‹ Abrégé de l'histoire générale des temps modernes, depuis la prise de Constantinople par les Tures (1453), jusqu'à la mort de Louis XIV (1715);Chapitre 11 sur 22 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

VÉCOUYE&TES ET ÏTABLISSEMERS DES PORTUGAIS ET DÉS ESPAGNOI^ EN AFRIQUE , EN ASIE ET EN AMERIQUE , JUSQUE VERS LE MILIEU jm SEIZIÈME SIÈCLE (l).

SECTION PREMIERE

lutrodiiction.

Au commencement du cinquième siècle , lorage qui s'amassait depuis long-temps autour de Tempire romain avait enfin éclaté. Des flots de barbares avaient inondé l'Europe ; et les arts, les sciences, les inventions et les découvertes avaient péri dans ce vaste naufrage. Tous ces conquérans étaient sauvages et grossiers, étrangers à toute culture de l'esprit, sans police, sans lois, sans forme régulière de gou-

(i) L'iii^toîre coloniale de FEurope n^étant point enisore^ à cette époque , liée à la politique générale de cette partie du mo^de^ et formant un ensemble particuliei: qui ne cadre point avec les limites de la première période de cet ouvrage, j'ai cru devoir les dépasser dans ce cbrapitre, où la nature «ïes choses indique un autre point de repos que Tèrc de la réforme.

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DBS TBAfFS MODBRNXS. 2iy

vemement. Le premier effet de leur établissement fut de détruire les liens par lesquels la puissance romaine avait uni les hommes. Qs morcelèrent l'Europe en un grand nombre de petits états indépendans les uns des autres, et différens de mœurs et de langage. Dès-lors, plus de communications, plus de relations d'amitié ou de commerce entre ces états divisés ; les noms dtétranger et àennemi devinrent des mots synonymes. Partout des coutumes, et même des lois, exposèrent les voyageurs à des avanies et à des dangers. On ne cultivait aucune des sciences sur lesquelles la géographie et la navigation sont fondées; la connaissance des pays lointains se perdit; leur situation, leurs productions et presque leurs noms furent oubliés.

Une circonstance conserva seule quelque communication de commerce entre les nations éloignées. Gonstantinople échappa à la fureur des Barbares : cette ville garda la connaissance des arts des anciens et de leurs découvertes. Le luxa et la magnificence régnaient dans cette grande capitale; les productions des pays étrangers y étaient recherchées, principalement celles des Indes , et le commerce continuait d'y fleurir, tandis qu'il était éteint partout ailleurs en Europe.

Quelques rayons de lumière brillaient dans le même temps sur l'Orient. Les Arabes ayant contracté quelque goût pour les sciences du peuple dont ils avaient renversé l'empire en Syrie, en Egypte et en Afrique, traduisirent dans leur langue les livres de plusieurs philosophes grecs. Ils étudièrent la géographie dans les ouvrages de Ptolémée (i); ils s'appli-

(i) « Pendant la longue nuit du moyen-âge, la géographie, pern due , comme les autres sciences , pour les nations européennes^ » s'était réfugiée en Afrique. Tandis que le pédantisme dei cloîtres » s'amusaità de vaines rêveries , et faisant un po;npeux étalage d'éru- » dition, se perdait dans les écarts d'une iausse dialectique^ les sages 9 de r Arabie, assemblés à Sennaair^ prenaient la mesure d'un degré » de latitude^ et cadtulaient la circonférence de la terre sur les vastes n plaines de la Mésopotamie. » ( Washington Irving , Histoire, de Christophe Colomb, liv. I , cliap. I.)

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l38 ABRBGé DM t.*HIS1K>tRB ISÉnÉ&AXB

qQèr«nt aussi à la géomètiie et à rastronomie^ et firent des expériences que les Européens, dans des temps pluii éclairés , n'ont pas dédaigné d'imiter. Mais à cette pr^nière époque, FËmope ne connut point les travaux des Arabes.

Cependant les ravages que TOccident avait soufferts parla conquête des Barbares, s'oublièrent peu à peu, ou du moins le temps en effaça les traces les plus profondes. Alors différentes causes se réunirent pour ranimer Fesprit de commerce, et p#ur rouvrir en partie la communication entre les nations diverses* Ce fut «a Italie qu on aperçut les premiers symptômes de cette renaissance. Des drconstances heureuses fitvorisèrent l'émancipation de quelques villes iuliennes, dans le temps que toutes les autres cités de l'Europe gémissaient sous l'esclavage féodal. Leurs habitaus s'adonnèrent à la navigation et au commerce. Constantinople devint le marché principal où se rendaient les négodans italiens qui rapportaient et répandaient chez d'autres peuples voisins de l'Itatie le goût des arts et des précieuses productions de rQnent. Cependant leur sphère commesciale était encore fort circonscrite, et il ne s'établissait entre les di£Férens états que des liaisons très-bornées. Les croisades, en conduisant en Ase dès années nombreuses, tirées de toutes les parties de l'Europe , ouvrirent entre l'Orient et l'Occident une communication plus étendue qui subsista pendant plusieurs siècles; et quoique les conquêtes, et non le commerce, ftissent l'objet de ces expéditions , quoique l'issue en ait été malheureuse, il en résulta cependant, pour les progrès du commerce, des effets heureux et durables. Pendant les croisades, les grandes villes d'Italie et des autres pays de l'Europe acquirent la Uberté, et avec elle des privilèges qui les rendirent autant de communiautés indé^ndantes et respectables*. Ainsi l'on vit se former dans chaque royaume un nouvel ordre de citoyens qui se vouèrent au commerce, et se frayèrent par-là une route à la richesse et aux honneurs. Enfin, peu de temps après les guerres saintes , la découverte ou l'emploi de la boussole, en rendant la navigation plus assurée, et en méiae temps plus audacieuse, facilita la conrnmnicatibn entre les contrées

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mis TSMP8 MODBRlfBS. ii^Q

éloignées, et rapprocha, pour ainsi dire, tous les peuples et tous les climats (i),

La position géographique de FEuropç divise nattiretté* ment son commerce maritime en deux régions principales : l'une comprend les pays qui bordent la mer Baltique, la mer -d'Allemagne et ïocéan Atlantique ; l'autre , ceux qui sont situés autQur de la Méditerranée. Dans les quatre siècles qui précédèrent la découverte de TAmérique, cette division était plus distincte qu'à présent, parce qu*il existait moins de relations, soit par terré, soit par mer, entre les deux régions. A rk première, appartenaient les Pays-Bas, lés côtes de France, ^'Allemagne et de Scandinavie, et les comtés maritimes d'Angleterre. On peut ranger dans la seconde les provinces de Valence et de Catalogne, la Provence, le Languedoc, et fltalie tout eiitière.

L Ce qui alimenta principalement le commerce dans la division du nord , fut la fabrication des étoffes de laine en Flandre. Plusieurs témoignages attestent l'état florissant des manufactures de ce pays dès le douzième siècle. Un commerce immense, dont Bruges était le centre, fit pendant long-temps de la Flandre et des provinces adjacentes la con^^ trée ta plus riche, la plus peuplée et la mieux cultivée de fEurope.

Le commerce de TAngleterre se borna d'abord à l'exportation de ses laines chez les Flamands^ Les Anglais étaient sans industrie, et n'essayaient* pias même d'imiter ces manufactures dont ils fournissaient les matériaux aux étrangers. Une ère plus heureuse commença sous Edouard III : ce prince engagea des ouvriers flamands à venir Rétablir dans ses éta^, «t fit plusieurs bonnes lois pour îencouragement

(i) L'opinion commune qui attribua la iétonreT^e 4e k boasBobe à un habitant d'Amalfi> dans U quttortième siède, parait mal iondëjç* Plusieurs passages d'auteurs contemporains prouvent qaù la direction polaire de Taimant ^taît connue dans.le treizième siècle; mais tl est probable que cette dècoùyerte ne fut appliquée à la navigation quv éxnà le qaatorsâéiii*.

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â4o ABREGE DE LHISTOUIE GÉNÉRALE

du commerce. Ce fut à ses soins que rAngleterre bit redevable de ses manufactures de laine; enfin, iltpurna la génie actif et entreprenant de son peuple vers la culture de ces arts utiles qui ont élevé les Anglais au premier rang parmi les nations commerçantes.

La fabrication de la laine s'étendit aussi de la Flandre aux rives du Rhin , et aux provinces du nord de la France. Les privilèges accordés par plusieurs empereurs aux villes libres d'Allemagne y favorisèrent rindustrie. Mais les villes de France s'affranchirent plus lentement dû pouvoir arbitraire; et les taxes dont elles étaient accablées par leurs seigneurs, jointes aux désastres causés par les guerres avec les Anglais, retardèrent le progrès des manufactui'es de ce royaume.

Celles de Flandre et d'Angleterre trouvèrent un débouché , non-seulement dans les contrées adjacemtes , mais dans les pays voisins de la Baltique, peu connus pendant plusieurs siècles. Ces pays étaient alors habités par des peuples féroces qui vivaient de piraterie. Les villes de Hambourg et de Lubeck ayant commencé à commercer avec eux , furent obligées de former entre elles une ligue défensive pour réprimer leurs brigandâgis. Elles retirèrent tant d'avantages de cette union, que d'autres villes s'empressèrent de se joindre à elles; et vers l'an laSg, quatre-vingts places de commerce , depuis l'extrémité de la mer Baltique jusqu'à Cologne sur le Rhin', se réunirent po^ir former cette confédération si fameuse sous le nom de ligue anséatique. Elle se divisait en quatre collèges, dont Lubeck, Cologne, Brimswick et Dantzick étaient les chefs-lieux. Elle avait quatre comptoirs principaux dans les pays étrangers : à Londres, à Bruges, à Bergen et à Novogorod. Ce n'est que vers les premières années du quatorzième siècle que des relations commerciales commencèrent à s'établir entre ces régions du nord et les parties méridionales de l'Europe.

n. Le commerce de la division du midi , sans avoir eu peut-être une influence plus puissante sur les progrès de la société, était plus ancien et plus brillant que celui du Nord. Avant la première croisade , Venise et Amalfi commerçaient

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avec les Adatiques, La prospérité d'ÂHialfi fut de courte durée ;-mais ritalie fut amplement dédommagée delà chute de cette ville par l'élévation progressive de Pise, de Gênes et de Venise dans le douzième siècle et les suivans. Pendant les guerres saintes, elles fournirent aux croisés des bâtimens de transport, et les approvisionnèrent de vivres et de munitions de guerre. Outre les sommes immenses qu elles reçurent pour cet objet, elles obtinrent encore des privilèges et des établissemens de conunerce , soit dans la Palestine, soit dans les principautés chrétiennes de Syrie, où elles eurent, à Ptolénlaîs, à Tyr, à Tripoli, etc., des quartiers distincts, régis d après leurs lois et par leurs magistrats. Elles acquirent à Constantinople les mêmes privilèges que dans la Syrie, et elles jouèrent un grand rôle dans les vicissitudes de l'empire d'Orient. Elles contractèrent même des alliances avec les princes sarrazins, établirent un commerce régulier avec l'Orient par les ports d'Egypte^ et en tirèrent toutes les riches productions des Indes.

Les provinces de France <|ui bordent la Méditerranée participaient aux avantages quelle offrait pour le commerce» Non-^seulement Marseille, qui s'était soutenue jusqu'à un certain point pendant les siècles les plus grossiers , mais Narbonne, Nîmes, et surtout Montpellier, jouissaient d'une assez grande opulence. La Catalogne était encore plus fions* santé. Barcelonne, à partir du treizième siècle, commença à rivaliser avec les villes d'Italie, et les Catalans figurèrent bientôt au rang des premières nations commerçantes. On leur attribue le code maritime intitulé : il Consolato del mare y le Consulat de la mer^ qui, approuvé solennellement par le roi de France et le comte de I^ovencé, devint obligatoire dans la * Méditerranée. On rédigea en France, sous le règne de saint Louis, une série de réglemens, tirés principalement de ce codC) et qui furent adoptés en Angleterre sous le nom de lA>i8 d*Oléron. Le Nord avait aussi son code particulier de jurisprudence maritime : c'étaient les ordonnances de Wishuy^ ville de l'île de Gothland, qui furent rédigées en

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242 ÀBRJBGB DE LHISTOIliE GElfBRALE

grande partie sur celles d'Olérori, avant Tan i4oo, et qui régissaient les commerçans de la Baltique.

Tel était letat du commerce en Europe , lorsque deux événemens d'une prodigieuse importance pour lespèce humaine en général, et pour les peuples de TEurope en particulier, la découverte du Nouveau-Monde, et le passage aux Indes par le cap de Bonne-Espérance , amenèrent une révolution dans le commerce, dans la puissance, dans les mœurs, rindustrie et le gouvernement de toutes les nations»

SECTION n.

Golouies portugaises ( i4i 8- 1 58o ) /

Jean /*', dit le Bâtard, qui, vers la fin du quatorzième siècle, avait fondé une nouvelle dynastie en Portugal, entreprit en i4 12, pour occuper lactivité inquiète de ses sujets, une expédition contre les Maures de Barbarie, Accompagné de ses fils , auxquels il voulait ménager loccasion de se signa* 1er pour les créer chevaliers, il traversa le détroit avec une flotte nombreuse, et s empara de la forte ville de Ceuta, dont les rois de Maroc avaient fait leur magajsin d'armes.

L'infant don Henri, duc de Viseu, troisième fils du roi, rapporta de cette expédition un goût très-vif pour les voyages. C'était alors une opinion généralement établie, que la mer Atlantique était impraticable; que les côtes occidentales de l'Afrique, brûlées par la zone torride, ne pouvaient pas être habitées. Les guerres avec les Maures dissipèrent cetjte erreur. On apprit que ces peuples, à travers un océan qui passait pour indomptable, rapportaient des richcss^es im<> menses d'un pays qu'on croyait embrasé. L'infant don Henri résolut de mettre à profit ces lumières nouvelles^ Ce prince, Tiin des hommes les plus savans de son siècle en géographie et en mathématiques , fixa sa résidence à Sagres, près du cap Saint-Vincent, dans l^s Algarves, Un collège naval ^ où fièrent

DES TEMPS MODE&SfES. 2^^

instruits les jeunes gentilshommes qui composaient sa cour, s'éleva par ses ordres dans cette ville. Il eut beaucoup de part à l'invention de lastrolabe, et sentit le premier toute L'utilité qu'on pouvait tirer de la boussole. Dès ïsm i4i2ij U fit partir deux vaisseaux qui s'avancèrent à soixante lieues audelà du cap iVb/i, regardé jusque-là comme une barrière insurmontable ; mais ils n'osèrent passer le cap Boïador, situé à deux degrés du tropique. En i4i8, Jean Gonzalès Zarco et Tristan Vaz Texeïra, envoyés pour doubler ce cap^ furent jetés par une tempête dans une petite île qu'ils nommèrent PuertO'Santo. En 1419^ les mêmes navigateurs, s'étant écartés dans la haute mer, abordèrent à l'île de Madère^ C'est une tradition fort accréditée > que, pour la rendre susceptible de culture en la dégageant des bois qui la couvraient^ on y mit le feu ; que la flamme s y nourrit sept ans entiers, et qu'après l'incendie, la terre se trouva d'une fertilité extraordinaire. Le prince Henri y fit porter des cannes à sucre de Sicile et de Chypre, et du plant des vignes de Malvoisie. Les. plantations eurent un merveilleux succès, et en peu d'années le sucre et le vin de Madère devinrent des articles considérables du commerce de Portugal.

Dès le milieu du quatorzième siècle , les Espagnols faisaient des excursions aux îles Fortunées^ depuis appelées Cajtariés^ pour y piller les naturels du pays. L'an ï344> k pape Clément VI érigea ces villes en royaume, et les donna à Louis de la Gerda, prince de la famille royale de Castille. Mais la Cerda ne put réaliser ce titre chimérique , et n'alla jamais aux Canaries. En 14^17^ deux an3 avant la découverte de Madère, ou, selon quelques historiens, dès Van i4o4i J^ean de Bé7 thancourt , gentilhomme français , obtint du roi de Castille la permission de, conquérir ces^ îles. JX subjugua successivement Lancerotta , Foriavenlura^ Cornera et FerrOf et en fit hommage à la couronne de CastlUct Son neviçu les céda dans la suite à l'infant don Henri pour des terres dans l'île de Ma* dère. Mais la cour d'Espagne réclama contre cette donatipUi et allégua les droits qu'elle tenfût de la concession primitive du saint-siége. Elle finit par rentrer en possession des îles

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soumises par Béthancourt; et la conquête de ]sl grande Canari'e, de Palmà et de Ténériffe,en i483, ^49^ et 1499» compléta la réduction de cet archipel des îles Fortunées, qui est toujours resté depuis sous la domination espagnole.

Pendant ces démêlés au sujet des Canaries, les Portugais avaient fait des découvertes et fondé des établissemens qui leur rendaient peu sensible la perte de quelques îles encore incultes et sauvages.

Les croisades avaient commencé à répandre en Europe quelque connaissance des régions orientales. Sur la voie tracée par les guerres saintes , et surtout par les ambassades du pape Innocent IV et de saint Louis au kan de Tartarie, le vénitien Marc-Paul , l'arménien Haiton , et l'anglais Mandeville avaient pénétré en Asie, et parcouru une partie de cet immense continent. Quoique les récits de ces voyageurs donnassent moins sur l'Orient de véritables lumières que des lueurs incertaines , ils piquèrent vivement la curiosité des Européens. Les Portugais ne pouvant entretenir par terre avec l'Asie une communication directe et facile , le prince Henri forma le projet d^ouvrir une route maritime aux Indes , en faisant le tour de l'Afrique. Dans le double but d'animer les Portugais aux entreprises maritimes, et de prévenir la concurrence des autres nations, il demanda au pape Martin V, pour la couronne de Portugal, toutes les terres que Ton découvrirait depuis le cap Boïador jusqu'aux Indes inclusivement. Martin V seconda ses vues en souverain de l'univers. Il lui accorda en i43a le droit de œnquête (\{xî\ demandait, a(^^(? indulgence pténière pour ceux qui \périroienl dans ces expéditions : privilège qui fut confirmé dans la suite par les papes Eugène IV, Nicolas V, Sixte IV , etc. Les Portugais s'empressèrent de s'en montrer dignes. En i433 , Gilianez doubla le cap Boïador; entreprise regardée comme si périlleuse, que les écrivains du temps la mirent au-dessus des travaux d'Hercule. Antoine Gonzalez et Nugtio Tristan allèrent, en i44o > jusqu'au cap Blanc ^ et deux ans après (144^)? ^^ échangèrent quelques prisonniers qu'ils avaient faits dans leur premier voyage contre de la poudre d'or que leur offrirent les liabitans du pays. Les Portu-

DES TJUftPS Mai>EIilfES. ^4^

gais nppunèrent cet endroit Rio-^Oro , et la vue de ce métal que l'Afrique faisait briller à leurs yeux pour la première fois, stimula vivement le zèle des découvertes^ En i444 > il se forma dans la ville de Lagos une compgnie d'Afrique qui arma dix caravelles , et s empara des îles de las Garzas, de Nar et de Tider. En i445 , Gonzalo de Cintra , un des capitaines de la compagnie , aborda aux îles d'^r^u//t, où bientôt après les Portugais firent le commerce de Tor. Denis Fernandez dépassa l'embouchure de la rivière de Sanaga ou Sénégal, Il toucha au cap f^ert^ dont les îles furent découvertes en 1462 par Antonio de Noli,, et parcourut les Açores , déjà ï'econnues par Gonzalez Velho de Cabrai.

Jusqu'au Sénégal , les hommes avaient paru à peu près semblables aux Maures de Barbarie j mais au sud de cette rivière , l'espèce humaine se présenta sous une forme nouvelle. Les naturels de ces contrées avaient la peau noire comme de l'ébène : changement que les Portugais attribuaient à l'in** fluence de la chaleur, dont ils craignirent de ressentir euxr mêmes les terribles effets, Vils approchaient plus, près de la ligne. A la cour de Portugal, des honunes timides et jaloux prétendirent qu'il fallait s'arrêter dans, une carrière où les dangers croissaient à mesure qu'on avançait. Mais l'infant don Henri fut inébranlable dans ses desseins; et , muni d'une bulle du pape Eugène IV qui l'autorisait à poursuivre ses découvertes, il imposa silence à ses adversaires. Leurs remontrances semblèrent , au i:este , justifiées par plusieui^s événemens funestes. Les Portugais rencontrèrent de grands obstacles sur les côtes peuplées par les nègres , qui, toujours en guerre avec les bêtesféroces de leurs brùlans climats, étaient plus redoutables que les insulaires. Il fallutl'infatigable activité de l'infant don Henri pour triompher de ces difficultés. Ce prince , dont on a dit avec raison que savie aidait été remplie de grandes pensées et d^ actes généreux ^eX qui, pour devise, avait pris ces mots : Le désir défaire le hien^ mourut en i463 , après avoir fondé la grandeur maritime du Portugal.

Son neveu, Alplionse V^ occupait le trône depuis i438. Pendant le reste du règne de ce prince , on suivit avec peu

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246 AETLÉGé I» L*HISTOIftB G^iBALE

d'ardeur les déconvertes d'Afrique. Cependant Jean de Santarem et Kerre d'Escah>na naviguèrent au-delà du cap de Sierra-Leona y et établirent sur les cotes de Guinée le commerce de For de la Mina, Femando-Pao aborda à l'île qui porte son nom ; d'antres navigateurs trouTèrent en 1 471 les îles de Saint-Thomas et iiJnnobon. On passa la ligne , et les Portugais virent avec étonnement que cette partie de la zone torride, qnon supposait aride et inhabitable, était très-peuplée et très-fertile. L'esprit de découverte se ranima avec une nouvelle force sous Jean II (i), qui succéda à Alphonse V en 1481. En 1484 , les Portugais équipèrent une flotte puissante, qui , après avoir reconnu le royaume de Bénin ^ s'avança à plus de quinze cent milles au-delà de l'équateur , et arriva au royaume de Congo. Diego -Kam remonta la rivière du Congo y que les habitans nomment 2^îre. Jean II, pour s'assurer ses découvertes , bâtit des forts sur les cotes de Guinée. Plusieurs petits princes d'Afrique se reconnurent volontairement ses tributaires; d'autres y furent contraints par la force des armes.

En avançant davantage vers le sud , les Portugais avaient trouvé que le continent de l'Afrique , au lieu de s'étendre en largeur, selon l'ancienne opinion de Ptolémée, paraissait insensiblement se resserrer et se courber vers l'est. Cette observation redoubla chez eux le désir et l'espérance d'arriver par mer aux Indes-Orientales , et leur donna confiance aux récits des Voyages que les Phéniciens faisaient anciennement autour de l'Afrique, et qui avaient passé long-temps pour fabuleux. Tandis qu'on préparait avec activité une expédition nouvelle, on apprit d'un ambassadeur du roi de Bénin qu'à une grande distance de la côte occidentale, il existait vers l'est de TA-

(i) Les deux' médecins de ce prince, Rodérigo et le juif Josèphe , les plus habiles astronomes et cosmographes de son royaume, firent Tapplication de Tastrolabe à la navigation, procédé qui donna à cette science plus d'extension et de certitude , en peiinettant aux ma-^ rîns de reconnaître , par la hauteur du soleil , à quelle distance ils étaient de réquateur*

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DES TSMPS MO^BRKBS. 1^']

frique un puissant royaume , dont le souverain prpfessait la religion chrétienne. Le roi de Portugal conclut que ce devait être l'empereur ou negus d'Ahyssinie , auquel les Européens, trompés par une méprise de Rubruquis^ de Marc-Paul et de quelques autres, voyageurs , avaient donné le nom de Prêtre- Jean i et) dans l'espoir d'en recevoir des lumières et des secours pour le succès d'un plan qui tendait à propager leur doctrine commune, il entreprit d'établir une correspondance avec ce prince et son empire.

La cour de Lisbonne avait déjà envoyé dans l'Orient deux religieux qui , n'entendant pas la langue arabe , avaient rapporté de leur voyage peu de notions utiles. Jean II choisit cette fois pour ambassadeurs auprès du prince d'Âbyssinie deux gentilshommes , Pedro de Conllam et Alphonse de Paym , auxquels la langue arabe était familière. Les députés étaient aussi chargés de recueillir dans les pays qu'ils visiteraient des éclaircissemens sur le commerce de l'Inde , et sur le cours de navigation qui pouvait conduire à cette contrée. Dans le temps que Jean II faisait par terre cette tentative , Barthélémy Diaz doubla le promontoire élevé qui borne l'Afrique au midi. Gomme il y éprouva de violentes tempêtes , il l'appela Cabo TormentozOj le cap des Tourmentes; mais le roi, ne doutant plus qu'on n'eût enfin trouvé la route qu'on cherchait depuis si long-temps , changea ce nom de sinistre augure en celui de Bonne-Espérance (i486). Les présages du roi^e trouvèrent confirmés^ par les nouvelles qu'il reçut de %t& envoyés en Abyssinie.

CoviUam et Payva, conformément aux instructions de leur maître , se rendirent d'abord à Alexandrie et au Caire , d'où ils se mirent fen route avec une caravanne égyptienne , et arrivèrentà Adensur la merRouge. Là, ils se séparèrent: Payva cingla vers l'Abyssinie ; Covillam s'embarqua pour les Indes- Orientales , et apr^ avoir visité Cananor et Gda sur la côté de Malabar, et 111e d'Ormus dans le golfe Persique, ît retourna à Sofala , sur la côte orientale. d'Afrique, et de là. au Caire , on les deux députés devaient se rejoindre* Payva avait été assassiné en Abyssinie. Covillam n'en pénétra pas moins

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^H ÀBaéoi DB LHISTOIRB G^NERALB

dans cet empire. Le negus le retint quelques années à sa coTir, et envoya un ambassadeur en Portugal. Cette correspondance avec TAbyssinie n*eut pas d*autres suites. Le voyage de Covillam produisit, du reste, le fruit qu'on en attendait. Ce gentilhomme fit passer ses journaux à Lisbonne. De ses propres observations et des éclaireissemens qu'il avait recueillis j ^ il concluait quen tournant F Afrique par mer, on devaittrou-

ver un passage aux Indes. L'heureuse conformité de son opinion avec les découvertes de Barthélémy Diaz , ne laissa presque plus d'incertitude ; mais la longueur et les difficultés du voyage obscurcissaient la brillante perspective qui s'offrait à l'avarice et à l'ambition des Portugais, et 11 fallut quelque temps pour raffermir les esprits, et les pr^arer à cette audacieuse expédition.

Verslemême temps, une entreprise plus étonnante encore fut sur le point de s'accomplir sous les auspices du roi Jean II. Christophe Colomb offrit à ce prince d'exécuter , sons le pavillon portugais , les grands desseins qu'il méditait ; mais une lâche perfidie Tayaut éloigné du Portugal „ il passa en Es- <( pagne. Après de longs délais, les souverains de ce pays lui

accordèrent trois vaisseaux, avec lesquels, en 149^9 il traversa locéàn Atlantique, et aborda au Nouveau-Monde. L'année suivante , Ferdinand-le;^atliolique obtint une bulle d'Alexandre YI , par laquelle ce pontife lui fit donation de tous les pays découverts et à découvrir vers l'occident et le midi , en tirant une ligne imaginaire d'un pôle à Fautre, à une distance de cent lieues à l'ouest des Açores et du cap Vert. Cette décision ayant déplu au voi de Portugal , qui la croyait préjudiciable à ses découvertes orientales, il y eut un accommodement entre les deux cours. Une autre bulle (de i494) recula la ligne fictive de démarcation k quatre cent soixante-dix lieues des Açores et du cap Vert : les pays situés à Foccident devaient appartenir à l'Espagne , et ceux de Toriènt au Portugal.

Jean It mourut en 1498 , avec le regret d'avoir laissé échapper l'admirable occasion de gloire et de puissance que Colomb lui avait offerte. Sous le règne de son successeur, jE'w»-

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DBS TEMPS BIÔDERirES. 2^9

mamtel'lé'Fortuné^ les succès de Fusco de (rama consolèrent au moins le Portugal de cette perte irréparable. Gama partit le 1 8 juillet 1 497 ^^^^ ^^^^^ vaisseaux et cent soixante hommes. .Après avoir essuyé plusieurs tempêtes, il doubla le cap de Bonne-Espérance 9 dépassa la riche côte de «Sb/îz/a-, sans avoir aperçu cette ville qui faisait partie du royaume de Monomotapa , et aborda à Mozambique , où il trouva des peuples policés qui parlaient arabe. De la hauteur des Canaries jusqu'à Mozambique, les hommes, les animaux , les plantes, tout avait paru d'une espèce nouvelle. La surprise fut extrême de retrouver des hommes qui ressemblaient à ceux du continent connu. Ils suivaient la religion de Mahomet. Les musulmans , en allant d'orient en occident , et les chrétiens d'occident en orient , se rencontrèrent à une des extrémités de la terre.

L'île de Mozambique était devenue, par sa situation, un des entrepôts du commerce de Sofala et des Indes. Les Arabes qui l'habitaient étaient peu inférieurs aux Européens dans l'art de la navigation : ils connaiss«ent, dit-on , l'usage du compas de mer, avaient des boussoles, des cartes mannes , des instrutnens astronomiques. Ils prirent d'abord lés Portugais pour des mahométans de Barbarie; mais, ayant . reconnu qu'ils étaient chrétiens, ils tentèrent de les faire pé* rir. Le canon des Européens épouvanta les insulaires, et protégea la retraite de Gama. De Mozambique, il se rendit à l'île de Monbaça^ dont le prince trama contre lui un complot qu'il n'évita que par un prompt départ. Le roi de Métinde l'accueillit favorablement, et lui donna un pilote pour le conduire à Calicut, sur la côte de Malabar. Avec ce pilote, qui était un indien de Guzurate, il reconnut la côte deZo/»guelar^ et travei:sa ce grand golfe de plus de sept cents lieues^ qui sépare l'Afrique de la péninsule de l'Inde, Eiifin , il aborda à Calicui treize mois après son départ de Lisbonne.

Hlndostan était partagé, à l'amvée des Portugais, entre les rois de Camhaye , de Delhy^ de Bisnagar, de Narzingue et de Calicut, qui tous comptaient plusieurs souverains, plus ou moins puissans, parmi leiws tributaires. Le souverain ou zamorin de Calicut, avait les états les plus maritimes, et

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•5o ABR^Gi i^B LmstoinE ùifréKÂJJL

étendait sa tlomination sur loat le Malabar. Les princes de Cûnamr^ de Cranganôr^ de Cochin, de Perka^ de Koulanet de Tropancor^ lui étaient soumis. On rapporte que, dans le huitième siècle, lorsque les Arabes commencèrent à s'établir aux Indes , le zamorin du Malabar prit un goût si vîf pour leur religion , que, peu content de lembrasser , il résolut d'aller finir ses jours à la Mecque. Calicut, où il s*embai> qua, parut depuis un lieu si vénérable aux musulmans, qii*insen$iblement ils contractèrent l'habitude d'y conduire leurs vaisseaux; et ce port, quoique dangereux et incommode, devint, par la seule force de la superstition, le plus célèbre et le plus riche marché de ces contrées.

Gama trouva à Calicut un maure de Tunis qui savait la langue des Portugais, et qui, frappé des grandes choses qu'il avait vu faire à cette nation sur les côtes de Barbarie, avait conçu pour elle une inclination plus forte que ses préjugés. Il procura une audience du zamorin à Gama , qui proposa une alliance et un traité de commerce au nom du roi son maître. Le zamorin le reçut d*abord avec bonté, et accepta l'amitié d'Emmanuel. Mais les Maures d^ Afrique et de la Mecque , qui commerçaient dans les Indes , craignant la concurrence des Portugais , réussirent à les rendre suspects , et leur perte fut résolue. Gama échappa par sa fermeté et par son courage aux dangers qui le menaçaient , et reprit la route de l'Europe. Il aborda au port de Belem, en septembre i499> deux ans et deux mois après son départ d^Europe. Son entrée à Lisbonne. fut un triomphe. Le roi, pour prix de ses travaux, le nomma amiral des Indes, le combla d'honneurs et de richesses; et ce prince, dans le transport de sa joie, prit le titre nouveau de maitre de la navigation , de la conquête et du commerce d^ Ethiopie , d^ Arabie , de Perse et des Indes. *

(i5oo.) La cour ne lais^ point ralentir l'ardeur de la nation. On équipa treize vaisseaux, dont le commandement fut confié à Pe(&o Aharès Cabrai. Cette flotte portait douze cents hommes. Elle partit' en i5oo, le 9 mars : une tempête violente ayant poussé les Portugais ^ l'ouest, ils abor-

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DB9 TBMM MODERNES. sSl

dèrent à urie terre situëe sous le dixième degré au-delà de la ligne. Cetait la partie de rAmérique méridionale connue depuis sous le nom de Brésil. Cabrai en prit possession au nom du roi de Portugal , et remit à la voile pour le cap de Bonne-Espérance. Quatre de ses vaisseaux furent submergés par une trombe , et Barthélémy Diaz fut du nombre des capitaines qui périrent en celte occasion. Cabrai passa le cap au milieu des orages, et aborda le 20 juillet au port de Mozambique. H y prit un pilote pour le conduire à l'île de Qui* loa, qu*il visita ainsi que Mélinde, ^ arriva enfin à Calicut. Il se concilia "par des présens Fesprit du zamorin , qui témoigna de l'affection aux Portugais, et leur permit d'établir un comptoir dans sa capitale. Mais les Maures prévalurent une seconde fois. Le peuple de Calicut , séduit par leurs intrigues, massacra plusieurs Européens. Cabrai, pour les venger, brûla tous les vaisseaux arabes qui étaient dans le port, foudroya la ville, et de là se rendit à Cochin, et ensuite à Cananor. Les rois de ces deux villes lui proposèrent de s'allier à lui contre le zamorin , dont ils étaient tributaires. Le prince de Koulan et quelques autres firent dans la suite les mêmes ouvertures. Tous se flattaient d'être afifranchis du tribut qu'ils payaient au zamorin , sans songer que les Eu* ropéens pouvaient devenir pour eux des maîtres encore plus à craindre. Les Portugais durent à cette imprévoyance la si»* périorité qu'ils exercèrent bientôt sur tout le Malabar. Cabrai, ayant accepté l'alliance qu'on lui offrait , remit à la voile pour le Portugal,

Tandis que cette flotte retournait à Lisbonne, où elle ar*> riva le 3i juillet ï5oi , Jean de Nim^a partait de Portugal pour aller cimenter auiç Indes l'ouvrage de Gama et de Ca* bral. 11 découvrit entre Mozambique et Quiloa une île à laquelle il donna son nom. Il visita Cocbin et Cananor, et fut attaqué dans la baie de cette dernière ville par une flotte^ de Calicut, dont son artillerie triompha. Les expéditions se^ succédaient rapidement. Les Portugais se précipitaient aux Indes , dans l'espoir d'amasser des richesses ou d'étendre le christianisme. En iSoa, trois esoadres, composant en tout.

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2^52 ABUÉGi D£ LHISTOIRB GBUIÊRALB

vingt vaisseaux, furent équipées en même temps, et mises sous le commandement suprême de Vasco de Gama.l\. établit des comptoirs à Sofala et à Mozambique. Ces petits royaumes et les autres états ai*abes qui existaient sur la côte de Zanguebar, furent peu à peu subjugués les années suivantes, et sur leurs ruines s'éleva un empire qui s'étendait depuis Sofala jusqu'à Mélinde, et auquel on donna pour centre l'île de Mozambique , qui devint un lieu de relâche et un entrepôt pour les vaisseaux portugais. Gama, étant arrivé aux Indes, fit avec le roi de Gananor un traité d'amitié et de commerce, et bâtit un comptoir dans le pays. De là il se rendit à Calicut. Le zamorin, toujours gouverné par les Maures, ayant refusé de traiter avec les Portugais, la ville fut canonnée une seconde fois. Gama retrouva dans Trimumpara, roi de Gocbin, la même affectioA que ce prince avait témoignée à Cabrai. Le zamorin , irrité de l'alliance de son vassal avec des étrangers , ses ennemis , envoya une flotte pour châtier Trimumpara; mais elle fut dissipée par l'artillerie des Portugais. Enfin, Vasco de Gama, ayant laissé sur cette côte une escadre commandée par f^incent Sodre pour défendre le roi de Cochin, reprit la route de Lisbonne avec le reste de sa flotte.

Après le départ de Gama (i5o3), le zamorin arma cinquante mille hommes, battit Trimumpara , prit et brûla sa capitale, et le força lui-même de s'enfermer dans l'île de RaïpL Tandis qu'il 1^ assiégeait , Alphonse d^Albuquerque arriva d'Europe avec une escadre, recueillit les débris de c^Ue de Vincent Sodre qui avait péri par un naufrage sur les côtes d'Arabie, et délivra le roi de Cochin. Ce prince, dans les transports de sa reconnaissance, permit imprudemment aux Portugais de bâtir près de sa capitale une forteresse qui les rendit maître de la contrée. Albuquerque laissa dans ces parages Edouard Pacheco avec un vaisseau et deux caravelles, et retourna en Portugal. La faible escadre de Pa* checo n'en imposa point au zamorin. Il assembla une nouvelle armée et une flotte nombreuse , pour détruire le nouveau fort et punir le roi de Cochin. Le courage et l'habileté

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DES TEMPS IfODERNES. !l53

de Pacheco suppléèrent au nombre. Le zamorin, yaincu sur terre et sur mer, se retira dans sa capitale. Sur ces entrefaites (i5o4), Lopès Saurez arriva de Lisbonne avec trente vaisseaux. Son artillerie foudroya Calicut, et ruina une partie de cette ville. Il prit ensuite et brûla Cranganor , dont les habitans inquiétaient Gochin par leurs courses , et retourna en Europe en i5o6. L'année suivante, jP/Y7/ifc?wrf*-<ff /mejrda partit de Lisbonne avec une flotte de vingt-deux vaisseaux et le titre de vice-roi des Indes. Il avait mission de former des établissemens et de bâtir des forts pour la sûreté du commerce portugais sur toute la côte orientale d'Afrique, depuis Mozambique jusqu'au cap Guardafui. Il prit Quiloa, détrôna le roi Ibrahim , mit à sa place un autre prince, et laissa une garnison dans la ville. Celle de Monbaça , dont la haine pour les Portugais avait plus d'une fois éclaté , fut pillée et réduite en cendres. Ces exécutions répandirent au loin la terreur , et les Portugais ne rencontrèrent plus d'obs* tacles. Le zamorin fut l)attu de nouveau, et soixante gros vaisseaux qu'il avait dans la rade de Cananor furent coulés à fond par Lorenzo^ fils d'Almeyda. Enfin, les Maures cédèrent à leurs vainqueurs les pays qui avaient été jusqu'alors le théâtre de la guerre. Us abandonnèrent les côtes d'Ajan et de Malalabar , et, se flattant d'être libres dans les lieux oùjes Européens n'avaient pas encore pénétré, ils transportèrent leur commerce vers le détroit de Malaca et vers les îles de la Sonde. En les poursuivant vers ces nouvelles contrées , Jx>» renzo découvrit l'ile de Ceylari , là Taprobane des anciens.

En i5o8, Tristan d^AcUgna et Alphonse cC Albuquerque conduisirent aux Indes une flotte de treize vaisseaux. Ib s'emparèrent'de l'île de Socotora^ située vers l'extrémité orientale de l'Afrique, vis-à-vis le détroit de Babelmandel, et d'où les Portugais, surveillant la navigation de la mer Rouge ^ mirent des entraves au commerce de l'Egypte. Trbtan d'Acugna fit voile vers l'Inde, tandis que d'Albuquerque se dirigea vers le golfe Persique , dont il voulait donner l'empire au Portugal. Au sortir du détroit de Moçandon, qui conduit dans le bras de mer, est située l'île dé Gerun, Un

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a54 ABR^â DB l'bustoirb qbhe&alb

con({uéraQt arabe y avait bâti, dans le onzième siècle, la ville d'Ormuz , devenue avec le temps la capitale dun royaume qui , d'un côté , s'étendait assez avant dans TArabie, et de Tautre dans la Perse. Ormuz avait deux bons ports, et sa situation le rendant Tentrepot naturel du commerce de la Perse et des Indes , en faisait une des plus opulentes dtés de rOrient. Albuquerque, après avoir ravagé plusieurs villes dépendantes du roi d'Ormuz, se présenta devant sa capitale, et le somma de se reconnaître tributaire du Portugal, ainsi qu'il l'était de la Perse. Pour réponse à cette proposition , une flotte composée de vaisseaux ormu:uens, arabes et per«» sans , vint combattre l'escadre d'Albuquerque. Il détruisit toutes ces forces avec cinq vaisseaux , et , de l'aveu du roi vaincu, construisit une citadelle qui dominait la ville et ses deux ports. Trahi par trois de ses capitaines , il abandonna sa conquête; mais, devenu vice-roi bientôt après, il reparut devant Ormuz avec des forces redoutables. On se soumit. Le souverain de la Perse osa demander un tribut au vainqueur* Albuquerque fit apporter devant l'envoyé des boulets, des grenades et des sabres. Foilà^ lui dit«>il , là monnaie des ùi^ buts que paye le roi de PortugaL

Albuquerque n'avait point achevé la réduction d'Ormuz, et Almeyda était encore vice-roi des Indes, lorsque le soudan d'Egypte, Kanêoul al (?€im , entreprit d'en chasser les Portusrais. Avant leur arrivée dans les mers d'Orient, Alexandrie faisait une grande partie du commOTce des Indes. Les Veni* tiens allaient chercher dans son port les productions de cette contrée, et les r^andaient dans toute l'Europe; mais , depuis le voyage de Gaxna, le commerce de l'Orient avait pris insensiblement un autre cours. Les richesses du monde affluaient dans Lisbonne, au préjudice de Venise etd'AlexaU" drie , et ces deux villes voyaient avec douleur que le temps de leur splendeur était passé; mais, ne voulant pas céder sans avoir combattu, elles unirent lei^rs ressentimens, et s^animèrent à la vengeance. Les Vénitiens fournirent au Soudan des matériaux pour construire une flotte, et, en i5o8, douze gros vaisseaux' égyptiens, sortis du port de Suez , en-

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IIB3 SSMPS MOJOUUIBS. ^55

trèrent dans Focéan de Tlnde y et «e joignirent, près de Diu , à la flotte du roi de Gambaye. Les Portugais y affaiblis par le départ de. plusieurs vaisseaux qu'ils venaient d'expédier en Europe , Ûvrèrent un combat inégal. Lorenzo , qui les commandait, perdit la victoire et la vie. Le triomphe des musulmans fut court. François d*Almejda reçut des renfort^, et vengea la mort de son fils par la deitruétioii de la flotte victorieuse. Un de ces renforts lui apportait Tordre de rési* gner lavice-rojauté à Âlbuquerque. Quoique le tenue de son commandement fût expiré, il essaya d'abord de le retenir; mais enfin il obéit | et s'éloigna à regret du thn^àlre de sa gloire pour aller périr d'une mort obscure chez une peu«> plade barbare dB l'Afrique» En retournant en Europe (iSop), il dâ)arqu» près du cap de Bonife-Espérance , àla baie de Saldagna^ et fut tué par les nègres de cette contrée.

Albuquerque y son suceesseur , exécuta une entreprise im^ portante, et qui psDcTlra aux Portugais un établissement so* Bde qui leur manquait encore aux Indes. Vers le milieu^ de la* cote de Malabar, dans une île détachée du continent par les deux' bras d'une rivi^e, Goa s'élève en amphithéâtre; 1^ le fleuve quii l'embrasse forme devant ses murs un des plus beau3|. ports, de l'univers. Âlbuquerque sépara de cette vill^ en tSio , et y fixa le siège du gouv^nement. Elle attira bitotot dans son sein le commeree et les xichesses de Calicut, dont le t>Qrt fut abandonné.

La puissance portugaise étant affermie dans les golfes d'Arabie et de Perse , et sur la côte de Malabar , Albuquerque songea à l'étçndre dans l'esjt de l^^e. Il négligea Tile de Ceylan,,don^ Almeydaav^it commencé la conquête, que les Portugais achevèrent dans 1» .suite. Il n'entreprit point de former d'établissement à la côte de Coromandel, dépourvue de ports, inabordable en certains temps de l'année , et où les cqlonies de Çaint-Thomé et de Ijfégapatam ne furent fondées qu'après lui. Il résolot d'aller s'emparer de Malaca^û.^ tuée dans, la C^Lep sonèse ^or , ^t qui était alors le plij^ fameux mardxé de l'Ijide» D^ négocians portugais avaient été m^ssacr^ àxm cetjte ville : ceu^ *noleilU lui seiMt de pré-

2 56 ÀBRBGli DB I«*HISTOIBB GBNBRALB

texte pour l'attaquer. Il parut devant Malaca en iSii : son arrivée avait été prévue ; il éprouva une vive résistance^ en triompha par son coumge, s*en vengea par d'affreux massacres , et, maître de Ja place*et de ses trésors , assura par une forteresse la stabilité de sa conquête. La prise de Malaca et le carnage de ses habitans jetèrent au loin, dans les contrées environnantes, ki terreur du nom portugais. Les rois de Siam et de Pégu^ de Narzingue et de Visapour^ envoyèrent por- . ter à Albuquerque des félicitations arrachées par la crainte , lui -firent offrir le comm^tïe de leurs états, et lui demandèrent ralIîSnce du Portugal. Le zamorip céda à l'invincible ascendant sous l#(^el fléchissait Flnde entière, et consentit i laisser bâtir un fort qui devait dominer ^^licut. Dans le même temps , une escaflre 'détachée de la grande flotte aborda 9xxs,Molu(pies^c^\ né tardèrent 4)as à être rangées au nombre des provinces du Portugal. *

De retour de son expédition de JtEakca, Albuquerque aciieva de réduire le Malabar, qui avait voulu profiter de son absence pour recouvrer quelque liberté. Voyant de nouveaux armemens sortir incessamment d'Egypte , il forma le projet d'aller détruire le port de Suez , pour mettre fin à ce» attaques. Il pénétra dans la mer Rouge; mais les diffiicultés et les dangers que présente la navigation de ce golfe , le for« cèrent de renoncer â son entreprise. Après tant de travaftix et de fatigues, il eut le sort des grands hommes: il fut calomnié par l'envie , et mourut à Gdfei , dans la disgrâce de son souverain, le i6 décembre i Si 5^ Le conquérant devant de royaumes ne laissait point de rk^hesses. Il resta dans l'esprit des Indiens un jprofond souvcïôr de ses vertus et de son désintéressement ; et , long-tempà après sa mort , ils allaient à son tombeau pour lui demander justice des vexations de ses successeurs.

Il fut remplacé par Lopès Soarez d!Alhergaria : ce gouverneur entreprit, en i5i6et iSiy, diverses expéditiongr inutUes sur les côtes de la Perse,, de l'Arabie et dans la mer Rouge. En i5jt8 , il fit voile pou» C^lali : cette île était partagée en neuf royaumes ,*dont le principal était celui de Co-

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DES TEMPS MODEBIVES. aSj

lumbo. Soarez rendit tributaire le roi^de ce pays, et bâtit dans ses états une forteresse. La même année , le vice-roi eut pour successeur Diego Lopes de Sîquêïra. Dans les premiers temps du gouvernement de Soare^> on avait exécuté le pro»jet formé par le grand Albuquerque d'ouvrir des relations avec la C^ne. Une escadre portugaise , commandée par Ferdinand d'Ândréade , y avait porté un ambassadeur ^.Thomas Peinez, <jui fut conduit k Pékin. L'amiral et l'ambassadeur s'étaient concilié , par une conduite prudente et modérée, la confiance des Chinois. On avait permis aux Portugais de parcourir les côtes de la Chine, et d'y faire le commerce. Tous les ports de l'empire allaient leur être ouverts, lorsque ^mon d'Andréade^ frère de Ferdinand, parut avec une nouvelle escadre envoyée par Siqueïra. Simon traita les Chinois comme les Portugais traitaient dans l'Inde les peuples vaincus. Irrités de ses violences et de ses briganda|;es, ils équipèrent une flotte nombreuse, et chassèrent d'insolens étrangers qu'ils avaient d'abord reçus en a;nis. L'empereur fit mettre Thomas Perez en prison , où il mourut ; et la na* tion portugaise fut exclue de la Chine pendant quelques années. Dans la suite , les Chinois s'adoucirent, et il fut permis aux Portugais de faire le commerce dans le port de Saneiam. Enfin, ayant chassé de l'île de Mactiaun pirate qui in*festait les côtes et les ports de la Chine , ils obtinrent cette île de la reconnaissance de lempereur , et y bâtirent une ville (Jui devint en peu de temps florissante. Cette place fut très-avantageuse au commerce qu'ils firent bientôt dans les. îles du Japon. En 154^9 ^^^ tempête jeta un de leurs vaisseaux sur les côtes de ces îles fameuses , où ils furent favo* rablement accueillis, et qui ouvrirent une nouvelle carrière au zèle de leurs missionnaires, et â l'industrie de leurs négocians.

Une expédition dans la mer Rouge, un soulèvement bientôt comprimé dans l'île de Ceylan , une guerre avec MeUc Jaz, prince de Diu, sont, avec le voyage de Simon d'Andréade à la Chine, les principaux événemens tlu gouvernement de Siqueïra qui fut rappelé en i52i , eftj*eniplacé par

s 5 8 ABREGE DE L HISTOIRE GENERALE

Edouard de Menezès, Sous ce gouverneur, le roi d'Ormus ordonna de massacrer tous les Portugais qui se trouvaient dans ses états. Cet orlïre fut exécuté. La tyrannie des vainqueurs excita aussi un soulèvement dans Tîle deTernate, une des Moluques, où les Portugais avaient élevé un fort.

En i524i le roi Jean III ^ successeur d'Emmanuel, envoya Vasco de Gamâ. , avec le titre de vice-roi et une flotte de seize vaisseaux , pour rétablir l'ordre dans les Indes. Cette mission était digne de cet illustre navigateur ; mais il mourut en iSaSjpeu de temps après son arrivée. En 1 538, ses restes mortels furent transportés en Portugal, et ensevelis avec des honneurs qu'on ne rendait gu aux princes du sang royal. Don Enrique de Menezès, son successeur, purgea d'abord les mers de l'Inde des pirates qui les infestaient depuis la mort du grand Albuquerque; il châtia ensuite le zamorin de Calicut qui lui avait donné quelques sujets de plaintes; il sut contenir les Portugais par son administration ferme et juste, et leurs ennemis par la terreur de ses armes. Il avait équipé un grand armement, dont la destination était inconnue, et qui tenait toute l'Inde attentive , lorsqu'une maladie l'emporta en 1626. Après lui, Pedro Mascarenas et Lopez de Sampayo prirent tous le$ deux le titre de vice-roi. Mascarenas battit le roi de Bantam, et le rendit tributaire. La gloire qu'il acquit dans cette expédition aurait pu lui donner l'avantage sur son concurrent, s'il eût pu se résoudfe à la guerre civile; mais il aima mieux soumettre ses droits ou ses prétentions à la décision de treize juges : choisis presque tous parmi les créatures de Sampayo, ils prononcèrent en sa faveur, et Mas- .«arenas fut renvoyé en Portugal. Sous le gouvernement de Sampayo, don Garcie Henriquez brûla Tidor, après un traité de paix qu'il avait conclu avec le roi , empoisonna ce prince , et, par ses cruautés, répandit dans toutes les Moluques l'horreur du nom portugais. Don George de Menezès se porta contre ces insulaires à de semblables excè». Sampayo, de son côté, défit une flotte du zamorin , brûla la ville de Perka, et triompha de l'amirSl de Diu. Il eut pour successeur, en 1 5 29, Nugno d'Acugna , qvi ajouta par des dévastati<;»ns affreuses à la haine

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DES TEMPS MODERNES. sSp

des Indiens pour les conquerans, incendia une multitude de villes, et s'empara en 1 537 de celle de Diu, où Bandour, roi de Cambaje, lui avait déjà permis de bâtir une citadelle. En 1 538 , elle fut assiégée par les Turcs. Us furent repoussés par le gouverneur Antoine de Sylveïra , qui ruina la flotte ottomane. Au moment où Nugno d*Acugna se préparait à porter à Sylveïra un secours dont il sut se passer, il fut rap* pelé , après un gouvernement de dix années. Don Garcie de Norogna fut investi de la vice-royauté. Sous son gouvernement et sous celui SEstevan de Gama et ai Alphonse de Souza^ qui se succédèrent rapidement , les symptômes qui annonçaient la décadence de la puissance coloniale du Portugal «'aggravèrent de plus en plus. Celte petite nation, s'étant trouvée tout à coup en possession du commerce le plus riche et le plus étendu de la terre, ne s'était bientôt plus composée que de marchands, de facteurs et de matelots, que détruisaient de longues navigations. Elle avait aussi perdu le fondement de toute puissance réelle, l'agriculture, l'industrie nationale et la population ; de sorte qu'il n'existait pas de proportion entre son commerce et les moyens de le continuer. Par une faute plus grave encore, elle était devenue conquérante, et avait embrassé une étendue de territoire qu'elle ne pouvait dominer qu'en $'é{|uisant. Soit intolérance religieuse, soit orgueil national, elle dédaignait de mêler son sang à celui des peuples de l'Afrique et de l'Asie ; et ne voulant pas en faire des concitoyens, elle secondamnait à les traiter éternellement en ennemis. A ces causes primitives de dépérissement et de ruine, s'étaient joints avec le temps les vices d'une administration déréglée, et tous les abus de la victoire. La tyranni»* des Portugais , la haine de leur domination, la licence et la corruption de leurs mœurs étalent au comble ; insensiblement leur courage s'était énervé, et leur énergie s'était dissipée au sein de la mollesse. Us se ranimèrent un instant sous don Juan de Castro y nommé vice-roi en i545. Victorieux du roi de Cambaye, et conquérant du royaumie de Diu, Castro voulut , à son retour dans Goa , donner à son armée les honneurs du triomphe, à la manière des anciens; il pensait que

26o ABRiGB DE LmSTOIRE GElfBRALE

ces honneurs seryiraient à réveiller le génie belfiqueux des Portugais , et que le faste de cette cérémonie imposerait à lunagination des peuples. Il entra dans6oa,en 1647, ^^^ un char magnifique, suivi des généraux ennemis et de leurs soldats prisonniers ; ce qui fit dire à la reine de Portugal qu'il avait vaincu en chrétien et triomphé en païen. Il mourut en 1 54s» entre les bras de saint François-Xavier, au moment où il apprenait qu'il était prorogé dans la vice-royauté pour trois ans»

La vigueur des Portugais, que Castro avait ranimée, ne se soutint pas long-temps. Des neuf vice-rois qui se succédèrent depuis 1 548 jusqu'en i568, les uns n'avaient point les talens, les autres les vertus nécessaires pour remédier ou résister à la corruption générale. La licence et les désordres des Portugais devinrent extrêmes. Détestés en tous lieux, ils virent enfin se former une confédération pour les chasser de FOrient. Toutes les grandes puissances de l'Inde entrèrent dans cette ligue, et , pendant trois ou quatre ans, firent en secret des préparatifs. La cour de Lisbonne en ayant été informée, le roi Sébastien fit partir pour l'Inde don Louis cCAtaïde^ et tous les Portugais qui s'étaient distingués dans les guerres de l'Europe. Ataïde déploya une habileté égale aux obstacles qu'il avait à vaincre : il triomphs^ de tous ses ennemis, et l'Inde rentra dans les fers. A la gloire des armes , il joignit celle du gouvernement : il combattit les vices des Portugais, réprima les abus, ramena le bon ordre, rétabUt les ressorts de l'administration : mais ces heureux changemens tenaient au génie de ce grand homme, et quatre années de viceroyauté ne suffisaient pas pour les consolider. Après lui , l'étonnant édifice de la grandeur portugaise dans les Indes chancda de nouveau, et il menaçait ruine de toutes parts, lorsque la conquête du Portugal par Philippe II en i58o et la politique de ce prince vinrent lui porter le dernier coup.

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DBS TBMPS MODBanfiS, a6i

sEcïioii m.

Hist^e de TAmérlque jusqu^â la mort de Gbrktopl|& GoloiDb (i49t>-i5o6)«

Le Ëuneux Grënois, qui fat comme le second créateur dun monde inconnu jusqu'à lui, avait reçu le gënie de la navigation. A quatorze ans^ il entra dans la carrière où son peu* chant Tentraînait, où l'attendait une gloire unique et placée au-dessus de tout parallèle. Après s'être acquis un nom dans quelques expéditions maritimes , Christophe Colomb se mit au service des Portugais. Les brillantes entreprises de cette petite nation qui fit alors de si grandes choses, désignaient le Portugal: à tout homme qu'animait le désir de la gloire et des aventures. Colomb fixa son séjour à Lisbonne, où il épousa la filte de Barthélémy Perestrello , un des capitaines por« tugais qui avaient découvert les îles de Porto-Santo et de Madère. Il puisa de nouvelles connaissances dans les cartes et dans les journaux de cet habile navigateur. De nombreux voyages aux Canaries, aux Açores, aux dififérens établisse-: mens que les Portugais avaient en Afrique , achevèrent de le rendre un des meilleurs marins de TEurope. Enfin, peu content de marcher sur les traces de ses prédécesseurs et de ses contemporains, il forma le projet de trouver un passage aux Indes par une autre route que cdle que les flottes por* tugaises tentaient des'ouvrir à cette époque.

On était déjà parvenu à doubler le cap Vert, et l'on s'était avancé péniblement jusqu'à Féquateur, On espérait faire le tour de l'Afrique, et arriver ensuite aux Indes en prenant la direction de l'est. Mais, en admettant même la découverte de celle route encore inconnue, la longueur elles difficultés du voyage en rendaient le péril certain et le succès douteux. Après de profondes méditations, Colomb crut qu'il était possible de découvrir un chemin plus droit et plus court, et il se persuada qu'en naviguant à l'oUest, au travers de la mer Atlantique , on trouverait infailliblement des pays nou-

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Sfia ABRÉGB DB I<'hISTOIRE GENERALE

veaux qui devaient être, selon lui, une partie du vaste continent de rinde. Cette opinion, où Terreur servait de fondement à la vérité , prenait sa source dans des raisons diverses. On savait que la terre était de forme sphérique , et la grandeur de son volume était déterminée avec assez d'exactitude. De là, on devait raisonnablement conclure que l'Europe, l'Asie et l'Afrique n'étaient qu'une partie du globe terrestre , et que le continent placé dans l'hémisphère connu devait être balancé par un autre continent dans l'hémisphère opposé. « Ces idées, dit Robertson, étaient confirmées par les » observations et les conjectures des navigateurs. Un pilote » portugais s'étant avancé à l'ouest plus qu'on ne le faisait » en ces temps -là, avait trouvé une pièce de bois sculpté » flottant sur les eaux , et poussée vers lui par un vent d'ouesjt, » et il en avait inféré qu'elle venait de quelques terres incon- » nues situées vers le même point. Un beau-frère de Colomb » avait aussi trouvé à l'ouest de l'île de Madère une pièce de 1* bois travaillée de main d'honune, et apportée par le même » vent. Enfin, après des vents d'ouest soutenus pei^nt » quelque temps , on avait aperçu souvent sur les côtes des

• Açores des arbres déracinés, et une fois les corps morts

• de deux hommes dont les traits ne ressemblaient point à » ceux des habitans de l'Europe et de l'Afrique. »

Ces observations suggéraient à Colomb l'espoir de découvrîr des terres nouvelles; mais, abusé par certaines considérations spécieuses , il croyait que ces terres devaient appartenir au continent des Indes. Quelques auteurs grecs qui ^ sans connaître les régions situées au-delà du Gange , se sont hasardés à les décrire, leur attribuaient une immense étendue. Ctésias, Néarque, Onésicrite, et, d'après ce dernier, Pline le naturaliste, semblent les agrandir à l'envi. Au treizième siècle,, le célèbre Marc-Paul avait pénétré dans l'Asie orientale plus loin que tous les voyageurs précédens, et ses pompeuses descriptions des royaumes du Cathay et de Gpango et de plusieurs autres contrées , paraissaient confirmer, relativement à l'étendue des Indes , les exagérations de l'antiquité. De ces notions, quelque défectueuses qu'elles fussent, Colomb tirait

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DBS TEMPS MODBANBS. 363

la conséquence que le continent de Tlnde^ en s*ëtendant vers Test, devait, à raison de la figure sphérique de la terre, se rapprocher des îles nouvellement découvertes à l'ouest de l'Afrique ; que la distance de FAsie à ces iles ne devait pas être fort considérable, et que la route la plus droite et en même temps la plus courte de l'Europe aux parties les plus orientales de ce grand pays, était de naviguer à l'ouest* L'autorité de quelques écrivains anciens , Platon , Aristote et Senèque , appuyait cette opinion de la proximité de l'Inde à l'égard des parties occidentales de notre continent.

Mais pour exécuter son projet, il fallait à Colomb la pro« tection de quelque puissance qui fournît aux frais de l'entre* prise. Sa^ première pensée fut d'en procurer la gloire à sa patrie, qu'une longue absence n'avait point effacée de son cœur. Sur les refus du sénat génois , qui rejeta ses proposi* tions eomme les rêves d'un insensé, il eut recours au Portugal^ sa patrie adoptive. Le roi Jean II l'accueillit avec bonté» et renvoya l'examen de son plan à Diego Ortiz, évéque de Cetita, et à deux médecins juifs savans en cosmographie. On nc^pouyait lui donner de plus mauvais juges. Diego et ses deux collègues avaient adopté dès long-temps, sur l'existence d'un passage aux Indes, la théorie portugaise, entièrement contraire à celle qui leur était soumise. Approuver Colomb, c'eût été se condanmer eux-mêmes; et toutefois y s'ils n'eussent manqué que de cette grandeur d'âme qui consiste à reconnaître dans les autres une supériorité qui nous pèse, on le^r reprocherait seulement une faiblesse ordinaire à la vanité humaine; mais on ne peut rapporter sans indignation que, non contens de différer leur sentence, et de lasser par des lenteurs affectées la'patience de Colomb,. ils conspirèrent pour usurper l'honneur et. les avantages.de son entreprise. De l'aveu de Jean II, qui, oubliant en cette occasion sa générosité accoutumée, entra dans ce honteux complot, ils firent partir un vaisseau qui devait suivre la route que Colomb avait indiquée. Mais le pilote se laissa effrayer par, des vents contraires.: il revint à Lisbonne, et, mesurant à son courage les nobles conceptions du génie, il décria conune

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264 ABRBGB DE LHISTOIRB GEMaiXE

extravagant et dangereux le projet où il avait échoué.

Colomb, plein d'un juste ressentiment, quitta le Portugal, et passa en Espagne vers la fin de Tan 1484. Henri Vil monta bientôt après sur le trône d'Angleterre. Colomb envoya Bar* thélemy, son frère, pour négocier avec ce prince, tandis que lui-même irait proposer son projet à Ferdinand et à Isabelle* Ces deux souverains étaient alors occupés de la guerre contre les Maures. Cependant ils témoignèrent à Colomb quelque bienveillance, et tts chargèrent Ferdinand de Talavera, confesseur de la reine , d'examiner sa théorie. Talavera chercha de bonne foi des lumières, et consulta les Espagnols les moins inhabiles sur un pare^ sujet. Mais , après cinq années vainement employées à répondre aux objections de ses juges et à éclairer leur ignorance, Colomb n'en put obtenir un arrêt favorable. Enfin, Ferdinand et Isabelle lui déclarèrent qu'avant la fin de la guerre des Maures ils ne s'engageraient dans aucune autre entreprise. Ricane décourageait Colomb. Rebuté par des souverains , il s'adressa aux ducs de Mectina* Sidonia et de Medina-Celi, qui, dans le rang de simples sujets, possédaient des richesses royales. Mais, soit dé&ut de conviction , soit crainte de déplaire à leur maître , ces seigneurs refusèrent d'adopter ce que le monarque avait rejeté.

Pour surcroît de douleur, Colomb ne recevait aucune nouvelle de son frère, qui, surpris en mer par des. pirates, était demeuré captif pendant plusieurs années. Il se préparait lui-même à se rendre en Angleterre, lorsque Juan Pérès, prieur d'un couvent où ses fils avaient été élevée , le pria de différer son voyage. Ce reUgieux avait examiné son système , et s'était convaincu de sa solidités II écrivit à Isabelle pour appeler son attention sur le plus grand dessein qu'un mortel eût jamais conçu. La reine frit frappée de ses raisons. Colomb fut invité à revenir à la cour. Il y trouva des protecteurs. Les plus ardens furent Àlonzo de Quintanilla, contrôleur des^ finances de Castille, et Santangel, receveur^ des revenus ec" désiastiques en Aragon. Leur zèle échoua contre les préventions de Ferdinand, naturellement défiant et circonspect ; et Isal^elle même^ qui d abord avait soutenu Colomb , l'aban^

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DES TEMPS MODERNES* a65

donna tout à coup, et rompit la négociation. C'était endurer trop long-temps les caprices d'une cour inconstante; Colomb ne songea plus qu'à partir pour TAngleterre, comme il layaift déjà projeté.

Vers ce temps-là (1492), la viUe de Grenade se rendit. Quintanilla et Santangel saisirent ce moment pour tenter un dernier effort auprès dlsabelle. Ils réussirent à dissiper enfin ses craintes et ses incertitudes. Colomb fut rappelé de nou^ veau. La reine, dans le mauvais état de ses finances, offirit généreusement ses diamans en gage pour procurer Taisent nécessaire àTexpédition; mais Santangel s'engagea à avancer sur-le-champ la somme dont oii aurait besoin, Colomb suivait *déjà la route qui Fallait pour jamais éloigner de l'Espagne, lorsque le courrier dlsabelle l'atteignit. D se hâta de revenir à Santa-Fé, où la cour résidait alors(i), et^ après une courte négociation, l'on signa, le 17 avril x49^9 un traité par lequel « Ferdinand et Isabelle, comme souverains de V Océan, 9 créaient Colomb grand-amiral dans toutes les mers, îles et » continens qu'il allait découvrir; dignité qui serait hérédi- » taire dans sa famille. Il était nommé vice*roi dans toutes )» les terres qu'il découvrirait, office qui passerait également » à sa postérité. H aurait le dixième de tous les profits dan» » les opérations commerciales qui pourraient être le résultat >» de ses découvertes. Enfin , il jugerait souverainement toute» > les querelles qui s'élèveraient en matière de commerce, etc. a

(i) D^s les relations presque familières qu'il eut aTors avec Ie9 deux rois , Colomb , FimagiBation remplie des richesses immenses qui seraient le fruit de ses découvertes , suggéra Fidée de consacrer ces trésors à la délivrance du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Ce qui put par&ttre alors une saillie passagère di'enthousiasme, était un projet conçu dès long-temps et entretenu a^ec constance dans son esprit. Il le médita toute sa yie , et en fit même Fobjet d'une disposi-^ tion expresse de son testament. Il le regardait , en eflfet , comme Fune des deux grandes œuvres qu'il était appelé^ par le ciel à accomplir; et il ne considéra^ par la suite ^ le succès de Fune que comme un moyen préparatoire employé par la Providence pour assurer Fexécution de Fautre.

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tl66 ABREGB DB LHI5TOIRB Glî^lBRALB

Quoique Ferdinand fût nomme dans le traité, la couronne d'Aragon n'entra pour rien dans l'entreprise. Gomme la Castille en fit seule tous les frais, le Nouveau-Monde ne fut découvert et conquis que pour elle ; et, pendant la vie d'Isabelle, la permisdon d'y passer et de s'y établir ne fut guère accordée qu'à des Castillans.

Çlolomb était au comble de ses vœux. La carrière lui était enfin ouverte, et il allait accomplir ses destinées. Une grande reine adoptait ses desseins, et pressait elle-même les préparatifs de l'expédition. Cependant, malgré les efforts de cette illustre protectrice , l'armement ne consista qu'en trois vaisseaux, qui ne seraient guère aujourd'hui que de grandes chaloupes. Colomb montait le premier, qu'il nf^ela Sainte-Marie; les deux autres, la Pinta et la Nigna^ étaient commafidés par les trois frères Pinson, riches marins qid voulurent bien risquer avec Colomb leur fortune et leur vie. Cette escadre, si l'on peut lui donner ce nom, avait coûté 100,000 livres environ de notre monnaie. Telle fut la faible somme qui avait effrayé la cour d'Espagne, et qui lui rapporta un Nouveau- Monde.

Avant leur départ, Colomb et tous ses compagnons appelèrent sur leurs têtes les bénédictions du Ciel par un acte public de reUgion. Ils allèrent solennellement au monastère de Rabida , et y reçurent l'Hostie sainte des mains du prieur Juan Pérès. Le lendemain (3 août 1492)9 Colomb mit à la voile au port de Palos, et cingla vers les Canaries, d'où ensuite il se porta droit à l'ouest, et, après trois semaines de navigation , sa petite flotte se trouva comme perdue sur un océan inconnu et sans bornes. Les Espagnols, mesurant dans leur pensée l'espace immense qu'ils avaient parcouru , sentirent défaillir leur courage. Plus d'une fois , différens pronostics, tirés du vol des oiseaux ou d'autres circonstances , avaient semblé leur annoncer la terre. Leur, espérance, souvent trompée , se changea enfin en désespoir. Ils se reprochèrent leur folle crédulité aux vaines promesses d'un étranger , et s'écrièrent qu'il ne leur restait plus d'autre ressource qu'un promptretour; quelques-uns même desplus audacieux,

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DES TEMPS MODEENES. ^67

pour prévenir les remontrances de lamiral, proposèrent de le jeter à la mer. Par sa présence d'esprit , par ses insinuations ^ . par son adresse , Colomb apaisa les rebelles. Bientôt les indices du voisinage de la terre parurent devenir plus certains. Des oisi^eaux commençaient à paraître en troupes, volant au sud -ouest. Colomb prif; cette direction; mais, après avoir tenu plusieurs jours cette nouvelle route sans succès , les matelots perdirent de nouveau toute espérance. Ils s'assemble^ reat en tumulte autour de Tamiral ; ils le sommèrent , d'un ton menaçant , de reprendre sur-le-champ le chemin de l'Europe. La résistance était inutile et dangereiise. Colomb composa avec la révolte qu'il ne pouvait plus comprimer. Il pro- ITiit à l'équipage de se conformer à sa demande, si , au bout de trois jours, on n apercevait pas la terre : ce fiit là le point fatal de l'entreprise. Les mutins , dans leur impatience, pouvaient rejeter la proposition : ils l'acceptèrent , et l'Amérique fut découverte.

Dans la nuit du onzième jour d'octobi^e , on entendit crier terre! de la Pinta^ qui précédait les autres navires; et, au point du jour , les Espagnols virent une île verdoyante , garnie de bois , et arrosée de plusieurs ruisseaux. Ils chantèrent aussitôt le Te Deum pour remercier Dieu de cette heureuse découverte; puis, versant des larmes de joie, d'admiration et de reconnaissance , ils tombèrent aux pieds de Familial avec toutes les marques du repentir. Ils lui demandèrent pardon de leur incrédulité, de leur insolence, et cet aifenturier^ qu'ils insultaient naguère, et qu'ils menaçaient de la mort ^ ils le disaient inspiré du Ciel , ils le proclamaient supérieur à l'humanité. Au lever du soleil , toutes les chaloupes s'avancèrent vers l'île , enseignes déployées ,. au* son d'une musique militaire. Colomb fut le premier européen qui foula le sol du Nouveau-Monde. Il débarqua, Tépée à la main , et suivi de ses compagnons , à la vue des insulaires attirés par la nouveauté du spectacle. Les Espagnols baisèrent la terre ;■ ils y élevèrent un Crucifix, et prirent ensuite solennellement possession du pays pour la couronne de Castille et de Léon. Colomb appela l'île San-Sahador : elle est plus connue*

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a68 ▲b&eg^ db l'histoire gbnbbâlb

80U8 le nom de Guanahani que lui donnaient les naturels. On apprit de ces insulaires qu'elle était environnée de plusieurs autres, et que leurs habitans s^appdiaient Lucayos : de là , le nom de Lttcayes , qu'on a donné depuis à toutes les îles qui sont à l'ouest et au nord des grandes Antilles, et qui se terminent au cantldeBa/uima, L'amiral visita Guanahani. La plupart des haHtans portaient de petites plaques d'or à leurs narines : c'était le luxe de ces insulaires. Colomb leur ayant demandé d'où ils tiraient ce précieux métal , ils lui montré* rent le sud. Il se dirigea de ce coté, accompagné de quelques naturels de San-Sàlvador. Après avoir visité plusieurs petites îles qui ne lui parurent pas plus riches que Guanahani, il découvrit enfin une contrée d'une grande étendue, à laquelle les insulaires qu'il avait pris à son bord donnèrent le nom de Cuba. Il en parcourut une partie , et fut frappé de la fer* tîlité du sol ; mais il n'y trouva pas l'or en assez grande quantité pour satisfaire l'avidité de ses compagnons. Les naturels du pays indiquèrent vers l'est une île qu'ils appelaient Htati^ en faisant entendre qu'elle produisait en abondance ce métal si cher aux Européens. Colomb y arriva le 6 décembre , et la nomma Hispaniola , en l'honneur de la nation espagnole. Les habitans avaient beaucoup d'or, qu'ils échangèrent avec empressement contre de petits présens , des sonnettes, des grains de verre et des épingles, objets nouveaux pour eux; Ils apprirent à l'amiral que cet or venait du pays de Cih(M^ situé à l'est, à quelque distance de la mer. Il se dirigea aussitôt vers cette province ; elle obéissait à un cacique ou prince, appelé Guacanahari, l'un des cinq souverains qui se partageaient l'île. Le cacique liii envoya des présens , et lui proposa une entrevue. Colomb faisant voile vers le lieu déterminé, son vaisseau échoua contre un écueil. L'équipage se sauva sur les chaloupes de la Nigna. Le cacique et les insulaires , témoins du désastre des étrangers, s'empressèrent à. les secourir. Depuis qu'ils avaient touché le NouveauJffionde, les Espagnols n'avaient rencontré que bonté , douceur et humanité chez ces nations simples dont peut-être ils méditaient déjà ïass^TÎssement et la ruine.

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DES TEMPS MODERHBS. iSg

Colomb aTait besoin alors de cette généreuse hos{Htalité. Il ne lui restait que le plus petit et le plus endommagé de ses vaisseaux. Martin Pinson s'était séparé de lui avec la Pinta. L amiral craignit qu'il ne fût retourné en Europe pour annoncer, le premier, le succès de l'entreprise, et usurper, auprèsde lareine, la gloire et les récompenses dues à l'auteur d'un si noble projet. Cette inquiétude ne lui permit pas de différer son retour ; mais la difficulté de ramener tout son équipage sur un seul vaisseau délabré l'engagea à laisser une partie de ses compagnons dans l'île, pour apprendre la langue et connaître la nature du pays. Il obtint le consentement des babitans, en leur promettant le secours des Espagnols contre les Caraïbes, nation guerrière et anthropophage , qui désolait souyent HcuU. On éleva un fort pour loger les Espagnols^ et les insulaires travaillèrent eux-mêmes avec activité à ériger ce premier monument de leur servitude. On y plaça les gros canons sauvés du naufrage du vaisseau amiral. Pour ajouter à l'idée que les babitans avaient déjà desEspagnob, Colomb, par des épreuves innocentes , fit connadtre à ses hôtes la force des armes européennes , piques , sabres et arquebuses. Lorsqu'il les vit saisis d'étonnement et de frayeur, U ordonna de tirer les -canons du fort. Leur explosion produisit un effet si terrible sur les insulaires, qu'ils tombèrent le visage contre terre, et désor« mais ils regardèrent comme invincible un peuple armé de l'éclair et de la foudre, et qui les lançait à son gré. Les Espagnols ne pouvant plus avoir d'autres ennemis qu'eux-mêmes sur ce rivage , Colomb recommanda à ceux qu'il y laissa en son absence de rester constamment unis. Il leur promit de revenir promptement , et mit à la voile le 4 janvier i493 , emmenant avec lui quelques insulaires, et même un des parens du cacique. Quelques jours après, il rejoignit la Pintaj dont il était séparé depuis six semaines. Son voyage fut heureux jusqu'au i4 de février , et il avait déjà fèdt cinq cents lieues dans la mer Atlantique , lorsqu'il s'éleva une tempête terrible. Cest au milieu de cette tempête que Colomb, menacé d'un naufrage également fatal à sa gloire et à sa vie, composa un récit abrégé de son voyage, l'enveloppa de toile cirée, et

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renferma dans un tonneau qu'il abandonna aux ondes, dans lespérance gue les vents pousseraient sur quelque rivage ce dépôt si précieux à l'Univers. Mais la Providence veillait sur les jours du grand homme qu'elle avait conduit, à travers tant d'obstacles , à de si étonnantes découvertes. L'ouragan s'apaisa peu àpeu , les flots se calmèrent , et le soir du 1 5 février , Colomb aborda à Sainte-Marie , l'une des Açores. Il la quitta dès que le vent le permit. A peu de distance de l'Espagne, il essuya une nouvelle tempête, qui le força d'entrer dans le Tage. Il obtint la permission de se rendre à Lisbonne; il y fut reçu honorablement Admis en présence du roi, il excita par ses récits l'admiration et les regrets de ce prince ; et , dans ces mêmes lieux où ses desseins avaient passé pour les songes d'une imagination en délire , il goûta la joie d'en étaler la réussite à ceux qui les avaient rejetés. Cependant , impatient de revoir l'Espagne , il remit bientôt à la voile; et , le 1 5 mars, il arriva au port de Palos , sept mois et onze jours après en être parti.

De là , il s'achemina vers Barcelonne , où étaient alors Ferdinand et Isabelle. Partout le peuple accourait sur son passage , et lui prodiguait les éloges et les applaudissemens : « Ferdinand et Isabelle, ditRobertson , ordonnèrent que son » entrée dans la ville se fît avec tout l'appareil convenable à » un événement qui allait donner à leur règne un si grand » lustre. Les Indiens, qu'avait amenés Colomb marchaient les

» premiers Après eux , on portait des omemens d'or fa-

» çonnés par l'art grossier de ces peuples , les grains d'or trou- » vés dans les montagnes, la poudre d'or recueillie dans les » rivières , enfin , les différentes productions de ces pays > nouveaux. Colomb fermait la marche , et attirait tous les

9 yeux Ferdinand et Isabelle le reçurent , assis sur leur

» trône , revêtus de tous les ornemens royaux , et placés sous » un dais magnifique. A son approche, ils se levèrent, et , » ne permettant pas qu'il se mît à genoux pour leur baiser la » main , ils lui ordonnèrent de s'asseoir sur un siège préparé » pour lui , et lui demandèrent le récit de son voyage. Il le » fit avec une modeste simplicité Dès qu'il eut cessé de

» parler , le roi et la reine se mirent à genoux pour rendre >» grâces à Dieu, et donnèrent ensuite à Colomb les marques » les plus éclatantes de leur admiration et de leur reconnais- » sance. Il fut confirmé, lui et ses héritiers, dans tous les » privilèges stipulés par le traité de Santa-Fé. Sa famille fut » anoblie...^ Mais ce qui satisfit, plus que toutes tes faveurs » de la cour, son esprit actif et entreprenant, ce fut Tordre » d'équiper sans délai une nouvelle flotte, et de voler à de » nouvelles découvertes, v

Cependant le bruit de son heureux succès se répandait dans toute l'Europe. A Tétonnement succéda promptement la curiosité. On raisonna sur ce merveilleux événement ; on se demanda à quelle division de la terre appartenaient les pays nouvellement découverts ? Les opinions des savans se partagèrent ; mais Colomb , attaché à sa première idée , soutenait qu'ils faisaient partie du vaste continent des Indes. Ce sentiment était confirmé par différentes analogies apparentes ou réelles dans les productioqs et la nature des deux pays. Il fut adopté non-seulement par les Espagnols , mais par toutes les nations de l'Europe. Le Nouveau -Monde fut considéré comme une portion des Indes y et lorsque , dans la suite, l'erreur fut reconnue , il conserva son premier nom ; on l'appelle encore Indes-Occidentales , et les habitans sont appelés Indiens.

Les apprêts de la seconde expédition furent achevés avec cette promptitude qui naît du désir et de l'espérance. Dixsept vaisseaux reçurent qyinze cents passagers , dont une partie devait rester dans le pays et former une colonie. Non contens de ces préparatifs, Ferdinand et Isabelle , pour mieux s'assurer la possession exclusive du Nouveau -Monde, eurent recours au pape Alexandre VI , qui , par un acte de la toute-puissance pontificale, donna à la couronne de Castille tous les pays déjà découverts , et qu'on découvrirait dans la suite. Mais, de peur de choquer par cette concession une prérogative semblable qu'il avait octroyée au Portugal, il fixa pour limite entre les deux nations une ligne imaginaire tiréct d'un pôle à l'autre, et passant à cent lieues à l'ouest des îles Açores, Les Portugais devaient s'étendre à l'est de cette ligne ,

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2y% ÂJodGA DE l'histoieb génbralb

les Espagnols à l'ouest. Ces précautions étant prises , Colomb mit à la Yoile le a5 septembre i493. Ykigt-six jours après son départ , il toucha à une des Caraïbes ou Hes-dw-Vent^ à la* quelle il donna le nom de Désirade. Il découTrit ensuite la JDominique, Marie-Galante, la Guadeloupe , SairU-Jean^de^ Porto-RicOy etc.

Il était trop •pressé de revoir sa colonie pour s'arrêter dans aucune de ces îles , d'ailleurs peuplées dliabitans aussi guerriers et aussi féroces que ceux d'Haïti avaient paru doux et humains. Il continua sa route vers Hispàmola. iMais, en arrivant, il fiit surpris de ne voir aucun Espagnol accourir^ sa rencontre. Il aborda plein d'inquiétude, et trouva le fort entièrement détruit. Après le départ de Colomb , les Espagnols avaient opprimé les insulaires. La tyrannie avait eûfin donné du courage à ce peuple timide. Coanabo , cacique de Gbao , ayant assemblé ses sujets , avait investi le fort, et y avait mis le feu. Des soldats qui le défendaient^ les uns étaient tombés sous les traits de l'ennemi , les autres avaient péri dans les flammes ou dans les eaux. Tel est le récit que fit à 1 amiral un frère de Guacanahari, député près dé lui par ce cacique. L'ambassadeur ajoutait que son frère avait vengé les Espagnols, qu'il avait vaincu Coanabo, et qu'une blessure encore récenteattestait sa fidélité. Colomb le crut ou feignit de le croire. Il jugea que ce n'était pas le moment de se montrer sévère, et, jetant un voile sur le passé , il s occupa de l'avenir. Pour s'assurer du pays, il y éleva, non plus un simple fort, mais une ville qu'il appela Isabelle^ du nom de sa protectrice.

Après avoir établi l'ordre dans sa nouvelle colonie, dont il confia le commandement à son frère tKégo^ il quitta l'âe, et poursuivit ses découvertes, La /a/wû^îijrttô et l'île de Sainteilfar^Ad furent les principales. En longeant la côte sud de Cvbay il se trouva engagé dans un labyrinthe formé d'un nombre infini de petites îles qu'il appela le Jardin de ta Reine. Dans cette route inconnue et difficile , retardé par ïes vents contraire, assailK par de furieuses tempêtes, il essuya des fatigues inouïes. Sa vigueur naturelle y succomba, et, saisi d'une fièvre violente que suivit une léthargie profonde,

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il fut en danger de la vie. Il revint languissant à Isabelle où la joie de retrouver son frère Barthélémy, après treize ans de séptiration , hâta sa convalescence.

Barthélémy, en sortant de captivité, était tombé dans l'indigence. Long-temps il n avait subsisté à Londres que du fruit d*un travail peu lucratif : il dessinait et vendait des cartes. Il avait ménagé lentement le superflu de cette faible ressource pour pouvoir s'habiller décemment et oser paraître à la cour. Admis enfin en présence du roi, et honoré d un gracieux accueil, mais bercé de vaines espérances, il avait quitté r Angleterre, était passé en France , n'avait point invoqué en vain la munificence de Charles VIII , et était arrivé en Espa^^ne au moment où son frère venait de partir pour sa seconde expédition. Il n'avait pas tardé à le suivre avec trois vaisseaux que * lui avaient donnés Ferdinand et Isabelle , et qui furent pour Colomb un utile renfort.

En l'absence de l'amiral, les soldats qu'il avait laissés à la colonie avaient secoué toute discipline. Leurs violences et leurs brigandages avaient irrité les habitans. Colomb lîii. même contribua à les pousser au désespoir par une perfidie indigne de son caractère : à son retour , il fit enlever par ruse Coanabo , dont il craignait le génie entreprenant , et fit embarquer pour l'Espagne ce malheureux cacique, qui fut sulwnergé dans une tempête. Cette trahison souleva les insulaires : ils résolurent d'attaquer leurs oppresseurs avec toutes leurs forces réunies, et de les accabler sous le poids de la multitude. Des aventuriers qui avaient suivi Colomb un grand nombre étaient morts ou hors d'état de servir* d'autres étaient retournés en Espagne. Il e'ntra en campagne avec deux cents hommes de pied, vingt chevaux et autant de dogues disciplinés au combat et au meurtre, redoutables ennemis pour des hommes nus et timides. Les Indiens au lieu de faire une guerre d'embûches dans leurs bois et dans leurs montagnes, prirent poste à Veça-Real, la plus grande plaine du pays. Colomb se hâta de les attaquer (i4g5). La victoire fut aisée, et ne coûta point de sang espagnol. Les vaineus furent soumis à un tribut. Tous les caciques avaient

2^4 ABaÉGB DE LHISTOIAX GSITÉ&ÂLB

pris part au soulèvement^ à FexceptioQ de Guacanahari, qui demeura toujours attaché aux Espagnols. Bientôt ce cacique, pour prix de cette honteuse fidélité aux tyrans de sa patriei fot rangé sous la servitude cmpmune. Dans la suite, rejetant un joug insupportable , il s'enfuit avec ses sujets dans les cavernes et dans les montagues, où il périt de foim et de misère.

Tandis que Colomb jetait les fondemens de la domina* tion espagnole dans le Nouveau-Monde, des courtisans ja^loux travaillaient à le perdre auprès de Ferdinand et d'Isabelle. On calomnia toute sa conduite; et ses accusateurs parvinrent à faire nommer un commissaire chargé d'aller à Hispaniok examiner son administration. Colomb n'attendit

* point un juge prévenu : il remit le gouvernement de la colonie à Barthélémy, son frère, avec le titre diadelantadoy ou de lieutenant-général y et partit pour l'Espagne /espérant faire aisément briller son innocence aux yeux du roi et de

^ la reine. U parut à la cour avec la confiance tranquille et môdeiste d'un homme irréprochable. Ferdinand et Isabelle rougirent d'avoir écouté ses accusateurs, et le comblèrent de marques d'estime et de distinction. Il obtint une nouvelle escadre avec tout ce qui était nécessaire pour achever rétablissement de la colonie d'HispanioIa^ On embarqua des colons de tous les ordres et de toutes les professions , con* formément aux besoins de la colonie. Il y avait parmi eux un grand nombre de cultivateurs , et une troupe d'ouvriers habiles dans l'art d'exploiter les mines. Malheureusement on prit une disposition funeste qui corrcmipit tout le firuit de ces sages mesures. IColomb , dans son impatience de pmipler Hispaniola, proposa d'y transporter et d'y em|Joyer aux travaux des mines les malfaiteurs condamnés aux galères ou à la mort, pourvu que leurs crimes ne Aissent pas d'une nftr tuxe atroce. On adopta cet imprudent avis. Les prisons s'ou^ vrirent pour verser sur le Nouveau -Monde le rebut de l'Espagne, et la déportation Ait à l'avenir autorisée en cer-^ tains cas. On entreprit de fonder des sociétés avec ce qui sert à les détruire.

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DES. TSMFS MOPSRJfSS. 3^5

Après bien des retardemens apportés à cette expédition par Fonseca, évêque de Badajoz, ministre des paires de l'Inde, le plus puissant des ennemis de Colomb , ce grand homme mit à la voile le 3o mai 1498. Le i^' août, il aborda à une île' considérable qu'il nomma île de la Trinité y nom qu'elle conservé encore aujourd'hui. Elle est située sur la côte de la Guiane, près de l'embouchure de TOrénoque. Cette rivière roule à l'Océan une énorme masse d'eau. Lorsqu'elle rencontre la marée, son impétuosité la refoule au loin avec une agitation terrible. Colomb pensa avec justesse qu'une telle rivière ne pouvait être fournie que par un grand, (^ontine^t. Plein de cette idée, il navigua à l'ouest , le long des provinces qui sont aujourd'hui connues sous les noms de Paria et de Cumana^ et toucha au continent du Nouveî^u-Monde, dont il avait déjà découvert les îles.

Pendant son absence y son frère Barthélémy, à qui il avait confié le gouvernement SHispamolay avait transporté la colonie d'Isabelle dans un heu plus commode, et avait fondé la ville de Sainl'DonUngue , qui fut depuis si florissante. Il ftvait ensuite parcouru les différentes phrties de l'île que Colomb n'avait pas visitées ou assujéties. Cependant les Indiens, réduite à un esclavage intolérable , s'étaient révoltés de nouveau ; mais une révolte plus dangereuse éclata parmi les Espagnols mêmes. François Roldan, que Colomb avait laissé à llispaniola en quaUté dialcade^major^ ou chef de la justice, naturellement turbulent et ambitieux , souleva contre Barxhéleïfij une partie des Espagnols, La vigilance et le courage de ïadelanlade firent échouer les projets des mutins , qui se retirèrent dans la province de Xaragua. Mais ils s'y main^ tii^fent contre le gouverneur, et ils étaient loin de songer à se souifiettre , lorsque Colomb arriva à Saint-Domingue. Il crut plus sage de négocier que de combattre. Il publia une amnistie qui ramena quelques mécpntehs. Enfin, il traita avec les rebelles, promit à Roldan de lui rendre son emploi, eti accorda à ses complices la plus grande partie de leurs de- ^a^tc^ess ,IU obturent des terres pour chacun d'eux en dif* Ééren^ lepdrpit^ de Hle , e^ l'on imposa, ^«x^ Jndiens dp chaque

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276 ABB^G^ DB LHISTOIBB GlàlfBBALB

district l'obligation de cultiver une certaine quantité de terrain pour leurs nouveaux maîtres. Ce travail fiit' substitué à Fancien tribut. Telle fiit Torigine des réparUmientos ou répartitions d*Indiens, dont rétablissement fut pour ce malheureux peuple la source de vexations et de calamités sans nombre.

L'esprit de sédition n était point encore étouffé. La nécessité de surveiller les mutins ne permit pas à Colomb de tenter de nouvelles découvertes. Il fit passer à la cour un récit de la révolte d'Hispaniola. Les rebelles y envoyèrent leur apologie. Plusieurs se rendirent en Espagne : ils peignirent Colomb sous les couleurs les plus défavorables. Fonseca appuyait leurs griefs avec son animosité accoutumée. Isabelle, qui avait toujours protégé Colomb ,fut à la fin ébranlée ellemême par le nombre et la violence de ses accusateurs : elle prêta Toreille à la calomnie , et laissa nommer un commissaire chargé d'aller à Hispaniola examiner l'administration de Colomb, avec pouvoir de le déplacer, s'il jugeait les accusations bien fondées (i5oo). Ce commissaire , François de Bovadilla, avait résolu d'avance de le trouver criminel. Par son ordre, l'amiral fut an*êté, chargé de fers, et embarqué ' pour l'Espagne avec ses deux frères enchaînés comme lui. Lorsqu'il fiit hors de la vue de l'île, Alonzo de Vallejo, capitaine du vaisseau qui le portait , offrit généreusement de lui ôter ses fers. Colomb déclara qu'ils ne tomberaient que par l'ordre de ses souverains. Ferdinand et Isabelle apprirent avec une indignation feinte ou réelle l'outrage fait à l'amiral : ils ordonnèrent de le mettre en liberté , et l'invitèrent à se rendre à la cour. Il se justifia facilement. Bovadilla fiit révoqué , mais Colomb ne recouvra point son titre de viceroi des pays qu'il avait découverts. On le retint à la cour sous divers prétextes, et Nicolas d'Ovando fut nommé au gouvernement d'Hispaniola (i 5oi). Ce dernier affront acheva d'aigrir l'amiral; il ne put cacher davantage son ressentiment. Partout où il allait, il portait kvec lui, comme un monument de l'ingratitude des Espagnols , les fers dont on l'avait chargé. Il les tenait toujours suspendus dans sa chambre, et

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DES TBMPS MODERNES. ^77

il voulut qu'à sa mort on les ensevelît avec lui dans son cer cuell.

Ces injiistices ne purent cependant éteindre en lui sa passion pour l?s découvertes. Il entreprit un quatrième voyage en i5o2. Il se proposait de naviguer directement vers le continent d'Amérique; mais il toucha à Hispaniola pour y changer un de ses vaisseaux qui était mauvais voilier, et pour s'y mettre en sûreté contre une tempête que difFérens pronostics lui présageaient, Ovando refusa de le l'ecevoirjCt méprisa en même temps l'avis qu'il lui donna de retarder le départ d'une flotte de dix-huit vaisseaux qui allait faire voile pour l'Espagne. Cette flotte y assaillie par l'ouragan que Colomb avait annoncé, périt presque tout entière. Elle portait Bovadilla , Roldan et les plus ardens ennemis de l'amiral, qui furent engloutis dans les flots. Colomb, qui avait prévu le danger, sauva sa petite escadre. Après une longue navigation, il découvrit Guanaia, île voisine de la côte de Honduras. De là il se porta à l'est vers le golfe de Darien, Il côtoya et reconnut le continent depuis le cap Gradas-a- Dîos jusqu'au havre de Porto-Bello. Battu par des tempêtes furieuses qui firent périr deux de ses vaisseaux , il quitta ces parages qu'il avait nommés la Côte des Contrariétés. 'ExAu^un nouvel ouragan le força d'échouer sur les côtes de la Jamaïque. Les naturels du pays lui donnèrent deux canots , sur lesquels deux gentilshonunes particulièrement attachés à Colomb, Mendez, espagnol, et Fieschi, génois, osèrent s'embarquer pour aller chercher des secours à Hispaniola. Rebutés par Ovando , ils ne ramenèrent qu'au bout de huit^ mois un vaisseau qu'ils achetèrent à Saint-Domingue , et sur lequel Colomb se hâta de repasser en Espagne. Il apprit, en abordant, la mort de la reine Isabelle (i5o4). Cette perte détruisait les espérances qu'il avait fondées sur la justice et sur la bienfaisance de cette princesse. Toujours négligé par l'ingrat Ferdinand ,^ il se retira à ValladoUd , où il acheva ses jours en i5o6, dans la cinquante-neuvième année de son âge. Son corps fut porté à Séville, et enseveli avec pompq

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Îiy8 ABRÉGÉ DB l'hISTOIRB GÉNÉRALE

dans la cathédrale. On y éleva un monument sur lequel fiu^ rent gravés ces mots :

A Castilia y a Léon Nuevo mundo dio Colon.

« Colomb a donné un nouveau monde à la Castille et à Léon. »

En I S 36, ses restes mortels et ceux de son fils Diego furent transportés à Hispaniola^ et enterrés dans la cathédrale de la ville de Saint-Domingue , d'où ils furent encore exhumés de nos jours, et transférés à la Havane, dans l!île de Cuba ( i5 janvier 1796).

La découverte du Nouveau*Monde avait fait naître chez les Espagnols le goût des entreprises maritimes. Les premières tentatives avaient d'abord été conduites par Colomb seul et aux frais du souverain. Des armateurs particuliers , séduits par rheureux succès de ces expéditions , offrirent bientôt de voyager à leurs dépens. Alonzo d'Ojeda , un des officiers qui avaient accompagné Colomb dans son second voyage , obtint le premier, malgré le traité de 149^9 la permission de naviguer au Nouveau-Monde. Il partit en i499« ^ suivit servilement Ifes traces de Colomb, arriva à la côte de Paria, et retourna en Espagne , après avoir reconnu une grande étendue de côtes et vérifié lopinion de Tamiral, qui avait regardé ces pays comme faisant partie d un continent. Améric Ves* puce, gentilhonune florentin, accompagnait Ojeda dans ce voyage. Ses connaissances dans Tart nautique lui donnèrent tant d'autorité sur ses compagnons, qu'ils lui laissèrent la direction principale de l'entreprise. De retour en Europe, il composa la relation de ses aventures , et il osa , dans son récit, s'attribuer l'honneur d'avoir découvert, le premier (i),

(i) L'imposture de Vespiice est depuis long-temps reconnue. Mais quand ses récits menteurs eussent préralu , la gloire de Colomb n ep eût souffert aucune atteinte. Elle n'est point limitée à la découverte de quelque subdivision de Thémisphère occidental; elle en embrasse la totalité. Ëxislail-il un nouveau monde? La résolution de #e grand

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le continent du Nouyeau-Monde. Le voyage dAméric était écrit avec esprit et élégance. C'était la première description du Nouveau-Monde quon eût publiée jusqu'alors. Peu à peu on s'accoutuma à appeler ce pays du nom de celui qui se vantait de l'avoir découvert; injustice consacrée par le temps, et désormais irréparable.

L'an i5oo, Vincent Yanez Pinson, un des compagnons de Colomb dans son premier voyage , fit voile au sud, passa la ligne, et côtoya l'Amérique méridionale jusqu'à la rivière des Amazones.

Dans te même temps, les Portugais abordèrent au Brésil, ( Voyez ci-dessus^ section II de ce cfiapkre.)

Enfin, en i5oi, Roderîgo de Bastidas découvrit toute la côte de la province de Terre-Ferme ^ depuis le cap Vêla jusqu'au golfe de Darien , mais sans y former aucun établissement. Tel était, ^vant la mort de Christophe Colomb , l'état des découvertes dans le Nouveau-Monde.

SECTION IV

Histoire de rAmérique, depuis la mort de Christophe Colomb jusqu'à la conquête du Mexique par Feruand Cortez inclusiyemeut (i5o6-i5ai).

Les Espagnols donnèrent pendant quelques années leurs premiers soins à la colonie d'Hispaniola. Ovando y gouverna les Européens avec justice et sagesse : il fonda plusieurs villes nouvelles en différentes parties de l'île; il forma de vastes plantations de cannes à sucre , dont l'exploitation devint en peu dannées la principale occupation des habitans d'Hispa-

problâme importait seule à la renommée de Tillustre Génois. Il est sans intérêt de saToir qui aborda le premier au continent du nouvel hémisphère , de Colomb ou de Vespuce. Au reste ^ ce ne fut probablement ni Tun ni Tautre , mais le yénitien Cabot , qui était au service de FAngleterre, et qui, en 149B, côtoya TAmériquc septentrionale » depuis le Labrador jufcqu*à la Floride.

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niola et la source la plus abondante de leurs richesses. Mais ce même homme , qui faisait chérir son gouyemement aux Espagnols, traitait les Indiens avec inhumanité. La reine Isabelle, instruite des misères auxquelles ce peuple infor* tuné était en proie depuis les repartimientos ^ avait rendu une ordonnance par laquelle il était défendu de le forcer au travail. Mais après la^mort de cette princesse , Ovando réduisit de nouveau les Indiens en esclavage , et les distribua entre les Espagnols pour être employés à la culture des terres et à l'exploitation des mines. Condamnés sans relâche à ces rudes labeurs par des maîtres insatiables^ les uns périssaient de fatigue et d'épuisement; d'autres, succombant au dése3poir, terminaient eux-mêmes leurs misérables jours. Aussi la population se détruisait avec une effrayante rapidité. Lorsque les Espagnols abordèrent dans l'île , elle pouvait renfermer un million d'habitans j quinze années après, en 1607, ils se trouvaient réduits à soixante mille. Ovando fut révoqué en i5o8. Don Diego, fils aîné de Colomb, ayant fait valoir avec succès les droits qu'il tenait de son père, fut envoyé à Hispaniola. Ce changement de gouverneur n'améliora point le sort des naturels; et, en i5i6, on n'en comptait plus que quatorze mille. La conduite violente des conquérans toucha le cœur de tous les Espagnols en qui il restait quelques sentimens d'humanité. Les missionnaires envoyés en Amérique pour convertir les Indiens au christianisme, attaquèrent , les premiers^ les repartimientos. Les Dominicains s'honorèrent» entre tous les autres religieux, par leur zèle ardent pour un peuple infortuné. Dès l'an i5i i ,. Antoine Montésino,. un de leurs plus célèbres prédicateurs, s'éleva contre un usage barbare dans la grande église de Saint-Domingue. Les officiers royaux l'accusèrent auprès de Ferdinand. Il passa la mer pour se justifier, et l'on rendit en faveur des Indiens quelques ordonnances propres à adoucir leurs maux, mais qui ne furent point exécutées.

L'inutilité des tentatives de Montésino ne découragea point les missionnaires, et la charité chrétienne suscita aux opprimés un défenseur que l'humanité met au nombre de ses héros.

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DES TEMPS MODERNBÇ^ 28 1

Ce fut le célèbre Barthélémy de Las Casas. Après de vains efforts pour modérer la tyrannie des Espagnols, il partit pour TEspagne en i5i6. Admis en présence du roi, il lui peignit avec autant de liberté que d'éloquence les malheurs d'une race innocente, et lexhorta à y porter remède. Ferdinand le lui promit ; mais sa mort laissa ce soin au cardinal Ximénès, régent de Castille, en l'absence de Charles-Quint, son successeur. Ximénès envoya en Amérique trois moines hiéronymites, comme surintendans de toutes les colonies, avec l'autorité suffisante pour décider en dernier ressort la grande question de la liberté des naturels. Las Casas les accompagna avec le titre de Protecteur des Indes, Ces commissaires se conduisirent avec prudence et modération. ^Après un mùr examen , ils crurent reconnaître que l'esclavage des I^ndiens était nécessaire pour l'existence de la colonie , et se contentèrent d'employer leur autorité , leur exemple et leurs exhortations pour rendre le joug plus supportable. Ces tampéramens déplurent à Las Casas : ils lui parurent l'ouvrage d'une politique mondaine, qui consacrait une injustice utile. Il repassa en Europe ; il négocia avec les ministres de Charles- Quint ; mais l'impossibilité de faire fleurir la colonie sans forcer les Américains au travail ^ était une objection insurmontable contre son plan de liberté. Pour lever cet obstacle, il proposa d'acheter des noirs en Afrique dans les établissemens des Portugais, et de les transporter en Amérique, où on emplcHcrait au travail des mines et de l'agriculture cette espèce d'hommes plus robuste que les Américains, Charles-Quint accorda à un seigneur flamand le privilège exclusif d'importer aux Indes occidentales quatre mille Noirs (i). Celui-ci le vendit à des marchands génois qui, les premiers, établirent avec une forme régulière ce commerce odieux. Mais ces marchands, avec Tavidité ordinaire aux monopoleurs, demandant bientôt un prix exorbitant

(1) Dès Tan i5o3 , et huit ans après , en i5i i , on avait envoyé en

Amérîque un certain nombre d'esclaves nègres. On cakukit que le

' travail de chacun d'entre eux équivalait à celui de quatre Américains ^^

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aSa ABRÉoé db lhistoirb gbnbbale

des Noirs qulk portaient à Hispaniola , on en vendit trop peu pour améliorer 1 état de la colonie. Las Casas , désespérant alors de faire aucun bien aux Indiens dans les établissemens déjà formés , proposa de créer sur le continent de l'Amérique une colonie de cultivateurs, d artisans et d'ecclésiastiques, d*où les navigateurs et les gens de guerre seraient exclus. Il s'engageait à civiliser les Indiens, et à les accoutumer au travail , sans les y contraindre par l'esclavage. On lui céda (i Sao) un espace de trois cents milles sur la côte de Gumana ; mais il ne put déterminer qu'un /petit nombre d'artisans et de cultivateurs à l'accompagner. Lorsqu'il arriva en Amérique, il trouva les Espagnols engagés dans une guerre contre les habitans de Cumana , et prêts à porter le fer et le feu dans cette contrée. Tout concourut à faire échouer son projet. Ses démarches en faveur des Indiens l'avaient rendu odieux à ses compatriotes. Accablé du mauvais succès de ses nobles desseins, il s'enferma dans le couvent des Dominicains à Saint-Domingue , et prit bientôt après l'habit de cet ordre.

Tandis que des hommes généreux plaidaient vainement la cause des Américains, les Espagnols avaient poursuivi leurs découvertes. En i5o8, Juan Ponce de Léon pénétra dans l'intérieur de llle de Porto^Rico. Réduits en esclavage, et traités avec la même rigueur que ceux d'Hispaniola, les naturels furent anéantis en peu d'années.

Vers le même temps , Sébastien de Ocampo fit le tour de Cuba, et reconnut avec certitude que ce pays, regardé d'abord comme un continent, était une grande île.

En 1 5o9 , Juan Diaz de Solis et Yanez Pinson , qui , l'année précédente, dans un voyage au continent , avaient découvert la vaste province SYucatan , naviguèrent au sud , et s'avancèrent jusqu'au quarantième degré de latitude méridionale. Leur voyage servit à donner aux Espagnols des notions plus justes et plus précises sur l'étendue du Nouveau -Mo.nde. On songea alors à former des établissemens sur le continent. Une petite colonie fut d'abord fondée vers le golfe de Darien par Nugnez de Balboa.

En 1 5 1 1 , Diego Colomb résolut de soumettre l'île de Cuba.

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Yelasquez fut mis à la tête de l'expédition. Il ne rencontra d obstacle que de la part du cacique Hatuey , qui s*était enfui d'Hispaniola , et avait pris possession de Textrémité orientale de Cuba. Instruit que les Espagnols devaient venir Fat* taquer, il assembla ^es amis et ses alliés; il les engagea à jeter à la mer tout For qu'ils avaient, cet or qui était le dieu des Espagnols, espérant les détourner de leur entreprise, en détruisant Fappât qui les attirait. Trompé dans son attente, il se mit sur la défensive ; mais sa troupe fat aisément rompue et dispersée, et lui-même fut fait prisonnier. On le condamna an supplice du feu. Lorsqu'il était attaché au poteau fatal, un moine franciscain s'efforçait de le convertir, et lui promettait les délices du Ciel s'il embrassait la foi chrétienne. « Dans ce lieu de délices dont vous me parlez , dit le cacique , y a-t-il des Espagnols?» — « Oui, répondit le missionnaire, mais ceux-là seulement qui ont été justes et bons. » — « Justes et bons! cela est impossible; je n'y veux point aller, » dit Hatuey ; etil expira dans les flammes. Cel ex^nple effrayant de la barbarie des Espagnols frappa de terreur les naturels : ib perdirent toute idée de résistance, et la conquête de File entière ne coûta pas un seul honmie à Yelasquez.

En 1 5i3, Juan Ponce dé Léon , ayant dépassé les îles Lu* cayes, cingla au sud-est, et découvrit la Floride* Sur une ancienne tradition des Américains, que, dans une des Lucayes^ et proche du canal de Bahama^ il y avait une fontaine dont les eaux rajeunissaient les vieillards qui s'y baignaient, Ponce de Léon chercha long-temps cette merveilleuse fontaine^ recherche qui, fondée sur des chimères, produisit cependant un bien réel , en procurant une connaissance exacte du ca« nal de Bahama , que les navigateurs commencèrent bientôt à suivrie pour repasser en Europe.

En iS i3, Balboa, gouverneur de la colonie du Darien , ap^ prit d'un cacique du pays qu'à la distance de six soleils, c'està-dire de six jours de marche vers le sud, il y avait un autre Océan qui baignait une opulente contrée, où For était si commun qu'il servait aux plus vils usages. Ce fut le premier indice que reçurent les EspagtM>ls de Fexistence du Pérou et

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du grand Océan méridional. Balboa, pressé de vérifier par lui-même ce qu'il venait d'apprendre, partit avec cent quatrevingt-dix hommes, et, surmontant des difficultés inouïes, il pénétra jusqu'à la mer du Sud, dont il prit possession au nom de la couroiine de Castille. Les Indiens de cette côte mirent le comble à sa joie, en l'assurant qu'il y avait au loin, vers l'est , un riche et puissant royaume : mais , trop prudent pour en ehtreprendre la conquête avec ime poignée d'hommes épuisés de fatigues, il remit cette expédition à d'autres temps, et revint à Santa-Maria, siège de sa colonie. Son premier soin fut d'annoncer ses découvertes à la cour d'Espagne, et de demander des renforts. Ferdinand en envoya; mais il les mit sous la conduite de Pédrarias d'Avila, qu'il nomma gouverneur du Darien ( i5i4). Pédrarias persécuta Balboa , dont il était jaloux, lui chercha des crimes, et le fit périr sur un écliafaud ( 1 5 1 7 ).

Pendant que ces événemens se passaient dans le Darien , il se faisait ailleurs d'autres opérations importantes. Juan Diaz de Solis côtoya, en i5i5, l'Amérique méridionale jusqu'à l'embouchure de Rio-^-la-Plata y Tune des grandes rivières de cette partie du Nouveau-Monde. Il fut tué par les peuples anthropophages de cette contrée avec quelques-uns de ses compagnons. Les autres retournèrent en Europe, sans pousser plus loin leurs découvertes.

En i5i8, Jean de Grijalva dépassa la péninsule dTucatan, et faisant voile à l'ouest, il arriva à un pays qui offrait l'image d'une civilisation déjà avancée (i). Des villages où l'on dis-

(1) Quoique peu différens, sous certains rapports, des tribus sauyages dont ils étaient environnés , les Mexicains leur étaient , en général, bien supérieurs. Le droit de propriété, ailleurs inconnu ou trèsborné , était établi chez eux dans toute son étendue. Ils connaissaient la distinction des propriétés foncières et usufruitières, meubles et immeubles , transmissibles par échange , vente ou succession. Agriculture^ industrie > commerce, cités populeuses, notions de quelques arts , séparation des professions , distinction des rangs , gou- ▼ei*nement régulier, on trouvait 4;hez eux tout ce |qui annonce dans

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DES TEMPS MODERNES. ^ l85

tinguait des maisons de pierre étaient répandus sur la côte. Un soldat ayant remarqué que cette contrée ressemblait par son aspect à TEspagne, Grijalva lui donna le nom de Nouçelle-Espagne y qu elle a conservé. Les naturels lui firent entendre par signes qu ils étaient sujets d'un grand monarque appelé Montezuma, dont la domination s'étendait sur un vaste empire. Grijalva, n'ayant point de forces suffisantes pour se maintenir dans ce pays, n'y forma point d'établissement , et retourna à Cuba six mois après en être parti. Dans le cours de ce voyage, il avait aussi découvert les îles dé Cozumel et de SainUJean-d^Ulloa^ et celle des Sacrifiées^ ainsi appelée parce que les habitans immolaient à leurs dieux des victimes humaines.

Yelasquez hâta les préparatifs d'un puissant armement pour la conquête de la Nouvelle -Espagne. Il choisit Fernand Cortez pour le commander. Gortez était né en 148 5, à Medefllint, petite ville d^Estramadure , d'une famille plus noble qu'opulente. D'abord destiné à l'étude des lois ,'il avait étudié à Salamanque ; mais son génie l'appelant au métier de la guerre, il avait renoncé à la jurisprudence, était passé en Amérique en i5o4, et s'y était acquis de la réputation. Ve< lasquez crut trouver en lui un homnœ tel qu'il le desirait, doué du talent de commander , mais à qui son rang et sa fortune ne permettaient pas d'aspira: à l'indépendance. Bientôt il se repentit de soilMchoix. Gortez ayant mis à la voile >je|; étant anivé à k. Havane, Yelasquez. envoya l'ordre de l'arrêter; mais , soutenu, par. ses soldats impatiens de comii^ei[>cef l'eoqpéâition , Fernand brava son ennemi. Il partit de la Havane le 10 février iSrp. Sa flotte consiâlait en onze v4i^7

■ I» iniJ. \* o ■'■■' j ».i '■ n ■■'» ■!' '. ■ I I ■ .M I, .1 ,;,,

ira peuple un état déjà avancé de civilisation. D'un autre <îo|é^ leurs gueiTes ,pç|:^pétueUei et féroces (ils égorgeaient et mangeaient leurs pi;i?piinier3)-> leurs cérémonies funèbres souillées du même caract(ère de cruauté , leurs superstitions atroces , l'imperfection de leurs connaissances agronomiques et industiielles , le défaut de routes pour les communications^ , de monnaie et de tout autre moyen général d'échange pour le commerce , prouvent qu'ils étaient loin d'être sorti» dé la btirb^t^e. f

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^86 ÀBRÉGB OB LHISTOimS GBKBRALE

seaut. Elle portait six cent dix-sept hommes, dont cinq cent huit soldats et cent neuf matelots et ouvriers. Us n'avaient que seize chevaux et dix petues pièces de campagne. Gomme l'enthousiasme religieux se mêlait dans toutes les entreprises des Espagnols à lesprit de découvertes et de conquêtes, leurs étendards portaient une grande croix , avec cette épigraphe : Suwons la croix ^ car sous ce signe nous 'vaincrons.

Cortez relâcha à File de Cozumel , où il racheta des mains des Indiens Jérôme d'Aguilar, espagnol qui, huit ans prisonnier parmi eux, avait appris leur langue, et fut souvent utile à Cortez en qualité d'interprète. De Cozumel il s'avança à Tabasco. Les naturels entreprirent de l'arrêter; vaincus en plusieurs combats, ils demandèrent la paix, reconnurent le roi de Castille pour leur souverain , et donnèrent à Cortez des provisions , de l'or et vingt fenmies esclaves. L'une d'elles, remarquable par sa beauté, fut baptisée sous le nom de Marina, et rendit aux Espagnols de grands services dans l'expédition du Mexique. A Saint-Jean-d'Ulloa , Cortez reçut une ambassade de Pilpatoë et de Teutilé , l'un gouverneur , et l'autre C2q)itaine des troupe^;de la *province voisine, pour l'empereur Montezuma. Marina servant d'interprète, il apprit que ces députés étaiei^ chargés de lui demander , au nom de leur souverain , le ^ujet «de son arrivée. Cortez répondit qu'il venait avec dessentimens d'amitié, et qu'il ferait connaître ses intuitions au gouverneur. Le lendemain , il prit terre au Mexique, et les Indiens aidé* rent eux-mêmes à son débarquement. Bientôt après, Pilpaléè et Teutilé vinrent le visiter avec une suite nombr^i^ise. IMeur annonça que Charles d'Autriche , roi-de.Casitillet^ le plus puissant monarque de l'Est, le députait auprès dé Montezuma, et il demanda à être conduit sur-le-champ en présence de ce prince. Les souverains du Mexique, pour être instruits promptement de ce qui se passait dans leur vaste empire^ entretenaient des courriers sur les principales routes. On 4épêcha ces courriers à Monteziuma pour Tinformer de l'arrivée et des projeta des Espagnols* Il leur envoya des présens magnifiques; mais il les invitait en même temps à sortir

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Ni

DB9 TBMPS MODBRITES. ^87

de ses don^iaines. Gortez insista avec une fennetë qui imposa à Montezuma.

La puissance de ce prince le mettait en état de prendre un parti vigpureux , et son caractère même semblait 1 y porter. De tous les enij)ereurs qui avaient régne sur le Mexique, ii était^ le plus fier^ le plus violant , le plus éloigné de souffrir la moindre résistance k ses volontés. Sa tyrannie avait excité plusieurs révoltes; mais il avait réduit les provinces rebelles^ excepté celles de Mechoacan, de Tepeaca et de Tlascala^ et il se vantait de n avoir différé de les soumettre que pour fournir des victimes à ses barbares sacrifices. Cependam, intimidé par Vaudace de l'Espagnol, effrayé d'ailleurs par une opinion universellement répandue , que quelque grande ca<» lamité menaçait lempire du Mexique ^ et lui serait apportée par une race de conquférans venue des régions de TËst, il négocia avec Çortez, au lieu de le com|)attre avec toutes les; ressources fie ses vastes états. Il eût pu triompher d'autant plusfacilemei>t, que Gortez n était point alors sans inquiétude sur les dispositions de ses soldîits. Il tenait sa commission de Velasquez, et celui-ci Vayait révoquée. Les^rtîsans de Velasquez proposaient d^ retourner à Cuba pour y chercher de nouvelles forces j mais Gortez déjoua habilement l^urs dessein^. La plus grande partie de l'armée se composait d aventuricrs avides de périls et de richesses^ ^<I^^ dévoraient en. espéranpe .le$ trésojfs du Mexique.' Cçrtez sut se faire presser par eux d'en t^ter la coi^quê^e^ et parut se xendre à leurs Tqeu^, quand ils ^ati^s^iausa^ent les siens. Avant de poursuivra Vexp^dition, il fonda une cplopi^ qvi'il SLfpdai Vilia^ Ricoide l(L\V0ra*Çmz; il y établit un cons^ spuv^aiuj ^\ de^ magistrfit^ choisis p^irmi ses çompagppn^ les plus 4é^ vpués. Les* ap^ de leur élection, furent dressé» m nom du toi^sai^sfairç mention 4^ Ycl^quez. ^n^i^te il abdiqua ses ppuvoirs enitre leurs mai^s, remit au chef 4e l'assemblée son bâton de général , et se retjri^ dans sa tenteu Le conseil s'y r^^t folenft^lemept, e^ lui déclara que la vUle de }a Vera- Çruz^^ <^ nom du roi cadiioUque» Tavaiit élu gouverneuir dei la npmrQlle co)i<MÛe, et g^néir^ de l'année caatilbme^

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â88 ÂBBici DB L^iasTons gémûrale

Sikaut «perçu que plusieurs soldats , las du service, desirdifiU revoir leur patrie, Cortez,pour les enchaîner à FeniTf i^ri^^e , se détermina à détruire sa flotte, et à s'enfermer dans un ))Ap ennemi rempli de nations puissantes et inconnues. Alors , laissant cent cinquante hommes à la Vera-Cruz , 0 se mit eu marche avec le reste de sa petite armée pour aller attaquer un vaste empire. Reçu comme un libérateur par plujtieura eociques du pays , il s'avança sans trouver de résistance jusqu'aux frontières des T/ascalans.

Dans Torigine , les Tlascalans avaient été gouvernés par dfs roia; mais une guerre civile leur ayant Eût perdre l'habitude de la soumission, ils avaient renoncé à la royauté pour tonner une espèce de république , dans laquelle ils se maintenaient depuis plusieurs siècles. Chacun de leurs cantons nommait quelques députés qui allaient résider dans la capitale , et composaient un sénat dont toute la nation reconnaissait Tautorité. Quoique ennemis de^ Mexicains, ils rejetèrent les propositions de paix que leur fit le général espagnol , et montrèrent dans les coiùbats une impétuosité et une bravoure que les Européens n'avaient pas encore vues dans le Nouveau-Monde; mais la supériorité des armes et la discipline triomphaient du nombre et de la valeur. Après plusieurs A^lxttcs , le sénat s'imagina que les victoires des chrétiens devaient être attribuée^ à quelques charmes : on consulta donc les magiciens , qui répondirent que les Espagnols étaient des eufaus du Soleil; que leur plus grand enchantement était la prA»ence de leur père , et qu'il fallait les attaquer pendant la nuit Égaleinent vaincus dans uncrâibat nocturne , lesTlas- ««Uns sacrifièrent à leurs dieux une partie de leurs magtvims, et envoyèrent à leur tour proposer la paix à -Cortez. 1^ se reconnurent vassaux de la couronne de CastiMe',' et s enjQif^nt à secourir Cortez dans toutes ses expéditions. Il prtl fcur république sous sa protection, et promit de défen- Art* Iwirs personnes et leurs biens.

Ihins lardeûrdèsonzèle religieux, il les exhorta â détruire leurs idoles , et, sur leur refiis, il se préparah; à employée là force, si le père Barthélémy d'CMmedo, aumôhier de l'armée.

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ïieût an*êté une ferveur imprudente. S'étant donc borné à exiger qu'ils ninunolassent plus de victimes humaines, il continua sa marche , accompagné de six mille TIascalans, et , reçu partottt; en libérateur , il arriva à Mexico le 8 novembre iSip.

Cette ville était située au miUeu d'un lac, et jointe à la terre par trois chaussées. Elle contenait plus de soixante mille âmes. Montezuma , soit impuissance de se défendre^ soit trahison , y laissa entrer les Espagnols , les accueillit avec honneur , et leur donna un de ses palais pour y établir leurs quartiers. Ils admirèrent la magnificence de cette granSe capitale; mais ils sentirent bientôt le danger où leur audace les avait exposés au milieu d'une multitude innombrable et ennemie. Cortez apprit qu'un des généraux de Montezuma , nommé Qualpopoca, avait attaqué les Espagnols de la Vera- Cruz. Quoique ce général eût été vaincu, Cortez n'en craignit pas moins quelque perfidie. Il écarta le danger par un trait d'audace extraordinaire : ce fut d'aller saisir Montezuma dans son palais , et de le conduire prisonnier à la demeure des Espagnols , espérant qu'un otage si sacré les mettrait à couvert de toute violence. En plein jour , au milieu de sa capitale , le monarque fiit arrêté par une poignée d'étrangers, et emmené sans résistance et sans combat. Les Espagnols lui dictèrent leuis volontés et les pro^amèrent en son nom. Qualpopoca , son fils , et cinq de ses principaux officiers , furent arrêtés, conduits à Mexico et brûlés vifs. Enfin, Montezuma (i52o) se reconnut vassal du roi de Castille, et s'engagea à lui payer un tribut annuel. 11 ne se montra inflexible qu'au sujet delà religion. Fernand Cortez, dans un transport de zèle,* se mit à la tête de ses soldats pour aller renverser les idoles du grand temple de Mexico. Il s'arrêta en voyant les prêtres et le peuple prendre les armes. Mais, de ce moment , les Mexicains commencèrent à méditer la ruine des Espagnols. L'arrivée d'une flotte envoyée par Velasquez augmenta encore le danger. Velasquez , jaloux du succès de Fernand , et le regardant comme un rebelle , fit partir Pamphile de Narvaés avec huit cents honunes d'infanterie, quatre- I. ,9

2gO ABREGE DE LHISTOIRE GÉNÉRALE

vingts chevaux et douze pièces de canon, pour lui enlever sa conquête. Dans cette ertrémité, Cortez, laissant à Mexico cent cinquante hommes sous la conduite d*Âlvarado, s*avança pour combattre son ennemi. H le surprit pendant la nuit dans le pays de Zempoalla. Narvaés , blessé dans le combat, fut fait prisonnier. Cortez traita avec ses soldats , les attira à son parti, et se trouva, plus redoutable que jamais , à la tête de mille Espagnols prêts à le suivre en tous lieux. Il se hâta de revenir à Mexico , où les Espagnols qu il avait laissés étaient dans le plus grand péril. Les Mexicains les avaient aitaqoés en son absence. Ils continuèrent leurs hostilitésaprès son retour. Ce peuple , jusque-là si patient, combattait avec un courage et un acharnement incroyables. Ils assiégèrent les Espagnols dans leurs quartiers. Montezuma, que ceux-ci firent paraître sur les remparts pour apaiser la fureur dupeu> pie, fut tué dans un de ces assauts (i). Les Mexicains élurent à sa place tm cacique nommé Quetlavaca. Toute espérance d accommodement fut perdue, et Cortez ne vit plus de salut que dans la retraite. Il abandonna Mexico, au travers de mille périls , toujours harcelé par une multitude furieuse; et , quand il eut gagné la terre -ferme , il trouva qu il avait perdu deux cents Espagnols et quarante-six chevaux. Le sixième jour de marche, il arriva à Otumba, où les Mexicains avaient rassemblé des forces prodigieuses. Une bataille sanglante s'engagea. Les Mexicains portaient le grand étendard deVempire, auquel Vopinion de ces peuples attachait le destin des combats. Cortez renversa d un coup de lance le général devant qui on le portait. Dès que Tétendard fut enlevé , les Mexicains , épouvantés , se dispersèrent , et Cortez , vainqueur , arriva chez les TIascalans. On lui envoya des secours de Cuba et de la Jamaïque. A la tête de sa petite armée et de dix mille TIascalans, il recommença en iSai la conquête du Mexique.

(i) Montezuma laissait plusieurs fils : Tun d'eux, qui se conrertit , prit au baptême le nom de Pierre de Montezuma. Il reçut plusieurs faveurs de Charles V, et le titre de comte de Montexuica, que sa postérité a toujours conserve depuis.

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DES TEMPS MODERNES. S^pl

Quçllavaca étant mort , les Mexicains avaient élevé au trône Guatimo7in , nçveu et gendre de Montezuma , jeune homme d une grande réputation. Cortez trouva partout des dispositions faites pour arrêter ses progrès. Il triompha d,e tous ces obstacles, et vint mettre le siège devant Mexico. Desbrigantins quilfit construire le rendirent maître du lac. Ces navires et leur artillerie détruisirent facilement les canots des Mexicains : du reste, la ville fut vaillamment défendue. Cortez eut à surmonter des difficultés qu un courage moins ferme eût jugées insurmontables. Enfin, sa constance et son habileté l'emportèrent sur les efforts de Guatimozin. Ce prince fut pris, et la ville se rendit le i3 août iSsi. Les espérances des Espagnols fiirent trompées par la médiocrité du butin. Guatimozin , prévoyant sa destinée, avait fait jeter dans le lac toutes les richesses laissées par ses ancêtres. Cortez , craignant que le mécontentement de ses soldats ne dégénérât en révolte, fit mettre le malheureux monarque à la torture , ainsi que son premier fpivori, pour les forcer à découvrir l'endroit où Ton supposait qu était caché le trésor de l'empire. Guatimozin supporta les plus cruelles douleurs avec un courage indomptable. Le compagnon de ses souffrances donnant quelques marques de faiblesse : « Et moi , lui dit-il , suis-Je sur un lit de roses P » Raffermi par ces mots héroïques , le favori se roidit contre la douleur , et expira dans les tourmens. Guatimozin, plus robuste , résista aux premières tortures, et Cortez, honteux de cette horrible scène , le tira des mains de ses bourreaux; mais bientôt, sous prétexte qu'il avait formé le dessein de soulever ses anciens sujets contre la domination des Espagnols , le dernier empereur du Mexique fut envoyé au gibet, et termina sa vie dans cet înfôme supplice. Une révolte des Mexicains , dernier effort d'un peuple au désespoit, fut punie par des cruautés inouïes. Dans la province de Panuco, soixante caciques et quatre cents nobles furent conduits à la fois au bûcher, et, pour comble d'horreur, on força les parens et les enfans des victimes d'être témoins de leur affreux trépas.

Cortez, nommé par Charles - Quint capitaine - général et

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292 ABRBGli DE LHISTOIRB GENERALE

gouverneur de la Nouvelle-Espagne, établit sa résidence à Mexico, qu'il releva de ses ruines, et qu'il rebâtit sur un plan dont l'exécution en a fait peu à peu la plus belle ville du Nouveau-Monde. Des courtisans, jaloux de sa gloire et de sa puissance , le calomnièrent auprès de l'empereur , et rendirent sa fidélité suspecte (i525). De son propre mouvemeiït, il passa en Espagne pour se justifier. Cette démarche prouvait son innocence. Charles V le reçut avec honneur, lui donna le titre de marquis et la propriété d'un grand territoire dans la Nouvelle Espagne. Cependant , avec de nouveaux titres, Cortez ne remporta à Mexico qu'une autorité diminuée. On lui laissa le commandement des troupes , avec le droit de tenter de nouvelles découvertes; mais toute l'administration civile fiit confiée à un conseil appelé audience de la Nouvelle-Espagne. Cette séparation des pouvoirs que Cortez avait précédemment réunis, fut pour lui la source de chagrins et de dégoûts sans nombre. Il chercha dans de nouvelles expéditions maritimes une distraction glorieuse : il découvrit^ la péninsule de la Californie , et reconnut la plus grande pîu*tie du golfe qui la sépare du Mexique. Rebuté par d'autres entreprises moins heureuses, et las de voir des gens qu'il méprisait appliqués à traverser tous ses desseins , il repassa une seconde fois en Espagne pour demander justice. Elle lui fut refusée. Charles-Quint le reçut avec une froide politesse. On méconnut ses droits : on dédaigna ses plaintes. Comme Christophe Colomb , il mourut dans la disgrâce

(i) PendanI; les conquêtes de Cortez au Mexique^ Ferdinand Magtlhaëns ou Magellan , portugais , mécontent de la cour de Lisbonne, avait pris du service en Espagne. Il partit de Séville avec cinq vaisseaux en iSig, côtoya T Amérique méridionale, remonta la vaste eii^boUchurc de la rivière de la Plata, continua sa route au sud, traversa le détroit tortueux auquel il a donné son nom^ et entra dans le grand océan Pacifique. Il osa se hasarder sur Fimmensité de cette mer inconnue , navigua près de quatre mois sans découvrir aucune terre , aborda enfin aux îles des Larrons , et périt aux îles Philippines ( iSa I ) , avec ses principaux officiers , en combattant contre les ua-

des' TEMPS MOOERKES. 293

SECTION V

Découverte et conquête du Pérou.

Depuis que Nugnez de Balboa avait découvert la mer du Sud et appris l'existence des riches contrées baignées par cet océan , les Espagnols du Darien et de Panama avaient tenté plusieurs voyages inutiles pour trouver ces pays inconnus , lorsque trois hommes entreprenans , François Pîzarre, Diego d'Almagro et Fernand de Luque, formèrent dans ce but une association (i 524) dont le succès couronna leurs espérances. Pizarre, fils naturel dun gentilhonune de Truxillo, et d'une femme de basse naissance , n'avait point été destiné à sortir de la condition de sa mère. Almagro était un enfant trouvé. Fernand de Luque était un prêtre , maître d'école à Panania. Mais les deux premiers s'étaient élevés par les armes;» et le troisième , par des moyens que l'histoire ne fait pas connaître , avait acquis de grandes richesses. Pizârre courut le premier les hasards de cette lointaine expédition ; et après un long voyage où sa constance fut éprouvée , mais non vaincue par les obstacles et les périls , il découvrit la côte du Pérou, et prit terre à Tïimbès ^yille assez considérable, où se trouvaient un grand temple et un palais des Incas , souverains du pays. Les Espagnols virent avec étonnement une contrée bien peuplée, bien cultivée^ et surtout si abondante en or et en argent, que ces métaux étaient employés non-seulement

turels : ceux de ses compagnons qui lui surréeurent continuèrent l'expédition. Hf visitèrent plusieurs des petites îles répandues dans la partie orientale de Tocéan Indien , touchèrent à la grande lie de Bornéo et à Tidor , une des Moluques , d'où ils retinrent en Europe par le cap de Bonne-Espérance, sous le commandement de Jeaiv Sébastien del Gano , et arrivèrent à Saint-Lucar*, le 7 septembre 1 522, après avoir fait le tour du globe. Philippe II, en i564» soumit à sa couronne les îles découvertes dans FOcéan oriental , et y forma des établissemens , avec lesquels la Nouvelle-Espagne établit une communication régulière.

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^94 A6KÉGB DE LIIISTOIRE 6£N£RAL£

à la parure des peuples et à rornement des temples, mais encore à faire des vases et des ustensiles communs. Ces richesses tentaient vivement la cupidité des Espagnols. Mais Pizarre, ayant trop peu de forces pour conquérir cette contrée, se borna alors à la reconnaître, et, après avoir parcouru une certaine étendue de côtes , il retourna (1527) à Panama, d'où il était absent depuis près de trois ans. Les Espagnols s étaient accoutumés à nommer le pays nouvellement découvert 5/r(0M , du nom d'une rivière; et de là vint, avec quelques changemens, celui de jPeVow, sous lequel on a compris plusieurs états qui portaient alors de3 noms différens.

Il fut convenu entre les trois associés que Pizarre passerait en Espagne , et qu'il y demanderait pour lui la place de gouverneur , pour Almagro celle de lieutenant - gouverneur, et pourLuque la dignité d'évêque dans les pays qu'ils se proposaient de conquérir. Pizarre fit goûter ses projets à Gharles-Quint et à ses ministres (iSaS) : il fut fait gouverneur, capitaine -général et adelantade de toute la contrée qu'il avait découverte , et de celles qu'il espérait découvrir , avec une autorité absolue pour le militaire et pour le civil. Il obtint^our Luque la dignité à laquelle il aspirait; mais il ne demanda pour Almagro que le commandement de la forteresse qu'on devait bâtir 4 Tumbès. Il leva un peu plus de cent hommes, et retourna à Panama (i53o), accompagné de ses trois frères, Ferdinand, Jean et Gonzalez. Almagro, trompé dans son espoir, rompit d'abord toute liaison avec un ami perfide; mais Pizarre adoucit son i^essentiment par des concessions et par des promesses, et la confédération se renouvela aux anciennes conditions. En réimissant tous leurs efforts, les associés ne purentjassembler que trois petits vaisseaux et cent quatre-vingts soldats , dont trente-six cavaliers, avec lesquels Pizarre s'embarqua en i53i. Almagro resta encore à Panama pour rassembler un renfort qu'il se chargeait de conduire, Pizarre fut emporté par des vents contraires à cent lieues au-delà de Tumbès, et fut obligé de débarquer dans la baie de Saint-Mathieu. (I re-

DES TEMPS MODERNES. agi

monta par terre le long des cotes jusqu'à Tumbès , .où les maladief^ qui s'étaient mises dans sa troupe, le forcèrent de séjourner trois mois. Pendant ce temps, il lui arriva deux renforts, peu nombreux à la vérité , mais commandés par Sébastien Benalcazar et par Fernand Soto , deux des meilleurs officiers qui eussent servi en Amérique. De Tumbès,* il se porta à l'embouchure de la rivière de Piura, ù\i il établit 4a première colonie espagnole du Pérou , à laquelle il donna , le nom de Saint-Michel.

Les Péruviens vivaient encore dans un état de barbarie , lorsqu'un homme et une femme d'une beauté majestueuse , Manco-Capac et Mama-Ocollo, s'annonçant comme enfans du Soleil, leur apparurent, dit-on, sur les bords du lac Titiaca, rassemblèrent quelques peuplades errantes, leur enseignèrent l'agriculture et d'autres arts utiles, et jetèrent à Cusco les fondemens d'une ville et d'un empire. TeHe fut, selon la tradition des Péruviens, l'origine de la monarchie des Jncas ou Seigneurs du Pérou (i). En iSaô, lorsque les Espagnols abordèrent pour la preitiière fois au Pérou, Hua-

(i) Celte monarchie des Jncas, enfans du Soleil, étant fondée »ur la religion , il en résulta deux choses dans le gouvernement civil : 1° Les Incas jouirent d'une autorité absolue dans toute la force du terme. Leurs décrets étaient pour le peuple des commandemens de la Divinité. L'obéissance était un devoir religieux ; la révolte, un acte d'impiétéy «n sacrilège. a° Sous un tel régime , les crimes n'étant plus dès infractions ^ des lois humaines, mais des ofiTenses envers le Ciel même , furent indistinctement punis de mort. Mais les cérémonies douces et humaines de" la religion des Péruviens ,1a simplicité de leurs mœur9', leur croyance aveugle à Tgrigine céleste de leurs maîtres , croyance d'ailleurs entretenue par une administration bienfaisante et patemelTe , leur inspirs^îeût , autant que la crainte , un caractère doux et paisible , qui rendaitles crimes extrêmement rares.

Ce même esprit de douceur se répandait jusque sur les guerres. Ils traitaient humainement les peuples vaincus, et les instruisaient dansleur reli^n , afin d'avoir la gloire d'augmenter le nombre des ado* rateurs du Soleil.

Au Pérou , toutes les terres étaient divisées en trois portions: Tune était consacrée au SolcQ, à la ccmstruction des temples, aux dépenses

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zedbyGqpgle

2g6 ABRÉGÉ DE LHISTOIRE GÉNÉRALE

na-Capac^ le douzième successeur de Maaco , était sur le ti'ône. Il avait soumis le royaume de Quito et épousé la fille du roi dépouillé. Il en eut un fils nommé Atahualpa, à qui il laissa en mourant les états conquis %ur son aïeul (iSsp) ;. Huascar, frère aîné d' Atahualpa , et dont la mère était du sang royal des Incas , eut le royaume de Cusco. U réclama contre les dispositions de son père. Atahualpa les soutint à la tête d'une armée, vainquit Huascar, le fit prisonnier, e^ extermina la race des enfans du Soleil , descendus de Manco- Capac. Il n'épargna que son infortuné rival, afin de mieux établir sa propre autorité en donnant des ordres au nom de son frère.

Cette guerre civile laissa à Pizarre la facilité de pénétrer jusqu'au centre de l'empire avant qu'on eût songé à l'arrêter (i53a). Sans attendre le renfort qui lui arrivait de Panama, il se dirigea avec soixante- deux cavaliers et cent deux fantassins sur Caxamalca, ou Atahualpa était campé avec une grande partie de ses troupes. Il feignit des intentions amicales, etrinca,loin démettre obstacle à sa marche, lui envoya de riches présens. Pizarrelui ayant fait demander une qptrevue,

du culte; l'autre appartenait à Tlnca, et fournissait aux frais du gouvernement; la troisième, et la plus considérable, était partagée au peuple , sans que personne en possédât rien à perpétuité. Chaque année , on en faisait une nouvelle division , selon les besoins de chaque famille. Quoiau'il régnât une grande inégalité dans les conditions , aucune clâssMe citoyens n était exempte des travaux rustiques ; et même les enfans du Soleil cultivaient de leurs>mains un champ prés de Cusco , et ils honoraient ce travail en l'appelant leur triomphe sur la terre»

L'industrie des Péruviens n'était pas moins perfectionnée que leur agriculture. La construction de leurs édifices , la beauté ' de deux grandes routes ouvertes de Cusco à Quito , dans un espace de plus de cinq cents lieues^ des ponts jetés sur les torrens et les riyières> ^quelques habitudes de l'exploitation des mines , une adresse remarquable dans certains ouvrages de luxe , indiquent d'as$ez grands progrès chez cette nation. A quelques égards , il est vrai, elle paraissait encore dans l'enfance; mais, en général, eUe montrait dans ses mœurs moins de traces de barbarie que la nation mexicaine.

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DES TEMPS MODERNES. ^gy

Atahualpa promit d'aller le lendemain visiter les Espagnols. LTnca déploya une magnificence extraordinaire , et s'avança porté sur les épaules de ses principaux courtisans. Quatre cents hommes le précédaient, et plus de trente mille soldats couvraient la pkdnc. I^e père Vincent Valverde , aumônier de l'expédition , l'ayant exhorté à embrasser le christianisme, à reconnaître l'autorité du pape et celle du roi de Castille, Atabualpa fit paraître quelques signes de mépris. Aussitôt Pizarre donna le signal de l'attaque pour laquelle il avait tout disposé. Les Américains, épouvantés de l'explosion soudaine des armes à feu et de l'irrésistible impétuosité de la cavalerie, prirent la fuite de tous côtés : quatre mille furent égorgés , et le pillage de leur camp produisit un butin immense. Pizarre, marchant droit à l'Inca, l'arracha de son trône, et l'enmiena prisonnier. Le monarque offrit aux Espagnols une rançon qui surpassa l'idée même qu'ils s'étaient déjà faite de la richesse de son royaume. La chambre où il était gardé avait vingt-deux pieds de long et seize de large : il s engagea à la remplir de vases et ustensiles d'or jusqu'à la hauteur où un homme pouvait atteindre. Cette ofire ayant été acceptée, il envoya des messagers à Cusco, à Quito et dans toutes les provinces de l'empire, avec ordre de rapporter à Caxamalca tout l'or promis pour sa rançon. Cet or se rassemblant trop lentement au ^é des Espagnols, Atahualpa s'ejccusa sur l'éloignement de la ville de Cusco, sur la difficulté des chemins , et proposa à Pizarre d'y envoyer des Espagnols pour s'assurer par eux-mêmes de ses richesses. A quelques journées de Caxamalca, ces commissaires eurent occasion de rendre visite à Huascar dans le lieu de sa captivité (i533).Ceprince leur promit une rançon beaucoup plus considérable que celle que son frère leur avait offerte, s'ils voulaient prendre sa défense. Atahualpa, secrètement averti de ces propositions, et craignant qu'elles ne fussent écoutées, donna pour la mor(de son frère d^s ordres qui furent promptemeiit, exécutés. En même temps, pour dissiper les ombrages que cette action devait inspirer aux Espagnols, il pressa avec une nouvelle vivacité la collection des métaux

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2q8 abrégé de LniSTOIE£ GEXÉaiXE

Stipulés pour sa dëlivraiice. Sur ces entrefaites, Almagro arriva de Panama. Les soldats de Pizarre déclarèrent que les nouveaux venus ne devaient pas espérer d'entrer en partage avec les vainqueurs. Almaçro et les siens n'eurent en effet qu'une fûble portion de la rançon d'Atahualpa ; on ne leur en accorda que la valeur de cent mille piastres d'alors. Il en resta un million cinq cent mille à partager entre Pizarre et ses compagnons : chaque cavalier en eut huit mille, et chaque fantassin quatre mille ^ les parts de Pizarre et de ses officiers furent proportionnées à leur rang.

Atahualpa avait accompli sa promesse ; mais , au lieu de le mettre en Uberté, on résolut de le faire périr. Almagro craignait que tant qu on le laisserait vivre, l'armée de Pizarre ne voulût s'approprier tout le butin, comme faisant partie de la rançon de l'Inca. Pizarre avait été méprisé par ce prince, parce que, moins instruit que le dernier de ses soldats , il ne savait pas lire. Ces mod& d'amour-propre ou d'intérêt personnel , peut-être enc<wre plus que des raisons politiques, firent décider la mort d'Atahualpa. On osa le juger suivant les formes usitées en Espagne dans les procès criminels. Pizarre, Almagro, avec deux conseillers, composèrent l'étrange tribunal devant lequel l'Inca fut amené. On l'accusa du meurtre de son frère, de polygamie, d'idolâtrie, de soustraction frauduleuse des trésors de l'empire, qui appartenaient par droit de conquête aux Espagnols , etc. Sur ces griefs, il fut condamné à être hrtAé vif. Ses juges barbares , qui mêlaient la religion à des atrocités qu'elle déteste, promirent au malheureux monarque d'adoucir la rigueur de son supplice, s'il voulait recevoir le baptême. Il y consentit, et, au lieu de le briiler, on l'étrangla au poteau auquel il était attaché.

Après la mort d'Atahualpa, Pizarre investit de la royauté un des fils de ce prince , jeune homme sans expérience, pour en faire au besoin l'instrument de ses desseins. Les peuples de Cusco et des pays adjacens reconnurent pour souverain Manco-Capac, frère dlluascar. Enfin, un général, nommé Ruminagui, qui commandait pour Atahualpa dans Quito ,

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fit mourir le frère et les enfans de son maître, et se forma un royaume séparé, Pizarre, voyant ces dissensions, n*hésita plus à s'avancer vers Cusco. Le bruit de ses succès lui avait d'ailleurs attiré des renforts si considérables, qu'il pouvait désormais pénétrer sans danger dans Tintérieur du pays. Après plusieurs combats , dont la défaite et le carnage des Américains étaient l'issue ordinaire, il s'empara de Cusco, où il trouva des trésors qui excédèrent de beaucoup la rançon d'Atahualpa. Dans le même temps, Benalcazar, avec un corps de troupes fraîches arrivé de Panama et de Nicaragua , entrait victorieux dans la ville de Quito ; mais Ruminagui avait mis le feu à la partie du palais des Incas qui contenait les meubles les plus précieux, et les habîtans avaient pris la fuite avec leurs richesses. A cette époque, Ferdinand IHzarre, que son frère avait envoyé en Espagne avec un iiche présent pour l'empereur, rapporta des lettres-patentes, par lesquelles Charles-Quint confirmait François Pizarre dans sa qualité de gouverneur , et étendait les limites de son gouvernement qui devait prendre le nom de Nouvelle-Castille. Les mêmes lettres donnaient le nom de Nouvelle-Tolède au pays plus avancé vers le midi, et eh conféraient le gouvernement à Diego d'Almagro , avec la qualité d'adelantade ou lieutenantgénéral. Almagro ne fut pas plutôt instruit qu'il avait obtenu de l'empereur un gouvernement indépendant, qu'il prétendit que Cusco, où résidaient les Incas, y était compris , et qu'il se prépara à s'en rendre maître. On parvint toutefois à éviter une rupture ouverte, et à ménager entre .Alriiagro et Pizarre une nouvelle réconciliation^ dont la condition principale fut qu*Almagi*o tenterait la conquête du Chili , et que, s'il n'y trouvait pas un établissement digne de lui , Pizarre lui céderait une partie du Pérou.

Cette affaire terminée , Pizarre , ne se voyant aucun ennemi, ni espagnol, ni indien, s'occupa à établir une police régulière dans les vastes pays soumis à son autorité : il fit des réglemens sur Tadministration de la justice, la perception des impôts , le travail des mines et le traitement des Indiens. Enfin , considérant que la ville de Cusco était située

3oO ABRKGÉ DE LHISTOIRE GENERALE

dans un coin de Tempire, à plus de quatre cents milles de la mer, et plus loin encore de rimportante. province de Quito, il fonda^ dans la fertile vallée de Rimacj à quelque distance de rOcéan , la viUedes Trois^Rois ^ plus connue sous le nom de Lima , corrompu de lancien nom de la vallée où elle est située (i535j. De pompeux édifices s'élevèrent promptement dansson encânte , et annoncèrent dès-lors sa grandeur future.

Cependant Almagro, avec cinq cent soixante-dix hommes^ le plus grand corps d'Européens qui eût encore été assemblé au Pérou , se mit en marche pour le Chili. Il en périt un grand nombre de £aim et de fatigue pendant la route, et ceux qui parvinrent jusqu au Chili , y trouvèrent une nation belUqueuse qui leur opposa une vive résistance. Le succès de l'expédition étak très-douteux , lorsque les Espagnols furent rappelés au ï^B^ou par une révolution inattendue.

L'usurpateur Ruminagui ayant été chassé de Quito, et le fils d'Atahualpa étant mort, Manco-Capac avait été universellement reconnu. Ce prince profita de l'imprudence des conquérans qui, vers le temps du départ d' Almagro, envoyèrent d'autres détachemens dans plusieurs provinces éloignées qui n'avaient pas eneore été visitées. Manco-Capac , voyant ses enpemis dispersés, s'échappa de Cusco^ où il était comme prisonnier dans le palais de ses ancêtres , donna à $ies ^jets le signal de la guerre, et en peu de temps une multitude innombrable se rassembla autour de lui. Il envoya une armée investir Lima , tandis que lui-même alla assiéger Cusco , où Jean et Gonzalès Pizarre étaient renfermés avec un petit nombre de soldats (i 536). Le si^e dura neuf mois. Les Péruviens le conduisirent assez habifement : ils s'efforcèrent d'imiter la discipline des Espagnols , s'exercèrent à combattre connue eux, et les réduisirent à l'extrémité.

A la nouvelle de la révolte du Pérou , Almagro se hâta de révenir, autant pour s'emparer de Cusco , que pour secourir ses compatriotes (i 537). Il surprit et dispersa les Péruviens (i), s'introduisit de nuit dans la capitale, et força I I II 1 1 1 I I ■

(i) Manco-Capac se retira dans les montagnes. En 4 546, il s'allia

DES TEMPS MODERNES. 3oi

les Pizarre de se rendre à discrétion. Quelque temps après, il battit et fit prisonnier Âlonzo d^Alvarado que François Pizarre, après avoir dégagé lima, avait envoyé avec un corps de troupes au secours de Cusco et de ses frères. Almagro ne sut pas profiter de ses avantages. On lui conseillait de marcher aussitôt contre Pizarre , qui ignorait encore son retour et ses victoires, et de lattaquer dans Lima , avant qu'il eût pu se mettre en état de défense. Il négligea ce conseil salutaire, et attendit Tennemi qu'il fallait aller chercher. Il ne garda pas même les précieux otages que la fortune avait mis entre ses mains. Alvarado s'enfuit avec un des Pizarre;' l'autre fut mis en liberté par suite de négociations trompeuses. Alors François Pizarre, ne craignant plus pour la vie de ses frères, et ayant fait ses préparatifs, chargea Ferdinand Pizarre d'aller combattre son rival à la tête de sept cents hommes. Ahnagro , vaincu dans la plaine de Cusco ( a6 avril i538), resta prisonnier. Il fut étroitement gardé pendant plusieurs mois; enfin, il fut accusé juridiquement pour crime de trahison, jugé avec les formalités ordinaires, et condamné à mort. Xes Pizarre , qu'il avait épargnés quand il était maître de leur vie, pressèrent impitoyablement l'exécution de la' sentence : il fut étranglé dans sa prison, à l'âge de soixantequinze ans.

Apnrès la mort d'Almagro , le gouverneur distribua les terres aux vainqueurs ; mais cette distribution fut faite sans aucune équité. Pizarre prit pour lui , pour ses frères et pour ses favoris , de grands districts dans les pays les plus fertiles : il ne laissa à ses autres compagnons que des terrains ingrats ou mal situés. Enfin , les soldats d'Almagro furent exclus de tout partage,

A cette époque , de nouvelles tentatives étendirent encore la domination des Espagnols. Pierre de Valdivia reprit le projet d'Almagro sur le Chili, et, malgré le courage des naturels du pays , il s'y maintint, et fonda la ville de SaintJago^ le

au vice-roi Nugnez Vêla contre Gonzalès Pizarre. Il fut tùé par acci ^ dent.

309 ABREGE D£ L^JSTOIR£ GENERALE

premier établissement espagnol dans cette provii^ce. Mais , de tqmes les expéditions faites vers ce temps-là , celle de Gonzalez Pizarre est la plus mémorable. Il entreprit la découverte et la conquête des pays situés à l'est des Andes, partit de Quito à la tête de trois cent quarante soldats, et s avançfi. .avec des difficultés et des fatigues incroyables jusqu'aux bords duNapo, une des grandes rivières qui se jettent dans )e Maragnon. Là , il fut abandonné par François Orellana , §on lieutenant , qui, chargé du commandement d'une barque que les Espagnols avaient construite avec beaucQup de peine "pour les aider à reconnaître le pays , se laissa emporter avec cinquante hommes au cours du Napo, descendi^usqu'auMaragnon, suivit la direction de ce fleuve, et, après une longue suite de travaux et de périls , entra dans l'Océan , et arriva à l'établissement espagnol de Cubagua, d'où il fit voile pour l'Espagne. Il mêla dans le récit de son voyage le mensonge à la vérité. Il prétendit avoir trouvé im pays si riche que les temples étaient couverts d'or, et une république de femmes guerrières , dont la domination embrassait de vastes contrées. Ôe là ces contes , long- temps accrédités par l'amour du merveilleux , touchant le pays imaginaire ô! Eldorado , et la fameuse république des Amazones. Gonzalez était à douze cents milles de Quito, lorsqu'il fut trahi par Orellana. S^ oompagaoï^s demapdèrent aussitôt à revenir sur leurs pas, Ia plupart périrent de faim et de fatigues , et il n'en ramena que quatre-vingts au Pérou.

Il apprit , en arrivant à Quito , la mort tragique (Je son f^^. Depuis le partage des terres , les partisans d'Alraagro , se regardant comn^e proscrits, nourrissaient en secret le désir delà vengeance. La plupart se retirèrent à Lima, où le fils de leur ancûen- général les aida des débris de sa fortune. Ils transportèrent sur le jeune Almagro l'affection qu'ils avaient eue pour son père,, le reconnurent pour chef, et conspirèrent avec lui h ruine de leur oppresseur. Le a6 juin .i54i ? ik massacrèrent François Pizarre dans son palais^ puis, se répandant dans la ville , y conduisirent en pompe le jeune Almagro, et le proclamèrent gouverneur. Mais son autorité ne

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DES tEMPS MODERNES. 3o3

fut pokit universellement reconnue, e^ Pizarre fut bientôt vengé. A la première nouvelle^des guerres civiles du Pérou , rempereur avait résolu d'envoyer dans cette contrée un homme revêtu de pouvoirs très-éténdus , pour y voir letat des affaires, et y régler le gouvernement, It avait choisi pour cet emploi Vaca de Castro , dont la conduite justifia le choix de son souverain. Dès qu'il fut instruit de la mort de Pizarre, et des événemens qui l'avaient suivie, il prit le titre de gouverneur du Pérou , déploya Fétendard royal , rassembla des troupes , et alla chercher Tennemî. Almagro , vaincu près de CAupas {1^4^), parvint d abord à s enfuir; mais, livré par quelques-uns de ses officiers , il fut publiquement décapité à Cusco.

Pendant ces sanglans démêlés, l'empereur et ses ministres délibéraient sur les moyens d'affermir la tranquillité, à la faveur d'une administration régulière, dans les colonies espagnoles. Le gouvernement avait abandonné à des particuliers le soin de la découverte et de la conquête du Nouveau- Monde , ou du moins n'y avait que faiblement contribué. Des étabUssemens fondés par des aventuriers ignorans et grossi^, uniquement occupés de s'enrichir , ne devient avoir aucune bonne police. Les conquérans ne connaissaient guère d'autre droit que celui de la forc% et regardaient le pillage des peuples vaincus comme une indemnité de leurs dépenses çç la légitime récompense de leurs fatigues.. A,u Mexique et au Pérou , ils avaient fait comme daps les îles : ils employaient les naturels à l'exploitation des mines. Ces malheureux yccombaient en foule à des travaux au-dessus de leurs forces , et l'Espagne avait à craindre de ne régner bientôt que sur des déserts. Cette crainte avait déjà donné lieu à différentes lois dont l'exécution eût adouci le sort des Indiens ; mais elles avaient été éludées ou méprisées par l'avarice ou l'audace des conquérans. Enfin, en i542, Charles V fit de nouveaux efforts pour guérir une plaie déjà trop profonde. Las-Casas se trouvait alors à Madrid, chargé des affaires d'une maison de son ordre. L'empereur le fit appeler» L'éloquence de l'illustre dominicain , le déchirant tableau

3o4 ABREGE DE L*HISTOIRE GENERALE

qu'il étala de l'infortune des Américains et de la barbarie de leurs oppresseurs, affermirent le prince dans ses résolutions. n forma un corps de lois contenant plusieurs dispositions salutaires sur le gouvernement de l'Amérique. En Espagtie, toute l'administration des colonies était entre les mains d'un collège supérieur, désigné sous le nom de conseil des Indes. Ce conseil existait déjà depuis 1 5 1 1 ; mais il ne reçut sa forme et sa constitution définitive qu'en i542. A la métne époque, on nomma un vice-roi chargé de diriger en chef l'administration civile et militaire du Pérou : le Mexique avait un viceroi depuis iS^o. Enfin, en i542, on érigea deux audiences, ou tribunaux supérieurs de justice , sous la présidence du vice-roi, à Mexico et à Lima. Le nombre des audiences fut dans la suite porté à dix, et celui des vice-rois à quatre. On appelait du jugement des audiences au conseil des Indes.

En i544> François Tello de Sandoval passa au Mexique en qualité de surintendant ; il devait s'y concerter avec le viceroi Antoine de Mendosa pour l'établissement des nouvelles lois. Blasco Nugnez Vêla fut envoyé au Pérou avec une mission semblable , et nommé vice-roi de cette contrée. Les réglemens apportés d'Europe furent mis en vigueur au Mexique sans résistance. Il n'en fut pas de même au Pérou. Les colons se révoltèrent conlte une législation qui leur paraissait un attentat aux droits de la conquête. Nugnez Vêla augmenta le mécontentement par sa fermeté arrogante. Les séditieux exhortèrent Gonzalès Pizarre à se mettre à leur tête. Il réunit en peu de temps un corps de troupes qu'on pouvait alors regarder en Amérique comme une armée nombreuse. Il livra bataille au vice-roi près de Quito y en i546. La victoire fut long-temps incertaine. Mais Nugnez Vêla ayaftt été tué , sa mort entraîna la déroute de ses troupes , et tout le pays se soumit à Pizarre. Ses amis lui conseillaient de s'emparer d^e la souveraineté. Dans cette circonstance décisive, il manqua de résolution , et borna ses désirs à obtenir de la cour d'Espagne d'être confirmé dans l'autorité dont il jouissait. On ne lui donna point de réponse précise, et Pierre de Gasca, conseiller de l'inquisition^ fut envoyé au Pérou, en qualité de pré-

DES TEMPS MODERHES. 3oS

sidentde l'audience de Lima, poury examiner l'état des choses , et y porter le remède convenable. La prudence , la modération de Gasca lui gagnèrent d'abord la confiance. Un grand nombre d'officiers et de soldats se rangèrent de son partL Pizarre refusa de reconnaître son autorité. Gasca, après de vaines tentatives pour éviter Teffusion du sang, rassembla seize cents hommes , et marcha vers Gusco, dont Pizarre était en possession^ Celui-ci fut abandonné par plusieurs de ses officiers au moment où une bataille allait s'engager. Il fut pris et eut la tète tranchée (i548). Gasca employa deux années à régler le gouvernement du Pérou , et retourna en Espagne en i55o, après s'être glorieusement acquitté de sa mission. Malgré les sages réglemens qu'il avait établis , le pays fut encore troublé par plusieurs révoltes ; mais ce furent des mouvemens passagers, dont le récit ne peut entrer dans une histoire généoale. Nous nous bornerons à dire que les guerres civiles délivrèrent peu à peu le t^érou des hommes turbulens qui l'avaient conquis pour le désoler, et que l'autorité royale s'y trouva par degrés aussi solidement affermie que dans aucune autre colonie espagnole.

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