‹ Abrégé de l'histoire générale des temps modernes, depuis la prise de Constantinople par les Tures (1453), jusqu'à la mort de Louis XIV (1715);Chapitre 9 sur 22 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

FEANOS ET ITAtlB.

LOUIS XII (i498.i5i5),

SECTION PREMIÈRE

Depuis ravénement de .Louis XII jusqu'l la seconde conquête du Milanez inclusivement ( 1498-1 5bo).

Louis XII naquit à Bloîs, le 27 juin 1462. Il était fils de Charles, due d'OFJl||A|& de Marie de Clèves, et petit-fils de Louis P**, dMâ^^^^Hs^, e^e Valentine Visconti. 11 suc^ cëda 5 en qualité <le^TOier prince du sang, à Charles VIII , mort sans postérité. Comme Louis XI , il avait troublé l'état par ses révoltes avant de monter sur le trône ; comme Louis XI, il avait des ressentimensàexércer ; mais la resssemblance n'alla pas plus loin entr^fl^ux princes : Louis XI s'était hâté de punir , Louis ^^^^^Kj^ (le pardonner. La Trémoille , qui l'avait vaincu à^^^Kin , craignait de porter la peine ^^a fidélité à la vé^eB^Le mi de France^ lui dit le mot ^Hçi||^Kff '7Jenge pas œs injures du duc ^Orléans. Le parifme^We Paris, qui avait rejeté ses plaintes en i485, éprouvait des inquiétudes ; elles redoublèrent , lorsque le roi s'é^ tant fait apporter la liste des magistrats^ on le vit placer une croix à côté des noms de ceux qui lui avaient é%é le plus contraires ; mais les craintes furent bientôt dissipées : QuUk se rassurent^ dit le prince : en leur apposant le signe sacré de notre salut ^ rCaUje point annoncé le pardon ? Anne de Beaujeu s^était montrée l'implacable ennemie du duc d'Orléans \

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DE» TEMPS MOt>£EIIE5. t85

Louis XII ne l'excepta point de ses bontés , et assura généreusement à Suzanne de Bourbon, sa fille unique, les apanages de ses parens j dont une partie , après leur mort , devait revenir à la couronne. S'il était beau d'oublier les injures , il était juste de reconnaître les services. George dAmboise , attaché de bonne heure au duc d'Orléans, partagea sa pros» périté, comme il avait partagé ses malheurs.' Louis XU obtint pour ce fidèle ami la dignité de cardinal, lui donna celle de prunier ministre , et le fit régner avec lui.

Il sembla avoir réservé toute sa rigueur pour Jeanne de France y son épouse , seconde fille de Louis XI, et dont ce monarque l'avait forcé cFaccepter la main. Cette princesse rachetait par ses vertus les défauts physiques de sa personne^ mais elle ne posséda jamais la tendresse de son mari. A l'âge de quatorze ans, \jo\m XII avait subi cette union infortunée H l'avait formée par crainte, l'avait supportée par pohtique : il la rompit dès qu'il fut le maître. En accordant le duché de Valentinois à César Borgia, fils d'Alexandre VI , il rendit ce pontife favorable à ses projets de divorce , et trois prélats , délégués par la cour de Rome , déclarèrent son mariage nul , sous prétexte de parenté en un degré défendu, d'affinité spi*^ rituelle , de contrainte , etc.

Anne de Bretagne, depuis là mort de Charles VIII , était rentrée en possession de son dudié. Le roi , par un second mariage , également conforma au penchant de son cœur et, à la raison d'état, rattacha à la France cette importante pro-i vince. Toutefois , il fut stipulé dans le contrat que la reine se réservait la jouissance pleine et entière des revenus de la Bretagne , et qu'après sa mort , ce duché passerait à son se^ cond enfant mâle, et, à défaut de mâles , à ses filles, dans l'ordre de primogéniture. 3i elle mourait sans enfans, le roi conserverait, sa vie durant , la possession de la Bretagne, qui retournerait ensuite.aux plus proches parens de la reine. Quant au gouvernement de la province, Louis XU s'engageait à p'y rfen changer. Aucun impôt ne serait établi , aucune levée de troupes n'aurait lieu sans le consentement des ^tats. La reine nommemit aux charges vacantes, et le roi ne prendrait

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que le titre deducde Bretagne dans les actes relatifs à ce pays. Ce traité conclu , le mariage fut célébré à Nantes le 8 janvier 1499. Anne fut couronnée une seconde fois à Saint-Denis. Des fêtes brillantes accompagnèrent cette cérémonie , et le peuple fiit invité à la joie par la diminution d'un dixième sur les impots , par la promesse d'une réduction plus considérable, et par l'exemption totale du droit àe joyeux aifènemerU.

Ce n'était là que le présage des heureux desseins de Louis XII pour la prospérité du royaume. Les deux premières années de son règne (1498 -99) forent presque entièrement consacrées à des réformes utiles , à des institutions néces* saires, et aux travaux du gouvernement intérieur.

Charles V et ses successeurs avaient £adt de vaines tentatives pour assujétir les troupes à une discipline régulière ; li^urs sages réglemens ne faisaient qu'attester le mal sans le détruire, et, après tant d'inutiles efforts, le succès sepiblait impossible. Louis XII n'en jugea point ainsi : il rendit une sévère ordonnance qui, assignant aux troupes des garnisons fixes, et assurant leur subsistance , menaçait d'un châtiment exemplaire quiconque oublierait qu'un soldat ne devait pas être un brigand. Il la fit rigoureusement exécuter , et quelques punitions éclatantes intimidèrent les gens de guerre, et les retinrent dans le devoir.

L'administration de la justice réclamait les soins du monarque : de grands abus s'y étaient glissés. Des hommes de mœurs suspectes ou d'une capacité douteuse siégeaient parmi les magistrats ; des ajournemens arbitraires éternisaient le cours des procès, au profit des gens de loi et à la ruine des plaideurs. D'une autre part, dans les causes qui regardaient leur domaine, les rois ne se faisaient pas scrupule d'influer sur la décision des juges ; et plus d'une fois leur vengeance, s'affranchissant des formaUtés accoutumées, préférait aux tribunaux ordinaires une commission spéciale, instrument plus docile et plus sûr de la mort d'un ennemi ou d'un traître. Louis Xn, par une célèbre ordonnance sur les cours de judicature , régla avec sagesse la durée des procès , le nombre des instances, les frais de la procédure, ordonna des exa-

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mens poitr s assurer de la capacité des juges, garantit leur indépendance, et proscrivit les commissions spéciales.

Etant gouverneur de Normandie sous le règne précédent, il avait remarqué les vices du tribunal suprême de cette province, qui n était autre chose <|ue Fancienne cour féodale, et portait encore le nom ii échiquier. Il le mit sur le même pied que les autres parlemens du royaume, et lui imposa les mêmes règles. Il introduisit un pareil changement dans le parlement de Provence. Toutes ces réformes s'opérèrent sans résistance.

L'université n'imita point la soumission des tribunaux et de Tarmée. Ce corps avait d'immenses privilèges , dont plusieurs , avec le temps , étaient devenus des abus si scandaleux et si notoires, que les états de Tours en avaient demandé la suppression. Elle fut ordonnée par Louis XII. En respectant ce qui était compatible avec le bon ordre et la justice , ce prince retrancha ce qui leur était contraire. Quelque sage que Hit cet édit , l'université n'y vit qu'un attentat à des droits qu'une longue possession lui faisait regarder comme sacrés. Elle protesta , ferma ses collèges; la turbulence de ses écoliers menaça la tranquillité publique , et le courroux de ses prédicateurs se déchaîna dans les chaires contre le roi« Louis XII était à Blois ; il envoya son chancelier , qui ne put apaiser le tumulte. Enfin , il s'achemina lui-même vers Paris avec ses gardes. Tout se soumit à son aspect , et le pardon suivit de près l'obéissance.

Au milieu de ces réformes , il méditait et préparait une nouvelle expédition en Italie. Il voulait faire revivre les droits qu'il tenait de son aïeule Yalentine Visconti sur le Milanez^ punir Ludovic-le-More , et recouvrer le royaume de Naples*. Il s'occupa d'abord du Milanez.

Charles, duc d'Orléans , père de Louis XII, long-temps prisonnier des Anglais , ou entraîné dans les guerres civiles de France , n'avait pu soutenir ses prétentions à l'héritage des Visconti, Louis XI et Charles VIII s'étaient alliés à la famille usurpatrice des Sforze. Louis XII changea de politique, et le3 titres de duc de Milan , de roi de Sicile et de Jérusalem , ,

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ajoutés au titre de roi de France dans la cérémonie de son couronnement , la précaution solennelle de faire reconnaître ses droits par le parlement de Paris, annoncèreht assez ses desseins. Avant d*éclater , il renouvela les traites de Senlis, d'Etaples et de Barcelonne avec l'empereur et les rois d'Angleterre et d'Espagne , et chercha des appuis en Italie. 11 gagna le pape Alexandre YI par ses libéralités envers César Borgia , et les Vénitiens par lofifre de leur céder Crémone et la Ghiera d'Adda. Les alliés naturels de Ludovic étaient Maximilien qui avait épousé sa nièce, le duc de Ferrare, son beau-père, et le roi deNaples intéressé à repousser Tennemi commun. Mais , outre qu'il avait des engagemens avec Louis XII, Maximilien consumait alors ses forces dans une guerre malheureuse contre les Suisses. Le duc de Ferrare fut insensible aux périls de son gendre dont il avait à se plaindre; et le roi de Naples, épuisé par une guerre récente, et indéds par caractère, aima mieux se hasarder à attendre l'orage que se résoudre à l'affronter* Ludovic se trouva donc réduit à ses propres forces en Italie; mais Bajazet II, sultan des Turcs, opéra une diversion ensafaveur , en déclarant la guerre aux Vénitiens (i499). Du reste, le duc de Milan avait des ressources considérables; il avait plus d'argent qu'aucun prince de son temps, et avec plus de talent et de courage , il eût pu soutenir long-temps la guerre ; mais au lieu de commander lui-même ses troupes , il mit à leur tête un Napolitain réfugié, Galeas de San-Severino , dont la capacité et la fidélité sont restées également douteuses.

L'armée firançaise , composée de neuf mille six cents gendarmes et de treize mille fantassins, passa les Alpes sous le commandement de Trivulce* Elle ne trouva aucun obstacle. Galeas de San-Severino se retira à son approche. Les plus fortes places, Valenza, Bassignano , Voghera, Castel-Nuovo, Torlone ouvrirent leurs portes à la première sommation. Les bourgeois de Milan refusèrent de défendre avec leurs foyers Je trône d'un prince odieux; enfin, ne voyant plus d'espoir, Ludovic fit passer en Allemagne ses enfans et le reste de ses trésors , sous la garde de son frère le cardinal Ascagne , et

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s'enfuit liù^m^ne à Inspruck , dans les états de Maximilien. Son départ hâta la rédcUtion de quelques villes qui tenaient encore, et vingt jours suffirent à la conquête du Milanez. Louis XII vim en prendre possession. Le 6 octobre 1499 > ^'• y entra en triomphe. Les premiers actes de sa puissance furent des bien&its : les taxes , qui , sous Ludovic^ montaient à près de 1,700,000 livres, furent réduites à 622,000. Le roi fit rendre une justice exacte , établit à Milan un sénat ou parlement d'après la forme de ceux de Francîe, et ie composa de magistrats intègres. Avant son départ , il reçut les ambassadeurs de presque tous les princes de Tltalie , conclut une alliance avec les Florentins , et laissa au-delà des Alpes une égale renommée de sa grandeur et de sa bonté.

Le gouvernement dèTrivulce, quïl nonuna son lieutenane en Italie, effaça bientôt ces heureuses impressions. Trivulce , milanais d'origine et chef du parti guelfe, au lieu déménagea les Gibelins, les irrita par ses procédés violens et superbes. Les rigueurs qu'il déploya à Toccasion d'unîe tents^ve de révolte, achevèrent dexaspérer les esprits. Instruit de ces dispositions, Ludovic se hâta de revetlir avec quelques troupes. Tout se leva en sa faveur. La rapidité de ce mouvement ôta aux Français dispersés le temps de se réunir. Sorti de Milan le 2 septembre i4999 au milieu des malédictions du peuple, Sforze y entra le 5 février xSoo , au bruit des acclamations de ce même peuple qui semblait ivre de joie de revoir son ancien souverain. Son triomphe fut de courte durée. A la nouvelle de cette révolution , Louis XII pressa le départ dune nombreuse armée, qui , sous les ordres de la Trémoille et du bailH de Dijon , se trouva bientàt sous les murs de Novare en présence de Ludovic. Les Stdsses formaient , des deux cotés, la plus grande partie de l'infanterie. Ceux de la Trémoille avaient été fournis par la confédéi^ation , et marchaient sous les bannières de leurs cantons. Ceux de Ludovic s'étaient misa sa soide comme aventuriers, et n'avai^it avec lui qu'un engagement personnel. Au moment d'en venir aux mains, ils déclarèrent qu'ils lie se battraient point contre les bannières de leur république, et traitèrent

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ipO ABREGE DE li HISTOIRE GÉNÉRALE

avec la TrémoUle , qui leur laissa la liberté de retourner dans leur pays. Ludovic se retirait avec eux , déguisé en cordelier, pour éviter d'être reconnu. Un soldat du canton d'Uri le livra au bailli de Dijon pour la somme de 200 écus. Il fut confiné au château de Loches , où il termina ses jours en i5io , après dix ans de captivité. Les Suisses, auxquels Louis Xn devait ses succès , élevèrent des prétentions exorbitantes. Le roi refusa de les satisfaire. Ils se vengèrent par la prise de BelUnzona: en se retirant, ils s emparèrent de cette place , Tune des clés du Milanez. On négligea de la reprendre : cependant leur mécontentement et la conquête de Bellinzona, qui leur donnait un libre passage en Italie, devaient avoir des suites importantes.

. Le cardinal d'Amboise remplaça Trivulce dans le gouvernement du Milanez. Digne ministre de Louis XII, il n'apporta point la vengeance : il accueilUt les apologies et les soumis- ' sions des rebelles. Cette modération gagna les cœurs.

SECTION n.

Depuis la seconde conquête du Milanez jusqu'aux traités de Blois (i5oo-i5o5).

Louis XII , pendant son séjour à Milan , avait reçu les Florentins dans son alliance, et les avait détachés des intérêts de Sforze , en leur promettant son secours contre Pise, Dans la seconde guerre du Milanez , ils se déclarèrent pour la France. Fidèles à leurs engagemens , ils pressèrent Louis XII de remplir les siens. Ce prince mit à leur solde (i5oo) six cents lances et sept roiUe fantassins sous la conduite de Hugues de Beaumont. Mais les Français ne servaient qu'à regret la haine de Florence contre Pise, leur ancienne alliée. La désertion força leur général de lever le siège , et les hostilités entre les deux villes rivales fuirent quelque temps inteiTompues; reprises en i5o3, elles continuèrent avec des chances diverses jusqu'en iSop , et se terminèrent par la reddition de IHse, qui capitula après un long siège.

La Romcigne fut pendant plusieurs années le théâtre d'une

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autre guerre excitée par lambirion de César Borgia. L'état de l'église était alors un des plus mal administrés et des moins paisibles de l'Italie. Les campagnes les plus voisines de Rome avaient passé presque entièrement sous la domination des Coîonna et des OrsinLlies premiers étaient Gibelins, les seconds étaient Guelfes , et la noblesse se partageait entre ces deux familles puissantes, dont les querelles ensanglantaient souvent le territoire de la capitale. Les provinces éloignées n'étaient pas plus soumises. Quelques yiWes, j^ncone^ Assise y Spolette , Terni , Narrdy se gouvernaient, à certains égards, en républiques. La Marche obéissait aux deux maisons de Varano^x. de Fogliano; celle-ci s'était élevée à la souveraineté de Fermo; celle-là régnait à Camerino. En 1471 , Sinigaglia avait été donnée en fief par Sixte IV à son neveu Jean de la Rovère. Guid'Ubaldo, dernier héritier de l'antique maison de Montefeltro , possédait le duché d'i/rim, le comté de Montefehro et la seigneurie SiAgobbio. Les Baglioni dominaient à Pérouse^ les f^itellikCitta-di'Castello, D'autres princes affectaient l'indépendance dans le reste des états pontificaux. On voyait à Pezaro une branche de la famille des SforzBy les Malatestik Riminiy les Manfredi à Faënza. Les Vénitiens s'étaient emparés de Raçênn&eX de Cen^ia. Imola et Forli appartenaient à la famille Riario, Jean Bentisfoglio exerçait à Bologne le pouvoir absolu depuis 1462. Enfin , le duc Hercule d'Esté tenait de l'Eglise le Ferrarois^ et l'unissait aux fiefs impériaux de Reggio et de Modène. Tous ces feudataires disputaient entre eux de perfidies et de cruautés, et les peuples détestaient un gouvernement quiréunissait le double fléau de l'anarchie et de la tyrannie. Alexandre VI résolut de mettre à profit la haine dont tous ces usurpateurs étaient lobjet, pour agrandir son fils aux dépens du patrimoine de l'Eglise. César Borgia y avec le secours de quelques troupes françaises , s'empai>a d Imola et de Forli en i499, ^^ Pezaro et de Rimini en i5oo, et de Faënza en i Soi. La Romagne étant conquise , le consistoire , docile aux ordres d'Alexandre VI, consentit à l'ahénation de cette province, etl'érigea en duché en faveur de César Borgia.

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19^ ABRÉGB OB hKlSTOlRB CiNJ^IULE

DansFespace de quelques mois, Louis XII avait soumis deux fois la Lombardie. Ce prince n était étranger ni aux événemens de la Toscane , ni à ceux de la Romagne; il lui restait à porter ses armes dans le royaume de Naples : Fan i5oi , il en entreprit la conquête.

Ferdinand II était mort quelque temps après avoir recouwé se& états. Frédéric ^ son oncle et son successeur , sentant sa faiblesse <;ontre le roi de France , lui ofïrit de se rendre, son feudataire, de lui payer un tribut et de lui livrer ses plus fortes places. Louis XII obtenait tous les avantages de la victoire en acceptant ces propositions : il les refusa , et prit une résolution étrange , aussi contraire à la saine raison que funeste dans ses conséquences. Ferdinand-le-Gatholique prétendait qu'Alphonse I^'^ navait pas eu le droit de disposer d« ropume de Naples en faveur de son fils naturel. ( Voyez chapitre VI. ) Il se portait pour l'héritier de ce royaume; mais il offrait à Louis XII de le partager avec lui , pour concilier les droits de la maison d'Anjou et de celle d'Aragon. Du moment que Louis XII, rejetant la soumission volontaire de Frédéric, se résolvait à courir les hasards de la guerre , il lui était facile de prévoir que la crainte ou la jalousie lui susciteraient plus d'un obstacle. Maximilien, chez qui s'étaient retirés les deux fils de Ludovic , pouvait prétendre que la victoire n'était pas un droit suffisant à la possession d'un fief impérial, et armer l'Allemagne contre le conquérant du Milanez. Les Suisses , maîtres de Bellinzona , menaçaient incessamment la Lombardie. Ferdinand, qui , des ports de la Catalogne et de la Sicile , pouvait envoyer aisément des renforts à Frédéric , en même temps qu'il attaquerait la France du côté des Pyrénées, était surtout un dangereux ennemi. Louis XII, oubliant qu'il n'était pas un allié moins dangereux , souscrivit à ses propositions. Par un traité signé à Grenade (novembre 1 5oo), il fut convenu que les deux monarques feraient conjointement la conquête du royaume de Naples ; que Ferdinand aurait la PodSle et la Calabre , avec le. titre de duc de ces deux provinces ; Louis XII, la ville de Naples, la terre de Labour, l'Abruzze , et le titre de roi de Sicile et de Jérusalem j

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BBS TEMPS MODERNES. IpS

que tous deux jouiraient en çonunun des revenus de la Capitanate , et qu'ils recevraient du pape l'investiture.

A la tête de 16,000 hommes, d'Aubigny traversa l'Italie (.i5oi). Gonzalve de Cordoue était en Sicile avec une armée ; loin de le regarder comme ennemi, Frédéric, abusé pai* de trompeuses promesses , comptait ^ur son secours pour repousser l'invasion : mais à l'airivée des Français , le général espagnol cessa de feindre. Accablé par cette double attaque , le malheureux monarque se retira par capkulation dans l'île d'Ischia avec la reine et quatre enfans en bas âge. Craignant même, dans ce triste asyle, les entreprises du roi d'Aragon , son perfide parent , il s'abandonna sans réserve à la loyauté d'un ennemi plus généreux qui l'avait combattu à force ouverte. Il accepta de Louis XII une pension de 3q,ooo ducats de rente qui lui fut scrupuleusement payée, et îtcheva ses jours en Touraine , dan^ le repos d'une condition privée et dans le commerce des Muses.

Ferdinand, son fils aîné, après avoir long-temps dé&ndu Tarente , . s'éi;^it rendu sous la condition expresse de conserver sa liberté : Gonzalve l'envoya prisonnier en Espagne.

A peine le royaume de Naples est au pouvoir des4«'rancais et àesk Espagnols, que d'inévitables discordes éclatent entre les conquérans. La Capitanate en est le sujet. Le traité de Grenade laissait cette province indivise. A la faveur de cette communauté^ les généraux français et espagnols s'emparaient de ce qui était à leur bienséance. On empiétait, on envahissait, et de là des plaintes , des démêlés qui aboutirent enfin à une rupture. Une flotte française, coiomandée par Philippe de Ravestein , avait agi de concert avec l'armée d^ terre pouf la conqinéte du royaume de Naples. Elle eût été d^un grand secoure dans la nouvelle guerre; mais eHe avait été détruite dam uuQ expédition contre les Tufcs , où l'iwprévoyant amiral s'était engagé, à la prière du grand-maîfre d^Aubusson et du pape. D'iyi autre «ôlé,.d'Aubigny, aiteiat d'une maladie i*e Unguewjr ayant laissé .périr la discipline, le roi ms^ envoyé^ pour la xélabBr, I^pnis d'Asmagnac, ducd» Jîemours, mvesti du commandement ^préme. Bieniot après, d'Aubigny se

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vengea noblement de sa disgrâce par la conquête de la Ca* labre ; mais ses amis ne Tavai^it point vu $ans regret et sans murmures déchoir de la première place, et deux partis divisaient l'armée, quand les hostilités commencèrent (1602). Les Français avaient l'avantage du nombre. Gonzalve lei:Ér abandonna la capfip^gne, et s enferma dans Barlette pour y attendre des renforts., Pendant le blocus de cette place, le$ deux armées, dont toute la cavgierie était composée d'une courageuse noblesse, changeaient la guerre en défis particuliers et en tournois , ou se signalaient leurs plus braves guerriers, et surtout le chevaKer Bayard. La campagne de iSoa se passa de cette manièrei sans événemens décisifs.

La même année , Louis XQ fit un second voyage en ItaJie. Gésar Borgia, son protégé, déjà duc de Romagne, poursui-» vait ses projets d'agrandissement. En ï5oi, il s'empara de l'île û'Eibe et de Piombino. En 1 5o2,il dépouilla Guid'Ubaldo du duché d'Urbiriy et enleva Camerino à la famille des Varano qu'il extermina presque tout entière. Tant d'ambition et de caruautés soulevèrent contre lui l'indignation générale. Les princes dépossédés, ou ceux qui étaient menacés de l'être, portèreot leurs plaintes au roi de France, qui, pour mieux en juger, passa les Alpes, et se transporta à Milan. An^itot le duc de Romagne accourt en Lombardie 5 il repous^ comme des calomnies les accusations de ses ennemis, relève futilité de son alliance dans les circonstances présentas, fait briller aux yeux de d'Amboise le titre de légat en France et l'espé^ r^Ace prochaine du pontificat, conserve, par le moyen^ du miniçfcr€>5 l'appui et I^ bonnes grâces duo'oi, et, fier del'iml^jmijté, va ^&Ktfèi^ AASinigaglia ( i5o2), de Ûkùt^i^Cds^ tdh et à^^Pérouse ( 1 5o3). Ou Louis XII attachait àjamitié diî pape une i(mportanee qui faisait tailre.ses scrmpules '] ou la $célérftte4iSft de Bor^» ne lui était peia comme tout ^tijètie*. P^r quelque motif que puisse s'expliquer sa conduite^. en ptOH^gie^nt uu homjneodknui^ il s'attirait la haine ^ l'Italie : g«%n<)f^ innpimdence au comn^enoemeiiit d;'une gitijârre^^ffi^^*

Cq^iwlw* ley4>iteniières h^Ktës de Kai^^ iSoS lurem laeuiKii^S ipfai\r les. Français.. li>dn:Hkigues die Oàtdonnev

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DES TEMPS MODERNES. Xq5

apnt débarqué en Galabre avec des troupes rassemblées en Sicile, fut vaincu à Terra- Noi^a par d'AuJrigay.

Danace temps-là, l'archiduc PhiUpf)e-le-Beau, fils deMaxiiuilien ^ et gendre de Ferdinsgid et d'Isabelle, traversait la France pour se rendre dans sa souveraineté desPays-Bas. Ferdinand , voyant les affaires des Espagnols peu avancées en Italie à celte époque, tendit à Loui3*XII un piège dont Philippe fut innocemment le complice. Autorisé par son beau-père à conclure la paix avec le roi de France , Farchiduc signe à Lyon (5 avril i5o3) un traité portant que son fils, Charles d'Autriche, serait fiancé à Madame Claude de France, fille de IiOMis XII ; que les futurs époux, encore enfans, seraient dé-> clarés rois de Naples, et qu en attendant la célébration du mariage , le traité de Grenade recevrait son exécution. Louis XII, croyant la paix assurée, interropipt les armemens quil prépare, licencie une partie des nouvelles levées faites en France, et mande à Nemours de suspendre les hostilités^ Cependant Gonzalve reçoit un ordre contraire avec de puissans renforts; et Ferdinand, qui n a voulu que gagner du temps et rompre les mesures de son ennemi, refuse de ratifier le traité de Lyon. L'archiduc était encoi^ an France. Indigné d'avoir été l'instrument de cette trahis'bn , il craignait en même temps d'être retenu comme otage; mais Louis XII s'empresse de lui annoncer qu'il est toujours libre et le rassure par ces belles paroles : Paitm mieux perdre , iil le faut y une couronne que je puis recouvrer, que l^ honneur dont la perte est irréparable. Insensible à cette loyauté. Fer* dinand i-ecueiUait le fruit de sa perfidie. D'Aubigny, laissé sans seeours, est battu et fait prisonnier près de SenAnuge dans le même lieu où il a, été vainqueur huit années au^ paravant. Enfin, la bataille de Cérignohs^ où périt le duc de Nemours avec près de quatre mille Ijiommes, soumes à GonzaWe tout le royaume, à l'exception de Gaëte et de Veaoîise, où Yves d'Alègre et liOuis d'4j?s tiennent ferme avec quelques débris.

Louis XU, pour veiiger %m déSuiles, et punir la mauvais<j foird^ ra:dinaniJ, lève trois amaées ; la pemière, smis les

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ordres da sire d*Albret, doit pénétrer en Espagne par Fontarabie; la seconde, sous le maréchal de Rienx, attaquer le Roussillon; et la troisième, commandée par la TrémoiUe, est destinée pour l'Italie. Deux escadres partent de Marseille pour seconder les troupes de terre. Mais le malheur s'attache partout aux armes de la France : Rieux et d'Albret échouent dans la mission qui leur est confiée; les deux escadres, bat* tues par des tempêtes, rentrent délabrées dans le port« Affligé de tant de revers , Louis XII paraît désirer la paix : on ne peut convenir que d*une trêve de trois ans pour la frontière des Pyrénées, et la guerre continue au-delà des Alpes : la Trémoille les franchit avec 26,000 hommes. Arrivé à Parme, il tombe malade ; il est remplacé dans le commandement par François de Gonzague, marquis de Mantoue, le même qui autrefois arrêta Charles Ym à Fomoue, et qui alors combattait pour Louis XII. Les Français se voient à regret sous lautorité d'un étranger, naguères leur ennemi. Ce changement de général était un grand obstacle au succès de l'expédition. La mort subite d'Alexandre Yl( iS aoilt 1 5o3) fut un incident plus funeste encore.

Le cardinal d'Amboise était alors en Italie : il aspire au pontificat. Pour assurer son élection, il retient long-temps les Français aux portes de Rome ; mais le conclave use de délais et de subterfuges. Enfin, trompé par les promesses insidieuses du cardinal Julien de la Rovère , et répugnant à employer ouvertement la violence, d'Amboise se laisse persuader d*éloigner les troupes, sous prétexte de conserver à son élection les apparences de la liberté. Aussitôt les suffrages des cardinaux se réunissent sur François Piocolomini(A> 7/7), vieillard languissant et faible, dont ils prévoyaient la fin prochaine ; en <*fret , il meurt au bout de vingt-cinq jours. D'Amboise, désespérant de lui succéder, contribue alors à faire élire oe même Julien de la Rovère , dont les conseils ont déconcerté ses desseins, mais qui, persécuté et baiMii p9Êt Alexandre Yi j semble devoir porter sur le trône pontifical le souvenir de la ^néreuse hospitalité qu il a trouvée à la cour de France ; c'était mal connaître Jules IL (Tel fut le

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nom du nouveau pape.) Ce fier pontifie nétait point d'un caractère à subordonner sa politique à la mémoire des services passés : ambitieux et altier,4çs intérêts de sa grandeur et de son pouvoir lui parlaient plus haut que la ^reconnaissance. Italien dans le cœur, il confondait dans upe même haine Espagnols^ Allemands et Français, tour à tour conque» ràns et oppresseurs de sa patrie. Il voulait, par l'expulsion de ces barbares^ assurer l'indépendance de l'ItaKe, et la prépondérance du saint-siége dans cette contrée par l'établissement d'une grande domination temporelle. Il commença Texécutiôn d'une partie de ce plan en dépouillant César Borgia ; il le fit arrêter, et le força de signer Tordre de rendre aux troupes pontificales toutes les forteresses de la Romagne. Cet usurpateur, qui avait employé, pour soumettre quelques petites principautés, plus de perfidie, de ruse et de scélératesse qu'il n'en a souvent ùXLw pour conquérir de grands empires, perdit en un moment tout \p fruit de ses forfaits. Rerais en liberté, nms sans alliés, sans amis et sans asyle, il se confia à Gonzalve de Cordoue (i5o4), qui le trahit, et l'envoya prisonnier en Espagne. En iSoy, ihVéèhappa de sa prison, se réfugia en Navarre, commanda les troupes du roi Jean d'Albret, son beau -frère, contre des vassaux rebelles, et fut tué les armes à la main.

Cependant l'armée française^ après avoir perdu un temps précieux, était entrée dans le royaume de Naples, et avait passé le Garillany sur les bords duquel Gonzalve de Cordoue était campé. D'une part, des pluies continuelles, de l'autre les désordres, toujours croissans parmi les Français depuis que la Trémoille ne les commandait plus , empêchèrent les opérations militaires i et le marquis de Mantoue saisit le premier prétexte plausible pour résigner son autorité. Son successeur, le marquis de Saluées, ordonna la retraite et repassa le Gsffillan. Poursuivis et mis en déroute par les Espagnols, les Français se sauvèrent à Gaéte, où, las d'une guerre malheureuse , ils rachetèrent leur vie et leur liberté par une prompte capitulation (i5o4). Louis d'Ars, qui se maintenait dans Yenouse depuis la défaite de Cérignoles, s'y

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198 ABRÉGÉ DE LHI&TOIliE GéNERALE

défendit encore plosieni^ mois, jusquà ce qu'enfin, perdant respoîr'd'être secouru^ il souvrît un passage la lanoe à k main , et ramena sa gendarmerie en France.

Maître. du royaume de Naples, Gonzalve ne poussa pas plus loin ses succès. Ne pouTant payer ses troupes, qui réclamaient une année de soldes arriérées, il les logea à discrétion dans les provinces qu elles Tenaient de conquérir. Celte inaction des rainqueurs fut comme le prélude de la paix, quon navait point cessé de négocier pendant la guerre. Louis et Ferdinand signèrent d'abord, le 3t mars i5o4, une trêve de trois ans. Des négociations ultérieures avec; Maidmilien et Philippe*le-Beau amenèrent trois traités différens qui furent signés à Blois le 22 septembre de la mémfe année. Par le premier, Maximilien accordait à Louis XII l'investiture du Milanez pour lui et ses héritiers mâles , et, à leur défaut, pour Claude, sa fille, sous la réserve dun paiement de 1 20,000 florins. .Par le second , Claude de France était de nouveau promise à Charles d* Autriche , et si Charles mourait avant le mariage , à Ferdinand son frère , avec les duchés de Milan , de Bretagne et de Bourgogne pour dot. Par le troisième, le roi de France et Maximifien s'alKaient contre Venise, dans le dessein de l'attaquer en commun, et de partager les possessions continentales de cette république, dont la raine , entreprise cinq ans plus tard , était dèÀ*lors méditée. Quatre mois étaient laissés au roi d'Espagne pour accéder à ces traités. Isabelle de Castille mourût sur ces^en* trefaites. leanne, sa fclle unique, et Philippe, son gendf^, auraient dû lui succéder immédiatement; nuds, par son testament, elle avait nommé Ferdinand gouverneur du royaume de Castille , et n'avait laissé à Philippe que les honneurs de la royatUté. Le désir de n'être distrait par aucunr autre intérêt du soin de s'affermir dans le royaume de Naples et de se maintenir en Castille , devait disposer Ferdinand à la "p^ avec la France. Elle ne fut étendant conclue que le 12 ocr tobre i5o5. Dans un nouveau traité signé à Blois, Louis US céda pour dot à sa nièce Germaine de Foix , que Ferdinand devait épouser, les droits que le traité de Grenade lui avait

DKS TBMPS MÛDBRNJBS. 1^^

attrS)U«6 en i5oo, sur une pâme du ro]Faume de Naples, et ne se réserva d'y rentrer que dans le cas où Ferdinand mourrait sans enfans avant sa nouvelle épouse.

SECTION IH

Depuis les traités de BIoîs jusqu'à la sainte ligue ( i5o5-i5xi).

Le traité de i5o4 , en stiptdant le mariage de Qbarles d'Autriche avec Claude de France, démembrait la monarchie pour former une dot à cette princesse. On ne peut guère expliquer un traité si extraordinaire qu'en disant que le roi Savait nulle intention de l'exécuter , et qu'enfin les ennemis de Louis XII l'avaient accoutumé à l'artifice. Quoi qu'il en soit , les étaXS' généraua; , assemblés à Tours en 1 5o6 , réclamèrent contre eette convention funeste, et montrant au roi les in* cottvéï^ens qui poiuxaient résulter du mariage de sa fille avec un prince é|;ranger , ils le supplièrent de la donner à son neveu Françoi&i comte d'Angouléme, héritier présomptif de la coiuronne. Louis XH, en agréant des représentations que peutêtre il avait suggérées lui-même, parut céder au vœu national. L'héritière d'Anne de Bretagne fut ôtée à l'héritier des maisons d'Autriche et d'Espagne, ainsi qu'Anne elle*même avait été ravie à Maximilien. Çkude do France et le comte d'Angouléme furent fiancés en présence des états. Leur jeunesse fit différer leur ma^age^ qui ne fut célébré qu'en i5i4, après la mort d'Anne de Bretagne. Les m^mes états où cette union fut résolue donnèrent au monde un beau spectacle ; on n'y entendit ni plaintes ni dolé^ces^ Les impôts , diminués chaque année 9 malgré les charges et les malheurs de la guerre , attestaient la sollicitude du monarque pour le bonheur de ses sujets^ et l'assemblée exprima les sentimens de toute la France en lui décernant solennellement le titre glorieux de Père du

Les événemens qui pe succédèrent rapidement en Italie , en Flandre et en Espagne , ne permirent point aux princes

20O ABRBGE DB LHISTOJCBE GBMÉRALE

autrichiens de demander raison de la rupture du traîlé. L'archiduc Philippe, ayant débarqué en Castille avec une armée, avait dépouillé son beau-père deTautorité que lui donnait en ce royaume le testament d'Isabelle. (Voyez ï Histoire d'Espagne. ) Humilié en Espagne par son gendre , Ferdinand lit un voyage en Italie, où l'attirait le desîr de se montrer à ses nouveaux sujets, et la crainte d'un complot de la part de Gonzalve, qui, rappelé de son gouvernement, avait trouvé des prétextes pour ne point obéir. Le grand capitaine , instruit des soupçons de son maître , se remit entre ses mains avec cette sécurité qui s'attache ou qui ressemble à l'innocence. Ferdinand l'accueillit avec honneur , le combla de dis* tinctions publiques ; mais il le ramena en Espagne. Loxa lui fut assigné pour lieu de sa résidence , ou plutôt de son exil , etilymouruten i5i5 , dans la disgrâce et dans l'oubli. A son retour , Ferdinand trouva la Castille en proie à l'anarchie. Philippe n'était plus. Jeanne , sa veuve , dont la douleur avait égaré la raison , était incapable de régner. Le roi d'Aragon profita de la démence de sa fille pour recouvrer en Castille l'autorité qu'il avait perdue, et la conserva jusqu'à sa mort.

Philippe-le-6eau laissait deux fils en bas âge , Charles et Ferdinand. Le premier était élevé dans les Pays-Bas; le second avait suivi son père en Espagne. L'occasion semblait inviter Louis XII à s'emparer de la Flandre. Il crut indigne de lui d'abuser de la faiblesse dhm orphdin pour une injuste conquête. Il engagea les Flamands à nommer au jeune Charles un conseil de régence, et. comme suzerain , se déclara son protecteur.

Julçs U , Ferdinand et Maximilien n'imitèrent point cette générosité. En i5o7, il» excitèrent des troubles à Gênes, qui appartenait à la France, comme fiadsant partie du duché de Milan. Le peuple massacra la garnison française, et proclama Maximilien seigneur de Gênes. Louis XII marcha luimême contre les rebelles , et les réduisit à se rendre à discrétion. Il entra dans leurs murs en vainqueur irrité; mais leurs suppUcations Je désarmèrent. La punition de quelques coupables satisfit sa justice plutôt que' sa vengeance : la ville fut

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DBS TBMPS MODERNES. SOI

rachetée de sa ruine pour une contribution de aoo^ooo fik>rins-; et les Génôià , en voyant sur la cotte d armes du moînarquet un roir des abeilles environné de son essaim, purent s'tti a{^|diquer la devise : Non utitur aeuleo rex cui paremas^ Notre roi ne se sert pas de son aiguillon.

Cette expédition rapide fut suivie de la fsmeuse lifpiede Candfraicpi arma la moitié de l'Europe contre m» seule république. F'enisây non contente de l'empire de la mer , aiMÔt acquis , par des conquêtes ou par des- usurpations succesf srves , d assez grandes possessions continentales aux dépens de tous ses voisins. Louis XII réclamait Bergame et Bfescia que les Wnitiens avaient enlevées aux ducs de Milan dès Fan i4aft II ne regrettait pas moins Crémone et la Ghiera d^Âdda quil leur avait cédées en 14999 pour c^tenir leur - allianee contre Ludovic; Après la chute de César Borgia, tandis que Jules II Soumettait (i5o3) une partie de la Romagne, s'emparait de Forli (i5o4), engageait GuidUbaldo, qui n'avait point d'enfans , à adopter son neveu François-Marie de la Rovère -et à lui assurer le duché* dlJrbin , rentrait àjtaïs Pérouse (i5o6)^ et reprenait Bologne sur BentivogHo, les Vénitiens y de leur côté, -s'étaient rendus maîtres de Aat^^tnesy de Cérvia, de Rùnini^ de Faëftza^d^ImolajéeCésennây et de quelques autres places de l'état ecclésiastit{ue. Le roi d'^agon voyait avec peine entre leurs naains cinq villes maritimes du royaume de Naples : Tram, ' Brindes , OUxwâe^ Gallipoli et Polignano , que Vemse avait obtenues des derniers soutevains dje ce pays , pour prix des secours qu'elle leur avait prêtés. Enfin , Maximîlieu accusait celte république d'avoir usurpé sur l'eilipire Ficence^ Férone tjt Padtme; et sur la maison d'Autriche , Rot^redoy Trévise et le Friùul. Nous €|t>ns vu que , dès l'an i5o4 > MaximilieDy Louis Xll et Jules IPiaivaient* projeté le partage des états de Veni$e. La défisnice qui divisait ces princes avait retardé l'accomplisse^ ment de ce dessein. Mais en 1S08 , Maximilien ayant faitun^ guerre malheureuse aux Vénitiens qui, l'année précédente , lui avaient refusé le passage sur leurs terres pour aller se foire couronner à Rome, le ressentiment le porta à faire revivre

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20a ABREGE DB L HISTOIRE GENERALE

le tmté de iâo49 pour se venger de $es aSËronU et. de ses pertes. Des confërences ouvertes à Cambrai entre 1^ cardinal d'Ambobe et Marguerite d'Autriche , fille de MaxÂmiliem , produisirent (to décembre i5Qâ)un traité d'allianee ooQ^e les Vénitiens, auquel accédèrent, dans le commencement de r<an|iée suivante, le pape et le souverain pontife* U avait pour but de contraindre les Vénitiens à rendre aux cOofediéïésles tenvtoires usurpés par la répitblique; aïkroi de-Iiongite, s'il entrait dans la ligue, toutes les villes de I)almatie et d'Ëscla* vonie qui avaient autrefois appartenu à sa couronne; au duo de Savoie , le royaume de Chypre , doiu les Vénîtieiis avaient dépossédé en i474 ^^ branche de sa famille j aux ducs de Mantoue et de Ferrare , les domaines dont Venisç avait dépouillé leurs ancêtres.

Averrie de Fétonnante coalition qui se formait contre eUe , cette ville , dans les premiers momens de son trouble et de sa surprise > a recours aux négociations. Avant de ratifier le trî^té de Cambrai, et de déroger à son plan favori,qui était de chasser les ultramontains delltalie, le pape Jules II avait inutilemeiit essayé d'obtenir des V^nitieris Fabandon volontalrede Faënza et deRiminL A leur tour, ils lui offrent, non moins inutilement, desesoumettreauï propositions que naguères ils ont rejettes. LeuTâdémsArches n'ayant pas eu plus de succès auprèsdeMaxi^^ milien , de Ferdinand et de Louis XII, ils tâchèrent d'opérer ime diversion en armant contre la France etcontre l'Autrich&lears ennemis naturels, l'Angleterre et la Porte-Ottomane. Les reftis de Henri VII et de Bapzec II ne découragôient point la pépubli^e. Considéranty d'une part, la fûblesse d'une «>nfédévation dont les membres avaient desdesseikifi secr^ement opposés et des intérêts évid^nment contiaires ; et , de l'autre , toute l'étendue de ses propres ressonrees. Infortune publhjue et les fortunes particulières égalfiment florissantes, les trésors immenses attirés dans son sein par l'activité de son commerce et de ses manuffiEctures , ses arsenaux rempUs de munirions , ses armées prêtes à se grosnr de oes bandes nombreuses d'aventuriers qui, dans ce temps -là, se vendaûenl: toujours h qui pouvait le mieux les payer, elle entreprend

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. DS$ T9MP& UODEWBS* . ikoi

d^darec la guerre^ le/dpgfl ï#0pé^U» i^épond «d hprmx tfwv naeâ CfUôfles yéiitiens3wrai^tse âé&Dfdr^, ^st qii'ayeor^âil^ deJDiea ib espéraient n^ pa» succomba?» 9t6fitôtîl$ outrai- Semblé quarante m\ïe hommes, Lotii$ rXJI, ^i^^ k .prei}[»er 4es QQiïfIdérë», a oommcocé les hosiilUes ^ attaque 6ette auv aiée àu^^/wfe/^dapsla Gbtera d'Adda(i4 niai iBog). ^^jftwft, .fe mi.^0u$*^aity me UTràiioille ^k Français qui pU^eati: ce mot ,e$t le sigisial de la yi^toire. h^ Vépitiena, pi'cissfss a^ee une ooutdle ardeur, cède»t à }& furie Jhmçaise; kur oaHip est Joriîéy kur, g«né?al, Barthélémy d'Akiano, re^ |iri#0iîoierf «t (^araviaggio, firescia, Betgaft^^ Crèmie» C?ré- ,Hiane^ efcPintighitPfïe ^i^rwi immédial^apent leurs portas au vainqueur. Dans le même temps, Frai^ois-At^lie de la Royèfe,'nevw duffwpfr^et quivïWiBee précédente ,» avait ^Hjqipédé'dans^le duthé d'Urbin à Guid'Uh^o^ $qi^ P(è»e adoptif , fs^mpare de Rîipiiti ^ de Raveni$<>s , i d« Faëpza ^. 4e Cervia» Alphonse d'Ëste » . duc de Fe?râre ^^ qui avait adhér/é àla ligue d&Gaidbrai^i et que le pape avait namm4 ré^i^wa^xift ^[0iÉralojQft^,tie;l'égIiâe roipaîpe, se reiid mia^> sai^ Desiaitance^ du;Polé9in de.iB«fvi^^ tl'Este, de Montagnai^o^iatrd^ iMènsdioe, ancien patiâmoi»e.de sa ma»qpDu Le marquis 4e Alantottf recouvre Aflola: etLunato , places i{ue la répubUqpe avait enlefrées à son at^. M«(milien envoie le- deriiH^^s^ jieuteoaiifrv cpâ fefôiv^itla aojunBSé^qfi d^ Vi^r^ea y^e^Yiir <^iM^.^;d^Padq«e. . , ; ' :

. |)ai^ »es QÎficonAtan^^s,^ kséûat de Veaiw Sie sauve paj* m^^ réafdu«i<Hi «Q appalrence dé^aspérée^ inais qua levépçh mem jusnfie; Il rapf^lkJkft gouverneurç d^ tftuj^es ^ç^.villes 4a le^re^^fevme, délie lewfi bafeitans du ^earo^nt d^. fi4^li,t4 <?duvjç 1«3; lagunes ^t laiiààEQpç}^, et qQlpm^nce in^g^f^i^ Poiirrafttaquor Yeni^.^ il Maàf iwe'fl^tjte. l^wii d'Aï^fl^ est^eill enéta*de Unt^oeUfi^itifeprise^ mws, s^îis£a4t 4'ay9if ««eCm\TPé lefe^q^ltesidii'r^ftume de ÎI^i4f«;, #s,,qu>l a pourra^Àsesninl^rllta, UuftiseîSQOTiw.* pluf 4f r^u?ç.d^ s^ aiMéfr^ et Jaiwe enarevoir qu'il aem fe<5ile de Je. détaçher.,4^ la lig*i«» De «on çoté^ iijes U,.»af4nt atteinï le but da^i^

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S04 ABRÉGÉ DS l'AISTOIRE GÉNÉRALE

Ijequel il avait âppelë les étrangers^ en Italie , ne songeait plus qu*à les en ohasser. A peine la Romagne ëtait reconquise, que déjà il prêtait l'oreille aux propositions des Vénitiens. Enfin, Louis XII, après s'être mis eii possession de ce que le traité de Cambrai lui adjugeait, avait licefteié la plus grande partie de son armée, et était repassé en France. L'éloigné^ ment de ce prince, l'inaction de Jules II et de Ferdinand, et leur défection présumée, rendirent le courage aux Vénitiens. Ils levèrent une nouvelle armée, qui , après avmr surpris Padoue^ s y défendit contre quatre-vingt mille hommes, commandés par l'empereur en personne et soutenus ^une formidable artillerie, força Maximilien à lever le siège, et aprèâ la retraite de ce prince, reconquit Vicence et la plupart des places du Trévisan.

La république iut moins heureuse dans ses projets de vengeance contre le duc de Ferrare. Elle ne pouvait pardonner à ce petit prince, qui long-temps avait véeu sôus sa protection , d'avoir levé contre elle son faible brasy quand il la croyait abattue. Une flotte vénitienne remonta le Po pour aller punir le duc Alphonse jusque dans sa oapÎDale. Mais l'amiral se laissa surprendre pendant la nuit par- le cardinal d'Esté, et s'enfuit dèi le commencement d'un combat, oùla plus grande partie des navires vénitiens furent la proie de l'ennemi ou des ondes. Ce revers disposa Venise à isou^crire aux conditions que le pape mettait à la réconciliation de la république et du saint-siége. Malgré les feprésentafticWis de ses alHés, qui allaient bientôt cesser de l'être, Jules II actorda l'kbsolution aux Vénitiens le 24 février ï 5 10; et ceinMîî s'engagèrent, en retour, à ne plus meif^e obstacle dans leurs domaines à sa juridiction spirituelle, à lui labser toutes ses conquêtes , à renoncer à toutes leurs prétentions^ siQr les terres de l'Eglise , et à pertnettre à tous les sujets romains de naviguer et de commercer librement sur le golfe Adriatique.

Cette alliance avec les Vénitiens était une violation solennelle du traité de Cambrai. D'autres évén^mms, avant-courwirs d'une rupture définitive, suivirent de près* Louis XII s'était aliéné les Suisses par le refus d'augmenter leurs sub-

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DB$ TBMPS MODSaifES^ aoS

sides y et par d'imprudens sarcasmes sur leur indigeace et leur vénalité. Jules II , au (x^traire, se concilia leur amitié par lentremise de Mathieu Schinner, évéque de Sien, qui avait toujours manifesté une haine violente contre la France. Les libér^alilés du pon^e séduisent ces avides montagnards ; le titre de protecteurs de TÉglise flatta leur orgueil , et Jules II obtint le privilège de lever dans les cantons tous les soldats dont il aurait besoin. Dans le même temps, il gagna le roi d'Aragon par l'investiture du royaume de Naples. Il fit aussi quelques tentatives auprès de MaximiUen et de Henri VIII , roi d'Angleterre; mais elles furent d'abord infructueuses : les hostilités recommencèrent. Les choses avaient bien changé pour les Vénitiens dans l'intervalle d'une campagne à l'autre. Jules II, naguère leur ennemi, leur était devenu favorable. Ils n'avaient plus à craindre les armes de Ferdinand, et ils espéraient ses secours. Ceux de la Suisse leur étaient assurés. Ils n'aya^eqt donc plus à combattre, de tous les alliés de Cambrai , que liouis XJI , Maximilien et le duc de Ferrare , que d'injustes prétentions du pape sur une partie des revenus de son duché, attachèrent irrévocablement à la France. Mais Maximilien, toujours lent et irrésolu , était un allié peu so- Ude et un adversaire peu redoutable. Le duc de Ferrary pouvait moins offrir à ses alUés un appui réel que la gloire de protéger sa faiblesse , de sorte que tout le poids de la guerre retombait en effet sur le roi de France.

Cependant le pape Jules II, avant de déclarer hautement la guen*aà Louis XII , voulait, par des attaques indirectes, provoquer, de la part de ce prince, quelques démarches qu'il pût représenter comme d^ offenses faites au saint-siége, et qui lui fournissent on prétexte de rupture. Une flotte vénitienne, à laquelle se joignit une galère pontificale , fit voile pour Gènes, dans le dessein d'y exciter un soulèvement contre la domination firançaise. Dans le même temps ^ Alphonse d'Sste f (it exoom^^lnié , et le duc d'Urbin , neveu du pape, atuqua la Romagne ferraroise. Enfin, entraînés par le cardinal de Sion qui se mit ^ leur tête , les Suisses envahirent h jUrmfoardie. Toutes ces entreprises échouèrent : cepen^

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Iù6 ABRBGB ]>B l^HlftTOIBS gAUBRALB

dant, en obligeant les Français à diviser leurs forces, elles dégagèrent les Vénitiens viv^nent {pressés an conuneacement de la campagne, et qui recouvrèrent sans combat Vîcence et d'autres places qulls avaient d*abord perdues.

Lonis XII ne pouvait pli» s'abuser sur les desseins du pape; ces agressions multipliées équivalaient à la rupture la plus solennelle : mais le monarque, sincèrement pieux, et d'ailleurs dominé par les scrupules de la reine Anne de Bretagne, regardait comme le plus grand des raalliéurs une guerre avec le souverain pontife. Il essaya de le ramener à des sentimens pacifiques; mais, n'ayant pu y réussir, il convoqua à Tours le clergé de son royaume pour lui demander si les principes de la religion lui permettaient de résister au pape ? Le concile français décida que la religion n'étant point intéressée dans ce démêlé, on pouvait en braver les armes, si le pape les employait hors de propos, et que le roi était autorisé à repousser la force par la force, et à porter devant un concile œcuménique, assemblé de concert avec Tempe* reur, ses plaintes contre le chef de rÉglise.

Cette nouvelle , loin d'intimider Jules II , ne le rendit que plus fier et plus opiniâtre : il renouvela aussitôt, mais encore en vain, son entreprise sur Gênes; il renoua ses négociations avec l'empereur, avec Henri VIII et Ferdinand-le-Gatholique. Enfin , il alla s'établir à Bologne pour diriger les mouvémens d'une armée qu'il envoya ravager le Ferrarois.- Des discordes qui s'élevèrent entre le duc d'Uri>in< et le cardinal de Pan^ie , ses lieuteiians , nuisirent au succès de l'expédition ; et tandis qife le duc Alphonse d'Esté tenait en échec lés troupes pontificales, Jules II, malade dans Bologne, s'y vit ùsAégé par • Chaumont d*Amboise. Ce général se prêta à des négociations trompeuses, que le pape rompit avec hcmteur à Tarrfrrée d'une armée vénitienne qu'il avait appelée à son seooors, €t devant laquelle se retira d'Amboise j accablé de hc^te et de désespoir. Sa tentative contre Bologne fut représentée pat* JiAei n, dans une lettre circulaire à foiislés princes itht chrétienté, comme un attentat sacrilège cotitre \e p^pe*ét réglise romaine. Triomphant dé la fuite de sott eniiértif', ïé

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BBS TE^PS AfODERlfES. 007

pontife pressa avec plus d ardeur ses opérations militaires. Oubliant son grand âge et sa maUdie récente, pour ne suivre que sa fougue impétueuse , il alla assiéger la Mirandole , et y entra par la brèche (janvier 1 5 1 1 ).

Un congrès se tenait à Mantoue pour la pacificatioA de l'Italie; Jules II réussit à dissoudre cette assemblée, dont il na souffert la réunion que pour gagner du temps, et, ne gardant plus de mesure, il lance contre les adhérens du roi de France une Imlle d'excommunication , où Louis Xil est implicitement compris. Excité par les Bepdtivoglio, Trivulze, successeur de Cbaumont, marche sur Bologne. Jules II charge le duc d'Urbia de la défense de cette ville, et se retire à Ravennes. Après. son départ, le peuple de Bolog;ne se. soulève; le duc d'Uii)in, pressé au dedans et au dehors, donne le signal de la reti^aite* Son aripée est poursuivi^, et mise ea déroute* Aitribuanl sa défaite aju cardinal de Pavie, il s'cp venge par la mort de ce prélat, qu'il va poignarder dans Ravennes. Les revers et le ciime de son neveu chassent: Jplea II de cette ville. La douleur dans l'âme, il reprend le chemin de sa ca|»iald; et, dans ce triste voyage, il apprend la publication d'un concile, général convoqué à Pise, où il est sommé de se fendre lui-même, pour que l'église soit reformée dans son chef et dans ses membres. *

CependaiM:. Louis XU, génii3sant du succès de s^s arméte, rappelle Trivulze dans le Milanez, et sollicite de nouveau ua rapprochement. Forcé pa» les stiperbes prétentions du poiptife à cojitinuer la gu^^ne^ il la fait mollement : troublé d'tm pieuic remoards, il balance, il temporise, quand soB indomptable adversaire redouble d'efforts et d'activité. A la nouvelle df la deromede Bologne, Ferdinand4e-CathoUque, craignant pour le royaume de Naples , y &it passer >des rea* fmifs sous^la conduite ^ Pierre Navarre. Jules II, au nomd« levnrs iniéréts communs, le presse de sedéclarer hautement en i|V«ur de l'église romaiiiè; et, le 5 octobre i5ii, une cônfédiét>acion mtce lepape^ Ferdmmd et le sénat de f^enfte^ est publiée à Re«iei sous le titre de sdinte ligue.

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ao8 ABRÉGÉ DB LHISTOIRS GBRXBALB

SECTION IV

Depuis Torigine de la sainte ligue jusqu'à la mort de Louis XII (i5ii-i5i5).

Les membres de Isc sainte ligue déclaraient que leur alliance arait pour but de consenrer lunité de l'église, menacée dun schisme par le conciliabole de Pise, et de &ire rendre Bologne au saint-siége. Maximilien étant alors mécontent de la France, et Henri YIII se laissant diriger par Wolsey, son principal ministre, l'un des négociateurs de la ligue ^ on espérait j foire entrer ces deux princes : ils j furent compris par avance.

D'un autre côté, tandis que les cardinaux du parti de Louis XII se réunissaient lentement à Piscy Jules U, opposant concile à concile, en convoqua un à SairU^Jcan-d&^Lairan pour le i^** avril de Tannée suivante , priva les oardinaip^ de Pise de toutes leurs dignités, s'ils refusaient de venir le joindre; et, apprenant que le concile de Pise s'était ouvert, il lança un interdit sur cette ville et sur toute la république de Florence. La fermentation que produisit cette buUe, quelques violences commises par la garnisoq 'française qm gardait les prélats de Pise, excitèrent un soulèvement; et les pères, effrayés, décidèrent que le concile irait s'établir à Milan.

La Lombardie fut alors alarmée par une seconde invasion des Suisses : ils s'avancèrent au nombre de 16,000 jusqu'à Monza. Louis XII n'avait que peu de troupes en Italie; mais elles venaient de passer sous le commandement de Gaston de Foix, duc de Nemours, son neveu, jeune héros de vingtdeux ans, qui, dans sa courte et brillante carrière, s'égala aux plus grands capitaines. Il força les Suisses à la retraite, et, ayant reçu des renforts de. France, il courut à de nouveaux exploits. Dès le moifl de janvier i5ia, au cœt«f de l'hîfer, Tarmée espagnole, commandée par Raymond de Cardonne, vice-roi de Naples, et l'armée pontificale, sous les ordres de Jean de Médicis, nûrent le siège devant Bologne,

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que Jules II brûlait de reconquérir^ et qui n'était défendue que par une faible garnbon. Gaston vole au secours de cette place, et force Cardonne à lever le siège. A peine le vice-roi s'est-il retiré, que la présence de Gaston est nécessaire en d'autres lieux. Le gouvernement français était détesté dans toutes les places de la Lombardie vénitienne, soumises depuis la bataille d'Agnadel. Le comte Avogaro ayant introduit les Vénitiens dans Brescia^ la garnison française, enfermée dans le château, se disposait à capituler, lorsque Gaston parut avec une armée. A la nouvelle de la trahison, il était parti de Bologne , avait battu en passant les Vénitiens ; et après neuf jours d'une marche rapide et victorieuse, il était sous les murs de Brescia. Dès le lendemain de son arrivée, il ordonna l'assaut. Bayard, qui avait sollicité l'honneur de la première attaque , y fut dangereusement blessé. Le désir de le venger redoubla l'ardeur des Français : la ville fut emportée, livrée au pillage , inondée du sang de ses habitans et aes Vénitiens : funeste conquête, au rapport du naïf historien du chevalier sans peur et sans reproche : « Il n'est rien si certain , dit-il , » que la prinse de Bresse fust en Italie la ruine des Français ^ » car ils avaient tant gaigné en cette ville de Bresse, que la » plupart s'en retourna, et laissa la guerre, et ils eussent fait » bon métier à la journée de BAvennes , conune vous en- » tendrez ci-après. »

Cette désertion était d'autant plus fâcheuse, que la ligue venait d'acquérir de nouvelles forces par l'adhésion de Henri VIII. De quelque côté que Louis XII tournât ses regards , il se voyait entouré de dangers : il avait à redouter les Anglais sur toutes les côtes, Ferdinand sur toute la frontière des Pyrénées, les Suisses pour la Bourgogne et le Milanez. En Itahe, le pape, les Vénitiens, le vice-roi de Naples unissaient leurs forces, et menaçaient de nouveau le duc de Nemours. Les Florentins portaient le nom d'alliés de la France , mais négociaient avec ses ennemis. Le duc de Ferrare et les BentivogUo étaient attachés au parti de Louis XII; mais leur impuissance égalait leur fidélité. Enfin, Maximilien préludait à sa défection par un acte de neutralité. Il signa I. i4

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d'abord une trêve de dix mois avec les Vénitiens, et donna ordre aux Allemands de se retirer du camp français. Leur chef, Jacob Empser, affectionné à la France, tint quelque temps cet ordre secret. Gaston, dans cette extrémité, se hâta d'amener Cardonne à une bataille. Il attaqua l'importante place de Rai^ennes, Les Espagnols vinrent la défendre : une action sanglante se livra près de cette ville (le 1 1 avril i5i2). L'artillerie du duc de Ferrare , alors la première de l'Europe, la valeur de l'infanterie allemande, les habiles dispositions de Gaston,' son exemple, et l'enthousiasme qu'inspiraient ses qualités héroïques , décidèrent la victoire en faveur des Français. Déjà elle était assurée et complète, lorsque Gaston, entraîné par son ardeur, s'élança à la poursuite d'un corps d'Espagnols qui se retiraient en bon ordre. Emporté loin de ses troupes, il se trouva engagé dans les rangs ennemis; et, atteint d'un coup de pique , il tomba enseveli , à vingt-quatre ans , au milieu de ses triomphes , par le seul trait d'imprudence qu'on ait pu lui reprocher. Sa perte plongea l'armée française dans la douleur la plus profonde. Un butin immense , un champ de bataille couvert de douze mille Espagnols, des prisonniers illustres, le cardinal de Médicis, le marquis de Pescaire, Pierre Navarre, l'inventeur des mines, accompagnant la pompe funèbre du vainqueur; la reddition deRavennes, la soumission de la Romagne, toute cette gloire, tous ces avantages disparaissaient à l'idée de la mort de Gaston , qui ne présageait que des revers pour l'avenir. Dieu nous garde de t emporter jamais de telles victoires! s'était écrié Louis XII en apprenant celle qui avait coûté la vie à son neveu. En effet, elle fut plus funeste qu'une défaite. L'armée française, affaiblie par la désertion qui suit la mort de son héros , est hors d'état de tenir la campagne sous le commandement de la Palisse qui a succédé à Gaston de Foix. Aussitôt Jules II, qui, consterné des premiers succès du duc de Nemours, prêtait l'oreille aux propositions de Louis XII, rompt toute négociation, ouvre (le 3 mai) le concile de Latran , qu'il oppose à celui de Milan , et se fait conseiller par les cardinaux de poursuivre la guerre contre

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la France. La diète de Zurich lui accorde une levée de six mille hommes dans les cantons, et en même temps Maximilien accède à la sainte ligue. Les Suisses s'emparent de Crémone au nom du duc Maximilien Sforze ; les cardinaux du parti de Louis XII abandonnent Milan ; la Palisse se retire en Piémont; les Bentivoglio quittent Bologne, que le pape dépouille de ses privilèges; Gênes, rendue à elle-même, se donne un doge de la famille Frégose, et le duc de Ferrare est obligé de s'humiUer devant Jules IL

Sans égard pour son allié Maximilien Sforze , et sous prétexte que Parme et Plaisance avaient fait autrefois partie de l'exarchat de Ravennes donné par Charlemagne à l'église romaine , le pontife prit possession de ces deux villes , et les réunit au patrimoine de Saint-Pierre. La neutralité équivoque que les Florentins avaient observée n'était point une sauvegarde suffisante contre les vengeances de la ligue. Dans une diète tenue à Mantoue, les confédérés, sur la demande de Julien de Médicis, ordonnent le rétablissement de sa famille, et cc?décrel est exécuté par l'armée de Raymond de Cardonne.

Malgré cette révolution générale, Louis XII ne renonça point à l'espoir de reconquérir le Milanez. Il réussit d'abord à détacher de la sainte ligue les Vénitiens, alarmés des prétentions que l'empereur élevait sur leurs possessions de terreferme. Un autre événement heureux pour la France fut la mort de Jules II. Au moment où cet infatigable pontife, né avec de grands talens pour le gouvernement de tout autre état que celui de l'église, négociait de toutes parts, et faisait mouvoir tous les ressorts de sa politique pour exécuter son projet de chasser les Barbares de l'Italie, il tomba dangereusement malade. Il vit approcher sa fin avec sa fermeté accoutumée, et expira le 21 février i5i3. Son successeur, Jean de Médicis , célèbre sous le nom de Léon JT, suivit d'abord le même système; mais son caractère conciliant le portait à desiï-erla paix. Enfin, Ferdinand-le- Catholique, satisfait de s'être emparé de la Navarre sur Jean d'Albret, que les revers des Français, ses alliés , avaient laissé sans défense, et cherchant plutôt à s'assurer cette importante conquête qu'à en

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entreprendre de nouvelles, signa une trêve à Orthks avec Louis XU (i«' avril).

Tel était Fétat des choses , lorsqu'une armée française , commandée par la Trémoille et par Trivulze , et secondée d'une armée vénitienne sous les ordres d'Alviano, rentra dans le Milanez. Cardonne s'en retira à son approche. Milsm se soumit sans résistance , et Maximihen Sforze alla s'enfermer dans Noifare. La Trémoille et Trivulze l'y assiégèrent. C'était dans cette même ville que ces deux mêmes généraux avaient fait son père prisonnier. Menacé de la même destinée^ il fut sauvé par la valeur des Suisses. Sans cavalerie et sans artillerie,ils osèrent attaquer la Trémoille devant Novare (le 6 juin); et, à la honte de cette gendarmerie française, la plus vaillante de l'Europe , mais qui ce jour-là fut indigne d'elle-même, ils remportèrent une victoire complète. Les vaincus repassèrent les Alpes , tandb que l'armée espagnole battait Alviano près de Vicence.

Ce n'était pas seulement en Italie que la fortune accablait les Français. Henri YIII et Maximilien étant descendus en Picardie , on leur opposa le duc de Longueville , petit-fils du fameux comte de Dunois, mais qui n'en avait pas les talens. Il perdit la bataille de Gidnegate , autrement appelée des épe^ , ronsy nom qui lui fiit donné, parce que les Français s'y servirent plus de leurs éperons que de leurs lances ( 1 8 août 1 5 1 3). Bayard, qui ne sut jamais friir, y combattit presque seul, et fut pris, ainsi que le duc de Longueville. Cette victoire valut aux Anglais la conquête de Térouane et de Tournai. Quelque temps après, le roi d'Ecosse, Jacques IV, faible et généreux allié d'une puissance malheureuse , ayant voulu faire en faveur des Français une diversion en Angleterre , périt avec la plus grande partie de son armée à la bataille de Flowden (9 septembre).

Cependant les Suisses^ animés par le cardinal de Sion^ étaient entrés en Bourgogne au nombre de vingt mille , et assiégeaient Dijon. Cette ville prise , ils pouvaient marcher sans résistance sur la capitale. Dans cette extrémité, Ja Trémoille crut que le salut de la patrie était une plus sainte loi

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que celle même de l'honneur. Abusés par ses trompeuses promesses et par un traité que Louis XII désavoua, les Suisses consentirent à se retirer, et délivrèrent la France du plus grand danger qu'elle eût couru depuis long-temps. Louis XII sorti de ce péril imminent, prit le parti de céder aux circonstances , et de ne plus lutter contre sa mauvaise fortune. Il se réconcilia avec le pape Léon X, et abjura le concile de Pise, alors transféré à Lyon. Il laissa le Milanez à Maximilien Sforze, et aux Suisses les bailliages de Lugano^ Locarno, Mendrisio et Bellinzona. Enfin , par l'entremise du duc de Longueville, prisonnier à Londres, il traita avec Henri VIII. Ce prince, également mécontent de l'empereur qui avait mal servi ses desseins, et du roi d'Espagne qui l'avait plusieurs fois trompé, ne demandait qu'à poser les armes. La reine Anne de Bretagne étant morte le g janvier i5i4, on proposa de cimenter l'union de la France et de l'Angleterre par le mariagedelaprincesseMarie, sœurde Henri VIII, avec Louis XII. JLa nécessité de la paix, l'espoir d'avoir un héritier déterminèrent le roi de France à abréger son deuil, et, malgré la disproportion des âges, il contracta l'alliance proposée. Trop complaisant pour sa nouvelle épouse, le bon roi y dit Fliistorien de Bayard , changea de tout sa manière de vivre ; car^ ou il soûlait dîner a huit heures ^ il convenait quHl dînât a midi; où il soûlait se coucher à six heures du soir^ souvent se couchait à minuit Cette imprudente condescendance acheva de ruiner sa santé déjà altérée par des infirmités précoces. Unef fièvre violente le saisit. Sentant sa fin prochaine, il fit appeler le duc de Valois (François I*^'), son neveu et son héritier : Je meurs y lui dit-il ,70 vous recommande nos sujets. Il expira quelques heures après, le i*' janvier i5i5, entre les bras du prince éploré.

Jamais roi n'aima plus son peuple , jamais roi n'en fut plus aimé. On ne peut lire sans attendrissement les témoignages de vive affection que les Français lui prodiguaient. Ses voyages étaient des triomphes; on volait en foule au devant de lui; on jonchait son chemin de feuillages et de fleurs; on l'entourait^ on le pressait, on pleurait de joie en le ^oyantf

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ai4 ABRÉGÉ DE L HISTOIRE GÉNÉRALB

on le saluait du nom cl*aini , de bienfûteur, de père du peuple. Mais quel prince mérita inieux ces hommages que celui qui avait pour maxime qu^un bon pasteur ne sauraittrop engraisser son troupeau y et qui , traduit sur la scène sous les traits d*un avare par des courtisans dont son économie trompait Tinsa* tiable avidité, méprisa leur audace , et se contenta de dire : Faime mieux Doir les courtisans rire de mon avarice^ que de voir mon peuple pleurer de mes dépenses. Il ne se départit en aucun temps de cette admirable économie. A son avènement au trône, son premier soin avait été de diminuer les tailles, de supprimer une multitude d'impôts, et, depuis, malgré les chaînes de plusieurs guerres désastreuses , il ne les rétablit jamais; il aima inieux y suppléer par des aliénations du domaine de la couronne. Un expédient moins honorable fîit la vente de deux oÉEces de judicature , la chaîne de prévôt de Paris, et une autre de maître des requêtes, vendues en i5i3, après la perte du Milanez et l'invasion de la Navarre. Quoique cette fâcheuse vénalité , opposée aux principes de Louis XII, pût s excuser par la nécessité des conjonctures , nous regrettons qu'un roi si juste se la soit permise , et qu'il ait laissé en pareille matière à son successeur l'autorité de son exemple. Mais épargnons à sa mémoire un reproche qu'il n'a encouru qu'une fois, et souvenons-nous plutôt de sa constante soUicitude pour le maintien des lois. Il voulait qu'elles fussent toujours suiifies , malgré les ordres contraires que Vimportunité pourrait arracher au monarque. Il se faisait un devoir de s'assurer par lui-même de la manière dont la justice était administrée. La France aime à se rappeler l'auguste simpUcité de ces assises que saint Louis allait tenir en patriarche sous les ombrages de Yincennes ; mais Louis XII n'était peut-être pas moins pàtriarchal, lorsque, monté sur sa petite mule, il se rendait familièrement au palais, sans suite et sans s'être fait annoncer, et que , prenant place parmi les juges , il écoutait les plaidoyers , et assistait aux délibérations.

Persuadé que les plus sages réglemens sont sans effet, si l'exécution n en est confiée à des mains pures et habiles , il avait deux listes exactes : lune , de tous les offices et béné-

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fices du royaume; Tautre , de tous les hommes distingués par leurs talens , par leurs vertus ou par leurs services. Des personnes affidées J répandues dans les provinces, l'avertissaient de toutes les vacances. Alors il consultait ses listes , et nommait celui qui hii paraissait le plus digne , prévenant ces sollicitations également honteuses pour ceux qui demandent les grâces , et pour ceux qui les dispensent, et rejetant même, à mérite égal , ceux qui cherchaient à s'appuyer de la protection des ministres ou des grands. Voilà le secret du gouvernement : la pratique devrait en être aussi facile que la théorie en est simple.

On reconnaît une nation bien gouvernée à son état florissant et prospère, et, sous ce rapport, le changement qui s'opéra pendant la courte durée du règne de Louis XII , paraîtrait incroyable, s'il n'était attesté par les auteurs contemporains. Ecoutons Seyssel , évêque de Marseille : « Pour » commencer, dit-il , par la population , on ne peut douter >* qu'elle ne soit aujourd'hui beaucoup plus grande qu'elle » ne fut jamais , et cela se peut évidemment connaître aux » villes et aux champs , puisque aucunes et plusieurs grosses » villes, qui étaient à demi-vagues et vides, aujourdliui sont » si pleines, qu'à peine y peut-on trouver lieu pour bâtir » maisons neuves.... et par tout le royaume se font bâtimens » nouveaux , grands et somptueux. Par les champs aussi, on » connaît bien évidemment la multiplication du peuple, » parce que plusieurs lieux et grandes conti*ées qui restaient » incultes, en bois ou en landes, sont actuellement cultivés

» et couverts de villages et de maisons Les meubles, les

» habillemens et manières de vivre , dit ailleurs le même au- » teur, sont plus somptueux que jamais; par où l'on voit la » richesse du royaume;.... et ce qui montre encore mieux ce » que j'avance, le revenu des bénéfices, des terres et des • seigneuries , s'est accru partout généralement de beaucoup ; » et plusieurs y en a qui à présent sont de plus grand revenu » par chaque année, qu'ils ne se vendaient, du temps du roi » Louis XI , pour une fois ; et pareillement les produits des » gabelles, péages, greffes et dé tous autres revenus, sont

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Hlô ABRÉGÉ D£ {«'maTOIRE GÉNÉRALB

» augmentés en plusieurs lieux de plus des deux tiers, en » d autres , de dix parts les neuf. Aussi est l'entre-cours des » marchandises , tant par mer que par terre , fort multiplié; » car toutes gens, excepté les nobles, lesquels encore je n'ex- » cepte pas tous , se mêlent de marchandise , et pour un » gros et riche négociant que Ion trouvait, du temps du roi » Louis XI, à' Paris, à Rouen et à Lyon, on en trouve au- » jourd*hui plus de cinquante 5 il s*en trouve même par les » petites villes un plus grand nombre qu'il n'y en avait au- » trefois dans les capitales , etc. »

Aussi ce règne paternel laissa-t-il de longues traces dans la mémoire des peuples; et long-temps après Louis XII, toutes les fois quil s'agissait de faire des réformes utiles, on rappelait celles qui avaient eu lieu sous ce bon prince (i).

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