne Henriquez, le roi, pour justifier sa perfidie, imputa au prince les plus noirs desseins. Cette persécution et ces calomnies augmentèrent le nombre des partisans de don Carlos : les Navarrais , les Catalans et les Âragonais mêmes se soulevèrent. Le roi , après avoir fait conduire son fils de château en château , fut contraint de le mettre en liberté ( 1 46 1 ); mais, soit que la reine Teût fait empoisonner, selon lopinion commune , soit qu'il ne pût se voir, sans une mortelle douleur, l'objet de la haine paternelle, il tomba dans une maladie de langueur qui termina ses jours. Blanche, sa sœur, ne fut pas plus heureuse : elle avait été répudiée par Henri IV, roi de Castille. Carlos, en mourant, l'institua son héritière : il ne lui légua que son infortune. Jean II fit emprisonner la princesse, et bientôt après il la sacrifia honteusement à la soif de régner qui le dévorait. Il conclut avec son gendre un accord par lequel celui-ci lui laissait la jouissance du royaume de Navarre, à condition qu après sa mort il passerait à la maison de Foix. Par une des conditions de ce traité , Blanche fut remise entre les mains du comte et de la comtesse de Foix , et enfermée au château d'Orthès , où le poison abrégea sa vie. Cependant les Catalans persévéraient dans leur révolte : ils avaient pris les armes pour défendre les droits du prince de Viane; ils restaient armés pour venger sa mort : le roi de Castille les soutenait. Jean II demanda du secours à Louis XI; il en obtint une somme de 35o,ooo écus d'or, pour laquelle il lui engageâtes comtés de Roussillon et de Cerdagne(i462); et Tannée suivante , avec sa médiation , il détacha le roi de Castille de son alliance avec les Catalans. Cette défection n'abattit point leur courage. En 1464) ils appelèrent don Pèdre, prince de la famille royale de Portugal. Don Pèdre reçut leurs sermens, et prit le titre de roi d'Aragon et de Sicile : mais, vaincu par les Aragonais, à la journée de Calafy il perdit la plupart de ses places fortes, et mourut de chagrin à Barcelonne. Les Catalans choisirent alors Jean d'Anjou, duc de Calabre. Ce prince rétablit leurs paires; mais une maladie l'enleva en 1470 : sa mort porta le ,coup fatal à

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la révolte. La guerre languit encore deux années ; et la prise de Barcelonne acheva, en 1472, la réduction de la Catalogne. En 1473, Jean II entreprit de reconquérir le Roussillon ; mais il échoua dans ce dessein ; et Louis XI assura , par la force des armes, l'ouvrage de sa politique. Jean mourut l'an i479« En vertu des traités, Léonor^ sa fille, fut proclamée reine de Navarre. Elle n'occupa que peu de temps un trône payé de la vie de sa sœur : elle mourut cette même année ; et la couronne de Navarre passa alors à la maison de Foix^ dans la personne de François PhœbuSy petit-fils de Léonor. Catherine de Foix^ sœur de François Phœbus , lui succéda en i483. Elle épousa Jean éHAlhret en 1484* L'an i5ii , Ferdinand-le-Catholique, voulant porter la guerre en France, fit demander le passage au roi de Navarre, qui, loin de consentir à sa demande, s'allia avec le roi Louis XII. Ferdinand se vengea de ce refus par la conquête de la Navarre. Le duc d'Albe, à la tête d'une armée, s'empara de Pampelune en iSis. Jean d'Albret tenta vainement, les années suivantes, de rentrer dans ses états. Ferdinand réunit pour toujours, et i5i5, la Navarre à la Castille. Jean d'Albret, dépouillé, mourut en 1 5 16. I^a reine Catherine le suivit huit mois après. Ils laissèrent un fils, Henri //, leur succès^ seur dans les domaines qui leur restaient au-delà des Pyré^ nées, et l'aïeul de notre Henri IV.

SECTION n.

Aragon ( i4i6-i479)*

(Voyez \Hist. dHItaUe^ article Naples; et \Hist. de Navarrey section i'* de ce chapitre. )

Alphonse V^ fils de Ferdinand-le Juste, roi d'Aragon, lui succéda en i4i6. En i4^o, il traita avec Jeanne II, reine de Naples , qui l'adopta pour son fils et son successeur. H passa en Italie; mais ce prince ayant mécontenté sa bienfaitrice, son.adoption fut révoquée. Jeanne , après avoir institué pour

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son héritier René d'Anjou, mourut en i435. Alphonse'V, jugeant la circonstance favorable pour recouvrer le royaume de Naples, assiégea Gaëte. 11 perdit une bataille navaJe , où il fut pris par les Génois. Il recouvra bientôt sa liberté, et poursuivit avec ardeur ses projets sur le royaume de Naples, dont il acheva la conquête en i443* Il régna encore glorieusement pendant quinze années, et mourut en i458, sans laisser de postérité légitime* Ferdinand, son fils naturel^ lui succéda en Italie. Jean II ^ son frère, déjà roi de Navarre, hérita du royaume d* Aragon. Après un règne troublé par de fréquentes révoltes, et souillé par des crimes nés d*une ambition démesurée, ce prince mourut en i479« L' Aragon fat alors uni à la Castille sous Ferdinand- U- Catholique ^ qui avait épousé Isabelle de Castille en 1469.

SECTION m.

Castille (1454-1479)-

Henri IF^ fils de Jean U, roi de Castille, lui succéda en 1454* (Il était le quatrième successeur de Henri de Transtamare, qui fut reconnu roi de Castille en i368, après la mort de Pierre-le-Cruel, et qui transmit le sceptre à sa postérité). Henri commença son règne par une guerre contre les Maures. Il entra avec cinquante mille hommes dans le royaume de Grenade; mais il ne fit point de conquêtes , et la campagne se réduisit à de vaines hostiUtés, qui ne dédom« magèrent pas la Castille des frais de la guerre. Avant de monter sur le trône, il âVait répudié Blanche de Navarre, sa première femme, parce qu'il n'en avait point d'enfans. Au retour de son expédition contre les Maures, il épousa dona Jeanne, infante de Portugal. La corruption la plus profonde régnait à la cour de Castille. Henri IV s'abandonnait à toua les désordres. La nouvelle reine suivit un exemple conta* gieux. On l'accuse d'avoir entretenu une intimité coupablj^ avec don Bertrand de la Cueva , le plus cher Csivori du rof.

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et la naissance d'une princesse qui fut appelée Jeanne, comme sa mère, fut attribuée à ce seigneur. Cet opprobre, réel ou supposé , avilissait le roi aux yeux de la nation. Sa faiblesse pour d'indignes favoris à qui il prodiguait toutes les grâces, lui aliénait le cœur des grands , et la haine jointe au mépris formait insensiblement un orage qui devait éclater tôt ou tard. Quelques expéditions heureuses contre les Maures, la conquête d'Archidona et de Gibraltar, la part que prirent les Castillans à la guerre de Catalogne , suspendirent le soulèvement. Enfin, en i463, les grands, ayant larchevêque de Tolède à leur tête , proclamèrent Alphonse , frère du roi. Le lâche monarque conclut avec les rebelles un accommodement, par lequel il sacrifiait la princesse Jeanne, et reconnaissait Alphonse pour son héritier. De nouvelles dissensions suivirent ce honteux traité. Le 5 juin i46ï, près d'Ji^ilay dans une vaste plaine, les factieux élevèrent un théâtre, sur lequel ils placèrent le simulacre du roi, assis sur un trône ^ et revêtu de longs voiles de deuil , avec les attributs de la souveraineté. En présence des grands et du peuple , un greffier lut à haute voix une liste des crimes qu'on reprochait à don Henri : ensuite on le déclara déchu du trône ; on lui arracha successivement sa couronne , son sceptre , son épée , et toutes les marques de la royauté; enfin, on renversa la statue, et on la foula aux pieds avec d'horribles imprécations. Après cette cérémonie , Alphonse monta sur le théâtre où Ion venait d'insulter à la majesté royale , et fut proclamé , sous le nom d'Alphonse XII ^ à l'âge de douze ans. Henri trouva des partisans dans son infortune : plusieurs familles illustres armèrent en sa faveur, et il soutint la guerre avec des succès balancés contre le jeune usurpateur. En 1467 j les deux frères se livrèrent bataille sous les murs de Médinadel'Campo, Henri avait quarante mille hommes; Alphonse n'en avait que vingt- cinq mille : mais son courage et sa prudence compensant l'infériorité du nombre , la victoire resta indécise. Ce prince, digne d'une meilleure cause et d'une plus longue vie, mourut en 1468, à la fleur de son âge. Sa mort ne mît pas fin à la révolte. Les factieux jetèrent

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les yeux sur Isabelle , sœur de Henri, et la proclamèrent reine, sans la consulter. Elle déclara que tant que son frère vivrait, elle ne pouvait prendre un titre qui ne lui appartenait pas , et demanda seulement à être reconnue en qualité de princesse des Asturies. Le roi souscrivit à cette condition, et les droits de la princesse Jeanne furent une seconde fois mis en oubli. Isabelle était recherchée par le roi de Portugal et par le duc de Guienne , frère de Louis XL Elle refusa publiquement ces deux princes, et leur préféra Ferdinand, fils de Jean II, roi d'Aragon. En 1469, tandis que le roi était en Andalousie, elle se rendit à Valladolid. Ferdinand vint l'y trouver secrètement, et on y célébra sans éclat cette union à laquelle TEspagne dut sa grandeur. Les clauses du contrat portaient que Ferdinand respecterait les droits d'Isabelle comme souveraine , quand elle serait montée sur le trône ; quelle ne toucherait point aux lois des Castillans, etc. Henri apprit avec douleur ce mariage contraire à ses désirs, et qui allait donner de nouvelles forces au parti de sa sœur. Il annula par un décret solennel ( 1470) tout ce qu'il avait fait en faveur d'Isabelle, cessa de désavouer la princesse Jeanne, et la rétablit dans tous ses droits. Le royaume fut replongé dans les horreurs de la guerre civile. Henri ne put réussir à dbasser Ferdinand de la Castille, et mourut en i474* Avant d'expirer , il reconnut Jeanne pour sa fille, et la nomma son héritière. Don Alphonse V, roi de Portugal, oncle de cette princesse , embrassa son parti. Elle fut soutenue en Castille par la plupart des mêmes factieux qui lui avaient autrefois contesté sa naissance , mais qui alors craignaient la fermeté d'Isabelle. Don Alphonse entra en Castille avec le titre d'époux de Jeanne ( i475) : mariage qui ne fut jamais accompli , parce qu'on attendait la dispense du pape pour l'oncle et pour la nièce, et que la suite des événemens renversa ce premier projet. Alphonse et Ferdinand , après s'être envoyé ré» ciproquement des cartels qui n'eurent aucune suite, se livrèrent bataille près de Toro. Le prince d'Aragon fut vainqueur. On fit la paix en i479> et dona Jeanne, abandonnée, se retira dans un couvent de Goûnbre. La même année, mou

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rut Jean II, roi d'Aragon. Ses ëtats, outre \Jragon proprement dit^ comprenaient les provinces de Catalogne y de f^alence et de Murcie, les îles Baléares j la Sardaigne et la Sicile^ Ferdinand hérita de toutes ses couronnes , et les unit à celle de Castille. L'Espagne, depuis long-temps divisée et faible, entra dans une carrière nouvelle de gloire et de puissance* La politique et la fortune semblèrent comme à Tenvi concourir à son agrandissement.

Aragon et Castille (i479-i5i6).

« Aussitôt que Ferdinand et Isabelle eurent dissipé les factions et affermi leur autorité dans leurs états, ils médité* .rent lentière expulsion des Maures de Grenade , qui depuis long-temps ne se soutenaient que parles dissensions des chrétiens. Outre le prodigieux avantage que leur donnait la réunion de leurs forces, les souverains de Castille et d* Aragon étaient entourés d'hommes supérieurs. Le célèbre Ximenès était à la tête de leurs conseils, et les guerres civiles avaient formé une foule d*excellens généraux, parmi lesquels ondis^ tinguait ce Gonzalve à qui son siècle et la postérité ont confirmé le surnom de grand capitaine que sa patrie lui donna* Le trésor public , épuisé par les prodigalités de Henri, s'était tout à coup rempli par la sévère économie d'Isabelle^ Les troupes étaient aguerries et nombreuses. Tout annonçait la chute du dernier trône des Musulmans.

Muley-Hassem^ qui l'occupait, ne fut point effrayé de tant de périls. 11 commença le premier les hostilités (1481), en s'emparant de Zahara. L'armée de Ferdinand marcha aussitôt contre Alhama, place très-forte, voisine de Grenade. Alharaa fut surprise par les chrétiens , et la guerre allumée pour ne plus s'éteindre. Les succès en furent d'abord balancés. Muley pouvait long-temps se défendre; mais une imprudence le précipita dans un abîme de maux. Épris d'une esclave chrétienne, il répudia sa femme AIxa, d'une des premières tribus de Grenade, et dont il avait un fils appelé Boabdil ( Abou-

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Abdallah ) , qui devait régner après lui. Ce fut le signal de la guerre civile. L'épouse outragée, avec le coupable Boabdil , souleva une partie des Maures. Muley - Hassem fut chassé de sa capitale. Boabdil prit le titre de roi, et le père et le fils se disputèrent, les armes à la main , une couronne que Ferdinand allait ravir à tous deux.' Quelque temps après, un frère de Muley, nommé Zagal, ayant remporté un avantage considérable sur les chrétiens dans les défilés de Malaga, cette victoire lui valut Famour etlestime des Maures. Il forma un troisième parti. Boabdil , ayant à se défendre à la fois contre les Maures et contre les chrétiens, fiit pris par ces derniers en i483 , et Ferdinand le fit garder à Cordoue. Muley-Hassem saisit ce moment pour reprendre la couronne. Malgré le parti de Zagal, il rentra dans la capitale. Bientôt Ferdinand , pour augmenter les dissensions des Maures, rendit à Boabdil la liberté] il devint même Tallié de son captif, et promit de l'aider contre son père , à condition que Boabdil lui payerait un tribut de 12,000 écus d'or, et se reconnaîtrait son vassal. Le lâche Boabdil signa tout , et, soutenu par Ferdinand ,jil courut faire la guerre à Muley. Le royaume de Grenade devint alors un champ de carnage, où Muley-Hassem, Zagal et Boabdil se poursuivaient avec une fureur aveugle, tandis que les Espagnols marchaient de conquête en conquête. Au milieu de ces calamités , Muley- Hassem mourut de douleur, ou par les coups de son frère (i485). Ferdinand se rendit maître de toute la partie occidentale du royaume , et Boabdil convint avec Zagal de partager le reste de cet état désolé. LagueiTC n'en continua pas moins ,• et Zagal , désespérant de conserver les places qu'il ' possédait , le» vendit à Ferdinand pour une pension annuelle. (1490), Enfin , il ne restait plus aux musulmans que la seule ville de Grenade. Boabdil y régnait encore* Les souverains de Castille et d'Aragon l'envoyèrent sommer de remettre entre leurs mains sa capitale. Boabdil résolut de la défendre. Ferdinand , à la tête d'une armée de soixante mille hommes , l'élite des deux royaumes , vint mettre le siège devant Grenade, le 9 mai z49^* Cette grande ville était flanquée déplus I. ï5

aa6 ÂBRÉci DX. l/xiSTfnLB oéNÉRALS

de mille tours. Malgré les guerres civiles qui ravsdent inondée de sang^ ellorenfermait encore plus de deux cent mille habitans. Le siège dura près de neuf mois. Ferdinand ne tenta point Tassant d'une place si bien fortiâée : après avoir ' déyasté les environs , il attendit paisiblement que la faim lui livrât Grenade. Un accident mit le feu pendant la nuit aux tentes d'Isabelle. Boabdil n'en profita point» La reine voulut qu'à la place de ce camp brûlé , les Espagnols bâtissent une ville, afin de faire voir aux musulmans que le siège ne serait jamais levé. Cette idée , digne du génie d'Isabelle, fut exécujtée en quatre-vingts jours. Les Espagnols s'établirent dans la nouvelle cité qui subsiste encore aujourd'hui sous le nom de Santa-Fé , que lui donna la pieuse princesse. Enfin , pressés par la famine, battus le plus souvent dans les petits combats qui se livraient sans cesse sous leurs murs, abandonnés par rAfnque , qui ne tenta aucun effort pour les sauver , les Maures sentirent la nécessité de se rendre. Gonzalve de Cor* doue fut chargé par les rois de dresser les articles de la capi« jtulatiou : ellej portait que les Grenadins reconnaîtraient pour leurs rois Ferdinand et Isabelle, aiçsi que leurs successeurs à la couronne de Castille ; quHls rendraient sans rançon tous les prisonniers chrétiens ; que les Maures , toujours gouvernés selon leurs lois, conserveraient leura coutumes, leurs juges , le libre exercice de leur culte ^ qu'ils pourraient garder ou vendre leurs biens , et se retirer en Afrique , ou dans tel autre pays qu'ils choisiraient , sans que jamais les Castillans pussent lès forcer de quitter l'Espagne $ que Boabdil jouirait dans les jilpu/arras d'un riche domaine dont il disposerait à son^ gré. Ce malheureux roi alla porter à Ferdinand les clés de Grenade , et ne rentra plus dans cette ville. Suivi de sa Ëunille et d'un petit nombre de serviteurs , il prit le^chenoân des terres qu'on lui donnait à la place d'un royaume. Arrivé sur le mont Pàdul ^ d'où l'on découirre Grenade , il jeta sur elle un dernier regard ^ et des larmes baignant won visâg«. « Mon fils , lui dit sa mère Aïxa, vous avez riiison de pleorer comme une femme le trône que vous n'avez pas su défendre coaune un bomme* » Cet infimunéne put: vivre s^jetdans le

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pays où il avait régné : il passa peu de temps après en Afrique^ et fut tûé dans un combat. Isabelle et Ferdinand firent leur entrée à Grenade le a 2 janvier i49^» La puissance des Maures avait duré sept cent quatre-vingt-deux ans , depuis la conquête de Tarik. » ( Florian , Précis sur les Maures. )

Les Juifs, dont la destinée était unie en Espagne à celle Ae& Arabes par une alliance de huit siècles, avaient été compris dans le traité, et devaient jouir des mêmes privilèges que les musulmans ; mais on leur manqua de parole. En butte à la haine et au mépris des chrétiens , ils s'en dédommageaient par leur industrie. Enrichis par le commerce et par Tusure, ils possédaient presque tout l'argent de la nation. Des imputations absurdes , telles que les haines religieuses ou politiques en inventèrent de tout temps y allumaient contre eux la fureur populaire. Le gouvernement se laissa entr^ner, soit par un zèle aveugle , soit par un intérêt mal entendit. ' On ordonna aux Juifs de sortir du royaume. On leur accorda six mois pour vendre leurs bieiis ; maison leur défendit, sous peine de mort, d'emporter de l'argent, de lor ou des pierreries : pn les chassait pour les dépouiller. Il en sortit d'Espagne cent cinquante mille. Les uns se retirèrent en Afrique, les autres en Portugal et en France. Avec eux s'enfiiirent l'industrie et le commerce. On avait cru s'enrichir par leur expulsion ; mais le profit passager que le gouvernement tira de la violence faite à ce peuple usurier , le priva bientôt du revenu certain que les juifs payaient auparavant au fisc royal. Cependant, s<9us le même règne, on. traita depuis les mahométans comme les juifs. On les fofl'ça à se faire chrétiens, malgré la capitulation de Grenade. Les uiis passèrent en Afrique , les autres feignirent d'embrasser le christianisme. Ils tentèrent plus d'une fois de recouvrer ieur liberté, et de rétablir^.leur ancien culte ; mais ils furent toujours réprimés. Enfin , en t6io , Philippe III les expulsa entièrement d'Espagne , au nombre de plus de six cent mille.

L'année même de la conquête de Grenade, Christophe Colomb donna un nouveau monde à la couronne de Castille. ( Voyez cbap. IX. )

La restitution du Roussillon et de la Cerdagne continua Tannée suivante (i493) cet enchaînement de prospérités. Charles VIII , avant son expédition dltalie, rendit à Ferdinand ces deux provinces : elles furent le prix d'une neutralité mal observée. (Relativement à la part que prit Ferdinand aux guerres d'Italie, voy. les règnes de Charjies VIII et de Louis XII.)

En 1496, un double mariage , négocié depuis sept ans , unit les maisons d'Autriche et d'Espagne. Maximilien I, avant d'être empereur , avait eu de Marie de Bourgogne , sa première femme, un fils nommé Philippe, et une fille nommée Marguerite. Philippe épousa Jeanne, seconde infante d'Espagne ; et Jean , frère de cette princesse , épousa Marguerite d'Autriche (1496). Jean étant mort la même année , l'infante Isabelle , mariée à Emmanuel , roi de Portugal , et sœur aînée de l'grchiduchesse Jeanne , fut reconnue héritière de Gastille e$. d'Aragon dans des états tenus à Tolède et à Saragosse. Peu de temps après cette cérémonie , elle mit au monde un prince nommé Michel, dont la naissance lui coûta la vie. Cet enfant fut investi sur-le-champ de tous les droits de sa mère ; mais la mofaarchie espagnole devait passer à une maison étrangère. Michel mourut en 1 5oo , le 20 juillet. Le prince destiné à rébueillir son héritage , le fils de Jeanne et de Philippe , Charles V, avait vu le jour quelques mois auparavant. Ferdinand et Isabelle , après la perte de leur fils unique, de leur fille aînée et d'un petit-fils, réunirent toutes leurs espérances sur Jeanne et sa postérité. En i5o2 , ils appelèrent cette princesse en Espagne avec l'archiduc son mari. Le droit des deux époux à la couronne fut reconnu par les états des deux royaumes. Mais l'étiquette grave et sévère de la cour espagnole devint bientôt insupportable à Philippe , et lui fit désirer de revoir son pays natal. A peiné de retour dans les Pays-Bas, il fut rappelé en Espagne par la mort d'I$abelle. Cette grande reine (i) avait ressenti une profonde douleur

(i) Les historiens contemporains ont tracé dTsabelle un portrait qui respire Fenthousiasme; mais le temps a sanctionné leurs éloges. Joignant TactiTité el, la résolution d'un homme aux qualité» plus

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de la fin prématurée de ses enfans , et le chagrin avait creusé la tombe, où elle descendit le 26 novembre i5o4. Comme elle était mécontente de son gendre, et que sa fille était incapable de tenir par elle-même les rênes du gouvernement, elle laissait par son testament la régence des affaires de Castille à Ferdinand, jusqu'à ce que son petit-fils Charles eût atteint sa vingtième année. Elle léguait en m^e temps à son mari la moitié des revenus qui proviendraient dcfs Indes , avec les dignités de grand-maître des trois ordres militaires. Ferdinand résigna le titre de roi de Castille , et fit proclamer Jeanne et Philippe souverains de ce royaume, dont il prit en même temps la régence.

PhiHppe, peu satisfait d'un vain titre ^ protesta contre le testament d'Isabelle , et résolut de se mettre en possession de la Castille. Les nobles castillans se déclarèrent en sa faveur, et Ferdinand , cédant à la nécessité, se Retira dh Aragon, après s'être assuré, par un traité, le titre de grandmaître des trois ordres militaires, et la portion de revenu que lui avait léguée Isabelle. Les états , convoqués à Yalladolid, reconnurent unanimement Jeanne et Philippe pour reine

douces de sem sexe , prenant pai*t aux conseils où se décidaient les combats ^ suivant le roi dans ses campagnes , et le surpassant même quelquefois en fermeté et en énergie , elle lui était surtout supérieui^e en élévation de sentimens et en grandeur d^âme. L'histoire civile de leur règne nous présente le caractère d'Isabelle sous le plus beau jour. Mère attentiVb de ses sujets', elle était sans cesse occupée à réformer les lois vicieuses , à guérir les maux enfantés^ par une longue suite de guerres intestines. Elle s'opposa vivement à l'expulsion des juifs , et résista long-temps à rétablissement de l'inquisition, Quoiqu'elle fut l'âme de la guerf e contre Grenade , e^e plaida toujours pour la clémence en faveur des Maures. Ellç réprima la tyrannie dei Espagnols dans le Nouveau-Monde , et ordonna l'affranchissement des ma^lheureux Américains. Aussi éclairée que noble et généreuse, elle aima les lettres , prodigua aux savans les honneurs et les récompenses , et protégea l'art de l'imprimerie , récemment découvert. Les livres furent admis dans ses états sans payer aucundroit ; et on assure qu'il 8* en imprimait plus en Espagne, à cette époque de l'enfance de l'art, qu^aujourd'hui même dans ce siècle de sciences et de lumières.

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ikio ABRÉGB DM LHISTOIRB GENERAUS

et roi de Castille^^t leur fils Charles pour prince des Astu ries. Ce fut là le seul éyénement mémorable de l'administration de Philippe. Il mourut trois mois après, dans la yingt^ huitième année de son âge. Il laissait deux fib : Charles V et Ferdinand, qui furent tous deux empereurs.

Jeanne se trouvait, par cette mort , seule maîtresse de la Castille. Mais la perte inattendue d'un époux qu'elle idolâtrait^ acheva d égarer ^ raison , depuis longtemps affaiblie, et la ren^ dit entièrement incapable de gouverner. Ferdinand était alors en Itahe, où Tavait conduit le désir de déconcerter de secrètes intrigues dont il soupçonnait injustement Gonzalve de Cot* doue. En son absence, Ximenès, archevêque de Tolède, lui ménagea adroitement les esprits ; et , dès que Ferdinand fut de retour en Espagne, après avoir arrangé les affaires de Naples, il obtint sans opposition la régence de Castille. Il gouverna sagement ce royaume, et gagna Taffection des Cas*' tillans. Le calme intérieur quil sut maintenir pendant tout le reste de son i:ègne, favorisa les expéditions étrangères^ Oran et quelques autres places assez importantes sur la cote de Barbarie , furent réunies à la ocmronne de Castille par Ximenès , qui commanda en personne une armée contre les Maures de cette partie de l'Afrique, après avoir fait, à ses propres frais, toutes les dépenses de lentreprise. D'un autre côté, Ferdinand , sur des prétextes aussi frivoles qu'injustes^ chassa du trône de Navarre Jean d' Albret , ^i en était légitime possesseur. En s'emparant de ce royaume, il étendit les hmites de la monarchie espagnole depuis les Pyrénées jusqu'aux frontières du Portugal. Au milieu de ses travaux ambitieux, il ressentit une joie bien vive, que suivît promptemeat une plus vive douleur. Sa jeune épouse lui donna ud fils qui exi% ôté à Charles V les couronnes d'Aragon , de Naples, de Sicile et de Sardaigne,* mais ce fils mourut, au berceau; et Ferdinand, renonçant avec amertume à Tespoir d'être père, se résigna à laisser tant de sceptres à un petitfils qu'il n avait jamais aimé. Il lui préférait Ferdinand, son frère , élevé en Espagne et plius a^éable aux Espagnol^ U avait d'abord fait en sa faveur des dispositions avantftgeusiesf

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naaiftil ieiréfoqua avant de mourir, de peur d'aHnmer la gu^re civile entre les deux frères ; et , ÎHnnolant ses afféolîons particulières à rintérét d<^ la monarchie , il déclara Charles seul héritier dé tous ses états , et n assigna au prince Ferdinand qu'un modique apanage, faible dédommagement de la perte de tant de couronnes. Il mourut quelques heures aprèa avoir signé ces dernières volontés , le a3 janvier iSi6.

Les historiens étrangers ont généralement reproché à Fer^ dinand une politique astucieuse et perfide et une ambition insatiable; mais les Espagnols se sont plus appliqués à célébrer les qualités qu'à remarquer les défauts d un prince qui donna à TEspagne une existence nouvelle et une vigueur inouïe jusque-là. Avant lui, les immunités des villes, les as» semblées des Cortez.^ et surtout les privilèges excessifs de la noblesse, ressexraieut l'autorité des rois d'Espagne dans des limites très* étroite Plusieurs d'entre eux avaient tenté vair pement de s'affrandûr de ces entraves. Ferdinand l'entreprit enfin avec plus de succès. Quoiqu'animées encore d'un ardent amour pour la liberté , les Coûtez , faute d'une organisation ix» et régulièfe, insensiblement réduites à un petit nombre de députés, avaient beaucoup perdu de leur an» cienne importance. Plu^ùrs villes , appauvries par la guerre civile ou par d'autres causes, avaient cessé successivement d'envoyer des députés , dont l'entretien était pour elles un surcroît oaéreitx de dépense. En 1480, dix*sept villes de CastUle étaient seules représentées. Un changement à peu près semblable s'était opéré en Aragon. Ferdinand , croyant donc avoir moins à craindre de la part des cités que de celle de l'aristocratie, diiîgea ses principaux efforts contre les nobles» Sous différons prétextes, quelquefois par la violence , pluâ souvent par des sentences émanées des tribunaux, il dépouilla les barons des terres qu'ils avaient obtenues de la prodigalité inconsidérée et de la faiUesse de ses prédécesseurs.

Une naissance illustre cessa d'être un droit à l'administra-

. tion des affaires publiques. Les grands, exclus par degrés des

conseils et de la confiance du souverain , virentln offices les

phia ^«fé^^ confiée à des hommes nouveaux, qui , unant leur

^Zn ABREGE DB LHISTOIRE GÉNÉRALE

existence du monarque, se dévouaient ayeuglément à ses intérêts. De plus, un appareil, inconnu jusque-là, d'étiquette et de dignité, fiit introduit à la cour, et accoutuma les nobles à approcher du trône avec dés formes de cérémonie et de respect, qui firent, en quelque sorte, un objet sacré de la personne du prince.

Les ordres religieux et militaires de Saint-Jacques , de Galatràva et d' Alcantaira , enrichis dès leur origine par des donations nombreuses, étaient devenus propriétaires d'une partie considérable des terres de la nation. La grande-maîtrise de chacune de ces confréries guerrières donnait à celui qui en était revêtu un crédit et une opulence qui rélevaient presque au niveau du souverain. Ferdinand entreprit de dépouiller la noblesse de cette distinction au profit de la bouronne. Il gagna d'abord les chevaliers de Saint-Jacques , et sut leur persuader de le placer à la tête de leur ordre. Lorsqu'ensuite H eut étabK sa réputation par le succès de la guerre contre les Maures, il détermina j par promesseis ou par menaces, les chevaliers de Galatrava et d'Alcantara à suivre l'exemple de ceux de Saint* Jacques, et à choisir pour leurs chefs Isabelle et lui. Cette réunion des grandes-^maîtrises à la couronne fut sanctionnée par les papes Innocent VIII et Alexandre VI, et depuis, rendue perpétuelle par leurs successeurs. Elle donna aux souverains de Gastille et d'Aragon la disposition d'une multitude de bénéfices , d'tm revenu immense , et une grande influence sur les familles nobles dont les fils desiraient entrer dans les ordres de chevalerie.

Ferdinand trouva encore un ressort favorable à l'exécution de ses desseins dans Isl Sciïnte^Hermandady association formée vers le milieu du treizième siècle par les villes du royaume d'Aragon, et ensuite , à leur exemple, par celles de Cla»tille. Cette société, protectrice des personnes et des propriétés , était entretenue aux dépens des cités, qui, au moyen d'une? contribution fixe , établie à cet effet, payaient 4in corps dé troupes deitiné à protéger la sûreté des routes et à poursuivre les malfaiteurs. Quiconque aVait commis un meurtre,

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DBS TEMPS MÔDBftlfES. ^33

un*Tol, OU quelque délit qui troublait la paix publique, s'il tombait entre les mains des soldats de la Sainte^Hermandad ^ était traduit devant des juges spéciaux , qui, sans avoir égard à la juridiction exclure et souveraine que pouvait réclamer le seigneur du lieu, jugeaient et condaihnaient le coupable. Ferdinand protégea de tout son pouvoir, contre la haine de l'aristocrade, une institution propre non-seulement à maintenir la police dans le royaume , mais encore à affaiblir et à détruire avec le temps la juridiction territoriale des bannis, qui n'était pas^ moins incompatible avec les prérogatives du prince qu'avec le bon ordre de la société.

Ce fut par ces innovations utiles et par une activité si infatigable dans les affaires , qu*on disait de lui qu'il semblait se reposer en travaillant, que Ferdinand raffermit l'autorité royale. Heureuse TEspagne, si , dans l&temps qu41 l'arrachait à l'anarchie féodale , il n'eûtpoint jeté les fondemensdu despotisme politique et religieux qui se développa sous les règnes suivans, et si à côté du trône réhabilité ne se fût point élevé ce tribunal funeste qui, défendant la foi par les supplices, n'a pas» moins altéré chezJe peuple espagnol l'esprit du véjKtable christianisme que celui ^e la Uberté !

SECTION IV

Portugal (i383-f5ai ).

La descendance légitime des rois de Portugal , issus de Henri de Bourgogne, finit Tan i383^en la personne de don Ferdinand. Ce prindte laissait une fille naturelle nommée Béatrix. Désirant qu'elle lui succédât , il la maria , dès Tâge de onze ans, à Jean I , roi deXlastilte, en assurant le trône de P<mugal au fils qui viendrait à naître de cette union, et en substituât à ce fils le r<tt d« Êastitle , son gendre. Ferdinand étant mort immédiatement sq>rès ce mariage, don Juan, son frère naturel^ profita de l'aversion qu'inspirait aux Portugais la domination castillane, pour s'emparer de la régence, dont il dépouilla la reine-douairière. Le roi de Gastille vint

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a34 ÂBRécà OB L HISTOI&B G^IISRALB

alors ifteltre le siège devant Lisbonne; mais ce prince ^yornlt échoué dans ses tentatives , les états de Portugal^ assemblés à Coïmirsy déférhent la couronne à don Juan^ connu dans rhistoire $ou& le nom de Jeqn /, dit h Bâtarde Don Juan , secouru par les Anglais, livra aux Castillanfi et aux Français ^ leurs alliés, la bataille XJljabarota ( i4 août i3$4) • il rem* porta une victoire éclatante qui raffermit sur le trône dePor* tugal.

La guerre continua cependant encore plusieurs années entre les Portugab et les Castillans , et ne bxt terminée qu au commencement du quinzième siècle. Par la paix qui se conclut alors, Henri III, 61s de Jean I , roi de Castille, s'engagea à ne jamais faire valoir les prétentions de la reine Béatrix, sa belle-mère, qui était sam en£ans;et Jean-le-Bâtard ÊMida une nouvelle dynastie de roiâ , qui occupa le trône de Portu* gai depuis i385 jusqu'en iSSo.

JeanI étant mort en 1 433, après quarante^huit ans d'un règne glorieux , Edouard ^ son fils aîné, lui succéda (i); Ce prince voulut enlever Tanger aux Infidèles : il chargea de cette expédition ses deux frères^Henriei: Ferdinand. Mais, enveloppés par une multitude d'ennemis, les Portugais furent obligés de composer avec le roi de Fez : il s'engagèrent à lui rendre Geuta, dont Jean I s'était emparé, et laissèrent Ferdinand en otage. Sur le refus qu'on fit en Portugal de restituer une place aussi importante, Ferdinand resta et mourut captif.-Edouard ne régna que cinq ans: une peste qui ravagea le Portugal, l'emporta en i438.

Son fils Alphonse F lui succéda sous la . régence d« sa mère Léonor; mak cette disposition déplut aux grands: ilf ne laissèrent à la reine-mère que l'éducation de son fils ^ et confièrent le gouvernemem du royaume à don Pèdre>oncle d'Alphonse, En x446, le régent ddnna saf fille Isabelle p^ur ^[K>use 11 son pupille; mais, «quelque temps après, le jeune

(i) Outre ses enfti Ugidmes, Jean !•' laissait an fib natarel, aonM Alphonse, preaûer duc de Bragane*^ et tig<# de la ikinitlt Mifevrdiiiii riante f» Portaftl.

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BBS SKMFS MODEIMES. ùS&

roi) 6ur de feuxjrappoits, conçut de Tombrage contré son Leau-pèrè. En i449 9 ^^^ Pèdre fut forcé de prendre ^es armes pour sa sûreté. Âpres avoir vécu en fidèle sujet , tt Mit U douleur de mourir en rebdle. 11 fut tué daits un combat. Depuis sa mort, on reconnut qu'il avait été calomnié auprès du roi , et sa mémoire , qu'on avait d'abord flétrie , fut réhabilitée^

Le cai'actère d'Alphonse le portait aux entreprises guer* rières et chevaleresques. Trois expéditions plus brillantes qu'utiles contre les Maures ( 1 458-64 -71 ), le firent surnonuner \ Africain.

En 1474} après la mort de Henri lY, roi de Castille, il fiança doua Jeanne, fille de ce prince, prit le titre de roi de Castille , et disputa la possession de ce royaume à Ferdinand* le-Catholique., (Voyez //i® section de ce (Aapitre.) Vaincu par Ferdinand, il passa en France pour demander du secours à Louis XL Le mauvais succès de sa négociation lui fit prendre la résolution de déposer la couronne, et d'aller en Terre- Sainte. U écrivit à don Juan , son fils , pour lui dire un éternel adieu, et l'inviter à monter sur le trône. Mais bientôt il changea de pensée , et lorsqu'on le croyait parti pour la Palestine, il aborda en Portugal, cinq jours après que dou Juan avait été proclamé roi. L'infant remit le sceptre à son père, qui abdiqua une seconde fois en x4S^ 9 ^i^ mourut au moment où il allait se confiner dans un monastère. *

Don /^an ou /ean IJ^ successeur d'Alpho^e V, affermit en t^ojTtugal l'autorité royale, en abaissant le pouvoir des grands trop accoutumés à l'indépendance. Dans une diète assemblée 'à Ei^ora , en 14829 il révoqua les concessions que les rois ses prédécesseurs avaient faites à la npblesse, au pré^ judice des droits de la couronne. Il supprima le droit de vie et de mort que les seigneurs exerçaient sur leurs justiciables, et soumit leurs villes et Içurs terres à la juridiction des offi* ciers roymix. la noblesse, mécontente de ces innovations^ s'étant Hguee pour le maintien de ses privilèges t et ayant choisi pour chef Ferdinand, duc de Braganee, le roi fit trancher la tète à ce seigneur (i485), et pendre son frèrt

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!à36 ABREGE DE l'hISTOIRE GENERALE

en effigie. Par un exemple aussi rigoureux, Jean II en im> posa aux grands, et fit fléchir la noblesse sous le joug. Il mourut en 149^*

Sous son règne, les Portugais doublèrent le cap de Bonne- Espérance. Ils poursuivirent leurs découvertes sous EmmanueUe-Fortimé^ dont le règne , Vâge (Vor du Portugal (149S i52i) , doit son principal lustre à ces expéditions. (Voyez c/après, chapitre IX de cet abrégé. )

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