CHAPITRE ÎI
DES LETTRES ET DES ARTS EIT ITALIE, DEPUIS LE MILIEU DU QUINZIÈME SIECLE JUSQUE VERS LA FIN DU SEIZIÈME.
Dans les quinzième et seizième siècles, l'Italie, malgré les guerres qui la désolèrent, fut, sans contredit, la contrée de l'Europe où les lettres et les arts fleurirent avec plus d'éclat. Elle avait recueilli presque tous les avantages des croisades , dont elle avait servi les armes par ses expéditions maritimes^ Elle avait conduit en Orient les héros de l'Occident, et ramené en Occident les savans de l'Orient. L'héritage de l'empire des Grecs fructifia sous le beau ciel de l'Ausonie; et de toutes les nations de l'Europe , la nation italienne se trouva le mieux disposée à recevoir et à suivre l'impulsion morale qiue donnèrent aux esprits les grands événemens de la fin du quinzième siècle.
Déjà dans le siècle précédent, trois hommes de génie, Le Dantç, Boccace et Pétrarque, avaient jeté les fondemens de la littérature italienne. Ils léguèrent au siècle suivant leurs chefs-d'œuvre et leur exemple , une langue créée par eux et
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fixée , et leur admiration pour les ouvrages des anciens , source de toute bonne littérature. Avant eux, lantiquïté avait 9 en quelque sorte , disparu tout entière de la mémoire des hommes. Les bibliothèques des écoles et des monastères, celles que plusieurs provinces avaient commencé de forjner , ne contenaient, pour la plupart , que quelques livres de théologie, de droit, de médecine, d'astrologie et de philosophie scolastiqûe. Le Dante, Boccace, et surtout Pétrarque , ramenèrent leurs contemporains à la connaissance et à letude des anciens. Ils rendirent à la lumière leurs productions ensevelies dans la poussière des cloîtres, ou reléguées dans les régions lointaines. Ils excitèrent une noble émulation de savoir , un zèle généreux d'apprendre et de connaître, qui se transmit aux générations suivantes; et ritalie était généralement dominée par le goût des sciences et des arts, lorsque la découverte de Fimprimerie vint le rendre plus vif et plus universel encore.
Cette invention , dont les effets sont incalculables , et dont l'influence est telle, que Ton peut dire quelle a changé les destinées du genre humain , parut précisément dans le temps le plus favorable à sa propagation et à son succès, au moment où les livres étaient recherchés et lus avec une ardeur qui tenait de l'enthousiasme. Mayence, Harlem et Strasbourg se sont long-temps disputé l'honneur de lui avoir donné naissance. Il paraît aujourd'hui certain que l'invention de l'imprimerie en caractères mobiles appartient à l'Allemagne, et que Jean Guttemberg, de Mayence, en fut l'auteur. Il est également reconnu qu'elle passa d'Allemagne en Italie^ avant de se répandre ailleurs (i).
(i) Le savant imprimeur Aide Manuce est un des hommes qui contribuèrent le plus à la propagation des lumières en Italie. II établit à Venise , vers i495 , une imprimerie , et y fonda une académie , où il attira plusieurs littérateurs célèbres. Il s'attacha à donner , avec leur secours , aux livres qui sortirent de ses presses , une correction inconnue jusque-là. Il existe- à peine un seul auteur, soit grec, soit latin, dont il n'ait publié une édition.
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38o ABREGE DE LHISTOIRE GENERALE
Cette époque fut , pour ainsi dire , en Italie , Tàge d'or des poètes , des artistes et des savans. Les républiques qui existaient encore, les princes qui s'étaient élevés et agrandis sur des républiques éphémères , rivalisaient de magnificence dan% les édifices, de luxe dans l'appareil et le cortège du pouvoir, de zèle à encourager tout ce qui pouvait accroître, la prospérité des états, et par conséquent les lettres, les sciences et les arts, dont la culture était déjà reconnue pour un des plus nobles et des plus puissans moyens de prospérité. Jamais tant de souverains ne montrèrent une émulation plus constante et plus généreuse dans la protection qu'ils accordaient aux talens. Ils se disputaient un savant illustre conune une conquête glorieuse; ils le fixaient à leur cour par des titres et des honneurs ; ils s'en paraient aux yeux des étrangers, et, comme pour le faire voir à tout l'univers, ils lui donnaient des ambassades et des commandemens. Dans l'Italie méridionale, Naples^ sous les rois aragonais^ se livrait avec passion à des travaux studieux. Alfonse P*^ avait fondé dans cette ville une académie qui fiit illustrée dès son origine par Pontanus, par le poète Gariteo, et sui^ tout par Sannazar , dont les poésies latines sont comparables à tout ce que les modernes ont produit de meilleur en ce genre, et qui, dans son Arcadie^ peignit les mœurs pastorales avec plus de simplicité qu'aucun de ses compatriotes , et sous des couleurs vives et riantes que le ciel de Naples devait lui inspirer. L'académie napolitaine comptait parmi ses membres des seigneurs distingués , entre autres, les ducs d'Atri et de Nardi. Alfonse P*", surnommé par les Espagnols le sage et le magnanime^ et digne au moins de ces titres par le bien qu'il fit aux sciences et aux lettres, ne se contentait pas de les encoui'ager^par sa munificence : il les aimait, il les cultivait, il s'environnait de savans, il se faisait lire chaque jour quelque ancien auteur. Dans les guerres même, il n'interrompit point ses études ordinaires, et lorsqu'à la prise de quelque ville ses soldats avaient trouvé des livres, Us s'empressaient de les lui porter, comme, ce qu'il y avait de plus précieux dans le butin.
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Les princes de la maison d'Esté, souverains de Ferrare, se rendirent célèbres de bonne heure par leur amour pour les lettres, et par laccueil qu'ils faisaient aux littérateurs et aux sayans. Le marquis Nicolas III appela dans l'université de Ferrare des professeurs habiles qu'il y fixa par ses bîen« faits. Son fils Lionel, qui lui succéda en i44i 9 n oubUa rien pour donner à cette université un lustre égal à celui des écoles les plus fameuses de l'Italie. Ce prince fut un des hommes les plus remarquables de son siècle par les qualités de l'esprit, et l'on a conservé de lui quelques poésies écrites d'un style pur et élégant. Hercule d'Esté augmenta la bibUothèque fondée par sa maison, et le premier de tous les souverains de l'Italie donna à sa cour des spectacles magnifiques, où Ton représentait des dbnfiédies grecques ou latines, traduites en langue vulgaire , avec toute la pompe et tout l'appareil des théâtres anciens. La poésie, et surtout la poésie épique et chevaleresque , ne fat nulle part cultivée avec plus d'éclat qu'à la cour de Ferrare. Le nom du Boyardo n'est point encore oubhé; ceux de l'Arioste et du Tasse sont immortels, comme les chefs-d'œuvre de ces grands poètes.
Les Montefeltro à Urbin, les Gonzague à Mantoue, les Yisconti, et, après eux, les Sforce à Milan, les BentivogUo à Bologne, protégèrent aussi les lettres. Les comtes de la Mirandole ne le cédèrent ni en amour pour les lettres aux plus grands princes, ni aux savans les plus illustres en célébrité Uttéraire. Les œuvres du comte Jean Pic embrassent presque tous les genres de composition, et il est un des premiers qui se soient^ élevés contre l'astrologie judiciaire , science qui, malgré son absurdité, avait des chaires spéciales et des professeurs particuUers dans les universités de Bologne et de Padoue, leâ deux plus fameuses de l'ItaUe, et qui donnaient le ton à toutes les autres.
Il ne serait pas étonnant qu'au milieu des troubles de deux schismes, les papes n'eussent pu donner aucune attention aux progrès des sciences; quelques-uns d'eux cependant s'en occupèrent comme au milieu de la plus tranquille paix , et se montrèrent les ardens protecteurs , les rémunéra*
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leurs magnifiques des gens de lettres. Déjà, vers la fin du quatorzième siècle, Innocent VI, Urbain V et Grégoire XI avaient eu successivement pour secrétaire apostolique le savant Coluccio Sajutato (i). Poggio Bracciolini, Léonardo d'Arezzo, et d autres^ encore de ce mérite et de cette réputation , possédèrent le même emploi auprès d'Innocent VIL Ce pontife, au plus fort de ses querelles avec Fanti-pape Pierre de Luna , conçut ridée de faire revivre plus brillante que jamais l'université de Rome qui s*était comme éclipsée depuis longtemps; mais la mort l'interrompit dans ce dessein. Les sciences pouvaient attendre beaucoup d'Alexandre V; il leur devait son élévation : il n'eut pas le tempà de leur prouver sa reconnaissance , il ne régna qu'un an. Eugène IV, quoique fort occupé des troubles de l'Eglise, aima les sciences, apjfela auprès de lui les hommes les plus distingués par leur érudition, les attacha à sa personne par des emplois, et réalisa l'entreprise inutilement tentée par Innocent VII, de rétablir l'université romaine. Mais aucun pape, dans le quinzième siècle, ne fit autant pour les savans que Nicolas V. Fils d'un pauvre médecin de Sarzane, son application à l'étude et sa réputation littéraire relevèrent aux plus hautes dignités , qui enfin le conduisirent au pontificat. Devenu pape^ il attira à sa cour un nombre prodigieux de copistes et de traducteurs du grec et du latin; il envoya des savans rechercher des ma* nuscrits, et les acheter pour son compte dans les diverses parties de l'Italie, en Allemagne, en Angleterre, en Grèce et dans le Levant. Une foule d'auteurs grecs, Hérodote, Thucydide, Xénophon, Polybe, Diodore dé Sicile, l'Iliade d'Homère , la Géographie de Strabon , Appien d'Alexandrie, Philon le Juif, fiirent traduits en latin pour la première fois. Plusieurs des ouvrages de Platon, d'Aristote et de Théo-
(i) Coluccio partagea, dans le quinzième siècle, avec Pétrarque les honnetirs du couronnement poétique. Il ne jouit pas , il est vrai , de cet honneur. Il mourut en i4o6 , avant le jour fixé pour la cérémonie ; et cette couronne glorieuse fut placée sur son tombeau , comme elle le fut plus tard sur celui du Tasse.
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phraste furent ajoutés à ceux que Von possédait déjà. Les Pères ^ et les Théologiens des premiers siècles de TÉglise furent l'objet d un travail semblable. On traduisit du grec en latin Eusèbe de Céôarée, Denis l'Aréopagite, Basile » Grégoire de Nazianze, Jean Chrysostome, etc. Les langues orientales furent en même temps étudiées avec ardeur, et Ton. entreprit , d après le texte hébreu , une traduction des Uvres saints que la mort du pontife fit abandonner. La fondation de la bibliothèque du Vatican , où il rassembla jusqu'à cinq mille volumes, nombre étonnant pour ce temps- là, suffirait seule pour faire regarder Nicolas V comme un véritable père des lettres. Ce qui est encore plus glorieux, c'est qu'il fût celui des malheureux. Ses profusions envers les savans n'épuisaient point sa munificence; et les pauvres par^ tageaient avec eux les immenses largesses de Ce généreux pontife. Depuis Nicolas V jusqu'à Léon X, les lettres ne trouvèrent à Rome de zélé protecteur que le pape Pie IL Ce temps fut celui de Florence.
Vers la fin du quatorzième siècle, Jean de Médicis avait acquis des richesses prodigieuses par son application au commerce, et gagné par $on affabilité, sa modération et sa libéralité , la confiance et l'estime de ses concitoyens. Il fut élevé successivement à toutes les charges de la république de Florence , sans les avoir jamais demandées. Après lui , Cosme, son fils aîné, soutint et agrandit le crédit de sa famille. Nous avons parlé ailleurs {première période, page i6o) des orages qui s'élevèrent contre lui , de son exil , de son rappel , de l'accroissement de puissance qui en fut la suite, et qui lui donna pour toute sa vie une espèce de magistrature supi^éme sans titre, et une autorité presque sans bornes sur ses concitoyens. Ici, nous ne devons considérer en lui que le protecteur des sciences, des lettres et des beaux-arts : il les encouragea même dans son exil. Il anploya le célèbre architecte Michellozo Michelk>zi, qui lavait accompagné, à lever des plans des plus beaux édifices de Venise j et il fit bâtir et orner à ses frais, par le même artiste, dans le monastère de Saint-Georges, une biblio-
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thèque quil enrichit de manuscrits précieux, voulant laisser aux Vénitiens un monument de sa reconnaissance pour l'accueil hospitalier qu'il avafc, trouvé chez eux dans sa disgrâce. De retour dans sa patrie , raffermissement de son crédit, et la tranquillité dont jouissait la république, lui permirent de se livrer tout entier à ses nobles penchans. La découverte et l'acquisition des anciens manuscrits furent en lui une sorte de passion. Ses richesses et l'étendue de ses relations commerciales lui faciUtèrent les moyens de la satisfaire. Il rassembla un gr^d nombre d'ouvrages inestimables dans les langues grecque, hébraïque^ chaldéenne, arabe, syriaque et indienne. Il en composa cette fameuse bibliothèque qui, considérablement accrue par ses descendans, et surtout par Laurent, son petit-fils, obtint dans l'Europe savante une si grande réputation sous le nom de bibliothèque Mediceo-Laurentienne.
Un autre citoyen de Florence, Niccolo Niccoli, faisait alors le même usage de sa fortune. Il parvint à réunir jusqu'à huit cents volumes grecs, latins ou orientaux, collection remarquable pour le temps; et, par ses dernières volontés, il les destina à former une bibliothèque publique sous la surveillance de seize curateurs. GoMne de Médicis était du nombre. Niccolo ayant laissé beaucoup de dettes, Cosme se chargea de les payer, à condition qu'il disposerait seul des livres. Il les fit placer, pour l'usage de ses concitoyens, dans le monastère des Domicains de Saint-Marc, qu'il venait de faire bâtir avec la plus grande magnificence.
Parmi les savans qui se dévouèrent, sous les auspices de Cosme, à la recherche des manuscrits, on distingue Poggio Bracciolini, Guarino de Vérone, et Jean Aurispa. Poggio découvrit dans des monastère^ de France ou d'Allemagne les œuvres complètes de Quintilien et de Plante, dont on n'avait qu'une partie, les trois premiers livres de Valérius- Flaccus, plusieurs oraisons de Cicéron, l'ouvrage de Collumelle, le poème de Lucrèce , ceux de Stace et de Silius-Italicus. D'Allemagne il passa en Angleterre, et c'est de là qu'il envoya en Italie les Bucoliques de Calphurnius , et une par*
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tie des ouTrages de Pétrone. Guarino et Jean Aurlspa se dirigèrent d'un autre côté. Ils visitèrent Constantinople et d'antres villes de l'Orient, et leur persévérance fut récompensée par l'acquisition d'un grand nombre d'ouvrages précieux. Guarino fit haufrage à son retour, et eut la douleur de perdre tous les trésors littéraires qu'il rapportait en Italie. Âurispa fut plus heureux; il arriva à Venise avec deux cent trente-huit manuscrits, parmi lesquels se trouvaient tous les ouvrages de Platon, de Proclus, de Plotin, de Lucien et de Xénophon; les histoires d'Arrien, de Dion et de Diodore de Sicile; la Géographie de Strabon, les poèmes de Callimaque, de Pindare, d'Appien, et ceux qu'on attribue à Orphée.
L'empire d'Orient ayant été détruit par les Turcs en i4S3, l'encouragement qu'avaient déjà reçu à Florence les professeurs de langue grecque, et le zèle connu de Cosme de Médicis pour le progrès et la gloire des lettres, déterminèrent plusieurs savans fugitifs de Constantinople à venir chercher un asyle dans la patrie de Médicis : ils y trouvèrent une généreuse et honorable hospitalité. Les plus célèbres d'entre eux étaient Démétrius Chalcondyle , Jean Argyropyle, Andronicus Calistus, Constantin et Jean Lascaris. Ils étaient tous partisans de la philosophie platonicienne que Marsile Ficin, chanoine de Florence, honoré des bontés de Cosme, avait ressusdtée en Italie, en traduisant les œuvres de Platon. Le platonisme renaissant acquit de nouvelles forces par l'arrivée de ces doctes étrangers, et leurs travaux le mirent en état de disputer ouvertement l'empire à la philosophie d'Aristote.
Cosme, simple et sans faste dans sa vie privée^ fit éclater sa magnificence dans la construction des nombreux édifices publics dont il embellit Florence. Il y employa principalement les taiens de Michellozo Michellozi et de Philippe Brunelleschi, deux habiles architectes, dont le second fit «une révolution dans son art, ou plutôt le ramena aux principes du vrai beau, en substituant aux constructions gotliiques les ordres de l'ancienne architecture grecquè.Il suffit de dire,
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pour la gloire de Brunelleschi , qu il éleva le magnifique dôme de la cathédrale de Florence. Dans le même temps, Ghiberti coulait en bronze les portes de 1 église de Saint- Jean, qui, suivant l'expression de Michel- Ange, étaient dignes detre les portes du paradis; le ciseau de Donatello donnait au marbre une noblesse de formes à laquelle la sculpture n'était plus accoutumée depuis l'antiquité,* et, sous les pinceaux de Masaccio et de Philippo Lippi, la toile prit une vivacité d'expression qu'on ne trouvait point dans les essais de Guido de Sienna, de Cimabue et de Giotto.
Cosme mourut en i464« La reconnaissance de ses concitoyens lui décerna le titre de Père de la patrie j qui fiit gravé sur son tombeau. Pierre, son fils, hérita de son affection pour les savans; mais son état habituel d'infirmité et la courte durée de son administration ne lui permirent pas d'égaler la gloire de son père. Elle devait être surpassée par Laurent-le-Magnifique , petit-fils de ce grand homme. Les plus heureux momens de Laurent de Médicis étaient ceux qu'il passait dans la société des savans illustres qui se rassemblaient dans son palais de Florence, ou qui le suivaient à ses maisons de plaisance de Fiesole, de Careggi et de Caffagiolo. Un des premiers témoignages de son zèle pour les sciences, fut le rétablissement de l'académie de Pise (1472), qui, après avoir joui pendant plus de deux siècles dune célébrité méritée, était presque tombée dans l'oubli. Élevé dans les principes de la philosophie platonicienne, Laurent forma le projet de renouveler avec solennité la fête annuelle qui avait été célébrée en l'honneur dé la mémoire de Platon, après la mort de ce grand philosophe, jusqu'au temps de ses disciples Plôtin et Porphyre, et qui depuis avait été interrompue pendant l'espace de douze cents ans. Cette institution , qui subsista plusieurs années , soutint le crédit de la philosophie de Platon, et lui donna même un tel éclat, que ceux qui la professaient furent considérés comme les hommes les plus respectables et les plus éclairés de leur siècle. A Pise, les études se bornaient presque uniquement
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à la langue latine; à Florence, le grec, par les* soins de Laurent, devint Votjet d'un enseignement public : il y fut professé par des Grecs de naissance ou par de savans Italiens qui rivalisaient de talent avec eux. De cet établissement, comme du clieçal de Troie y pour employer la comparaison classique de ces docteurs, sortirent tant de fameux athlètes qui répandirent la connaissance de la langue grecque, nonseulement dans toute l'Italie , mais encore en France, en Espagne, en Allemagne et en Angleterre. Le premier professeur qui enseigna dans cette Académie, fut le célèbre Jean Argyropyle , qui eut de dignes successeurs dans Théodore de Gaza, Démélrius Ghalcondyle, Ange Politien, etc.
Les sciences et les arts ne firent pas moins de progrès dans ce temps-là que les belles-lettres. Paul Toscanelli, pour déterminer les solstices, éleva son gnomon queVon regarde avec raison comme le plus admirable instrument astronomique qui existe dans le monde. Ce même savant corrigea les tables Alfonsines et celles des Arabes, fit des observations curieuses sur le mouvement du soleil , de la lune et des étoiles, et approuva les projets de Ghristophe Colomb , que ce navigateur lui avait communiqués. LorenzO de Volpaja construisit pour Laurent de Médicis une horloge , ou plutôt une machine d un mécanisme extrêmement ingénieux , qui marquait non-seulement llieure du jour , mais aussi les mouvemens du soleil et des planètes , les éclipses , les signes du zodiaque , et toutes les révolutions célestes. Francesco Berlinghieri fit une tentative estimable pour faciliter l'étude de la géographie , en l'unissant à la poésie. 11 parut plusieurs traités de métaphysique, dont quelques-uns furent dédiés par leurs auteurs à Laurent de Médicis, Les plus habiles professeurs de médecine de cette époque reconnaissent que cette science dut à ses soins les progrès qu'elle fit alors , et qu'il ne négligea rien pour en hâter le perfectionnement, et pour la débarrasser des préjugés absurdes auxquels elle était en proie. Dans la théorie et dans la pratique de la musique , Antonio Squarcialapis surpassa tous ses prédécesseurs , et l'on dit que Laurent écrivit un poème à sa louange.
La munificence de Gosme de Médicis y secondant le zèle et rhabileté de Donatello, avait donné naissance à une riche collection d*antiques, que Pierre transmit , avec des additions considérables, à Laurent son fils^ et qui est connue aujourd'hui sous le nom de Muséum Florentinum. Laurent consacra des somhies immenses à Tenrichir encore des morceaux les plus rares et les plus précieux, et s'en servit pour inspirer le goût des arts à ses concitoyens. Il établit dans ses jardins adjacens au monastère dé Saint-Marc , une école ou académie pour l'étude de l'antique ; il y fit placer des statues , des bustes et d'autres ouvrages anciens, et fonda des prix pour les jeunes artistes qui se distingueraient par leurs travaux. C'est principalement à cette institution qu'il faut attribuer le progrès rapide et surprenant qui se fit dans les arts vers la fin du quinzième siècle, et qui , de Florence, s'étendit successivement dans tout le reste de l'Europe. L'académie des jardins de Laurent fut le berceau de la plupart des hommes de génie de cette époque; mais quand cet établissement n'aurait produit que Michel-Ânge Buonarotti, il aurait assez rempli le& vues de son fondateur. Ce fut là que ce grand homme , à la fois peintre , sculpteur et architecte, reçut les principes de ces arts , dont il multiplia depuis les beautés par ses immortels ouvrages.
Une foule d'édifices publics et particuliers, dont Laurent embelUt Florence, attestent son goût pour l'architecture» Enfin , il fit revivre l'art de graver les pierres précieuses, et celui delà peinture en mosaïque, abandonné durant le moyenâge, et que quelques peintres modernes avaient vainement essayé de retrouver.
Après lui, la gloire littéraire de Florence fut un moment obscurcie. Lorsque son fils Pierre fut chassé par les Florentins, une populace furieuse pilla le palais et la bibUothèque des Médicis; et tout ce que les richesses et l'assiduité de Laurent et de ses ancêtres avaient accumulé dans l'espace d'un * demi-siècle, fut détruit ou dissipé en un seul jour. Mais après leur rétablissement en 1 5 1 2 , les Médicis réparèrent une partie de ces désastres, et, Tannée suivante, leur famille reçut
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