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qui , livrant les livres «aînts aux interprëtaftipns de chacun, présentaienlà la multitude le séduisant appàtdeVindépendance religieuse. La joie qu'ils ressentaient de cet événement fut troublée par une terrible catastrophe. Anne de Boleyn, leur protectrice, perdit Tamour de son époux, et monta sjXv ^échafa^d. Quoique les mœurs de cette princesse paraissent avoir été irréprochables, la légèreté indiscrète de son bur ineur, 1^ liberté de ses manières , fournirent à ses ennemis loccasion de la perdre : ils l'accusèrent auprès du roi din&délité.; il les crut d autant plus aisément , que sa tendresse pour Anne de Boleyn était éteinte par un nouvel amour* Jeanne Seymour^ lune des filles dTK)nneur de la reine, était alors l'objet de ses vœux. Anne fut enfermée à la tour ; elle protesta de son innocence. Elle écrivit à son époux une lettre noble et touchante , capable de fléchir un cœur moins inexorable. Condamnée à être brûlée ou décapitée, selon la volonté du roi, elle lui recommanda sa fille Elisabeth, nia jusqu'au bout le crime qu'on lui imputait , et mourut avec intrépidité. Henri fit en quelque sorte l'apologie de sa vicr time en épousant Jeanne Seymour le lendemain de l'exéour tion. Son second mari^^ge fut déclaré v^ul, comme l'avait été le premier. Elisabeth eut; le sort de Marie^ et la successioft fut assurée à la postérité de Jeanne Seymoiir^ Dans la suite ^ Je parlement de i544 > ^^ accordant au fils de Jeanne la iHaor rite , rétablit les princesses dans leur droit à la sux^cessioQu
Cependant les innovations rehgieu$es et la sup|>ressioii des monastères excitaient des méçontentemens. Des révdltes éclatèrent dans les provinces septeptriiOdales (ï537).l4e peuple de ces contrées, fid^eihent attacbié aux anciennes doctrines, n'avait pu voir saio^ luie pieuse indignation la
k discuter le n^ns de& écritures dans les cabarets à iMere etfcs tavernes , où , échauffés par la controverse et la liqueur , ils se livraient aux débats les plus scandaleux, il ordonna (i542) que la traduction, jusque-là autorisée , serait à jamais prohibée comme frauduleuse et infidèle , et la remplaça par une autre , dont la lecture , permise seulement aux chefs de famille , fut défendue à toute autre personne , sous peine d'un emprisonnement d'nn mois.
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destruction d'établissemens qui étaient pour lui Fobjet d*tin respect héréditaire ; les moines, chassés de leurs maisons, et, en plusieurs lieux , forcés de mendier leur pain ; les pauvres , jadis nourris aux portes des monastères , actuellement abandonnés sans secours : d'un autre coté , les nobles et les pro» priétaires des campagnes , anciens protecteurs des commu-* nautés détruites, se plaignaient d avoir été frustrés des réversions réservées par les chartes de fondation, et préten^ daient que, d'après la loi, lorsque ces corporations religieuses cessaient d'exister, leurs terres devaient retourner, non à la couronne , mais aux représentans des premiers dona* teurs. Trente mille mécontens se réunirent et marchèrent sur Londres. Mais on les divisa d'abord par des négociations et par des promesses ; on acheva de les disperser par la force; «t le supplice des principaux chefs étouffa l'insurrection. Ces mouveraens redoublèrent la haine du roi contre les moines ; il résolut de leur porter les derniers coups. Le parlement passa un bill (i536) qui investissait la couronne de toutes les propriétés , meubles et immeubles , des établissemens monastiques. Cette mesure fut colorée du spécieux prétexte de l'intérêt public: elle devait, disait-on, mettre un terme à la mendicité et aux taxes, donner au roi la facilité de créer et de doter des comtes, des barons et des chevaliers; enfin, défrayer la guerre à l'avenir, en dispensant de recourir à de nouveaux impots : belles e^érances dont le peuple reconnut bientôt la vanité ! La mendicité ne fit que s'^iccroître : les propriétés monastiques se répartirent entre les parasites de la cour; et le roi ne tarda pas à réclamer un nouveau subside, comme indemnité de la dépense que lui avait coûté la réforme de la religion de l'état. La spoliation des moines se trouva entièrement consommée en i54o^ Le revenu des communautés abolies, parmi lesquelles on compte cent dix hôpitaux et quatre-vingt-dix collèges , s'élevait à 160,000 livres sterling , qui faidident environ la vingtième partie du revenu national. Le roi en réserva une portion pour la sub* sisunce des moines et des religieuses ; le reste fut bientôt dissipé en fêtes et en prodigalités.
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Henri YIU, en persécutant l'Église romaine, étalait toujours le même zèle pour la doctrine catholique. Un docteuTi nommé Lambert^ maître d'école à Londres, en fit une terriUe épreuve. Cité devant les évêques pour des propositions peu orthodoxes , Lambert en appela au roi, chef de l'Eglise. Dans la salle de Westminster , en présence d'un nombreux auditoire de prélats et de pairs du royaume, le monarque ii^terrogea le docteur sur l'Eucharistie. L'interrogatoire dégénéra en dispute. Après une vive controverse, Henri, pour dernier argument, somma Lambert de se rétracter ^ ou de se prépa« rer à la mort. Le docteur persista dans ses opinions, et fut brûlé en 1539.
La même année, en qualité de chef suprême de l'Église, Henri annonça à l'Angleterre ce qu'ellç devait désormais pratiquer et croire en matière de religion. Le parlementpassa le fameux bill des six articles^ que les religionnaires ont appelé le statut de sang* Cette loi établissait la présence réelle , la communion sous une seule espèce, l'obligation de garder le vœu de chasteté, le célibat des ecclésiastiques , l'utilité des messes privées , enfin la nécessité de la confession auriculaire. QuicoVique nierait le premier article , devait périr par le feu. La résistance aux cinq autres entraînait la confiscation et l'emprisonnement pour la première fois, et la peine de mort, en cas de récidive. Le parlement couronna cette œuvre lyrannique par un acte non moins étrange; il donna aux proclamations ou édits du roi la même force qu'aux statuts parlementaires : ainsi la puissance législative se trouva transférée à la couronne.
Henri YIII avait enfin un héritier : en i537 , Jeanne Seymour lui avait donné un fils, qui régna depuis sous le nom d'Edouard; mais ce prince avait coûté le jour à sa mère, que la mort déroba peut-être à la cruelle inconstance de son époux. En i54o, Henri contracta un nouveau mariage. Cromwell, sur un portrait flâneur et infidèle, le détermina ^ épouser Anne de Clèçes^ jfiUe du duc de ce nom; mais la vue de cette princesse n'ayant point répondu à l'idée qu'il s'en était formée , il conçut pour e\]fi une aversion qui rie*
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tomba sur Cromwell, Ce ministre était généralement haï: des nobles, comme un homme de néant, qui, par son adresse et ses intriguas , s était élevé du rang le plus bas aux premières dignités de Tétat; du clergé et des catholiques , conime destructeur des monastères; de toute la nation ^ comme auteur d^une taxe énorme récemment imposée, à une'époque où le roi n'était obligé à aucune dépense extraordinaire, et lorsque le trésor était supposé rempli des dépouilles des communautés supprimées. Le roi Tabandonna à ses ennemis , qui laccusaient d'hérésie et de trahison. Con« damné à mort par les deux chambres, il subit sa sentence , après avoir vainement sollicité sa grâce de Tinexorable monarque. Henri , bientôt après , fit casser par le clergé et par le parlement , son mariage avec Anne de Glèves, et il épousa Catherine Howard y nièce du duc de Norfolck.
La persécution qui continuait CQUtre les catholiques non moins que contre les protestans, excita, vers ce temps, une révolte dans le comté d'Yorck. Sir JohnNevil se mit à la tête des mécontens. Il fut pris et puni de mort. Le roi supposa que le cardinal Pôle était l'instigateur de la rébellion. Pôle était fils de la comtesse de Salisbury , dernier reste du sang royal des Plantagenets. Il avait blâmé la conduite de Hetirl à l'égard du pape, qui lavait récompensé par la pourpre romaine. Pôle résidait en Italie, et refusait de revenir en Angleterre , où il entretenait de secrètes correspondances. Henri vengea sur la mère les complots qu'il attribuait au fils , evt faisant trancher la tête à la comtesse de Salisbury (i54i )•
(1542.) Avant son mariage, la nouvelle reine avait eu de coupables amours. Ses parens^ pour l'élever au trône, avaient caché au roi ses fautes et son déshonneur. Ce silence hii coitta la vie. Grannier , instruit de la vérité, la révéla au roi, qui, ayant approfondi le fatal secret, assembla le parlement, son vengeur ordinaire. Un bill de proscription condamna Catherine à être décapitée. Elle fut exécutée en 154^ 9 ^^ Tannée suivante, Henri épousa, en sixièmes noces, la veuve du lord Latimer , Catherine Parr^ qui failUt être envoyée à Téchafaud pour avoir défendu, devant son mari, les opinions des pro-
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teslans , et qui ne dut son salut qu'à une prompte et adroite rétractation.
L'extension dé la jurisprudence anglaise à la principauté de Galles y une révolte de llrlande, des hostilités et des négociations avec l'Ecosse, une guerre avec la France, occupèrent les dernières années du règne de Henri VIII.
Descendant d'une famille galloise, ce prince portait naturellement son attention vers la patrie de ses ancêtres. Elle était en proie à tous les désordres de l'anarchie féodale. Les ordonnances du roi y étaient sans force. Chaque seigneur prétendait avoir seul droit de justice sur ses terres ; d'où il résultait qu'après avoir commis les plus grands crimes, il suffisait, pour échapper à la peine, de pouvoir se réfugier sur les terres d'un lord voisin, et d'acheter sa protection. Le roi, pour mettre fin à cet état de choses illégal et pernicieux, déclara que le pays de Galles serait incorporé au royaume iT Angleterre , et régi par les mêmes lois ; que tous les juges y seraient institués par lettres-patentes royales; que les divers comtés ayant uiv bourg enverraient des députés au parlement , etc.
En Irlande, les innovations religieuses de Henri YIU avaient été vues avec une égale horreur par les indigènes et par les eolons anglais de l'île. Les deux races se réunirent pour la défense de leur foi commune. Mais O^Neal^ le plus puissant des chefs insurgés , ayant été défait par le gouverneur , lord Gray, les autres chefs se soumirent à l'autorité royale. Alors , du rang de seigneurie y l'Irlande fut élevée à celui de royaume. La pairie fut sollicitée par les lords irlandais , et par O'Neal lui-même y connu depuis sous son nouveau titre de comte de Tyrone (i543). Enfin, quelques réglemens pour Tadministration de la justice achevèrent la pacification de l'Irlande, où là puissance des Anglais n'avait jamais paru mieux établie depuis l'invasion de Rie par Henri H.
Henri VIO voyant son despotisme affermi efi Angleterre et en Irlande , voulait étendre son influence en Ecosse, et obliger le roi Jacques V, son neveu , à adopter ses opinions religieuses, et à rompre son alliance avec la France. Sur ses refus, il lui déclara la guerre.
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Jacquet V mourut au commencement des hostilités , laissant une fille , son unique héritière , née seulement depuis quelques jours , que sa beauté, ses fautes, et surtout ses malheurs, devaient rendre si célèbre sous le nom de Marie Stuart. Le cardinal Beaton, primat d'Ecosse, s'empara d'abord de la régence auf)réjudlce du comte d'Arran, le plus proche parent de la jeune reine. Il rejeta les propositions de Henri VIII qui voulait fiancer soti fils Edouard avec Marie. Mais le parti du comte d'Arran l'emporta à son tour, et ce seigneur, déclaré logent par les états , conclut \in traité pour ce mariage (i543). On convint que la reine demeurerait ea Ecosse jusqu'à l'âge de dix ans, qu'elle passerait ensuijte en Angleterre î)our y être élevée, et que l'Ecosse, malgré sa réunion avec l'Angleterre , conserverait toujours ses lois et ses privilèges. Cependant le primat, par ses intrigues, réussit è faire rompre les engagemens contractés «vec Henri YUI, et , prévoyant que ce prince prendrait les armes pour se venger, il* demanda du secours à François P^ François lui en . promit, et, en attendant, fit passer en Ecosse un dangereux ennemi pour le comq^ d'Arran , Mathieu Stuart, comte de Lenox, qui vivait alors à la cour de France. Henri YUI, irrité, conclut une ligue offensive et défensive avec l'empereur. La guerre fut déclarée à François P^ Henri envoya quelques troupes à son allié; mais l'Ecosse attira principalement son attention (i 544)<^ ^^ discorde troublait ce royaume. Le comte d'Arran s'était , à la vérité , réconcilié avec le primat; il avait ibjiyé la religion réformée , et accepté une transaction qui lui conservait le titre de régent, çlont Beaton exerça le pouvoir. Mais le caractère entreprenant de Lenox inspirait des craintes au primat : il l'avait éloigné des affaires. Après une teïltative de révolte, Lenox avait traité et mis bas les armes* Retiré dans ^es domaines, il fortifiait ses châteaux et méditait de nouveaux desseins, lorsqu'une armée anglabe envahit une seconde fois l'Ecosse. Elle n'y fit qu'une incursion ra* pide. Lenox , soupçonné de l'avoir favorisée, fut chassé et se réfugia en Angleterre. Henri VUI, non content de lui ouvrir un asyle, lui donna la main de sa nièce. Il laissa r^pirer
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rÉcosse, et tourna toutes ses forces contre la Fiance. Il descendit à Calais à la tète dune armée, fit quelques sièges, s'empara de Boulogne^ perdit Talliance de Charles- Quint, qui traita séparément avec François P', et, par cette défection, il demeura seul cliargé du poids de la guerre. Il la soutint encore deux années^ qui ne furent marquées par aucun événement mémorable , ni sur terre ni sur mer. Enfin, en i546, il signa lapaix^ retenant Boulogne jusqu'au paiement des sonunes qu'il réclamait de la part de la France , et qui devaient être acquittées en huit ans. L'Ecosse fut comprise dans le traité.
Depuis long-temps la santé du roi dépérissait ; un ulcère à la jambe lui causait de cruelles douleurs ; ses souffrances aigrissaient encore son humeur violente et sanguinaire^ Il entra en défiance du duc de Norfolck, recommandable par ses longs services et par sa fidélité. On l'arrêta avec son fils , le comte de Surrej, qui avait encouru la haine du roi pour quelques saillies indiscrètes. On les accusa d'être suspects de correspondance avec les ennemis de l'état. Surrey fut jugé le premier, et exécuté. Norfolck fiit ensuite condamné^ et son exécution fixée au 29 janvier matin (i547). Mais le roi étant mort dans la nuit, on craignit de souiller par un acte de tyrannie le commencement d'un nouveau règne.
Jamais prince n'exerça sur ses sujets un empire plus absolu que Henri YIII. Agissant d'après le principe de son infaillibihté politique et religieuse , il commanda l'obéissance passive, et fit de l'Angleterre un peuple d'esclaves. Il asservit lesparlemens par la terreur; la nation par la terreur et les parlemens. ' Depuis l'extinction des grandes familles détruites par les guerres civiles, la chambre des pairs était en général composée d'hommes nouveaux^ qui tenaient leurs honneurs et leurs richesses de la générosité de Henri ou de son père. Ce qui restait encore de lancienne noblesse tremblait devant un maître dont la -politique était d'abaisser les grands et de punir leurs fiiutessans miséricorde^ tandis qu'il allait chercher dans les classés les plus obscures ses favoris et les dépositaires de son autorité. Les pairs spirituels, privés par le schisme de I. 29
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la force qu^ils tiraientautrefois de la protection du saint*siég^ey n'étaient plus que les délégués du roi et les dociles minières de ses volontés. Quant aux membres des communes , la plu* part étaient nommés par la couronne ou par les lords. Us ne devaient se perme^re qu'une liberté Vec^/t/e; et s'ils osaient quelquefois contrarier le^vorax de la cour, aussitôt le roi mettait fin à leur opposition par des réprimandes sévères ou des messages menaçans. De tels parlemens n'étaient point à craindre pour la couronne : aus^ Henri VIII les convoquat41 fréquemment; et toujouirs ils sanctionnèrent ses demandes les plus illégales et les plus violentes. Par les adulations qu'ils lui prodiguaient toutes les fois qu'il ouvrait ou fermait les sessions en personne, ils semblaient eux-mêmes l'inviter à la tyrannie. Dans ces occasions , le chancelier ou le président lui débitaient une longue adresse, dont son éloge était le siqeC invariable. Les orateurs, disputant de bassesse, flattaîœtsa vanité par les louanges les plus outrées. A les entendre, il était impossible de dignement décrire les ineffables qualités de son esprit , les sublimes vertus de son cœur royal : il était un Salomon pour la sagesse , un Samson pour la force et le courage, un Absalon pour la beauté : Dieu lavait élevé audessus de tous ses prédécesseurs , au-dessus de tous les rois du monde; il lui avait donné la connaissance parfeûte des écritures, pour renverser le Gk>liath romain; la connaissance parfaite de Fart de la guerre , pour triompher de ses ennemis ; la, connaissance parfaite du gouvernement^ pour faire jouir ses peuples des douceurs de la paix , etc. Pendant ces haran-t gués, toutes les fois que les mots très^acrée majesté étaient prononcés , l'assemblée entière s'inclinait profondément devant le demi-dieu , qui affectait de recevoir avecindi£férence cet encens grossier.
Quelle merveille qu'une telle servilité ait encouragé Henri YUI à tout oser! Aussi rien ne fut* il sacré pour ses passions et ses caprices tyranniques. On le voit plier la religion à $es fantaisies; changer plusieurs fms l'ordre delà succession; anéantir le pouvoir législatif des parlemens , en donnant force de loi à ses proclamations royale$ ; m^ltiplier les crimcts de
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trahison ; attacher la peine de mort à la transgression des ordonnances les plus vexatoires et souvent les plus ridicule^; faire monter des victimes de tout rang et des reines même sut réchafaud ; joindre à cette soif de sang une cupidité dévo* rante, insatiable (i); se jouer enfin de la croyance, de la liberté, de la fortune et de la vie de ses sujets. Conmient se fût relevée l'Angleterre de cette abjecte et profonde servitude, si, poussant au dernier e^cès Tabus de sa prérogative, il eût aboli jusqu'aux formes d'un gouvernement libre, et supprimé les parlemens ? Mais il laissa subsister ces assanblées dont r^xistenee, lors même qu'elles sont réduites à une vaine représentation, est toujours un élément de liberté qui, pour se dévelo{^er, n'a besoin que d'une circonstance favorable. L'esprit de résistance au pouvoir arbitraire s'attacha graduellement à ces formes que Henri YIII avait conservées; et, par une réaction violente, la liberté anglabe, rompant «nfin toutes ses entraves , devait un jour faire cruellement expier . aux malheureux Stuarts le de^tisme des Tudars.
Edouard VI (i547-i553).
Edouard VI n'était âgé que de neuf ans et quelques mois lorsqu'il succéda à son père. Henri avait fixé sa majorité à dix-huit ans révolus. Il avait nommé seize exécuteurs testamentaire§, assistés de douze conseillers , pour administrer le royaume durant cette longue minorité. Mais les volontés des princes, même les plus absolus, sont rarement respectées après leur mort. Les exécuteurs testamentaires réformèrent d'abord les dispositions de Henri, en substituant le gouver-
(i) Ayant la Tingt-sixième année du régne de Henri VIII , les re^ cetJLes de réchk|ui«r avaient excédé la réunion des taxes imposées par tous les rois précédens. Cette sonune énorme fat plus que doublée avant sa mort par des subsides , des emprunts jamais rendus , des tions gratuits forcés , Faltération des monnaies , la sécularisation d*une partie des propriétés cléricales, et la spoliation des monas-^ lèves*
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nement d'un seul au gouyemement collectif qu'il établissait par son testament. Le comte «THertford , onde maternel cfÉdouard VI, fut nommé protecteur, et créé duc de Sommerset. Le protecteur joignit bientôt à ce titre celui de régent, qu'il se fit conférer par une patente du jeune roi , avec le plein exercice de Fautorité royale.
Sommerset était partisan de la réforme. Investi du souverain pouvoir, il ne dissimula plus son penchant : il fit élever Edouard dans les principes du protestantisme, et se concerta avec Cranmer pour abolir la religion catholique. Mais un diangement trop rapide était dangereux : ils résolurent de procéder lentement et par degrés. En vertu du pouvoir législatif attaché sous Henri Vin à la couronne, Sommerset suspendit pour un temps Fautorité épiscopale, et ordonna une visite dans tous les diocèses du royaume. Il y envoya des commissaires laïques et ecclésiastiques , chargés de supprimer ou de modifier les anciennes cérémonies de l'Eglise romaine, et de ramener , autant qu'il serait possible , le culte et la disci« pline aux usages des églises réformées: enfin, on défendit aux prédicateurs de prêcher hors de leur paroisse. Ce régie* ment , auquel on prétendait bien ne pas asservir les ministres protestans, avait pour but de diminuer Finfluence redoutée des prédicateurs cathohques. Gardiner, évéque de Winchester, Fun des anciens ministres de Henri VIII, s'opposa fortement à ces nouveautés. L'année suivante , il fut mis en prison , sous prétexte qu'il était contraire à la suprématie du roL
Pendant ce temps, l'Ecosse était plus agitée que jamais. La réforme, introduite dans ce pays, avait pris chez le sauvage Ecossais un caractère d enthousiasme et de fanatisme plus violent que dans les autres états de l'Europe. Le cardinal Beaton, alarmé de ses progrès, voulut les arrêter par les supplices : il fit brûler un prédicant, nommé Wishait, qui lui annonça , du milieu des flammes , que dans peu de jours il porterait la peine de sa cruauté, et les disciples de cet enthousiaste vérifièrent la prophétie en assassinant le cardinal ( 1 546). Cet événement alluma une guerre civile. La reinedouairière, Marie de Lorraine^ qui s'empara du pouvoir de
la régence, dont elle laissa le titre au comte d'Ârran, demanda du secours à la France; les rebelles en demandèrent à l'Angleterre. Sommerset passa en Ecosse avec une armée de dix-huit mille hommes. Il proposa d'unir les deux royaumes par le mariage de la jeune reine avec Edouard YI, et offrit la paix à ce prix. La bataille de Pinkey^ à cinq milles d'Edimbourg, suivit les refus de la reine-mère. Les Ecossais furent mis en déroute ; dix mille d'entre eux restèrent sur la place : les Anglais ne perdirent que deux cents homtnes. Sommerset ne profita point de son avantage. Impatient de retourner à Londres , où des cabales se formaient contre lui , il partit, et laissa le comte de Warwick pour négocier avec le comte d'Arran , qui proposait un acconunodement : mais ce n'était qu'un artifice de la part du régent d'Ecosse, qui attendait des secours de France , et cherchait à gagner du temps.
Sommerset, de retour en Angleterre y convoqua un parlement pour abolir les lois de Henri VIII , et consommer l'ouvrage de la réforme. On abrogea le statut des six articles , ainsi que la loi sur les proclamations royales. Ou interdit les messes privées ; on permit aux laïcs la communion sous les deux espèces ; le pouvoir fut accordé au roi de créer les évêques sans l'élection des chapitres. Enfin, ri fut ordonné, sous des peines sévères, de reconnaître la suprématie du roi, et de rejeter celle du pape. Le protecteur supprima ensuite, de sa propre autorité, plusieurs pratiques et cérémonies de l'Église romaine, et fit enlever les images des églises.
Plus la réforme s'étendait en Angleterre, plus Marie de Lorraine devenait contraire à l'alliance proposée par Sommerset. Un secours de six mille hommes arrivé de France en Ecosse affermit la reine-mère dans sa résistance. Elle convoqua un parlement , où l'on résolut d'envoyer la jeune reine à la cour de France. Elle y fut conduite sans délsû , et fiancée avec le dauphin. Le comte d'Arran, pour prix de cette alliance, obtint une pension de Henri II, et le titre de duc de ChâteÙerault (i548}.
Le régent d'Angleterre fit quelques efforts contre l'Er
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4^4 ABRÉGÉ SB li HISTOIRE GÉNÉRALE
cosse; mais Sommerset était alors un ennemi peu dangereux. Le lord Seymour, son propre frère, aspirait à le supplanter. Assuré d'un grand nombre de partisans qull pouTait armer au besoin, il décriait le gouvernement du protecteur, et ne déguisait plus ses desseins.
Dans le même temps, un autre ambitieux , Dudley^ comte de Warwicky témoin de la haine de ces frères, et perfide confident de tous deux, entreprit de les perdre l'un par l'autre, et de s'élever sur leur ruine. Sommerset, empoisonné de ses conseils, et surmontant l'horreur d'un fratricide, déféra Seymour au parlement comme coupable de haute-trahison. Le parlement passa un bill de proscription ; le protecteur signa la sentence, et Seymour fut exécuté (ï549).
Le parlement s'occupa ensuite des affaires ecclésiastiques. On avait nommé une commission d'évêques et de théologiens pour régler la liturgie de l'église anglicane. Les commissaires présentèrent une nouvelle forme de culte, qui conservait cependant de l'ancien rit ce que les principes des protestans pouvaient admettre. Le parlement établit la liturgie proposée ; et la réformation anglicane , telle qu'elle existe aujourd'hui, fut alors presque entièrement achevée.
Le pouvoir royal que Sommerset exerçait dans toute son étendue, ses immenses richesses, la condamnation de son frère , excitaient contre lui ou l'envie ou la haine. Warwick sut mettre à profit ces dispositions : il forma dans le conseil un parti j)uissant contre Sommerset. Le protecteur voulut d'abord employer la force pour réduire ses ennemis; mais, abandonné de presque tous ses partisans, il céda à la mauvaise fortune, et se démit de la régence. On dressa contre lui une accusation , fondée sur ce qull s'était emparé du gouver*nement et avait usurpé tous les pouvoirs. Cachant mal son effroi sous la forme du repentir , il s'avoua coupable, et implora sa grâce à genoux. Le parlement le dépouiUa de toutes ses charges, le condamna à une amende, et lui permit de vivre. Warwick, qui se trouva à la tête du conseil de régence, le méprisa assez pour l'y labser rentrer. La paix avec la France suivit cette révolution. On rendit Boulogne à Henri II,
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mayennant 4oo,ooo ëcus, et l'Ecosse fut comprise dans ce traité ( 1 5 5o ) comme dans celui de 1 546»
Warwick était ^ ainsi que Sommerset, partisan de la religion réformée. Les catholiques étaient encore nombreux, et plusieurs éyéques refusaient d'adhérer aux innovations religieuses. On résolut de les déposer. On commença par Gardiner, qui était prisonnier depuis deux ans. Sur ses refus de signer plusieurs articles que rejetait sa conscience , il fut jugé par une commission que présidait le primat Cranmer. Une sentence illégale le priva de son évéché, et le condamna à une prison plus étroite. l>'autres prélats furent traités comme luL On inquiéta la princesse Marie elle-même : élevée dans la religion de sa mère, elle était odieuse aux réformateurs , dont le zèle, forcé de se plier à la politique , lui accorda à regret une tolérance que réclamaient pour elle les prières et les menaces de Charles-Quint.
Sommerset était tombé de trop haut et trop honteusement , pour pouvoir se relever de sa chute. Il eut le tort de ne point étouffer dans son cœur lambition sans cesse re* naissante , et Warwick eut le tort de le craindre. Sommerset, depuis sa déposition, se répandait en discours imprudens, et formait des projets de vengeance qu'il abandonnait aussitôt. Warwick le lit arrêter, et condamner à mort, sous prétexte de haute-trahison. Il fut exécuté en i55a.
La ruine dun rival 5 et le titre de duc de Northumherland^ ne comblèrent pas tous les vœux de Warwick. Il aspirait à l'autorité suprême , et la mauvaise santé du roi encourageait cet espoir ambitieux. Il persuada d'abord au jeune prince de changer l'ordre de la succession. Il lui représenta que la naissance de ses sœurs Marie et Elisabeth, déclarées illégitimes par le parlement, les rendait indignes du trône, malgré leur réhabilitation et le testament de Henri VIII ; que la reine d'Ecosse 9 Marie-Stuart, soit par les dispositions du feu K», toit par sa qpialité d'étrangère , était déchue de tous ses droits; que dès4org la succession se trouvait naturellement dévolue à la marquise de Dorset , fille ainée de Marie d'Angleterre, et, après elle, à Jeanne Gray, sa plus proche
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héritière, en. qui la jeunesse, la beauté, la vertu, le savoir rehausseraient l'éclat de la couronne (i). Tandis que, par ordre du roi, le conseil délibérait sur cette affaire, Northumberland, ayant procuré au marquis de Dorset le titre de duc de Suffolck qui venait de s'éteindre, lui proposa unmariage entre Guilford Dudley, son quatrième fils, et Jeanne Gray , fille du nouveau duc. Cette proposition fut acceptée pour le malheur des deux.époux* Enfin, Northumberland obtint du roi des lettres-patentes qui éloignaient du trône Elisabeth et Marie , et y appelaient à leur place les héritiers de la marquise de Dorset. Edouard mourut peu de temps après dans sa seizième année (6 juillet x553 ). Cet intérêt qui s'attache à la jeunesse des rois , cette compassion tendre qu'inspire un prince adolescent moissonné dans la fleur de l'âge , d'heureuses qualités qui promettaient un règne doux et prospère, le firentregretter de son peuple.
Marie (i553-i558).
Northumberland se hâta de proclamer Jeanne Gray. Douce, modeste, passionnée pour l'étude, elle accepta malgré elle ce fatal honneur. Le peuple apprit son avènement dans un triste silence qui condamnait l'usurpation.
Cependant Marie, retirée dans le comté de Suffolck, rassembla en peu de temps une nombreuse armée. Northumberland, marchant pour la combattre, fut abandonné de tous les siens. Il montra dans le malheur toute la bassesse de Sommerset. Lorsqu'on vint l'arrêter, il se jeta à genoux et demanda la vie : mais Marie le sacrifia à sa sûreté ou à sa
(i) Henri YII avait laissé un fils et deux filles : Henn' f^IIJ ^ qoihxi succéda; Marguerite^ qui épousa Jacques IV, roi d'Ecosse, dont elle eut Jacques Y , père de Marie Stuart ; Marie , qui épousa en premières noces Louis XII, roi de France, dont elle n^eut point d'enfans, et en secondes noces, Charles Brandon-, duc de Suffolck , dont elle eut une fille, nommée Françoise ^ mariée à Henri Grajr, marquis de Dorset, Jeanne Gray, née de ce mariage , était arrière'^ petite-fille de Henri Vil,
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vengeance^ et le peuple, qui le haïssait, vit avec joie son châjdment. Guilford et Jeanne Gray étaient enfermés à la tour; ils forent compris dans la sentence de Northumberland. Soit pitié, soit politique, la reine parut épargner leur jeunesse, et suspendit leur exécution.
A peine a£fennie sur le trône , Marie s'occupa de relever l'Église romaine. D'abord, elle tira de prison et rétablit sur leurs sièges 6ar4iner et les autres prélats déposés sous le règne précédent. Mais son zèle ne s'en tint point à cet acte de justice , et les évéques du parti contraire forent opprimés à leur tour. Cranmer, doublement odieux à Marie comme auteur du divorce de Henri VIII et de l'établissement de la réforme, fut accusé d'avoii* favorisé le parti de Jeanne Gray, et condamné à mort comme coupable de trahison. Il fot exécuté trois ans après.
Le parlement aboUt les statuts d'Edouard YI, favorables à la réforme. Les choses furent remises au même état où elles étaient à la mort de Henri VIU, et Marie conserva le titre de chef suprême de l'Église^ mais elle ne retint la puissance pontificale que comme un dépôt qu'elle se proposait de rendre au pape. Pour accompUr plus sûrement ce dessein contraire aux vœux de ses sujets, elle chercha un appui dans la famille de sa mère, et négocia secrètement son mariage avec Philippe U, fils de Charles-Quint. Le secret fut mal gardé; le parlement en eut connaissance ; il craignit cette union pour la liberté de l'Angleterre; et, démentant sa dociUté accoutumée, il fit quelques remontrances, et fut dissous (i553).
Le mariage fot conclu l'année suivante à des conditions en apparence avantageuses pour l'Angleterre* « PhiUppe n'au- » rait de la royauté que le titre, et laisserait l'administration » entre les mains de la reine ; nul étranger ne pourrait pos- » séder de charges dans le royaume; les lois et privilèges de » la nation seraient inviolables; les enfans mâles qui naî- > traient de Marie et de Philippe, hériteraient non-seule- » ment de l'Angleterre , mais de la Bourgogne et des Pays* » Bas, etc. » Ces spécieux dehors n'éblouirent point les Anglais; ils se défièrent des dons d'un ennemL Le mécon»
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458 ABUÉGB DE l'hTSTOIBE GÉNÉRALE
tentement produisit des révoltes qui furent réprimées avec vigueur. Le duc de Suffolck avait trempé dans ces complots. Marie s'arma de ce prétexte pour ordonner le supplice de Jeanne Graj. Cette infortunée mourut avec une fermeté audessus de son sexe et de son âge. Son époux l'avait précédée, son père la suivit sur Téchafaud. Ces rigueurs aliénaient les esprits ; l'arrivée de Philippe n'était point propre à les ramener. Ce prince, après de longs retardemens, parut enfin. Sa froideur, sa réserve hautaine , le cérémonial espagnol dont il s'environnait pour devenir inaccessible , choquèrent tout le monde , excepté la reine. La tendresse jalouse de Marie s'ap* plaudissait de ces difficultés de caractère et d'étiquette, qui semblaient le séparer de son peuple , pour le laisser tout entier à son épouse.
Le grand projet qu'elle méditait, et qui avait été la cause première de son mariage, fut alors révélé à l'Angleterre. Un parlement, composé au gré de la cour, consentit à l'entier rétablissement de la religion catholique. Le cardinal Pôle fut envoyé de Rome pour réconcilier l'Angletewe au saîntsiége. Les deux chambres, annulant toutes les lois portées contre les catholiques , demandèrent à rentrer dans le sein de l'Eglise romaine ; et , au nom du souverain ponûfe que désarmait leur soumission , le cardinal leva toutes les cen« sures, et leur accorda l'absolution. Il est triste et nécessaire de dire que, dans cette mémorable circonstance, un intérêt mondain domina la question religieuse. Les seigneurs et la noblesse ne voulurent conclure aucun accommodement avec la cour de Rome, sans une promesse préalable qu'on ne les dépouillerait jamais des biens ecclésiastiques dont ils s'étaient emparés. Dans le statut qui abrogeait toutes les lois attentatoires à l'autorité du pape, on inséra cette clause, que les propriétaires de biens d'église n'auraient à craindre aucune recherche.
Deux prélats possédaient la confiance de Marie*, Pôle et Gardiner. Le premier recommandait l'indulgence à l'^rd des partisans de la réforftae ; le second conseillait la rigueur. C'était sous l'adminbtration de Gardkier que le parlement
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avait été amené à rétablir le catholicisme, et à ratifier le ma* nage de la reine, deux points sur, lesquels on connaissait la répugnance de la nation. Ces considérations firent prévaloir linftuence de ce ministre; et TÉglise romaine, naguère persécutée, fut défendue par la persécution. Les supplices donnèrent une nouvelle force à ITiérésie, en exaltant le fanatisme des réformés , et ne servirent qu'à rendre la reine odieuse. L'inutilité de ses efforts jetait cette princesse dans un profond chagrin, qui fut encore augmenté par le départ de son époux ( i556). Philippe II, désespérant de se concilier l'affection des Anglais,* repassa sur le continent , où le rappelait son père, Charles-Quint, pour remettre toutes ses couronnes entre ses mains. La guerre était alors allumée entre la France et r Espagne. L'indifférence d'un époux qui n'était sensible qu'à l'ambition , n'empêcha point Marie de prendre parti dans la querelle. Malgi'é les remontrances du conseil , elle déclara la guerre à la France pour complaire à l'ingrat qui la fuyait. Dix mille hommes furent envoyés en Flandre , sous le com* mandement du comte de Pembrock, et contribuèrent à la victoire de SainUQuentin (iSSy). La France "fut sauvée par les lenteurs de ses ennemis et par la valeur du duc de Guise. L'heureuse audace de ce grand capitaine rassura les esprits effrayés. En i558, au cœur de l'hiver, il prit en huit jours une place réputée imprenable dans cette saison, Calais yAonl la conquête avait coûté onze mois de travaux à Edouard III, Le mariage de la reine d'Ecosse et du dauphin combla les déplaisirs de Marie. Le comte d'Arran , cédant aux intrigues de la reine-mère , lui avait abandonné le gouvernement en 1 5 54, et elle avait pris le titre de régente. Elle avait rompu 'avec Marie, lorsque cette princesse avait déclaré la guerre à la France. Les Écossais avaient fait des incursions en Angleterre; ex^n , la célébration du mariage de Marie Stuart et du dauphin consomma l'union de la France et de l'Ecosse.
Les murmures du peuple, les progrès de l'hérésie, lés: dédains de Philippe , les désastres de la guerre affligeaient cruellement la reine. Elle succomba sous tant d'atteintes t une fièvre violente l'emporta le 24 novembre i558. Marie
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46o ABRÉGÉ DB LHISTOIRE GÉNÉRALE
n avait point d enfans ; elle eut la dduleur de laisser le trône à une sœur hérétique quelle détestait, et quelle avait persécutée.
A répoque où vécut Marie, l'extirpation dune doctrine réputée fausse était regardée comme un devoir par les chefs de tous les partis reUgieux. Cette princesse ne pratiqua que ce qu'ils enseignaient, et l'on peut dire que ce fut son malheur, plutôt que sa faute, de n'être pas plus éclairée que les plus sages de son temps. Égarée par ce préjugé barhare, elle . appela les échafauds et les bûchers au secours de la vérité. Son intolérance à part , elle a été mise , même par des écrivains réformés, au nombre des princes les plus dignes d'estime qu'ait produits l'Angleterre. Ils ont loué sa piété, sa générosité envers les malheureux, son amour pour la justice, ses mœurs sévères, les soins qu'elle donna aux universités, à la législation, au commerce (i). Ils ne blâment en elle que ce qu'ils appellent \ erreur de sa religion, ( MuUer usquequaque laudanda^ si religionis errorem non spectes. — Godwin, cité parLingard.)
(i) Sous le règne précédent^ les Anglais avaient découvert un passage à Archangel , par le nord de la Nouvelle-Zemble , et un commerce très-lucratif s'était établi en conséquence avec la Moscovie. Le czar envoya à Marie une ambassade , qui fut reçue pompeusement à Londres. Cette démarche paraît avoir été la première liaison , que la Russie ait formée avec un peuple de TEurope occidentale. Marie protégea les intérêts du commerce anglais contre les prétentions d'une compagnie de marchands étrangers qui, depuis des siècles entiers , subsistait à Londres sous les différentes dénominations d'easterlings , de commerçans des villes anséatiques , et de marchands de la balance. Leurs privilèges, et entre autres celui de ne payer jamais qu'un pour cent de leurs marchandises, leurs richesses , Fancienneté et l'étendue de leurs relations , leur donnaient une supériorité qui excluait toute concurrence, et ils exerçaient une espèce de tyrannie mercantile , élevant ou baissant les prix à leur gré. Sous le règne précédent , l'opinion publique s'était plusieurs fois déclarée contre eux par des plaintes au conseil , et même par des actes de violence. Enfin, Marie , faisant droit aux réclamations de ses sujets, ré* voqua les privilèges de la compagnie ( i555 ) , qui fut à la fin supprimée sous Elisabeth.
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