‹ Abrégé de l'histoire générale des temps modernes, depuis la prise de Constantinople par les Tures (1453), jusqu'à la mort de Louis XIV (1715);Chapitre 14 sur 22 · WM · texte numérisé non relu

WM

DES TEMPS MODEREES. 389

un nouveau lustre de 1 élévation de Jean de Mëdicis au pontificat, sous le nom de Léon X.

La littérature était tombée en décadence à Rome depufs le temps de Pie II , et surtout sous les règnes d'Alexandre Vl et de Jules IL Jean de Médicis , avant d'être pape, résidant , en qualité de cardinal , dans la capitale du monde chrétien , commença à y ranimer le goût des lettres et des arts. Dès-lors, tout ce qu'il y avait de peintres , de sculpteurs, d'architectes habiles, ambitionnait son suffrage. Les savans, les littérateurs , les poètes se réunissaient autour de lui : il leur ouvrait son palais, sa bibUothèque. Parvenu au trône pontifical, il voulut que ses lettres et ses brefs ne fussent plus écrits en latin de chancellerie , mais en latin de Cicéron, et il prit pour secrétaires Sadolet et Bembo , les deux hommes de cette époque qui écrivaient la langue latine avec le plus de pureté et d'élégance.

De tous les établissemens qui avaient été fondés à Ronte pour renseignement des sciences , il ne restait plus que le gymnase , ou l'université de Rome, instituée par Eugène IV. Elle avait sensiblement dégénéré pendant les derniers règnes. Elle fut un des premiers objets de la solUcitude de Léon X. Pour la peupler, il rétabht les privilèges dont avaient joui les étudians ; et, pour qu elle embrassât tous les genres de connaissances, il porta à près de cent le nombre des professeurs, qui [tous recevaient de lui des émolumens considérables. Il favorisa spécialement Tétude de la langue de Démosthènes. Un de ces Grecs qui, après la ruine de leur patrie, avaient transporté en Europe les trésors de leur langue et de leur savoir, Jean Lascaris , vivait encore. Il avait été un des protégés de Laurent de Médicis, qui l'avait envoyé en Orient pour y recueillir d'anciens manuscrits. Après la mort de Laurent, il avait suivi Charles VIII en France , où il compta Budée parmi ses disciples. Depuis, il était venu résider à Venise. Léon XVappela à Rome, et lui confia la direction de l'académie qu'il fonda pour l'étude de la littérature grecque , ainsi que la surveillance d'une imprimerie uniquement destinée à reproduire les chefs-d'œuvre de cette titténiiture. IiéoH

SpO ABIUBGB DB LHISTOiaS GBHBIULLE

accrut la bibliothèque du Vatican , fondée par Nicolas Y. U racheta les débris dispersés de celle que ses ancêtres avaient formée avec tant de soins à Florence, et la fit transporter à Rome , d où elle retourna à Florence , sous le pontificat de Clément VIL Léon X, ainsi que Gosme I**^ et Laurent, encouragea la recherche des manuscrits asiatiques ; et l'enseignement public du chaldéen, de lliébreu, du syriaque, suivit celui du grec et du latin.

Tout ce que lltalie possédait de littérateurs, de poètes, d'orateurs distingués, d'écrivains élégans et instruits, habitait la cour de Léon. La , brillèrent à la fois les poètes Tebaldeo, Bernard Accolti, surnommé Y Unique y et dont le paperécompensa les talens par le duché de Népi; Tinimitable Arioste, Bemi et Mauro, créateurs de la satire italienne, etc. Là, Thomœus, Pomponace , Pic de La Mirandole , commentaient la philosophie des anciens; là, Pontanus, CéUo Calcagnini, Mathiole, étudiaient les sciences naturelles ; là, le comte Balthazar CastigUoni et Mathœo Bosso, publiaient des traités de morale; là, Philippe de NerU, Jacques Nardi, Machiavel , Guichardin, Paul Jove, écrivaient l'histoire de leur pays.

Les arts ne trouvèrent pas auprès de Léon X moins de faveur que les lettres : il aimait passionnément et cultivait luimême la musique; mais ses libéraUtés, l'on peut même dire ses profusions, encouragèrent de préférence la peinture, la sculpture et l'architecture. U poursuivit avec une ardeur et avec des dépenses incalculables les travaux de la basilique de Saint'Pierre, commencée par son prédécesseur, et dont le plan avait été tracé par Le Bramante, que la mort empêcha de l'exécuter. Il aecueiUit favorablement Michel-Ange, etl'engagea à construire à Florence l'église de Saint-Laurent. Il employa les talens d'André del Sarto et de Léonard de A^ci. Sous lui, Raphaël peignit les fresques du Vatican, dont Marc- Antonio Raimondi publia les magnifiques dessins au moyen de la gravure sur cuivre , art inventé vers i46o par Thomaso Finiguerra, orfèvre florentin, et qui, dès le temps de Raphaël, était parvenu à sa perfection.

Le règne d'Adrien VI frappa les lettres et les arts d'un effroi

Digiti

DBS TBMPS M09£R;VES. ^QX

passager. Ce pape, ne flamand , nourri dans sa jeunesse de subtilités thëologiques, étranger à l'Italie, qu'il n avait jamais vue, parut aux Romains un barbare après l'aimable Léon X ; mais son pontificat ne dura que peu de mois. Après lui , Clément Vn , parent de Léon , rassura les Muses alarmées , et leur annonça un nouveau protecteur. Dans les premières années de son règne, l'académie romaine reprit tout son éclat f mais le pillage de i $27 lui porta un coup funeste, en dispersa tous les membres; et cette catastrophe détruisit pour long-temps dans Rome tout ce que les pontifes y avaient établi de plus utile en faveur des lettres.

Tandis que la splendeur des lettres et des arts s'éclipsait dans Rome, eUe se ranimait dans Florence sous les Médicis, devenus princes de cette république , dont ils étaient autrefois les premiers citoyens. Le duc Cosme l^' et ses successeurs François et Ferdinand égalèrent en munificence Laurent-le-Magnifique et le grand Cosme, et, pendant près de quatre-vingts ans , firent de Florence une nouvelle Athènes.

Dans les autres étants de l'Italie, les lettres éprouvèrent de grandes vicissitudes durant le cours du seizième siècle. Après l'expulsion de la dynastie d'Arragon, et l'extinctioti de la famille des Sforce, elles dégénérèrent dans le royaume de Napies et dans le duché de Milan , où la protection de quelques vice-rois espagnols les dédommagea faiblement de l'aversion ou de l'indifférence des autres. EUes continuèrent de fleurir à ^errare, sous le duc Hercule II , et encore plus sous Alphonse n , qui acccueillit Le Tasse à sa cour. Elles brillèrent à Mantoue du plus vif éclat sous le marqnis Frédéric. Les ducs d'Urhiti les protégèrent, et les ducs de Savoie eux-mêmes, maigrelet désa^res qu'ils éprouvèrent, ne restèrent poini étrangers à ce grand mouvement littéraire que les Médicis avaient donné à l'ItaKe, et qui se prolongea durant tout le seizième siècle.

Digiti

392 ABSAQi DB l'hISTOIRB Gli^ÉRÂLB

Page 1