‹ Abrégé de l'histoire générale des temps modernes, depuis la prise de Constantinople par les Tures (1453), jusqu'à la mort de Louis XIV (1715);Chapitre 18 sur 22 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

SECTION PREMIÈRE

Danemarck , Suéde et Norwège, depuis ravènement de Christian II jusqu'à sa déposition ( i5i3-i523).

En i5i3 , Christian //succéda à son père Jean II en Danemarck et en Norwège. Il se proposait de reprendre la guerre contre la Suède aussitôt qu'il pourrait le faire avec succès. Dans cette vue, pour s'assurer Tappui de la plus puissante maison qu'il y eût alors en Europe, il demanda la main à' Elisabeth d'Autriche, sœur de Charles-Quint, et épousa cette princesse en 1 5 1 5. La même année , il renouvela avec Henri VIII , roi d'Angletewe , un traité de commerce conclu entre Jean II et Henri VII; et avec Basile, grand-duc de Russie, les anciennes alliances par lesquelles les deux états s'étaient promis des secours réciproques contre leurs ennemis. Enfin , il obtint de ce prince. Tannée suivante, la permission d'établir une compagnie danoise qui ferait le commerce de la Russie, et résiderait à Nowo^orod. En général , pendant tout son règne, Christian II chercha à faire fleurir le conunerce du Danemarck. Il le considérait comme un moyen indirect de modérer le pouvoir des nobles , en accroissant la richesse des habitans des villes. U y trouvait d'ailleurs une nouvelle branche de revenu qui devait l'aider à tenir sur pied des troupes réguUères dont il avait besoin pour maintenir son pouvoir au dedans ou pour l'étendre au dehors.

L'archevêque d'Upsal, Gustave Troll, né d'une maison attachée de tout temps aux Danois, entretenait des liaisons secrètes avec Christian H^ et travaillait sourdement à for«

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mer un parti contre l'administrateur Stenon Sture IL Celui-ci, ayant pénétré les desseins du prélat, le fit citer à comparaître devant les états-généraux , asseipblés à Telje (1617), pour prêter le serment de fidélité qu'il devait à la couronne en qualité de primat du royaume. Troll refusa d'obéir, et oUa s'enfermer dans le château de Steke qui dépendait de l'archevêché dlJpsal , et qui passait pour imprenable. Autorisé par les états à punir les refus de l'archevêque ^ àtenon l'assiégea dans son asyle. La place était forte; le prélat recevait de fréquens secours : le siège traîna en longueur.

Christian II n'avait pas prévu une rupture si prompte. Lorsqu'il apprit le danger qui menaçait le défenseur de ses prétentions et le plus ferme soutien de son parti , il n'eut d'abord d'autre ressource que de faire excommunier l'administrateur par le pape Léon X. Mais Stenon et ses partisans ne furent ébranlés ni des anathémes du pontife , ni d'un manifeste menaçant que Christian II fit répandre en Suède avec le décret d'excommunication. Troll, pressé plus vivement, fut forcé de se rendre , et les états-généraux, convoqués à «Stocy^Ào/m ^ le déposèrent comme traître et rebelle à la patrie»

Ce fut un prétexte à Christian II d'attaquer l'administra* teur. S'annonçant comme le vengeur de la religion outragée en la personne de Gustave Troll, et l'exécuteur des décrets du saint- siège, il parut devant Stockholm à la tête d'une armée et d'une flotte nombreuses ( i5i8). Les Suédois, heureux sous Stenon Sture , n'étaient pas disposés à se soumettre à un prince que de» actes d'une tyrannie barbare et de honteux désordres avaient déjà rendu odieux et méprisable à ses propres sujets. Dès sa jeunesse, il avait montré des inclinations basses et grossières qui l'avaient suivi sur le trône. Il était gouverné par une femme hollandaise^ liommée Sigebritte, indigne rivale de la sœur de Charles-Quint. Son caractère était aussi violent, son pouvoir aussi despotique que ses penchans étaient ignobles. Il tourmentait le peuple par ses exactions, et il avait irrité la no» blesse par le supplice injuste et illégal de Torben Oxe, gou-

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DES TBMPS MODERNES. 463

vemeur du château de Copenhague , qu'il avait inunolé à de vagues soupçons. Les bourgeois de Stockholm et la garnison jurèrent de périr plutôt que de subir le joug d un tel maître. Leur résistance donna le temps à l'administrateur de rassembler toutes les forces du royaume, et de marcher au secours de la capitale. Le roi , instruit de son approche , alla à sa rencontre. Vaincu à Brenkirka^ il feignit de vouloir négoder : il fit proposer à l'administrateur une entrevue dans la ville même de Stockholm , et il offrit de s'y rendre lui-même , pourvu qu'on lui donnât pour otages six seigneurs suédois qu'il désigna. De<;e nombre était Gustai^e IVasa^ petit -neveu du roi Canutson, cousin-germain de l'administrateur, et qui devait un jour monter sur le trône de Suède. Dès que le perfide Christian eut les otages en son pouvoir, il leva l'ancre y el fit voile vers le Danemarck pour y préparer une nouvelle expédition. H soudoie des troupes en Allemagne , en Prusse , caa Pologne, en Ecosse. Il reçoit des" secours de Frédéric, son oncie, duc de Holstein; et François P"*, en vertu des traités conclus entre le Danemarck et la France, lui envoie un corps de quatre mille hommes. Enfin,' au commencement de l'année iSao, un formidable armement, qui va- décider du sort de la Suède, met à la voile sous les ordres èiOtlwn Crumpein^ un des plus habiles généraux qu'il y eut alors dans le nord de l'Europc-Othon , ayant débarqué dans la Gothie occidentale , gagne la bataille de Bogeswdy où Stenon Stureest mortellement blessé. Bientôt tout le royaume est soumis, à l'exception de la ville de Calmar, et de Stockholm, où la veuve de l'administrateur, Christine GyJhmtiemay s'est enfermée el? se défend avec courage. Christian \l vient achever l'ouvrage de son lieutenant; Calmar lui est Uyrée par la vénalité du gouverneur ; Stockholm, après une vive résistance, capitule enfin, et le 7 $eptembr^ i5ao^ il y fait son entrée solennelle.

Ayant assend>lé le« états (Jans cette ville , il exigea qu'ils \% reconnussent en qualité de monarque héréditaire de la Su^de. Il se fit ensuite couronner avec la plus grande magnificence ; maift les Danois seul$ jouèrent un rôle ^ii& cette

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imposante cérémonie. Christian affecta de traiter les Suédois avec dédain : cependant il les craignait encore plus qu'il ne les méprisait. Tant qu'il laisserait le jour aux sénateurs et aux principaux seigneurs du royaume, que la nécessité seule avait rangés sous sa domination , sa victoire lui semblait imparfaite ^ et, au milieu même des fêtes de son couronnement, il songeait à l'assurer en exterminant ses ennemis. Mais , en montant sur le trône, il avait promis d'abjurer tout ressentiment : il fallait trouver un prétexte de violer ses pn>messes, et un moyen de les violer impunément. Il avait fait son principal ministre d'un ancien barbier de Westphalie, nomme Slagheck, créature et parent de Sigebritte» Cet homme astucieux lui conseilla de s'attaquer àiceùx qui avaient concovru à la déposition de l'archevêque dlJpsal. Par-là , en satisfaisant sa vengeance , il devait paraître seulement défendre la cause de rÉglise, et exécuter les arrêts du pape, qui n'avait pas encore révoqué l'excommunication dont les juges de Troll avaient été frappés. Ce plan fut adopté et suivi. Trois jours après le couronnement, le sénat fut convoqué extraordinairement. Le roi s'y rendit avec un nond^reux cortège. Tout à coup, l'archevêque d'Upsal, agissant de concert avec le monarque , s'avança pour lui demander justice contre l'ancien administrateur, contre les sénateurs et les autres sei« gneurs du royaume qui l'avaient forcé de renoncer à sa £gnité. Une commission d'ecclésiastiques, parmi lesqudson ne comptait qu'un prélat danois, consentit à revêtir l'assassinat de formes légales , et prononça la condamnation des victimes dévouées d'avance à la mort par la barbare poUtique du monarque. Le huitième jour de novembre fut marqué pour leur exécution. Les évêques de Scara et de Stregnetz furent décapités les pfemiers. A leur supplice, succéda celui des sénateurs, parmi lesquels était le père de Gustave Wasa; enfin, celui des magistrats de Stockholm et de plusieurs seigneurs et gentilshommes. Le même jour vit tomber quatre^çingt* quatorze des plus illustres têtes de la Suède. Ce carnage eut lieu sous les yeux d'un peuple immense , contenu par de nombreux satellites , et forcé de concentrer dans un affreux

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fcsilence sa pitié, sa fureur et son 'désespoir. Le tombeau ne fiUpoint un abri contrarie tyran : il |lt ^xhumer 1 administraleur, et jeter ses restes sur la place publique parihi les cadavres de ses ancien^ patlisans. . # ,

Christian , se flattant fue désormais sa puissance était afferm^ie, changea ^à son gré la forme du. gouvernement, et disposa de la Suède comme d un p^ys de- conquête. Il mit

' dans les places forte/ des garnisons nombreuses ; il acca]^a le peuple d% nouveaux impôtsi Enfin, voulant redoubler, avant son départ la terreur qu il avait réparidue^ pour prévenir toute pensée de révolte, il paçcourjit plusieurs partie» *

' du royaume, dressant des gibefs, et laissant partout des ti^ces sanglantes de son passage. Après avoir immolé six cents victim66 à sa vengeance pu à ses soupçons , il retourna iBuDanemarck , charge de Texécratipn des Suédois et du surnom de Néron du Nord, . , ^ *' Un conseil de régence, tîomposé de Farcheivêque d'Upsal et de cpielques autres prélats , devrait gouvertier la Suède en son £4)S€fice. Ce royaun^e semblait soumis. Dans leS premiers momens, tout fiit immobile d^pouvante; mais ce calme

^ sombre et terrible 41'étaitçoint d^ Tobéis^nce. On portait le joug en frémissant. Poui;le secouer, on desirait, on attendait, avec des circonstances favorables, un homme capable de produire et de diriger un grand mouvement : cet homme * fut'Qustaçe W^asa,\

* Dans le château de Kallo , oùiil était détenu sous la surveillance d'Eric Banner, son parent ^ Gustave avait appris les premiers succès d'Othon*Crumpein, la mort de fadministrateur , et Tasservissement prochain de son pays. Dèslors, sa captivité, quoique adoucie 'p^ les soins généreux de Banner , lui étaif devenue insupportable; et il n'avait plus aspiré qu a sortir de ses fers pour aller au secours de ses concitoyens. Peut-être quelques mouvemens d uqc ambition légitime se mêlaient dans son âme aux élans généreux du pat^dtisme. Il tenait à la maison des Polkungiens , anciens rois de la Suède. Il était proche parent de Fadministrateuri il ava(i#fait sous lui Icipprentissage de la guerre, et de bril- ♦ I. * * 3o

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466 ABBiIgB DB I.*HIST»1IIK céhébmjb

lans ezpl6iu avaient attaché à son nom «ne gloire précoce» Jeunesse, braTOoiv, éloquence^ vigu^nr singiilièrad'espi;^et ' de corps, fgure imposante et noUe, il possédait tous ces avantagea d^ la natoreiCjai enlèyou les snffirâges de la muld- ' tode. n avait k conscience de ses tajens erde ^ supériorité ; il se sentait le courage d'entreprendre la délivrance de son pays, la force de Yeiécater, et il lui était permis d'espérer que le libmteur de la Suède ne paraîtrait pas indigne d en être le sourerain. Enfin, ayant trompé la vigilance de ses gardes, il s'échappa déguisv^ en paysan, traversa les tenres de Danemarc^ sans être reconnu, et arriva heureusement à Lubeeij dont les magistrats ayant à cceur*d'abaissa>la puissance de Christian, fournirent à Gusiave les moyens de rfe* passer en Suède, et prdtairent de lui envoyer, des secours, sil parvenait à rallier un parti contre les Danois. Il s'embtr«qua sur un vaisseau de la république , et , au mois de mai de Tannée i^ao^il aborda près de Calmar. Ses pronières tentiÂves pour sdidever la noblesse ou les paysans, n«fi4rent pas lieureuses, et ne servirent qua révâer*aux Dtaoîs son arrivée dans le royaume. Sa tête fut mise à priiL Entouré de milk dangers, forcé de changer incessamment ded^roisement ^ de retraite, et cadiant ses^marches poetumes dans les forêts et dans les montagnes , il se réfugia enfin chez un '- paysan de la province de Sudermanie, ancien domestique de sa maison, et dont le toit obscur lui seryit dPasyle pei^Iant quelques mois. Ce fut là ^11 reçut la nouvelle du massacre de StocUfolm, et de' la fin tragique de son père. Pénétré de douleur et d Indignation , une«pensée du moins le console : il espère que l'excès des maux rendra* aux Suédois leur antique énei^ie. H reprend ses proj^s interrompus; il quitte sa retraite, et croyanv trouver dans la Dafécarize , ou un asyle plus sûr , ou des cœurs plus ennemis de la tyrannie, il dirige ses pas vers cette province, habitée par un peuple siq^ple et pauvre, brave et ardent, passionné pour FIndépendance, et distingué par son caradère belliqueux au sein même d^une nation vaillante et gu^rière. Almndonné et volé par son guide, Gustave est obligé jde pourvoir ^par le travail à«à sub-

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9 DES TBMPS MODBaNES. 4^^

sfctance. Il adopte le costume des DalécarUeii$. Les cheveux coupés à leur manière, revêtu d ua hab\f grossie , et la hacbe sur le dos, il erre dans les forets, et se met au service d'un « paysan. X«a' noblesse de ses traits perce à travers son déguisement : il est reconnu , et se voit au moment d'être livré aux ' émissaires de Christian. Poursuivi par ses ennemis, trahi par d^s amis perfides, caché tantôt dans une^ange, tantôt dans une charrette, ses dangers se succèdent, ses aventures se muItipUent. 'Enfin, il *est accueilli p^r un ecclésiastfc]Cie qui adopte ses projets atec ardjeur, etVaide de son ascendant etme ses conseils pour préparer à un soulèvement 1^ paysans de la contrée. * '

Aux fêtés dé Noël de Vannée 1 5a i, Gustave «ee refid à MoYa^ chef-tieu de la Dalécarlie. La solennité rassemUait un concours extraordinaire dliabitans de toute la jirovinoe.^ 11 se ^couvre à eux , il les e^dK>rte à siarmer contre Toppres- ^ur de leur pays , à veqger le plus noble«6ang de là Suède répandu sur les échafauds. ,Hs ont rem'arcjËi^, comme un .. heureux présage*, quç le vent du^jiord n'a cessé de souffler pendant qu'il parlait. Deux cents QalécarUenji jurent de le suivra. Il comipence avec eux' sa grande entreprise. J^ientôt % il est en possession du Gopparberg , le pays des miftes. Il ne fallait que donner le signal ailix Suédois ; ils accourent en foule autour de l'étendard de Gustave. Maître des petite provinces du Ndrd, il va s'emparer de l'importante place de Westeras, investit celles de t^Wadstena, de Nykoping et d'OrdMTo, marche sur ITpsal qui lui ouvre ses portes, taille en piàces un cotpsj'de Danois Commandé par larchevêque Troll, et va mettre le siège devant Stockholm. Nayant point de flotte, et ne pouvant se rendre maître de la vilk tant que les Danois tiendraientria mer, il envoie demander des vaisseaux au sénat de Lu]»eck, it lui ^appelTe ses promesses. En attendant les secours fardifs d'une répuj^lique qui déjà craint sa puissance , il laisse, une'partie de ses troupes autour de Stockli^lm, pour la Uoquer du côté de terre; et, se voyant investi par ^cs victoires d'une souveraine autorité, il se hâte de , lui donner la's«iction des l^is, et convoque les états-gé- • " # • 3o.

468 ABRÉGÉ DE L HISTOIRE GÉNÉRALE r

néraux. Us s'aftsemblent à Wadstena (24 août iSai). Gustave les invite à régler li| gouvem^nent,' et à élire librement un

• administrateur. La reconnaissance publique lui défère cette dignité; au défatrt d'un titre plu5 auguste que sa Jpoli tique refuse peut-être plus que sa modestie , comme peu convenable à sa fortune présente. Il court justifier le choix c(e la nation par dé nouveaux succès. Les plus fortes places des deux Gothies , de la Smalandie et de la Sudermanie , tom-^ bent en son pouvoir. Mais les Danois consei^vaieut encore trois . villes , Abo , Calmar et Stockholm , qui , dans ce temps -là, étaient regardées comme les clés' de lu Suètey et qui, fréquemment ravitaillées, ne pouvaient ^e réduites qu atrec 1» secours d une armée navale. Lubieck ^ mécontente de Christian qui voulait ruiner son commerce, se dé- *clare enfin pour Gustave, ^et lui envoie dix-huit vaisseaux. Tandis que cette escadre dispute la mer 'aut Danois, et les empêche de jet#r des renforts da,ns Stockkolm vivement pressée par Çtlstave , une subite révolution s opère en Dane-

^ marck. Christian, détesté des Danois, dont il d violé tous les privilèges, est déposé par les grands de son royaume,

« assemblés à TVibourg dans Ic^Jutland (iSsS). Le lâEbhe tjvBn n'essaie j!as même de résister à la sentence prononcée contre lui par des sujets révoltés. Dt dêde la place à Frédéric y ^on qpcle, duc de Hôlstein, que les états ont proclamé; et, s'embarquant avec ses trésors , sa famille et l'infâme Sige^ britte, complice de ses fureurs et^de sa ruine, il se sauve dans les Pays-Bas auprès de Charles-Quint, «on beau-frère, dans l'espoir de l'armer en S2^fave1lr. Cef événement imprévu consomme le grand ouvrage de la délivrance des Suédois et de l'élévation deOustave. Bientôt Calmar est pris par intelligence. La garnison de Stockholih, sans esipoir de secours, demande à capituler. Mais Gustave rejette ses proposuions : il a besoin de prolonger le siège poHr accomplir ses desseins secrets. Il touchait à la couronne; il veut se 'l'assurer avant que la Suède, entièrement affraydiie, pui|ie être tentée d'oublier ses^services, et que la sécurjfé produise ringratitude. Il convoque les etats-génémiix à Streg^iz;îl

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DES TBMPft MODBRNES*. ^ . ^6^

leur propose'd'abord de reihpl^ tes placer des sétia^urs qui ont péri dans 4e massaére de Stockholfu , et il fait ^tomber les * suffrages sur ^es partisans * les *plus dévoues. L'orateur des états représente ensuite à l'assemblée la nécessité d'élire -promptennipnt *un roi, qui, par sa valeur, son activité, sa prudence, fûteii état de résister auxennemjjj^du dehors, et d'enchaîner les factions intérieures. Â'c#s traits, on pe peut méconnaître Gustave, et «la couronne est déférée solennellement au libérateur de la patrie (i523).

SECTION n.

Qistoire de Suède depuis rayènement de Gustave Wasa jusqu'à sa

raort (i523-i56o). •

* Gustave, ap^ès sonf éleption, revint achever la réduction

de Stockholm.^ Qn s'attendait que sdn entrée dans cette ville serait bientôt suivie de son coui^nnement , cérémonie si *^ essentielle dans un royaume flectlf , et surtout dans les cu*eonstanccs où Èe trouvait le nouveau roi; mais illa différa sous divers prétextes, et dans l'intention secrète de se mettre' ■ en*état de ne point prêter îe même serment que ses prédéce^eurs, touchant la conservation des prérogatives du clergéi dont il avait résolu d^abattre la puissance.

Les progrès que les nouvelles opinions religieuses com* • mençaient à faij^e*dans le Nord l'aidèrent à exécuter ce dessein. Des marchands d'Allemagne le| avaient. Tes premiers, apportée^ à'Stockholm, à Calmar et ^'Suderkœpiug, avec Jes écrits de Luther. Gustave y avait été initié pendant ^n séjour à LubecK t^s ^bldats sdlemands qu'il prit à son service contribuèrent dç^uis à les répan4re, ainsi que plusieurs étudians suédois qui avaient puisé ces *pi^ineip^s à' ^ittemberg. Pafmi ces derniers, deux frères,. Laur^ei Okuis Pétri, fiis d'un foi^eron d'Orebro, après avoir suivi le$« leçons de Liither lui-même, prêchèrent publiqi^ement apntre les'*indulgences dans la province de Gothie,^ dès l'année ïSip. Gus \ tave se 'âervit de tïes deux frères pour propager le lutfiiérs^^

4jO ABRÉW DE LltlS^miCB GÉNÉRAL^

nisme, dailt les -principes ét^^t faTorables à*sa poCtigue. 11 nonnnà furent prqfesseuF de théok>gi6 à U|>sal, et ajppeta Olaûs à Stockhalm pour y ilemplTr en même.t^ps le^ places de secrétaire d'état et de prédicateurl Voulapt dès-lcxrs accoutumer peu à peu les esprits aux*grands châng^inens qu'il méditait; il QpTrît dîabord ks monastères,* et invita^les moines à rompre leitrs vœtrx. Les Dominicains, qui protestèrent contrer cette licence, furent à Finstant bannis du royaume. Ensuite, alléguanf les besoins de Tçtat, Gustave ordonna aux évêques de lui remettre une partie de.J'ajrgeii- <finà des églises , et de versef dans' le trésor public un ti^s de la dîme ecclésiastique. Bientôt il recourut à des mesures plus hardies et plus décisives. Un grand nombre de seignei\râ avaient des droits p^jis ou moins fondés sur des biens qui, dejgpis long-temps , étaient"entre les mains du clergé , mais que la crainte de son^immense pc^uvoir les ^vait empêchés de revendiquer» Gusta^ donna lepremjj»^ l'exemple des «réc|a^lations, et s'empara du monastère* de Gryphyshohu, situé spr un territoire qui aj^^art^iis^t à sa faiftiUe. DiÉféféntes coAituDMs favorables au clergé furent 'abolies. Sa j«iridiction fut supf»rknée, et il futimême enjoint, par une loi expresse, à tous les ecclésiastiques de soumettre la démfon de leurs procès à deS juges civils. CHaûs publia dans \e même temps une traduction suédoise du Nouveau-Testa- • ment, conforme à ^le que Luther venait dé publier* en mllemand. Gustave n'ayant point encore jFa^ ouvertenient professicm de luthéranisme, les évêques lé sollicitèrent de mettre en jugement ÎDlaûs et ses sectateurs, {;omnte Coupablés d'hérésie. Ncyb-sétâ^nent lettr demandb resta sans effet , mais Olaûs qui prêchait la doctrine 9 Iftither, ayant voulu l'imita dans sa vie prîirée, et s'étant marié ,l^uoîqiie prêtre, Gustave ^si^ à 1^ cérémonie de son mariage.

Cependant, le «)ergé et les moiaes s'efforçaient de défendre leur exist^ce menacée, et d'intéresser à leur cause le peuple enéore partafé enïrelf s anciennes et^es nouvettes opuiiofts. Il était daïigereux de les pousser ai^dése^KÔr. Le roi, avîuie d'employer la force pour consommer leur ruine t(3ale, es^

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. , DES TEMPS ^ODERNES. . 47 ^

saya l'adresse et la séduction. Il chei^ha à gagner les ëvêques,.leui^«praniettai^, s'ils abandonnaient volontairement à letat Içfi biens de TÉglise,* de les dédommager de ce sacrifice par de» dignités sécnlièrés et par l'accroissement de leur fortune privée. Il ne put réussir qu'auprès des évéqiies de Stregnefe et de Westeras. Tous les autres furent insensibles

* à ses caresses ou à lies meiiaces.^

Enfin, ayant réprimé quelques ipouvemens excités par les .mécontens , il crut que le moment était venu de mettre la der-

' tiière main à son ouvrage. II convdqua extraordinairement les ^tats-généraux à Wes^ras (iSay), L'assemblée, sur la demande' du roi,' décréta qu'on" augmenterait les revenus de la couronne par ceux des évêchés, des chapitres et des coi\vens; que la noblesse rentrerait dans tous les biens qui avaient été donnés ou vendus par ses ancêtres aux monastères et aux églises (i) ; que les revenus des évoques seraient fixés; que ces prékits remettraient au roi les châteaux qu'ils occi^paient, lipencieraient leurs trptipes , et ne se mêleraient plus à l'avenir des affaires du gouvernement; queltfor ndhiinsttîûn serait confirmée par le roi, et nen parle pape; qu'ennn , lès , contestations-qui s'éle^raient parmi le clergé ne seraient plus portées à Rome , mais jugées* dans le rpyaume. Les évêque» même , peu unis ^itre eux , les uns gagnés , les autres inti-^ midés, signèrent cette délibératio;n, jt , sur la sonunation du roi, lui remirent leurs <diâteaux et leurs forteresses. Il exis** tait encore quarante*deu^monastères dans le royaume; trenteetrun furent supprimés sur-4e-champ. Gustave , accompagné d'01aùseidej)liisieurs autres docteurs luthériens qu'il faisait |>récher ^ sa présence dans les principales églises , parcourut

(i) Cehetïlause produisît de grands, désordres. La plupai;^ dd« seigneurs pro^rent des circonstances pour satis&ire leur cupidité , et, sans atieudre que lèis tribuaaux eussent reconnu la Talidilé àé leurs^ tilf es , enTahirent les biens ecclésiadiques sur Itfsqueb iU croyaient avoir dei» droits. Ces abus allèrent ûi loin , que'le roi fut obligé de rendre une orjjonqance par laquelle tout di£Birend de cette espèce devait être directemenifiporté à Stockholm , et jugé apréf que lel deux parties auraient été entendue».

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4? 2 ABRÉGÉ DB^^Ii HISTOIRE GÉNÉRALE

les proTÛiceÀ à la tête d'un corps de cavalerie pouf exécuter eh personne lordonnance des états. Il Sie fiï apporter les titres de tous les biens ecclésiastiques; il réunit les unâ à laqburonney et disposa des autres en faveur de ses créature. Qn fait monter à treize mille le nombre des terres ou fermes considérables dont il s'empara. Il dépouilla en même temps les églises de leur argenterie , et la convertit en lingots ^ dont il remplit * le trésor public.

Les décrets <le rassend>Iée de Westeras et les changemens qu'ils avaient apportés dans la religion, causèyeiît un. soulè* vement dans la Dalécarlie. Les mécontens raient pour chef un jeune paysan nommé Jœns, qui se faisait passer pour fils ^ radmini^trateùr Stenon Stuce, Gustave, ayant rassemblé une nombreuse ariôée, marcha contre ces* mêmes Daléçarliens chez le^uelâil avait trouvé les *J>remiers secours et les premiers amis, mai§ qui envisagoaient avec douleur les innovations sacrilèges introduites dans le culte de* leurs ancêtres. ils se soumirent à soq approehe. Voyant alors, son autorité solidement établie dans tout le royaume, il se fit enfin couronne!' au mois de janvier ifiaS. *

Le luthéranisme dominait ^i Suède^ie roi, lesténateurs, les

•^l^vêqi^s et toute la noblesse faisaient profession pXiblique"de eettedoctrine. Mais comme la plupart des curés de fa caûipa.gne ^et les ecclésiastiques du second ordre ne l'avaient embrassée que par contrainte ou par faiblcjjse, on voyait dans plusieurs égUses du royaume un mélange bizarre ie cérémonies

' catholiques et de prières luthériennes. Le roi voulant rendre ïe culte uniforme, convoqua en iSsp , à Œrebr^^ uji concile national qui établit une liturgie à peu près conforgieàcelle que les luthériens allemands adoptèrent à îVusg^ourg Tannée suivante. CepeiMant il n*osa abolir entièrement les céoémonies du culte catholique , pour lesqueltes le peuple témoignait de l'attachement. La conservation de là hiérarchlî^ distingua aussi l'église suédoise'des églises protestantes d'Allemagne»

Après avoir dépouillé le clergé, Gustave, sans cesse occupé des moyens de remplir le trésor public, y attira 'l'argqnt de la noblesse. La pl«^art des provinces de Suède étaient aOtre- .

-Ipoogle

D£S' TEMPS HftODEKIfE5. 4?^

fois coiîvertes de vastçs forêts. Plusieurs pripces en ayant . fait défricher ui^e partie dans le neuvième siècle , avaient donné cçs nouvelles terres en fief à la noblesse, à icpndition de payer une.certaine redevance à la couronne. Les usufruitiers s'étaient insensiblement dispensés, àla faveur des guerrea civiles, de payer ces "anciens- droits, et une longue prescription eç avait*entièi^ement aboli l'usage. Gustave le fit révivre. Sommée d abandonner ees fiefs , ou d'en payer les*redevances , J» noblesse demandai à cdmposer, et consentit à payer dix ^marcs d'argent pour chaque terre tributaire de la couronne ^ (i55o). Le peuple ne fut point à l'abri des mesures fisc'Sales du roi. Sous prétexte des besoins de l'état, il fit enlever dans les villes la seconcte cloche de chaque église. Il demanda * bientôt aux villages le même sacrifice, en laissant la liberté ' aux paysans xle s'en exempter pour un prix convenu. Enfin, , il leva sur eux la dîme ecclésiastique : accoutumé^ à cet imr pot, ils le payèrent sans murmurer.

Tout réussissait à Gustave : de nouvelles émeutes excitées dans la Smalànde et la Dalécarlie avaient été promptement étouffées. De tous-lçs ennemis de Wassf, il n'y avUit^lus que Christian II qui lui dopnât,de rinquiétftle. Ce prince, ayant obtenu quelques secoure de Charles-Qdînt, et comptant sur un parti considérable en Danemarck, et surtout en Norwèep, débarqua en i53i au port d'Opslo,^ el-fut reqpnnu parles Norwégiens comme leur légitime souverain. Mais, après.' quelques' succès en Norwège et une incursion malheureuse , en Suède, il fut obligé de se remettre à fti discrétion de Fré^ déric I**^, son oncle, roi de Danemarck. ( Voyez section iit de ce chapitre, ) * v ^

Gustave rendit de grands services à dtiristian IDE, successeur dç Frédéric, dans une guerre que le Danemarck eut à soutenir contre la république de Li|})eck, qui voulait profiter des troubles de ce royaume pour le démendH-er. Les Suédois reinportèrent en i5S5, k\Hhlsimbourg ^ tine victoire signalée sur l'armée lub^koise , et mirent (ISiristian III en état de reconquérir sa capitaJa et la plus grande partie do ses provinces, doiit Fennemi était en possession.

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474 ABRÉGi DE l'histoire GENERALE

Gustave , gQi\tanir enfin quelque repQ* , s'occupa de^inoyeas d ajoutfef à lac ricbesse et à la pui^ance de 1^ Suède. Le commerce d^ ce royaume était à la merci des villes aneéatiqnes, et principalement de celle de Lubeck. Gustave affranchit son pays de ces entravés merq^ntiles^il soumit* à des impots les spéculations des étrangers ; il apprit aux Suédois à tirer parti par eux-mêmes des productions de leur sol ; il créa u»e ipa* rine , et jbien'tôt le pavillon suédois ftit respecté dans la Baltique , et se montra avec honneur dans les mers voisines.

* L'état fiorissanf dé la Suède fixa l'attenlSon des aptres puissances : on rechercha son alliance. En i536, Gustave fit avec le czar Iif an IV une paix stipulée pouii<soixante^ns. En 1 54i> il eut avec Christian III une entrevue à BromsebrOj ou ils réglèrent différens intérêts sur lesquels ils n avaient pu s'accordet jusque-là. Ett 1 54^ , un traité de commerce fut confclu éiitr^ la Si%ède et la France, et posa les bases de cette amitié qui règne depuis près de trois siècles entre iipux états naturellefpent alliés. La même année, GiistaVe étabht une armée # permanente, qu'il porta à six mille hoçimes. Enfin, ses soin^ s'éteiidirgift sur l'indiîstrip, sur l'agricultjire , sur tout ce qui

^ contribue à la prospftité publique. 11 recueillit le finiit de sa sollicitude pour/te bônlyur de ses peuples. En i54o, les états asiçmblés'à Œrebroj déclarèrent la couronne héréditaire

. dans, la maisoin de Wasa, décision qui fut confirmée en i544

, par les états de fr esteras. Le fils aîné de Gusjave , Eric, alors âgé de onze ans, y fut reconnu soç successeur , et le sceptre assuré à perpétuité 1k ses descendans en ligne masculine. Cet afQte, oiynnu sous le nom d*unibn hérédikiire^ fut encore renouvelé en 1604, à la^ète de Norkœping, sous le roi Charles IX , ^ la succession étendde même aux femmes.

Les dernières années du règne de Gustave furent tr^blée» par une guerre avec les Russes «u sujet de la Livonie. ( Koyez ci-après , section nr, ) Cette guerre , dont \jbs év^emens offrent jpu d'intérêt, se tern^na en iH'j. 6ust»re mourut en i56o. Son fils Eric XTV lui succéda. •

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* SECTION la '

Histoire de Danemarck, depuis Kavéncmentde Frédéic l*^ jus^'à la mort de CJiûistîan III " ( i SstS - 1 55^ ) .

En ^deférantja couronnç à Frédéric /*', aù*prëfadice de Chi:îstian H, les grands de Danemarck n avaient^ pas oublié leurs intérêts. Partm des articles de la capitulation du nouveau roi, ils avaient obtenu le droit de vie et de mort sur leurs paysans^ efcelui de les condamner à la perte de leuri Iriensmeubles, et à des amendes dç/quarante marcs. Ils ne pouvaient imposer auparavant (jue des amendes de trois, six ou neuf marcs, suivant lusage des provinces, et ils n'avaient même » ^cquis cette feculté que successivement. Les concession* de Frédéfic Jeur donnèrent tout à coup^un pouvoir immense , • iBt l'aristocratie danoise forma dès-lors un corps redoutalyle , à peu près indépendant de la couronne. ' î^

Frédéric établit facilement son autorité dans la plupart des provinces. Mais la garnison -éb Copenhague restait fidèle à Christian II; ef ce prince, à force de sollicitations et 4f promesses, était pairenu à intéresser en sa faveur, ^pon l'empereur, son beau-frère, qui se contenta d'écrire» de l*olfde J^^ Frédéric et à ses partisans- des lettres exhortaioires et e0nl^ mincUoires^ mais plusieurs princes d'Allemagne, ses parens^ rélecteur de Brandebourg, celui de Saxe et les ducs de Mec* « k]embourg, qui lui permirent de lever des troupes d^&tenr* états, il rassembla une armée de vingt-six mille hommfes, et t^ta de pénétrer dans^le Hoktein et dans le Jutland. Mais la marine hambourgeoise l'arrêta topg-temps au passage dé * l'Elbe ; et, avant davoir pu commencer ses opéra ti<ms, il se ' vit bors d'état de payer ses troupes , qui fabandonnèfent. La garnison de Copenhague, désespérant désortnais d'être s©* courue, capitula le '6 février 1624, après un siège de huiu* mois. La reddi^n de cette 'ville, et celle de Malm^^ dan& la Scanie, ^nsomnobèreiit la révolution. ^

Au^ôt que Frédéric se vit pa^ble possesseur du Dane-

4y6 A.BR1ÎGS ï>^ I^HJSTOIRB GJBNéRALS .

marck et de la Norwège, il fit des tentatives auprès des Suédois pour les engagera renouveler rancièîine union des trois royaumes. Il demanda en même temps que les provinces de Vigen et de Blekingie, dont £ust;ave s'était emparé sur Christian II, et qui appartenaient à Ja couronne de *Dane* marck, lui fussent restituées. Des négociations furent ouvertes à ce .sujet. On ne décida rij^n, et chacun desdeu;^ monarques se réserva ses prétentions suivies provina^ cpntestées. Mats la crainte d!un ennemi commun les empêcha de les faire valoir'; et ils conclurent même, en i S 28, un traité d'alliance défensive, par lequfl ils promettaient de se soutenir mutuellement, dans le cas où lun ou l'autt^ serait attaque par Christian II, qui ne cessait d^ solliciter les secours de Charlçs-Quint , et de menacer ses anciens si:getsde la vengeance de son beau-frère. La inéme ^née, Frédéric Jfit utk* ♦

•traité semblable avec .Vélecteiir de 'Saxe et le landgrave de Hesse,pour lesqueb la puissance de la maison d'Autriche* n'élit pas tnoifls redoutable que pour le Danemarck, et Tan i53i, ce prince s'allia à la Ugue de Smalkalde. Ces précautions n étaient pas* inutiles. Christian conservait dés parti* sans en Danemarck , et surtout en Norwège. Le pouvoir exorbitant que Frédéric avait accordé autx nobles , lui avait aliéné le peuple. Mais rien n'avait ^us contribué à lui faire des.ennemis que le changement qu^il avait introduit d!ans la religion. Frédéric inclinait pour la doctiine du luthéranisme, qui avait pénétré en Danemarck dès le temps de son prédécesseur. En i527 , il assembla les états-généraux à Odensée. s De concert avec Jes ordres laïques, et malgré les réclamations des évêques , il décréta la liberté de cpnscience, abolit le célibat des prêtres et des^ religieux, défendit aux prélats de faire venir de Rome le pallium^ et régla que les chapitres • auraient seuls désormais le droit de les élire, et le roi celui d« les confirmer. Pour préparer les esprits à de plus grands changemens , Jean Tausen , disciple de Luther, et plusieurs autres missionnaires protestans •prêchèrent la réformation ^

■ dans tout le royaume. Enfin, l'an i53o , tandis que les luthériens d'Allemagne présentaient leur confession de foi à

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DBS TEMPS MODCRNSS. « ; ^Tf

lempôreur dai^s la diète d'Aug^boiyg, Hrëdéric approuva , celle que lui sounjirent les protestans^danoistlaiis une fliète teBueà Copenhague y et'renouvela Féfit d'Odensée pour la liberté des cultes. •

La noutelle doctrine, était peu goûtée enNopwègé/Quoique Christian H eût montré assez de penchafht pour la réforme ^lorsqu'il' était sur le trône , il en imposa aux Norwé- .giens par le zèle qu'il affecta dfepuis sa déposition pour •la reMgioA catholique. Ils desiraient le rétablissement de ce prince, et lui. firent même pa^er de largent* pour exécuter ses projfts d'invasion. Avec ces secoursi, et ceux quil reçut enfin de Chaîles-Quint, Cliristian lev^i une armée de dix mille' homme5 , et l'embarqua sur des vaisseaux hollandais (î[53i). Assailli par une violente tempête sur les côtes de * Frise , il stagna, non sans peine , avec les débris de sa flotte , le port dOpslo (aujourd'hui Christiania, capitale de la Pforvrège méridionale ). Les Norwégiens n'en témoignèrent pas ■ moins d'ardeur pour "sa cause. Ils accoururent en foula sous ses drapeaux, le reconnurent pourleur souverait* légitime , lui prêtèrent hommage , et lui accordèrent des subsides. Encouragé par cet' heureux début, il pénétra en Suède; mais il fut repoussé , et forcé de se renfermer dans Opsjo , où il fut assiégé par les Danois. Bientôt, réduit à l'extrémité, ne pouvant plus ni se défendre ni s'échapper , au heu de cher» -cher une mort glorieuse les armes à la main , il demanda à négocier. Le^ généraux dano^ s'engagèrent à lui procurer à Copenhague une conférence avec le roi Frédéric, et lui garantirent, q»el que tùt le résulfat de celte entrevue, la liberté de'retoumer en Nôrwège. Il fut conduit à Copenhague; mais, par une perfidie qui , pour être digne ie Christian, n'en était pas moins indigne de Frédéric, ce prince le retint captif, et le confina dans l'île d'Alsen, où le château de Sonderboiirg fut sa prison pendant vingt*sept ans.

Frédéric I*' mourut l'année qui suivit la détention de ^ Christian II ( i533). La monarchie élective est, de toutesles forme&de gouvernement la plus vicieuse. Le D^pemarck ei:. fit alors r^Epérience, Frédéric laissait pinceurs fils, dont

"11^8 \ * ABRÉGÉ I^ l'histoire GÉI^ALE *

i Vaîné , nommé OhrtsUan , était en âge de régner. Le» états , atafent fait esjJérer à son pèie qu'ils le choisiraient pour son successeur; mais le clergé /qui crafgnait poùnson exkteiice menacée par les décrets d'Odensçe et de*Côpenhague , vou- ' lait uii prinoe catholique , et Christian était par çiâan déclaré

du luthécaniôtne. Ç'un autre côté , les nobles désiraient de préférence un 'grince qui n'eût au trône d'dutre dtoit que lébrs suffrages, et à qui ils pussent faire la lou La diète d'é^ • leption , après des délibérations tumultueuses , ne prit pdint

f ' de résolution définitive; et le sénat resta chargé provisoire-

ment de la directioBi des affaires en Danemarck, talhdis que I * *■ Christian se faisait reconnaître comme duc de'Sleswiek et de

j a Holsteiu par les états de ces provinces. La première place de

l'état étant vacante , le royaume fut en proie aux intrigues * et aux factions que suscitaient les ambition^ rivales, et que'

• * fomentait la poUtique des étrangers/ ittè^cAr joua le preraiar

r8le daiïs ces troubles du Danemarck. Cette république , la , plus « puissante des villes anséatiques^ voyait avec do^uleur plusieurs tîausês porter atteinte à la prospérité de son com- . merce^ L'Angleterre avait plus d'une fois refusé de recon* naître les privilèges que les villes de la Hanse avaient 6btenu6 âans 1^ siècles précédens ; plusieurs rois de Danemal'ck • avaient aussi donné cet exemple ; Gustave Wasa le stdvait en

Suède; €t les Hollandais, forcés par la nature à être industrieux et navigateurs , commençaient à vouloir partager avec les cités du nord le riche commerce de la Baltique. Craignant ^ d'essuyer de nouvelles pertes ^ si un gouVerneipent feime et * * , niable sVtablissait en Danemarck, Lubeck avail»résolu d'y perpétuer l'anarchie, et même de le démembner à la*faveur de ces dissensions^ George fFullenwewer y bourgmestre de la • république, homme d'un génie inquiet et entreprenant, avait conçu ce hardi dessein , et l'avait inspiré à ses concitoyens. Il s'associa , pour l'exécuter, un aventurier nommé Marc ^ Meyer, qui, d'abord serrurier à Hambourg^ avait pris le parti des armes , s'était distingué au siège de Copenhague , et depmis, ayant été naturalisé à Lubeck, avait obtenu, par . - ' le crédit de Wullenwewer , l'importante place de conmian-

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■î " DES TEwfpar iftOD^RSiES. * 4^.0

^ant de cette ville. Wullçnwewer, s étaç* fait dëputer^à C'^' penhïtgue , sons prétexte de ïnégocier auprès du sénït T^-^ clu^on des Hellandiais* de laéiner'Baltique, observa de ppès les dispositions des^esprfts.; et, témoin des discorde^ qui agitaient \e Danemfirck; il sattacha de p^Jis en plus au projet de le morceler en plusieifrs petits états , et de faire entper les villes Janâ la ligue anséaftque. Deux ma^gistrats, allemands dori- ^ gine , et qui appartenaient au parti protestant ^ alors abaissé en Danemarck , George Iljynther , bourgiheStre de Maljnoë, et Arabroà^e.Bogbinder, bourgmestre de Copenhague, se- ' duits par les perspectives flatteuses qu'il ofîrait à Jeur ambition ,^engagèi'e«tà le seconder. N'ayant, pu obtenir du sénatir ce qu'il desirait , il en prit occasion. d'exciter Lnbeck à 1» ^ guerre. Cette républiqlle suivit l'impulsion gae lui donnait * son premier magistrat : elle#coi)clut , par le ministère de WjI- Jenwewer et de ^arc Meyer, une trêve dtn. quatre ans avec cesi mêmes Hollandais contre lesqi(||Is elle intrigliait naguère , et se prépara à attaquer le Danemarck. Elle ras- ■ sembla des forces considérables 5 et mit à leur tête le comte

'- Christophe, issu d'une branc];ie cadette de la maison d'Oldembourg. Il n'avait eu d'autre héritage (|u'un nom illustre^ On le choisit à cause de sa bravoure, ^jui promettait

, des succès, et de sa pauvreté, qui semblait un gage dè'sa dépendance. Il accepta, dans l'intention de ne point négliger ses intérêts en servant ceu^ de la république. Au reste , en déclarant la guerre au Danemarck , WuUenwewer , afin de cacher s^s desseins ambitieux et de ralUer un partît la causer de Lubeck^ annonça que cette ville prenait les armes. pour- , replacer Christian U sur le trône. En même temps, il soiïl^ le peuple contre la noblesse^ et lui permit la licence et le pillage, comme les ^];emiers fruits de sa liberté. Partout les . paysans se portèrent aux plus grands excès, et le Danemarck devint un théâtre de mort et de destruction.

Cependant l'armée lubeckoise marchait de «onqtéte en conquête. Copenhague lui ouvrit ses portes* La Norwège, la Scanie, les îles danoises se soumfrent à Cîhristoph^, et procla^fent' Christian II. Le sénat,, réfugié dans la province ^

48r> » ABREGE DE ■ J.*HISToilRE 4:^ÉNÉA4LE

^ JuUand , ne vit plus d*^utre voie de salut que d'élire promp-" ' « tement un roi : il déféra la 'couronne au duc Christian', qui, ifepuis le commencement de la -guerre, bloquai étroitement Lube(j)c, Candis que les armes de cette république triomphaient au loin e^^ Danemarck {i^Zé^.^Christian III v^tïtait le choii^ du sénat par ses talens et son courage ; il le jus- ^ tifia par ses succès. Secondé par Gustave Wa^a , qui craignait également le nom de Chri^ian II , Tes projets de domination dei villes anséatiques qbi avaient» essayé de Faire soulever Stockholm pourTincdrporer à leur ligue, et la>contagion de la révolte^ il se disposa à reconquérir ses états. Une partie *de larmée de Christophe , sous la conduite de Marc Meyer , , Ifut taillée en pièces à Helsimbourg par les Suédois (i535). Bientôt après, Christian III remporta un avantage décisif près SAssens^ en Fionje." Cette victoire lui permit dTassiéger Copenliaguadle fit une longue résistance. Animés par Jes diseurs et lexeiiipleides chefs de l'insurrection , et principalement ^e Georges Bogbinder, qui attribuaient au roi de terribles projets de vengeance, les habitans endurèrent toutes Jjes horreurs du siège le plus cruel. Cependant ^ubeck , éclairée par levépement sur la folie des desseins de Wulléiyvew^er , résolut dj mettre fin à une guerre qui lui avait coûté tant de sacrifices : elle entama des négociations avec Christian III. La paix se conclut à des conditions avantageuses au roi de Danemarck, durant le si^ge de Copenhague ( i536 ). Enfin, cette ville, pressée parla famine, fut' obligée dé capituler et Tle reconnaître son souverain. Le comte Christophe - et le duc Albert de Mecklembourg , qui, depuis ,1a bataille dlAssens, partageait avec lui le commandement, se retirèrent en Allemagne, couverts de honte et chargés des malédictions des peuples. Les auteurs de ce grand nft>uvement qui av^it menapé le Nord d'une subversion totale , périrent presque tous de mort violente. Marc Meyer , pris avant la fin des hostilités, "expira à Elseneur dans le supplice de la roue. Le sénat de Lubeck prononça un arrêt de mqrt contre WuUenv^ewer, absent et fugitif, et Farchevêque de Brème l^fit exé- « cuter. Bogbinder, prévoyant sa condamnation, s empoisonna.

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Mynter seul fut épargné. 11 s était rangé du psu'li de Chris^ tian III dans les derniers temps de la guerre, et il avait rendu au roi quelques services aux sièges de Malmoë et de Copenhague. Christian , lui fit grâce de la vie , et lui rendit même par la suite sa place de bourgmestre. Ainsi se termina la guerre la plus désastreuse qui ait jamais désolé le Danemarck (i).

Christian III , à peine affenni sur le trône, se concerta avec les principaux membres de la noblesse pour ruiner le clergé romain dont il redoutait la puissance, et pour établir dans ses états, comme religion dominante, le culte protestant, dont Frédéric son père avait seulement permis l'exercice concurremment avec Je culte catholique. Il donna ordre d'arrêter tous les évêques , et les fit comparaître à Copenhague devant une diète composée des seuls députés de la noblesse et du tiers-état ( 1 536. ). Les prélats n'avaient que des ennemis dans l'assemblée. Ils furent accusés , et on les tint aisément pour convaincus d'avoir agi, depuis la mort de Frédéric, contre les intérêts du royaume, et d'être les principaux auteurs des maux qu'il avait soufterts. En conséquence, un arrêt de la diète les dépouilla de toute leur puissance , soit ecclésiastique, soit séculière, et déclara leurs domaines réunis au fisc. On les remplaça par un nombre égal de théologiens y sous le nom de surintendans y chargés de veiller à l'instruction des fidèles et à la propagation de la religion évangélique» Dans la même diète, Christian III confirma toutes les concessions que son père avait £aites aux nobles , et ceux-ci, de leur côté, désignèrent dès-lors pour son successeur le prince Frédéric, son fils aîné.

Le décret de l'assemblée de Copenhague , en détruisant la puissance du clergé romain, ne procura point à l'autorité royale l'accroissement que Christian III s'en était promis, et

* (i) Comme elle avait été dirigée par Christophe, comte d'Oldembourg , elle fut appelée la guerre du comte; et celte expression est derenue proverbiale en Danemarck pour désigner une grande calamité.

ne tourna en effet qu'au profit de la noblesse, dont le pou* vqir, déjà excessif, ne put plus désoroiais être balancé par aucun ordre capable de le contenir dans ses limites. Le clergé luthérien ne conserva qu'une ombre du crédit dont avait joui le clergé catholique auquel il succédait. La classe des bourgeois ne devait avoir que peu d mfltxence dans un pap encore presque sans commerce. Depuis long-temps , Tordre des paysans n'était compté pour rien en DanciQarck. La noblesse ne trouva donc plus de barrière qui pût 1 arrêter, et s'arrogea les plus étranges prérogatives. Elle s'empara de toutes les affaires : aucun emploi de quelque importance ne put être conféré que de son consentement. On cessa* depuis 1 536 de convoquer le^ états -généraux, dont le sénat, uniquement composé de nobles , usurpa tous les pouvoirs.

En 1537, Christian III, après avoir fait reconnaître son autorité en Norwège , où elle rencontrait encore quelque résistance , s'occupa de l'exécution de ce qui avait été résolu Tannée précédente relativement à la rt^gion. Jean Bugenhag^ disciple de Luther, eut ordre de choisir parmi )es ministres protestans sept surintendans y pour gouverner TÉghse deDanemarck à la place des évêques déposés. Il dressa ensuite, sous le titre donloRnance ecclésiastique^ un formulaire de foi et de discipline , qui fut examiné et approuvé par Luther et par les autres docteurs les plus cél^resde Funiversîté de Wittemberg. Il ne fut plus censé y avoir de prêtres dans le royaume que ceux que l«s évéques protestans ataient consacrés. Les ordres religieux fuirent supprimés. Le roi conserva cependant 1^ c^sqiitres de <^noines à la prière de Luther^ pour avoir un moyen de récompenser des ecclésiastiques savans et vertueux, ou d'autres personnes de mérite. Enfin, comnie les nouveaux évêques ou surintemdans na devaient avoir d'autorité que dans le spirituel, on étaUit pour chaque diocèse un grand bailli chargé de Fadministration du temporel dans les choses qui avaient autrefois dépendu des évêques catholiques, comme les revenus des églises, des hôpitaux et des écoles. Ces dispositions furent étendues à la Norwège; et ce royaume, pour avoir embrassé à plusieurs

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DES TBMPS MODBRHfiS. 4^3

repiÎM» h t>aiti du roi Christian II , perdit son indépendance , et devint pour un temps une province du Danemarck. Attachée à son culte héréditaire, la Noi-v^ège labandonna à regret pour celui qu'on lui imposait. L'Islande témoigna encore plus de répugnance à adopter le protestantisme, et il fallut employer la violence pour l'établir dans cette île. Ainsi , la religion fut changée en Danemarck, comme elle l'avait été en Suède, et comme elle le fut dans la plupart des états qui eiiibrassèt'ent là réformation , pour satisfaire des passions ou des intérêts politiques.

En i54iî Christian III et Gustave Wasa resserrèrent leur alliance dans une entrevue qu'ils eurent à Bromsebro, sur les frontières de leurs états. Ces deux princes avaient pour ennemi commun l'empereur Charles-Quint, qui prétendait avoir des droits sur les couronnes de Danemarck , de Suède et de Norwège , en vertu d'une cession que le roi Christian II lui en aurait faite. Ils se liguèrent avec François I*"". Christian, en 1 542, envoya un corps de cavalerie à ce prince, qui était alors en guerre avec l'empereur. En i543 , il équipa une flotte nombreuse qui devait attaquer la Hollande ; mais cet armement fut dispersé par une tempête. En i544> Charles -Quint, ayant paru disposé à abandonner ses prétentions chimériques, ofi traita de la paix à Spire. L'empereur s'engagea à ne favoriser directement ou indirectement aucune entreprise contre le roi de Danemarck; et ce prince renonça, de son côté, à son alliance avec François P', et accorda aux Hollandais, moyennant un droit modéré, le passage du Sund, et la liberté de la navigation dans la mer Baltique.

Le reste du règne de Christian lU n'offre de remarquable que les soins de ce prince pour régler le gouvernement intérieur de ses états. Il encouragea les sciences, et releva l'université de Copenhague, qui, fondée par Christian I"", était tombée sous ses successeurs. Il fit , en outre , de sages réglemens sur presque tous les objets que la législation peut embrasser. On les substitua , à beaucoup d'égards , aux lois de, Valdennar II, qui avaient été jusqu'alors en vigueur, et que leur trop grande ancienneté l'endait souvent inutiles.

484 ABRÈGE D£ LHISTOIRB GÉNÉRALE

Christian III mourut en i55g. Son iSls Frédéric II lui succéda.

SECTION IV

Pologne, Prusse, Livonie ( i533-i572 ).

Sigismond P^ occupait le trône de Pologne depuis Fan i Soj, lorsquen iSip, Albert de Brandebourg ^^ grand-maître de Tordre ïeutonique , refusa de lui rendre Thommage stipulé par la paix de Thorru II s'ensuivit une courte guerre (Jui fut malheureuse pour le grand-maître. Elle fut terminée en i5ai par une trêve de quatre ans. A cette époque , le luthéranisme s'introduisit en Pologne, malgré les efforts du roi pour^lui fermer l'entrée de ses états. Les habitans de Dantzick se déclarèrent les premiers pour la doctrine nouvelle ; ils déposèrent leurs magistrats cathoUques, qu'ils remplacèrent par des protestans, profaïièrent les églises, pillèrent les monastères. Ils se portèrent à ces désordres dans l'espoir d'êtire soutenus par Albert, qui les encourageait secrètement, et qui lui-même avait embrassé le luthéranisme. Mais ce prince, mal affermi dans ses domaines, et craignant d'en être entièrement dépossédé par la Pologne , s'il tentait une seconde fois les hasards de la guerre, mit fin à ses différends avec Sigismond par un traité conclu à Cracoifie^ le 8 avril iSaS. Il s'engagea à prêter foi et hommage à la couronne de Pologne, et Sigismond lui accorda en retour la Prusse teutonique , à titre de duché héréditaire, transmissible à ses descendans ou héritiers mâles , sauf le droit de réversion en faveur de la Pologne , dans le cas où sa postérité masculine ou celle des princes de Brandebourg de la branche de Franconie viendrait à manquer. Ainsi, l'ordre Teutonique, trahi par son grandmaître, perdit la Prusse, après l'avoir possédée pendant près de trois siècles. Réduit alors à ses domaines d'Allemagne , il établit son chef- lieu à Mergentheim, en Franconie, et y procéda, en 1 5 26, à l'électioîi d'un nouveau grand-maître, qui fut ff^alterde Cronberg^ Après le traité de Cracovie, le nou-

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veau duc de Prusse professa publiquement la doctrine de Luther, et épousa une fille du roi de Danemarck. 11 épousa depuis en secondes noces une princesse de Brunswick, dont il eut un fils nommé Albert Frédéric , qui lui succéda en 1 568.

Sigismond P' mourut en i548. Son fils, Sigismond II Auguste y lui succéda. Sous le règne de ce prince, il s*opéra en Livonie, au profit de la Pologne, une révolution semblable à celle .qui avait eu lieu en Prusse du temps de Sigismond P"*.

La livonie, gouvernée par Tordre des chevaliers Porteglaive, avait dépendu pendant plusieurs siècles de Tordre Teutonique, auquel les Porte -glaive étaient subordonnés, et qui nommait ou confirmait leurs maîtres provinciaux. Walter de Plettenberg, qui était revêtu de cette dignité au commencement du seizième siècle, profita de la détresse de Tordre Teutonique, et des secours réitérés qu'il lui avait fournis contre les Polonais, pour racheter, vers iSai , son indépendance et celle de son ordre. Devenu alors souverain de Livonie, il fut créé prince d empire , et obtint, pour lui et ses successeurs, séance à la diète germanique» Ce fut sous lui que le luthéranisme pénétra et s établit dans la Livonie.

La domination des chevaliers Porte -glaive se maintint dans cette contrée jusqu'à Tépoque de l'invasion que le czar Ivan IV y fit en i558. Ce prince, qui s'était ouvert la mer Caspienne par la conquête des royaumes tatars de Casan et d'Astrakhan, méditait aussi celle de la Livonie, afin de se ménager une communication avec TEurope par la mer Baltique. Gothard KeUlery alors grand maître de Tordre, implora d'abord contre les Russes l'assistance du corps germanique dont il était membre ; mais n'ayant obtenu que des promesses vagues, il s'adressa à Si^smond II Auguste , roi de Pologne, et conclut avec ce prince, à Wilna^ le 28 novembre i56i , un traité de sujétion, en vertu duquel la Livonie fut mise sous la souveraineté de la Pologne et du grand-duché de Lithuanie , à condition que Texercice de la confession d'Augsbourg y serait maintenu , et que tous les ordres de Tétat conserveraient leurs biens , fiefs , droits et immunités. Le même traité

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486 ABRÉGB Um LKISTOIAB dllIBRALS

réserva la Go wlande «I la Semîgalle à Gothard Kettler, pour en jouir, lui ^ ses héritiers mâleSi à titre de duclié rdkvant de la coaronne de Pologne. Le nouveaii doc^ en prêtant ser^ HKnt de fidélité à Si^^mond , déposa les marques de sa pre* mière dignité , et Tordre de Livonie fut supprimé , ainsi que larchevéché de Riga , et les éréchés qui en dépendaient. La Pologne défendit avec succès cette acquisiticMi eontre la Russie) et resta en possession de la Livonie par le traité qu elle conclut en i58a à Klewerowa-Horca avec le czar Ivan IV. La Suède âeva depuis des prétentions sur diverses parties de la Livonie; et la lutte qui s'engagea à ce sujet entre ce royaume et la Pologne, ne fut définitivement terminée que par la pair dOiii^ayen i56o.

*En i569i Sigismond Auguste mit la dernière main à l'union de la Pologne et de la lithuame, en renonçant aux droits que ses pères lui avaient transmis sur œ duché, et en consentant qu'il ne fût jlus regardé comme un apanage de sa £aunille. U mourut trois ans après, en 157a. En lui s'éteignit la descendance mâle des JageDons. Sous son règne, les opinions des réformés, qu'il favorisait secrètement, firent de grands progrès en Pologne.

SECnON V.

Rosfîe(i534-i584).

Itfon IFy à pdne âgé de quatre ans, succéda en i534 à son père Basile, sous la tutelle dHâène sa mère. Les Russes étalent accoutumés à voir les veuves de leurs souverains se renfermer dans des monastères, et y déposer la pompe du rang qu elles perdaient avec leurs époux. Ils s'indignèrent du gouvernement d'une femme et d'un enfant. Des complots, des révoltes troublèrent b régence d'Hélène. Deux oncles du jeune prince entreprirent successivem^l de le détrôner, lueurs tentatives furent malheureuses, et ils périrent dans les tachots^ Plusieurs boyards factieux furent ws à mort. Mais

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DBS IBMPS MODBIUfES. 4^7

Hélène ne jouît pas Iong*temp^ d'une autorité qu elle avait cimentée par le sang : elle mourut en i538.

Ivan n^avait encore que s^ ans. Des ministres ambitieux s*emparèrent de son pouvoir, de sa personne, de ses trésors, et disposèrent insolemment de ses domaines. Cependant ces usurpateurs ne pouvaient en imposer à une noblesse tutimlente. Tant que di|ra lenfance du czar, les querelles des grands Uyrèrent remjnre à lanardiie; mais, parvenu à sa quatorzième année , Ivan sentit en même temps son humiliation et sa force, et déployant une fermeté au-dessus de son âge, il déclara qu'il voulait régner. Le supplice ou Fexil de ses oppresseurs furent les fNremiel^s actes de sa puissance. Forcé, dans un âge si tendre, d'exercer la vengeance et d*inspirer la terreur, il en contracta une dureté de caractère qui dégénéra souvent en tyrannie sanguinaire, et qui l'a fait sur* nonuner par ses sujets le Séi^re tt le Terrible.

Ayant abattu tous ses ennemis domestiques, il enlr^rit de s'agrandir au dehors, et de consommer la ruine de la domination tatare. Pour assurer le succès de ses desseins, il ^ibsûtua i l'ancienne milice féodale qui ne savait que pour un temps, la milice permanente des Streltsi^ que nous appellerons Strélitz, pour nous conformer à l'usage. Il les forma aux exercices et à la discipline militaire , et les arma de fusils. ( L'are avait été jusque-là presque la seule arme des Russes. )

Les Talars de Casan soufiEi*aient impatiemment le joug qu'Ivan III leur avait imposé. Ils te secouèrent en i55i, et se soumirent à lediguer, fils du sul^n d'Astrakhan. Ivan IV s'avança pour les punir, en iSSa, à la tête d'une nombreuse armée, prit le«ir ville d'assaut, et anéantit leur empire. En i5549 U marcha contre Emourguei, prince d'Astrakhan , et s'empara de ses états presque sans éprouver de résistance. Le khan de Crimée, qui avait laissé tranquillement les Russes détruire la domination des Tatars de Casan et d'Astrakhan, attaqua le ciar après sa victoire, et entra en Russie avec soixante raille hommes (i5S5). Il fut complètement défait, et ne ramena dans ses états qu'une feoble partie de ses trempes.

En iS56 , à la sollicitation des Livoniens , menacés par les

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' Russes, Gustave Wasa, roi de Suède, déclara la guerre au czar. Ivan envoya en Finlande une armée qui remporta près de ff^ibourg une victoire éclatante sur les Suédois, Gustave n'ayant point reçu des Livoniens les renforts qu'ils lui avaient promis, demanda la paix en i557 * ^^^ ^^^ signée pour quarante ans.

Les alarmes des Livoniens n'étaient point vaines. Le czar, sous prétexte que les anciens ducs de Russie avaient autrefois possédé une grande partie de la Livonie, envahit ce pays en i558 et iSSp, le livra au pillage, s'empara de la plupart des places , et fit prisonnier Guillaume de Furs • temberg , grand-maître des chevaliers Porte-glaive. Gothard Kettler, successeur de Furstemberg, pour obtemr des secours de Sigism ond- Auguste , roi de Pologne, renonça en sa faveur à tous ses droits et à ceux de son ordre sur la Livonie, se réservant seulement , à titre de fief relevant de la Pologne, les provinces de Courlande et de Sémigalle, dont il fut le premier duc (i56i). Sigismond- Auguste , en succédant aux droits du grand-maître, devint en même temps l'ennemi d'Ivan. En i563, le czar entra en Lithuanie, et prit d'assaut plusieurs places fortes, entre autres la ville de Polotzk. Les Russes furent moins heureux en 1 564 5 ^^ f^" rent battus sur les bords du Dnieper par Nicolas Radziwil , palatin de Wilna. Les Suédois prirent part à cette guerre, et envoyèrent une armée en Livonie , d'où le czar tenta vainement de les chasser. Irrité de ses mauvais succès, il exerça d'horribles cruautés contre plusieurs seigneurs et plusieurs villes de son empire, qu'il soupçonnait d'être favorables aux étrangers. Il préparait pour la Livonie une expédition formidable, lorsqu'à l'instigation de la Pologne, les Tatars de Crimée firent en Russie une nouvelle incursion, et pénètre- rent jusqu'à Moscou, dont ils brûlèrent les faubourgs f 1 571). Le czar les repoussa, et fit la paix avec eux en 1672. Bientôt après, il convint d'une trêve de trois ans avec le roi de Pologne , qui survécut peu à ce traité. Pendant l'interrègne qui suivit sa mort, et pendant le règne de Henri, duc d'Anjou, la Russie n'eut rien à craindre de la Pologne, et dirigea tous

DSS TEMPS MODEBNBS. «4^9

ses efforts contre les Suédois. Ivan remporta snr eux de grands avantages, et conclut, en 1 576, avec leur roi Jean III, une trêve de deux ans pour la Finlande , sans faire mention de la livonie. Il profita de Tépuisement des Suédois et des discordes des Polonais pou^* s'emparer de cette dernière province,

Etienne Bathori avait été élu roi de Pologne en 1675, après le départ ou plutôt l'évasion de Henri de Valois. Il avait employé les premières années de son règne à réprimer ceux qui tenaient contre lui le parti de l'empereur Maximilien. Mais, après avoir affermi son autorité en Pologne , et s'être assuré l'alliance des Turcs et des Tatars de Crimée, il entreprit de reconquérir ce que les Russes lui avaient enlevé en Lithuanie et en Livonie (1579). Cette guerre fut malheureuse pour Ivan IV, et en 1 58 a, il fut obligé de céder la Livonie à la Pologne par la paix de Kiewerowa-Horca.

Ivan mourut en i584. Ce prince était en même temps superstitieux et féroce. Il gouverna ses sujets par la terreur; mais il s'occupa utilement des soins du gouvernement, et son règne doit marquer dans les annales de la Russie, par les grandes améliorations dont il fut l'époque. Ivan, ayant reconnu l'insuffisance des anciennes lois de son empire , fit rédiger un code qui, malgré ses imperfections, apporta d'heureux changemens dans la législation qu'on avait suiviejusque-là. Il essaya, mais inutilement, d'abolir l'usage barbare des combats judiciaires ; il fit fleurir le commerce : il fit venir des artistes et des ouvriers d'Angleterre, et en de* manda aussi à Charles-Quint. Il introduisit l'imprimerie à Moscou. Nous avons vu qu'il établit une armée permanente

C'est à son règne que se reporte la découverte de la Sibé-' me, pays encore inconnu aux Européens. Un riche marchand , nommé Anika-Strogonof ^ établi dans le gouvernenient d'Archangel, indiqua le prenùer l'exbtence de cette contrée. Un chef de cosaques, nommé Jermak, acheva de la faire connaître. Cet aventurier, qui exerçait le brigandage sur les bords du Wolga et aux environs de la mer Caspienne, poursuivi par un détachement russe, se replia vers la Sibérie;

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4gQ^ ABRÉGÉ ]>£ L HISTOIRE OÉNÉRÀLE

Il osa en entreprendve la conquête à la tête cTun corps de sept mille cosaques^ et ayant remporté pludenrs victoires sur les Tatars de Kbérie et sur leur khan Kutsckum , il seat" para de la ville de Sibir, qui était leur principale forteresse (i58f); mais presque tous ses compagnons avaient péri. Ne pouvant espérer de se maintenir avec le petit nom-* bre d'hommes qui lui restaient, il acketa le pardon de ses anciennes fautes, par Fabandon qull fit au czar de sa con^ quête» Des troupes russes prirent possession de la l^éiie en i583. La réduction entière àè ce pays ne date cependant que du règne du csaar Feodor Ivanowitch, fik et successeur d'Ivan, qui fit construire en i^y la ville de Tobolsk, deve* nue depuis la cajntale de la Sibérie.

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