‹ Abrégé de l'histoire générale des temps modernes, depuis la prise de Constantinople par les Tures (1453), jusqu'à la mort de Louis XIV (1715);Chapitre 15 sur 22 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DB Z^'aLLÊMâGRB et DU LUTRé&AIOSXE, DEPITIS x5z7 JUSQU'sif x5&4..

SECTION PREMIÈRE

Depuis rorigtne du lulbéranisme ju6qu*à Forîgine de la secte dès anabaptistes ( 1 5 1 7- 1 SaS ) .

c II y avait plusieurs siècles qu'on desirak la réformation » de la discipline ecclésiastique. Qui me donnera y disait » saint Bernard, que je "voie, avant que de mourir , V Eglise » de Dieu comme elle était dans les premiers jours P..,** Les i> désordres s'étaient encore augmentés depuis ce saint homme. 9> L*Eglisé romaine ^ la mère des Églises , qui , durant neuf » siècles entiers, en observant , la première, avec une exacti- » tude exemplaire, la discipline ecclésiastique, la mainte- » nait de toute sa force partout l'univers , n'était pas exempte » de mal; et, dès le temps du concile de Vienne, un grand » évêque , chargé par le pape de préparer les matières qui » devaient y être traitées , mit pour fondement de l'ouvrage » de cette sainte assemblée , qu'il y fallait réformer V Église » dans le chef et dans les membres^ Le grand schisme , arrivé » Hin peu après, mit plus que jamais cette parole à la bouche, » non-seulement des docteurs particuliers, d'un Grerson, » d'un Pierre d'Ailly , des autres grands hoiomes de ce temps- » là , mais encore des conciles , et tout 9n est plein dans le » concile de Pise et dans le concile de Constance. » (Bossuet, Variations.^ La réforme fut encore plus fortement réclamée, et malbemteusement éludée , au concile de Bàle. ]\Sgis cette réforme, qui était le vœu des peuples, des docteurs et des

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DBS TBIIPS MODBEHES. SpS

ëvéques, ne regardait que la discipline, et non pas la foi. Il s'agissait de corriger des abus , et non d'attaquer des dogmes; de réparer un antique et majestueux édifice , et non de le bouleverser dans ses fondemens. Pacifique et progressive, opérée parles pouvoirs légitimes, cette réforme eût resserré Tunion fraternelle de la chrétienté. Violente et précipitée , entreprise par des esprits chagrins et superbes, ennemis de Tautorité, signal de schisme, de révolte et de guerre, elle brisa l'unité du monde chrétien, et jeta parmi les hommes de nouvelles semences de discordes et de haines, que la tolérance religieuse^ devenue la loi commune des nations , n'a pas encore extirpées entièrement.

Jules II, dont les vues étaient aussi grandes que son caractère était ferme et altier, avait p6nsé que le temple le plus magnifique de l'univers devait être élevé dans la capitale de la chrétienté, et il avait commencé la fameuse basilique de Saint-Pierre. LéonX, qui lui succéda «n i5i3 , continua ce superbe (\uvrage. Vers le même temps , Sélim I*', ayant suIÇugué rÉgypte , menaçait d'attaquer l'Italie ; le pape publia contre lui une croisade. Mais le trésor pontifical était épuisé. Léon X eut recours à la vente des indulgences. L'Eglise catholique reconnaît que les bonnes œuvres des saints, au-delà de celles qui sont nécessaires pour leur salut, jointes aux mérites infinis de Jésus-Christ, peuvent être transportées sur les pécheurs repentans, et leur obtenir la rémission d'une partie des peines qu'ils ont méritées dans ce monde ou dans l'autre. Elle reconnaît en même temps que les dispensateurs de ces mérites surabondans , qui composent le trésor des indulgences, sont les pasteurs, et surtout les papes; mais elle leur défend expressément de trafiquer dtf ce moyen d'expiration. Malgré cette interdiction prononcée par les conciles de Latran, de Vienne, de Constance, et qui depuis fiit renouvelée par le concile de Trente, Léon X crut que, d'une part, l'exemple de quelques-uns de ses prédécesseurs, de l'autre, la grandeur de ses motifs, un temple à élever à Dieu , l'Italie à défendre contre les infidèles , l'autoris%iénl suffisamment à la vente des indulgences. Albert,

électeur de Mayence , fut chargé de les pubHer en Allemagne (i); et on lui assigna une partie des sommes quelles

(i) Au temps où commença la réformation, les principales maisons électorales et souveraines d'Allemagne étaient :

1°. La maison de Saxe, partagée en deux branches. L'aînée, branche électorale ou Emestine , sous Télecteur Frédéric-le-Sage (mort en iSaS), possédait le cercle de Saxe, presque tout le landgraviat de Thuringe et quelques autres domaines. La cadette , branche ducale ou Albertine, sous le duc Georges, possédait le land^rayiat de Misnie et une petite partie de la Thuringe ;

2°. La maison de Brandebourg. La branche électorale , sous Télecteur Joachim I^^ (mort en i535), possédait la Marche de Brandebourg et quelques autres principautés. La branche margraviale , en Franconie, se partageait en branches de Gulmbach et d'Anspach ;

5^. La maison Palatine ( ou branche aînée de Wittelsbach) se partageait en branche électorale, qui^ sous Louis Y (mort en i544) « possédait le cercle du Rhin; et en branche de Simmem, qui se partageait elle-même en branches de Simmem et de Deux-Ponts ;

4**. La maison de Bavière ( ou branche cadette de Wittelsbach^ ;

5^. La maison de Brunswick , qui comprenait la branche de Lunebourg et celle de Brunswick-Wolfenbultel. La première , sous le duc Ernest (mort en i546) , possédait les états de Lunebourg et de Zell. La seconde^ sous le duc Henri-le-Jeune , possédait Wolfenbuttel ;

6<>. La maison de Hesse. Sous le landgrave Philippe (mort en i567), elle n'était point partagée , et formait alors une des plus puissantes maisons de l'Allemagne ;

7®. La maison de Mecklembourg , sous Henri-le-Pacîfique (mort en i552), n'était point non plus partagée;

80. La maison de Wurtemberg. Élevée en i495 au rang de maison ducale > elle ne subit point de partage ; mais le duc Ulric, prince in^ quiet et turbulent , fut chassé de ses états en ^5 19 par la ligue de Souabe. Il y rentra en i554 par le traité de G^dan;

90. La maison de Bade. Sous le margrave Ghristophe, elle n'était point partagée ; elle le fut en 1527 en branche de Bade et branche de Diirlach.

Au nombre des maisons les plus considérables , on en comptait deux aujourd'hui éteintes t 1» la maison ducale de Poméranie, qui, sous le duc Bogblas , n'était point encore partagée , et qui le fut en i523 en branches de Wolgast et de Steltin; 2« la maison de Glêves, à laquelle , depuis l'an i5i6, et sous Jean III (mort en i55g ) , appartenaient Juliers, Berg et Ravensberg.

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DES TEMPS MODERIÏES. 395

produiraient. Il les fit prêcher en Saxe par Jean Tetzel , dominicain^ qui s associa dans cet emploi des religieux de son ordre. Leurs prédications eurent d'abord le plus grand succèsi Mais quelques-uns de ces moines, par rirrégularité de leur conduite; compromirent le souverain pontife , les indulgences et l'Église même: ils dissipaient en plaisirs scandaleux l'argent quils recevaient de la pieté des fidèles. Les Augustins avaient eu plusieurs fois le privilège de publier les indulgepces. Us voyaient avec regret leurs honneurs transférés à un ordre rival. Les murmures excités par les excès des Dominicains leur fournirent un prétexte, dont leur jalousie avait besoin. Jean Staupitz, leur vicaire- général en Allemagne ; se récria, non pas sur les. indulgences, non pas même sur la vente qu'on en faisait, mais sur la manière dont elle se faisait. L'électeur de Saxe ^ Frédéric-le- Sage, lui avait confié la direction de l'université naissante de Wittemberg, et Staupitz l'avait remplie d' Augustins. Parmi les moines de cet ordre et les professeurs de cette université, on distinguait dès-lors Martin Luther. Staupitz le chargea d'écrire contre les Dominicains. Personne n'était plus propre que Luther à soutenir cette lutte ; « car il eut de la force » dans le génie, de la véhémence dans ses discours, une » éloquence vive et impétueuse qui entraînait les peuples et » les i^vissait, i^ne hardiesse extraordinaire, quand il se vît » soutenu et applaudi, avec un air d'autorité qui imposait » à ses auditeurs. » (Bossuet. ) Le jour de la Toussaint (i5i7),illutà l'offîce du soir quatre-vingt-quinze propositions concernant les indulgenees , et les afiBcha ensuite à la porte de la grande égUse de Wittemberg. Ce fut là le premier acte d'bostiUté. 11 proposait toutefois ses opinions sous la forme du doute , et protestait d'ailleurs de sa soumission à l'autorité du saint-siége ; car il ne faut pas croire qu'il eût dès lors un dessein arrêté de renverser l'Église romaine. Luther fiit toujours entraîné par les conjonctures. Il entra dans la carrière sans but déterminé : une querelle monastique lui mit la plume à la main ,* l'orgueil et les circonstances firent le restai

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396 ÀBlticiî DE L*HlSTOiaB GliN^RÀLE

La lutte était engagée ; Luther vit bientôt s'élever contre lui de zélés adversaires : Tetzel lui répondit par cent dix contre-propositions, qu'il afficha à Francfort-sur-FOder. En même temps il fit brûler les écrits du théologien de Wittemberg, dont les partisans lui rendirent aussitôt la pareille; ils rassemblèrent et livrèrent au feu huit cents exemplaires des contre-propositions. Des théologiens cathoUques écrivirent contre Luther. Il se hâta de répliquer , et déjà, donnant Tessor à la véhémence de son caractère , il déclara durement dans sa réponse que les écrits de ces docteurs étaient dictés par l'esprit malin , et que si le pape et les cardinaux soutenaient leurs principes, Rome était le séjour de l'antechrist. Tel fut son progrès^ à mesure qu'il s'échaujfcdt contre VÉgUse^ et qu'il s'enfonçait dans le schisme. La dispute devenait chaque jour plus vive : les Dominicains en appelèrent au saint-siége. Léon X pouvait mettre fin au démêlé, en imposant silence aux deux partis , et en rappelant Tetzel; ou, s'il voulait condamner et punir Luther , il fallait prononcer et faire exécuter l'arrêt sur-le-champ. Mais le pontife, distrait par d'autres soins , et plein de mépris pour le moine allemand, laissa d'abord la querelle suivre son cours. Il est fsicile d'expUquer cette indifférenèe: Léon X jouissait personnellement de la plus haute estime dans toute l'Europe. Des hommes d'un mérite éminent l'environnaient au dedans, et le représentaient au dehors. Les souverains de la chrétienté lui donnaient à l'envi des marques de déférence et de respect. Luther lui-même lui avait écrit dans les termes les plus soumis. Il n'est pas étonnant qu'avec tant de moti& de sécurité il ne se soit point inquiété des démarches d'un religieux obscur, confiné au fond de l'Allemagne, soutenant, dans un style barbare, une dispute scolastique, et qu'il n'en ait pas pressenti les conséquences que Luther ne prévoyait pas lui-même.

Cependant les écrits se multipliaient, les idées circulaient , les têtes s'échauffaient, et Luther gagnait des partisans. Les progrès de ses opinions en Allemagne, et surtout en Saxe, où l'électeujr Frédéric était disposé à les embrasser; les ins-

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DES TBMPS MODERNES. 3gy

tances des DoDÛnicains , celles de lemperéur Maximilien luimême, éveillèrent l'attention de la cour de Rome.Léon X pu* blià'un monitoire , par lequel il enjoignait à Luther de comparaître à la cour de Rome dans Tespace de soixante jours , pour y répondre à l'accusation d'hérésie. A la recommandation de l'électeur de Saxe et de l'université de Wittemberg, Luther obtint d'être jugé en Âllemagnie (i5i8). Muni d'un sauf- conduit de l'empereur, il vint trouver à Augsbourg le cardinal Gajétan, légat du pape, disputa, protesta, résista aux caresses et aux menaces de son juge, et, affectant de craindre , ou craignant réellement d'être arrêté , s'enfuit secrètement à Wittemberg , après avoir affiché de nuit un appel du pape mal informé au pape mieux informé. Enfin, assuré de la protection de l'électeur, qui, pressé parle légat d'abandonner un hérétique que les foudres de l'Eglise allaient frapper , se refusa à toutes les solUcitations , il en appela de l'autorité du pape à celle d'un concile général (iSig). Malgré cette déclaration de guerre , Léon X retint encore l'anathême suspendu sur la tête du moine indocile, et se borna à publier une bulle où, sans nommer personne, il soutenait l'efficacité des indulgences , et excommuniait tous ceux qui professeraient une opinion contraire. Mais cette bulle eut peu d'effet sur des esprits déjà 'prévenus , et qui s'accoutumaient peu à peu à l'indépendance.

L'empereur Maximilien mourut sur ces entrefaites, et l'électeur Frédéric prit les rênes du gouvernement en qualité de vicaire-général de l'empire , dans cette partie de l'Allemagne qui était gouvernée par les lois saxonnes. Rien ne pouvait être plus favorable aux novateurs. Léon X ,^ à qui le choix d'un nouvel empereur importait bien plus qu'une controverse théologique, qui lui semblait plus insipide que^ dangereuse , ménagea l'électeur de Saxe dans son protégé. Le cours des procédures commencées contre Luther fut suspendu ; les opinions de ce réformateur , tolérées durant l'interrègne , prirent de la vigueur et de la consistance , et il travailla enfin ouvertement à renverser l'Église existante , pour en élever une autre sur ses ruines. Ce projet ne paraîtra

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igS ABREGE DE l'hISTOIRE GENERALE

point exti'avagant, si Von considère les causes qui concouraient à lui en faire espérer la réussite.

1°. Un sentiment profond de mécontentement était généralement répandu en Allemagne contre la cour de Rome. Les anciens et violens débats du sacerdoce et de l'empire, avaient laissé dans les esprits les restes d'une haine toujours prête à se ranimer , et récemment aigrie par le trafic des indu^ences.

2?. Les principaux prélats allemands étaient en même temps princes séculiers. Comme ils négligeaient souvent les fonctions de l'épiscopat, le clergé, délivré de toute contrainte, était tombé dans Tignorance et dans le désordre. Dès-lors , passant du respect au mépris, le peuple avait commencé à s'élever contre les richesses de l'Eglise. Il se plaignait de la sévérité avec laquelle on exigeait, dans les tribunaux spirituels, les redevances cléricales, et demandait hautement la suppression de plusieurs abus réels ou imaginaires qu'il attribuait aux demandes fiscales de la cour de Rome, ou à la juridiction épiscopale. Une multitude de personnes s'enrôlèrent sous ta bannière du novateur, sans avoir dessein de porter atteinte à l'ancienne croyance, et conduites uniquement par l'espoir d'obtenir le redressement de leurs griefs.

3^. L'invention de l'imprimerie, en multipliant les Uvres et les lecteurs, avait donné une nouvelle et énergique impulsion à la pensée humaine. « Les hommes commençaient » à comprendre, dit le docteur Lingard , que leurs ancêtres » avaient vécu dans l'esclavage de l'esprit comme dans la » servitude corporelle. Ds accueillaient avec avidité les ou- » vrages qui leur parlaient de leui» droits ; les abus et la » nécessité de les réformer devinrent le sujet ordinaire des » conversations; et, dans les divers états d'Allemagne, la » classe inférieure des nobles chercha à se soustraire au » contrôle de ses princes, et à ne dépendre que de l'empire. » Luther se servit avec une merveilleuse adresse de l'opi- » nion générale. Elle combattait pour la liberté civile, lui » pour la liberté reUgieuse. Tous deux ayant en vue un ob-

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DES TEMPS MODERNES. Sgg

» jet de même nature, devaient se prêter un mutuel secours. ^ En écrivant sur la liberté chrétienne ^ ou contre la captivité de Babylone^ il flattait les passions et les besoins de son époque. Aussi , quoique peu de princes aient été d'abord ses prosélytes, une masse considérable de nobles allemands ap- prouva et seconda ses efforts.

4^. Depuis la renaissance des lettres , il s était formé en Allemagne une nombreuse société de professeurs ou humanistes, qui exerçaient une grande influence sur l'esprit public. Une fâcheuse inimitié s'était élevée entre ces lettrés et les théologiens; et les deux partis se flétrissaient mutuelle-^ ment des noms honteux de barbares et d'infidèles. Les Do* minicains surtout , comme censeurs de livres , étaient , parmi les théologiens , les objets particuliers de la haine des hu» manistes , qui, voyant cet ordre attaqué par Luther, se déclarèrent presque sans exception pour le novateur; et comme ils possédaient seuls les agrémens du style, leurs ouvrages trouvaient facilement des lecteurs ; tandis quç les écrits des théologiens , composés dans le langage repoussant des écoles^ étaient rarement achetés, et compris plus rarement encore.

La rapidité avec laquelle se répandaient les opinions nouvelles, excita enfin l'inquiétude et le zèle de Léon X; et par des lettres pontificales , il somma les supérieurs des moines Augustins de réprimer leur, frère désobéissant. Luther, à cette occasion, sous prétcxtedejustifier sa conduite, écrivit au pape une longue lettre où, affectant pour sa sainteté un respect dérisoire, il le plaignait de siéger au miUeu des abominations de Babylone,et lui répétait d'un ton d'insulte et de sarcasme tous les reproches, fondés ou non fondés , qu'adressaient à la cour de Rome les ennemis du saint-siége. Cette bravade provoquait l'anathême. Léon X , ne pouvant plus temporiser sans confesser sa faiblesse, publia une bulle ( i5 juillet iSao ) dans laquelle il condanma quarante-et-une propositions extraites des œuvres de Luther , défendit la lecture de ses écrits, et le menaça de l'excommunication, s'il ne ré- * tractait ses erreurs clans l'espace de sdixante jours. On brûla publiquement ses oeuvres àLouvain, à Cologne et à Mayence;

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40O ABRÉGÉ DE l'hISTOIRB GÉNÉRALE

maïs en d'autres villes , le peuple s'opposa de vive force à la promulgation de la sentence : les of&ciers qui la publièrent furent insultés , et la bulle lacérée et foulée aux pieds. Luther, de son côté, après avoir publié une réponse à cette exécrable bulle de Vardechrist^ la brûla, par représailles, à Wittemberg , avec le code du droit canonique. Accompagné des professeurs et des étudians de l'université, et suivi d'un grand concours de spectateurs, il se rendit, le lo décembre 1 5 20^ à la porte orientale de la ville. Ayant fait préparer un bûcher, il y mit le feu lui-même, et y jeta les lois pontificales, les écrits de ses adversaires et la bulle d'excommunication , en s'écriant d'une voix teriible : Parce que tu as troublé le Saint du Seigneur, tu seras Uuré au feu étemel. Enfin , le lendemain , il monta en chaire , et exprima dans son discours le regret de n'avoir pu traiter le pape en personne conmie sa bulle.

Cependant le nombre de ses prosélytes croissait en proportion de son audace , et il contemplait avec une joie orgueilleuse le rapide progrès de ses doctrines , lorsque , sur • la demande du nonce Aléandre^ il fut cité devant la diète que Charles-Quint tenait à Worms ( i5ai ). Il s'y rendit avec un sauf-conduit de l'empereur et des autres princes. Ses amis voulaient lui inspirer des craintes et le détourner d'obéir : « Je suis légalement sommé de comparaître à Worms ^ » leur dit-il, et je m^y rendrai au nom du Seigneur^ dussé-je i» voir conjurés contre moi autant de démons quHly a de tuiles » sur les toits des maisons^ » Introduit devant la diète, on lui présenta ses ouvrages^ on lui demanda s'il les avouait , s'il en soutenait la doctrine. Il les reconnut, et, après quelque hésitation, il déclara qu'il en professait les principes, à moins qu'on n'en démontrât la fausseté par l'Écriture-Sainte. Des princes , des cvèques le pressèrent, au nom de l'empereur , de se rétracter; Frédéric lui-même, son protecteur, l'exhorta, dans un entretien secret , à n'avouer que ce qu'il avait écrit contre les abus de la ccmr de Rome , et à révoquer ce qui était contraire aux dogmes reçus par l'Église. Sur ses refus constans d'abjurer, l'empereur lui commanda de sortir de

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Worms, et lui donna «n sauf-conduit de vîngt-et-nn jour». Le 25 mai suivant , il publia le célèbre édit par lequel il déclarait Luther hérétique et schismatique , le mettait au ban de l'empire, et ordonnait de l'arrêter : mais il était déjà en lieu de sûreté. A son retour de Worms, traversant une forêt près d'Allenstein, dans la Thuringe, il avait été saisi par une troupe de cavaliers masqués, que l'électeur de Saxe avait mis en embuscade, et conduit au château deWartbourg , où il demeura enfermé plus de neuf mois, inconnu, même à ses gardes.

Ses partisans et ses disciples ignoraient son sort ; mais il les endoctrinait, il les enflammait du sein de sa retraite qu'il appelait son Pathmos, par allusion à l'île de ce nom, où l'apôtre saint Jean avait été exilé. C'est de là qu'invisible, mais toujours présent par ses, écrits, il lança plusieurs libelles contre le pape, contre l'université de Paris , qui avait condamné ses principes , et contre le roi d'Angleterre , qui avait réfuté son traité de la captwité de Babylone^ dans lequel il renversait toute la hiérarchie de l'Eglise. Il leur prodiguait grossièrement l'injure et le mépris. Si F on ne met le pape à la raison, s'écriait-il , c est fait de la chrétienté. Fuie qui peut dans les montagnes , où (pjHon ôte la vie à cet homicide romain* Les docteurs de l'université de Paris étaient des théologastres , les plus igno* rans et les plus stupides de tous les hommes. Henri VHI était un fou , un insensé^ le plus grossier de tous les pourceaux et de tous les ânes. Les amis du réformateur rojigissaient euxmêmes de ses violences. « Je le crois meilleur quUl ne parait , » à en Juger par ses écrits ^t» disait Mélanchton , le plus illustre de ses disciples.

Uans cette même retraite, il s'occupa d'études et de travaux qui servirent mieux ses desseins que ses honteux emportemens. Jusque-là Luther avait réformé au hasard; ses idées étaient incertaines et incohérentes. U sembla vouloir alors les coordonner et les fixer. Mais son génie n'était point susceptible de se plier à. la méthode, et il ne parvint ni ne songea peut-être jamais à présenter ses opinions dans un ensemble systématique. Seulement il résulte, en général, de I. a6

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402 ABRÉGS DB L HISTOIEB GÉffERjLLE

ses traités contre les messes prirées, contre les Toeux monastiques, contre le célibat ecelésiastiq[iie , et de diTers antres ourrages qnll composa dans sa solitnde, qu'il ne veut plos reconnaître ni pape, ni tradition, ni conciles, ni autorité des Pères, ni purgatoire, ni messes priyées, ni yq^x, ni monastères, ni prêtres non laïques, ni culte des Saints, ni sacremens qui produiâent la grâce, ni Eglise yiôble et in- £ûllible qui }uçe de la doctrine ; il n'admet qu'une seule règle de foi, FÉcritare-Sainte. Il en publia une traduction en langue allemande. Il était absurde de supposer que l'habitude de lire les livres sacrés donnerait au peuple la capacité nécessaire pour décider les questions qui Avisaient les gens les plus instruits. Mais le présent que lui Êûsait Luther flattait sa vanité. Il fut charmé d aj^rendre que désormais il était indépendant de toute autorité spiritudle, et que le plus ignorant, une Kble à la main, sans pape, sans évèques et sans docteurs , était l'arbitre de sa prc^e croyance. Cette licence de penser devait donner à Luther de nombreux partisans ; elle pouvait aussi lui donner des rivaux qui prétendraient réformer le réfknmateur : il en fit bientôt l'expérience.

Carlostadt, un de ses disciples, osa adopter sw TEnèharistie une opinion différente de cdie de son mattre. Gehii-cî reconnaissait la présence réelle; Carlcfttadt t»efusàit de l'admettre. Luther le fit chasser de Wittembérg. U se retira à Ck-lemonde, qi:^ son fimatisme et les mouvemens ûes Anabaptistes qui commençaient à s'agiter, remplirent de trouble et de confusion. Luther fut envoyé pour tétabUr l'ordre. Carlostadt lui fit jeter des pierres et de la boue par le peuple, et alla ensuite lui rendre visite à son auberge de YOurse'fioirey heu devenu célèbre par leur conférence. On traitait Carlostadt de séditieux ; il protesta contre 6ette im{)ti^tion; mais il confessa qu'il lie pouvâdt partager ro|)inion de Luiher sur la présence rédie. Luther alors , sôtlriant avec dédain, lui Conseille d'écrire cottti^ cette o^nidn : * Tiens y lui àït'iïjTwicl un florin que je te donne pour t^y engager, » Et Carlostadt accepte le florin. Les deux champions demandent

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DES TEMPS HODERHES. 4^3

du vin; Ltither boit à la santé de son adversaise, qui loi fait raison. Enfin, ils se séparent, se promettaBt bonne guerre, et se chargeant d'imprécations : Puissé-je te voir sur la, roue! Puisse- tu te rompre le cou ayant de sortir de la ville! X'^ furent leurs adieux ; et tels sont , dit Bossuet, les actes d^ nouveaux apures. Ainsi conunença la guerre des s^cram^ntaires, le 22 août i524*

L'esprit de discorde divisait déjà les réfonnateuis. Dure^te, tout semblait conspirer à leur succès. L*édit de Worms , les bulles de Léon X n'avaient point reçu d'exécution. Nm^nberg, FranclEort, HambcHirg et d'autres villes du premier ordre, enhardies par cette tolérance, avaient ^nbrassé le luthéranisme. Plusieurs princes l'adoptaient, le faisaient prêcher dans leurs états, et de toutes paits on e&vahis^t les biens de l'Église : puissant appât, qui attira plus cfun prince dans la réforme. L'empereur, occupé à pacifier l'Espagne , à chasser les Français de Tltalie , négligent W affaires de la religion : il ne put se trouver à, l^ diète del^urember^y tenue en i5a2, et les Luthéiieos y .prévalurent. Le .nonce Cheregato y demanda vainement^ au nom d'Adrien YI, successeur de Léon X^ l'exécution des décrets de Worms. La dièts allégua des difficultés, des daii|[ers.mâme; elle fit plus, elle récrimina contre Rome ^ elle ^Q^vpya a^ pontife un long méoaoire de cent griefs touchant les abus reprochés à l'Eglise romaine , demanda la réforme de Jacour pontificale, et proposa, comme le remède le plus convc];^le aux maux dont on se plaignait de part et d'autre, un concile général, qui serait convoqué dans ^ne ville d! Allemagne, 4u consentement de l'empeiTeui:. Le pape lui-^aémje^daiiiis.sa hv3ie adressée -à la diète, ai^t reconnu avec lUne ft^anchise plus vertueuse que politique,, la corruption de la ^cour de B<nne et la nécessité d'y remédier aussi promptemei^t ,q/uL*il se pourrait, sans secousse soudaine et violente. Luther •triompha 4es aveux du pontife et des griefs du corps g^manique.

La mort vint dérober Adrien YI aux embarras de sa. situation. Son successeur. Clément YU, pressa avec aussi peu de

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4o4 ABREGE DE L*HISTOIRE GÉNÉRALE

succès rexécution de 1 edit de Worms auprès de la seconde diète de Nuremberg (i524). Le légat Campegge n'obtint que des réponses vagues , et on insista de nouveau sur la tenue d'un concile général. Le légat éluda cette demande; mais avant de quitter FAUemagne , il publia quelques régleniens pour la réforme du clergé inférieur. Enfin, les catholiques formèrent à Ratisbonne , sous ses auspices , une association où entrèrent Farchiduo Ferdinand , le duc de Ba- /^ère, la plupart des évéques allemands, et qui avait pour objet* de soutenir Fédit de Worms. Dans le même temps y Charles-Quint en ordonna Fcxécution par des lettres datées de Burgos, et pleines de colère et de menaces. Tout fut inutile. La nouvelle doctrine, favorable aux passions, était plus goûtée que des lois gênantes. Les ecclésiastiques et les moines , dégoûtés du cloître, l'adoptaient pour recouvrer leur liberté* Elle séduisait le peuple par l'attrait de la nouveauté et de Findépendance; les princes, par la perspective de reprendre sur le clergé les biens immenses qu'il tenait de la générosité ou de la crédulité de leurs ancêtres. Favorisée par des causes si puissantes, elle bravait la rigueur des édks; . et, tranquille au bruit des foudres pontificales et des décrets impériaux, Luther restait en paix et en sûreté à Wittemberg, d'où il voyait sa secte se répandre dans le nord de F Allemagne etle long des côtes de la mer Baltique. Elle comptait pour partisans déclarés, dès Fan iSaS, Félecteur de Saxe, Jean-le-Constant, qui , après la mort de son frère , Félecteur Frédéric, avait professé publiquement la nouvelle doctrine que ce prince s'était contenté de protéger; Philippe, landgrave de Hesse-Gassel ; les ducs de Mecklembourg, de Po^ méranie et de Zell, et un grand nombre de villes. Mais le changement de religion le plus remarquable de cette époque fut celui d'Albert, margrave de Brandebourg et grand-maître de Fordre Teutonique. Ce prince renonça en i5:i5 à son vœit dexhasteteté, fit profession de lurhéranisme, sécularisa la Prusse orientale , qu'il convertit en duché héréditaire sôus la suzeraineté de la Pologne , et conclut un traité d'alliance avec Félecteur de Saxe. La réforme trouva de nombreux

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partisans dans les états mêmes de la maison d* Autriche. Elle s^tendit particulièrement en Bohême; et ce pays, qui tenait à rÉglise et à l'empire par des Uens déjà si faibles, fiit sur le point de voir se renouveler les guerres de religion dont il avait été le théâtre, et dont les germes mal étouffés devaient enfanter dans le siècle suivant de nouveaux, troubles et de nouveaux désastres. Vers le même temps , Luther qui, Tannée précédente , avait quitté Thabit religieux , consomma sa rupture avec rÉglise de Rome^ en. épousant Catherine Boren^ religieuse qu'il avait tirée du cloître.

SECTION n.

Depuis Forigiue de la secte des anabaptistes jusqu'à la bataille de Mulhberg (i 525- 1547).

La réformation faisait chaque jour de nouveaux progrès ; mais avec elle croissaient ks dissensions et les désordres , conséquences, inévitables de ses maximes. Des hommes d'une imagination surdente voulurent appliquer au gouvernement dvil les principes de liberté sur lesquels est fondé le luthéranisme. Thomas Muncer et Nicolas Storck se firent chefs d'une secte , dont les membres prirent le nom d'anabaptistes, parce <]pe, regardant comme nul le baptême des enfans, i]s rebaptisaient ceux qui entraient dans leur société. Muncer et Storck, élargissant la voie que Luther avait tracée, prêchèrent que l'égalité absolue était l'essence de la foi , et que tout pouvoir était essentiellement impie. Ils s'annoncèrent comme prophètes du Seigneur, envoyés pour former un prétendu royaume d'élus sur la terre, pour établir la conununauté des biens et des femmes , pour affiranchir le genre humain de toute autorité /civile et reUgieuse. Les émissaires de ces fanatiques se répandirent parmi les gens de la campagne, et eurent peu de peine à soulever contre les seigneurs, contre les magistrats et le clergé , une classe d'hommes qui gémissaient sous le despotisme féodal. Les paysans s'armèrent de toutes parts. Leurs chefs dressèrent un mémoire

4o6 ABRÉGÉ BE LHISTOERE GÉNÉRALE

de plainte» et de demandes; et comme le nom de Luther remplissait r Allemagne, ils roulnrent le rendre arbitre entre eux et la Aoblesse. Luther ëerivit d'abord aux paysans que Dieu défendait la révolte ; û écrivit aux seigneurs que Dieu haïssait la tyrannie ; il exhorta les uns à la soumission et les autres à la justice. Mais voyant que les paysans résistaient à sa voix et ne posaient pas les armes, il revint à sa violence accouf muée. S'il se f&t contenté d'exhaler sa bile contre Muncer, le traitant àè possédé^ àe faux prophète ^ Sapotre de Satané et si Muncer se ffiit borné à l'appeler le serpent^ \e dragon, le basilic j le mal n'eût pas été grand; mais on ne s'en tint point aux injures. D'un côté, les paysans, remplis du fanatisme des anabaptistes, parcoururent la Souabe, la Thuringe, laFrauconîe, l'Alsace, une partie des bords du Rhin, marquant partout leur route par le carnage et l'incendie. De l'autre , Luther animait les princes à la vengeance, leur défendait toute pitié , et les invitait à «Eteraûner jusqu'au dernier des rebelles. Ces tnathenreux paysans^ poussés par une fureur désespérée , savaient piller^ incendier, massacrer, et ne savaient point cond)attre4 La noblesse des deux partis, s'étantrassem-* Uée^ en fit mie effroyable boucherie en Souabe ^ en Alsace et dans la province Rhénane* Ceux qui avaient échappé au ciortiage s'étftUt jetés sut* la Thuringe, l'électeur de SÀxe, le duc George, le landgrave de Hesse et le duc de Brunsvrick ks envelopp^ent près de Frankhausen , et leur offrirent la ▼îe et la liberté, s'ils livraient leurs chefs et leurs prédicans. Cette offire eommençait à les eljranler, lorsque Muncer, fréfnissant du danger qui le menace, se pr^nte à eux, et, d'un ton de prophète 9 leur promet la victoire au nom du Ciel: ^ Je ne vous demande point de combattre^ leur dit*il; Dieu • comiaUrct pour 'vous^ Restez seulement immobiles dans dos » retnmch&nens ; vous verrez vos ennemis tomber à vos pieds ^ » i^moi seul Je recei>rai^ sams blessure et sans péril y tous les » boulas qtd partiront de leur camp^ » En cet instant, l'arcen-ci«l pàratt: k Dieu m^entend! s'écrie aussitôt Muncer; lepez "» les yeuxy voyez cet are céleste^ ce signe d'alliance entre » Dieu et les hommes^ ce signe que vous p&rteja^ sur vos éten-

D£S T£MPâ MO]>£ilI(ES. 4^7

I» dards. Point de paix avec les impies; Dieu nous le défend; » exterminez les ennemis de Dieu, » Il dit, et de sa propre main égorge ]e député des princes. Les paysans^ persuadés, restent daçs leurs retrandiemens. Tandis que Vartillerie tonne sur 0ux , Us lèyent les bras et les yeux au Ciel, et, sans songer à se défendre , ils chantent des hymnes avec une tran^ quille confiance. Leurs cris se perdent dans les airs ; le canon les foudroie, le gli^ive les immole; et Muncer, pris dans le comhat, si ce i^a^sacre en mérite le nom, est conduit à Mulh^nsw > ^t puni du dernier supplice,

A cette révolte des paysans, se joignirent quelques sédi-^ tions dans plusieurs grandes villes : à Francfort-sur-le-Mein, à Strasboprg) à Mayence, à Cologne, où les peuples demandèrent, l^s armes à ]a main, )a réforme et des ministres luthériens. Il fallut ei|.core du saqg pour apaiser ces troubles; et Luther, contemplant son triste ouvrage , citait froidement ces paroles de TÉvanglle : Je ne suis point venu apporter la paix, mçus la guerre; par, (l cette époque malheureuse, le fanatisme tpu|iQe||t^t les Uvi*es saints ppvr y trouver Fexcuse de toi)s ses ei^c^.

Malgré Tempreiasement des princes luthériens h sarmér contre les insurgés, et les, eipporjtemess de Luther contre Muncer, les catholiques fittribuaîent justement ces désordres aux nouvelles opinioiis.. Labolition du luthéranisme et le rétablissement de lancien <eu1te leur paraissaient les seuls moyens dVmpécher le retour de ces calamités. D'un autre côté , les princes et les états qui avaient embrassé la réforme, travaillaient avec ardeur k fortifier leur parti ; ils se confédérèrent à Tqrgau pour eoQtre-balancer la ligue catholique de B%ti$boT)nef l4 diète Xji^g^urg^ en i5a5, se sép^a, sanç prendre contre eyxn, aucune résolution, et tneme celle de Sjxirç (en 1Ç26) leur accorda la liberté de conscâence juscp'av prpffh^ ççnçile, gi^ér^l ou national, que l'empereur était supplié de procurer dans un an , et dont il ne s'occupa point.

Ce décret, qui i^nnonçait de l'irrésolution, de la faiblesse, accrut l'anlmosité des deux partis. Les catholiques, irrités

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4o8 ABREGB DE L HISTOIRE GENERALE

<f une condescendance qui leur paraissait également coupable et funeste, adressèrent à Tempereur les plus vives représentations. Leurs adversaires, de leur côté, firent des préparatifs pour repousser toute agression. Le landgrave de Hesse, sous ce prétexte, leva des troupes; mais bientôt, dévoilant ses véritables desseins, il envahit les domaines des évoques de Wurtzbourg et de Bainberg. Les princes catholiques, effrayés à l'idée d*une guerre civile, ou mal préparés contre cette attaque imprévue, témoignèrent des dispositions pacifiques, et le landgrave licencia ses troupes , après avoir exigé 200,000 florins comme indemnité ( 1628 ). Les catholiques , humiliés, firent de nouveaux efforts à la diète de Spire en 1 629. Cepen* dant il était dangereux de provoquer contre les novateurs une décision entièrement contraire à celle de i526. Trop de rigueur pouvait produire une confusion générale , et bouleverser toute l'Allemagne. La diète réserva toute sa sévérité pour les sectateurs de Carlostadtet deMuncer, dont les luthé-^ riens sollicitaient avec ardeur le châtiment. Les sacramentaires furent mis au ban de l'enipire; on décerna contre les anabaptistes la peine de mort. Quant au luthéranisme, il fut toléré partout où il était établi ; seulement on défendit de l'établir dans les pays qui ne l'avaient point encore reçu; et les princes qui jusque-là avaient fait observer dans leurs territoires l'édit de Worms, furent exhortés à persévérer. Tout modéré qu'était ce décret à l'égard des luthériens, ils le rejetèrent comme injuste et impie. L'électeur de Saxe , le landgrave de Hesse, Ernest et François, ducs de Lunebourg, le prince d'Anhalt , les députés de quatorze villes impériales (i) lui opposèrent une protestation solennelle; et c'est de là qu'est venu le nom de protestans , qui, d'abord particulier aux luthmens, s'est étendu dans la suite aux autres sectes de la réforme. Les princes luthériens envoyèrent porter leur protestation à l'eiripereur en Italie. Il chassa leurs députés

(i).Ces yRles étaient Strasbourg, Nuremberg , Ulm , Constance , Reutliugen , Windsheira , Meii^ungen , Landau^ Kempten , Heilbron , Isne , Weissenibourg , Nordlingen et Saint-Gall.

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de sa présence, et ayant conclu la paix aTcc le pape et le ro^ de France, il convoqua une nouvelle diète à Augshourg\ et se rendit en Allemagne pour présider cette assemblée.

Malgré laccueil qu'il avait fait aux envoyés des protestans, il ne se montra point disposé à la violence , et déclara qu'il était venu pour peser l'opinion de chacun en matière de religion. Les protestans, intéressés à fixer les principes de leur croyance, afin de se justifier d'une foule d'innovations qu'on leur attribuait et qu'ils désavouaient, présentèrent leur confession de foi , et en demandèrent la lecture publique. Cet acte, connu sous le nom de confession-d^ Augsbourg ^ laquelle distingue aujourd'hui la secte luthérienne de toutes les autres sectes protestantes, se divise en trois parties. La première renferme divers articles sur des points généraux et non contestés. La seconde comprend ceux que les protestans admettent ou rejettent partiellement. La troisième est relative aux cérémonies et aux usages > pour lesquels ils diffèrent totalement de l'église romaine , tels que l'administration de la communion, le célibat des prêtres, la confession auriculaire, la messe, l'abstinence, les vœux religieux et la juridiction ecclésiastique, Charles-Quint refusa d'approuver ce formulaire, et rendit, le i6 novembre i53o, un décret pour le rétablissement de tous les dogmes , de toutes les cérémonies de l'église romaine, à laquelle les protestans étaient tenus de se réunir dans un délai de six mois, sous peine d'être mis au ban de l'empire.

n était difficile d'assurer l'exécution de cet édit. L'empe* reur résidait rarement en Allemagne. Les catholiques avaient besoin, en son absence, d'un roi des Romains attaché à l'église. Charles, sous prétexte de donner à l'empire un chefcapable d'y maintenir la paix et de repousser les Turcs, proposa Ferdinand , son frère , qui venait de réunir aux états héréditaires de la maison d'Autriche les couronnes de Bohême et de Hongrie. L'archiduc fut élu à la diète de Cologne le 5 janvier i53i. Les princes luthériens, irrités de la condamnation de leur confession de foi , étaient assemblés à SmaU kalde , et y formaient pour leur défense commune cette ligue

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4lO ABREGE DE l'hISTOIRB GENERALE

faiseuse qui les constitua en oorps politique. Ib protestèrent contre l'élection de Ferdinand, s'écrièrent que la bulle dor et les privilèges du corps gern^aniqae étaient violés, et, détemûnés à la guerre , invitèrent les rois de France et d'Angleterre à entrer dans leur confédération. Uempereur, de son côté, venait de former une ligue avec les princes catholiques pour le maintien de leur religion. Ces ligués ennemies allaient en v^iir aux mains. Soliman II les réconcilia malgré lui et malgré elles, en inondant la Hongrie et T Autriche de trois cent mille combattans. Charles-Quint sentit la nécessité de cédar aux temps, et de diminuer le nombre de ses ennemis. Malgré lopposition des nonces du pape, il traita avec les protestans, dont l'assistance lui était nécessaire; et, après de longues négociations, hi paùo de Nuremberg (aS juillet i53a) suspendit Texécution des édits'de Worms et d'Augsbourg, et accorda aux luthériens le libre exercice de leur culte jusqu'au prochain concile. Ils s'engagèrent , en retour, à secourir l'empereur contre les Turcs 5 mais ils refusèrent obstinément de reconnaître Ferdinand en qualité de roi des Romains.

A la tête de toutes les forces de TAUemagne , l'empereur marcha contre le sultan , et le contraignit à la retraite. Aussitôt les nœuds de l'union germanique se relâchèrent, et les troubles recommencèrent de toutes parts. Les prôtestans envahissaient les biens d'église. La chambre impériale voulut procéder contre les spoUateurs. Les luthériens renouvelèrent alors la ligue de Smalkalde et leurs engagemens avec les puissances étrangères. Le landgrave de Hesse entra même avec une forte armée dans le Wurtemberg, dont la ligue de Souabe avait chassé , en iSip , le duc Ulric, battit les Autrichiens à TMujfen^ près de Heîlbron, et rétablit dans son duché Ulric , qui avait embrassé la réforme. Dans ces conjonctures, les plus timides ou les plus modérés du parti catholique sollicitèrent un accommodement , qui fut conclu à Cadan^ en Bohême, le 29 juillet i534« I^ convention de Nuremberg fut renouvelée et confirmée, et Ferdinand reconnu roi des Romains par lelecteur de Saxie, Jean-Frédéric, su^-

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cessseor de Jean-le-Coustant, mort «» 1 552, et par les prîoeea ses alliés. U ftit arrêté, pour aauiver TboBneup de Tenipercur, que le duc de Wurtemberg et lelandgraye de Hesse lui demanderaient pardon à genoux, Ulric conserva son dudié^ mais à titre d'arrièrerfief de la maison d'Autriche, à laquelle il devait revenir à rextinctioa des deseendans mâles de la maison de Wurtemberg (i). Les deux partis convinrent d'exclure du bénéfice de la convention les sacramentaires et toutes le» autres sectes qui soutenaient des dogmes contraires à ceux de l'Église catholique et delà confession d'Augsbourg, et de réunir leurs e£Forts pour exterminer les anabaptistes, dont la secte setait ranimée, et se livrait aux plus monstrueux excès.

Chassés de la Haute- Allemagne, les anabaptistes, après avoir long-temps erré en Suisse, s étaient introduits dans les Pays-Bas, d'où ils ^ient passés en Westphalie. Deux de leurs prophètes, Jean Mathias,' boulang&r de Harlem, et Jean Bocold^ compagnon tailleur de Leyde, établirent leur résidence à Munster j ville impériale, soumise à la domination de son évéque, mais qui se gouvernait par son propre sénat et ses consuls- Là, ces deux fanatiques répandent secrètement leur doctrine ; et bientôt , soulevait leurs parti* sans, ils s'arment et parcourent la ville, criant à haute voix : Sqxez rebaptises y ou mourez! Les sénateurs, les chanoines, la noblesse, les principaux citoyens prennent la faite, et la ville reste abandonnée à la discrétion d'une multitude frénétique. Jean Mathias, avec le ton et l'autorité d'un prophète, dicte ses ordres absolus. U ordonne de piller les églises, d'en détruire les ornemens, et de brûler tous les livres , excepté la Bible : il est obéi. Il confisque les biens des fagitifs, et les vend aux habitans des canton^ voisins. Il enjoint à chaque habitant d'apporter son or, son argent, ses effets précieux, nomme des diacres chargés d'administrer ces richesses pour l'usage commun de tous, et étabUt des

(i) En i599, Tempereur Rodolphe II Tendit son droit de suzeraineté à îa maison de Wurtemberg, mais réserva celui de succession.

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4l2 ABREGE DE L HISTOIRE GENERALE

repas pubKcs. Sa réforme achevée sur ce plan d'égalité, il pourvoit à la défense de la ville , forme des magasins, répare tes fortifications, faconiie ses turbulens sectateurs aux exereices militaires, et soumet le fanatisme même à la discipline. H envoie des émissaires aux anabaptistes des Pays-Bas, pour les inviter à se rendre à Munster, qu'il appelle la Montagne de Sion , et d-où ils doivent aller ensuite soumettre à leurs lois Funivers. ISans cesse il agit, il exhorte, il prophétise. Le peuple le contemple avec admiration, l'écoute avec transport, le suit avec enthousiasme. Tout s'enflamme d'un zèle aveugle, tout brûle d'une sainte fureur.

Cependant l'évêque de Munster , François de Waldeck , assemble un corps de troupes considérable, et vient assiéger la ville. Mathias fond sur le camp de Waldeck, le force et l'inonde de sang. Le lendemain, il paraît devant le peuple, une lance à la main, et déclare qu'à l'exemple de Gédéon, il ira, accompagné de quelques élus, exterminer l'armée des impies. Il se donne trente compagnons, qui 4e suivent sans balancer, et vont se précipiter sur l'ennemi avec une rage insensée. Ils périssent tous^ et Mathias avec eux. Sa mort consterne ses disciples; mais Bocold ranime leur courage, et suceèdeau crédit du prophète de Harlem. L'autorité ne suifit point à son ambition : souverain par le fait , il veut en avoir le titre. Il convoque le peuple , et lui présente un orfèvre de Warmdorp /qu'il avait formé aux révélations. QuHl parle y dit-il, c*est unpropJiète. L'orfèvre alors s'écrie que Jean Bocold est choisi de Dieu pour être roi de Sion , et pour s'asseoir sur le trône de David. La multitude crédule applaudit; Bocold se résigne avec humiUté, et exerce avec éclat la puissance suprême. Il déployé toutes les pompes de la royauté : une garde nombreuse l'environne. Sa volonté ne connaît plus d'obstacles , et bientôt ses passions ne connaissent plus de frein. Il autorise la polygamie, il en fait un dogme, il en donne l'exemple. On l'imite; et Munster présente alors l'étonnant et hideux spectacle de la débauche entée sur la religion, et tous les excès du libertinage à côté des austérités de la superstition et des pieuses ferveurs du fanatisme.

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DES T£MPS MODERNES. * 4^d

Qu'un vil imposteur déshonore plus long-temps le bandeau des roLs, qu'un ramas d'insensés, l'opprobre de la religion et de l'humanité^ souillent plus long-temps le nom de Chrétiens, l' Allemagne ne peut le souf&ir. Le siège durait depuis quinze mois; et, ne pouvant prendre la place de vive force , Waldeck s'était réduit à la bloquer. Dans cette extrémité , luthériens et catholiques veulent contribuer à la ruine des sectaires , et envoient au prélat de puissans renforts. ' Munster résiste aux premières attaques, et la guerre se prolonge, mais la famine désole la ville. Une des femmes du tyran, lasse des horreurs qu'elle voit et qu'elle endure, ose exprimer un doute sur la mission divine de son époux. Aussitôt il assemble le peuple , égorge à ses yeux la blasphématrice; et le barbare, et ses autres femmes, et la multitude féroce forment des danses abominables autour du corps palpitant de la victime. Bientôt après. Munster est forcé, et Jean de Leyde est pris par la trahison d'un transfuge (i535). Chargé de chaînes, et conduit de ville en ville, il est exposé en spectacle à la curiosité du peuple , et Uvré en butte à ses outrages. Enfin, ramené à Munster, le théâtre de sa grandeur et de ses crimes, il expire dans les plus cruels sup^» plices. Il avait à peine vingt-six ans.

Dans le reste de l'Allemagne, le traité de Gadan avait été suivi d'un état de paix équivoque , fréquemment troublé par des querelles entre les luthériens et les cathpUques au sujet des opérations de la chambre impériale, qui vouTait empêcher les protestans d'envahir les biens du clergé, et dont ils récusaient lesjugemens, sous prétexte qu'elle était composée de leurs ennemis. Des conférenices tenues à Haguenau, à Francfort, à Worms, ne servirent qu'à envenimer les haines. L'espoir de terminer les différends par un concile général , semblait désormais illusoire. Le pape Clément VU, solUcité par l'empereur, avait consenti, en i533, à la convocation tant de fois demandée; mais il avait choisi les villes de Mantoiie, de Bologne ou de Plaisance , et les protestans avaient refusé de se soumettre à un concile tenu dans une ville italienne. Paul III proposa de nouveau la ville de Mantoue , et

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4^4 ABREGlâ DB L'HISTOfAB «ÉNERÀLE

Tencotitr& la même opposition. Enfin, au lieu dnn concile cjui paraiftait êenmsr knir êiaw peu favorable, les prntestans demandèrent une coii£érenoe efk les théologiens des dent partis discuteraient les matières controv^psëes. Elle s'-ouvrit à Ratisbonné (i54i). On convint de quelques aiticlefi peu importans ; mais on ^fîera , comme à lordinaite, sur d'autres points plus ^sentiéls. Une entière conàliatioA étam ' impossible, Chaînes, du consentement de la diète, publia un décret portant que les points accordés par les docteurs seraient observés jusqu'à un concile général ou national, ou une as^mblée des états, et que, dans cet intervalle, on s'abstiendrait de toute innovation. Les mêmes dispositions forent renonveléeis par la diète de Spire ^ en i54&. -Cette diète fut remarquable en ce que le pape Paullil ayant enfin choisi Trente pour lieu du concile, sa proposition fut acceptée, et louverture de l'assemblée annoncée pour le i*' de novembre de cette année. Mais différentes causes la firent encore différer pendant trois ans. L'empereur ^ait occupé tout entier de la guerre contre la France. Le roi des Romains se défendait avec peine contre Soliman , et une gtierre intestine, prélude d'un plus vaste embrasement, était allumée dans le nord de l'Allemagne. La ville de Brunswick avait adopté la réforme, et refusait d'obéir à Henri4e-jeune, son souverain; dans le même temps, celle de Geslar avait été mise au ban par la chambre impériale. Le duc Henri, chargé de l'exécution âe la sentence, la poursuivait avec rigueur, sans oublier ses droits'sur sa capitale. La ligue de Smalkalde se déclara pour cette ville, et le duc, quoiqite soutenu en secret par Fempereur, fut battu et fait prisontiierpar l'électeur de Saice et le landgrave de Hesse. Enfin, IctraitédeCrespy (i544) ayant mis 'fin à la guerre de France, 'Ct? le roi d^ Romains ayant 'condu une trêve de cinq aKS afvec le sultan» (i545), CharieJj, sans inquiétude *à l'ext^érieur, *put*appliquer toute son attention aux affeire^de la religion.

Plusieurs événemens arrivés^epuis peu av»c«i? citenné un grand ascendant au parti luthérien. Joachim I®', électeur de Brandebourg, attaché au culte catholique, avait eu pour

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successeur, en i535, son fils Joachim II, qni avait introduit parmi ses sujets la religion réformée. Un pareil ohangemem avait eu lieu en Misnie et en Thuringe> sous le duc Henri , frère et héritier du duc George de Saxe (iSîg), ôt dans le Palatinat, sous Félecteur palatin Frédéric II, après k mort de son frère Louis V (x544)- Une abjuratioii encore plus importante était celle d'Hermann de Wied, électeur et archevêque de Cologne, qui avait eml^^assé la réforme et excité ses sujets à Fimiter (i543); iipostasie qui assurait aux protestans la pluralité des suffrages dans le collège élœtoral, et ' qui semblait inviter les princes ecclésiastiques à transformer, comme l'avait déjà fait le grand-maître Albert de Brande^ bourg, et comme larchevéque Hermann voulait le faire, une souveraineté électiye en une souveraineté héréditaire*

Dans ces circonstances , le concile général s'ouvrit à Trente, le i3 décemibre i545 : les états catholiques mettaient toutes leurs espérances dans cette assemblée^ et dès le coiaMnencementdes troubles de r£glise,ils lavaient regardée comme le meilleur remède qu'on pût y apporter. Mais le mal était trop grand. Les protestans déclarèrent de nouveau qu'ils ne reconnaîtraient ni le condic de Trente , ni tout autre soumis à l'influence du pape , et refusèrent d'y envoyer leurs théologiens. Les opérations de rassemblée les confirmèrent dans cette résolution. Les premiers décrets du cohdie sapèrent les fondemens du protestantisme, en déclarant canoniques les livres de l'Écriture-Sainte que les luthériens tenaient pour apocryphes, en donnant à la tradidoti de l'Église la même autorité qu'à la révélation, en reconnaissant la Fhlgctte fonr unique traduction authentique. Les anâthèkues joints à ces décisions présageaient aux protestahs une condamhation rigoureuse^ de leurs principes. Une bulle du pape mit le comble à leurs ressentim^is« L'archevêque de Cologne ayant été cité à Rome et n'ayant point obéi , il fut déposé comme convaincu d'hérésie , et ses sujets déliés du sentaient de fidélité.

Charles-Quint avait résolu la ruine dés luthériens; mais il fallait h. préparer avec prudence. Pour gagner du temps , il affectait de désirer la paix, mais il se disposait secrètement

4l6 ABRÉGÉ DE L HISTOIRE GÉNÉRALE

à la guerre. Il ordonnait des levées de troupes en Allemagne, en Italie et dans les Pays-Bas ; il seniait ou fomentait la division parmi les princes protestans ; il en déterminait plusieurs à rester neutres ; il détachait même de la ligue et engageait à son service Charles et Albert , margraves de Brandebourg , et Maurice, duc de Saxe, jeune ambitieux, qui alors trompa son parti , et qui devait un jour tromper Charles-Quint luimême. Enfin, l'empereur conclut avec Paul III un traité, par lequel ce pontife s'obligeait à lui foumirun secours de treize mille hommes , et à lui payer un subside considérable.

La crise approchait ; l'orage amassé pendant trente années de discordes et de haines , allait éclater. Luther avait déjà vu dans les deux guerres des anabaptistes le triste fruit de ses . doctrines. Il mourut à propos pour n'être pas témoin des nouveaux malheurs dont l'Allemagne était menacée (i546).' Son dernier soupir fut comme le signal de la guerre civile. Les princes protestans , alarmés des préparatifs de Charles- Quint, coururent aux armes. En moins de six semaines, ils mirent sur pied quatre-vingt mille hommes , malgré la défection de Maurice et des margraves de Brandebourg;

Charles-Quint avait mal concerté son pkn. Ses troupes d'Italie et des Pays-Bas n'étaient pasencore arrivées. Il se trouvait à Ratisbonne avec huit à neuf mille hommes ; il était facile de l'accabler d'un seul coup. Mais les confédérés , au lieu d'agir, perdent le temps À justifier leurs démarches par des apologies et des manifestes. Charles leur répond par un décret qui mettait au ban de l'empire l'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse , comme parjures , rebelles , séditieux et perturbateurs du repos pubUc. Les princes indignés lui envoient un cartel , dans lequel ils ne l'appellent plus que le soi-disant empereur , et lui déclarent solennellement la guerre. Mais leurs opérations sont arrêtées par des querelles , par des jalousies réciproques , écueil ordinaire des confédérations. Tandis qu'ils assiègent Ratisbonne, que l'empereur avait abandonnée , ce prince , retiré dans la forte position de Lan^shut , y reçoit de puissans secours d'Allemagne, de Flandre et d'Italie. Alors il prend l'offensive , s'empare de Neu-

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D£5 TEMPS MODEREES. ^ly

bourg , de Donawerth et de Dillembourg, réduit les alliés à lui demander la paix, et la met aux plus dures conditions. Ils les refusent; mais tout à coup ils apprennent que le duo Maurice, dont ils ignoraient encore la trahison, s*est jeté avec le roi des Romains sur lelectorat de Saxe, et Ta conquis tout entier, à l'exception des villes de Gotha, d'£isenach et de Wittemberg»

Tandis que l'électeur marche avec un corps con^dérable au secours de ses états, l'empereur accable les autres confé** dérés. Il arrache un acte de soumission au duc de Wurtemberg. Ulm , Augsbourg , Strasbourg et Francfort , toutes les villes de la Haute-Allemagne subissent le joug , paient d'énormes contributions, livrent leur artillerie et leurs munitions de guerre , reçoivent garnison impériale. L'électeur de Cologne abdique, et de cette Ugue formidable qui, peu de mois auparavant, menaçait d'une ruine totale l'wnpereur et sa religion^ il ne reste plus sous les armeâ que l'électeur de Sa^^e et le landgrave de Hesse.

Cependant le triomphe de Charles-Quint n'était point encore assuré. Non-seulement l'électeur a recouvré ses états • il s'est même emparé de ceux de Maurice , à la réserve de Dresde et de Leipsick. Il a battu et fait prisonnier le margrave Albert de Brandebourg, que l'empereur envoyait au sex^ours de Maurice. Enfin, la Bohême et la Moravia sont en armes contre Ferdinand, qu'elles accusent de violer leurs privilèges, et qui , pour réprimer ce soulèvement , est obligé d'abandonner ses conquêtes dans l'électorat. de Saxe. D'un autre côté, le pape Paul III, à qui Gbarles-Quint contestait Parme et Plaisance, rappelle ses troupes^ François P*" feit les préparatifs d'une nouvelle guerre, négocie avec SoUman, avec le pontife, avec les Vénitiens, avec r4ngleterre et le Danemarck, encourage les protestans, et leur promet des subsides. Prêt à leur porter les derniers coups, Charles s arrête, observe, attend l'orage qui va fondre sur lui-même. Mais sa fortune l'enjporte, et la mort de François P*" (1^47) le tire d'inquiétude et de danger. Il réunit trente-cinq mille hommes, et, accompagné de Ferdinand et de Maurice, '• 27

4l8 ABAÉGÉ D£ LUlSTOiaS 6£N£RAL£

marche à ^[lâiicles journées vers la Saxe. Jean-Frédéric était * posté derrière l'Elbe, aux environs de Meissen. A laf^roche de 1 arméje impériale, il descend le fleuve jusqu'à Mulbberg. Charles le suit sur la rive opposée, passe TElbe sous le feu de l'ennemi , poursuit Félecteur qui se retirait du coté de Wittemberg, l'atteint près de la forêt de Luchau , et le force à accepter un combat inégal. Frédéric déploie un courage héroïque. Enfin , enveloppé de toutes parts , accablé de fa- ^ ûgue , blessé au visage , il tombe au pouvoir des impériaux.

SECTION in.

Depuis la bataille de Molhberg jusqu'à la mort de Ferdinand I*** (i547-i564).

L'empereur victorieux marcha contre Wittemberg , que lelectrice, l^bille de Clèyes, défendit avec courage. Pour mettre fin à la résistance, Charles, sans respect pour les lois de l'empire , traduisit l'électeur devant un conseil de guerre .composé d'offiders espagnols et italiens, et présidé par le duc d'Albe. Jean-FrédéAc fut condamné à mort par cet étrange tribunal, comme infracteur ée la paix publique , coupable de félonie , criminel de lèse-majesté. Sybille frémit du danger de son époux, et ne songeant qu'à sauver ^es jours, elle alla le trouver dans le camp impérial. Vaincu par les supplications et les larmes de cette princesse , l'électeur souscrivit à nn accommodement qui révoltait son âme fière. Il obtint la vie , mais à des conditions presque aussi dures / que la moit même : résigner la dignité électorale, rendre sur-le-champ Wittemberg et Gotha, mettre Albert de Brandebourg en liherté sans rançon , et garder prison perpétoelle. On insista pour qu'il changeât de religion; mais sur • ceè article il fut inébranlable, et rejeta avec une fermeté digne d'une meilleure cause, ce qu'il croyait contraire à la vérité. Charles-Quint paya les secours et la défection de Maurice en le mettant en possession cle l'électorat de Saxe, à l'exception de Gotha, qui iut4X>nservée à l'électeur déposé^

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avec nue pension de So^ooo floiins, et en lui promettant de rinvestir, à la prochaine diète, de la dignité électorale.

Effrayé de la ruine de son allié, et redoutant la vengeance de leroper^ur, le landgrave de Hesse , seul membre de la ligue de Smalkalde qui neût point encore posé les armes, se vit réduit à faire, par la médiation de Maurice, son gendre, et de l'électeur de Brandebourg, une soumission pleine et entière. Ces deux princes , sur des assurances positives de lempereur et de ses ministres, lui garantirent quil ne^^serait point retenu prisonnier. Dans cette confiance, il accepta les conditions dictées par le vainqueur. Il devait abandonner ses états et sa personne à la discrétion de lempereur, implorer son pardon à genoux, payer i5o,ooo couronnes pour les frais de la guerre, démanteler ses places fortes, livrer ses munitions de guerre et son artillerie, etc. Conduit à Hall, en Saxe, au camp de l'empereur, il lui fallut s*agenouiller devant ce monarque , en présence d'ime nombreuse s^ssexnblée de grands de lempire; et lorsqu après cette humiliante cérémonie , il croyait du moins être libre , on larréta au nom de Tempereur. Ni ses emportemens et ses justes plaintes, ni les représentations de Maurice et de Félecteur de Brandebourg, qui suppliaient Charles-Quint de révoquer Tordre dune violence dont le déshonneur rejaillirait sur eux, ne purent fléchir la résolution du monarque. PhiKppe resta dans lesfers^ Bien^plus, insultant à son infortune et À celle de lelecteur de Saxe, Tempereur les traîna orgueilleusement à sa suite de ville en ville, et les fit servir d ornement à son triomphe.

Bientôt, dans l'ivresse de ses succès, le conquérant ne ménagea pas plus ses amis que ses ennemis ; il orut avoir soumis le corps germanique : il exerça rigoureusement les droits de la victoire II remplit les villes de garnisons étjpangères; il accaMa les peuples d'impôts et de vexations; enfin, se flattant d'avoir dompté Tesprit peu traitable des AUemandg par la terreur de ses armes, il convoqua une diète à -^wgvbourg pour terminer définitivement les controverses de religion qui, depuis si long* temps, troublaient l'empre.

Paul III, par les mêmes motifs qu'il avait rappelé ses troupes, venait de transférer le concile de Trente à Bologne , ou plutôt ce concile était dissous. Charles -Quint n'ayant pu obtenir qu'il fût rétabli à Trente , résolut de se passer de son adhésion , et de trancher seul toutes les difficultés théologîques qui partageaient les consciences et les esprits ( 1 548). Il fit rédiger un formulaire en vingt-six articles, qui devait servir de règle de croyance , en attendant la convocation d'»n véritable concile, et qui, par cette raison, fut nommé intérim. Cet acte contenait un système complet de théologie, conforme , 'presque dans tous les points , à la doctrine de l'Église romaine, mais exprimé en termes adoucis ou ambigus qui pouvaient concilier les diverses opinions. V intérim déplut aux deux partis : il paraissait oppressif aux luthériens; il était poui^ les catholiques un sujet de scandale. Les uns se plaignaient d'y trouver la condamtiation de leurs principes; les autres auraient voulu que cette condamnation fftt plus complète ; et le pape s'indignait que l'empereur s'arrogeât le droit de substituer son autorité à celle du saint-siège et de l'Eglise. Cependant l'empereur le fit présenter à la diète iXAugsbourg, La ville était pleine de troupes espagnoles; aucune voix n'o^a s'élever contre un décret appuyé par une armée , et Yintérim parut accepté.

Dans cette même diète, Charles-Quint investit le duc de Saxe de la dignité électoi'ale. De l'appartement qui lui servait de prison, l'électeur détrôné fut témoin de cette cérémonie : il la contempla sans émotion , et aucun signe de regret ne démentit la grandeur d'àme qu'il conservait au milieu de ses désastres.

Après la dissolution de la diète , Charles s'occupa de faire publier et exécuter Yintérim, La plupart des princes protestans y souscrivirent; les villes impériales le rejetèrent d'abord; mais bientôt, cédant à la force ou à la terreur, files l'acceptèrent, à l'exception de Magdebourg, de Brème, de Hambourg et de Lubeck,

Paul in étant mort sur ces entre£sdtes ( i549)î Jules III, son successeur, accorda à Charles-Quint une bulle pour le

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DBS TEMPS MODERNES. 4^1

rétaUissèment du concile de Trente, Charles convotpa immédiatement une nouvelle diète à Augsbourg. Il s'y montra avec tout l'appareil d'un conquérant, et entouré d'un corps de troupes formidable. Il requit l'assemblée de reconnaître le concile qui allait se rassembler à Trente, et de prometti*e positivement qu'elle se conformerait à ses décrets ( i55o). Il rédama en même temps l'appui des états pour l'exécution de YiiUénm^ et se fit déférer le droit de prononcer sur le sort des biens d'Église que les protestans avaient envahis , et le soin de rétablû^ la juridiction ecclésiastique dans les lieux où elle avait été abolie. La même diète conQroia la sentenceidu ban qye l'empereur avait portée Tannée précédente contre Magdebourg, et le commandement des troupes destinées à réduire cette ville fut confié à Maurice , comme directeur du cercle de Basse-Saxe. Charles ne trouva que sur un pdiptde l'opposition à ses désirs. Il voulait assurer à Philippe son fils 1^ couronne impériale. Philippe ne pouvait l'obtenir qu'au préjudice de Ferdinand , son oncle, déjà roi des Eomains. Celui^i refusa de renoncer en faveur de soa neveu à l'eapoir d occuper le rang suprême, et de le transmettre à ses enfans. Les électeurs appuyèrent unanimement sa résistance, et l'empereur fut forcé d'abandonner ou dV journer les desseins de son ambition, paternelle.

Le chfigrin qu'il en ressentait fut adouci par la soumission de Magdebourgy qui, après un siège de dix mois, céda aux armes dcf Ma urice. Enfin, l'Allemagne entière avait subi la loi de l'eippereur, et rien ne manquait à son triomphe. Son orgueil était au comble conu^es^ puissance, quand tout à coup le fruit de ses victoires s'évanouit par la défection de ce même prince qui Tavait aidé à abaisser les protestans, et ^ élever son autorité sur la ruine des droits et prérogatives d^ l'empire germanique.

C'était en déguisant avec adresse ses propres seplimens, en manifestant un zèle apparent pour le service de Cbarles- Quint, que Maurice était parvenu à la dignité électorale, et que, par la réunion de ses domaines à ceux de Is^ branche, aînée de la maison de Saxe, il était devenu le plus puissant

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4ûa ÀBRÉGB DB LHISTOIRE GENERALE

prince de l'Allemagne. Mais lorsqu'il eut recueilli de «on alliance avec la maison d'Autriche tout le fruit qu'il en pou» Tait attendre , phis le rang où il était parvenu était élevé , plus il devait être jaloux d'en mettre les privilèges à l'abri des caprices despotiques d'un conquérant enivré de ses suc* ces. Effrayé de la puissance de Charles-Quint et de ses entreprises contre la religion des protestans, contre les libertés du corps germanique, et d'ailleurs vivement sensible au mépris que ce prince et ses ministres avaient fait de sa parole en retenant le landgrave prisonnier, le ressentiment du passé, la crainte de l'avenir, son intérêt personnel, celui de sa secte, et peut-être encore plus la vanité de &ire à son gré les destins de l'Allemagne, l'avaient déjà rendu secrètement infidèle à Tempei'eur, lorsqu'il fut chargé du siège de Magdebourg. Sa profonde dissimulation couvrait encore ses desseins d'un secret impénétrable. Aussi l'empereur applaudit au choix de la diète , et le confirma avec une aveugle confiance. Maurice assiégea Magdebourg aussi mal qu'il put le faire sans éveiller les soupçons du monarque. Il exagéra les difficultés de l'entreprise ; il prolongea le siège pendant dix mois , et employa tout cet intervalle à négocier avec les en* nemis de Charles-Quint et à préparer sa ruine. Enfin, loi*8qu'il ne lui fut plus permis de différer la prise de Magdebourg sans donner à l'empereur des ombrages qui auraient déconcerté toutes ses mesures , il accorda aux habitans des conditions si modérées , en comparaison de celles qu'ils redou-» talent, qu'ils le choisirent potir leur burgrave, et il colora son indulgence et cette élection de raisons si spécieuses, que Charles-Quint n'en prit aucune défiance, et ratifia le traité sans hésiter (i 55 1). "

Cependant ses intrigues et ses négociations avançaient : assuré de l'appui du roi de Danemarck , du duc de Mecklembourg , du margrave Albert de Brahdebourg-Culmbach , et des fils du landgrave de Hesse, it conclut avec Henri II Je traité de Friedvald^ par lequel le roi de France s'engageait à unir ses armes à celles des princes protestans pour procurer la liberté du landgrave, et prévenir le renversement des loi*

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DES TEMPS M(N>ERfr£S. 4^3

et de la constitiitloii derempire^ Enfin ^^ tous ses préparatifs étant achevés, Maurioe dÀnanda une secondé fois la Hhesté du: landgrave. Uempërenr éludant sa demande, il irassembla aussitôt tontes ses forces dans la Thnringe.^ fit sa jcmction aVeid les troupes do Brandebourg et de Hesse, s'avança rapidemeifit Ter» la Hauto*Alleniagne , rétablissant partout les magbtrats et lès ministres luthériens , ^ pamt| à k. tête de vingt^nq mille faomtnesdevantAugsbourg, dont il s'empara. L'alarme répandue par ses hostilités soudaines ^'étendit jus^ qu'à Trente. Les- prélats assemblés quittèrent la viUe, et le concile fût de nouveau dissonsi

' La nouvelle de cette révolution consterna l'empereur. Ses finances étaient épuisées^; ses troupes étaient dbpersées en Hongrie, en Italie et dans les Pays-Bas. Il n'avait à //zjr/^meA, où il était malade de là goiAte | qu'an petit nràibre de soU dats, à peine stifSsant poui* la gardé de sa personne. 11 mit tout BoBi espoir dans les négodations, et confia ses pleins pouvoirs à Ferditiahd, son frère. Après des conférences ouvertes à LintJi , et bientôt rompues , Maurice, dans le dessein de surprendre l'empereur, se dirigea rapidement sur< Ins«ptruck. Il n'était plus ^'à deux journées de cette ï ville, lorsque la révolte d'uti bataillon de mercenaires INetarda sa marche et fit échtkier son entreprise. Il perdit un temps préoieiix à apaket* les rébeBes : ce délai sauva l'empa^eur. Instruit du danger qui le menaçait, et ne voyant de sahit que dans la fuite la plus prompte, ce prince, malgré l'obscurité d'une nuit profonde et la. violence de h pluie qui tombait par torrens, sortît aussitôt dlnspruck, porte dans une litière, dont sa faiblesse et ses infirmités douloureuses lui permettaient i j>eiQe 4^. souffrir le mouvement. Ce fut dans ce misérable appareil , où l'on ne reconnaissait point le dominateur dé rAlletnagne, qu'il arriva à ViUadi, en Carin- . thie. Sans s'amuser vainement à inquiéter sa fuite dans des lieux inaccessiÛes à une armée , Maurice se rendit à Passaw, oit devaient se renouer les négociations entamées à Lintz. Les progrès des Tutcs en Hongrie, le défaut d'argent, le désir de se venger du roi de France , faisaient désirer à Tenir

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4^ ABREGli DB LHISTOIRE GBVÉBAI.E

pereur la pacification de rAUémag^e. Afauirice, de son coté, craignait l'ancien électrar^ Jeam^Frëdéric, que Charles-Quint, en fuyant dlnspnidL, avait ronis en liberté. Ces divers motifs amenèrent, le a août i55â, la célèbpe transaction de Passaw. Ce traité portait que le landgrave de Hesse sortirait immédiatement de captivité; que Y intérim serait supprimé; que, dans l'espace d'un an, l'empereur assemblerait une diète pour terminer les disputes religieuses;. qu'en attendant, il y aurait une pleine Uberté de consci^aoe; que les assesseurs de la chambre impériale de Spire pourrai^it être pris indifféremment parmi les protestans et les catholiques, et que si la prochaine diète ne parvenait point à régler les affaires de religion, la présente convention aurait force de loi perpétuelle.

Par le traité de Friedvald , les protestâtes s''étaient engagés à ne faire ni paix ni trêve sans l'agrément du roi de France. De son côté, ce ]^iace avait fidèlemem ^écuté tout ce qu'H leur avait promis , et ses armes avaient fait, dans les Trois- Évêchés et dams l'Alsace, une diversion utile aux confédérés. Ils oublièrent ce qu'ils lui devaient dès qu'ib aour^t n'avoir plus besoin de ses services, et , ne songeant qu'à leurs avantages particuliers, ils le laissèrent seul chargé de toutde poids de la guerre. ( F^ojre:^ F histoire de Henri IL )

Divers incidens, et entre autres la mort de Blaurice (i) , retardèrent la diète, dont la convocation avait été prescrite

(i) Ce prince termina, en i553, à Fâge de trente-deux ans, sa courte et mémorable can-ière. Nonmié génëralbsime d'une ligue formée contré le margrave Albert de Brandebourg , dont les brigandages désolaient F Allemagne , il remporta à Sievershausen une victoire qu'il paya de sa vie. Il ne laissait point de postérité. Sa succession fut réclamée par Auguste , son frère, et par l'ancien électeur Jean-Frédéric. Après quelques négociations , les deux prétendans conclurent un pacte de famille, en vertu duquel Auguste fut investi de la dignité électorale et de la plus grande partie des étals de Maurice. Un territoire peu étendu, une somme de 100,000 florins, et ht réversionde l'électorat, en cas d'extinction de la branche Emestine, furent Je partage de Frédéric.

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DES TBMPS MOOEBUES. 4^^

et ïqhjei déltenniné par la transaolion de Passaw. Elle se tint£nfin à Jug$bourg^ sous les smspices du roi des Romains, en labsence de l'empereur , encore occupé de la gaerre contre la France. Les deux partis se firent de mutuelles con^^essions, et sijg[nèrent , en i555 , un acte de paix perpétuelle et de tolérance réciproque. Toute agression, toute violence pour cause dé religion^ fut défendue à regard de ceux qui suivaient le culte catholique ou la confection d'Augsl^ourg^.mais oi| exclut de.ce privilège toute autre croyance. Cette réserve regardait les calvinistes : ils n'obtinrent Texéroice public de leur culte que par le traité cb Westphalie» On convint que les

' états des deux communions n emploieriient ni la force, ni la séduction, pour attirer leurs sujets à leur religion respective; que les sujets d'une croyance différente de celle do leur seigneur seroient libres d'émigrer; que la juridiction ecclésiastique serait suspendue à l'égard de tous côux de la confiession d'Augsbourg; que les protestans pourrsdent être admis dans la chambre impériale, etc« Mais il resta deux points litigieux : i^ Le s^tième article de la pacification portait que désormais tout prélat ou eccl&iastique qui se séparerait de la communion romaine, résignerait par-là même son bénéfice , et qu'on aviserait à lui donùer un successeur: c'est ce qu'on nonuna dans la suite le ré^rvat ec* clésiastique. Cette, clause,. quoiqu'elle eût été insérée dans l'acte du consentement des deu;c partis, et que les catholiques la considérassent comme loi fondamentale de l'empire, fut depuis contestée par les protestans, a« Le roi des Romains remit aux protestans, de l'aveu des princes ecclésiastiques, une déclaration qui assurait la liberté de conscience aux seigneurs , villes et communautés qui se trouvaient dans les états de «ces mêmes princes. Mais cette déclaration fut rejetée dans la suite par les catholiques , conune la septième clause l'avait été par les luthériens : ainsi le traité d'Augs-

. bourg laissait encore plusieurs points indécis ou imparfaits. Il fit trjsve aux maux de l'Allemagne; il assoupk les discordes inférieures; mais, loin de les étouffer , il contenait en luimême les germes de nouveaux troubles.

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4^6 ABREGE OB L-HISTOIRB CéNEBALE

L'année où iiit conclue cette paciication , Charles-Quint céda à son fils les Pays-Bas et le comté de Bourgogne ; et , Tannée suivante-, après avoir abdiqué toutes ses couronnes^ il se rétira au monastère de Saint-Just,où il mourut en i55& S<Hi frère Ferdinand lui succéda sur le trône impérial. Le nouvel empereur s'efforça de tenir la balance égale entre les catholiques et les protestans, dont les secov^s lui étaient nécessaires contre les Turcs. Il ne négligea rien pour £Edre cesser le schisme^ et provoqua plusieurs fois, de la part de la cour de Rome,4es coneesùons qu'il suj^^t propres à réunir les esprits divisés. Il fit examiner, dans de nouvelles conférences , les points de religion contestés. Ces eonli^a[ices n'ayant rien produit , il sollicita et obtint du pape Pîe IV une houvelle convocation du comàie de Trente, tnterrom* pu depuis iS5â. Cette assemblée fut rouverte pour la troiisième fôis^le 1 8 janvier iS62. Mais, d'une part, les protes> tans avaient pris d'avance la résolution de ne point reconi* naître ses décrets ; de l'autre, le cdhcite ne se p^iîêta à auctf ue concession. Il publia des réglemens utiles pour la réforme de l'Église romaine. D'ailleurs, il confirma tous les dogmes et toutes lea coutumes de la religion catholique, et lesanathèmes qu'il lan^a contre les dissidens détruisirent tout es* poir de reunion. Il se sépara en 'i563. Ferdinand mourut l'année suivante. Fermement attaché à la religion de ses pères , mais tolérant et modéré , ce monarque eta mis fin au schisme ^ si une telle entreprise n'eût demandé que du zèle, de l'adresse et de la prudence, et si les intérêts et les passions n'eussent opposé d'itr?incibles obstacles à l'hôureux /succès de ses desseins.

SECTION IV

Delà Suisse (i5i6-i564).

Ulrich Zuingïe , le réformateur de la Suisse, naquit en 1484 à Wildshausen, dans le Tockerabourg. Après wiçnr étudié & Berne , à Vienne et à l'université de Bâle , la seule

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quil y eût: alors en Suisse , il obtint une cure à Glaris(i5i6), et dès-lors 11 commença à prêcher que rEeriture-Sainte devait être la règle de foi, avant même que Luther eût amioncç cette doctrine à rAllemagne. Bientôt après , appelé à la cure d*Einsiedeln , dans le pays de Schwitz, et enfin à celle de Zurich, i\ ferma successivement l'entrée de ces deux cantons au cordelier Bernard Sarason, envoyé en Suisse par le pape Léon X pour y prêcher les indulgences, dont Zuingle censura le trafic, et même nia l'efficacité, comme Luther le fit à Wittemberg. Peu à peu le novateur s*enfaardit, et, sous prétexte de réforme , il attaqua dans ses fondemens l'Église romaine. Le canton de Zurich , séduit par ses prédications, embrassa le premier la religion éimngéUquei c'était sous ce nom que Zuingle annonçait et établissait son nouveau culte. L'exemple de Zurich entraîna les cantons de Bàle , de Schaffhouse, de Berne, et les villes alli^ de Saint-Gall et de Mulhausen. Les zuingliens changèrent ou supprimé-^ rent la plupart des dogmes ou des cérémonies de l'ancienne Eglise. Ces innovations excitèrent le zèle des cantons restés catholiques, et la Suisse fut en proie aux discordes religieuses, prélude de la guerre civile. Le colloque de Baden^ en iSiâ, n'apaisa pas les esprits* OEcolampade , le plus distingué des disciples de Zuingle, y parut à la tête des réformés, et le célèbre Eckius^ d'Ingolstadt , à la tête des catholiques. On disputa pendant dix^huit jours. Les injures tinrent souvent lieu de raisons, et, après une vaine controverse , où l'on vit jaillir du choc des opinions plus de chaleur que de lumière, chaque parti s'attribua la victoire. Les catholiques pouvaient au moins triompher des dissensions de leurs ennemis; X^ schisme était déjà dans la nouvelle Église.

Deux fanatiques allemands, Storck et Muncer^ crurent voir dans l'Écriture qu'ils étaient appelés à fonder le royaume de Jésus-Christ sur la terre. Le péché devait* être banni de ce royaume ; et, de plus, il devait être le centre de la hberté et de légalité. Là, plus de magistrats ni de princes, plus d'inpots , de dîmes ni de corvées; indépendance absolue en matière civile et l'eligieuse : tel était le principe fondamental

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li'iB ABRÉGÉ DB LHISTOIUE GENERALE

de là secte des anabaptistes: on nommail: ainsi les partisans de Muncer, parce qu'ils rebaptisaient les adultes. Cette secte pénétra en Suisse. Des fanatiques, des mécontehs, des gens sans aveu se réunirent sous la bannière de deux prophètes anabaptistes, Manz et Grebel, de Zurich, et ne voulurent plus désormais ni se soumettre aux magistrats , ni se conformer au culte établi. On ne put ni les ramener par la persuasion, ni les contraindre par des peines modérées, ni les épouvanter par les supplices: il fallut prendre les armes et les exterminer. Les catholiques reprochaient avec raison ces calamités à Luther , à Zuingle et aux autres réformateurs, dont le courroux contre les sectaires ne les justifiait point du tort d'avoir été la cause première de leurs excès.

Une autre plaie intérieure affligeait en même temps FÉglise protestante. Ses deux fondateurs, Luther et Zuingle, se divisèrent sur plusieurs points , et en particulier sur TEucha* ristie. Luther admettait la présence réelle. Son disciple Car^ lostadt, étant d opinion différente^ écrivit contre lui à ce sujet. Banni d'Allemagne par le crédit de Luther, il se réfugia en Suisse, où il trouva, avec l'hospitalité, des protecteurs et de nombreux partisans de sa doctrine. Dès-lors, Zuingle et les théologiens suisses ne furent plus que des réprouvés^ des serviteurs du diable. Luther leur déclara la guerre. Ainsi éclata dès l'origine, au sein des communions protestantes, le schisme qui les divise encore.

Les quatre cantons de Zurich, de Bâle,de Schaffhouse et de Berne étaient entièrement protestans. La réfoimation avait fait aussi quelques progrès dans ceux de Glaris et d'Appenzel, et dans les bailliages soumis à la souveraineté commune, tels que la Turgovie, le Tockembourg et le Rhinthal, Mais sept cantons, Lucerne,Dri, Schwitz, Underwalden , Zug, Fribourg et Soleure, étaient restés fidèles au culte catholique. En iSaS, ces sept cantons et le Valais conclurent, pour la défense de leur foi, une ligue, dans laquelle Ferdinand d'Autriche, roi de Hongrie, entra l'année suivante. En i529, les protestans formèrent une contre-ligue à Berne. Ces précautions annonçaient et redoublaient les défiances et

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DES TEMPS MODERNES. 4^g

les animosit^. Enfin , la réforme s*étendant chaque jour da- • vantagedans les bailliages communs, les catholiques crurent devoir y mettre obstacle, en contestant aux lîabitans de ces bailliages la liberté de conscience. Les Zurichois et leurs confédérés armèrent pour soutenir les réformés de ces provinces. On se mit en campagne de part et d*autre. Pi*^ de trente mille Suisses étaient en ]Mrésence près de Ceq}pelj et allaient s'entr'égorger, lorsque Jean Œbly, landamman de Glaris , qui , dans une autre circonstance , avait déjà sauvé son canton des horreurs de la guerre civile , fit consentir les chefs des deux armées à une trêve de quelques jours, pendant laquelle on convint de tenir un congrès à Arau, Là fut conclu , après de longues contestations , un traité de pacification qui termina ou du moins assoupit la querelle , avant qu'on eût tiré Tépée. Ce traité établissait en principe que chaque état helvétique avait le droit de régler, en ce qui le concernait, les affaires de la reUgion. En conséquence, il fut réciproquement défendu aux deux partis de se troubler l'un lautre dans lexercice de ce droit. Il fut convenu que, dans les bailliages communs, une majorité libre déciderait s'il fallait abolir ou conserver les cérémonies de TÉglise romaine. Les cantons catholiques s'obligèrent à renoncer à leur alliance avec le roi Ferdinand. Tels furent les principaux articles de la paix de religion qui mit fin à ce qu'on appela depuis la première guerre de Cappel ( i Sap ).

Mais le traité fut mal observé de part et d'autre , et, après plusieurs tentatives peu sincères de conciliation , on reprit les armes en i53i. Avant que les protestans eussent rassemblé leurs forces, un corps de Zurichois, posté à Cappel^ fut mis en déroute par les cathoUques. Zuingle était parmi les combattans , et périt dans cette journée , qui coûta à la ville de Zurich l'élite de ses habitans. Cette perte consterna d'abord les Zurichois; mais des secours arrivés de Bâle, de Berne et de Schaffhouse, de Glaris et des bailliages communs, leur rendirent bientôt le courage. L'armée des. réformés, forte de vingt mille hommes, prit l'offensive, et s'avança jusqu'au pied du Zuggerbarg, ou Mont-de-Zug, où les cathoUques

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43o ABBÉfiS DS I^mSTOIRE GENERALE

éudent campés an. nombre de dix HÛlle sealema&t Les proiestans engagèrent aussitôt le combat ; mais la dirisiofi réglait parHii eux : toutes leurs mesures furent mal combinées ei mal exécutées. Us essuyèrent une seconde défaite qui acheva de les désunir* Le canton de Glaris, le comté de Tockembourg fir^it leur paix particulière. Les Zurichois et leurs confédà-és demandèiaent snccessivem^it à traiter. Par un nouTcl acte de padficaûon, on se promit tolérance réciproque; mais les protestans s'engagèrent à payer les frais de la guerre, et furent obhgés de sonffirir, sans y mettre c^tacle , le ràaUissèment de la religion romaine dans la plus grande parue des bailliages communs. •

Les catholiques avaient tnompiié par leur union ; ik en resserrèrent encore les nœuda après la 'victoire. Les réfcmués renouvelant aussi leur ligue rompue par Je dernier traité de padfication; et la Suisse continua d'être divisée en deux conled^tions particulières, dont la jalousie réc^itroque af- £ûblissait nécessairement les forces, de la confédération générale, et fit perdre à la nation une partie de la considération dont elle jouissait chez les étrangers. La ligue catholique comprenait les cantons de Zug, d*£/n, de SekwUzj ^Underivalden^ de Luceme^ de Soleure et de Frib<mrg^ une partie de ceux de Glaris et SAppeRzel^ et le Valais tout jentîer. La ligue protestante ne se composait que des cantons de Baie y de Bernfiy de Zurich et de Sehccffhouse y et de quelques districts de Glaris et è^Appenzel : mais ces contrées étaient les plus ridies et les phts populeuses de FHelvétie.

La révolution qui éclau à Gehèi^Tets ce teraps4à fui un événement avantageux aux réformés. Genève était alors une ville impériale, quoique s^Mumseau domaine direct de ses évéques, et ayant les ducs de Savoie pour suzerains. La£>mie de sa constitudon intérieure était puriranent républicaine. Elle ét^t gouvernée par quatre syndics et un. conseil., dont les membres étaient choisis par le peuple. Les citoyens. étaient consulta sur les nouveUes taxes^ sur les alliances^ sur les affaires qui intéressaient la communauté^ et révêque,!ài«od avènement au si^;e épiscopal^ prétait serm^st entre les mains

DBS TBMPS MODERNES. 4^1

d un syBclic de gard^ les francbises de la cité. De cette division des pouvoirs, de ces juridictions div^'ses, souvent opposées Tune à Tautre, naquirent deux pards qui subsis^ tèrent long-temps dans ïikaU Le premier était composé de ceux qui se donnaient pour défenseurs des privilèges de la république; ils s'allièrent en 1 5 19 aVec la ville de Friboui^, et prirent alors ou reçurent le nom de Eidgenossen , ou confédérés pur serment, que les Suisses avaient adppté dès lorigine de la confédération helvétique , et d où se forma dans la suite, par corruption, celui de /tuguenots. Ils flétrirent en même temps du nom de mamelmks ou ^esclopes ceux qui soutenaient les prérogatives des évêques ^ des ducs de Savoie. Le duc Charles III, s'étant avancé avec un corps de troupes, désarma le parti huguenot on républicain, le fotça de renoncer à son alliance avec Fribourg, et tint sa cour à Genève pendant plusieurs années, pour consommer Tassujétissement de cette ville. Mais en iSaS , après la bataille de Pavie, espérant profiter de rabaissement des Français en Italie , il retourna en Piémont , et cessa dq^uis ce temps de résider à Genève. Son éloignement permit aux huguenots de reprendre leurs premiers desseins. Ils recherchèrent de nouveau la protec^ tion des Suisses, et, en i5a6, ils conclurent un traité d'alliance avec les cantons de Fribourg et de Berne. Dès*lors, le peuple de Genève refusa de reconnaître le magbtratq[ui rendait la justice au nom du duc, et lui substitua uii o^ier qui exerça sa charge au nom de la ville. Les mamehicks furent humiliés et persécutés. Les chefs de ce parti ,se bannirent d'eux-mêmes, et, sur leur refus de revenir, ils furent déclarés convaincus de trahison.

Ce fut vers la niéme ^oque (i5a8) que la doctrine protestante s'introduisit à Genève^ où ^le fit en peu de temps des progrès rapides. Tous les nouveaux protestans grossirent le parti des huguenots. Le zèle rdigi^n envenima les haines politiqi>es. Les deux fiactions en vinrent souvent aux makis dans l'enœinte de la ville , ei la lutte se termina presque toujours à ravsmtage des pr^estans. Enfin, l'évéque Rerne de La Baume, ne pouvant plus souffrir leur insolence, s<^t

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de Genève en i533, et se joignit au duc de Savoie contre ]*ennemi commun. Le duc parvint à détacher le canton de Fribourg de l'alliance des Genevois, vint assiéger ses sujets rebelles , et tenta de se rendre maître de la ville, d*abord par surprise, et ensuite à force ouverte (i534). Il échoua dans toutes ses entreprises; et bientôt après, Tinvasion de ses états par les Français mit le comble à son infortune^ Tandis que l'armée française soumettait le Bugey, la Bresse, la Savoie et le Piémont, les Genevois s'emparèrent de tous'les chàteaux-forts que les ducs de Savoie avaient construits dans le voisinage de leur ville; et les Bernois subjuguèrent le pays de Vaud, sur lequel ils avaient d'anciennes prétentions, et dont le traité de Lausanne^ en i564, leur a confirmé la possessioti. A la faveur de tous ces événemens, Genève consolida son indépendance, que n'ont pu détruire tous lés efforts des ducs de Savoie pour rétablir dans cette ville leur domination.

Les Genevois consacrèrent les premiers momens de leur liberté à la destruction du ctilte catholique. Le 27 août i53S, le gouvei^ement proscrivit solennellement la religion romaine, exigea de tous les citoyens le serment de rejeter le papisme y et d'observer une confession de foi qui fut dressée par Farel , protestant français , réfugié à Genève , et qui avait eu la plus grande part à la révolution religieuse opérée dans cett^ ville. Ce fut dans ces circonstances que Jean Calvin , chassé de France, arriva dans la nouvelle république (iSSj). Calvin naquit à Noyon, le 10 juillet iSop. Destiné par ses parèns à Tétat ecclésiastique, il fréquenta plusieurs universités, entre autres celle de Bourges, où un grammairien aUeman4, Melchior Wolmar, lui enseigna le grec, et lui inspira en même temps les principes du luthéranisme* A r^ge de vingt-trois ans, il résigna sa cure de Pont-l'Evêque , qu'il occupait depuis cinq ans , et vint dogmatiser à Paris. Il fut obligé d'en sortir en i534, pour éviter d'être arrêté; et, après avoir erré dans plusieurs villes , soit dans le royaume y soit hors du royaume, laissant partout dés traces de son passage, il se rendit enfin à Genève, où Farel l'invitait avenir

Digiti

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partager les travaux de son apostolat. Calvin y obtint bientôt le crédit et Timportance d'un chef de secte. Cependant, ayant voulu changer trop brusquement des rits auxquels Genève tenait encore, et s'étant fait beaucoup d'ennemis par son caractère violent et opiniâtre, il fut banni en i538 avec Farel. n laissait à Genève un grand nombre de partisans : il fut rappelé en i54i ^ et recouvra une autorité presque illimitée, qu'il conserva jusqu'à sa mort. Il donna seul à la religion de Genève sa forme définitive ; il en régla la doctrine et la discipline. Aussi intolérant que Luther, il déclara la guerre à quiconque ne partageait pas ses principes. Aussi arrogant et aussi grossier dans la contrêverse^ ^es adversaires étaient toujours des fripons ^ des Joux, des méckanSy dès wrognes^ àes/urteux^ des enragés y des létes^ des taureaux^ des ânes y des cfdens ou àes pourceaux. Penser autrement que luf, fiit quelquefois un crime capital : témoin le supplice du genevois Perrin, à qui Calvin fit trancher la tête, parce qu'il s'alarmait de l'affluence des Français à Gepève; témoin encore ce malheureux Servet, qui, pour des opinions folles syr la Tçînité , fut brûlé par ordre du réformateur. Et ce même homme qu'animait un fanatisme persécuteur et exclusif, avait cémmente le traité de Sénèque sur la Clémence^ et dédié à François I*' son livre de V Institution^ où il invitait ce monarque à la tolérance et à la douceur. Calvii^, pendant toute sa vie, et l'on peut dire pendant tout son règne, maintint la paix à Genève par sa fermeté despotique; mais il vit i^ître et io^ menta les troubles religieux de la France. La conjuration* d'Amboise, le massacre de Vassy , la bataille de Dreux, l'assassinat dm duc de Guise et ses suites, durent les fruits dt ses intrigues et de sa doctrine. Il termina sa carriè];^ à Genève, le 27 mai 1564» ^ 1*%^ de cinquante*six'ans, au milieu de ces horreurs qui eontinuèrent en France loQg-temps après sa mort, et que ses disciples, sous le nom àe puritains y devaient renouveler en Ecosse et en Angleterre. .

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