CHAPITRE PREMIER
DB LA FRA5GE| DE I'eSPAGNB ET DB L*ITALIB , DEPUIS iSiS
jvsqu'bn 1559.
SECTION PREMIÈRE
Depuis Tavênement de François I«» au trône 'de France , jusqu'à rayénement de Charles-Quint à Tempire ( i5i5-i5i9).
Charles Vy roi de France , laissa deux fils : Charles VI y son successeur , dont la postérité s'éteignit en la personne de Charles VIII, et Loids /, duc d'Orléans, qui laissa de Valentine Visconti trois fils : Charles , père de Louis XII ; Philippe y comte de Vertus , qui n'eut point de descendans ; et Jean , comt^ d'Angoulême, dont le fils, (7Aar/e^ d'Angoulême , épousa Louise de Savoie, qui lui donna jFhznfo/^ r^ en i494«
Louis XII , regardant François comme son héritier, lui montra une tendresse paternelle, et le fit élever avec soin par Artus de Gouffier-Boisy. En i5ia, il le mit à la tête de l'armée des Pyrénées , et le chargea de repousser le duc d'Albe , qui avait envahi la Navarre. François s'acquitta avec
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nu TBMVS XODBAirBS. So^
enccès de cette mission. En i5i3, après la dé£ûte du duc de Longuevilleà Ouinc^te j il fiit choisi pour réparer cet échec Il se tint sur une sage défensive , et empêcha lennemi de profiter de sa victoire. En i5i4 9 il ^>ousa Gaude de France , fille aînée de Louis XII et d*Anne de Bretagne : union projetée dès Tan i5o6 ^ mais différée jusqua ia mort d*Anne de Bretagne, qui n aimait pas Louise de Savoie* Iki i5i5, il monta sur le trône. Il signala d abord sa tendresse pour sa mère, et sa reconnaissance envers son gouverneur : Gouffier-^ Boisy eut , avec l'office de grand^maitrede la maison du roi, la direction générale des af£ùres. Le comté d'Angoulémefut érigé en duché pour LouKe de Savoie. A la recommandation de cette princ^se , Antoine Duprat y premier président du parlement de Paris , fut élevé à la dignité de di^ncelier , et celle de connétable fut donnée au duc de Bourbon , qui, depuis , égaré par une Ameste persécution , devait renier sa gloire et sa patrie.
Louis XII s'occupait , lorsqu'il mourut, des moyens dere« conquérir le Milanéz. François 1^' continua secrètement ces préparatifs. Mais , avant de déclarer ses desseim , il songea i enchaîner par des traités les puissances qui auraient pu y mettre obstacle. Les alliances conclues précédemment avec r Angleterre et avec les Yénidei» furent renouvelées. L'archi*duc Charles témoigna le même d^ir de la paix. Souverain d un peuple indocile , héritier présomptif des états d'Autriche et d'Espagne , mais oraig»aait la partiaUté de son aïeul ma« ternel pour Ferdinand son frère , il avait intàfét à' ménager la France. Il fit hommage à François F' pour ks comtés de Flandre, d'Artois et de Charolals ^ et les dctnc princes signè«rent une convention qtti stipulait le mariaegd de l'arcindue avec Madame Renée, seconde fiHe de Louis XIL François garantissait à Charles la succession future de l'Espagne , et Châties promettait au roi de restituer la Navarre à Jean d'Al* bret, son allié. Enfin , le doge de Gênes remît cette ville au roi de France, et s'engagea à y recevoir garnison française.
D'un autre côté, Ferdii^nd , l'emper^ir, le» Suisses, et leur duc de Milan , Maxîmilien Sforce , fermèraiA> une li||;ue
ao.
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3o8 ABRÈGE DE L HISTOIBE GENERALE
pour la défense de lltalie. Mais Tempereur, selon sa coutume, ne fit rien pour la cause commune. Raymond de Cardonne , après avoir conquis le Bressan , le Vîceutin et le Véronèze , fut arrêté par l'armée vénitienne que conunandait Alviane. Restaient encore le duc de Milan et les Suisses, ses protecteurs. Enorgueillis de la victoire de Novare , ces intrépides montagnards osèrent affronter le roi de France. Ils envahirent les états du duc de Savoie, et s'emparèrent du Pas-de- Suze.
François V^ , ayant achevé ses préparatifs , fit marcher vers ritalie la plus belle armée que la France eût encore envoyée au-delà des Alpes. Le trésor étant vide à la mort de Louis XII, et François ne voulant point rendre son avènement odieux par le rétablissement des impôts que Louis XII avait supprir mes , il avait fallu recourir à des expédiens extraordinaires pour fournir à la dépense de ces armemens. On vendit des charges de judicature. La vénalité des offices des juridictions inCsrieures avait commencé avant saint Louis , et continua sous son règne. On en trouve aussi quelques traces sous ses successeurs. Défendue par Charles VII, elle se renouvela sous Louis XI, et fut de nouveau proscrite sous Charles VIII. Louis XII, dans les pressans besoins de letat, vendit les offices de finances , et même quelques charges de judicature ; mais il condamna depuis cette vénalité. François P'^ la réta« blit, et lui donna plus dexten^on. Le chancelier Z)£^m/prés^ala au parlement un édit portant création d'une chambre nouvelle , composée de vingt conseillers, dont les charges seraient vendues au profit du roi. Le parlement résista, fit des remontrances, et n'enregistra qu'aveo la clause :^i^ très-exprès commandement de Sa Majesté. Malgré les efforts de la compagnie, la vénaUté prévalut, mais on en rougit. On crut en pallier la honte en faisant jurer publiquement aux récipiendaires qu'ils n'avaient rien payé pour leurs offices. Cet usage dura près d'un siècle. Enfin, en 1697, sous le règne de Henri IV, le procureiw-général fit supprimer ce serment, ou plutôt ce mensonge solennel. ^.
Cette tiîite reMomrce de la vénalité d^ charges s'étant
DES TBMPS MODBttNES. SoQ
trouvée insul&aiite , quelques impôts furent rétablis. Ces commencemens fusaient mal augurer du nouveau règne; on r^ettait hautement Louis XII. François P' se hâta d*o£&ir à la nation la gloire d'une brillante campagne en dédomma^ geihent de ses sacrifices. Ayant confié la régence à sa mère^ il passa les Alpes ^ traversa rapidement le Piémont , prit plusieurs jdaces, et entre autres Novare, où il fut joint par un corps de dix mille Allemands que lui amenait le duc de Gueldre , et vint canjper à Marignan avec ses forces réunies. Quoique passionné pour la gloire militaire , il négocia avant de combattre. Un traité fut conclu , par lequel les Suisses consentaient à évacuer le Milanez , moyennant une pension de 60,000 ducats pour Maxiniilien Sforce, et un« somme considérable pour eux-mêmes. Cette somme étant prête ^ grâce au «le généreux des principaux officiers qui vendirent leur vaisselle et donnèrent to^t leur argeut, Lautreo fut dlxargé de mener le cpnvoi à Bufalora , où les Suisses devient lejrecaroir. Les harangues du cardinal de Sion leursuggérèi^t une indigne perfidie , dont ils eurent ]ji honte sans en reciieilUr le firuit. Us voulaient retenir le prix de la paix, et coArinuèr la guerre. Lautrec, prévenu à temps, se détourna de sa- route ^ mit l'argent en s^Jireté, et avertit le roi de se tenir sur ^e$ gardes. Les Susses, ayant levé leur ^amppouc all0r attaquer Tarmée française, et se flattant de la surprendre, la trouv^ent rangée en bataille, et prête à engager Tactioni Étonnés, mais nqn déconcertés, ib s'avancèrent vers lartilr lerie défendue par les lansquenets, dans le dessein, de s'en emparer cçmme ils avaient fait à Novare , et de la tourner contre les Français^. Elle fut plusieurs fois prise et reprise dans le ccrurs d'un combat acharné qui dura plus de huit heures, et se prolongea bien avant dans la nuit. Lorsque la profondeur des ténèbres força les deux armées de «uspendrç leurs coups, les combattans étant mêlés et confondus, chacun rest^ silencieux dans le poste où il se trouvait^ n'osant faire un mouvement , de peur de rencontrei: un ennemi ; et le roi feposa tout armé sur l'août d'un canon , à cinquante pas du plus gros bataillon des Suisses. Au point du jour, le combat
3lO ABRÉGÉ DE I. HISTOIRE GBllTÉRALE
reconunença; la victoire, long-^temps douteuse se déclara enfin pour le^ Fpancais, Les Suisses se retirèresit, mais en bon ordre et dans uae fière contenance. Le roi, débestanit ee earaage inhumain cpii assouvit la fiireur du soldât sans ajouter à la gloire du vainqueur, défendit de les poursuivre.
La journée de Marignan coûta aux Suisses plus de quinze mille hommes , et près de six mille aux Français. Le maréchal de Trivulce, qui avait assisté à dix-»sept batailles, disait que celle de Marignan tétait un combat de géans^ et toutes les autres des jeux dcnfans. Le roi, qui avait déployé une valeur héroïque , arma chevaliers sur le champ de bataUle ceux qui s'étaient le plus distingués; mais auparavant il voulut lui-» même recevoir de la main de Bayard Tordre de ehevakrie. Bayard lui donna laccolade, et puis uprès^par marner» de jeu^ cria hautement y Vépée en la mmn dextre? » Tu es bien » heureuse d^avmr aujourdhul a un si vertueux et ei puissant » rei donne P ordre de ckei^alerie. Certes , ma bonne épée^ » vous serez moult bien comme reliqms gardée et~Mt Mites » autres honorée; et ne vous porterai jamais y si ce tiest » contre Turcs ^ Sarrazins ou Maures; et puis 6t deux sauts ^ » et après remit son épée dans le fourreau. ^
Le roi marcha ensuite vers Mîlan : le cardinnl de Slon s'y était retîr4 Â l'approche des Français , il s'enfuit chez Tempereur avec le jeune François Sforee, frère puîné du dil'd^" Maximilien, Celui-ci , enfermé dans le châberiu i!e Mibn , capitula après vingt jours de siège , renonça' îrrévocaWement à tous ses droits, moyennant une pension de 3o,ooo éous, et fut condnit en France, où il mouinit en iS3o. Lé roî^ maître an Milanez, fit son entrée dans 4a capitale, y ctablit un parlwnent, et séjourna quelque temps en Italie peut" régler diîver^ intérêts avec les puissances de ce pays , et particulièrement avec le Pape.
Depuis que François V^ avait passé ïfes Alpes, le pape ne cessait de négocier la paix les armes àia main, tout prêt à rompre les négociations , si la fortune eût abandonné le wrf. Voyant qu'elle lui restait fidèle , il prit le parti de conclure. Un des artides les plus délicats' était la restitution de Parme
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DSR TSMPS MODSRIISS. 3ll
et de Plaisanoo* Après la bataille de Raveiiiies et la mort de Gaston^ Iules U Vêtait emparé de oes deux places qm avaient jusque-là appartenu aux duos de Milan* Jlaximiliëii Sforce m^fes aTait point réclamées; mais on ne pouTait attendre de Fi:tançots I^^ la même condescendance. Un nonce pontifical signai donc kPm>ia un traité par lequel Léon X rendait au roi Barme et HaisaBoe, et s^obUgeait à raj^der les troupes de l'Élise qm servaîeiit contre les Vénitiens. Acesconditions, le roi prenait sous sa protection la maison des Médiois, sa*crifiaîs les Bentiroglia, laissait Bologne au SMnt^«iége, et s*engageait k né point mettre obstade aux projets du pape contre le duc dllrbin, François-Marie de la RoTère. Laurent de Médids, nereu de Léon, euTahit immédiatement le dudié d'Urbini La jBLovère y rentra en i5 1 7, en fiit chassé la même année, et. le reeouiTfa en tSai.par la libéralité du papa Adrien VI.
Depuis longwCenq>s un des grands .<AJett de la.politique romaine était d'anéantir la /ira^mo^'^W^oncl^pm Louis XI, après l'avoir abolie, au commencement de son règne ^ Tarait d^uls «uivie >ou négligée , selon qu*il était content ou mé* eontent des papea. Œnervée sons Charly VIII et sous Louis XII , eDe fut détruite sous Fran^çois P^. Ce prince, qui Toulaittse concilia lamitté- du pape, oonaeAtiljà ràjqwjmer une oridiénnasice odieuse av^saint^siége* {^ pragmatiqv^ &it révoquée, et on lui .substituait 5 aoûA.i5jl6) un eamordaii^ dai^ lèqu^ les intérêts des deux cours furys^t ménagés arec ait. Les. élections çanoniq^es fuDefit abtogqçs, et le roi eut la nomination aux éyiîpfaés>etàux abbayea» Mais Je pape devait aceorder les ^orvisidns, amfoelles on attacha secrètement les anaates, dont on évita i dessem de Êùre mention dans le concordat ; de sorte que , pat un bisanre échange , le^tem« porel étai^ le partage du pape, qui estnne |Miissance sj>irituflfle, et le roi, prince tempord, était investi du s|>iritud. Les réserves forent modifiées^ on abolit les grâces éxpeciiH tives, et Tabus des évocations en cour de Rome:rleèta sup» priméjoomme d^s la pragmatique. Ce traité, qui choquait les maxhnes de leglise gallicsoie , exdta de vives réclamations
3ia ABRiCB DR LHISTOIRB GéirBBALB
de la part du clergé ^ du parlement et de runÎTersité. Le par-^ lement ne Fenregistra qu'en i5i8, après plosieors remontrances, et du très'-exprès commandement du roij plusieurs fois répété. Après en avoir arradië l'enregistrement, François P' ne put en obtenir fexécmtion; enfin, désespérant de Taincre sur ce point la résistance du parlement, il lui ôta la connaissance de tous les procès concernant les bénéfices de nomination royale , et l'attribua au grand consal par ordonnance du & septembre iSay.
Pendant ses négodations ayec le pape, le roi avait conclu, par l'entremise du duo de Savoie, un traité très'imponrtant pour la sàreté du Milanez* H avait fût la paix avec les Suisses aux mêmes conditions qu'ils avaient acceptées et violées avant la bataille de Marignan, et auxqueHea le vainquent eut la modération de ne rien changer. Les Suisses reconnurent le roi pour duc de Milan, comte d'Ast et seigneur de Gènes, promirent de lui fournir, s^n les circonstances, autant de gens de guerre qu^il voudrait en solder, et de hii rendre ka places et châteaiKX qu'ils possédaient dans le Hilanez, Fran«cois s'engagea à leur payer un million d'écus tant pour l'exén cution du traité de Dijon que pour d'autres objets, et augmenta leurs pensions annuelle». Cette convention, signée à Genive (7 novembre i5i5), ne fut acceptée que par huit cantons : les cinq petits cantons, qu'elle c^ligeait à plus de restitutions que )^ autres, refusèrent d'abord d'y accéder. François, ayant ainsi réglé ses a£Èdres en Italie, laissa le gouvernement du Mflanez au connétable , et alla se ntonti^eF à la France impatiente de revoir son roi victorieux.
Depuis la oonquête du Milanez, Ferdinand-le-Catholique, craignant pour- le rayaiune de Naples, s'efforçait de susciter à Francoîâ V^ des ennemis : il cherchait à réveiller la haine de5 Suisses j irritait la jalousie du roi d'Angleteire, et stimu** kit l'indolence de l'emptereur. Au milieu de tous ces mouve-. mens, il mourut le %% février i5i6, laissant ses états à l'ar^ chîduc Charies , soil petit*fil& Il confiait par son testament le royaume d'Aiagon à l'archevêque de Sari^osse, etcduide Castille au fameux Ximenès, jusqu'à l'arrivée de Fardiiduc.
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DES^TBMPS MODERNSS. 3i3
Ce jame prince, appelé à recueillir Timinense succession de son aïeul, rechercha l'alliance de François P^, pour n'être point troublé par ce puissant voisin dans sa prise de possession. Dans un traité qui fut alors conclu à Neyon^ François V^ ne sut point profiter de lavantâge des circpnstances. L'occasion était fayorable pour obtenir la restitution de la Navarre et du royaume de Naples. Au lieu de l'exiger immédiatement, on convint que Charles , aussitôt qu'il serait arrivé en Espagne 9 et qu'il aurait pris connaissance de l'affaire de la Navarre, satisferait Henri d'Albret. Quant au royaume de Naples, dont la moitié revenait à la France en vertu du traité de' i5o5 (Ferdinand n'ayant point laissé d'enfans de Germaine de Foix), cette moitié fut cédée au roi d'Espagne en faveur du mariage qui, au mépris de l'union projetée naguères entre Charles et madame Renée, sœur de la r^ine, fut arrdt^ entre ce même prince et Madame Louise, fille de François F', jeune princesse encore aii berceau. MaximiHen accé(fa quelques mois après au traité de Noyon. Cette môme annéç, les cinq cantons suisses qui n'avaient point adhéré ail traité de Genève, a^lhérèrent à celui de Frihowrgy conclu le ap novembre i5i6 entre la France et tout le corps helvér tique , et qui , fidèlement observé depuis trois siècles , a mérité le nom à& paix perpétuelle ^ qui lui fut donné dans l'origine.
Un traité entré François P' et Henri VIII acheva la pacification générale^ Les Français voyaient avec chagrin, depuis 1 5 1 3 , la ville de Tournay entre les mains des Anglais j ceux-ci , de leur coté, étaient embarrassés de la possiession de cette place éloignée, qui nécessitait l'entretien d'une garnison considérable. Ils la rendirent pour 600,006 écus. On stipula pans le même traité le mariage du dauphin et de la princesse Marie d'Angleterre,, et l'on convînt, sans en fixer l'époque, qu'il y aurait une entrevue entre les deux* rois.
Après le traité de Noyon, Charles s'était rendu en Espagne, où il fut successivement reconnu roi de Castille et d'Aragon (i). Tandis qu'il travailfait à établir son autorité
(i) Charles fut reconnu principalement par l'influence et le crédit
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sur ses. nouveaux sujets, son aïeul MaaUmiUôn mGînTuï à UntZj le i5 jauTÎer i5i<). Cette mort d'un prince qui n'exer* eait sur l'Europe aucune influence, ni par ses talèns^mpar son pouvoir, derint, par ses suites, un des plus méraoraUes éfénemens de l'histoire moderne : elle rompit cctjte paîat
de Ximenès. Cet homme extraordinaire signala sa courte régence par les entreprises les plus hardies contre les nobles, souvent indociles à Tau torité royale. ïl supprima une partie de leurs privilèges. 11$ prirem les armes pour les défendra ; mais iLarrétai leurs entreprbes aTce uwe vigueur et une faciJUté iisaUendii^s. Sùivs^nit le «yst^me féodal, tout le pouvoir militairer était ventre le*mains des nobles. Un roi qui n*avait que des revenus modiques et une prérogative bornée ^ ne pouvait faire la guerre qu'avec leur secours. Ximenès résolut d'^flû-anchir la couronne de celte dépendance. Sous prétexte qu'il falla5t avoir des troupes toujours prêles' pour repousser- lés înoursions des Maures d'Afrique , il enjoigixit k chaque ville de Casttlle d'jenr^ler vn icerjt^in non^re dç boyi-geois , qui seraient exercés & la discipline miHtaire les jours de fêtes. Il obtint que les ofELciers de cette nouvelle milice seraient payés sur les fonds publics ; et il promit aux simples soldat^ l'exemption de toute espèce d'impôts. Il suivît avec beaucoup de fermeté l'exécution de ce projet , qui rencontra quelques obstacles, et qui faft abandonné à sa mort. Ximenès , ayant réussi k diminuer le pq^roir excessif des nobles, entreprit de diminvier leurs pqssefleiwi>> q^i s'étaient agrandies jusqu'à ifn Gtjch$ non moîi^$ dangere^f paf le« concessions des rois. Mais une semblable dénjarçhç était trop, hardie, même pour le génie de Ximenès, et il borna ses recherches au règne de Ferdinand. Engagé dans ces vastes projets , et troublé dané leur exécution par l'opposition de la noblesse, et même par lés'intriques des conseillers flamands de Charles V , il eut encore à soiftenif le fardeau de deux guerres étrangères. L'une se fit dans la Jïayarre , que Jean d'Albret essaya de recouvrer après la mort de Ferdinand* Les mesures du cardinal firent ëchouer ses tentatives. Ximenès fut moins heureux dans, la guerre qu'il fît au fameux aventurier ïjoruc Barberousse, roî d'Alger et de Tunis. L'armée espagnole qti'il'avaît envoyée en Afrique fut taillée en pièces par la faute du général. Cette expédition fut un des derniers actes de sa régence. Il conseilla luilaême à Charles de venir en Espagne prendre les rênes d« gouvei'nçmpnt. Charles , au lieu de le retenir à la cour pour s'éclairer de ses conseils, le renvoya dans son diocèse, où il mourut le 8 novembre i5i7. L'austérité de srs mœurs l'avait fait révérer comme un saint, même par ses contemporains.
DES TEMPS MODERNES. 3l5
universelle qui régnait alors dans le monde chrétien ; elle excita entre deux grands princes une rivalité qui remua toute l'Europe , et alluma de longues et sanglantes guerres. Les rois de France et d*Espagne aspirèrent au trône impérial. Henri VIII parut un moment le désirer; mais, faute d'espérances, il y renonça bientôt. Une diète s assembla à Finnc^ foH. L archevêque de Trêves plaida hautement la cause de Fitançbis P'^; Farchevéquc de Mayence, celle de Charles. Les deux rois ne. placèreitt point tmiquement leur confiance dans Tadresse et dans Téloquence de leurs négociateurs; ils em** ployèrent deux moyens encore plus efficaces : l'argent et les promesses. Les électeurs étaient partagés. D'un côté, on redontaic la puissance dca ooncurrens, et l'Allemagne crai* gnaîtdese doBnev un maître; et de l'antre, il fallait élire un prince puissant pour défimdre l'Enipire menacé et même attaijtté.par les Turcs. Enfin, sur le refin et par les conseils de Fridéric^le^Sage, électair de Saxe, Charles fut proclamé. L'ét(Miniend et la pétulance de l'amiral Bonnivet, ambassadeur de France, rincompatibilité du caractère des deux natiiç^ns^ la gloire de François I^, $on ambition déjà connue , tandis ^ue celle de Charles était encore secrète, contribuèrent peutf^e à cette résolution autant que les conseils de Frédéric. Charles-Quintétaità Barcelonne lorsqu'il reçut cette ^grande nouvelle. Quoique «a présence ibx nécessaire en Espagne, où une révolte était imminente, il s'embarqua au ^mokde mai i5ao, descendit en Angleterre, oà il essaya vainement de rompre le pr<ijet d'entrevue arrêté entre Henni. VUI et François P', visita ses provinces des Payd- Bos, et se rendit à Aix^la^Chap^e, oà il fut couronné le aa octobre, i
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3l6 ABRÉGÉ DB L*H£STOIRE GENERALE
SECTION IL
Depuis ravèaement de Charles-Quint au Irôoeimpéiial , iusqu*au retour de Laulreo en France, après le combat de la Bicoque (i5i9-i52t2).
Avant rélection, les deux rivaux affectaient les dehors d'une sincère amitié. Il semblaient défier Fambition et la po^ litique de troubler leur parfaite harmonie ; mais cette modération de parade ne fut point à Tépreuve de l'événement; et lorsque François P', dont la gloire remplissait l'Europe , se vit préférer un jeune homme que rien de grand et de mémorable n'avait encore désigné à la renommée, il sentit vivement son humiliation. Ne doutant point que Henri YIU ne partageât son ressentiment, il le pressa de consentir à l'en* trevue depuis long-tanps projetée : elle eut lieu entre Guines et Ardres^ dans une grande plaine, que la magnificence dé^ ployée par les deux monarques et par leur suite, fit appeler le Camp du drap-^or. Des jeux chevaleresques, des fêtes galantes , toutes les pompes guerrières de ces ten^s-là, occupèrent les deux cours pendant dix-huit jours quei les princes restèrent ensemble. L'impression favorable que firent sur l'esprit de Henri les manières aimables de Françob P' et son air dé franchise et de confiance, fut bientôt effacée par l'artificieux Charleà'Quint. Au sortir du Camp duirap-d^or^ Henri se rendit à Gravelines , où il vit lempereur. Celui-ci lui offrit de soumettre à sa seule déci^on tous les différends qui pourraient s'élever entre lui et François V^. Cette proposition, qui flattait la vanité du roi d'Angleterre, fut acceptée avec joie, et disposa Henri VIII en faveur de Charles - Quint. L'adroit empereur s'assura la continuation de ces ^entimens favorables^ en gagnant par des honneurs et par des largesses le cardinal TFolsey^ principal ministre de Henri VIII, et qui gouvernait l'esprit de son maître.
Inquiet des événemens qui se préparaient, le pape hésitait avant de prendre parti. François I*"" semblait avoir acheté
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DES TEMPS MODERNES. SlJ
son amitié par d^ssez importans sacrifices : mais la politique est souvent ennemie de la reconnaissance. Enfin, après avoir pesé long- temps les offres et les promesses des deux rivaux, qui se disputaient secrètement son alliance, Léon X se déclara pour l'empereur (S mai i5ai). Il fiit convenu qu'ils uniraient leurs forces pour chasser les Français du Milanez, dont on rendrait la jouissance à François Sforce, fils de Ludovic ; que le pape recouvrerait Parme et Plaisance; qu'on augmenterait le tribut annuel que Naples payait au saint-siége, etc.
Du reste, François P' comptait moins sur des alliances mobiles et précaires, que sur les forces de la monarchie française, et sur les troubles qui déchiraient alors l'Espagne, et la menaçaient d'une subversion totale.
Les Espagnols n'avaient point applaudi à l'élévation de Charles- Quint sur le trône impérial. Ne doutant pas que cette nouvelle dignité ne les privât bientôt de la présence de leur souverain, pour les livrer au gouvernement d'un vice-roi, et prévoyant dans l'avenir des querelles inévitables, où le sang et les trésors de l'Espagne seraient prodigués pour soutenir l'éclat d'un titre étranger , ils s'étaient plus à rappeler que les états de Castille , dans le treizième siècle, avaient défendu à Alphonse^le-Sage de sortir du royaume pour aller se faire couronner empereur. Cependant Charles, sans consulter leurs sentimens et leurs murmures, accepta la couronne impériale , et annonça l'intention d'aller la recevoir en Allemagne. Dans ce temps-là, la tyrannie des nobles excita un soulèvement dans le royaume de Valence. L'indépendance et les privilèges aristocratiques étaient plus étendus dans cette province que dans le reste de l'Espagne, et la noblesse y exerçait line autorité oppressive , qui porta le peuple à la rébellion. Alarmée de ces mouvemens inattendus , elle envoya demander à l'empereur la permission de réduire les rebelles par les armes. Le peuple, de son côté, noinma des députés chargés d'aller exposer ses griefs au souverain , et implorer sa protection. Charles, mécontent des nobles de Valence qui lui avaient refusé un subside, se déclara en faveur du peu*
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pie, et Tautorisa iraprtidemment à rester armé. La mtiltitude, enhardie par le succès, chassa tous les nobles de la ville, confia le gouTememelit à des magistrats municipaux ^ et forma, sous le nom de Germanada^oux Fraternité^ une asso* ciation qui devint la source des plus affi%ux désordres et des plus grandes calamités ( iSao). La contagion de cet es-» prit d'indépendance gagna insensiblement d'autres grandes cités, et Chariea^Quiiit en eut de nouvelles preuves aux étatâ de Saint-Jacques-de^CompostelIe, où la demande qu'il fit d'un subside fut violemment combattue par plusieurs députés des communes. Cependant il s'embarqua pour rAIIêmagne , après avoir conféré la régence de Gastille au cardinal Adrien dU*trecht^ qui avait été son précepteur^ et les vice-rojsmtés d'Arragon et de Valence à deux seigneurs espagnols^
Un soulèvement se préparait alors à Tolède > et ne tarda pas d'éclater. Les bourgeois de cette ville , instruits que l'as*^ semblée de Saint Jacques-de^-Compostelle avait accordé à lempereur un don gratuit , malgré l'opposition de leurs députés , chassèrent leur gouverneur , se donnèrent une sorte de gouvernement populaire , levèrent des troupes pour se défendre, et prirent pour chef don Juan de Padélla , fib aîné du commandeur de Gastille. La même fureur s'empara des hibitans de Ségovie, de Sakmanque, de Zamora, de Burgos et de plusieurs autres places. Des députés de toutes les villes rebelles s'étant réunis à jipilay j formèrent une confédération sou» le nom de la santajunta^ la sainte-ligue, et demandèrent hautement de nouvelles formes municipales , et l'abohtion des immunités pécuniaires de la noblesse. Les ;nécontens destituèrent Adrien de son office , s'emparèrent du château de Tordésillas, où Jeanne-la*^FoUe^ mère» de diarles^Quint, vivait ensevelie dans une profonde mélancolie depuis la mort de son époux, et gouvernèrent au nom de cette princesses Informé de ces événeonens , Tempereur adressa aux ville» db Gastille des lettres drculaires^, dans lesquelles il les exhortait à mettre bas les armes, leiur promettant une amsiistie géué'^ raie , la révocation du dernier suicide , et le redressement de certains griefs. La ligue , enorgueillie de sa puissance,
DES tEMPS MODEMlfES. Sip
crut qu'il lui appartenait de dicter les conditions de la paix. Elle fit à Tempereur. une Icmgue remontrance, où, examinanttoutes les parties du gouyemement, éie exigeak une réforme coymplète et un nouveau système d administration , qui étendait le pouvoir du peuple aux dépens du roi et de û noblesse. Inité de l'audace des communes, l'empereur re^ £LLsa de recevoir leurs députés. A. cette nouvelle, les conCé* dérés ne gardèrent plus dé mesure. Résolus de conquérir par la force les privilège qu'ils rédamaient, ils mirent en campagne vpgt mille hommes. La jalousie de quelques membres dé la ligue écarta Jean de Padilla du commandement , qui fut confié à don Pédco Giron, jeune homme d'une illustre nais<* sance , mais vain , léger et sans expérience. Cependant la ligue avait alors besoin d'un général habile. Le parti du roi avait repris de» forces. Les nobles étaient d'abord restés spectateurs des événemens ; mais voyant leurs prérogatives , non moins que celles de la couronne, en butte à la fureur démocratique des confédérés , ils s'étaient détenninés à faire cause commune avec le monarque, et avaient assemblé leurs vas-* saux. Giron ne put empêcher le comte de Haro , chef de l'ar* mée royale, de teprendre Tordésillas, et de s'assurer de la personne de la reine. Ce coup fut fatal aux rebelles, qui jusque-là s'étaient prévalus du nom de cette princesse. Giron n'avait manqué que d'habileté; ils l'accusèrent de perfidie ^ ils lui otèrent le commandement et le rendirent trop tard à Padilla. Ce général, après quelques Êdbles succès, tut com* plétement défait à FÛlalar (28 avril i52x) par le connétable de Castille, et ^cpia sa révolte si\r un échafaud.
La bataille de Yillalar fut dédsive. Toutes les villes se rendirait au vainqueur , à l'exception de Tolède , que dona Maria Pacheco , veuve de Padilla , excita à la i^istance. Cette femmo courageuse remplit les halûtans de son enthousi»me; etlorsqu enfin, las d'un long siège, ils ouvrirent leurs portes aux royalistes y elle se retira dans la citaddle, s'y défendit longtemps encore, et , près d'être forcée, s'édiappa à la éeivcut d'un déguisement , et se réfugia en Portugal* Alors toute la Castille fot soumise. Pendant que ce royapme était en proie
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aux. discordes civiles , la germanada avait désolé la province de Valence. Cette faction avait soutenu la guerre durant deux années contre les nobles, avec plus de courage et de perséyérance qu'on ne devait l'attendre d'une populace sans discipline , conduite par d obscurs artisans. Mais , après la bataille de Yillalar, un corps de troupes castillanes étant venu au secours de la noblesse, \di germanada fut détruite, et le gouvernement de Valence rétabli dans son ancienne forme* ( iSai.) Lorsque ces troubles agitaient l'Espagne, François I®^, jugeant le moment favorable pour reconquérir la Navarre , dont Henri d'Albret demandait vainement la restitution promise par le traité de Noyon , avait envoyé une armée dans ce pays, sous le commandement deLespaire, frère du maréchal de Lautrec, et proche parent delà maison d'Aïbret. Les Espagnols n'ayant point d'armée à lui opposer, il se rendit maître en quinze jours de tout le royaume de Navarre.
Au lieu de travailler à conserver sa conquête j Lesparre voulut en faire de nouvelles : il dépassa les limites de la Navarre , et alla mettre le siège devant Logrono , ville de Castille. Les dissensions de l'Espagne étant alors presque assoupies, les deux partis se réunirent contre l'ennemi étranger. Une armée nombreuse accourut au secours de Logrono; le siège fut levé : les Français , inférieurs en nombre, se retirèrent vers Pampelune,et , sans attendre six mille Navarrois qui devaient bientôt les joindre, livrèrent dans la plaine de Squirosf un combat inégal. L'impétuosité de leur attaque ne les sauva point d'une déroute complète. Lesparre , intrépide soldat , mais général sans expérience, fut fait prisonnier après des prodiges de valeur, et la Navarre fut perdue plus prompte* ment encore qu'elle n'avait été conquise.
Tandis que François V^ s'efforçait de justifier l'inutile invasion de la Navarre, en l'attribuant à Henri d'Albret, il avait récours à un artifice du même genre pour attaquer d'un autre côté le territoire de l'empereur. Robert de la Marck , seigneur de Bouillon, petite principauté indépendante, sur les frontières du Luxembpurg et de la Champagne, avait aban-
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BBS TEMPS MODERNES. 321
donne le service de Charles pour se venger d'un prétendu déni de justice^ et s'était jeté dans les bras de la France. Aveuglé par le ressentiment , et certain du secours de François P'^jilfit défier l'empereur au milieu delà diète de Worms, et ravagea le Luxembourg. Le comte de Nassau , envoyé avec ' une armée pour châtier son insolence, prit toutes ses places, à l'exception de Sedan , et , donnant le signal d'une guerre plus importante , envahit les frontières de France, et assiégea Mouzen , qui se rendit presque sans résistance. Toute la France aussitôt fut en armes. Le duc d'Alençon en Champagne, le duc, de Vendôme en Picardie, en Guienne l'amiral Boùnivet , le maréchal de Lautrec en Italie , allèrent prendre le commandement des troupes. Cependant Nassau, maître de Mouzon , investit Mézières , dont la conquête eût ouvert à l'armée impériale une entrée facile dans le cœur de la Champagne. Mais Bayard défendait la place assiégée : avec une faible gan^ison , il résista pendant six semaines à unear- ■ mée de trente-cinq mille hommes , et donna le temps au duc d'Alençon de venir le délivrer. Les impériaux se retirèrent. Le roi en personne les poursuivit au-delà de l'Escaut,. et fit dans les Pajfâ-Bas quelques conquêtes de peu d'importance , dont l'avantage fut plus que balancé par une faute grave. Au rapport des chroniques contemporaines , la reine-mère , trop sensible £iux grandes qualités du connétable de Bourbon, avait éprouvé sei$ dédains. Passant alors de l'amour à la haine, elle avait persécuté l'ancien objet d'une tendresse méprisée , et le connétable avait été privé du gouvernement, du Milane%. Il essuya un nouvel affront au passage de l'Escaut. Il réclamait le commandement de l'^ivant-garde, comme une prérogative honorable de sa charge : Iq roi en. donna la conduite au duc d'Alençon. Cesmjures déposèrent dans l'âme de Bourbon le^ germes d'un re«septiipent qui, accru par d'autres outrages , devait être un jour si fatal à sa gloire, à sa vie et à la France.
L^s armes des Français, victorieiises dans, les Pays-Bas, l'étaient aussi du côté des Pyrénées. Boianivet, créatpre de la rdine-mèr^, et favori du roi, s'empara de Fontarabie, qui
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avOTt jusqu'alors passé pour imprenable. Mai* Lautrec était moins heureux en Italie. Les Espagnols, le pape, les Florentins et [le mardis de Mantoue avaient formé une coalition formidable pour Texpulsion des Français et le rétablissement de François Sforce. L'armée de la ligue, sous Prosper Colonne, in'vestit d'abord la ville de'Parme (i52i). Lautrec en fit lever le siège , trouva l'occasioti d'aceaUer les confédérés dans leur retraite, la laissa échapper , ne la retrouta plus, et èette guerre né fut plus pour lui qu'une suite de disgrâces à peine interrompues par quelques l^ers et stériles succès. Enfin , réduit à se tenir sur la défensive , il alla s'enfermer dansMitaii , y fut surpris pat le marquis de Pescaire, se relira sur les terres des Véaitîens , et abandonna la capitale à la futour avide des impériaux, qui la pillèrent pendant dix jours. A la nouvelle des triomphes de la Hgue, et surtout delà Conqtiêté de Parme et de Plaisance qui furent de nouveau réunies aux états de l'Église , le pape ressentit une joie qui, par son excès même, lui devint, dit-on, funeste : suivant les historiens français , elle causa sa mort. Charles-Quint avait mis dans ses intérêts le cardinal Wolsey, en lui promettant la tiare à la premièrèr vacance du saînt-siégej cependant il fit élire (9 janvier 1 522 ) son ancien précepteur, le cardinal Adrien d'Utrecbt, Mais fallait-il ei^tier un rè^ne éphémère à un vieillard languissant et malade? et Wolsey pouvait-il s^ndigner d'une élection que suivrait la sienne à si peu d'Intervalle ? Consolé par cette persfpectivè, Wolsey se laissa de liduveau séduire aux promesses de fempereùr.' La même année, il voulut mériter par un service éclatant que Oharles- Quînt lui tînt parole. Depuis le àGimmericertienl des hostilités, Henri VIII , tftû désirait passer pour l'arbitre de l'Europe , s'Aâît érigé en médiateur. L'an iSat , dans déis conférëtidés tenues â Calais^ Wolsey avait prétendu pésér et concilier le» intérêts des deux rivaui ; maïs sa partialité eh faveur de Charles avait révolté les plénipotentiaires français, et le roi, répétant un arbitrage suspect, avait rûmjittles conféreftcîesètsùspeiidu le paiement de quelques somihefe que là RrâhieèdeVait à ÎAkigleierre. En i522, Femperéur fit un sècbnd toyagefefi A|i-
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gleterre pour mettre à profit les favorables dispositions de Henri YUI et de son ministre. Alors lut conclu enïreles deux monanjues le traité de Windsor^ par lequel Charles et Henri ^'engageaient à attaquer la France avec tontes leurs fovces. .Aussitôt Henri YIU envoya déclarer solennellement la guerre à François V^ par un héraut; et une armée anglaise, sons la conduite du duc deSuffoldi, descendit à Calais, assiégea avec les impériaux la ville de Hesdin, et repassa la mer après neuf mois d'un siège inutile. En i5a3 , les impériaux foent encore une nouvelle tentative sur la Picardie, et furent re* poussés par le duc de Vendôme.
La fortune restait fidèle aux Français dans les Pays-Bas. Plus inconstante en Italie , après les y avoir abandonnés , elle sembla un moment revenir à eux pour les abandonner encore. La mort de Léon X avait interrompu les succès de la ligue , qui fut même sur le point de se dissoudre. Lautrec était rentré dans le Milanez, et avait repris l'offensive ; les Vénitiens le secondaient; il lui arriva seize mille Suisses ; enfin, le maréchal de Fbix lui amena de France, avec un renfort considérable, deux hommes qui valaient une armée , Pierre de Navarre, qui avait pris du service en France, et le chevalier sans peur* et sans reproche, Lautrec, après avoir emporté plusieurs places du Milanez, s'avança vers la capitakv II trouva les confédérés retranchés dans un camp inexpugnable au château de la Slcoqm^ entre Lodi, Milan et Monza (iSs&a). La prudence conseillait de passes outre; mais les Suisses, qui servaient depuis plusieurs mois sans rece»voÎT de paie ^ impatiens tic la longueur de la .guenre, de^ mandèrent instamment le combat. £11 vain Lautrec Jes oonjiira*t-îl de ne point courir à une perte certaine : argent , mngé ou hoîailUl s écriaient -ils avec fureur. On Jeur aceordala bataille. Ils se précipitèrent avec un aveugle courage sur les retranchemens de rennenii, cl où tonnait, une formidable artillerie. Vigoureusement soutenus par le» Français, ils firent diiierojables efforts^ se retirèr^^^n bon ordre j après avoir perdu leurs plus braves cjfficierset leurs meiDeures troupes , et le lendentain reprirent le chemin die
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leur pays. Laiitrec, hors detat de tenir la campagne, mit garnison dans quelques places, et revint en France. François lui reprochant la perte du Milanez, il répondit avec fermeté que le roi lui-même en était cause; que la gendarmerie avait servi sans solde pendant dix-huit mois ; que les Suisses n'avaient point été payés ; qu'enlin le gouvernement devait s*iniputer leur défection et tous les malheurs dé la guerre. Le roi, qui avait donné ordre à Semblancaîy surintendant des finances, d'envoyer en Italie 400,000 écus, le fit arrêter. Semblançai protesta vainement que la reine-mère s'était saisie de cet argent. On nomma des commissaires pour le juger. Son procès traîna en longueur ; mais enfin y en 15^7 , il fut condamné à être pendu , comme concussionnaire, et la sentence fut exécutée à Montfaucon. Le peuple fut indigné de son supplice : on était alors généralement p<»rsuadé de son innocence , et elle paraît aujourd'hui reconnue.
SECTION III
Depuis le retosr de Lautrec en France , après le cotnbat de la Bicoque ,. jusqu'au traité de Madrid (iSaa-iSaôJ.
Le malheur des Français ne leur laissa plus d'amis au-deli des monts. Venise et les ducs d'tfrbin et de Ferrare , jusque- 1à leurs alliés , les d>andonnèrent. La faction des Adomes mit Gênes au pouvoir des impériaux. Enfin, au comme»» .cément de iSaî , le pape^ l'empereur et le roi d'Angleterre , t<Rite lltalie, la plus grande partie de l'Allemagne, se trouvèrent ligués contre la France. François P' vit le danger sans s'émouvoir. Après avoir pourvu à la d^ense de ses frontières , il résolut d'aller lui-même reconquérir le Mibnez ; et déjà il était en marche à la tête d'une nombreuse armée , lorsqu'il fut arrêté par ht découverte d'une conspiration domestique qui pensa causer la ruine de la monarchie.
L'auteur de ce complot dangereux était Charles y due de Bourbon y connétable de France. Depuis les affronts qu'il
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avait reçus y il s*ëtait retiré de la cour; et, plein d*idées de vengeance, il commença dès-lors à établir une correspondance avec les ministres de l'empereur. Vers le même temps, la duchesse de Bourbon vint à mourir sans postérité. Cet évén^nent fournit à l'implacable Louise de Savoie une nouvelle occasion de montrer sa haine au connétable : elle entreprit de le dépouiller de tous ses bi^os, en réclamant, comme héritière de Suzanne de Bourbon •Beaujeu, son .éppuse, la succession de la maison de Bourbon.
D'après la loi salique, constamment observée dans la maison de Bourbon, à la mort de Pierre de BomioH^BeaujeUy sa succession devait appartenir ^ non à sa fille Susanne^ mais à Charles de Bourbon j fik de ce Gilbert de Montpensier ■qui était mort dans la première guerre de Naples; mais Louis XII, par égard pour Anne de Beaujeu , avait proposé de confondre toutes les prétentions et tous les droits ^ en mariant Charles de Bourbon avec Susanne , et les deux époux s'étaient fait une donation mutuelle, confirmée depuis par le testament de Susanne et par celui d« la duchesse de Beaujeu , sa mère. Louise de Savoie^ qui prétendait déshériter te connétable^ était fille de Marguerite de Bourbon^ femme de Philippe, duc de Savoie. Marguerite étant fille de Charles, frère aîné de Louis de Montpensier, aïeul du connétable, Louise était héritière de Susanne, si l'ordre de la succession neût été réglé dans la maison de Bourbon ep faveur de la ligne masculine. Le chancelier Duprat hii persuada defûreinter* venir le roi, parce que , d'après un examen des actes de famille , il trouvait plus de facilité à établir le droit de réversion à la couronne , qu'à faire valoir le droit du sang au préjudice de la masculinité. U ne s'agissait de rien moins , dans ce grand procès, que de la possessicm de plusieurs provinces, telles que le Bourbonnais y Y Auvergne^ hi Marche y \e Forez le Beaujolais y la principauté de Dombes, sans compter une multitude de seigneuries. Une partie fut réclamée au nom du roi , Fautre au nom de sa mère.
Ces deux prétentions étaient également illégitimes; mais Louise, par son i^itorité^ et Duprat, à force d'artifices, par-
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vinrent à obtenir des juges le séquestre provisoire des biens de la maison de Bourbon. Ce jugement inique poussa le duc de Bourbon au désespoir, et le désespoir le jeta dans le crime.
Connétable de France et prince de la famille royale, il traita avec les ennemis de son roi, et conclut avec Charles- Qilint €t Henri VIII un traité pour la conquête et le dériiembrement de la monarchie. L'empereur lui promit sa sœur Éléonore, veave du roi de Portugal, avec une dot considérable. Ses domaines , accrus des comtés de Provence et de Dâuphiné, devaient être érigés en royaume. Charlès-Quint et Henri VIH se, partageraient le reste de la France', et Bourbon s'engageait à leur en fadliter la conquête.
François I®^ eut avis de tîetle conspiration au moment où il s'apprêtait à passer les Alpes. Ne pouvant croire que le premier prince du sang voulût livrer le royaume aux étrange», il se rendit sur-le-champ à Moulins, où Bourbon feignait une maladie pour se dispenser de suivre l'armée , et et il lui déclara sans détour les avis qu'il avait reçus. Le connétable protesta de sa fidélité. Le roi, trompé par ses ser mens , et pressé de croire à son innocence , résista à ses plus sages ministres, qui lui <x>nseillaient de le faire airéter, et continua sa maix^he vers Lyon, où Bourbon promît de le rejoindre. Il le suivit en effet à quelque distance ; mais tout à coup, changeant de route, il traversa le Rhône avec un seul gentilhomme , nommé Pomperan. Cachant sa dignité et son nom sous de vils déguisemens, il échappa à tous les partis que le roi envojra trop tard pour s'assurer de sa personne, et passa en Italie. Le roi ressentit de sa fuite et de sa trahison une vive douleur. « Ah! s'écria-t-il, ma franchise, » ma bonté auraient dû lui crever le <3oeur5 je lui ai parlé » avec la tendresse d'un fi*ère : que Je perfide périsse, puis- » qu'il veut périr ! » Cependant il lui dépêcha un gentilhomme de sa maison, nommé Imbault, qui, l'ayant joint hors du royaume, l'exhorta à mériter son pardon par un repentir sincère. Ne pouvant ri^ gagner sur cette ftrae obstinée, Imbauit lai redemanda au ^om dil roi l'épée de ccmnéiable.
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ce Cette épée , dit Bourbon, il me ¥ota au passage de J'Escaut, >» lorsqu il donna la conduite de lavant-garde à M. d*Alen- » oon. » Il persista donc dans sa révolte, et alla attendre à Gênes les ordres de l'enipereur, qui devait être son allié, et qui ne fut plus que son maître. Charles-Quint ne songea plus à donner sa sœur à un banni; mais il consentit à l'admettre au nombre de ses généraux, et l'envoya partager dans le Milanez le commandement de larmée impériale. Tandis que le sort préparait à Bourbon de nouveaux outrages sous un ciel étranger, on lui faisait son procès en France. Ce pro* ces , plusieurs fois suspendu et repris , ne fut terminé qu*a- * près sa mort. Sa mémoire fut flétrie, et L'an i5a7, un arrêt solennel le retrancha de h race des Bourbons, comme ayant notoirement dégénéré des mœurs et fidélité des aniécesseurs de ladite maison de Bourbon.
François I*', retenu en France par le désir de découvrir les détails et de prévenir les effets de la conjuration, .envoya Lautrec en Guyenne et Bonnivet en Italie. Entré dans le Milanez airec trente mille hommes^ Bonnivet perdit lin temps précieux avant de marcher sur la capitale ; et lorsqu enfin il s'en approcha, l'ayant trouvée en état de défense, après quelques attaques infructueuses, il alla prendre ses quartiers d'hiver. Le pape Adrien VI étant mort vers ce temps-là , le cardinal Jules de Médicis fut élevé au pontificat , sous le pom de Clémeni FIL Wolsey, qui, dans cette circonstance, éprouva une seconde fois la mauvaise foi de l'empereur, en conçut un vif ressentiment, et, désormais détaché des intérêts de Charles-Quint, il ne songea plus qu'à la vengeance; ni^is forcé de la différer, il dissimula son courroux, et il affecta d'app^^^lû: à l'élévation dû nouveau pape. Clément Y(I arrivait au saint-siége avec une grande réputation et une longue expérience des affairées j il avait été le conseil d'Adrien VI et de Léon X. JR.éuni$sa^t, par le çrédiit de s^ maison et par sa nouvelle <Ugnité, les forces de la république de Floiren<?e et celles de l'État ecclés^iastique , il d«- Vja^t influer puissamment dans l^ affaires, de l'Italie. Il annonça d'abord qu'il se ferait un devoii* dune en,tière impar •
3^8 ABmÉGB DE I.USTOIRE GBHBRALS
tîalite, et qiill ne remplirait entre la France et l'Espagne que TofEce de médiateur. Cependant, comme il croyait le repos de Tltalie attaché à l'expulsion des Français, et que cet ouyrage paraissait assez avancé , il contribua à Tacheyer : il continua donc, mais en secret, la ligue formée pour la défense du Milanez, et lui fournit quelques subsides.
Bonniyet, retranché à Biagrasso^ attendait des secours qui devaient lui venir de France et de Suisse. L'armée impériale, ' commandée par le comte de Lannoy, vice-roi de Naples , et sous lui , par Pescaire , Bourbon , et le duc de Milan , François Sforce , faitiguait les Français par de continuelles escarmouches, en évitant une action générale. Bonnivet, voyant son armée se consumer sans firuit, et prête à manquer de vivres , quitta le poste fortifié qu'il occupait , et se détermina à la retraite.
Attaqué par l'ennemi sur les bords de la Sessia, et, dès le commencement de l'action , mis hors de combat par une blessure dangereuse , il confia le commandement au chevalier Bayard. Tandis qu'à la tête de la gendarmerie ce vaillant homme couvrait la retraite du reste de l'armée , il fut blessé mortellement d'un coup d'arquebuse. H mourut comme il avait vécu : &e& derniers momens portent le caractère de cette simplicité héroïque et chrétienne qu'il avait montrée toute sa vie. Sentant ses forces défaillir, il donna ordre à un de ses gens de l'appuyer contre un arbre, le visage tourné en face de l'ennemi. La, fixant les yeux sur la garde de son épée qu'il tenait élevée au lieu de crucifix , il adressa une prière à Dieu; n'ayant point de prêtre, il se confessa à son maîlre-d'hôtel. Le duc de Bourbon , qui vint à passer, s'attendrissant à son aspect : Pleurez sur ^vousy monsieur^ lui dit le héros expirant, pleurez sur vous-même : pour moi je ne suis point à plaindre; je meurs comme un homme d honneur^ en faisant mon devoir; mais j^ {à pitié de "vous, qui combattez contre notre roi y votre patrie et dos sermens. La retraite des Français ayant laissé Bayard entre les mains des impériaux, Pescaire, après* avoir vainemept tenté de conserver ou de prolonger ses jours par les soins les plus généreux, fit em-
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baumer son corps ^t l'envoya à sa famflle; famille héroïque, accoutumée à verser son sang pour la patrie. Le trisaïeul de Bayard était mort à la bataille de Poitiers , son bisaïeul à la bataille d'Azincourt, son aïeul à celle de Montlhéry, et son père avait été mis hors de combat à Guinegate.
Bonnivet ramena en France les débris de son arméç. Les impériaux soumirent rapidement quelques places où il avait laissé garnison, et, dans une courte campagne, François P** se vit dépouillé de tout ce qu'il possédait en Italie, où il n'avait plus un seul allié.
Les succès et les revers avaient été balancés du côté de l'Espagne et des Pays-Bas. Charles-Quint (lan iSaS) attaqua Bayonne , et il fut repoussé par Lautrec ; mais il prit sa revanche sur Fontarabie. Une armée allemande, ayant passé la Meuse, fut chassée par le comte de Guise. Les Anglais et les Flamands donnèrent plus d'occupation et en même temps plus de gloire à la Trémoille en Picardie. Au nombre de plus de trente mille , ils s'avancèrent jusqui onze lieues de Paris. Un secours de cavalerie envoyé par le roi qui était encore à ' Lyon , l'activité de la Trémoille , les rigueurs- d'un hiver prématuré et Iç défaut de vivres, les forcèrent à la retraite, et sauvèrent la capitale.
JLes Italiens ne doutaient pas que la défaite de Bonnivet, l'expulsion des Français, le rétablissement de François Sforce sous la protection de l'empire , ne missent fin à la guerre entre Charles-Quint et le roi de France. Le pape, qui, par devoir et par caractère, désirait le repos dé lïtalie, chercha à inspirer au vainqueur des sentimens pacifiques; mais, enivré de ses succès, excité par le connétable, et entraîné par sa propre ambition, Charles méprisa les avis du pontife, et résolut de transporter la guerre d'Italie en France. L'armée impériale, sous les ordres de Pescaire, pénétra dans la Provence, et mit le siège devant Marseille, On ne s'attendait à aucune résistance. Trois coups de canon ^ disait le connétable, amèneront ces tèndiles bourgeois à nos pieds y les clefs a la main et la corde au cou. Il changea bientôt de langage. La garnison, les bouigeois^ les femmes mêmes rivalisèrent de
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constance «st dimtépàké. François P^ eut le loisir d'aësem» bler une armée nombreuse sous les murs d* Avignon, et lorsqu'il s'avança vers Marseille, les impériaux, déjà épuisés par les Êrïigues dun siège de quarante joups , affaiblis par la disette et les maladies, se retirèrent précipitamment vers lltaUe.
Le roi ne put se voir sur les frontières du Milanez, à la tête dHuie ann^ victorieuse, sans tenter de nouveau cette incertaine et périllefise conquête. Ni les remontrances de sa «mère, ni la mort de la reine, dont il reçut la nouvelle, nepunent arrêter son in^patience. Il entra dans le Milanez sur les traces des impérîafux fugitifs, et aUa mettre le siège devant Paçîe, une é0& principales forteresses de ce duché. Antoine de Lève -défendait^cette place avec sh, mille vieux soldats^ La rigmeur 4le la saison seconda ses efforts, et le siège trsuna en longueur. Le pape crut la conjoncture favorable pour porter les esprits k la paix : il proposa d'abord une trêve de cinq ans, dont le prpjet fut rejeté par Cempereur. Alors il conclut avec le roi *de Fj^ance un traité de neutralité, où la république de Florenoffi fut comprise. Françpis P', se persuadant que désormais il n'avait pas besoin de toutes ses forces pour soum^tre Pavie, conçut Fidée d'attaquer le royaume deSTaples alois sans défense 9 et il y envoya six mille honunes sous la conduit^ de Jean Stuart, duc d'Albanie. Pans le temps qu'il affaiblissait son armée par cette divevsionimprudânte, Bourbon amenait d'Allemagne douze mille lansquenets* Dès-lors., supérieurs en -nombre à l'armée irançaîse, les impériaAix s'avancèrent au secours de Pàvie^ Le roi ne pouvait plus prendre cette ville sans livrer bataille. La Trémoille et les capitaines les plus expérimentés osèrent proposer de lei^r le siège et d'éviter le combat; mais le favori B^mnit^et se trouva d'avis contraire. Il parut s'indigner de l'idée d'une retraite^ il insista sur la nécessité' d'accepter l^ bataille pour l'honneur du roi etde la France , et la fausse gloire l'emporta aur la prudence. Des deux côtés on sentait vivement les conséquences de la victoire e^ de la défaite ,:et l'cii en vint aux mains avecfiiKeur. I^es impériaux ne,puFent résister au preqEÙer. effort delà va-
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DBS TBMP8 HODBANX8. }3l
leur française; Us plièrent un moment; mais la fortune ehan*geei bientôt de fatce. Les Suisses qtd servaient dans l'armée française^ saisis d une terreur panique , abandonnèrent tout à coup leurs postes : làdbeté généreusement expiée par le brave Diesbach , leur chef, qui s*alla jeter de désespoir au nnlieu des bataillons allemands, et y trouva la mort. Au fort du combat) de Lève fit une sortie avec sa garnison , tomba sur larrière^garde que commandait le duc d*Alençon, et la mit en fuite* Pescaire, avec sa cavalerie allemande, rompit la gendarmerie française. La déroute devint générale; il n'y eut plus de TOsisCance que du côté où était le roi, qui, environné d'une vaillame noblesse, fit d'incroyables et inutiles efforts, et vit tomber autour de lui ses plus braves <^Bcieis, les iharéc^uxde Foixet de Cbabannes, Gbaumont, La Tré* moiUe,BoBmvet, l'auteur de cette grande calamité^ qui trouva l'oôcasion de s'enfuir, mais crut que la mort seule pouvait Tabsoudne. Enfin, l'intrépide monarque désarçonné, blessé au front, et perdant son sang en abondance, après avoir tué sept ennemis , se trouva presque «eul exposé à la ftweur de quelque soldats espagnols qu'irritsdt sa résistance obstinée. Dans ce mondent, le même gentilhomme qui avait suivi Bourbon dans sa feite, Pompéran le reconnut aux coups qu'il portait. Il écarta les soldats, se jeta à ses pieds, et le conjura de se rendre au duc de Bourbon qui n'était pas éloigné. François F*" protesta qu'il aimerait mieux mourir ; mais ayant demandé le vice-roi ,il lui remit son épée. Lannoy le fit conduire dans son camp , où Ton prit soin de ses blessures, et o'est de là qu'il écrivit à sa mère ces mots sublimes : Ma^ dame y îcnit est perdu ^ fors Vhormeurl
Wtis de dix mille hommes étaient demeurés sur la place, la plus grande partie de la noblesse française avait péri, et qtiinze jours après la bataille, il ne restait plus un setd Français en Italie.
Oûi6A(t% reçut la nouvelle inattendue du succès de ses arlâies avec ûne^modération qui cAt été phfe glorieuse encore que lai^iitoine, si elle efttété^ncère. Il écouta d'un air modeste ksfâioitatibns de ses^ocmissins, plaignit l'infortune
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de François P', et défendit toute rqouîssance publique. Mais en même temps il mit au plus haut prix la liberté de son prisonnier. Il lui fit proposer, comme les seules conditions de sa délivrance , de rendre la Bourgogne à Tempereur, de céder la Provence et le Dauphiné pour en faire un royaume indépendant au connétable de Bourbon, de renoncer à toute prétention sur Naples, Milan, etc. François, indigné de ces propositions, mais se persuadant qu elles ne venaient pas de l'empereur lui-même, et quelles avaient été dictées par la politique rigoureuse de son conseil^ demanda à être transporté en Espagne, dans l'espoir qu une entrevue avec Charles avancerait plu^ les affaires que de longues né- .gociations avec ses ministres. Il fut transféré à Madrid. Mais fempereur refusa de le voir jusqu'à ce qu'on e4t réglé les conditions de la p^, et il en proposait de très-dures. Il fallut donc traiter par ambassadeurs. Des négociations étdent entamées depuis long-temps avec la régente. Après ie désastre de Pavie, cette princesse avait montré toute l'activité et toute la prévoyance d'un grand politique. Elle avait recueilli les débris de l'armée d'Italie, payé la rançon des- prisonniers et les arrérages de leur solde, levé de nouvelles troupes, et pourvu à la sûreté des frolitières. Ellç avait envoyé des ambassadeurs au roi d'Angleterre ; et Wolsey, deux fois trompé par Charles-Quint, s'était vengé en détachant Henri VIII de son alliance. D'un autre côté, les malheurs de la. France avaient désarmé une partie de ses ennemis au-delà des Alpes; et les exactions des impériaux , qui , faute de solde , vivaient de rapines et de brigandage , faisaient vivement désirer la fin delà guerre. Dans ces conjonctures, le désir qu'avait l'empereur de paraître modéré, le défaut d'argent, la défection de Henri VHI, les orages qui se formaient en Italie , l'avaient déterminé à écouter les propositions de la reine«mère, et à lui accorder une trêve qui devait être employée en négociations pour la liberté du roi. Cependant l'affaiçe traînait en longueur. Les ennuis d'une étroite captivité, et la dureté de l'empereur, qui refusait obstinément de le vgir, firent une profonde impression sur l'âme fière et sensible de François P'.
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Il tomba dangereusement malade; et les médecins déclarèrent qulls désespéraient de ses jours, si l'empereur, par sa présence , ne se hâtait de le rendre à la vie, Charles-Quint craignait de perdre avec François F*" la riche rançon qu'il en attendait; il résolut de lui rendre visite, et de lui donner des espérances. Il embrassa tendrement son prisonnier, lui parla avec affection, le flatta d'une prochaine délivrance. Cet espoir, et les soins de la duchesse d'Alençon , sœur du roi , qui était passée en Espagne pour consoler son frère et négocier la paix, ranimèrent le monarque languissant. Dès que l'empereur le vit rétabU, il changea de langage, et reprit toute son inflexibilité.
La principale difficulté était la restitution de la Bourgogne. Charles ne voulait pas céder sur ce point, et François répétait sans cesse qu'il serait honteux pour lui de consentir au démembrement de son royaume. Pendant ces démêlés, le roi prit tout à coup un parti digne de son grand cœiu', et propre à frustrer l'avidité de Charles-Quint. Il remit à sa^. sdeur, lorsqu'elle repartit pour la France, un acte par lequel il renonçait à la cotu'onne, et la résignait à son fils. Pour égaler sa gloire à son infortune, îi n'avait qu'à persévérer dans cette noble résolution. Il ne le fit pas; il se persuada, ou on lui persuada , que si l'honneur lui défendait de souscrire au démembrement de ses états, il lui permettait de dissimuler avec im vainqueur impitoyable qui abusait de ses avantages; que la nécessité était son excusa, et que, rendu à la liberté^ il pourrait appeler d'un engagement arraché par la contrainte. Par une précaution dont l'histoire offre plus d'un exemple, ipaîs qui n'est qu'un sophisme de la politique pour donner le change à.h eonsoience, il protesfa secrète* ment par-devant notaire contre la violence qu'il éprouvait, et, le 1 4 avril iSa6, il signa le traité de Madrid. U cédait à Fempereur tous se» droits stir l'Italie, rendait la Bourgogne avec toutes ses dépendances, renonçait à la souveraineté de la Flandï'^ et de FArtois, retirait sa protection au rci de Ravarre, à Aobert de la Sburck, et consentait i. rétablir Bouit^oa «1 309 partisans dam^ toua leurs biena^t à payer
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au roi d'Angleterre ^00,000 écus que lui deVait l'empereur. Pour garanti? l'exécution du traité , il 8*engs^eait à livrer ses deux fils aînés en otages. Enfin , son mariage arec Éléonor, aœur de Cliarles^Quint , reine-douairière de Portugal , derait être le gage de la réconciliation des deux monarques.
SECTION IV
Depuis le traité de Mddrid jusqu'au tralléde Cambrai ( iSîd-iSsg).
François P', ayant promis de venir se remettre en prison, si l'exécution du traité souf&ait quelque difficulté, fut conduit sotis escorte jusqu'à laBidassoa, où se fit l'échange. Après avoir embrassé ses enfatis, dont la présence le remplissait à la fois de joie et d'amertume , il aborda au rivage de France , en s'écriant à plusieurs reprises : Je suis encore roi! Bientôt des an&assadeurs de l'empereur vinrent lui demander à être mis en possession de la Bourgogne au nom de leur maître. Il leur répondit qu'il fellait d'abord assembler les états de ce pays pour savœr s'ils consenfaient à changer de domination. Les états déclarèrent que- la Bourgogne était française par devoir et par inclination ; que le roi l'avait aliénée sans en avoir le droit; enfin , que le traité de Madrid était nul, comme l'ouvrage de la violence et de la contrainte. François adopta cette décision, du mdlns quant à la Bourgogne, offirant d'exécuter le traité de Madrid dans tous les autres pointsi, et de donner deux millions d'or^ au lieu du (kiché de Bourgogne , pour la rançon de ses enfans. Le comte de Lannoy,^cftie<* dè^ Fàmbossadé, rappela alors la parole que lé roi avait donnée deretourner en Espagne^ et le somma de la tenir. iMàié Vt2^^ cois V^ âuda cette demande , en se plaignant des injustices et de la tyrannie de l'empereur, et persista dans ses jwopo- ^tiëns. ; -
R étîiît déjà en état de braverle rèssentimôitt de Femperci*. H Venait de cbntterfe une* ligué, ^afts làqiidttie ênte^èrart le p^ Gièinetit VII , \é rdi'îâ'Alo^leterre , lè5 Saisies , 1^ V#-
DBS TEMPS moderhes. 33S
nitîens, les Florentins, et dent Henri YHI fut déclaré le protecteur. L'objet de^ la ligue était de chasser l'empereur du Miknez, et d assurer ce duché à François Sforce, que Charles- Quint Toulait en dépouiller, après l'y avoir rétabli. Sforce épouserait une princesse du sang de France, et le roi ne conserverait des dépendances du Milanez que le courte d'Ast et la ville de Gènes. À la conquête du Milanez , devait suc^ céder celle du royaume de Naples, dont le pape disposerait, de l'aveu des autres confédérés. Enfin, on convint de né poser les armes qu'après avoir forcé l'empereur à mettre en liberté les princes français. Les efforts de la ligue ne répon« dirent point d'abord à k promptitude avec laquelle ellç avait été. formée. François , se flàttatit que la seule crainte d'une confédération puissante rendrait Gharles-Quint plus traitable, ne se hàtr point d'envoyer une armée en Italie, et, inalgré les secours du pape et des Vénitiens, Sforce, assiégé dans le château de Milan par le connétable de Bourbon, fut bientôt rédtdt à capituler. Bourbon pétait idctorieux; mais l'argent lui manquait ; ses soldats se muûnaient ; il fallait ou les licencier, ou quitter un pays ruiné par des exactions militaires, et qui ne pouvait plus fournir à leur subsistance. Tout à coup, laissant à Milan Antoine dé Lève, il se mit en marche , au fort de Thiver, avec une armée de vingt-cinq mille hommes, de nations, de moeurs et de langues différentes, sans argent , sans magasins , sans artillene et sans bagages* Il évita larmée de la ligue quij ayant reçu de France et de Suisse quelques renforts, lattendait non loin de Florence, et, avec une célérité qui ne le cédait qua laudace de lentreprisej il alla mettre le siège devant Rome^ ordonna Tas* saut, et périt du premier coup d'arquebuse parti des remparts de la viile ; héros infortuné, dont on plaint la vie et la mort, dont on admire les ta]enSj et dont la France revendique la gloire, en même temps qu'elle déplore sa faute (5 mai i52j). Il recommanda à ceux qui rentouralenl de tenir sa mort secrète pour ne point décourager les soldats. Phihbert, dernier prince d'Orange de la maison de Châlons^ piît le oomimndenient des troupes^ et^ au mUie^ de la mêlée^
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336 ÀBRÉGli DB l'histoire GBITIÊIULLE
il leur annonça le sort de leur général , en les exhortant à le venger. La vengeance ne fut que trop complète : Rome, prise d'assaut , fut saccagée pendant deux mois avec une fureur digne des Goths et des Vandales. Assiégé dans le château Saint-Ange, le pape capitula, pour sauver sa vie, aux conditions les plus dures, et se constitua prisonnier avec treize cardinaux, jusqu'au paiement de sommes considérables qu'il promit de livrer à l'armée impériale. L'empereur montra une feinte douleur de cette victoire ; il désavoua un succès que l'Europe indignée nommait un attentat sacrilège ; il prit le deuil, et le fit prendre à toute sa cour. Mais il maintint les conditions mises à la liberté du pontife , et Clément "VII ne pouvant acquitter l'énorme prix de sa rançon , sa captivité se prolongea. Florence en profita pour secouer le joug des Médicis. L'oHgarchie, créée en i5 12, abdiqua ses pouvoirs, et la constitution populaire fut rétablie. Dans le même teiÂps, les Vénitiens se saisirent de Ravennes et d'autres places do l'état ecclésiastique, squs prétexte de les garder en dépôt. Les ducs d'tJrbin et de Ferrare prirent aussi leur part des dépouilles de cet infortuné pontife, qu'ils croyaient perdu sans ressource.
Il était temps que les rois de France et d'Angleterre sortissent de leur inaction. Toutefois , avant de déclarer la guerre, François P^ consulta la nation sur la validité dii traité de Madrid (12 décembre iSay). Il convoqua une assemblée de notables, y retraça, dans une touchante harangue, toute l'histoire de son règne, fit lire cet acte d'abdication qu'il avait signé dafts sa captivb;é , et demanda l'assistance de ses sujets pour s'affranclûr 4'un ti:aité odieux, offrant toutefois de retourner en Espagne, s'ils le jugeaient utile au bien de l'État. Les députés des trois ordres firent éclater leur zèle. Le clergé 's'imposa une taxe de i,3oo,ooo4ivres. La noblesse répondit qu'elle était prête à employer au service du roi corps et biens. Le tiers*état montra le même dévouement.
François et Henri, n'attendant plus rien des n^odations, envoyèrent déidarer la guerre à l'empereur par des h^uts d'armes (iBoS)* Gharles-Quitit accusa le roi de France de lui
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avoir manqaé de parole, et déclara qu'il le lui soutiendrait seuTà seul. Son rival, dans un écrit signé de sa tnain, répondit qu^l en avait menti par la gorge , çt le somma d'assu-^ rer le camp pour un combat singulier. Charles fixa le lieu du combat sur les bords de la Bidassoa. On s'en tint à ces défis mutuels, indignes de la majesté de deux grands princes, et la lice ne fut point ouverte aux deux illustres champions; mais la guerre se fit avec une nouvelle ardeur en Italie. Dès le mois de juillet 1 5 ajr, Z^ttfrec, 'nommé généralissime de la ligue, avait passé les Alpes à la tête de mille hommes d'ar* mes et de vingt-six mille £aintassins; Ses premières opérations furent conduites avec prudence, et couronnées du succès. Secondé d'André Doria, il se rendit maître dé Gênes, et rétablit dans cette république la faction des Fr^oses et la domination française. Il soumit rapidement AJexandrie , Pavie et plusieurs autres places qui furent remises à François Sforce: mais au lieu d'achever la conquête du Milânez, où Antoine de ^ve, avec une petite armée, ne pouvait faire une longue résistance, il s'avança' vers letat de l'Église ^ pour délivrer le pape toujours prisonnier au château Sainte Ange^ et envahir ensuite te royaume de Naples.
Tandis que Lautrecmarchai% lentement vers Rome, Gharle- Quint mit dément VII en liberté, moyennant 35o,ooo ducatSk Dès que le pontife fiiit libre, il offrit sa médiation pour la paix à toutes^les puissances ennemies ,* et il y eut vers ce temps quelques négociations infructueuses, suilvies d'une guerre plus animée. Lautrec, chassant devant lui les impériaux avec une armée victorieuse qui s'était grossie dans sa mardhie, entra dans le royaume de Naples. Û le'^arcoumt en conquérant. Toutes les places se rendirent à lui. excité la capitale. Les impériaux y avaient rassenoblé toutes leurs forces. Le siège d'une ville défendue par une armée entière , devait être difficile -et meurtrieh Lautrec préjéra la voie la plus lente, mais moins dangereuse, d'un blocus, et se flatta que la famine obtigerait en peu de tanps les assiégés à capituler. Son espoir fut trompé par ub événement inattendu. .
338 ABR^GlS SB LHISTOIRB GENERALE
André Doria^ {^r la firanclûse hautaine de ses discours, s* était attiré Tinimitié des favoris et des courtisans, qui, le calomniant à Venvi, l'avaient insensiblement rendu suspect à François P'. Dès-lors il lui avait fallu dévorer beaucoup d'.afironts et d'injustices; une nouvelle injure faite à sa patrie acheva d'épuiser sa patience. Les Français fortifiaient Savone, nettoyaient son port , j transportaient quelques branches de commerce dont Gênes était en possession, et paraissaient vouloir élever près de cette ville une rivale de sa grandeur et de son opulence. Doria, zélé pour Thonneur et les intérêts de son pays , se permit des plaintes et méfne des menaces. Il était à Gênes avec une flotte. François V^ ordonna de l'arrêter. Doria , instruit de ce dessein, traita aussitôt avec l'empereur, arbora pavillon impérial , et fit voile vers Naples avec toutes sçs galères pour secourir et délivrer cette ville. Son arrivée ramena l'abondance dans Naples, en proie à la famine. Les Français, n'étant plus maîtres de la mer, éprouvèrent à leur tour ce fléau. La peste s'y joignit : elle enleva en peu de temps le général et presque toute Farmée. Pour en sauver les malheureux débris, le marquis de Saluées, qui prit le commandement après la mort de Lautrec , se constitua prisonnier de guerre, et abandonna à l'ennemi son artillerie et tous ses bagages. Du reste, il n'eut pas à rougir longtemps de son déshonneur t il mourut de ses blessures à Naples, n'ayaùt eu le commandement pendant quelques jours que pour voir perdre tout le royaume de Naples et dissiper toute l'arn^ée de la ligue.
Sans perdre de temps , Doria fit voile vers Gênes qu'il affiranchit s^s combat de la domination française. Libérateur de ses condtoyens, il fut aussi leur législateur. Il les invita à réformer une constitution vicieuse , qui avait été la source de tous leurs malheurs. On nomma un comité de douze personnes pour organiser là république sur un nouveau plan. Les réformateurs créèrent un grand conseil , composé de quatre cents membres, entre les mains dé qui devait résider le pouvoir suprême, fixèrent à deux ans la durée des fonctions du doge, et écartèrent avec soin toutes
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])£S TEMPS lfODl|RN£S* A3g
les causes qui avaient jusqu alors entretenu les factions et excité des troubles intestins. Ainsi fut établie TaristOicratie génoise, dont les formes ont été conservées, depuis, à quelques modifications prè^'(i|ui y furent apportées en 1576.
fVançois P^,- jaloux d effacer la honte de tant de revers, fit un dernier effort dans le Milanei; mais une nouvelle armée qu*il j envoya fut complètement détruite à la journée de Landriano (iSap). Ce combat mit fin aux hostilités. L'épuisement de toutes les puissances rendait la paix nécessaire. Le pape traita le premier avec Tempereur. Charles ne pouvait s'affermir en Italie qu'en s'attachant le souverain pontife par une alliance solide. Il s'engagea donc, par une convention signée à Barcelonne, à rendre à GémentVII tous les territoires qui appartenaient à TKtat ecclésiastique , à ré« tablir dans Florence la domination des Médicis , à marier sa fille naturelle, Marguerite d'Autriche, à Alexs^ndre, chef de cette famille. Le pape , de son côté , donna à l'empereur l'investiture du royaume de Naples, annula l'ancien tribut que les ix)is de Naples payaient au saint-siége, et accorda une absolution générale à tous ceux qui avaient pris part au pillage de Rome.
La nouvelle de cette convention accéléra les négociations déjà ouvertes à Cambrai entre Marguerite d'Autriche pour l'empereur , et Louise de Savoie pour le roi de France. Le traité de Madrid servit de base à celui que conclurent ces deux princesses, et qui apporta seulement quelque adoucissement au premier. Il fut convenu que Framçois P' payerait deux miUions d'écus d'or poUr la rançon d^ ses fils , et qu'avant leur élargissement, il rendrait toutes les villes qu'il tenait encore dans le Milauez, qu'il céderait tous ses droits sur Arras et Tournai, qu'il renoncerait à la souveraineté de la Flandre et de l'Artois , à toutes ses prétentions sur Naples, Milan, Gênes, etc», et quil épouserait Éléonore, reine-douairière dp Portugal , et sœur aînée de l'empereur. Quant à la Bourgogne, on se contenta de stipuler cette clause, dont il était aisé de prévoir l'inexécution: Que s'il naissait
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34o ABRSGÉ DB L HISTOIRE GÉXBRALE
au roi un fils de son second mariage, il hériterait du duché de Bourgogne, au préjudice des fils du premier lit.
Ce traité conclu , les princes captifs furent mis en liberté. Le maréchal de Montmorency^Jalla les recevoir sur les bords de la Bidassoa, et les ramena à leur père avec la nouvelle reine, dont le mariage fut immédiatement célébré.
SECTION V
Depuis le traité de Cambrai jusqu'à la trêve de Nice ( iSag-iSSS ).
Tandis que François I^' trompait sa douleur par l'éclat des fêtes et des tournois, vaines pompes de son triste et brillant hyménée, son rival allait étaler en Italie les pompes de la puissance et de la victoire. A Bologne, il reçut la couronne impériale des mains du pape. Il affecta dans cette cérémonie de joindre Thumilité d'un enfant soumis de FEglise à la majesté d'un empereur, et, prosterné à genoux , il baisa les mains du pontife à peiqè délivré de ses fers.
Pour consommer la pacification de l'Italie, il restait à réconcilier le duc de Ferrare avec le pape, le duc de Milan et les Vénitiens avec l'empereur , et à réduire la république de Florence. Charles-Quint, pris pour arbitre par le duc de Ferrare, remit ce prince en possession de tous ses domaines. Il accueillit rapolo|;ie deSforce, confirma , moyennant 4So,ooo ducats , l'investiture qu'il lui avait autrefois donnée du Milanez, et lui fit épouser la fille du roi de Danemarck, sa nièce. Les Vénitiens obtinrent aussi un accommodement , sous la condition de restituer Ràvenne et Cervia au saintsiège, d'évacuer^ toutes les places qu'ils occupaient dans le royaume de Naples , et de fournir un subside à l'empereur. Tous ces traités furent publiés à Bologne le premier^*jour de l'année i53o.
L'ItaUe entière recevait avec la paix'^la loi de l'empereur. Les seuls Florentins osèrent résister à^a volonté souveraine, et s'opposer au rétablissement des Médicis. Pressés par larmëe impériale, abandonnés de tous leurs alliés, en proie à la dis»
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corde et à la famine, mais soutenu^par le fanatisme républicain et par un désespoir aveugle, ils se défendirent pendant onze Qiois ayéc une valeur opiniâtre, et ne se rendirent que par.une capitulation qui sembljEiit devoir sauver quelques i^estes de leur liberté (i). Mais l'empereur trompa leur attente. Une nouvelle constitution, promulguée le 27 avril i532^ abolit le gouvernement populaire , supprima le gonfalonnier de justice ^t la seigneurie, et déclara Alexandre <le Médicis chef, et prince de rjStat> avec le titre de doge ou de duc de la république flore^ncy qu il transmettrait à perpétuité à ses, descendans,par ordre deprimogéniture. Malgré la promesse soleimelle d'une amnistie, Teaûl, ja prison, les supplices, vengèrent et délivrèrent les Médicis de leurs ennemis les plus acharnés. La tjnrannie d'Alexandre le rendit odieux à sespartisans et à ses parens mêmes. Il fut assassiné en i537, par Lorenzino Médicis , «on cousin , Famé de la branche caflette de sa maison. Loren^vno, ef&ayé de son crime, ayant pris la fuite, le sénat proclama duc le jeune Côme, parent éloigné d'Alexandre, et désormais le seul héritier mâle de sa famille. Le^, bannis de Florenee troublèrent son élévation psur quelqUesf hostilités; mais Charles-Quint se déclara son protecteur , et affersût en Toscane l'autorité des Médids. . Après la publication de la paix à Bologne,. Charles prit }e chemin de l'AUemagne , où les affaires de la religion rendaient sa présence nécessaire. La diète de Spire avait lancé en 1609, çonti^ les adhérens de Luther > un décret rigoureux, dont la diète SLÀugshourg\i^'iif^')y aggrava encore la sévénrté. Alarmés des protestations des Luthériens et des 'prôiprès menaçans de. leur secte , les princes catholiques de l'empire formèrent, pour le soutien de la religion établie,. une ligue'dans laquelle l'eimpereur entra lui-même.
(i) Philibert de C%âlons , prince d'Orange , généra} de l'empereur, fut tué pendant le siège.' Après sa mort, l»es biens et ses titres passèrent à sa sœur Claude de Châlons , mariée à René , comte de Nassau, et qui , par ses enfans^ transmit le titre de prince d'Orange à cette famille de Nassau , qui l'a depuis rendu si illustre.
34^ ABaBGS DB I.*HISTOiaB OBNÙIALB
Les pFotestans, de leur câté , se confédër^rent à Smalkaleby et commeDc^nt à rechercher l'assistance clés princes étmn* gers. Une affaire qui n avait aucan rapport i la religion leur en fournit un prétexte. Un des motifs qui avaient appelé Cluu*Ie»<^nt en AUemagne était le désir de rendre la couronne impériale héréditaire danfs sa maison, en £iîsant étire son frère Ferdinand roi des Romains. Le moHiem était fa* vorable pour Texécution de ce dessein. La diète électorale, convoquée à Cologne , satisfit aux vœtix d'un prince victo« rîeux, dont les sollicitations avûent toute Tautorité du commandement y et Ferdinand fut proclamé , malgré l'opposition desprotestans. Alors les confédérés de &naikalde envoyèrent des ambassadeurs aux rois de France et d'Angleterre , qui s'allièrent secrètement avec eux et leur prOftnrent des secours ( i53i ). Enhardis par ces promesses, ils résistèrent phis vi*< vement que jamais aux décisions de l'empereur , qui, ayamt besoin de leur concours pour repousser viie invasion des Turcs , leur accorda des conditions favorables ps^ la padfit cation de Nuremberg (i53a), marcha à lairenccnitre de Sô* liman, qui était entré en Hongrie à la tête d'une armée for<^ midable, et , après uiie campagne où les deux rivaux, redoutant les forces et la fortune Fun de l'autre , émèrent den venir aux mains , ramena ses soldats en Allemagne, visita de nouveau l'Itiilie, et s*embarqua sur les gidèrés de D<\na pour retourner en Espagne, ou il abordsi en 1 533.
Tandis que Gharles-Quint parcourait l'Europe en ^nque^ rant, en arbitre ou en libérateur, François !%• dans; le silence des armes, se livrait aux soins du gouvernement: Un des |»re«> miers objets dont il s'occupa pendant la paixftit la néunion défi«^ nitive de la Bretagne à la couronne. La reine Aime avait ïoù^ jours voulu assurer à cette province un duc particulier. Le con« trat de mariage de cette princesse avec Louis XII portât exprès, sèment que si elle mouraitsans enfans, ou si sa postérité venaità s'éteindre, leduché passerait àsesplxisprocheshéritiersissusde la maison de Bretagne. Mais le chancelia: Duprat eut l'art de fûre demander la réunion par les états mêmes de la province^ Conformément à leur requête, une charte , donnée au mois
DBS TBMPS MODERKBS. 343
d'août I S33) déclara \e duché de Bretagne itrépocQblement et in* séparablement uni à la couronne ^ ses privilèges résenrës en leur entier. L*annëe suivante (i533), le roi entreprit de donnera rinfanterie française, jusque4à divisée en bandes inégales de cinq cents , de mille ou deux mille hommes , une constitution régulière. Il créa sept légions , formées sur le module des lé* ^ons romaines, et chacune de sùv mille hommes, auxquels il accorda les mêmes privilèges que les francs-archers avaient eus sous Charles VU, Mais cette nouvelle milice ne dura guère^ et, par la suite, on en revînt aux bandes, dont l'organisation était moins compliquée (i).
François l^^ n avait consenti que par nécessité au traité de Cambrai. A. peine lavait -il signé, qu'il avait souhaité et cherché l'occasion de le violer impunément. C'était dans cette vue qu'il cultivait Famitié du roi d'Angleterre , et qu'il fomentait le mécontentement des princes d'Allemagne. Secrètement uni aux protestans de ce pays, dont il proscrivait la doctrine dans son royaume, le désir de la vengeance lé poussa à une alliance encore pluaétrange , qu'une foule de préjugés légitunes et respectables semblaient lui interdire, et qui, dans les idées du temps, était exécrable et monstrueuse. Aussi n'osa^-il de long-temps l'avouer; et de là la difficulté de fixer Fépoque précise où la France commença d'agir, de concert avec Soliman, contre la maison d'Autriche. Au reste ^ cette union, conseillée par la haine, l'était égale-
(i) tf J^$ l^îonnaîree uçscoit pas tenus ny repputës pour gens de guerre', ains sortent du laboura ige pour s^affranchir des tailles en servant ^atre ou cinq moisa ou quelque aultre espace de temps.... Le roy François-le-Grand leur donna ce nom de légionnaires à Fïmcienne faconde» Romaim , car ils s'appelbient au temps passé^hi/ic^archiers, «t en Brel»gne,y>wicr^ton/M>5. Mais voyant que le service de teUes gens m»l aguerris estoil d« toutputile» on commua cela en argent; et appe\l&-l-onceUetai\le la soldej^es cinquante mille homines de pied ^ à laq^elle tous les roturiers universe^ement du royaume sont contribuables et subjects; et de cest argent on en façonne de braves hommes et vaillants capitaines. » ( Méfhoires de rieilleville , liv. VII , chap. in. )
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344 ABREGB DE LHISTOiaB GENERALE
ment par la politique. Quel que soit le motif qui ait déteis miné François I^**, en s*alliant à la Porte ottomane, l'ennemie naturelle derAutricbe, il a saisi les vrais intérêts de la France, et tracé à ses successeurs uneroutequ'ils ontsuivie fidèleijnent et avec succès ; et s'il en fut blâmé par ses contemporains , c'est qu'à une époque où des causes diverses entretenaient encore en Europe Fborreur et l'effroi du nom musulman , il était permis d'ignorer que la différence des religions ne doit poiqt empêcher deux puissances^ de s'unir, lorsqu'elles y sont invir tées par la conformité de leiufs intérêts.
Dans le temps que François I^*^ s'alliait avec les Infidèles, il travaillait efficacement à rompre l'étrcâte union qui subsistait entre Charles-'Quint et Clément VII, depuis le traité de Cambrai. C'était principalement en contribuant à l'élévation de la maison de Médicis , que Charles avait pris sur le pape un si grand ascendant. FrarUçois lui présenta le^iêmç appât, en offrant de marrer son second fils, Henri, duc d'Orléans, à Catherine , fille de Laurent de Médicis , cousin du pontife^ Séduit par cette proposition brillante ^ et impatient de con* dure une alliance qui relevait si haut la dignité de sa maiso^,^ Clément se rendit lui -même à Marseille ( 1 533), pour avoir une entrevue avec le roi , çt pou» célébrer pe mariage, qui mettait le sceau à la grandeur des Médicis , mSaiis qui , peu honorable pour la maison royale ^ devait être un jour si funeste à la France par l'ambition et les talens de Gathei^ne. Le pape survécut peu à cet événement et au schisme d'Angleterre, gui fut déclaré dans ce temps-là. Il eut pour successeur Alexandre Farnèse , doyen du sacré-collége ,. et qui prit le nomde/^ai£////(i534).
Quelques mois après l'entirevue de Marseille, le droit des gens, violé dans la personne d'un anaba^sadem? du roi de France , fournit à ce prince l'occasion de faire revivre ses droits sur le Milanez. Un gentilhomme de ce duché, nommé Merveille ^ enrichi des bienfaits de Louis XII et de François P% était secrètement accrédité comme ambassadeur de France auprès du duc de Milan. Sforce, intimidé des menaces de l'empereur, dont les soupçons avaient démêlé cette ia^
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DBS TimFS MODfiRMES. 34$
trigue, Itii donna, pour le fléchir, une preuve e^^alerâenthon* teuse et barbare de sa dépendance et de son effroi. Les do* mestiques de Menreille avaient tué un gentilhonune italien qui les insultait : le duc, sous ce prétexte , le fit arrêter, juger et décapiter ( décembre i533 )• Indigné de cet attentat, et nayatit pu obtenir ^tisËiction, ni de Sforce , ni de lempereur , le roi, après s'être plaint ^olennellemflilt à toute TEu* rope, se prépara à la vengeance. Sa cause était juste ; cependant il ne trouva podntd'alliés. La mort de Clément VU l'avait privé des avantages qu'il se promettait du mariage du duc d'Orléans avec Catherine de Médicis. H ne pouvait compter sur l'ajppuidu roi d'Angleterre, alors uniquement occupé des afiEaires intérieures de son royaume. Il demanda vainement du secours à la ligue de Smalkalde, irritée du supplice de quelques protestans françsus. Ces obstacles ne l'arrêtèrent point , et à la fin de Fêté de l'année i535 , ses troupes s'avancèrent vers l'Itaflîe. Charles , duc de Sapoie , dévoué à l'empereur y son beau-frère, et d'ailleurs mécontent du roi, qui récemment avait aidé contre lui les Genevois révoltés, refusa le passage à Tarmée française. Aussitôt la Savoie fut envahie; 6t, ayant la fin d'une eoutte campagne, le duc se vit dépouillé de tous^ ses états, à la réserve du Piémont, où il lui irestait à peine quelques places foites.
La guerre , d'abord dirigée contre Sfesce, avait inopiné-^ ment dumgé de théâtre. Un événement également unprévu, en changea tout à coup la nature. Le duc de Milan étant mort sans postérité (octobre i535), François recouvrait tous le& droits qu'il avait sur le Mibmez, et qu'iln'avait cédés tgxk Sforce et à ses enfans. Il réclama aussitôt la possession du duché vacant : il pouvait se l'assurer par les armes; il aima mieux la devoir aux négociations ; mais tandis qu'il p^ait un temps précieux à discuter ses prétentions, son rival , en qualité de suzerain , occupait provisoirement le Milanez ,^ comme fief de l'empire ^ et prenait en silence toutes les me-^ sures nécessaires pour s'y maintenir. Cependant, craignant de trahir trop tôt ses vues secrètes , il affectait de reconnaîtrei la justice des droits de François I*"^, et paraissait n'être inquiet
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que des moyens de le mettre en possession da Milanez^ sans troubler la paix de l'Europe , et sana détruire Téquilibre de l'Italie. Habile à créer des dii&;ultés, il prolongeait et compliquait les négociations, proposant de donner l'investiture du duché de Milan , taiûtôt au duc d'Orléans , second fils du roi j tantôt au duc d*Angonléme, son troisième fils , mais ton* jours se repliatiC subtilement sur lui-même , au moment oii Ton semblait près de conclure, et tour à tour brisant et renouant le fil du labyrinthe où il se jouait de la politique incertaine de son adversaire. Enfin , après avoir épuisé tout ce que k mauvaise foi peut suggérer de subterfuges et d'artifices, ses préparatifs étant terminés, ilse rendit à Rome(i 536) , où il déclara ses desseins d'une manière aussi formelle qu'extraordinaire. Le pape , les cardinaux , les ambassadeurs d« presque toute l'Europe sont réunis dans la salje du consiëtoire. Au milieu de cette auguste assemblée, tout à coupl'emr pereur se lève; il parle, ou plutôt il tonne contre François i^^; Dans une longue et véhémente harangue, il l'accable des reproches le^ plus amers, des plus sanglantes invectives^ il le défie en conibat singulier; enfin , insuUant à la Faiblesse prétendue dé ses ressources : « Si j'étais à sa place , s'écrie-t-il * insolemment , j'irais tout à l'heure , les mains liées , k corde » au cou, implorer la miséricorde de mon ennemi: »^ngag^ bien surj)renant dans k.bouche' d*un prince connu poui* sa circonspection , pour' sa réserve, et qui jusque-là avait 'soigneusement rech^ché en toute circonstance les apparences de k modération. Mais il éprouvait ce vertige de la prospérïté, qui trouble les tètes les plus fortes. L'abaissement de k France, k soumlssioïi de ritaliè, la retraite de Soliman devant les aigles impériales, k défaite récente de Barberousse , suivie de la prise de Tunis ( voyea Y Histoire de la Turquie) , tout cet enchaînement de succès l'avait enflé dW fol orgueil, et il ne put retenir cette saillie arrogante d'un cœur d^loqi de lui-même , et enivré de l'encens des flatteurs. •
Bientôt , malgré lefe remontrances du pape Paul III , joignant les actions aux paroles y il alla se mettre à la tête d'une armée de quarante mille hommes d'infanterie et de dix mille
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• c4ieTâuï , rassemblée sur les frontières du Milanez. Non^seuletnent il prétendai't reconquérir le Piémont et la Savoie , son dessein était encore d'envahir les provinces méridionales^ de la France, La rapidité de sa marche fut favorisée par le niarquis de Saluées qui commandait alors Farmée française, et qui , domblé des bienfaits du roi , trahit lâchement son bienfaiteur. Sur là foi des devins et des astrologues it^ens y il se persuada que la fin de la monarchie française était venue, et que l'empereur, sur ses ruines , allait établir une monarchie universelle. Par une perfidie qui lui semblait de la prudence, il négligea tout moyen d'arrêter Tei^iemi) et après avoir traversé le Piémont sans presque rencontrer d'obstacle , l'empereur entra sur les terres de France ( le a5 juillet) , distribuant d'avance , dans sa folle présomption , le gouvernement des provinces , des villes , des châteaux , et les dignités et offices de ce royaume.
Cepeudant François avait eu le temps de rassembler ses forces, et dé combiner son plan de défense. D'après le conseil du maréchal de Montmorency, il résolut de ne hasarder au« cune bataille, de réunir la plus grande partie de ses troupes dans un camp fortifié^ de laisser la campagne libre après l'avoir ravagée , et de combattre l'ennemi par la famine. A l'exception d'Arles et de Marseille , toutes les places furent démantelées. Leurs habitans et ceux des' campâmes , forcés d'abandonner leur^ foyçrs, cherchèrent un asile dans les montagnes , ou furent envoyés dans l'intérieur du royaume. En quelques jours , la Provence fut une ^olitûde Couverte de ruines. Oh laissa Tempereur parcourir cette terre désolée , qui ne lui offrait ni moyens de subsistance , ni point d'appui pour son armée. Après avoir tenté contre Arles et Marseille une attaque inutile , il s'approcha d'Avignon , où Montmo« rency s'était fortifié. Ce général résista avec fermeté aux vœux imprudens de son armée , qui demandait le combat à grands, cris. Mais le roi étant venu au camp, sa présence et l'enthousiasme belliqueux qu'elle excita parmi les troupes , eussent rendu une bataille inévitable, si l'empereur , effrayé d'avoir déjà perdu vingt-cinq mille hommes par la faim et par les
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maladies, sans presque avoir vu Feonemi, n*eùt donné tout à coup le signal de la retraite. Harcelés par les paysans proyençaux qu animait le de$ir de venger la dévastation de leurs ehiunps et rincendie de leurs maisons, les impériaux reprirent le chemin des Alpes , qu'ils repassèrent en désordre. Charles, arrivé sur les frontières du* AÎilanez, laissa les débris de 8Qff armée sous le commandement du marquis de Guast ; et , profondément humilié d une expédition dont le succès formait un si triste contraste avec les fastueuses espérances qu il avait annoncées naguère et Farrogance qu il avait étalée j il d^oba sa confusion aux regards de lltalie fox un départ précipité qui ressemblait à une fuite»
Pendant cette campagne, le dauphin y jeune prince de dixneuf ans, qui donnait les plus belles espérances, voulant &ire Tappfentissage des armes sous les ordres du roi, s*était embarqué sur le Rhône pour l'aller joindre à Valence, lorsqu'il fut attaqué à Toumon dWe maladie subite et violente, dont il mourut le quatrième jour. Sa mort paraît avoir été la iuite d'une pleurésie : alors on l'attribua au poison. L'échanson du prince, l'italien Montecucculi, fut soupçonné du crime et mis à la torture* Cédant à ses doij^leurs ou à sa cons^cience, il s'avoua coupable; mais il se donnait des complices : et quels complices! Le marquis de Gonzaguey Antoine de Lève, l'empereur lui-même. Ni l'indignation et l'horreur que témoignèrent Charles' et ses officîers,- ni leurs protestations d'innocence, ni l'invraisemblance des faits, n'empêchèrent la crédulité ou la hame d'accueillir cette accusation. Elle paraît également absurde et atroce. Outre le dauphin , Ip roi avait deux fils, tous deux en âge dé* lui succéder,. et il jouissait d'ailleurs dune santé robuste. Qbel fruit pouv^t attendre l'empereur de l'attentat qu'on lui imputait? Il répondit par une récrimination peut-être aussi injuste, mais plus plausible. La mort du dauphin ouvrait le chemin du trône au duc d'Orléans et à Catherine de Médicis, 3on épouse^ Charles rejeta le forfait sur cette princesse, et le caractère de Médicis n'aide point à la justifier. Montécucouli , dont les aveux avaient enfanté tant d'affreux soupçons , fut écarlelé à Lyon pour
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un crime probablement imaginaire, ou du moin» douteux.
L'année suivante ( i537) conuneaiça par une de ces scènes fastueusement apprêtées , que leur solennité n exempte pas toujours du ridicule. Le roi, accompagné des pairs et des princes du sang, alla tenir son lit de justice au parlement. Là, dans une harangue étudiée, Favocat-général prétendit que Charles d'Autriche avait violé le traité de Cambrai^ par lequel François P*" avait renoncé à la suzeraineté de la Flandre, de l'Artois et du Gharolais; que dès-lors l'empereur était redevenu vassal du roi de France, et que s'étant rendu coupable de félonie en prenant les armes contre ^on suzerain, il devait en conséquence être ajourné à comparaître en personne ou par procureur, devant le parlement de Paris, son juge légitime. Cette requête fut admise ; et Charles , cité à son de trompe sur la frontière, n'ayant point comparu, on le déclara déchu de ses fiefs, comme rebelle et contumace, et la réunion fut ordonnée.
Après ce vain étalage de ressentiment plutôt que de puissance , le roi s'occupa du moins sérieusement de faire exécuter l'arrêt qu'il avait fait rendre. Il alla commander luimême une nombreuse armée du côté de l'Artois, et soumit plusieurs places importantes. Mais, ayant été forcé de quitta l'armée pour aller diriger ailleurs les opérations de la guerre, il perdit bientôt toutes ses conquêtes ^ et les impériaux reprirent à leur tour l'offensive. Ils mirent le siège devant Thérouane. Le duc d'Orléans, daujdiin depuis la mort de son frère, et Montmorency /honoré del'épéede connétable pour prix des services qu'il avait rendus l'année précédente, marchaient au secours de cette place, lorsqiiîils furent arrêtés par la nouvelle d'une suspension d'armes. Les deux partis étaient fatigués de la guerre. Sur la proposition de la reine» douairière de Hongrie , sœur de l'empereur et gouvernante des Pays-Bas , oh avait ouvert des conférences au village de Bomy^ et, le 3o juillet 1 5 87, on y était convenu d'une treize de dix mois pour les Pays-Bas et la Picardie. Quelques mois après (27 novembre), les soins de la reine de Hongrie ménagèrent pour le Piémont une trêve qui devait durer trois
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35o ABRÉai DB LHISTOIAE GBIIEAALS
nm$; mau dans luiterTalle, de nouvelles négociations la prolongèrent, et Ton s*opcupa d*un traité définitif.
Les dépenses de la guerre excédaient de beaucoup les revenus des deux monarques. Charles surtout était embarrassé pour acquitter les sommes énormes qu il devait depuis long-» temps à son armée. D'un coté, l'épuisement et la lassitude, de l'autre, les succès des Turcs, alliés de François P', le disposèrent à la paix (i). Le pape Paul III ^ qui, durant la guerre, n'avait cessé d'inviter les deux rivaux & terminer leurs différends , les exhorta à traiter en personne dans une entrevue à laquelle il assisterait lui-même, et il leur proposa la ville de Nice pour le lieu de la conférence. Charles et l^rançpis ne pouvaient rejeter décemment l'intervention d'un pontife vénérable, qui, à l'âge de soixante-dix ans, s'exposait, par amour de la paix, aux fatigues d'un long voyage. Ils se trouvèrent auÙeu du rendez-vous. Mais le pontife, malgré son zèle, rencontra des obstacles insurmontables à une paix définitive, surtout en ce qui concernait le Milanez. Enfin, le résultat de ses efforts fut une treize dé dix ans^ qui fut signée ( z8 juin i538) aux mêmes conditions que la première, et par laquelle chacun devait garder ce qu'il avait en son pouvoir.. Par cet arrangement, Charles sacrifiait le* duc de Savoie , son allié , comme le roi avait autrefois sacrifié les siens par Iç traité de Cambi^ai* Le duc ne conservait que la ville et le comté de Nice; le reste de ses états était au pouvoir du roi et de l'empereur. Après la conclusion de la trêve, les deux princes se virent à Aigues-Mortes^ Ils s'y donnèrent réciproquement et avec une franchise apparente toutes les marques
(i) Le corsaire Barberousse, deyeou grand-amiral de Tempire ottoman , ayant fait une descente dans le royaume de Naples , s^était emparé de Castro^ près de Tarente, et avait couru jusqu'à Brindes ^ ravageant tout sur son passage , et enlevant un butin immense. Dans le même temps «Mahomet «lieutenant de Soliman , avait remporté près d'Essekf en Hongrie, sur le roi des Romains^ une victoire signalée, qui coûta vingt<H|uatre mille Lommes aux impériaux.
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DES TEMPS MCOERNES. 35 1
de la réconciliation la plus {>arfaite. On eût dit qu^ ayaient oublié en un jour vingt années dlnimitié (i).
SECTION VL
Depuis la trèrede Nicejusqu^à la mort de François I*' ( i538-i547).
Des émeutes qui éclatèrent en iSSp parmi les troupes impériales dans toute letendue de la domination espagnole, firent connaître à l'Europe que l'impuissance de prolonger les hostilités avait déterminé l'empereur à les suspendre. Ces mutineries furent indirectement l'origine d'un grand changement dans les cortez de Castille. Charles, les ayant assemblées à Tolède , leur proposa, pour subvenir aux nécessités de l'état, l'établissement d'un impôt général sur toutes les marchandises. Les difïérens ordres, et les nobles en particulier, s'élevèrent avec force contre cette proposition. L'empereur, n'ayant pu vaincre leurs refus obstinés , les congédia avec indignation. Qepuis cette époque, ni les nobles, ni les prélats n'ont plus été appelés à ces assemblées, sous prétexte qu'en matière d'impôts, des sujets qui n'en payaient
(r) FruBçois 1*^^ emplôva aux soiQsdy goiivcmemeDt le loisir que lui Jiibsa la irève de Nice. Uaunée i509 fut signalée, i" par Tédil de Fillers^Cotterels f qui 01 cî aima que les actes des cours souveraines, rédigés jusqu'alors en latin , fussent désormais écrîïs eu f tançais ; a** par uu réglcmcîJt relatifs la tenue des i^egLftres haptistaires daiï* les paroisses, Avant cette époque j la naissance des gjrands était seule conslal<?e a^ec quelque eYactttudo ; celle des autres citoyetiSr u éiait inscrite sur aucun registre t de là îiaissaient une ibulc de dilTérends et de procès dans les familles. Pour remédier k cet abus, u int ordnisué aux curés de tenir un registre authentique de tons It^s eniana qui kur seraient présentes pour le baptême, La même année ou furent inlroduites ces innovations utiles , le chancelier Pof et ^ comme par une funeste compensation , élabïitlcs loteries [m^iii'^g), m espèce de contribution yolontaire^ qui , sous l'apparence d*un jeu , » excite la cupidité des pauvres , et ne pèse Téritablement que sur » eux. » (Pe^itot, JntroducUûn aux Mémoires de Du Bellay, )
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352 ABREGE DE LHISTOIRE CiNBEALE
point n avaient pas droit de donner leur voix. On n'admit désormais aux états que les procureur^ on représentans des villes. Ceux-ci , au nombre de trente-six, formèrent une assemblée qui n'avait rien du pouvoir et de la dignité des anciennes corteZy mais qui, dans toutes les occasions, se montra docile à la cour.
Il fallait justifier par les effets ces dehors d'amitié que les deux rois avaient fait paraître dans l'entrevue d'Aîgues- Mortes. Uoccasion s'en présenta bientôt. Les Gantois s'étant révoltés au sujet d'un impôt dont ils refusaient de payer leui* part, chassèrent les magistrats impériaux, appelèrent les villes voisines a la révolte, et envoyèrent des députés au roi de France, comme à leur seigneur suzerain, pour implorer sa protection, et Jui^offrir de le rendre maître des Pays-Bas, s'il voulait les secourir* Non-seulement François refusa cette offre séduisante, mais, par un excès de générosité, il révéla à l'empereur les propositions et les desseins des rebellés ^ il lui facilita même les moyens d'aller les punir, en lui accordant le passage en France ( i54o) , à condition d'obtenir Tinvestitore du Milanez. La plupart des ministres foulaient qu'on obtînt par écrit l'assurance de cette investiture : Montmorency conseilla au roi de se contenter d^une promesse verbale. Ce conseil plut au cœur magnanime du monarque ^ il le suivit. L'empereur fut partout accueilJi par des fêt^s magnifiques. Le roi alla à sa rencontre jusqu'à Châtelleraut , et de là ils s'acheminèrent ensemble vers Paris, où ils firent une entrée solennelle. Charles demeura six jours dans cette capitale, affectant une pleine sécurité , mais eu effet agité de vives inquiétudes. Il craignait que François I^^j en s assurant de so personne , ne punît d'un seul coup toutes ses perfidies- C'était lavis de plusieurs courtisans ,■ mais le roi garda sa parole^ Après toutes les promesses que Tempereur avait faites et tous les^ bons offices qu'il avait reçus , ce prince lui semblait engagé par les liens les plus sacrés de la reconnaissance et de l'honneur. Charles fut asse-t peu soigneux de sa gloire pour tromper cette confiance héroïque. Arrivé sur les frontières des Pays-Bas, il éluda, sous des prétextes vagues et parles
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expressions équivoques , les demandes du connétable qui lavait accompagné , et qui le sollicitait d'exécuter sa promesse. Peu de temps après, ayant rétabli son autorité dans les Pays- Bas par le châtiment des Gantois , et n'ayant plus besoin de déguiser ses intentions, il leva honteusement le masque, et osa nier qu'il eût rien promis au roi.
Cette nouvelle perfidie remplit François P^ d'une juste indignation. Un crime atroce y mit le comble, et ralluma la guerre.
Deux ambassadeurs que François envoyait à Venise et à la Porte s'étant embarqués sur le Pô, le marquis du Guast fit attaquer leur bateau pour s'emparer de leurs instructions, et ils furent massacrés après avoir vendu chèrement leur vie. Du reste , du Guast ne recueillit que la honte de ce crime, sans en retirer aucun fruit. Du Bellay Langey, qui commandait pour le roi en Piémont , avait retenu les instructions des ambassadeurs, et leurs papiers les plus importans , qu'il devait leur faire passer à Venise. En même temps que la prudence de Langey sauvait le secret de l'état , ses soins et son activité lui procuraient les détails du complot. Il en produisit les preuves irrécusables , et du Guast resta convaincu d'un attentat détestable aux yeux mêmes des na* tiens les plus barbares. Pour surcroît d'infamie, Charles éluda par des réponses ambiguës les instances du roi de France qui réclamait une réparation éclatante. C'était s'associer au crime de son lieutenant ; c'était s'avouer son complice,* c'était en même temps déclarer la guerre. François V^ ne pouvait laisser le forfait impuni. La foi publique, la majesté de sa couronne, le sang de ses ambassadeurs demandaient vengeance, et devaient l'obtenir.
En peu de temps le roi forma cinq armées : l'une , sous les ordres du dauphin, marcha vers les frontières de l'Espagne; une autre, sous le commandement du duc d'Orléftns, devait agir dans le Luxembourg. Le Brabant fut le théâtre de la troisième; elle était conduite par le maréchal de Gueldres, et composée en grande partie des troupes du duc de Cléves, qui disputait à la maison d'Autriche le duché de Gueldres,
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et que ses prétentions rendaient FsiIUé de 1a France. La qua* trième fut destinée pour les frontières de la Flandre , et la cinquième pour le Piémont,
( i54^*) La campagne s'ouvrit dans le Luxembourg par de brillans succès. L'imprudence dt| duc d'Orléans fit perdre le fruit de ces heureux commencemens. Le bruit s'étant répandu qu'une bataille allait s^ livrer dans le Roussillon , ce prince y courut pour ravir sa part de la gloire de son j^ère. Ses espérances furent trompées. La bataille ne se donna point ; et la campagne se termina, non par une victoire^ mais par la retraite des Français, qui, après six mois de travaux inutiles, levèrent le siège de Perpignan. D'un autre coté, l'armée du Luxembourg , privée de son chef et affaiblie par la désertion , se trouva réduite à une défensive laborieuse. L'honneur des armes françaises ne se soutint que dans le Piémont, où Langey s'empara de quelques places.
L'année suivante ( i543), Charles-Quint se fortifia de l'alliance de Henri VUI. Jacques V, roi d'Ecosse^ était mort en i54^ 9 laissant au berceau une fille unique, nomi^ée Marie, sous la tutelle et la régence de la reifie-mère , Marie de Lorraine , et sous l'admim^tration du cardinal de Saiut-* André. La jeune Marie , si célèbre depuis par sa beauté , ses infortunes et sa fin tragique , fut dès sa naissance un objet d'ambition et de discorde. Héritière de la couronne dlËcosse, les souverains les plus puissans aspû^aient à sa main. Le roi d'Angleterre, dont elle était petite-nièce, la demandait pour le prince Edouard , son fils. François voulait empêcher cette allian<:;e. Les intrigues et l'argent de Henri VIU prévalurent d'abord cointre l'opposition de la régente et du cardinal-administrateur qui étaient dans les intérêts de la France , et le mariage de la princesse avec Edouard fut résplu^ Mai^ François F% pour déconcerter la £a^mon anglaise >aya9l^ faû? passer des secours d'hommes et d'argent à Marie de Lorrain^ et au cardinal de Saint-André y les mit en état de faire rojeapre fe résç^tion prise sans leur aveiu.Hj$nri,.<née4iMnteal5 dédaya la guerre à li'Écoftse, et, bientôt après à. la Fmnee^ OuWiant $d& anciens griefis 9 JLs^unit aj^o .dtarlet.YiCiootre FmDÇOfts I^**
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( i543), et un corps de dix mille Anglais grossit Fannée impériale. De son côté, le roi de France resserra son alliance avec le sultan , et Barberousse reçut ordre de seconder avec une puissante flotte les opérations de la marine française.
Le roi et lempereur portèrent leurs principales forces dans les Pays-Bas. Tandis que François semparait de Landrecy^ Charles se jeta avec cinquante mille hommessur les états du duc de Clèves , qui prévint sa ruine par une prompte soumission. De là , il s'avança pour reprendre Landrecy. François P' vint secourir la place. L'Europe s'attendait à une bataille décisive entre ces deux monarques ; mais ni l'un ni l'autre n'en voulut tenter le hasard. Ds se bornèrent à une guerre de tactique et d'embûches. Enfin le roi , par des mouvemens heureusement combinés, ayant introduit dans la place des vivres et des troupes, l'empereur leva le siège, et prit ses quartiers d'hiver.
Cependant Soliman était entré dans la Hongrie, et s*était rendu maître de plusieurs villes. Vers le même temps, Barberousse, avec une flotte de cent dix galères, portait la terreur sur toutes les cotes de l'Italie, d'où il faisait voile pour Marseille. Il y fut joint psff la flotte française que commandait le comte d'Enghien , jeune et vaillant prince de la maison de Bourbon. Les alliés résolurent d'assiéger Nice , dernier asyle du duc de Savoie. Os s'emparèrent de cette ville; mais ils échouèrent devant le chftteau, forteresse inexpugnable où le gouverneur s'était rc^tiré , et dont ils levèrent le siège à l'approche d'une flotte et d'une armée impériales. Barberousse retourna à Constantinople , et d'Enghien alla prendre le gouvernement du Piémont.
Dès le commencement du printemps (i544)) ^ Français investirent Carignan que du Guast avait fortifié à grands frais. Ils poussèrent le siège avec tant de vigueur que le général espagnol ne vit d'autre moyen de sauver la ville que de hasarder une bataille. Le comte d'Enghien la desirait vivement; ses soldats partageaient son impatience. Mais l^rançois P^ lui avait expressément défendu de risquer une action gésMirale. Montluc, dépêché en France pour r^qwrésentep:* an roi et à son conseil les »tantagQs d'im^victoire qui
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semblait assurée, rapporta la permission de combattre. Au premier bruit de la réponse du monarque , toute la jeune noblesse , saisie d'une ardeur martiale, courut se ranger sous les drapeaux du comte d*Enghien , et la cour resta déserte. Cette jeunesse intrépide n aimait pas seulement la gloire, elle aimait aussi la patrie. Le comte manquait d'argent pour la solde des troupes; il en demanda à ces braves volontaires; toutes les bourses lui furent ouvertes. De tels hommes méritaient de vaincre : leur triomphe fut complet aux champs de Cérlsoles ( 1 1 avril). Douze mille impériaux furent tués dans cette journée. Les Français n'eurent à regretter que deux cents hommes.
Les vainqueurs , maîtres de Garignan et de presque tout le Montferrat ^ allaient envahir le Milanez ; mais , sur le bruit des immenses préparatifs que l'empereur faisait du côté du Rhin de concert avec Henri VIII, François Y^ rappela douze mille hommes des meilleures troupes d'Italie. Le comte d'Enghien , privé de l'élite de son armée , se soutint néanmoins dans le Piémont. Mais le défaut d'argent était un obstacle insurmontable à ses progrès. Le marquis du Guast, réduit par la même cause à l'impuissance d'agir, proposa pour l'Italie une trêve de trois mois. Elle fut acceptée par le comte d'Enghien , et confirmée sans difficulté par l'empereur et par le roi, qui s'accordaient à porter l'un contre l'autre toutesleurs forces du côté des Pays-Bas.
Le roi d'Angleterre s'était contenté en i543 d'envoyer dix mille hommes à l'empereur. En i544 9 îl résolut de descendre lui-même en France , dans l'espoir chimérique d'exécuter avec Charles-Quint la conquête et le partage de ce royaume. Les deux monarques devaient, l'un par la Picardie, l'autre par la Champagne, marcher droit à Paris, et se réunir sous les murs de cette ville. L'armée impériale , après s'être emparée de Ligny et de Commercy , investit Saint-Dizier. Tandis que Charles assiégeait cette place , Henri YUI débarqua en Picardie , et mit le siège devant Boulogne et Montreuil. Ainsi les deux princes divisèrent leurs forces dès leconunencement de la campagne 9 et, au heu de cette union et de cette axi^
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fiance si nécessaires à Texécution de leur grand projet , ils montrèrent bientôt une jalousie mutuelle, qui peu à peu engendra les soupçons, et finit par une rupture ouverte.
L'empereur ayant pris Saint-Dider , Epernay et Château- Thierry, n était plus quà deux journées de la capitale. Mais la disette se faisait sentir dans son armée ; le siège de Saint- Dizierlui avait coûté ses meilleurs soldats ; le roi d'Angleterre refusait d'abandonner ses projets sur Boulogne et Montreuil , pour venir le joindre ; le dauphin , qui commandait l'armée fran^se , et le roi qui était resté dans Paris , avaient fait d'habiles dispositions pour le défendre.. Désespérant de vaincre ces obstacles avec les restes de ses troupes exténuées de, faim et de fatigue, Charles écouta les propositions que lui fit porter le roi de France , et un traité de paix fut signé le i8 septembre i544 à Cr'espy enLaormais. Les principaux articles furent que, de part et d'autre, on se restituerait toutes les conquêtes faites depuis la trêve de Nice, et que l'empereur donnerait en mariage au duc d'Orléans sa fille aînée, ou la seconde fille de Ferdinand, son frère, avec les Pays-Bas ou le Milanez pour dot. La mort du duc d'Orléans l'affranchit d'une obligation qu'il aurait sans doute violée sans scrupule à la première occasion.
Boulogne s'était rendu avant la. conclusion de la paix de Crespy. Henri VIII était tout plein de l'orgueil de la victoire , lorsque les ambassadeurs du roi de France vinrent l'inviter à accéder au traité. Ses prétentions insensées éloignèrent toute idée d'accommodement, et les hostilités continuèrent encore pendant près de deux années entre la France et l'Angleterre.
Tout se passa en petits combats livrés pour l'attaque et pour la défense de Boulogne que les Français voulaient reprendre. Enfin, las d'une guerre sans motifs et sans résultats , les deux princes résolurent d'y mettre fin (i 546). Ils nommèrent des plénipotentiaires qui tinrent des conférences entre Guines et Ardres. L'objet de la négociation était très simple. On n'avait rien pris à Henri VIII, et il n'avait pris que Boulogne, Il ne s'agissait que de marchander et d'acheter la restitution de cette conquête. Parle traité qui fut conclu, on en fixaleprixàla
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3j8 abrégé de i^histoire générale
somme de deux millions que le roi de Franee devait payer dans Fespaoe de huit ans au roi d'Angleterre, A ces conditions , on lui remettait toutes les anciennes dettes, et on* s'engageait à lui rendre Boulogne et ses dépendances au dernier paiement.
Si Henri VIII et François I®*^ n'eussent pose les armes ^ la mort les leur eût arrachées. Elle les frappa tous deux quelques mois après le traité de Boulogne : Henri , le 28 janvier i547 î François, le 3i mars de la même année (i).
Charles-Quint était trop juste ou trop habile pour refuser à un rival , après sa mort, le tribut d'éloges qu'il méritait. « Quel prince ! s'écria-t-il d'un ton de respect et de douleur , en apprenant que ce rival n'était plus; quel grand prince la France vient de perdre ! »
'" L'histoire moderne n'offre pas entre deux princes de rivalité plus fameuse que celle de Charles-Quint et de François P'. Il ne sera peut-être pas hors de propos d'en résumer ici les principaux traits.
François V^ monte à vingt ans sur le trône. Par sa gêné* rosité , par sa valeur, par ses manières chevaleresques, il était d^à l'idole de la cour et de l'armée. Le début éclatant de son règne confirme tous les présages , toutes les espérances. Les plus hautes réputations contemporaines s'abaissent devant la gloire du héros de Marignan , et l'Europe le contemple avec admiration. Déjà François I**^ est immortel , et il est encore douteux si Charles aura d'autres titres à la renommée que sa puissance et l'étendue de ses états. Son caractère est inconnu, son ambition n'a point éclaté; peut-être elle n'est point encore née. Il est gouverné par ses ministres : on le croit du moins. Cependant le trône impérial est vacant; Maximilien n'est plus, et les roi» de France et d'Espagne briguent solennellement son héritage. Heureux de passer pour médiocre , Charles doit principalement à cette opinion le diadème des Césars ; mais ce fut encore un beau jour pour Fran-
(1) Pour TalTiure des Vnudois , qui attrista les dernières aimées de François !•' , yojGzX Introduction aux Guerres religieuses de France, deuxième volume de cet Abrégé.
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DSS TSMK MOAEIUIES. 35^
cois I^ que eekti où, puni de sa grandeur précoce, il se vit rejeté par T Allemagne éblouie e^ alarmée de sa gloire , et entendit ses adversaires fonder un refbs qui Thondre, sur la supériorité de 'son mérite et la crainte de ses talens. Les deux princes, avant f événement, avalent affecté de publier que le vaincu , quel tju*il fût , accepterait de bonne grâ<5e sa défaite, et applaudirait au vainqueur. L effort eût été trop sliblimé* Les électeurs prononcent entre les deux rivaux qui s'efforçaient de pâtaître deux frères, et soudain, à cette ostentation de générosité, à cette fraternité d*apparat , succèdent la jalousie, la haine, le désir ardent delà vengeance. Alors s engage une lutte animée comme toutes celles où Tamour-propre a plus de part que les intérêts. Les provinces qu'on se dispute sont moins l'objet que le prétexte de la guerre. Ce qu'on souhaite avec passion , ce n'est point la conquête du Milanez ou du royaume de Naples, de la Provence ou de la Picardie, c'est l'humiliation d'un rival. La fortune ne refusa ni à l'un ni à l'autre ce triste plaisir ; mais l'empereur le goûta plus souvent et plus pleinement. Il eut son ennemi en son pouvoir ; il le désespéra à loisir dans les ennuis de la captivité ; il lui imposa les traités les plus durs et les plus déshonorans. 11 s'affermit dans le royaume de Naples , il conquit et garda le Milanez. Quelle fut donc l'origine de ces succès quelquefois éclatans et toujours solides ? A ne considérer que la puissance des deux rivaux, et les forces matérielles de leurs états, la lutte était-elle trop inégale ? Chartes-Quint , il est vrai, tenait sous son empire une plus gratide étendue de pays : par lui-même , l'Espagne , les Pays-Bas, les Deux-Siciles, les îles de Corse et de Sardaigne; par son frère, les domaines héréditaires de sa famille en Allemagne et le royaume de Bohême. Le souverain dé tant d'états, s'ils eussent été coniigus et régis par une même loi , si l'autorité du prince y eût été partout absolue, devait foire trembler et la France et l'Europe entière ; mais l'immense intervalle qui séparait toutes ces contrées , la diversité de leurs coutumes et de leurs mœurs, les privîlégfei qu'elles poutaietit opposer, pour la plupart, à là volonté du souverain , nuisaient au développe-
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36o ABRÉGB DE I, HISTOIRE GENERALE
ment de leurs forces. C'étaient les membres ëpars d*un vaste corps sans proportion ; la main la plus habile avait peine à diriger le jeu complique de leurs ressorts, et à leur communiquer une même impulsion. La France, au contraire, formait une masse compacte et homogène', qu'il était également difficile d entamer et de diviser. Elle avait de grands moyens pour attaquer, de plus grands encore pour se défendre. Les ordres partis du trône étaient promptement transmis et exécutés; et à la voix d'un prince absolu par les droits de sa couronne, et plus encore par l'amour de ses sujets, toute la nation pouvait se mouvoir comme un seul homme. Ainsi, la position de la France et sou organisation intérieure compensaient son infériorité, sous le rapport de la population et de rétendue. Chercherons-nous dans les talens militaires des deu3^ princes la cause de Tinégalité des succès? L'empereur était peut-être plus général , le roi de France était plus soldat ; mais l'un ne fut pas toujours prudent , ni l'autre toujours téméraire. Grand capitaine lorsqu'il enlève 'J'unis à Barberousse , lorsqu'il contraint Soliman à la retraite, lorsqu'à Mulhberg il terrasse le parti protestant, Charles-» Quint semble abandonné de sa prudence accoutumée dans l'expédition de Provence , de sa fortune au siège de Landrecy; et c'est en présence de son rival que sa gloire est deux fois éclipsée. Ajoutons que dans ses deux premières guerres , il ne commanda point ses armées; et cependant ces deux guerres, si l'on excepte celle qu'il fit aux luthériens d'Aliemagne après le traité de Crespy, sont les plus honorables et les plus heureuses de son règne : qu'on en juge par les traités de Madrid et de Cambrai. Mais si Charles - Quint ne contribua pas toujours par lui-même sur les champs de bataille aux grands événemens qui ont rendu son règne illustre, il n'y fut jamais étranger par les calculs, de sa poli-» tique; et il faut avouer qu'à cet égard il eut sur son rival un avantage incontestable. Ce n'est pas que la politique ait manqué à François 1®^ autant qu'on le croit communément. Il consolida l'alliance de la France avec les Suisses , alliance souvent incertaine sous ses prédécesseurs ; ij rechercha soi-i
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DES TEMPS MODERIXES. .3&I
. gneusement celle de Henri VIII; il l'obtint , la perdit et la ressaisit tour à tour. Il entretint des relations avec le Danemarck et la Suède; il osa en former avec la ligue protestante et avec le sultan ; il sentit combien était importante l'amitié des papes à quiconque voulait s'établir solidement en Italie, et il travailla sans cesse a se les concilier. Mais il ignora cet art, si familier à son rival, de conduire l'intrigue d'une négociation, de feindre, de promettre, d'éluder, de gagner du temps; il ne connut jamais cette science des déceptions, des subterfuges, où triomphait la politique de son adversaire; il n'eut point , comme lui, le génie de la corruption et de la perfidie. Il était beau sans doute de ne point marcher dans <;ette voie honteuse; mais ce fut souvent celle des succès; et Charles- Quint le savait bien. Au reste,. on doit aussi rapporter les succès qu'obtint ce prince à d'autres causes plus honorables. Par son infatigable activité , il rapprocha , en quelque sorte , les différentes parties de son empire ; il fut le lien de ses vastes états, il en fut l'âme. « François P^, dit un de nos meilleurs historiens , a des momens d'éclat qui éblouissent, mais il a de longs intervalles de sommeil et de langueur ; Charles- Quintn'en a pas un. Sans cesse il agit, il prépare, il exécute, il intrigue , il divise ; il court en Allemagne, en Italie, en Espagne ;il contient les grandes puissances, il soumet les petites, il les enchaîne toutes par ses négociations. y> Dans le discours où il annonça son abdication , il rappela lui-même au monde que, soit au sein de la paix, soit pour faire la guerre, il avait passé neuf fois en Allemagne, dix fois en Espagne, quatre fois en France, sept fois en Italie, dix fois dans les Pays-Bas , deux fois en {Angleterre , autant en Afrique, et qu'il avait traversé onze fois la mer. Il joignait à cette activité une persévérance inflexible , obstinée , dans l'exécution de ses desseins. Mais il posséda surtout au suprême degré ce talent qui peut tenir Ueu aux rois de tous les autres , le talent de connaître les hommes ; il savait choisir et ménager ses serviteurs ; il eut de grands-capitaines.et de bons ministres. Franéois P"*, au contraire, gouverné par sa mère ou par des maîtresses, donnait ef ptait les commandemens les plus importans au gré
361 jLBREGI^ BB LUISTOI&B GJÂNERALE
de leur caprice. Des intrigues frivoles et méprisables , de petites et honteuses passions le privèrent souvent des services du vrai mérite. Il sacrifiait Lautrec à Tinimitié de Louise de Savoie. Il permettait à cette femme vindicative dé persécuter le connétable de Bourbon. Il se laissait enlever par Charles- Quint, et cet illustre connétable , et le prince d'Orange , et Doria. Il donnait la place de ces grands hommes à dés favoris, à des Bonnivet. Voila sa faute capitale, voilà le secret de ses revers. Mais , malgré ces revers et ces fautes, il eut de son temps , il a peut-être encore une réputation plus brillante que Charles-Quint. C'est qu'en lui les qualités de Thomme firent oublier les défauts du monarque; c'est qu'il fut humain, bienfaisant , généreux; c'est qu'il ne fit point de la politique un art de chicane et de mensonge ; c'est qu'il n'aiguisa point le fer des assassins contre la personne sacrée des ambassadeurs ; c'est qu'il fut franc, loyal , autant que brave. Un tel roi pouvait se passer de succès ; il pouvait tout perdre,^r^ Vhotineur,
Le premier titre de François P', aux yeux de ses contemporains , fut sans doute celui de preux chevalier; aux yeux de la postérité, c'est celui de père des lettres. Il les aima, les protégea ; c'est là sa gloire la plus pure , et le plus solide fondement de son immortalité.
Au reste, c'était un exemple qu'il avait reçu de la plupart de ses prédécesseurs , depuis Charles-le-Sage. Ce prince avait pour maxime que F on ne poui^oit trop honorer les sapans^ et que tant que sapience seroit Jvonorée dans le royaume , il continueroit à prospérité; mais que y quand déboutée y seroit , il décherroit. Il commença la bibliothèque royale. Lessavans, encouragés par ses bienfaits, firent quelques efforts heureux. On traduisit les anciens , et leur étude exerça une salutaire influence sur les productions des modernes. Le progrès des arts suivit celui des lettres. Des temples, des palais dignes de ce nom s'élevèrent au Louvre, à Vincennes, à Beauté, à Saint <« Onen, à Creil, à Melun , à Montargis; des manufactures s'établirent ou se perfectionnèrent; des artistes étrangers furent appelés en France ; l'horlogerie , la mécanique , les mathématiques furent plus cultivées. Mais les défauts du temps
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se mêlaient à cet amour des lettres et des arts, et deyaient Vy mêler long-temps encore. Les astrologues prétendaient lire dans les cieux les secrets de la destinée , et les alchimistes cherchaient la pierre philosophale. L université était une arène ouverte aux disputeurs scolastiques. On peut héâiter à eompter tous ces bruyans docteurs parmi les gens de lettres. On fit quelques pas dans le quinzième siècle. Gerson, d'Ailly et Glemangis , Guillaume, Jean et Alain Ghartier n'ont point laissé un nom méprisable. Les poésies d'Octavien de Saint-Gelais , qui traduisit V Odyssée^ \ Enéide et les Épîtres d'Onde, celles de Villon, qui le premier débwuilla Vart confus de nos vieux romanciers^ celles de Charles, duc d'Orléans , père de Xouis XII , les chroniques^ vergées de Martial d'Auvergne, et les poésies pastorales que le goût de la bergerie inspira au bon roi René, lorsque, désabusé des conquêtes et des «grandeurs , il gardait ses troupeaux dans les champs de Provence avec la reine Jeanne de Laval , son épouse , sont des monumens littéraires , supérieurs à ceux de l'époque précédente. Les histoires de Robert Ga* guin et de Monstrelet , les mémoires d'Olivier de la Marche sont des ouvrages utiles et estimables. Philippe de Gomines, par ses mémoires sûr Louis XI , s'est presque mis à côté de Tacite* Sous le même prince, le recteur de l'Université, Guillaume Fichet , peut être regardé comme le restaurateur de l'éloquence et de la bonne latinité dans les écoles. Louis XI lui-même, selon Philippe de Gomines, était eisSez lettré; il apait eu une autre nourriture que les seigneurs €le son royaume. Selon Gaguin, il savait les lettres^ et avait plus d^ érudition que les rois n^ont accoutumé d'en avoiK Mais il fut instruit sans être éclairé : témoin l'aWêt bizarre (i)
(i) L&philbsopKie était alors partagée en deux sectes : les réalistes et les nominaux. Les premiers voyaient partout des substances; selou^ eux , les qualités , les attributs^ la ix>ndeur , la dureté , par exemple , existaient indépendamment du sujet, c'est-à-dire, de la chose ronde ou dure. Les seconds^ au contraire , ne voyaient de dureté , de ron-i deur , de qualité quelconque , que dans la chose qualifiée. Cette que-^ relie divisant toutes les écoles , et produisant des haines el des per-.
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364 ÂBRÉGli DX LH16TOIRB GENERALE
par lequel il termina la ridicule et fameuse querelle des réa* listes, et des nominaux; témoin encore sa croyance superstitieuse aux rêveries de la divination : il entretenait "sept astrologues.
Louis XII joignit à ses autres titres de gloire celui de protecteur des lettres. Tout le temps qu'il pouvait dérober aux affaires publiques ^ il se plaisait à le passer dans l'entretien des savans ou dans l'étude des monumens de l'antiquité. Il attira en France, par ses bienfaits, les savans les plus illustres de l'Italie; il parvint à en fixer quelques-uns dans l'université de Paris. On commença sous son règne à enseigner le grec dans cette école célèbre, et l'on y fit assez de progrès pour expliquer les dialogues de Platon. Quant aux bons ouvrages des anciens , il en forma la plus riche collection que l'on connût alors en Europe. Il les méditait , il en recueillait les plus belles maximes, et tâchait de les inculquer au jeune comte d'Angoulême, destiné à lui succéder. , Ainsi , une partie de l'éclat que le zèle de François F' pour le progrès des connaissances humaines a répandu sur le règne de ce prince , doit se réfléchir sur Louis XII.
, Elevé dans cet amour des lettres, à peine François est monté sur le trône, qu'on le voit s'entourer de savans. Ils lui forment un docte cortège qui l'accompagne en tous lieux, à la chasse, dans ses voyages, dans ses promenades. Il (es comble de dignités et de largesses; il encouragé leurs travaux par son exemple et sa munificence. De tous ces hommes laborieux que ses bienfaits allèrent chercher , et dont il rempUt sa cour et même ses conseils , le plus célèbre est , sans contredit, Guillaume Budée, qu'Erasme appelle \e prodige de la France^ et qui persuada au roi d'établir le collège Royal. Ce collège, dont les professeurs furent richement dotés, ne fut d'abord fondé que pour l'étude du latin , du grec et de
sécutions , Louis XI voulut en prendre connaissance. Il crut que les nominaux avaient tort; il ordonna par un édit ( iS'jS) de clouer et d'enchaîner leurs livres , et condamna au bannissement les auteurs qui soutiendraient cette doctrine. Dans la suite, il rendit la liberté aujL écrits et aux écrivains , qui sont oubliés aujourd'hui.
rhébreu, sous le nom de Collège des trois langues. Mais le roi y créa successivement d'autres chaires , et l'on voit, par des lettres de i545, qu'indépendamment d'un jM^ofesseur pour le latin , de trois pour l'hébreu et de trois pour le grec , il y en avait alors un pour la médecine , un pour la philosophie et deux pour les mathématiques. Les successeurs de François P*^ ont encore augmenté depuis le nombre des professeurs royaux par des créations successives de chaires nouvelles dont l'accroissement des lumières a fait sentir le besoin. Les arl5 ne furent pas moins cultivés que les sciences sous ce règne. Léon X les avait fixés en Italie ; après la mort de ce pontife, François V^ les attira en France. L'économie austère d'Adrien VI, l'indifférence de Clément VII et de Paul III, furent favorables à ses desseins. Les arts, négligés par ces papes , vinrent orner la cour d'un grand roi qui les aimait. François I®*^ bâtit, rétablit ou embellit Fontainebleau, Saint- Germain-en-Laye , Chambord, FoUembray, Villers-Coterets; il commença le Louvre, il fortifia le Hâvre-de-Grèce , il éleva le château de Madrid dans le bois de Boulogne.
Il essaya , quoiqu'inutilement , d'enlever par ses bienfaits Jules-Romain à l'école romaine , et il enleva réellement à l'école florentine Léonard de Vinci. Tout le monde sait que ce peintre célèbre mourut à Fontainebleau entre les bras du roL Maître Roux, architecte habile, fut nommé surintendant de tous les ouvrages de Fontainebleau , dont il fit construire et décora la grande galerie. Cet homme, qui embrassait presque tous les arts , eut un concurrent redoutable dans un artiste plus universel encore, nommé Benvenuto Gellini, personnage bizarre , qui se vantait d'avoir tué le connétable de Bourbon au siège de Rome et le prince d'Orange au siège de Florence , et que la duchesse d'Étampes, à qui il avait dé-plu, fit enfin renvoyer de France. Le roi appela deux fois -dltalie le Primatice, qui continua les travaux de Fontaine-bleau après la mort de maître Roux. Cet artiste célèbre donna aussi le dessin du tombeau de François I^ ; il commença celui de Henri U, et traça le plan du château de M^idon» Lorsque maître Roux et le Primatice vinrent en France, ils
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366 ÂBRÉci DE X.*HISTOIRE GÉNÉRALE
y trouvèrent déjà quelques peintre» français , et ils en formèrent d'autres, dont les disciples illustrèrent depuis l'école française.
Le mauvais goiit avait épuisé toutes ses ressources dans les siècles précédens , pour gâter la poésie grecque et latine. Il avait inventé les vers léonins simples, doubles et triples, les acrostiches, les poèmes n'admettant que des mots qui commençaient tous par la même lettre, etc. Le goût renaissant sous François P', proscrivit ces puérilités laborieuses ; on revint peu à peu au naturel; mais, quoiqu'on s'exerçât beaucoup dans la poésie latine, on n'atteignit po'int alors cette p^fection réservée sous Louis XIV à fiapin, à Commire, â La Rue , à Vanière.
Le mécanisme de la versification française n'était pas Picore formé sous François P'; les règles pour le mélange des rimes étaient ou ignorées ou négligées; \ hiatus était permis. Malgré ces défauts , les poèmes de Marot et de Saint-Gelaîs, et quelques vcts de François P' sont encore lus aujourd'hui avec plaisir, à cause du naturel et de la grâce qui les distinguent, tandis que de tous leurs successeurs, jusqu'à Malherbe, on ne connaît guère à présent que le nom. Parmi le$ écrivains en prose, on ne peut oublier Rabelais. Le temps a rendu plus difficile de jour exi jour Fintelligence de son livre, où l'aUégorie domine; mgis dans ce qu'on peut comprendre encore, on trouve assez d'esprit et de savoir pour justifier une partie de la réputation dont il a joui parmi les contemporains. L'histoire du chevalier Bayard est un mo* nument précieux de notre littérature : c'est un des livres qui font regretter le vieux langage et les vieilles mœurs. Les mé> moires du maréchal de Fleuranges ne sont ni sans intérêt^ ni sans agrément. Ceux des deux frères Martin et Guillamne du Bellay sont, pour l'histoire de François P', ce que les mémoires de Sully sont pour l'histoire de Henri IV. On doit avouer cependant qu'il y a loin de nos prosateurs et de nos poètes de cette époque à ceux que possédait déjà l'ItaKe. La France n avaitalors aucun nom à opposer à ceux de Gnîchardin et de Madfiîairelf, du Dante, de Pétrarque er de l'Arioste.
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DES TEMPS MODEBIfES. 36^
SECTION vn.
Depuis la mort de François I*' )iisqu'ati traité ie Cateau-Gambifésis
Henri II succéda à François P^ Le connétable de Mont* morency , exilé à Chantilly depuis le passage de Charles^ Quint en France , fut alors rappelé à la cour , et investi de la confiance du nouveau roi. Diane de Poitiers , qui , malgré rinégalité des âges ^ avait captivé l'esprit du jeune prince, fut faite duchesse de Valentinois ; et la reine Catherine de Médicis, tranquille témoin de la faveur d'une rivale, s'ins'truisit dàs-lors à cette dissimulation perËde dont elle fit de-^ puis un usage ^i funeste.
Les ministres d'Edouard VI, roi d'Angleterre, rechercWient pour ce prince la main de Marie Stuart, xeine d'Ecosse. Ce mariage eût uni deux royaumes dont les divisions avaient été souvent utiles à la Fradice. Henri II le traversa et le prévint en demandant lui-même la jeune reines pour son fils. Marie StuaH fut fiaujcée au dauphin François en 1 548 , et conduite à la cour de France , où elle fut élevée. Le mariage ne fut célébra quen i558.
Le roi, prévoyant que la paix avec l'empereur ne serait pas durable , et voulant connaître par lui-même l'état de ses frontières, visita la Picardie, la Champagne, la Bourgogne , 1» Savoie, et passa jusqu'en Piémont. Tandis qu'il était audelà des Alpes , un soulèvement éclata en Gmenne et en Saintonge^ au sujet des rigueurs de la gabelle. Les rebelles s'attroupèrent en peu de temps jusqu'au nombre de cinquante mille hommes: sédition redoutable, si des chefs habiles eussent dirigé la: fureur de cette multitude indisciplinée. La révohe pénétra dans Bordeaux , dont le parlement fit de vains efJforts pour Tarrêter. Les mutins commirent dans cette ville les plus grands désordres , et y massacrèrent Tristan de Mo* neins y Ueutenant du gouverneur de la province. François de Lorrains , duc d'Aumale^ et le connétable de Montmo-
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rency furent envoyés avec une armée , l'un en Saintonge , Fautre en Guienne, pour réprimer la rébellion. Le duc d'Aumale ramena les esprits par la douceur; mais Tinflexible Montmorency déploya tout lappareil de la terreur et de la vengeance. Les habitans de Bordeaux lui offraient l'entrée de leur ville : il voulut y entrer par la brèche, comme dans une place conquise. Il priva Bordeaux de ses privilèges , fit livrer au supplice plusieurs bourgeois , et effiraya par de semblables exécutions toutes les villçs de la province qui avaient pris part au soulèvement.
Une révolution arrivée à Plaisance ralluma la guerre en Italie. Le pape Paul III ^ qui , comme plusieurs pontifes recommandables d'ailleurs par leurs vertus, désira passionnément l'agrandissement de sa famille, avait obtenu en i545 le consentement du sacré-coUége pour accorder à son Gis ^Pierre-Louis Farnèse , les états de Parme et de Plaisance^ avec le titre de duché relevant du saint-siége. Mais le nouveau duc régnait à peine depuis deux ans, lorsqu'il fut assassiné en 1 5 47 parles nobles de Plaisance, auxquels ses débauches et ses cruautés l'avaient rendu odieux. Fernand de Gonzague, gouverneur du Milanez pour l'empereur, avait trempé dans cette conspiration. Il s'empara aussitôt de Plaisance au nom de son maître (i). La douleur que Paul III
(i) Quelque temps auparavanl , Gênes avait vu éclater la fameuse conjuration de Fiesque contre les Doria. Gomme elle n'eut point de suites importantes , et qu'elle n'est point essentiellement liée aux évé* nemea5 contemporains^ nous la rapporterons séparément.
La constitution aristocratique qu'André Doria avait donnée aux Génois^ après leur avoir rendu la liberté , n'avait point satisfait quelques républicains turbulens et factieux. Jaloux des prérogatives que cette constitution attribuait k un certain nombre de familles nobles , et de l'ascendant que Doria prenait en toutes circonstances , ils desiraient le rétablissement du gouvernement populaire. Leur impa* tience s'accrut encore , lorsqu' André Doria, parvenu à une grande vieillesse , se reposa du soin des a£faires publiques sur son petit-neveu Gianettino. Le caractère hautain de ce jeune homme , qui s'arrogeait bien plut de pouvoir que n'en avait eu son oncle , et l'exerçait avec
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DBS TBMPS MODERNES. 36^
ressentit de l'assassinat de mik fils, et de 1* occupation de Plaisance "paœ les troupes impériales , le fit sortir des bornes de sa circonspection ordinaire. Il sollicita le roi de France et la l'épublique de Venise de se joindre à lui pour faire la gu,erre à Gharles-QuinU fTayant reçu qu'une réponse va^e, et n'étant pas en éta$. de se venger seul des usurpations pas* sées de l'empereur, il s'occupa du moins à en préiKnir de nouvelles. Parme pouvait à son tour tenter l'ambition de Charles. Le pontife prit le parti de remettre cette ville sous la protection du saint-siége , en révoquant la cession qu'il en avait faite à Pierre-Louis Famèse. Celui-ci laissait un fils, nommé Octave j qui avait épousé Marguerite d'Autriche, cette fille naturelle de Charles-Quint, restée veuve après l'assassinat d'Alexandre de Médicis, son premier époux. Le jeune Octave , dépouillé de ses domaines par son beau-père et par son aïeul, essaya de prendre possession de Parme, et . de s'y maintenir malgré l'un et l'autre ; mais les commandans de la ville et de la forteresse refusèrent de le recevoir. Ce-
plus d'orgueil , fit craindre aux Génois que le patronage des Dorîa ne dégénérât enfin en tyrannie. Jean-Louis de Fiesque, comte de Lavagne , observait les progrès du mécontentement pour en profiter. Il conçut r espérance et. le dessein de soustraire sa patrie à l'autorité aristocratique , à Tinfluence des Dorîa , à celle de TEspagne , et de s'asseoir sur le trône ducal. Il prépara cette révolution dans le plus profond secret. L'exécution rencontra peu d'obstacles. Dans la nuit du 2 au 5 janvier i547 > ^^^ conjurés s'emparèrent de tous les postes importans ; Gianettino , accouru pour réprimer le tumulte , fut poignardé; le vieux Doria ne se sauva qu'avec peine. Partout le complot avait réussi. La flotte , où l'on comptatt quarante-quatre galères, les portes de la ville étaient au pouvoir des insurgés. Il ne restait plus qu'à marcher au palais pour chasser la garde de la seigneurie, et changer le gouvernement. Le triomphe était assuré : mais déjà Fiesque n'était plus. S'étant rendu au pOrt pour donner quelques ordres , en s' élançant sur la galère amirale , il étai| tombé dans la mer, et le poids de ses armes l'avait empêché de se Sauver à la nage. Ses partisans, instruits de son sort, perdirent courage; déjà vainqueurs, ils traitèrent en vaincus avec la seigneurie t le supplice ou l'exil des plus coupables satisfit la vengeance de Doria.
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pendant Paul III , averti de cette entreprise et des offires de réconciliation faites par Octave à Fernand de Gonzague, en conçut une vive douleur, qui ^ aigrissant les infirmités de la vieillesse, le mit au tombeau le 10 novembre i549.
Le nouveau pape Jules III parut d'abord favoriser Octave Farnèse. Mais il labandonna en t55i, par crainte du ressentiment et des menaces de Tempereur, qui avait résolu de s'emparer de Parme, Farnèse, sans protection en Italie, implora celle de la France, Henri II venait de recouvrer Boulogne: sa politique et ses armes l'avaient emporté en Ecosse sur celle de l'Angleterre. Enhardi par ces heureux événemens, il saisit avec avidité l'occasion qui s'ofErait à lui de rentrer en Italie, et promit ses secours à Farnèse, Celui-ci ayant refusé d'obéir à des lettres du pape qui lui enjoignaient de tenoncer à sa nouvelle alliance , Jules III lui déclara la guerre comme à un vassal rebelle et désobéissant. Fernand de Gonzague reçut ordre de seconder le pontife; Brissac, gouverneur du Piémont pour Henri II, fit avancer des troupes pour soutenir Farnèse. Cette guerre ne fiil marquée par aucun événement mémorable. En i552, on convint d'une suspension d'armes, par laquelle Octave resta en possession de Parme. Philippe II lui rendit Plaisance en i556.
Tandis que les Français et les impériaux combattaient en Italie, comme alliés de Farnèse et du pape , Charles et Henri affectaient de publier qu'ils resteraient inviolablement attachés à la paix deCrespy, Ces fausses assurances furent bientôt démenties par l'événement.
Charles-Quint, depuis la bataille de Mulhberg, où il avait fait prisonniers les deux chefs du parti luthérien , exerçait en Allemagne une aujprité despotique. Henri II, sollicité par les princes protestans , s'allia avec eux contre l'empereur, sous prétexte de défendre la liberté germanique. En iSSa , il commença la guerre par la prise des villes impériales de Metz y Toul et Verdun^ dont il s'empara sans peine, au moyen des intelligences qu'il y avait pratiquées. Mais au lieu de respecter leurs privilèges et leur indépendance , comme il l'avait secrètement promis aux habitans, il déclara qu'elles
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DES TEMPS MODERNES, ijl
étaient réunies à sa couronne, faute dont il ne tarda pas à se repentir. Il espérait conquérir l'Als.ice aussi facilement que les Trois-Évêchés ; mais son manque ide foi lui avait aliéné les esprits, h rencontra une résistance inattendue. Dans le m^e temps, il apprit que les princes allemands, ses alliés, venaient de traiter avec Charles-Quint, et que la paix de Passau permettait désormais à ce prince de diriger toutes ses forces contre la France. Bientôt il vint asisiéger Metz avec cent mille hommes. François de Lorraine, qui avait pris le titre de duc de Guise depuis k mort de son père, était gouverneur de la ville. Il la mit promptement en état de défense. Une généreuse émulation y attira presque toute la haute noblesse du royaume, et même plusieurs princes du sang. Le duc se montra le digne chef de ces illustres vo-* lontaires. Sa prudence, son activité, son courage triomphèrent des forcer de l'empereur, qui, après soixante-cinq jours d'un siège qui lui coûta les deux tiers de son armée ^ donna le signal de la retraite. En 1 553 , il se vengea par la ruine de Térouanney et la prise de Hesdin, Henri II marcha en personne vers les Pays-Bas pour réparer ces pertes. Les deux rivaux étaient en présence : on s'attendait à une bataille décisive; mais l'empereur évita d'en venir aux mains, et l'approche de l'hiver suspendit les hostilités.
Pendant que cette lutte se prolongeait sans fruit entre les deux princes, Marie , fille de Henri VUI , et cousine germaine de l'empereur par sa mère Catherine d'Aragon , succédait en Angleterre à son frère Edouard VI , mort sans enfans à la fleur de son âge, et épousait le prince Philippe, fils aîné de Charles-Quint. Le premier effet de cette union fut d'augmenter le nombre des ennemis de la France. Les deux époux ' se liguèrent inmiédiatement avec Charles-Quint; mais les troubles qu'ils eurent à réprimer en Angleterre les empêchèrent de lui donner d'abord de puissans secours. Henri IL, voulant se hâter de décider la qtierelle par de plus vigoureux efforts, augmenta son armée (i554), ravagea le Hain^ut et le Cambrésis, et Uvra bataille à l'empereur près de Rentij sur les confins de l'Artois et du Boulonnais. II remporta une
ij2 ABEIÉGB DB LHISTOIRE GENERALE
victoire chèrement achetée, et dont ii tira peu d*avantage« Enfin , cette campagne se termina, comme les précédentes , sans aucune action décisive.
• Depuis le commencement de la guerre , le maréchal de Brissac^ le tant valeureux gentilhomme^ n'avait point été secouru, et se soutenait en Piémont, à force d'hahileté et de courage, contre les généraux de Charles-Quint , qui recevait incessamment des renforts. Une autre armée française, commandée par Pierre Strozzi, et également abandonnée, était changée de défendre la ville et le territoire de Sienne, qui, en iSSa, avait recouvré sa liberté, et s était mise sous la protection de la France. Cette armée fut complètement défaite^ en 1554} p^r le marquis de Marignan, près de Marciano'^et Biaise xle Montluc, en ayant rassemblé les débris, se jelta dans Sienne y où il se défendit pendant dix mois, et ne céda quà la famine. Il capitula le 2 avril i555, et rendit Sienne à des conditions qui la maintenaient en république. Mais la capitulation fut violée, et Sienne cédée en i557 P^'' Philippe U au duc de Toscane, Cosme P'^ qui l'annexa à ses états.
Le pape Jules III étant mort le 23 mars i555, eut pour successeur Marcel II, qui ne régna que vingt-deux jours , et fut remplacé pat Paul IV* Ce pontife, de la maison de Caraffe, avait deux neveux qui fondèrent sur son élévation fespoir de leur propre grandeur. Ils avaient vu les Médicis élevés en Toscane à la puissance souveraine par les papes de cette maison, et les Farnèses acquérir les duchés de Parme et de Plaisance par l'habileté de Paul III. Mais ,.sachant que leur oncle ne porterait point la faiblesse jusqu'à séculariser en leur faveur une partie du patrimoine de l'Eglise, le démembrement des domaines de l'empereur en Italie leur pa rut le seul moyen de se procurer des principautés indépendantes. Dans cette vue, et pour satisfaire en même temps des ressentimens personnels qui les animaient contre Charles- Quint , ils s'attachèrent à fomenter la discorde entre ce prince et le nouveau pape. Paul IV avait lui-même à se plaindre de l'empereur, qui s était efforcé de Técarter du trône pontifical.
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DES TEMPS MODERNES. iyi
Excité par le double desir de se venger d'un ennemi et d'assurer rétablissement de ses neveux, il fit proposer au roi de France de joindre leurs forces pour attaquer le duché de Toscane et le royaume de Naples. Si leurs armes étaient heureuses , ils rendraient à la Toscane son ancien gouvernement républicain; et Tua des fils du roi de France serait investi du royaume de Naples, duquel on détacherait un cer^ tain territoire qui serait annexé au patrimoine de l'Eglise, et servirait à former deux principautés pour les deux neveux du pontife. Un traité fut conclu à ces conditions contre l'avis du connétable de Montmorency , et par l'influence du cardinal de Lorraine et du duc de Guise, dont l'un s'attendait à être chargé des négociations ultérieures avec la cour de Rome , et l'autre- espérait commander l'armée destinée à l'expédition de Naples.
Mais tout à coup une nouvelle imprévue se répand dans l'Europe étonnée. Ce prince , qui si long-temps troubla les nations, ce prince,' dont l'ambition fut accusée d'aspirer à la monarchie universelle, Charles-Quint est descendu du trône. A-t-il éprouvé la satiété, a-t-il connu le vide des grandeurs hunaaines? ou bien, surpris par une vieillesse prématurée, affaibli par des infirmités douloureuses^ qui ('éloignent des soins du gouvernement, a-t-il voulu dérober son déclin aux regards des peuples, et s'enfermer dans la solitude, comme dans un sanctuaire, avec toute sa gloire et toute sa renommée ? Soit qu'il ait prétendu donner au monde une grande leçon , soit qu'il lui ait seulement donné un grand spectacle, Charles-Quint, le 25 octobre i555, t'ésigna à Philippe, son fils, dans une assemblée tenue à Bruxelles^ les provinces des Pays-Bas, et, quelques semaines après, les couronnes d'Espagne , avec tous les territoires qui en dépendaient dans l'ancien ou dans le Nouveau-McMide ; et de tant de vastes possessions y il ne se réserva qu'une pension annuelle de 1 00,000 écus. Avant de partirpour l'Espagne, qu'il avait choisie pour le lieu de sa résidence^ il essaya de pacifier l'Europe, et contribua à la conclusion de la trêve qui fut signée pour cinq ans à l'abbaye de F^aucelles, entre Philippe II et Henri II,
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le 5 février i556. II fut moins heureux dans ses tentatives auprès de Ferdinand , son frère , roi des Romains , pour déterminer ce prince à renoncer en faveur de Philippe à la couronne impériale. Enfin , ayant transféré à Ferdinand tous ses droits de souveraineté sur le corps germanique , il partit de Zuitbourg, en Zélande, le 17 septembre, et, après onze jours d une heureuse navigation , il arriva à Larédo en Biscaye. Dès qu'il fut débarqué , il se prosterna sur le rivage, et baisa la terre , en s'écriant : « O mère commune des hommes, » je suis sorti nu du sein de ma mère, je rentrerai nu dans son sein ! » De Larédo il se rendit à Burgos, où Fingrat Philippe lui fit attendre plusieurs semaines la première moitié de sa modique pension. De Burgos il se dirigea vers Plaisance , en Estramadure. Il avait autrefois remarqué, non loin de cette ville, la belle situation du monastère de SaiM-Justy et avait même dit à quelques personnes de sa suite que Dioclétien aurait aimé cette retraite. Il la choisit pour son dernier séjour. Un petit bâtiment de six pièces , construit par. ses ordres, et conforme, par sa simplicité, à letat obscur qu'il voulait embrasser, reçut le successeur des Césars. Ce fut là qu'il vécut encore deux années , tantôt cultivant de ses propres mains .les plantes de son jardin , tantôt s'occupant d'ouvrages de mécanique, science pour laquelle il avait montré beaucoup de goût. Mais la plus grande partie de son temps était consacrée à des exercices de piété. Enfin, épuisé par les violens accès de la goutte qui le tourmentait, il ne songea plus qu'à mourir, et s'y prépara en célébrant lui-même la cérémonie anticipée de ses funérailles. Il se fit élever un tombeau dans la chapelle du monastère; ses domestiques et les moines s'y rendirent en procession , portant des cierges noirs ; il le» suivait , enveloppé d'un linceul. Un cercueil était prêt; on l'y étendit avec solennité , en chantant sur lui l'office des morts, n joignit sa voix, il mêla ses larmes à celles des assistans. Les prières finies , on jeta sur lé cercueil l'eau bénite accoutumée; la foule s'écoula, et l'on ferma les portes de la chapelle. Charles alors se souleva du fond de sa bière, et se retira dans son appartement, mais plein d'idées lugubres et funèbres.
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L'impres^on de cette triste cérémonie lui fut mortelle : la fièvre le saisit le lendemain , et il expira le ai s^tembre i558, âgé de cinquante-huit ans et demi.
Cependant le pape Paul IV navaît point renoncé à ses projets, n détermina Henri II à rompre la trêve de Vaucelles, et à faire passer une armée en Italie sous les ordres du duc de Guise. Ce général fut reçu dans Rome avec les plus grands honneurs ; mais il n y trouva aucun des préparatifs militaires que le pape avait annoncés. Ayant pénétré dans F Al^ruzze , il ne put , avec ses faibles ressources ^ exécuter aucune entreprise importante. Enfin ^ désespéré de navcnr rien fait qui fdt digne de sa réputation, il solhcita son rappel, que les revers de la France, du côté des Pays-Bas, rendirent bientôt nécessaire.
Marie , reine d'Angleterre, avait joint ses armes à celles de son époux; et l'an i557, d<>tize mille Anglab avaient grossi larmée espagnole de Flandre, commandée par le prince Emmanuel-Philibert de Savoie, gouverneur des Pays-Bas. Ce prince mit le siège devant Saint-Quentin. Le connétable de Montmorency s'avança pour délivrer la place. Quoiqu'il eût à peine dix-huit mille hommes contre des forces trois fois supérieures, il présenta 1§l bataille aux ennemis, près de Saint-Quentin j le lo août i557. U fit des prodiges de valeur* Mais obligé de céder au nombre, il fut fait prisonnier avec le maréchal de Saint- André, trois cents gentilshommes et près de quatre mille soldats. Plus de quatre mille morts restèrent sur le champ de bataille. Tous les drapeaux de l'infanterie, les munitions de guerre, l'artillerie, tombèrent entre les mains des vainqueurs , qui ne perdirent pas plus de quatre-vingts combattans. Le comte d'Egmont, qui commandait la cavalerie espagnole, eut la première part à cette éclatante victoire.
A la nouvelle de la déxoute de l'armée française, la terreur se répandit dans la capitale, et déjà les habitans fuyaient vers l'intérieur du royaume. La reine Catherine, en l'absence du roi , qui était resté à Compiègne pour former une nouvelle armée, convoqua une assemblée à l'hôtel-dc-ville, rassura
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l^s esprits ^ et sollicita les ressources du patriotisme. Paris fournit la solde de dix mille hommes. Les autres villes du royaume, suivant leurs moyens, imitèrent cette libéralité. La timidité ou la prudence de Philippe, qui, au heu de marcher sur. Paris, continua le siège de Saint -Quentin, acheva de dissiper les alarmes. On laissa le roi d'Espagne s'emparer de Saint-Quentin , de Ham , de Noyon et du Catelet. Ces sièges donnèrent le temps à Henri II de mettre sur pied des troupes nombreuses, et le duc de Guise fut rappelé pour les commander. Ce capitaine quitta avec joie Tltalie, où le pape Paul IV venait de se réconcilier avec Philippe II. Il reçut le titre de lieutenant-général du royaume; il justifia cette distinction par ses succès. Au milieu d'un rigoureux hiver, il investit tout à coup la ville d^ Calais y la seule place que les Anglais eussent conservée de tant de vastes territoires qu'ils avaient autrefois possédés en France. H s'en rendit maître après neuf jours de siège, et s'empara ensuite de la ville de Guines et du château de Ham ( iSSp). Cette brillante expédition , qui flattait l'amour-propre national, éleva le duc de Guise au-dessus de tous les généraux de son siècle dans l'opinion de ses compatriotes, et leur enthousiasme le proclama le héros, le libérateur de son pays. Il profita de son crédit pour faire conclure le mariage de sa niète Mariç^Stuart qui depuis dix ans était élevée en France , mais dont l'union avec le dauphin François avait été traversée jusque-là par les craintes jalouses de Catherine de Médids et de la duchesse de Valentinois. Au sortir de cette cérémonie , le lieutenantgénéral du royaume, devenu l'oncle de l'héritier du trône, courut s'emparer de Thionville, dont la garnison ravageait sans cesse le territoire de Metz. Mais les succès du duc de Guise furent balancés par un revers qu'éprouva en Flandre le maréchal de Thermes. Nouvellement élevé à ce grade éminent, et impatient de s'en montrer digne, àé Thermes sortit de Calais où il commandait, pénétra en Flandre, et empoiAa d'assaut Bergues et Dunkerque. Mais attaqué à l'improviste, près de GraifellneSy par le comte d'Egmont, il fut vaincu et fait prisonnier. Aussitôt^ abandonnant le Luxem-
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DBS TEMPS MODBRRES. 3^7
bourg, le duc de Guisç porta son camp sur la Somme, pour s'opposer aux progrès des vainqueurs. Les deux armées restèrent plusieurs jours en présence. On desirait la paix de part et d'autre : des conférences furent ouvertes dans l'abbaye de Cercamp entre les plénipotentiaires de la France, de l'Espagne, de l'Empire, de l'Angleterre et de la Savoie. On redemandait à Henri II toutes ses conquêtes et celles même de son père. Ces prétentions exorbitantes firent d'abord rompre les conférences : mais la mort de la reine Marie, qui exigeait la restitution de Calais, aplanit une des principales difficultés. Elisabeth, assez occupée dans ses états, n'insista point sur cet article. Les négociations furent reprises à Cateau-Cam^ brésiSj et la paix fût signée dans cette ville, le 3 avril iSSp, parles ministres français, anglais et espagnols. Par rapport à Calais, il fut convenu que le roi de France garderait cette place pendant huit ans; qu'il la rendrait après l'expiration de ce terme, ou qu'il paierait cinq cent mille couronnes. Toutefois, il devait être délié de tout engagement, si la paix était violée par l'Angleterre; clause qui fournit à la France, sous le règne de Charles IX, un prétexte pour conserver cette ville importante. Henri H et le roi d'Espagne se rendirent réciproquement toutes les places conquises de part et d'autre. Le duc de Savoie recouvra ses états, excepté Turin, Pignerol, Quiers, Chivas, Villeneuve-d'Ast, et le marquisat de Saluées (i). Henri renonça également à toutes ses conquêtes en Italie ; mais il resta en possession de Toul, de Metz et de Verdun ; qui furent faiblement réclamées par l'empereur.
Ce traité fut cimenté par des mariages. Elisabeth, fille du roi, précédemment' promise à don Carlos, fils de Philippe H, épousa ce monarque , devenu libre depuis quelques mois par la mort de Marie d'Angleterre; et Marguerite, sœur deHenri , donna sa main au due de Savoie. On célébra à cette occasion
(i) Les places retenues à Philibert-Emmanuel lui furent rendues, partie en i56a, par Charles IX, partie en 1574$ par Henri lit. Son fils, Charles-Emmanuel, recouvra le marquisat de Saluées pendant les troubles de la Ligue.
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des fêtes brillantes, où le roi voulut figurer lui-même dans les tournois. En joutant contre le comte de Montgommery, il fut blesse au front d*un éclat de lance^ et mourut onze jours après, le 10 juillet iSSp, à l'âge de quarante-un ans.
Sa mort hâta sans doute pour la France une des plus malheureuses époques de son histoire. Elle respirait à peine de la guerre étrangère^ et déjà, sous des princes faibles, gouvernés par une femme ambitieuse et perfide, elle allait se précipiter dans les guerres civiles.
(Pour ce qui regarde le protestantisme sous Henri II, voyez \ Introduction aucc guerres civiles et religieuses de France , deuxième volume de cet abrégé. )