CHAPITRE PREMIER
Turquie (i3oo — i5îo.)
ÂvEÊs la mort du dernier sultan de Rarisme, dont Tempire fut détruit par les Mongols au commencement du treizième siècle, quelques chefs ou émirs de hordes turcomanes quil avait pris à son service ^ passèrent à celui d* Aladin , sultan Seljoucide dTconium. On distinguait parmi ces émirs Soliman Schah , prince de la ville de Néra , dans le voisinage de la mer Caspienne, et de la tribu des Tartares Ogusiens. Après lui, son fils Ortogrul s'établit à Surgut , sur les bords du Sangarins, avec quatre cents tentes ou familles qu'il gouverna pendant cinquante-deux ans , sous la souveraineté des sultans d'Iconimm Otliman ou. Osman ^ son fils et son succès* seur, jeta, vers l'an i3oo, dans l'Asie mineure, les premiers fondemens de l'eippire des Turcs Ottomans ou OsmanUsj
ao ABRÉGÉ DB t HISTOIRE GÉnÉRÀLB
sur les ruines de la monarchie des Seijoucides, détruite en 1294. Les émirs des sultans dlconiura s'érigèrent alors en princes indépendans , et se partagèrent les dépouilles de leurs anciens maîtres. Une partie de la Bithynie, et tout le pays situé aux environs du mont Olympe , échurent à Othman. Voisin de Vempire grec, il accomplit, avec le zèle de Tambition ou du fanatisme, le précepte du Koran, qui recommande le Gazi ou guerre sainte contre les infidèles (i). Le 27 juillet de Fan 1299, Othmati envahit pour la première fois le district de Nicomédie, et pendant tout son règne (1299-1326), il renouvela, chaque année ses incursions. Il mourut en 1826, au moment où son fils Orkhan venait de s'emparer de la ville de Pruse , dont ce prince fil: sa capitale. Les troupes d'Othman n'étaient composées que d'escadrons indociles de cavalerie turcomane , qui servaient sans paie et combattaient sans discipline. Orkhan songea à établir une milice régulière, et forma le corps des janissaires , dont son successeur Amurath I agrandit l'institution (2), qui fut complétée par Amurath IL Le'conquérant de Pruse, pour-
( ]) La fausse politique des Grecs avait ouvert les passages du mont Olympe. Jusqu'au règne du premier Palëologue , ces passages avaient été vaillamment défendus par la milice du pays , qui jouissait, pour récompense , delà sûreté de ses propriétés et de Texemptian de toutes les taxes. L'empereur leur enleva ce privilège , et se cbai-gea de la défense des frontières. On exigea rigoureusement le tribut , mais les passages furent oubliés.
(q) Othman avait le premier donné l'exemple de recruter son armée de captifs et de volontaires. Orkhan perfectionna ce système. Il lit élever dans la religion du prophète les }éunes chrétiens pris à la guerre, et foimade ces arphelins, qui ne connurent d'autre métier que les armes , d'autre patrie que les camps , une milice redoutable^ à laquelle les Turcs durent la plus grande partie de leurs succès. Orkhan la porta d'abord à vingt-cinq mille hommes. Elle s'accrut sous ses successeurs. Elle reçut le nom de Janissaires sous Amuralhî. ( i562. ) Un dervis célèbre fut chargé ^e la consacrer, et de lui donner un nom. « Qu'on les nomme janissaires , s'écria-tF'il ( j^e/igi ahert\ » ou nouveaux soldats). Puisse leur valeur être toujours brillante, leut> » épée tranchante , et leur bras victorieux î «
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suivant le cours de ses succès, s'empara de Nicomédîe en 1 3-27, et de Niçée en 1 3 33, et soumit toute la province de Bithynie jusqu'aux rives du Bosphore et de THell^pont. Les guerres civiles, dont lempire grec fut le théâtre sous Jean Paléologue ( 1 34 1 -47 ) 5 ouvrirent aux Ottomans lentrée de l'Europe , qu'Andronic l'ancien avait déjà semblé vouloir leur livrer par sa négligence à entretenir sa marine. Pendant la minorité de Jean Paléologue , Jean Cantacuzène , régent de l'empire , en butte aux attaques d'une Êiction puissante et déclaré ennemi public, sollicita et obtint le secours des Turcs, dont. le passage en Europe lui assura la victoire, mais précipita la ruine des débris de l'empire romain. En i SSg, le prince Soliman, fils d'Orkhan, traversa l'Hellespont, et s'empara de GalUpoli dans la Chersonnèse de Thrace. Une mort prématurée arrêta le cours de ses succès ( i36o }. Son père mourut la môme année.
Amupath /, successeur d'Orkhan, poursuivit ses conquêtes, et signala par la prise d'Andrinople la première année de son règne. 11 envahit ensuite la Servie et la Bulgarie (i365). Vers l'an i38i , plusieurs princes turcs de l'Asie mineure , encore indépendans, furetit obligés de reconnaître son au<torité , et l'émir de Ghermian lui abandonna Gutajah , métropole de la grande Phrygie. En i386, Amurath. soumit presque entièrement la Macédoine et l'Albanie. En iSSp, les Serviens, les Yalaques, les Hongrois, les Dalmates et les Triballiens se liguèrent , sous la conduite de Lazare , des^ pote de Servie, pour arrêter les progrès d' Amurath. La victoire qu'il remporta à Cassovie dissipa la confédération^ mais , tandis qu'il visitait le champ de bataille , il fut tué par un soldat tribalUen^ qui, s'élaUçant d'çntre les morts, vengea là défaite des chrétiens par le meurtre du vainqueur. Amurath 1 n'est pas moins célèbre par ses institutions que par ses conquêtes. 11 compléta l'organisation de la milice des janissaires, établit celle des spahis, et divisa une partie des terres conquises en Timars , petits domaines concédés à des usufruitiers qui, sous le nona de TiffuiriofSy doivent prendre les .armes dès qu'ils en sont requis*
s» 2 ABROGÉ DE L HISTOIRE GENERALE
Bajazeth I (surnommé Ilderim ou Téclaîr), successeur d*Amurath I, après avoir mis fin, par la soumission des émirs d'Aidin , de Sarukhan , de Ghermian et de Garamanie, aux principautés turques qui subsistaient encore dans TAsie mineure (i) , acheva la conquête de la Thrace , de la Macédoine, de la Thessalie et de la Bulgarie. Pour assurer, dAsie en Europe, la communication des Turcs, qui jusqu'alors avait été dangereuse et précaire, il établit à Gallipoli une flotte qui commandait THellespont, et interceptait tons les secours que les Latins envoyaient à Gonstantinople. Enorgueilli de sa puissance , il dédaigna son ancien titre d'émir, et accepta du calife esclave en Egypte sous les ordres des Mamelucks , la patente de sultan ( 1 3c)4 ) (^)* Jaloux de mériter son nouveau titre , il porta la guerre en Hongrie , et défit une armée de cent mille chrétiens à la journée de Nicopolis (28 septembre iSpô). Après cette victoire, il fit sommer l'empereur Manuel Paléologue de lui livrer Gonstantinople , et commença le blocus de cette grande capitale. ■ Cependant^ craignant une croisade des princes chrétiens, il accorda aux Grecs une trêve de dix ans, moyennant un tribut annuel de 3o,ooo écus dor, et l'établissement d'un cadi et d'une mosquée à Gonstantinople, Bsgazeth n'observa pas long-temps ce traité, et Gonstantinople, assiégée de nouveau, allait subir le joug ottoman; mais la nouvelle des progrès du fameux Timour ou Tamerlan rappela le sultan en Asie, et retarda la chute de l'empire.
Timour naquit vers l'an i336, dans un village de la Transoxiane, qui faisait partie du territoire de Gash, dont ses ancêtres étaient les chefs héréditaires. Dès l'enfance, il annonça des inclinations belhqueuses. A. douze ans, il fit ses premières armes. A vingt-cinq ans , il entreprit d'affranchir son pays de
(i) Les dçux derniers de ces émirs étaient assez puissans pour mettre chacun sur pied une armée de quarante mille hommes.
(2) Ce fait, attesté par un auteur arabe contemporain, détruit le témoignage de Cantemir , qui prétend qu'Othman avait été élcré , en i3oo , A la dignité de sultan , dans la Ville de Carachis$ar.
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la tyrannie des khans du Cashgar, qui, avec le secours d!une armée de Gètes ou d^ Kalmoucks, avaient envahi la Transoxiane. Libérateur de cette contrée, il en fut proclamé sou- , verain dans une diète ou couroultm ( 1370). L'Oxus bornait ses états; il le franchit, et, dans l'espace de trente années, il subjugua successivement le Garisme et le Candahar, la Perse, le Cashgar, le Kaptschack et Tlndostan. Des bords du Gange il remonta vers TEuphrate, passa ce fleuve en i4oo, effraya la Syrie par le pillage d' AJep et de Damas, éleva sur les ruines dé Bagdad une pyramide de quatre-vingt-dix mille têtes ( 1 4o i ), et envahit enfin lempire ottoman ( 1 40 2 ). Il se donna ( 2t8 juil- • let), près d'Ancyre ou Angouri, dans l'ancienne Gallo-Grèce, une bataille sanglante et décisive. Les Turcs furent complètement défaits , et le sultan tomba au pouvoir du vainqueur, qui , selon les historiens turcs et européens , dont le récit n'est point confirmé par les Persans, le fit enfermer dans une cage de fer. Si Bajazeth fut en effet condamné à cette dure prison, la mort, qui l'enleva en x4o3, fut un bienfait pour ce prince infortuné. Timour ne lui survécut que deux ans. N*ayant pu, faute de vaisseaux, passer le Bosphore et l'Hellespont, que les Turcs et les Grecs défendirent de concert , il était allé dans Samarcande étaler les trophées de ses victoires ; de là son ambition , que soixante-dix années n'avaient point refroidie, l'entraînait à la Chine, qu'il prétendait joindre à ses conquêtes, lorsqu'il mourut aux environs d'Otrar ( i**" avril i4o5 ). v
Après la. bataille d'Ancyre et la retraite de Timomr, les émirs turcs de l'Asie mineure étaient rentrés dans les districts dont le sultan les avait dépouillés. Les discordes des fils de Bajazeth achevèrent d'ébranler l'empire ottoman. Isdj l'un d'entre eux , s'était fait reconnaître dans les pays voisins d'Angora , de Sinope et de la Mer-Noire. Son frère, Maho*' met /, lui enleva ses provinces et la vie. Soliman l , jn^oclamé par les Turcs d'Europe , fut surpris dans le sommeil et dans l'ivresse par son frère Musa, qui le fit périr (i4io). Musa partagea l'empire avec Mahomet. En i4z^ , il remporta uoe victoire complète sur- l'empereur Sigismond, près de Sémen-
dria. Il fut moins heureux contre son frère , qui le vainquit en i4i3 , et récompensa de la charge de giand visir le soldat qui lui présenta la tête d un rival odieux. La mort d'Isa , de Soliman et de Musa, assurait au dedans la tranquillité du règne de Mahomet I. Il se ménagea la paix extérieure en restituant à Tempereur Manuel les places du Pont-Euxin , de la Propontide et de la Thessalie , que les Ottomans lui avaient enlevées. Cependant , en i4i8 , il eut à réprimer les mouvemens excités par un imposteur , qui , ressuscitant en sa personne le plus jeune des fils de Bajazeth I, Mustapha, tué à la bataille d'Ancyre , forma un parti pour détrôner Mahomet. Celui-ci l'ayant obligé de se renfermer dans Thessalonique , ville grecque , sollicita vainement l'empereur de remettre le rebelle entre ses mains. Manuel refusa de se dessaisir de ce précieux otage, et s'engagea toutefois à le retenir prisonnier tant que vivrait le sultan.
Au commencement du règne diAniurath II y qui succéda en 14^1 à Mahomet, son père , l'empereur tira le faux Mustapha de l'île de Lemnos où il l'avait relégué. L'imposteur fut proclamé en Europe , et réunit une nombreuse armée ; mais bientôt sa défaite et son supplice étouffèrent les derniers germes des guerres civiles , et le victorieux Amurath rendit à l'empire son premier lustre.
En 1422 , la vengeance l'arma contre Manuel : il mit le siège devant Constantinople. Cette ville , par la force de ses murailles , résista à deux cent mille Turcs , et une révolte suscitée par les Grecs ne tarda pas à rappeler le sultan en Asie. Depuis ce temps, il laissa à Byzance le repos précaire de la servitude. Après la mort de Manuel , Jean Paléologue obtint la permission de régner , moyennant un tribut de 3oo,ooo aspres et la cession de presque tout ce qui excédait les faubourgs de Constantinople. Toutes les places qui testaient aux Grecs sur le Pont-Euxin , le long des côtes de la Thrace , dans la Macédoine et dans la Thessalie, tombèrent au pouvoir d' Amurath. Il emporta même la muraille et les firts qui défendaiei^t l'entrée de l'isthme de Corinthe , et étendit ses ravages jusque dans l'intérieur du Péloponnèse.
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DBS TEMPS MODERNES. 25
Deux Héros chrétiens , Jean Huniade Corvin et Scanderbeg arrêtèrent ses conquêtes.
Huîdade , d'une origine obscure ou au moins douteuse , s'était élevé, par ses talens, au commandement des armées de Hongrie ; et Tépithète de brigand , que les Tares ajoutaient à son nom , atteste la haine et Veffroi qu'il inspirait aux infidèles. Son crédit avait procuré la couronne de Hongrie à Ladishis.de Pologne ( 1 44^) ? c* ? pour prix de ce service important, il avait reçu la dignité de w^aivodede Transylvanie. En i44^^t 1443 9 Huniade et Ladislas remportèrent sur les Turcs de grands avantages. Âmurath demanda une trêve de dix ans , et, satisfait d'avoir rendu la paix à ses états, le sultan , fatigué des grandeurs de la terre , abdiqua l'empire en faveur de son fils Mahomet II ( 1 44^) , et se retira parmi les dervichesde Magnésie. Excités par le prince de Caramanie , qui promettait de les seconder, les chrétiens profitèrent de cet événement pour rompre la trêve. Les dangers de l'empire et le vœu des peuples tirèrent Amurath de sa retraite : il reprit la couronne, et, marchant à la tête d'une armée de soixante mille honunes, devant laquelle il faisait porter au bout d'une lance le traité que ses ennemis avaient violé , il livra bataille aux Hongrois près de Wama , sur les cotes de la Mer-Noire (10 novembre i444)« Vingt-quatre mille chrétiens balancèrent long-temps la victoire contre des forces presque triples j mais, emporté par son courage imprudent , Ladislas périt dans la mêlée. Sa mort fut le signal d'une sanglante déroute. Huniade chercha vaiçement à rallier ses compagnons effrayés du trépas de leur roi , et le torrent des fuyards l'entraîna hors du champ de bataille , couvert de plus de dix mille Hongrois. Durant la minorité de Ladislas d'Autriche, successeur de Ladislas de Pologne, il fat général et gouverneur de la Hongrie, et , dans le cours d'une administration de douze ans, il montra qu'il unissait les talens du politique à ceux du guerrier.
Après la victoire de Warna , Amurath avait de nouveau renoncé à la couronne impériale , et la solitude de Magnésie avait revu le vainqueur des Hongrois -revêtu de l'humble manteau des cénobites ; pais les janissaires ne lui permirent .
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a6 ABROGÉ DE L HISTOIRE G^Nl^RALE
pas de renoncer au trône et à la guerre (i446)- Forcé de reprendre le commandement des armées et les rênes de l'empire , il dirigea ses forces contre l'Albanie (Epire).
Jean Castriùt ^ souverain héréditaire d'un petit district de ce pays , entre les montagnes et la mer Adriatique , avait acheté la paix du sultan , en se soumettant à, payer un tribut. De ses quatre fils , qu'il donna pour otages , et qui furent élevés chez les Turcs , les trois aînés étaient restés confondus dans la foule des esclaves. George , le quatrième , par trois victoires successives sur un Tartare et deux Persans, qui avaient fait un défi aux guerriers de la cour ottomane, avait mérité la faveur d'Amurath, et ses compagnons d'armes lui avaient décerné le surnom de Scanderbeg ou Seigneur Alexandre, Après la mort de son père (i43:i), l'Albanie ayant été réduite en province , il avait reçu pour indemnité le litre et le rang de sangiak, le commandement de cinq mille chevaux et la perspective des premières dignités de l'empire. D servit avec honneur dans les guerres d'Europe et d'Asie. Cependant les injures de sa famille, sa propre servitude et celle de son pays éveillèrent en lui le regret d'avoir si long-temps combattu pour l'islamisme. Nourri dans la religion de Mahomet , il l'abjura pour consacrer le reste de sa vie à la dér f crise de la foi de ses ancêtres. En i445 > il reparut àCroïa, capitale de la principauté de ses pères , souleva les Albanais, au nom de la religion et de la patrie , et , dans l'assemblée des états d'Épire , il fut choisi pour conduire la guerre contreles Turcs. Attirés par l'éclat de sa renommée , les plus braves aventuriers de France et d'Allemagne vinrent se ranger sous Ses drapeaux. Son armée permanente consistait en huit mille chevaux et sept mille hommes d'infanterie; et ce fut avec ces forces inégales que, pendant vingt-trois ans, il résista à toute la puissance de l'empire ottoman sous deux conquérans redoutables. Amurath II l'attaqua plusieurs fois sans «uccès , et la douleur d'avoir échoué au siège de Croïa contribua peut-être à abtéger les jours du sultan (i45 1).
La dernière pensée d'Amurath avait été de recommander à Mahomet II ^ son fils et son successeur, de tourner se»
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DES TEMPS JHODKINES. £7
armes contre Constantinople. Excite par ce vœu dl'un pèrp mourant , et surtout par sa propre ambition , le jeune sultan prépara la conquête deByzance, En i448, Constantin Dragazès , fils de l'empereur Manuel , avait succédé à Jean Paléologue. 11 avait 1 ame grande et noble ; mais d abord il fit céder son courage à sa prudence; et lorsqu'il apprit que Mahomet construisait sur le Bosphore une forteresse pour se rendre maître du détroit ^ il n'opposa que des remontrances à ce prélude de guerre , et deux fois il essaya de prévenir par des négociations une lutte inégale. Son dernier message annonça la ferme résignation d'un chrétien et d'un guerrier. « Si les » sermens, ni les traités, ni la soumission, ne peuvent asy surer la paix, dit-il au prince ottoman , poursuivez vos at- » taques impies; ma confiance est en Dieu seul : s'il lui plaît « d'adoucir votre cœur, je me réjouirai de cet heureux chan- >• gement; s'il vous livi*e Constantinople, je me soumettrai » sans murmure à sa volonté. Mais tant que le juge des princes » de la terre n'aura pas prononcé entre nous, je dois vivre ^ et mourir en défendant mon peuple. »
Mais Mahomet a résolu la guerre. Tandis qu'il rassemble ses forces, Constantin implore les nations de l'Europe. Il promet, comme plusieurs de ses prédécesseurs, de réunir l'Eglise grecque à l'Église romaine, et un légat du pape se rend à Constantinople avec quelques soldats et la mission de présider à la réunion proposée. Deux mille Génois et cinq ou six cents Vénitiens se présentent encore pour défendre la ville impériale, ou plutôt les comptoirs que leurs républiques y possèdent. Ils sont suivis d'une troupe d'aveur turiers catalans qu'attire le seul amour de la guerre et des périls. Voilà tout ce que la belliqueuse Europe envoie au secours de Byzance. Du reste, si quelque chose pouvait absoudre cette indifférence des peuples de l'Occident , ce serait celle des Grecs eux-mêmes. La réunion des deux Églises leur est odieuse. ConsUntin, qui l'a ménagée, perd leur affection et leur appui. Les uns , pour ne rien devoir aux Latins , annoncent que IMeu s'est chargé lui-même de sauver son peuple, et, sur la foi de quelques prophéties imaginaii'es , ils
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attendent dans Finaction une délivrance miraculeuse. D autres, dans leur sombre fanatisme , ont prédit que Ferapire devait périr pour expier le crime de la réunion, et toute espérance de salut leur semble impie et sacrilège. Le premier ministre de Fempire, le grand duc Notaras, partage lui-même ce délire , et s*écrie qu'il aimerait mieux voir dans Constantinople le turban de Mahomet que la tiare du pape ou un chapeau de cardinal. Le trouble se met dans les courages comme dans les consciences ; la ville est abandonnée d*une partie de ses habitans , et quatre mille neuf cent soixante et dix Romains seulement s'inscrivent au nombre de ses défensei|rs. Ainsi, huit à neuf mille combattans , Grecs ou Latins , forment toute la garnison de Byzance , et la dernière espérance de Fempire d'Orient.
Cependant Mahomet s'avance avec une armée de deux cent soixante mille hommes , soutenue d'une flotte de trois cents voiles, et le 6 avril i453, il arbore ses étendards devant la ville impériale. Après avoir résisté aux premières attaques , Constantin pouvait sauver sa vie et sa liberté en acceptant une capitulation honteuse : il aime mieux succomber avec honneur. Le sultan a fixé le 29 mai pour un assaut général. La veille de ce jour décisif, Fempereur rassemble ses compagnons, et, par un discours qu'on peut regarder comme l'oraison funèbre de l'empire romain , il s'efforce vainement de ranimer dans leurs cœurs Fespoir qu'il conserve à peine lui-même. Tous Fécoutent dans un morne silence ; muets et résignés, ils s'embrassent en pleurant, et vont sur les remparts attendre la mort. Constantin se rend à Sainte-Sophie , y reçoit le sacrement de la communion , et se fait , pour le combat ou pour le martyre , une âme sans tache et sans faiblesse. Le lendemain , lorsque se fut levé le jour fatal de Fempire des Césars, lorsque la multitude des Ottomans se ait précipitée au dernier assaut, on aperçut long-temps dans la mêlée Paléologue remplissant tous les devoirs de général et de soldat : il disparut enfin. Après d'héroïques et inutiles efforts , croyant que dès-lcrs il lui était permis de désespérer et de mourir, il s'était dépouillé de ^t^ ai*me$ dorées.pour évitey
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d*étre pris vivant, et s'était élancé au milieu des janissaires , qui lavaient tué sans le connaître.
L'empereur mort , il n'y eut plus de résistance. Gonstanti* nople j en proie aux vainqueurs , fut saccagée , et tous les habitans réduits en esclavage. De toutes les déprédations auxquelles fut livrée cette malheureuse ville , la plus douloureuse pour la postérité, est celle des bibliothèques, qui furent anéanties ou dispersées dans la confusion générale. On eut , dit-on , à regretter la perte de cent vingt mille manuscrits. Du moins , une portion inestimable de nos richesses classiques était alors déposée en sûreté dans l'Italie 5 et des ouvriers d'une ville d'Allemagne venaient de faire une découverte qui brave les ravages du temps et des barbares.
Tous les Grecs qui restaient dans Constantinople avaient été emmenés en quelques heures. Dans la suite, pour repeupler cette grande ville, dont il comptait faire le siège de son empire, le sultan assura une entière liberté de conscience aux Grecs qui viendraient s'y fixer. Ce moyen ne suffisant pas, dix mille familles , prises de différentes provinces, eurent ordre d'aller y résider, tes Grecs obtinrent un patriarche qui reçut son investiture du sultan par le bâton pastoral et par l'anneau, suivant l'ancien cérémonial. Les églises de la ville furent partagées entre les deux religions ; on fixa les bornes des deux cultes, et pendant soixante ans, jusqu'au moment où les privilèges de l'église grecque furent violés par Sélim I , les Grecs jouirent des avantages de cet équitable partage.
Jtfahomet rétablit les fortifications de Constantinople ; et pour se précautionner contre les armemens des Vénitiens , ou des autres puissances de l'Occident , il fit construire les châteaux des Dardanelles , à l'embouchure de l'Hellespont.
Le sultan , maître de Constantinople, réclama ,. comme une dépendance de son empire , l'île de Rhodes , alors occupée? par les chevaliers de Saint-Jean. Il les somma de lui payer tribut. Le grand-maître , Jean de Lastic , répondit que les chevaliers ne devaient qu'à Dieu et à leurs épées la propriété de Vile de Rhodes , et se prépara à la défendre. Mais d'autres
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3o ABRÉGÉ DE L HISTOIRE GÉHÉRALE
affaires contraignirent Mahomet d ajourner ses projets contre Tordre.
Le pape Galixte III trayaillait alors à réunir les pritices chrétiens dans une ligue contre les Ottomans. Le sultan, prévenant ses ennemis , vint assiéger Belgrade à la tête de cent cinquante mille hommes (i456). Tandis qu'il l'attaquait par terre , deux cents brigantins la bloquaient du côté du Danube, et devaient empêcher les secours d'y pénétrer. Le danger que courait cette place importante, le boulevard de la Hongrie et de la chrétienté , excita le zèle de Jean Capistran , religieux de l'ordre de Saint-François : ses discours et son enthousiasme entraînèrent quarante mille Allemands ; il les amena à Jean Huniade. Le général des Hongrois , avec ce. renfort, dispersa la flottille ennemie et entra dans Belgrade. Pendant quarante jours, Mahomet multiplia contre la place des attaques inutiles et meurtrières. Enfin , vaincu dans un dernier assaut qui lui coûta plus de vingt mille hommes , il se retira avec les débris de sanombreuse armée. Huniade , mortellement blessé , expira dans le sein de son triomphe, après avoir vu fuir les ennemis de son pays et de sa religion.
Mais les succès de Mahomet^ un moment interrompus par l'expédition de Belgrade , reprennent bientôt leur cours rapide. Il s'empare du duché d'Athènes (i 456), que les Ac- 4)iaitioli, maison florentine, possédaient depuis i364 , et qui comprenait , outre la capitale , Thèbes , Mégare^ Gorinthe et Platée. Il réunit à l'empire ottoman (i458) la Servie qu Amurath II avait enlevée, en 14^7, aux princes ou craies de ce pays, et qu'il leur avait rendue en 1 44^» Thomas et Demetrius Paléologue , frère du dernier empereur grec , se disputaient le Péloponnèse, pour lequel ils payaient tribut au sultan. Demetrius, vaincu, implore la protection de Mahomet II, et lui donne la main de sa' fille. Thomas , effrayé , prend la fuite (i). L'ambitieux sultan , sans égard pour les droits de
(i) Il se retira en Italie, où il vécut d*une pension que lui firent le pape et les cardinaux. Il laissa deux fils , André et Manuel. L'aîné vendit successivement son titre d'héritier de l'empire grec aux rois
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DBS TBMFS HODERKES. 3t
son beau-père y relègue Demetrius dans un cloître, et le Péloponnèse se soumet , à lexception de quelques forteresses que Thomas avait cédées au pape et aux Vénitiens.
Lorsquen iao4 les Latins s'étaient emparés de Constantinople , plusieurs princeîPgrecs avaient conservé des démembremens de Fempire d'Of ient , et il s'était formé sur les bords de la Mer-Noire un petit état qui prit le titre fastueux d'empire de Trébizonde. Cet état subsistait encore au temps de la prise de Constantinople par les Turcs , et avait pour souverain David Comnène. Les armes de Mahomet détruisirent ce reste de la grandeur des Grecs : en 1461 , le sultan conquit Trâ)izonde et les principautés de Gérasonte et de Sinope. David Comnène fut emmené captif à Constantinople , où il trouva bientôt une mort ignominieuse. Sous prétexte qu'il avait de secrètes intelligences avec la Perse , on le livra au supplice ; ses enfans, au nombre de huit, furent exécutés après lui.
L'année i46a fut signalée par la conquête de Tile de Lesbos, et l'année suivante (i463), par la réduction de la Bosnie, et par de sanglantes incursions en Valaquie , en Moldavie et en Esclavonie.
Les Vénitiens avaient conclu en 14^4? ^^^<^ 1^ sultan , un traité de paix, et de bon voisinage. La paix fut rompue au mois de mai i463. Les Vénitiens , s'éiant emparés du Péloponnèse, fortifièrent l'isthme de Corinthe; mais ils l'abandonnèrent lâchement en i464) à l'approche d'une armée turque, et perdirent toutes leurs conquêtes. Mathias Corvin,, roi de Hongrie, leur allié , les seconda pendant plusieurs années par des diversions heureuses dans la Valaquie , la Croatie et la Transylvanie; mais, en 1468 , il interrompit la guerre contre les Turcs pour attaquer la Bohême ; lutte impoUtique ^ dans laquelle il resta engagé près de dix années (Voyez VHisroire de Hongrie ).
Avant sa défection , la mort du pape Pie H et de Scande France et d^ Aragon. Manuel voulut revoir sa patrie^ et retourna à Constantinople , où le sultan lui assigna des revenus convenables.
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derbeg avait déjà privé les Vénitiens de deux zélés auxiliaires. Frappé dans Ancône dune maladie soudaine au moment où il venait se mettre à la tête d'une croisade contre les Ottomans , le pontife avait été enlevé à la dirétienté le i4 août i464- Scanderbeg, toujours y^orieux des Turcs, avait consenti à traiter avec eux en i46i 9ujnais, excité par le pape Pie I£, il avait repris les armes en i463. La défaite ou la mort de plusieurs lieutenans de Mahomet, la retraite dusuU tan lui-même , mirent le comble à la gloire du prince d'Albanie. Ses ennemis, ne pouvant le vaincre, voulurent le faire assassiner. Échappé à c*ette trame odieuse , il succomba à une fièvre violente dans la ville vénitienne d'Alessio , où il tenait un congrès pour délibérer sur les intérêts communs (1466). Après sa mort, les places de l'Albanie , excepté la capitale , tombèrent rapidement au pouvoir des Ottomans.
Les Vénitiens, réduits alors à leurs propres forces , continuèrent la guerre avec quelque avantage. En i465 , ils brû* lèrent Misitra ou la nouvelle Sparte ; ils pillèrent Athènes en 1466 , et la ville d'Eno, sur le golfe Saronique, en i46g. Ce fut alors que Mahomet II prononça à Gonstantinople et fit répéter dans toutes les mosquées de son empire le vœu de détruire la religion des chrétiens. En 1470 , une puissante flotte turque, portant une nombreuse armée commandée par le sultan , attaqua Tile de Négrepont , qui était soumise aux Vénitiens. La capitale fut emportée après quatre assauts meurtriers : tous les habitans furent massacrés. De leur côté , les Vénitiens ravagèrent la Carie, l'île deCoset rionie(i472); et, secondés du cardinal Olivier Caraffa, qui commandait les galères du pape Sixte IV , ils brûlèrent Satalie et Smyme ; mais les Turcs dévastèrent l'Albanie , et le pacha de Bosnie s'avança jusqu'à trois milles d'Udine , dans le Frioul.
En 147Ï ) ^^ diète de Ratisbonne avait ordonné contre les Turcs des armemens dont l'ompereur Frédéric III n'essaya pas même les préparatifs. Le pape Paul II fut plus t^ureux dans ses négociations avec le tartare Ussum-Cassan ^ qui avait conquis la Perse en 1468 sur leis petits-fils de Tamerlan, et y avaitfondéla dynastie du Mouton-Blanc. LesPersans étaient
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DJBS T^MPS moobunes. 33
de la secle d'Ali, prétexte suffisant pour faire la guçrre aut sectateurs d'Omar. Gassan était d'ïiilleurs le gendre de David Gomnène , dernier empereur de Trëbiaonde, si cruellement traité par Mahomet II : il entra facilement dans les vues du Pontife , et envahit l'Arménie et la Géorgie ; mais il fut vaincu (i 47^) par le sùhan à Cara-Issar , sur le fleuve Lycus.
Eu 1474 , Etienne, waivode de Moldavie, défit Une armée turque près de RackoWecz. La même année , Soliman , beglier-bey de Romanie , échoua devant Scutari, et Tannée suivaïite devant Lépante ; mais Ahmed , aitiiral turc , ruina la colonie géhoise de Caïfa. Cette ville , qui était depuis plus de deux siècles sous le goùveriiemeht de Gênes, avait 'acquis tiàé population et 'une richesse qui régalaient presque à la métropole : elle était le marché de toutes les productions du nord et de l'orient ; c'était par elle que se répandaient en Europe les étoffes de la Perse , les épiceries de l'Inde et le produit des mines du Caucase. Avec elle les Génois perdirent leur domination sut* la Mer-Noire et la source la plus abondante de leur opulence.
En i477> ^^® Turcs battirent les Vénitiens sur les bords de risonzo, et ravagèrent l'Italie jusqu'à la Piave. En 1478, la reddition de Croîa consomma la conquête de l'Albanie. Les Castriot trouvèrent un asile, des domaines et de brillantes àllknces dans le royaume de Naples ; et une colpnie d'All^ïiais fugitifs obtiht un établissement dans la Calabre, 011 ils conservent encore le langage et les mœurs de leurs ancêtres.
Enfin, en i479> l^ sultan conclut la paix avec les Vénitiens pour s'occuper plus librement de l'expédition qu'il méditait contre Vue de Rhodes. Une flotte turque y transporta, en 1480 , une armée de cent mille hommes, commandée par le renégat Misidiès , de la maison impériale des Paléologues. Misithès , après un siège de trois mois , céda aux efforts et à la constance du grand-maître d'Aubusson.
En i^i, l'infatigable Mahomet, pour effacer par des victoires le souvenir de cette expédkion malheureuse , leva deux nombreuses aitnées. Il devait entoyer l'une en Europe
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fous le oommandement d'un tIsît, et conduire l'autre <;oiiire le roi de Perse« Au milieu de ces prcyets de conquêtes ^ la mort le surprit à ff ioomédie ( 3 xnai ou a juillet ). Les iiistoriens turcs , exagérant sa gloire militaire , se plaisent à le nommer le plus grand des empereurs. Ils lui attribuent la conquête de deux eippires , de douze royatunes et de deux cents villes , calcul faux et adulateur. Mahomet II fut sans doute un habile capitaine ; mais si nous comparons les moyensi les obstacles et les exploits , il est loin de Timour ou d'A*lexandre. Ses forces furent toujours plus nombreuses que celles de ses ennemis; cependant ses conqxiétes ne passèrent ni l'Euphrate, ni la mer Adriatique; et ses progrès furent arrêtés par Huniade et Scanderbeg, les chevaliers de Rhodes et le roi de Perse.
Il laissait deux fils, Bajazet II et Zizim ou Gem, Avant de venir se faire proclamer à Constantinople, Bajazet, qu apr pelaient au trône son droit d'aînesse et le choix 4e son père^ entreprit le pèlerinage de la Mecque. Zizim , son frère , pro* fitant de son absence, éleva des prétentions à l'egapire, et les troupes d'Asie se déclarèrent en sa faveur. Battu près de Prusç par le grand-visir Acbpiiet, il se retira chez Caït^Begfy Soudan d'Egypte, qui tenta vainement de réconcilier le^ deux frères, et de là ch^ Caraman-C^U, princ^ide GiUoie^ qui, ligué avec plusieurs petits souverain^ musulmans, osé lever l'étendard de h. révolte contre Bajazet. Le sultan ^ain^ quit Iqs coi;ifédéré$ près du mont Taurus. L'infortuAié Zizim, fuyant de retraite en retraite, déroba avec peine sa tête pros* crite aux fureurs de Ston frèjre. Epfin , près d'êcre atteint par ses satellites, il se jeta dans un^ barque deqpêcbeùr^ et yoguâ vers l'île de Rhodes. Les chevaliers ie reçurent avec les hon-* neurs dus aux, souverains; ils reibsèrent àt le lîarrer 4 Bft^ jazet , et le firent passer dans une de leurs comuMindeiries de la langue de Provence. Cependant, pour éviter la guerre avec le sultan , le grand-maître d*Aubusson et les chevalier» s'engagèrent à ne remette Zrûm entre les main» d'aucun prince chrétien ni musulmap. qui pût se servir de son nom pour troubler le repos<le Viçmpire. A cette condition, Bajazet
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â*obtîgeairà payer à Vordre «me somme aniiue&e de 35,odo ducats. Le grand-visîr Achmet-Giëdik vît avec douleur Tempire ottoman devemi tributaire dé quelques chevaliers, «I: ne ' put cacher son indignation. Ses ^errice» ne le mirent point à l'abri de la colère de Bajazet, dont ses pkimes gënéretKses accusaient la faiblesse. Le sultan le fit étrangler en secret.
Bientôt après, soit pour occuper Factivîtë turbulente des janissaires, soit pour se venger de Calt^Beg, qui avait donné asyle à son frère, Bajazet attaquai Temple des Ma^ meluàks»
Dans le septième siècle de l'ère chrétienne, l*Egypte avait été enlevée aux Grecs par les Arabes. Elle ne fut d'abord qu'une province de la vaste domination de ces conquérans; mais, sous les califes Abassides , elle se détacha du corps de lempire, et fut elle-mêihe le siège d'un califat particuHer, dont la prospérité, Fétendue et la puissance attachèrent quelque gloire au nom des Fatimites. Cette dynastie, qui se vantai^t de descendre de Fatime, fille du prophète, ftit remplacée, dans te douzi^e siècle ( 1171), par celle des Ayoubités, dont le grand Sâladin fut le fondateur. L'on des succésseuris de Salàdm, Nodgemedin Salé, défendit aux Égyptiens Tusage des armes, et institua une miUce nombreuse, composée de jeunes Scythes, Tarta'res et Circassietis, ^ qui presque- tous avaient été esclaves, et qui ne devaient se recruter que par dés esclaves du des étrangers; Telïé fut l'origine^les Mamelucks, Ils renversèrent le trône qu'ils devaient soutenii\ En i25o, îl^ assassinèrent Ahnoadan, successeur de Nodgemedin , et s'emparèrent du gouvernement de l'Egypte. Ils formèrent une espèce de république guerrière présidée par un chef éïectif. Ibek fut lé premier soudati tiré de cette miUce redoutable 5 elle lui donna une longue sXiité de successeurs qu'elle élevait ott déposait à son gré , maïs' qu elle prenait toujoiu's dans ta famille d'Ibek. Au milieu des agitations d'un gouvernement tumultueux , l'empire des Mamelucks subsista avec éd'at pendant trois siècles. Il s'étendait en Afrique et en Asie depuis les sables de l'anclerinè Lybie jusqu'aux rivés de l'Éuphrate. Malgré leur puissance,
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la politique des Mamelucks était de songer à se maintenir plutôt qu'à faire de nouvelles conquêtes ; et , dans leurs guerres contre les Ottomans ^ ils ne furent point les agresseurs.
Une querelle de deux princes tributaires des deux empires futle prétexte des hostilités entre Bajazetetlesoudan d*£gypte. Aliadoulet, souverain d'Arménie et vassal des Turcs, attaqué par le prince de Circassie, vassal de Caït-Beg, demanda des secours à Bajazet. Le sultan marcha contre les Mamelucks, et fut vaincu près du mont Aman , en Caramanie. Plus heureux en Europe, il réduisit ( de i486 à 1489) la Moldavie, la Bosnie et la Croatie. En i486, il secourut les Maures de Grenade contre les Espagnols; Tamiral ottoman battit une flotte chrétienne , et pilla les côtes de TEspagne et de Tltalie. En 1495 , un événement plus agréable et plus utile à Bajazet que la plus brillante victoire, fut la mort de son frère, dont le poison termina les jours à Terracine. Livré par d* Aubusson au pape Innocent VIII, enfermé depuis au château Saint-Ange par Alexandre VI, qui recevait de Bajazet un tribut annuel pour prix de sa captivité , Zizim venait d'être remis par le pontife entre les mains du roi Charles VIII, qui voulait se servir de son nom dans l'expédition qu'il méditait follement contre Constantinople. Mais Bajazet avait promis à Alexandre VI 3oo,ooo ducats d'or, sHl aidait sonjrère a
' sortir des misères de cette vie , et Charles avait à peine Zizim en son pouvoir, que le poison lui enleva ce précieux otage. ( Foyez THistoire de Charles VIII. )
En i499) ^^ sultan déclara la guerre aux Vénitiens. Des difflcuUés de commerce étaient pour les deux puissances une occasion toujours prête de rupture. Vainqueurs de Famirai Antonio Grimani , les Turcs allèrent mettre le siège devant Lépante , et emportèrent cette place en peu die jours. L'année suivante , ils j'emparèrent de Modon et de Coron ;
. mais ,^ en i5oi, Uladislas, roi de Bohême et de Hongrie, par une diversion favorable aux Vénitiens , attira les armes du sultan vers le Danube. En iSoa, Ismaïl-Sophiy roi de Perst, donna aussi quelques inquiétudes à Bajazet. ITua autre côté, une flotte espagnole aida les Vénitiens à s'emparer des îles
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DES l^MPS MODERNES 3j
d*Egine et de Gçphalonie. Ces événemens amenèrent en 1 5o3 tin traité de paix qui fut observé jusqu'en i5iy. Venise obtint la liberté de trafiquer sur la Mer-Noire et d'avoiï» up consul à Constantinople ; mais elle perdk les villes de Coron de Modon et de Lépante. '
L'empire ottoman fut en paix avec ses voisins pendant le reste du règne de Bajazet j mais sa tranquillité fut troublée par des discordes intestines. Le sultan avait cinq fils , Achmet, Corcud, Sélim, Atsian et Mahomet. Les deux derniers se soulevèrent dans leurs gouvememens. Bajazet fit étrangler l'un et empoisonner l'autre : il réservait la couronne à Achmetj son fils aîné ;,mais ce prince, qui vivait dans la retraite , et n'annonçait point un caractère belliqueux , était haï des janissaires. Sélim , qu'ils envoyèrent saluer à Trébizonde , passa le Bosphore en 1 5 1 1 à la tête de vingt mille hommes; ses mesures étaient mal prises: les janissaires , qui' l'avaient appelé , restèrent fidèles à l'étendard du sultan , et , vaincu à Tchorlo par son père , il se réfugia en Crimée. Son exil fut de courte durée ; ses partisans le pressèrent bientôt de reparaître. Les troupes d'Europe , qui venaient de le combattre , se déclarèrent en sa faveur ; et Bajazet , ne pouvant lui opposer de résistance, lui fit annoncer qu'il abdiquait, et qu'il ne den^apdait que la permission de se retirer à Didi^ motique.
Sélim, maître de Constantinople, alla rendre visite à soi> père, et lui proposa même de demeurer dans la capitalCé Bajazet lui répondit que le même fourreau ne pouvait conte* nir deux épées, et partit pour l'exil. S^im l'accompagna jusqu'à un lieu déterminé, et là, de jetant à ses genoux, lui demanda sa bénédiction. Maîis bientôt, apprenant qu'il ne s'éloignait qu'à petites journées , Sélim , sans approfondir de vagues soupçons, ordonna de l'empoisonner. Le crime fut consommé sur-le-champ ; et le corps de Bajazet , rapporté à Constantinople, fut enseveli pompeusenaent.
Achmet et Corcud , tous les deux également timide» , ne devaient point faire ombrage à Sélim; mais il redoute les droits qu'ils tiennent de leur naissance, et sa maxime est
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que, pour régner avec plaisir, il faut régnef sans crainte. Bientôt il a consolidé son trône par la ruine de ses deux 'frèrjes. Deux fils d'Acbraet s'étaient réfugiés, l'un çn Perse, l'autre en Egypte. Un refus de les livrer entre ses inaiqs est au sultan un prétexte de guerre : il envahit d'al;»0]rd là Perse.
SheîckJEïdar , descendant d'Ali , s'était fait en Orient un grand nombre de prosélytes par sa vie austère et par ses pré^ dications. Il prenait le titre de sophi , et se disait appelé à e3;écuter une réforme religieuse : il fut victime de son zèle. Hustan, prince de Perse, le regardant comme up enthousiaste dangereux, le fit arrêter et mettre à mort, fsmaïlj son plus jeune fils, fut recueilli par ses disciples, et transporté dans la province de Ghilan, où il fut élevé dans les principes d'JÉïdar. Devenu grand , il rassembla un nombre considérable de partisans , et , les armes à la main , il vengea la n^ort et propagea la doctrine de son père. En i5oi, à Tâge de (jua^ torze ans, il s'empara de Tauris sur Alvand , quatrième successeur d'Uséum-Cassan. 11 fit peu à peu la conqtiéte de toute la Perse , où il fonda la dynastie des sopbis , et il régnait sur un vaste empire qui comprenait la Perse proprement dite, la Médie , la Mésopotaipie, la Syrie et l'Arménie ultérieure, lorsque Sélim I l'attaqua en 1 5 1 4» Dans cette lutte , les Ottomans avaient pour eux leur nombre , leur discipline, leur artillerie , et la réputation de leurs janissaires. Les Persans avaient cent mille chevaux, et étaient protégés par les immenses déserts qu'il fallait traverser pour arriver jusqu'à eux, Sélim entra en Arménie : une bataille se doQna sous les murs de Tauris, dans la plaine de Tch^ldiran. Les Persans cédèrent à la multitude de leurs ennemis ; mais les vainqueurs, avaient perdu quarante miUe hommes,* et le jour où ils rem-» portèrent une victoire si chèrement achetée, a été compté par les Turcs au nombre des JQur5 malheureux. Ils firent un riche butin; mais , ^ proie à la famine au milieu de l'or et tfes pierres préc^uses de l'Orient, ils refusèrent d'aller plus loin , et Sélim revint dans ses états.
L'année suivante, après avoir -exterminé, avec sa famille.
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DfiS TEMPS MODERNES. Sg
le prince d'Arménie, Aliadoulet^ qui Favait trahi au commencement de la guerre , le sultan voulut reprendre les hostilités contre la Perse; mais il fut arrêté par un nouveau refus . des janissaires. En iSt6, lacquisition du Diarbékir le dédommagea de ce contretemps. Les peuples de cette contrée, ennemis de la secte d* Ali , secouèrent le joug dismail , et se soumirent aux Ottomans ^ à condition qu'ils ne seraient que tributaires, et qu'ils pourraient choisir leur souverain.
Ën6n , avec cent cinquante mille hommes , Sélim attaqua les mamelucks, dont le Soudan Kansoul el Gaury avait donné asyle à l'un des fils d'Achmet. Abandonné par deux de ses lieutenans, le malheureux Soudan fut vaincu dans les plaines d'Alep. On dit qu'après avoir tué quarante ennemis, il mourut d'épuisement et de rage sur lé champ de bataille, sans avoir reçu une seule blessure. Alep et Damas ouvrirent leurs portes au vainqueur (i5i7). Défaits de nouveau près de Gaza, les mamelucks se rallièrent à six milles du Caire. Là, sous la conduite de Toman^Beyj leur nouveau Soudan, ils firent inutilement des prodiges de valeur. Repoussés dans la capitale , ils k défendirent avec acharnement : enfin, réduits à un petit nombre, ib prirent la fuite. Tomah-Bej, trahi par un sh^k à qui il avait demandé un asjde, fiit pendu à l'une <fcs portes du Caire. Tout ce qui restait de mamelucks lians l'empire , ei^epté ceux qui parvinrent à se, réfugier dans- le» déserts de la H^ôtte-Égypte, fut Uvré par le^ naturels qui regardaient Sélim comnte un libérateur. Le sul> tan fit égorger sous ses yeux et jeter dans le Nil vingt mille de <»» înfortunésb Le lendemain' de cet horrible carnage, il entra solennellement dans le Grand-Càirè. Sélim trouva en Egypte un (smxxtÊ^ de calife i)ue les soudans manlelucks y suaient établi. Il était de l'illustte race der Abassides. Il remit au vainquenr les clefs du Cemple révàré dfels» Mecque,: et l'étendard de Mahomet, qui,, deâ quatro premiers cali&s, avait passé soccessivisment à ceux de Damgs , de Bagdad et du Caire.' Il accompagna le sulfon jôsqu'à Gon9tantinople,.et y fut entretenu jusqu'à sa mort aux fraîa du trésor de l'étatl .
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4o ABRÉGÉ D£ L'm$TOJRE GÉNÉRALE
Après la conquête de l'Egypte, les tribus de l'Arabie et le §hérif même de la, Mecque , envoyèrent faire leur spumission à Sélim, Ce prince, de retour de cette expédition, en préparait de nouvelles contre la Perse et contre l'île de. Rhodes', lorsqu'il mourut en 1 5 20.