‹ Abrégé de l'histoire générale des temps modernes, depuis la prise de Constantinople par les Tures (1453), jusqu'à la mort de Louis XIV (1715);Chapitre 6 sur 22 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

SECTION PREMIÈRE

Pi'usse, Pologne. (i38a-i523. )

LotTis-i^E-GRÂND , roi de Pologne et de Hongrie , étant mort en 1882 , les Polonais déférèrent la couronne à s^ fille Hedwige. Cette princesse épousa Jagellon, grand-duc de Litbuanie, qui offrait d'incorporer la Lithuanie à la Pologne, et de renoncer au paganisme pour embrasser avec son peuple la religion chrétienne. Jagellon reçut au baptême le nom dTJladislas, et fut couronné roi de Pologne à Cracovîe en i386. Dès-lors, la Pologne et la Lithuanie, long-temps ennemies , furent réunies en un seul corps detat , sous Tautorité d'un même roi. Cependant la Lithuanie conserva encore pendant près , de deux siècles ses grands -ducs particuliers , qui reconnaissaient la souveraineté de la Pologne.

Jagellon-Uladislas V étant mort en i434) son fils Uladislas VI lui succéda. Ce prince fut tué en i444 à la bataille de Warna, et eut pour successeur son frère Casimir IF,

Du temps de Casimir, la noblesse et les villes de la Prusse et de la Poméranie se soulevèrent contre le gouvernement oppressif des chevaliers teutoniques, et recherchèrent la protecdoQ de la Pologne. Elle leur fut accordée par Vacte de

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DES TEMPS MODERNES. 6l

soumission qu'elles signèrçnt envers ce royaume en i454. n s'ensuivit une guerre longue et sanglante , qui ne fut terminée que par la paix de Tkorriy conclue en 1466 entre le roi Casimir IV et le grand-maître Louis d'Erlichshausen. l5a Pologne victorieuse obtint en pleine souveraineté les villes et territoires de Culm, Marienbourg, Elbingen^ Thom, Dantzich, Michaïlow, la Pomérélie, et tous les districts qui composent aujourd'hui la Prusse royale. Le reste de la Prusse fut conservé aux chevaliers , comme fief de la Pologne. Le cHef-Iieu de Tordre fut alors transféré à Kœnisberg; il y resta jusqu'à l'époque où l'ordre'fut dépouillé de la Prusse par la maison de Brandebourg.

L'année suivante (1467), pour asseoir un subside général et uniforme, que réclamaient les besoins de l'état, Casimir IV convoqua, pour la première fois, des députés ou nonces de toutes les provinces. Cette manière de recueillir les suffrages d'une nation par les seules voix de ses députés, inconnue aux peuples anciens , s'était introduite presque universellement en Europe dans l'espace des deux siècles précédens : en Castille en 11 88; chez les Anglais, en laôS; chez les Allemands, en 1292; chez les Français , en i3o3; en Ecosse, dans l'année 1 3o6. Les Polonais l'adoptèrent en 1467, avec cette double différence que, seuls de toutes les nations européennes , ils n'ont abandonné dans la suite ni le droit ni la coutume de convoquer , dans les occasions importantes^ le corps entier de la noblesse, et que l'affranchissement du peuple n'ayant point eu lieu parmi eux, il n'eut dans ces assemblées aucune voix , aucun représentant. Depuis cette première convocation , la Pologne se trouva constamment engagée dans une suite d'affaires qui, se succédant sans intervalles, rendirent indispensable le renouvellement des subsides. De là , ces convocations s'établirent à d^ retours réglés «t périodiques; et bientôt les députés , chargés des pleins pouvoirs de la noblesse , recurent d'elle le droit de la représenter dans toutes les opérations de la puissance' législative. La nécessité du consentement unanime, regardée comme la ioi fondamentale de l'état , fut maintenue dans ces a5semblée$

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ê2 ABR£G£ DE l!ff.lS7!Om^ <;^J^ÉRALE

ïiouYeUes, par u^n respect idéplacié et mal entendu paw.ce^ loi ; et diacun de ces députés. (ik étaieni; quatre cents) s'arrogea pereonneUement *out le pouvoir que le peuple romain âyait donii^ bxl petit nomibre de ses i;fi})viQS , de s'opposer à toute loi nouTcUe par le seul mot 9feito,

Casimir IV tenEuina^ en i49^ > wfi règne long^t glorieux, après avoir vu Ulàdislas , son fils aîné^ successivement appelé ans: 4rànes de Bokênie et de Hongrie ( F'ofejz section l^ du ^ diapitre ). De ses deux autres £k, Inn , Jean Albert y lui succéda en Pologne^! autre, AlejandiEe, fotrjBco^nu parles lithuaniens.

Après avoir soutenu une guerre sanglante CQ»itr,e JStiençe , waivode de Valadiie , et contre Jes Tiiiros^ pro^ctews de ce |»inoe , Albert mourut en i5ox , au n^oroent où iljse disposait à marcher contre les chevaliers j;eiitomqu€iS qw ]m refus£»ent lliommage.

Les grands d>u rojaume avaient toiftjours en vue l'incorporation de la Lithuanie avec la Pologne. Tous les SfUi^agçs se réunirent ^ faveur du grand-duc Alexandre,. Ce prince confirma la réunion désirée. 21 &t convenu «que les Lijthuaniens conserveraient dans leurs tribunauf la forme accpu,tumée pour l'administration de la justice , et que d'.aiUeurs ils auraient les mêmes droits et les m^es pi^ivilégies que les Polonais.

Alexandre aknak les savans et les artistes, et les (comblait 4e ses largesses. Les sauvages Polonais rbirent un fn^nà ces libéralités par une loi nommée le Statut iï Alexandre y StcU»- ^m Alexandrinum , qui défendit aiMC rois de disposer des re- 'venus de la couronne sans le consentement des états .et de la diète.

Les Tartaref ayant pris les apnes contre la P<Jlogne, A!lexafKire, devenu paralytique, se ^fit porter au wiQie«iiâe "Son armée , dont il avait ^confié le commandement :à Gliitôki j ^touverneur de Lithuanie , fut témoin«de la viotoire des Po- . •lonais , .et expira, en i'&o6 , mm «nopient £^ès le^^xwaibat^ ^i ^rendant gr&ées ;au cieL *

Siffiâptond /y son ^frère , fut unanknementik p«r les Pdlè*

DES TEMPS MODSmifBS. 63

.nais et les Lithuaniens. IljtrouTà le royaume florissant; une grande partie des |bx}^s,sairmates avait été défrichée sous les règâe^ précédens , et la Pologne s'était enrichie par Texportation de ses grains; mais la servitude des paysans arrêtait les niçQgrès de Tindustrie; bs matières pi^^mières^ au lieu d*éti^ nuses en œuvre dans le' pays, se vendaient au dehors; le commer^ itait abandonné aux Juifs, et on achetait des étrangers les Q|)jets de luxe. Sigismond, dès son avènement au trône, niédita et tenta de sages réformes ;.mai3 il fut bientôt distrait de ces soins par une guerre malheureuse.

Glinski, fier de la victoire qu'il avait remportée sur les Tartares, voulut s'ériger en souverain de la Lithuanie. Déféré pour ce sujet au sénat, il assassina son accusateur, et se sauva chez les Russes, qu'il engagea à déclarer la guerre à sa patrie. Par la trahison de GUnski , le czar Basile enleva aux Polonais les villes de Smolenskô et de Pleskovr; mais en i5i4 il perdit une giande bataille sur les bords de l'Orcha. La guerre se prolongea encore durant neuf ans. Le czar, presque toujours vainqueur, accorda en 1 5 23 une trêve à la Pologne. ( Le reste du règne de Sigismond 1 se compose d^éçénemens relatifs au luthéranisme. Voyez la période suii^ante.)

SECTION IL

Russie (i462-i534).

La Russie, depftj|s Ic^ng-temps asservie aux TartareS|.prit une face toute nouvelle dans la seconde moitié du quinzième siècle. Tja grande Horde s'était affaiblie par des démembremens successifs, et par des guerres intestines qui en avaient été la suite, jaiu lieu ^ue les grands-ducs de Moscou , ses tributaires , s étaient agrandis par la réunion de plusieurs principautés particulières qui avaient long-temps partagé la domination de la Russie septentrionale.

Iwan lirW^iliemtchy fils et successeur de Basile Ilf, monta en 1462 sur le trône grand-ducal àTàge de vingt-trois ans. Il sut mettre à profit des circonstances heureuses pour

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64 ABRÉGi 0C LHISTOIRB ÛJÉNÉRjLLE

affermir son autorité au dedans , et pour se faire respecter au . dehors. A la suite de plusieurs exp^iKljohs, il subjugua la Grande-Nowgorod , république puissante et ancienne alliée des villes anséatiques, qui affectait depuis long'-temps une entière indépendance , et dont l'orgueil avait ima^né et accrédité ce fastueux proverbe : « Qui oserait résister à Dieu et à Nowgorod-la-Grandfe? » Cette ville, soumise en 1471, se révolta en 1478. Alors son joug fut aggravé (i) : elle perdit ses magistrats , ses privilèges , son territoire. Depuis ce temps, s^ population, sa richesse diminuèrent peix à peu, et en moins d'un siècle elle cessa d'être une ville importante.

Pskof, autre république commerçante, la sœixr cctdetîe de Nowgorod, évita par sa soumission le sort de cette ville, et conserva encore quelque temps un simulacre €b gouvernement populaire.

Iwan III fut le premier souverain de Russie qui osa se r^ fuser à l'humiliante étiquette selon laquelle les grands-dùos étaient obligés d'aller à pied au devant des envoyés qui leur venaient de la part du khan de la Horde-d'Or (ou Grande- Horde ). Il supprima de même la résidence des envoyés Tatars à sa cour, et secoua enfin entièrement le joug , en refusant de payer le tribut que les grands-ducs payaient aux khans depuis plusieurs siècles. En 1480, Achmet, khan de la Horded'Or, lui ayant envoyé des députés avec un ordre scellé du grand sceau pour exiger le paiement du tribut, Iwan foula aux pieds cet ordre, et fit mourir tous les députés, à l'exceptipn d'un seul qu'il renvoya à spn m^e. Le khan, brûlant de venger cet outrage, envahit la Russie et pénétra jusqu'aux bords de l'Ougra, où il fut arrêté par les Russes. Il se retira sans leur avoir livré bataille, et, surpris dans sa re»

(i) Sttiyant un hîslopien contemporain (Dlougosch, cité par Karamsin), Iwan emporta d'immenses richesees de NoTf gorod , et, sans compter une quantité considérable d'étoffes de soie, de draps et de fourrures , il chargea trois cents cBarriots de For, de l'argent et des pierreries qu'il trouva dans l'ancien -trésor de rérêque, ou chez les }>ojards dMit les biens furent confisqués.

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DBS TSMPS MOOSaifBS. 65

trftitepar.les Talairs scbibsoi» et nogais , il p^t de la main de leur furinoew A^vec lui disparut la GranderHorde* . U ne resta plus du puissant empire du. Kaptschack que quelques hordes |)articulières , cdles de Casan, d'Astracan, de Sibérie et de Crimée. Iwan III ^e rendit redoutable à tous cesTatars,.et principalement à eeuxde Casan. Dès Tan 14789 il était entré dans le royaume de Casan, et avait réduit le khan à lui. demander la paix. L'an 1482 , il lattaqua de nouveau , et ne se retira quaprès lavoir soupais à un tribut. En i486, une. armée russe rentra dans le royaume de Casan , et marcha sur la capitsde. Le khan en sortit , et Uvra bataille aux Russes sur les hords de la Sviaga. Il fut vaincu , et tomba .avec sa capitale au pouvoir deTennemi. Depuis ce temps, Casan fut dans la dépendance de la Russie , et le grand-duc de Moscou en nomma les souverains.

.Là réunion au grand-duché de Moscou des apanages ou principautés de Tver, de Verèia, de. Rjostof et d'Iaroslaf ( i485)j la^eoumission de la république de Viatka, du pays d*Arsk ( 1489)5 et de celui des Yougres (i499)) achevèrent de rétablir, sous Iwan lU, Tunité de la monarchie russe.

Ce prince ayant fondé la grandeur.de la Russie, mourut en i5o5.

Ses efforts pour civiliser ses états, et la sagesse de sa politique intérieure ou extérieure , ne Font pas rendu moins célèbre que ses conquêtes. Tant qu'il eut à craindre la Grande-Horde, il cukiva soigneusement l'amitié des Tatars de Crimée. En 1496 , avant de faire la guerre à la Suède , il s'assura de l'alUance du Danemarck; et, pour attaquer la Li-^ vonie et la Lithuanie, il se ménagea, celle de MaxindUen et de Mathias Corvin. U entretint surtout d'étroites relations avec ce dernier prince , qui protégeait les sciences et les arts dans ses états. En 1482 ^ il lui envoya une ambassade par laquelle il lui demandait des fondeurs de canons , des artilleurs , des ingénieurs , des architectes , des orfèvres et des mineurs. Il attira aussi à Moscou des artistes grecs et italiens, et 6t construire dans cette capitale de superbes édifices, entre autres l'église de l'Assomption et le palais ou forteresse du I. ^ 5

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iS6 ABRÉGÉ DE L HISTOIRE GÉHBRALE

KitemKn. Il porta un oï^dre nouveau dana toutes les paities dé Tadtàinistrâtion, mk ses troupes sur un meilleur pied et assigna le pïft^er des fiefs aux en/ans-boyards (descendons des anciens conquérans), à condition qu'en cas de guerre ils fourniraient un oertain nombre de combattans y sdon Tim-^ portance de leur fief ^ il accrut les reyenus du trésor public^ {^r suite de ses noutelles acquisitions, du mode de percep* tion qu'il introduisit pour la levée des taxes , de l'exploita» tion des mines del^^chora et de l'extçnsion du commerce. Il établit dans les viUes quelque police, et sur les routes des postes et des stations, où les voyageur» trouvaient, nonsseuiMtônt des chevaux , mais encore de la nourriture, dont oir n^tôigeait pas le pay^iient , si cela était spédfié dans leur passeport» U revit lui>4nême les anciennes institutions judi«ciaires de la Russie , et les réunit en un code qu'il publia en 1497. Eufin, ioomme pour compléter l'analogie qu'on remarque entre lui et Kerre I , il fonda la forteresse d'Iwangorod {t^ga) au^ lieux où fut depuis Pétersbourg.

Son fils Ax^'i^//^ lui succéda.

En tSoS, Glinski, gouvemeui* de Lithuanie, accusé devant le sénat de Pologne d'avoir voulu se rendre indépendant dans son gouvernement, se sauva en Russie , et excita Aasile lY à faire la guerre à la Pologne ( v(^ez setMûn î de i^ ^hapitFèy Cette guerre ', presque toujot^rs avantageuse aux Russes , se termina en iS^^. Basile fit -ensuite rentrer dans le devoir les Tatars de Casan qui s'étaient reventes contre la Russie. Il mourut «n i534« Sous son règne, la Russie s'agrandît encore par la i^union de la principauté de Kézan aux états moscoviteis (i5 17).

SECTION lîl.

Diàne^marck^ Suéde et Norwège. ( 1 3^9- 1 5 1 5. )

En t%$g , toute Is^ Suède avait reconnu f autorité de h fe- «leuse Marig;ueri^y^^rtH>TAmée]ASémimmis du Nord, déjà

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I>£6 T«MFS MODERNES. 67

mna cfee Danemarck et de Nprwège. Cette pi^incesse , desiraiK réunir les trois rojauoies en im seul et même corps pplitique , convoqua en 1397 les états de ces royaumes à Calmar y et y fit reconnaître et couronner ^ exi qualité de ^on successeur > son , petit-neveu -Bhc, fils de Wratislas, duc de Poméranie. Un acte qui ordonnait l'union perpétuelle et ir* révocable des trois royaumes fut approuvé dans cette ass^n- Uée. U portait que les états unis n'auraient à pei^étuité qu'un seul es même r<H qui serait élu d'un commun accord par les sénateurs et les députés des trois royaumes; qu'on ne ^'écarterait pas de la descendance du roi Eric , jusqu'à extinction de sa race; que, toutefois, chaque royaume conserverait sa constitution , son sénat et sa législation particulière, etc.

Cette union , quelque formidable qu'elle semblât être au premier abord , n'était cependant que faiblement cimentée. Un système fédératif de trois monarchies divisées entre elles par des jalouses réciproques et par une antique diversité de formes , de lois et de coutumes , n'offirait rien de solide ni de durable,

!&ic4e*Poméranien , à k suite d'un règne orageux , fut déposé en 1439^ Chmtophe'le'Bavaroù ^ fils de sa sœur Catherine et de Jean , duc de Bavière, prit successivement posmtmoxi des Idrois couronnes. Il mourut sans enfans en i44S^ En lui s'éteignit la postérité de Yaldemar III , père delà reine Marguerite. Alors l'union fiit un moment rompuer Les Suédois s;e donnèrent pour roi Charles Canutson-Bonde, maréchal du royaume , qui prit le nom de Charles FIIL De leui* coté , les grandfide Danemarck, sur le refus d'Adolphe, duc de SleswicrHolsteîn , élurent Christian /, fils de Thierry, comte d'Oldembourg , sous condition que le royaume de Danemarck continuerait d'être un royaume libre et électif; que le roi ne pourrait faire la guerre , ni former aucune entreprise ijQiportante , ni établir aucun impôt qu'avec le consentement et l'approbation du sénat , etc. Bientôt après, Chris* tian fut reconnu par la Norwège^ dont l'union avec leDanemaipdk fut renouvelée par les sénats des deux royaumes.

En Suède, Charles Canutson avait été élu, malgré Top-

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position des ëvêques dévoués an parti danois. Au lieu de chercher à les mettre dans ses intérêts, il se crut assez puis^ sant pour les braver. Il entreprit même de les abaisser , et ordonna ; conjointement avec le sénat, une recherche exacte de tous les droits de la coui;onne et des biens du domaine que les ecclésiastiques avaient usurpés, défendant qu'on fît à l'avenir aucunes fondations en leur faveur. Irrités de cette déclaration, les prélats dépêchèrent secrètement auprès de Christian I pour l'exhortera passer en Suède, et à faire revivre l'union de Calmar. Sur la nouvelle qu'une armée danoise approchait , larchevêque d'Upsal convoqua dans cette ville une assemblée générale du clergé, excommunia le roi dans une messe solennelle , déposa sur l'autel ses ornemens pontificaux, et jura de ne point les reprendre qu'il n'eût chassé Canutson du royaume. Suivi des autres prélats , il alla se joindre aux Danois : ainsi la guerre civile et la guerre étrangère désolèrent en même temps la Suède. Dans ces circonstances difficiles, l'imprudent Canutson attaqua les privilèges de la noblesse, après ceux du clergé. Plusieurs seigneurs l'abandonnèrent. Enfin , battu par l'archevêque d'Up • sal , poursuivi jusque dans Stockholm , sans troupes et sans vivres pour soutenir un siège , il quitta le royaume en 1487, et se retira à Dantzick. Christian I passa en Suède ; il y fut reconnu pour souverain, et l'union de Calmar fut pour quelque temps rétabUe.

Adolphe/ duc de Sleswic et comte de Holstein, oncle du roi Christian , mourut en 1459 , sans postérité. Le duché de Sleswic était incontestablement un fief de Danemarck, et revenait de droit à la couronne. Mais la maison deSchaumboui^ revendiqua le comté de Holstein. Elle alléguait sa descendance en ligoe masculine des premiers comtes de Holstein ; au lieu que le roi Christian et ses frères, 'quoique plus proches parens du dernier comte, ne l'étaient que par les femmes. Cependant les états des deux provinces , pour ne point séparer leurs intérêts^ résolurent de se donner au roi, et, daQs une assemblée tenue à Rypen (1460), ils l'élurent en qualité de duc de Slesmc et de comte de Hohtein,

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zed byGoOgle

Us se réservèrent de grands priTilëges dont ils lui firent jurer lobservation. Christian accorda à la maison de Schaumbourg quelques dédommagemens.

Ganutson attendait dans son exil Toccasion de reparaître. Elle se présenta en i464* Les Suédois , mécontens du gouvernement de Christian I , chassèrent les troupes danoises. Charles VIII fut rappelé , puis détrôné de nouveau en i465, et enfin rappelé une troisième fois en i468. Il mourut en 1470 , après un règne perpétuellement troublé par les attaques du roi de Danemarck ou par des agitations intérieures*

Christian I ne gagna rien à la mort de son concurrent. Charles YH!^ avant d expirer , avait désigné pour son si^Pcesseur son neveu Stenon-Sture L Ce seigneur fut élu par le sénat, sous le nom d'administrateur, dignité révocable , et regardée seulement. comme une commission pendant un interrègne. Christian , n'ayant pu empêcher cette élection , débarqua en Suède , à la tête d'une armée, en i47 1 > fut vaincu , et abandonna enfin ses projets sur un royauine tant de fois conquis et perdu.

En 1474 y il ^^ ^ Rome un pèlerinage , et obtint du pape Sixte rV la permission d'établir une- université dans ses états. Il la fonda en i479 ^ Copenhague, et lui donna de grands privilèges, Cest sous son règne , en 14S6, que fut conclu le premier traité d'alliance entre le Danemarck et la France.

Christian I mouraten 1481. Les Danois reconnurent im* médiatement pour roi son frère Jean IL Les Norw^égiensl'é^ lurent en i483 ; mais il fut obligé de céder à Frédéric, son frère , les duchés de Slesvric et de Holstein , pour son apanage (i).

En 1433 , Jean II conclut avec les états de Suède une convention qui rétablissait l'ancienne union. Mais les intrigues et la puissance de Stenon-Sture en retardèrent l'effet jusqu'en 1497 9 ^^ ^ ^^^ déposé par le sénat de Stockholm de sa place d'administrateur. A cette époque , Jean II , avec unear-

(i) Clirislian I avait obtenu de Terapcreur Frédéiic IHrércclion du comté de Holstein en duché.

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^O ABREGE DB LHISTOIRB GBNiRALE

mée nombreuse , envahit la Suède , où Stenon prétendait se maintenir à la tête de ses partisans ; mais , assiégé dans Stockholm , il traita avec le roi de Danemarck , qui lui laissa le gouvernement de la Finlande, Le triomphe de Jean ne fut pas de longue durée. Stcnon-Store ayant repris les armes en i5oi , chassa les Danois de la Suède. Après sa mort, en i5o3 , les états lui donnèrent pour successeur Swante-Nilson- Sture.

Le roi, sous prétexte que les Suédois s'étaient rendus parjures et rebelles envers leur légitime souverain , fit porter contre eux une vaine sentence de condamnation par les sénateurs de Danemarck et de Norwège (i5o5). L empereur Maximilien I, sur les instances de Jean II , les menaça de sa colère , sïls ne- se soumettaient au roi de Danemarck : menace également injuste et impuissante. D'un autre côté, plusieurs villes anséatiques, Lubcck, Wismar, Rostock, Sti*alsund et Dantzick , se déclarèrent en leur faveur 5 mais , en 1 5i2 , ces cités se réconcilièrent avec Jean H.

' Swante-Nilson-Sture mourut la même année , laissant le royaume tel qu'il l'avait reçu , en proie au trouble et à la discorde. La noblesse voulait lui donner pour successeur Stenon^Sture II ^ fils de l'administrateur du même nom. Le parti des évêques et des Danois portait Eric Troll, seigneur respectable par son âge , son mérite et ses dignités. Stenon fut élu , à condition que son parti consentirait que Gustave Troll , fils dIEric Troll, fût élevé à Tarchevêché d'Upsal.

Jean II , dont le parti avait succombé dans cette élection , mourut en i5t3. Son fils Christian II hxi succéda.

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DBS TBMPS IttODBRNBS. 7I

nT-rrr— t^ ;i nu , or

CHAMTRE IV.

SECTION PREMIÈRE

Angleterre. (14211^1509.)

La mort prématurée de Henri f^, qui laissa pour héritier de ses deux couronnes un enfant au berceau (14^2) 9 le partage de la régence entre les ducs de Bedford et de Glocêster, qui gouvernèrent, Vua les provinces anglaises de France, et l'autre TÂngleterre, pendant la minorité de leur neveu Hemi VI; les exploits des Lahire, des Dunois et des Riche^ mont , la. missiou mmrveiUeuse de Jeanne-d*Arc , le traita d'Arras, qui détacha le duc de Bourgogne des intérêts de 1 étranger ; la mort du duc de Bedford , grand capitaine , et seul capable de balancer lafortune renaissante de la France ; les intrigues et les jalousies qui, divisant le conseil et la couir.. de Henri , niiLnrent au concert des opérations militaires : toutes ces causes rendirent insensiblement aux armes françaises la supériorité quelles avaient perdue dans des temps de discorde et d orages ; et chaque jour l'Angleterre laisssût échapper quelque chose de ses conquêtes doutre*mer.

Dans ces circonstances, les ministres de Henri f^I aigrirent encore le mécontentement du peuple , en dioisissant pour épouse à leur jeune maître une Française , la belle Marguerite d'Anjou , fille de René, roi de Sicile et de Jérusalem , duo d'Anjou, du Maine et de Bar. Malgré tant de titres écktans, ce prince était réellenaent très -pauvre : il n'était r<H de Sicile et de Jérusalem quç de nom; ^es duchés du Maine et d'Anjou étaient depuis long-^emps au pouvoir des Anglais, et son territoire de Bar était alors engagé au duc de Bour<-

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gogne. Non-seulement il ne donna point de dot à sa fille , mais il mit pour prix à sa main la restitution du Maine et de l'Anjou (i445). La majorité du conseil de Henri consentit à ce sacrifice, dans Tespoir que Marguerite, proche parente du roi Charles VII, serait le gage et le lien dune paix satisfaisante et durable entre la France et l'Angleterre: illusion bientôt dissipée par de nouvelles entreprises et de nouvelles conquêtes de Charles.

Le duc de Glocester s'était opposé à ce mariage. Marguerite, irritée, s'associa aux ressentimens des nombreux ennemis de ce prince. Elle le fit arrêter, sous prétexte de trahison , et 1 accusa devant le parlement. Le jour où il devait comparaître, il fut trouvé mort dans sa prison (i447)- Son corps ne portait aucune marque de violence; cependant cette mort fiit imputée à la reine , et attira sur elle et sur le roi la haine du peuple, qui chérissait le bon duc de Glocester,

La maison de Lancastre avait perdu dans les ducs de Bedford et de Glocester ses deux plus fermes soutiens. Restaient un roi faible, une reine étrangère, un ministère sans union et sans force pour contenir un peuple mécontent. La maison d'Yorck saisit cette occasion de faire revivre des droits que la prospérité et les triomphes de la branche régnante avaient long -temps absorbés.

En 1877, Edouard III ayait eu pour successeur son petitfils Richard II y le fils du fameux Prince-Noir. Jean de Gaunt, duc de Lancastre j quatrième fils d'Edouard III et l'un des oncles de Richard , étant mort en 1899, ^^^ ^^^ Henri, duc de Hereford, alors banni du royaume, revendiqua sa succession , et prit le titre de duc de Lancastre. Richard l'ayant dépouillé injustement de l'héritage paternel, Henri, soutenu par un parti puissant , débarqua dans la province dTorck , rassembla une armée, fit déposer Richard par un pariement, et fut proclamé roi sous le nom de Henri IK. Pour éluder les droits de la branche de Clarence^ qui le précédait dans l'ordre de la succession, il s'appuya de ceux qu'il prétendait lui être dévolus du chef de sa mère Blanche de Lancastre, arrière-petite-fille d'Edouard, surnommé le Bossu, comte

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DKS TEMPS MODEBNBS. yi

de Lancastre. Suivant une tradition populaire, ce prince aurait été le fils aîné de Henri III ; mais il aurait été exclu du trône ^ à cause de sa difformité , par Edouard I , son frère puîné. La branche de Clarence, dont Henri IV usurpait les droits incontestables, descendait de Lionel, duc de Clarence, fri^ amé de Jean de Gaunt. Du mariage de Philippine , fille de Lionel, avec Edouard Mortimer, était né un fils, Roger Mortimer , que le parlement , par un acte passé en 1 386 , avait déclaré héritier présomptif de la couronne. Anne Mortimer, fille de Roger, épousa depuis Richard, duc dTorck, fils d'Edouard de Laqgley, qui était frère puîné de Jean de Gaunt, et transmit par ce mariage les droits de Lionel à la branche àiYorck. Anne Mortimer eut du duc dTorck un fils nonuné Richard comme son père, et qui, profitant des fautes d'un gouvernement dur et faible tout ensemble , forma le projet de détrôner Henri YI. Richard portait dans ses armes une rose blanche^ et Hemi une rose rouge. Ces deux fleurs donnèrent leurs noms aux partis dont les fureurs désolèrent l'Angleterre. Richard, avant d'éclater, prépara sourdement les esprits à la révolution qu'il méditait.

Le peuple , qui n'avait fourni qu'à regret des subsides pour la guerre de France , voyait cependant avec douleur la perte des provinces d'outre-mer : il l'attribuait à Marguerite , qui en effet parut toujours attachée aux intérêts de la France , ^ patrie. Cette princesse, d'un esprit ferme et intrépide, gouvernait son époux et l'état. Détestée et redoutée des Yorcks, ils l'attaquent d abord dans la personne de Suffolck, son principal ministre , qu'ils font accuser de haute -trahison par les communes. Le roi, prévenant une sentence plus rigoureuse, le bannit pour cinq ans ; mais , altérés du sang de Suffolck, ses ennemis le font arrêter et décapiter sur mer.

Cependant l'esprit de révolte fermente dans le royaume; de tous eôtés s'élèvent des mouvemens que le duc d'Yorck est soupçonné d'exciter du fond de l'Irlande , où on l'a relégué honorablement à titre de gouverneur. L'imposture de Jean Cade , soldat intrépide , qui a servi sous Richard , et s'est attaché à sa fortune , fait éclater les dispositions du peuple.

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^4 ABRI^Gi DB l'hISTOIRB GÉHBRALB

Cet homme te donne pour fils de Jean Mortimer, isao de la maiflon de Clarence, et exécute au commencement de ce règne, sans aucune foirnaHtë judiciaire. Vingt mille hommes du <xmité de Kent se rangent sous l'étendard de l'imposteur. Il mardie sur Londres, d'où la cour se retire à son aj^»roche; il fait trancher la tête au lord Say, trésorier. Mais il ne peut maintenir la discipline panm ses soldats. Les bourgeois, irrités de leurs violences, prennentles armes : après un combat dont le succès, quoique indécis , jette le découragement parmi les rebelles , ils acceptent une amnistie. Jean Gade est abandonné^ sa tête est mise à prix, et un écuyer , Alexandre Iden , gagne la récompense de mille marcs promise au meurtrier.

Richard, qu'on affecta de regarder dès-lors comme ennemi public, se bâta de revenir en Angleterre, et, jugeant que la résolution la plus hardie était en même temps la plus sûre , il ne dis^mula plus ses prétentions. Il prit les armes en i45a. Cependant, de part et d'autre, on hésitait à donner le signal de la guerre civile. Richard parut même un instant renoncer à son entreprise, et se retira dans ses terres. Mais, en i454, Henri ajrant été attaqué d'une maladie qui ajouta à la faiblesse naturelle de son esprit, cette circonstance servit de prétexte aii duc d* Yorck pour reprendre ses desseins ambitieux. Il parvint à se faire nommer lieutenant ^t protecteur du royaume , avec la faculté de convoquer ou de congédier le parlement quand il le jugerait à propos. Il fit arrêter le duc de Sommerset qui avait remplacé Suffolck dans le ministère, et régna sous le nom de Henri VI. Ce prince , en recouvrant ia santé et la raison, s'aperçut qu'il avait perdu tout son pouvoir. Marguerite, indignée, l'exhorta à le reconquérir, et à le soutenir par les armes* Richard, dépouillé de l'administration, se révolta ouvertement, et rassembla les forces de son parti. Le mérite personnel du duc dTorck, sa prudence et son courage, son alliance avec le comte de Westmoreland dont il avait épousé la fille, et dont la famille était la plus puissante du royaume; son crédit parmi la. noblesse, l'appui d'une feule de seigneurs, mais ^rtottt du comte de Salisbwry et du comte de Warwick, son

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fils , que ses iimnenses libéralités rendaient Fidole du peuple et des soldats, loi permettaient Tespoir d'un heureux succès. Cet espoir fut justifié à Saint-Jlbans^ où les deux partis se mesurèrent en i455. Le duc de Sommerset fut tué dans Faction. Le roi, blessé, resta prisonnier. Richard, vainqueur, le traita avec respect , mais s empara de noureau de toute l'autorité, et reprit le titre de protecteur. En i459, Marguerite entreprit une seconde fois de défendre les droits de la couronne, et ralluma la guerre. Vaincu par Warwick à Nortfiampton (i46o), le roi fut encore fait prisonnier. Richard, qui aspirait au trône, ne voulut point y monter par le seul droit de la victoire : il présenta aux pairs les titres de ses prétentions à la couronne, et leur permit de prononcer entre le vainqueur et le vaincu. Ils déclarèrent que les droits de la branche dTorck étaient légitimes ; mais que Henri VI, ayant porté le sceptre pendant trente-huit ans, le conserve^ rait jusqu'à sa mort, et qu'en attendant, Richard, recpnnu pour son héritier, gouvernerait le royaume. Ce grand procès devait être décidé, non par un décret, mais par le fer. Après la bataille de Northaunpton^ Marguerite d'Anjou s'était retirée dans le comté de Durham avec son fils Edouard, prince de Galles, encore enfant. Elle refusa de ratifier l'acte du parle** ment qui dépouillait la postérité de Henri VI ^ et soutint son refus à la tête d'une armée de vingt mille hommes. Richard, qui n'en avait qu« cinq mille, marcha à sa rencontre, et, soit animosité , soit mépris pour une femme, hasarda imprudemment la bataille. Il fat défait et tué à fFakefield ( 1460). Le comte de Rutland, son second fils, âgé de dou^e ans, tomba entre les mains des vainqueurs, et le baron de Chfford l'égorgea de sang-froid. Le comte de Salisbury et d'autres seigneurs furent décapités en vertu de la loi martiale , et Marguerite fit planter la tête de Richard sur les r^nparts d'Yowi avec une couronne de papier.

La reine divisa son armée après cette victoire importante, et en envoya une partie , sous les ordres du comte de Pembrock, contre Edouard^ fils aîné et successeur du duc dTorck. Ce jeune prince triompha de son adversaire à la

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Croix de Mortimer^ dans le comté d'Hereford. Pembrock perdit près de quatre mille hommes, et ne dut son salut qu a la fuite. Mais sir Owen Tudor, son père, qui, simple gentilhomme, avait épousé la veuve de Henri V, et dont la postérité devait régner sur l'Angleterre, fut fait prisonnier, et eut la tête tranchée par ordre d'Edouard, sans aucune forme de procès. Cette pratique barbare devint un usage de part et d'autre , et contera la vengeance sous le nom de droit de représailles.

Gepenâant Marguerite s'était avancée sur Londres. Le comte de Warwick en sortit pour la combattre, et les plaines de Saint'Albans furent uneseconde fois le théâtre de la guerre civile (février i46i ). Le résultat de cette journée fut la défaite des Yorkistes et la délivrance de Henri YI.

La reine tira peu de fruit de sa victoire. Edouard , s'avançantavec des forces supérieures, Marguerite se retira dan^ le Nord, et le prince entra dans la capitale , aux acclamation» des citoyens. Jeunesse , beauté, bravoure, manières affables et polies , il réunissait toutes ces qualités brillantes qiii enlèvent la faveur pubUque. Il résolut de profiter de ses avantages , et de saisir hardiment la couronne^ Dans la plaine de Saint-Jean , en présence de son armée et d un peuple nombreux^ il fit pubUer ses titres à la royauté, et les cris de cette multitude l'appelèrent au trône d'Angleterre. Les principaux du clergé , de la noblesse et de la bourgeoisie , ratifièrent l'élection populaire, et le nouveau roi fut proclamé à Londres, sous le nom HÉdouardlF^ le 3 mars i46i (i).

Edouard IF. — . Le parti de Marguerite était loin d'être

(i) On a observé qu*cu général Tafiaiblissement du pouvoir ro^alelles grands troubles politiques dans un état^ concouraient aveclc désordre des finances. Cette remarque peut s'appliquer au i-égne de Henri VI. Le revenu héréditaire de la couronne avait été , depuis plusieurs règnes^ continuellement en décroissant. Sous Henri YI> il décrut plus rapidement encore , à raison des énormes dépenses causées par la guerre de France , cl des gratifications prodiguées par la bonté du monarque. Dès Tan 1429, l'argent absorbé annuellement par la guerre excédait le revenu d'environ vingt mille marcs; et

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DES TEMPS MODERNES. ijn

terrassé. Cette reine courageuse avait rassemble dans les provinces du Nord .une armée [de soixante-dix mille hommes. Edouard et Warwick marchèrent avec quarante inille pour la combattre. Les deux armées en vinrent aux mains près de Towton. On se battit avec acharnement : il était défendu de faire quartier. Les Lancastriens furent mis en déroute après une vive résistance, et laissèrent sur la place plus de trentesix mille hommes. Marguerite et Henri VI , n'ayant plus d asyle en Angleterre , s'enfuirent en Ecosse. Ce royaume était alors presque aussi agité que l'Angleterre. La reine douai* rière, Anne de Gueldre, et le comte de Douglas s'y disputaient la régence pendant la minorité de Jacques IIL Ces discordes intestines ne permirent guère d'offrir à Marguerite que les vains témoignages d'une impuissante amitié , des vœux et des promesses.

Edouard , tranquille de ce côté , retourna à Londres, et y convoqua un parlement, qui confirma par une élection lé* gale l'élection irrégulière du peuple et des soldats. Henri IV et ses descendans furent déclarés intrus et usurpateurs, et on annula toutes les condamnations prononcées par les prétendus parlemens tenus sous les règnes de ces princes. On lança un bill de confiscation et de proscription contre Henri, Marguerite d'Anjou, et le jeune Edouard, prince de Galles , leur fils. Le même bill s'étendit à une foule de seigneurs illustres , coupables de fidélité envers un prince que tous les membres de cette assemblée et le nouveau roi lui-même avaient si long-temps reconnu.

Tandis qu'Edouard IV fondait son trône sxxv la violeDce l'infatigable Marguerite travaillait à le renverser. N'ayant pu armer l'Ecosse, elle alla solliciter les secours de Louis XI

qualnî ans plus tard ,les recettes laissaient un déficit annuel de trentecinq mille livres sterling , auquel on doit ajouter les dettes de la cou« ronne , qui se montaient à plus de cent quarante mille livres. Malgr<^ les expédiens auxquels on eut recours pour combler ce déficit, il ne cessa des*accroître; et il était presque ivv^Xé long-temps avant la fin du règne de Henri VI.

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jS ABRÉGB DE LRISTOIHE GENERALE

roi de Frartce, successeur de Charles VH. Mais ce prince , qui songeait à subjuguer les grands de son royaume , ne voulait point s'engager dans une guerre étrangère. Tout ce que put obtenir la reine ^ en promettant la restitution de Calais, fut une somme de ao,ooo écus, avec laquelle elle leva deux mille hommes d'armes. Elle débarqua en Angleterre à la tête de cette petite armée, qui fut bientôt grossie par un corps d'aventuriers écossais, et par les partisans de la rose rouge. Mais Marguerite devait lutter avec plus de persévé^ rance que de succès contre sa mauvaise fortune. Le lord Montagne , frère du comte de Warwiek , la défit à Hedgley^ Moore dans une première rencontre, et remporta bientôt après, à Exham (i 464)? une victoire complète et décisive Le duc de Sommerset fut pris et décapité ; plusieurs autres seigneurs eurent le même sort. Tout le sang qu'avait épargné la guerre coula sur les échafauds. Edouard avait juré d'exterminer ses ennemis.

Au milieu de tant de revers , on cherche avec une curiosité inquiète la destinée de la famille royale. Toujours con> fondue par le sort , mais toujours supérieure à l'adversité , vaincue, mais libre encore, la reine fuyait avec son fils. Dans une forêt où elle cherchait un asyle, des voleurs Tattaquè^rent pendant la nuit , et lui enlevèrent ses diamans, dernier débris de sa fortune. A peine échappée de leurs mains, elle tomba dans un nouveau péril. Elle errait , épuisée de faim et.de fatigue, accablée de douleur et d'effroi, lorsqu'elle vit un autre brigand qui venait à elle Tépée à la main. Ne pou* vaut l'éviter, elle s'avança à sa rencontre, et , comme par une inspiration soudaine : « Approchez , mon ami , lui dit-elle ; je confie à vos soins le fils de votre roi ; » et elle lui présentait le jeune prince qu'elle tenait entre ses bras. Cette vue d'une reine , ces accens d'une mère , tant d'infortune et tant de majesté touchèrent le cœur du brigand. Il mit en sûreté l'auguste suppliante, qui bientôt après passa en France. Henri VI, arrêté dans le comté de Lancastre , fut enfermé dans la tour de Londres : on le méprisait trop pour attenter à ses jours.

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DBS TBMM MODEBHSS. ,79

L'empiisomiement de Henri , lexpulaion de Marguerite y le supplice des plus illustrés défenseurs du parti des Lancastres , ou la confiscation de leurs biens , enfin des mutés ayee la plupart des princes de TEurope , semblai^fit assurer désormais le règne d'Edouard^ Une imprudente passion troubla son repos et amena de nouveaux orages.

Jacqueline de Luxembourg , duchesse de Bedford y apr£^ la mort de son époux , avait oublié l'orgueil de son rang pour sir Richard Wideville, simple gentilhc^nme , et Favait épousé en secondes noces. Elle en eut une fille, Elisabeth , qui ,.par une contraire destinée , devait passer de TaUiance d'un gen* tilhomme à celle d'un roi. Veuve de sir John Gray, tué à la seconde bataille de St.-Albans , dépouillée des biens de son époux, qui avait combattu pour les Lancastres, elle vivait retirée à Grafton , auprès de son père y dans le comté de Northampton. La chasse j ayant conduit le roi par hasard, il rendit visite à la duchesse de Bedford. Sa fille , saisissant l'oc** oasîon favorable , vint se jeter aux pieds du^ monarque, et le conjura, les larmes aux yeux, d'avoir pitié de ses malheu'^ reux enfans privés de l'haritage paternel. La douleur de cette veuve en pleurs , son infortune et ses^ attraits touchèrent vivement Edouard. Epris d'Elisabeth , après avoir tenté vainement de la séduise, il l'épousa.

Le crédit de la maison de Nevil , et de Warwick, son dief ^ passa dès4ors à celle des Widevilles. Les grâces furaM; ré^ pandues avec pro&isiou sus tous les parens d'Elisabeth. Son père fut créé lord Rivers, grand trésorier et connétable. Le frère et les sœurs. de la nouvelle reine s'illustrèrent et s'enrir^ chirent par de brillans mariages. Sir Thomas Gray , f un de ses fik du premier lit, épousa la fille et l'héritière du duc d'£x€^r , nièce du roi , recherchée par lord Montague , ei dont l'allianee avec le jeune Gray fut regardée comme un afEpont faitàtoute la maison deNevîL Les grands duroyaume,. blessés dé Télération subite des Widevilles , parts^èrent les^ mécontentemens de Warwick ; et ce redoutable seigneur fiiit bientôt le chef d'un parti puissant, dans lequel entra l'un des^ frères mêmes du roi , George de Clarence, prince inquiet ,

8o ABRÉGÉ DE l'hISTOIHB €UÉNÉa4LE

remuant , et non moins irrité que toute la cour du crédit de la reine, et de la fortune de sa famille. Warwick lattacha à ses intérêts par la main de sa fille aînée , et par l'espoir d'un immense héritage.

Ainsi un dangereux complot se formait au sein du royaume. Edouard chercha des appuis au dehors : il s'allia ayec le duc de Bretagne et avec Charles-le-Téméraire , ducdeBoui|[ogne , qui épousa sa sœur Marguerite dTorck (i468). Ces alliances pouvaient le mettre à l'abri des entreprises de Louis XI, mais non le garantir des troubles intérieurs. Des soulèvemens éclatèrent dans plusieurs provinces. Le 'plus formidable fut celui du comté de Lincoln , où Robert Welles réunit une armée de trente mille honmies. Edouard dissipa cette multitude , dont le chef expia sa rébellion sur Véchafaud ( 1470). Dans ces conjonctures , Warwick s'était déclaré contre le roi. Déconcerté par la défaite de Welles, et abandonné de plusieurs seigneurs dont il espérait le secours, il prit la fuite avec le duc deClarence, son gendre , et chercha un asyle en France. Rapprochés par la nécessité, par la vengeance , par une communauté d'infortunes et d'intérêts , Marguerite et Warwick se réoonci-* lièrent sous la médiation de Louis XL On convint que les deux partis se réuniraient pour replacer Henri VI sur le trône , que Warwick administrerait le royaume conjointement avec le duc de Clarence , pendant la minorité du prince de GaUes, fils de Henri ; que ce jeune prince épouserait Anne, seconde fille du comte, et qu'à défaut d enfans mâles issus de ce mariage, la couronne passerait au duc de Clarence, à l'exclusion d'Edouard IV et de sa postérité.

Warwick descendit à Darmouth avec le duc de Clarence et quelques troupes. Sa prodigieuse popularité , encore augmentée par le malheur, le zèle des partisans de la rose rouge , le mécontentement de la nation , le désir du change^ ment , rassemblèrent en peu de temps plus de soixante mille hommes sous ses étendards. Il rencontra Edouard près de Nottingham. Abandonné des siens , ce prince ne dut son salut qu'à une fuite, précipitée : il se sauva dans le comté de Norfolck , où le hasard lui offrit quelques vaisseaux prêts à

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tE& TBMPS M0I)£RNES. fit '

mettre à la voile^ sur lesquels n passa en Hollande y dvcfc quel^ ques gentilshommes.

Cependant Warwick, maître du royaume onze jours après» son arrivée, courut à Londres, où le peuple laccueillit avec transport, lappelant le faiseur de rois : il tira Henri de sa prison , le fit proclamer de nouveau , et assembla le pariement à Westminster. Cette assemblée confirma le traité conclu entre Warwick et Marguerite : Henri fut reconnu pour légitime souverain. Mais son incapacité évidente fit confier la régence de rétat au duc de Clarence et à Warwick, jusqu'à la majorité du jeune Edouard ; et , au défaut de la postérité . de ce prince, on assura la couronne à Clarence. Suivant 1 esprit des révolutions, on abrogea les actes du gouvernement abattu; enfin, quelques proscriptions signalèrent la vengeance du parti victorieux.

Marguerite était restée en France pour ft attendre le résultat de rinvasion. Dès qu elle en eut appris l'heureux succès, elle prépara son retour; mais diverses circonstances le retardèrent , et elle n'arriva en Angleterre que pour assister à une nouvelle révolution. Edouard, retiré en Hollande, ayant obtenu du duc de Bourgogne une petite escadre et quelque argent, entreprit de recouvrer la couronne. Le duc de Clarence, mécontent des Lancastres, s'était secrètement réconciUé avec son frère, et promettait de le seconder. Edouard débarqua avec deux mille hommes à Ravinspur, dans lé comté d'Yorck. Ses partisans s'empressèrent de le joindre , et il eut bientôt une armée. Warwick s'avança pour le combattre; mais Edouard éluda sa rencontre et se présenta à l'improviste devant Londres , où il entra sans résistance. Henri retomba entre ses mains ; et ce fut la dernière vicissitude de la vie de ce malheureux prince , jouet perpétuel de la fortune.

Cependant Warwick, revenant sur ses pas, accompagné du duc de Clarence et du marquis de Montagne , se posta à Barnet , non loin de la capitale. Marguerite était^ur le point d'arriver avec des troupes. Warwick résolut de la prévenir , pour avoir tout l'honneur de la victoire ; et , malgré la défection du duc de Clarence, qui passa avec douze mille hommes I. 6

32 ABREGE DB LHISTOIRB G£lf£Rl.LE

dans le camp de son frère; malgré' les propositions de paix que lui firent-porter les deux princes (i 471), il se prépara ^u combat. L'acharnement fut égal de part et d'autre; la .victoire fut long- temps incertaine ; mais la mort de Warwick , tué dans le fort de la mêlée , entraîna la déroute des siens , dont le vainqueur fit un affreux carnage. Le même jour, ■ Marguerite et son fils débarquaient à Weymouth avec un petit dorps de troupes françaises. En apprenant la captivité de son époux et les désastres de son parti , elle fondit en larmes; toute sa fermeté parut l'abandonner un moment. Quelques amis fidèles et intrépides relevèrent son courage ; sa présence ranima encore une fois celui des Lancastriens. Mais la bataille de Teukesbury anéantit leurs espérances : leur armée fut détruite ou dispersée ; Marguerite et son fils furent faits prisonniers , et amenés au vainqueur. Edouard demanda au jeune prince , d'un ton insultant , comment il avait osé se montrer en Angleterre? Le fils de Marguerite lui ayant répondu avec une npble fierté : Je suis entré dans les domaines de mon père pour venger ses injures et les miennes ^ le cruel Edouard , irrité de son intrépidité , le frappa de son gantelet à la joue. Les ducs de Clarence et de Glocester , et deux autres seigneurs prirent cette violence pour un signal de mort, et , se jetant sur le jeune homme désarmé , le percèrent de leurs épées.On confina Marguerite dans la tour, où Henri FI expira peu de jours après. On publia qu'il était mort de chagrin ; mais il paraît qu'il fut assassiné, et que ce crime doit être imputé aux avis et peut-être au poignard du duc de Glocester.

Après tant de scènes barbares , Edouard retomba dans la mollesse. Son ambition , depuis quatre années , sommeillait au sein des voluptés, lorsqu'elle fut tout à coup réveillée par la perspective d'une grande conquête. En 1475, il se ligua avec les ducs An Bourgogne et de Bretagne contre Louis XL ( Voyez YHisioire de Louis XL ) Sa reconnaissance pour les services qu'il avait reçus de son beau-firère; le désir de se venger, sur lé rdi de France , des secours que ce prince avait fournis aux Lancastres, et surtout l'avantage d'employer à

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DSS TEMPS MODERUBS. 83 '

ulie guerre étrangère son peuple inquiet et turbulent , le déterminèrent à entrer dans cette coalition. Les confédérés n'aspiraient à rien moins qu'à démembrer la France. Edouard descendit à Calais avec une armée. Ne recevant point les secours qu'il attendait de ses alliés, il prêta l'oreille aux offres de Louis XI, et ouvrit dés négociations. Elles produisirent le traité de Pecquigny, par lequel le roi de France s'engagea à payer annuellement 5o,ooo écus d'or au, roi d'Angleterre. Il obtint , pour une sommé égale , la délivrance de Marguerite. Cette princesse vécut jusqu'en 1482 , et acheva dans unepai^* sible retraite une carrière si longtemps agitée.

Edouard rentra dans ses états : il y rapporta ses penchans voluptueux et barbares. Le soin de ses plaisirs lui laissa toujours le temps d'ordonner des supplices. Entre les actes de tyrannie qui souillèrent la fin de son règne , l'exécution du duc de Qarence est le plus remarquable. Ce prince avait eu le destin des traîtres : quoique son retour au parti d'Yorck en eût assuré le triomphe , il était suspect à Edouard. On le regardait à la cour comme Un homme dangereux et léger. La violence de son caractère lui avait suscité de puissans ennemis, entre autres le duc de Gloeester, son propre frère. Ce prince ambitieux , qu'on accusait d'avoir poignardé Henri VI et le prince de Galles, aspirait au trône : pour y monter, il lui fallait^ à la ruine des Lancastres, ajouter celle des Yorcks. D'abord, avec un art perfide , il excita la colère du roi contre le duc de Clarence, qui fut arrêté et traduit devant la chambre haute. Quelques expressions indiscrètes , sans aucun acte de rébellion , furent un sujet de condamnation ; la présence du roi ôta même aux juges la liberté des suffrages. Les communes (i) rivalisèrent de bassesse et d'iniquité avec lespairs^

(1) L^indépendance an parlement avait péri dans les guerres civiles. L'esprit absolu du r^îme militaire avait passé dans le gouvernement, dont la terreur fut le principal ressort. Les lords et les membres des communes se montrèrent toujours empressés de complaire au despotisme d'Edouard. Ce règne est le premier pendant lequel aucun statut ne fut porté pour le redressement des griefs bu pour le maintien des libertés nationales.

et demandèrent la mort de Clarence. On ne lui laissa que le choix du supplice : il fut noyé , d après son commandement, dans un tonneau de Malvoisie (1478). De crime en crime , Glocester marchait à son but. Edouard l'avait délivré de Clarence. Quelques années après , le poison le délivra, dit-on , d'Edouard lui-même (i483). Ce prince laissait deux fils encore enfans : Edouard V , son successeur , et Richard , duc d'Yorck, faibles vicjimes dévouées à. la fureur de Glocester , à qui leur père , en- mourant , confia leur tutelle et la ré» gence du royaume.

Edouard ^.— -A la mort de son père , le jeune roi était, avec son oncle maternel , le comte de Rivers , au château de Ludlow , sur les frontières du pays de Galles. La reine , craignant pour sa liberté ou même pour sa vie (car elle connaissait trop l'ambition et la scélératesse de Glocester), avait d'abord mandé à Rivers de ne le ramener qu'avec un corps de troupes. Mais, sous de vains prétextes , l'artificieux régent obtint la révocation de cet ordre salutaire , et le comte de Rivers se mit en marche avec un cortège sufSsant à la n^jesté , mais non à la sûreté du prince. D'abord accueilli par le régent avec tous les dehors d'une sincère amitié , il fut arrêté le lendemain, et conduit au château de Pontefract, avec sir Richard Gray, son neveu. Glocester avait le jeune Edouard entre ses mains ; mais son frère Richard lui avait échappé. Au premier bruit de l'emprisonnement de Rivers , la reine s'était retirée dans l'asyle de Westminster avec ses filtes et le duc dTorck. Glocesfer proposa au conseil de méconnaître en cette occasion les privilèges ecclésiastiques. Les archevêques d'Yorck et dej Cantorbéry , voulant sauver ces antiques prérogatives , et bien éloignés d'ailleurs de soupçonner les perfides intentions de Glocester, promirent d'obtenir par la persuasion ce qu'on voulait arracher par la violence. La reine céda à leurs prières après une longue résistance : elle remit son fils aux deux prélats; mais, frappée d'un affreux pressentiment , elle Fembrassa douloureusement, comme ne devant plus le revoir , l'arrosa de ses larmes^ et lui dit un éternel adieu. Sur ces entrefaites, le conseil^

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DES TEjffPS MODEHNES. 85

sans attendre même le consentement du parlement , déféra à Glocester le titre àe protecteur. Le premier acte de son nonveau pouvoir fut l'exécution ou plutôt l'assassinat du comte de Rivers, et de sir Richard Gray dans leur prison. Le protecteur avait oru devoir consulter sur ce crime les deui^ membres du conseil les plus influens^ le duc deRuckingham et le lord Hastings ^et s'autoriser de leuriiveu. Ces deux seigneurs avaient condamné sans peine les chefs d'une famille nouvelle , que son élévation subite rendait odieuse à la iioblesse. Ruckingham entra même dans le projet d'un plus grand attentat, et, séduit par les promesses de Glocester , se dévoua aux intérêts de son ambition. Mais le lord Hastings , honoré de famitié du dernier roi , conservait pour ses fils un attachement inébranlable. Le protecteur , désespérant de corrompre sa fidélité , résolut sa perte. Le même Jour que Rivers et son neveu furent exécutés à Pontefract^ Glocçster convoqua dans la tour l'assemblée du conseil. Hastings s'y rendit sans défiance. Chacun ayant pris place, le protecteur demanda d'une voix menaçante quel châtiment mériteraient ceu3; qui auraient conspirjé sa mort ? Hastings répondit qu'ils méritaient le supplice des traîtres. Eh bien! ces traîtres , ajouta le protecteur, sorB la sorcière de reine , Deui^e de mon frère ^ Jeanne Shore , sa maîtresse ^ et leurs complices. Voyez en quel état ils m^opt réduit par leurs sortilèges» En même temps il découvrit un de ses bras qui était maigre et desséché. Personne n'ignorait qu'il avait cette infirmité dès l'enfance. On attendait avec inquiétude l'issue de cette étrange scène, surtout le lord Hastj|igs, qui, depuis la mort d'Edouard IV , avait formé des liaisons avec Jeanne Shore. Assurément^ dit-il ^ onne saurait trop les punir , s* Us sont coupables de ce crime. — Quoi! tjous osez en douter! s'écria le régent furieux ; vous êtes vous-même lepfe^ mier coupable ; vous êtes un traître y et je jure par . saint Paul de ne pas dîner qui! on ne m* ait apporté votre tête. Alors il frappa sur la table ; des satelUtes entrèrent dans la salle du conseil; on se saisit d'Hastings, on l'entraîna , et on luiti^ancfaa la tête. Pour donner suite à ses mensongères accusations , le protecteur fit arrêter Jeanne Shore. Elle fut interrogée jsiiy-

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ses prétendus 9ialéfices. Malgré les préjugés et la crédulité du siècle , on tie trouva point de preuves contre elle. Le conseil ne pouvant la condamner comme sorcière , un tribu^ nal ecclésiastique la condamna , comme adultère , à faire pu-r bliquement amende honorable. Cette femme, séduite par Edouard IV, avait usé généreusement de son crédit. Les courtisans l'abandonnèrent dans la disgrâce, et, dépouillée des honteuses libéralités dont son amant l'avait enrichie, elle acheva ses jours dans une longue indigence.

Après la mort de Hastings, Glocester leva le masque, et aspira puvertement au trône. Il attaqua d'abord la légitimité du mariage d'Edouard IV ; on établit , comme un fait certain, qu'avant d'épouser Elisabeth Gray , ce prince avait aimé Eléonor Talbot , fille du comte deShrewsbury, et qu'un hymen clandestin l'avait uni avec elle. D'un autre coté, le duc de Clarence ayant laissé deux fils qui devaient régner au défaut de ceux d'Edouar^ , on sotitint que le ^bill de proscription porté contre Clarence , rendait seis en£ans incapables de succéder à la couronne. Les deux premières branches ainsi rejetées, le duc de Glocester se trouvait le seul héritier de la maison d'Yorck. Mais, comme il était difficile de prouver le mariage secret d'Edouard, et de faire adopter en principe le motif d'exclusion allégué contre les enfans de Clarence, le protecteur poussa plus loin la scélératesse : ses partisans eurent ordre de répandre dans le public qu'Edouard IV et le duc de Clarence étaient les fruits illégitimes 4e rififidélité et de r^diiltère ; que leur ressemblante avec les coupables auteurs de leurs jours , prouvait le crime de leur naissance , et que, seul entre tous ses frères, le duc de Glocester montrait dans ses traits et dans toute sa personne qu'il était véritablement du sang dTorck. Déshonorant ainsi , sans scru*^ pule, sa propre*mère, princesse vertueuse et encore vivante, à osa faire annoncer du haut de la chaire de vérité ces détesr tables calomnies. Un prédicateur vendu servit d'organe à sa méchanceté. Le docteur Shaw , ayant pris pour texte ce passage : « Les rejetons bâtards ne profiteront pçint^ » décria la naissance des deux frères du protecteur , releva le mérite

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de ce prince, le représenta comme le légitimé héritier du trône , comme Tespérance de la nation. On s'attendait que le peuple répondrait à ce discours par les cris de "vwe le roi Richard! il garda un morne silence. Cette scène couvrait de honte Glocester et son panégyriste. Mais après une démarche aussi éclatante, il était impossible *de reculer : on essaya un nouvel expédient pour obtenir le simulacre d'une élection populaire. Le maire de Londres , frère du prédicateur, convoqua une assemblée de citoyens, où le duc de Buckingham harangua en faveur de Glocester , répéta plusieurs fois son éloge , et demanda au peuple s'il ne voulait point pour roi cet excellent prince ? L'assemblée resta silencieuse. Enfin , quelques bas artisans, excités parles domestiques du protecteur et de Buckingham, poussèrent un faible cri de 7)ive le roi Richard! Aussitôt Buckingham courut dire au prince que la nation Tavait proclamé. Glocester joua l'étonnement et la surprise , parut se faire violence pour se montrer à la multitude, protestadevantelle de sa fidélité au souverain, etlexhgrta à suivreson exemple. Onl'assura qu'on ne voulait d'autre souverain que lui-même. Il immola donc ses scrupules à la volonté nationale , et confessa qu'il était de son devoir d'obéir à la voix du peuple. Il fiit couronné sous le nom de Ri-^ chardlll.

Richard IlL — A peine fut-il monté sur le t-rône , qji'il envoya l'ordre, à Brakenbury, gouverneur de la tour, de faire ïnourir les deux jeunes princes confiés à sa garde. Sur le rcfUs de ce* gentQhomme , Tinfôme Jacques Tyrrel servit les foreurs du tyran. Brakenbury eut ordre de lui remettre les clés de la tour pour une nuit. Tyrrel , avec deux autres scélérats^ entra dans l'appartement des princes. Les deux enfans dormaient profondément : leurs bourreaux les étouffèrent sous les oreillers; et une fosse creusée au pied de rescalier sous un monceau de pierres , fut le tombeaii de ces infortunés*

Richard III ne fut pas long-temps paisible possesseur de cette couronné qui lui avait coûté tant de crimes. Le duc de* Buckingham avait été le principal instrument de son éleva-

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tion. L^usurpateur le fît connétable , lui prodigua les dignités et les richesses , et se crut assuré de sa fidélité. Mais Finsatia^ ble Buckingham lassa la libéralité du prince ; des refus blessèrent Forgueil du connétable : il médita une révolution. La mort tragique des deux fils d'Edouard IV , et la haine universelle qu'inspirait leur meurtrier, avaient ranimé les espérances des Lancastriens^ Buckingham , dont la famille était dévouée à ce parti, entreprit de le relever. Jean^ premier duc de Som,'. /»^r^&^, petit-fils de Jean de Gaunt par une branche bâtarde, mais légitimée au parlement , avait laissé une fille unique non^mée Marguerite, Cette princesse 9 mariée à Edmond , comte de Richmond, fils de sir Owen Tudor et de Cathe^ rine de France , veuve de Henri V, n'en avait eu qu'un fils , Henri de Richmond^ qui , après l'extinction de la branche légitime des Lancastres , se trouvait le plus proche héritier des droits de cette maison. Il s'était retiré en Bretagne, sous le règne d'Edouard IV, qui plusieurs fois avait demandé vivement qu'on lui livrât ce fugitif. L'évêque d'Ely, prisonnier d'état , que Richard avait confié à la garde de Buckingham, lui persuada de jeter les yeux syyv Henri de Richmond pour renverser l'iisurpateur , et proposa en même temps , cpnune le plus sûr moyen d'y parvenir , de réunir les deux factions rivales , en mariant Richmond à Elisabeth , fille aînée d'Éi douavd IV, et de confondre ainsi des prétentions qui avaient été si long-temps la source, des malheurs de l'Angleterre. La reine douairière fit céder de vieilles inimitiés au ressentiment' des injures récentes ; elle embrassa aisément un prpjet qui lui promettait la vengeance de son frère et de ses trois fils, et envoya de l'argent à Richmond pour leve^ dés troupes étrangères. Ce complot fut communiqué secrètement dans toutes les provinces d'Angleterre aux principaux membres des deux factions. Mais une conspiration si étendue, de quel*, que mystère qu'on s'efforçât de l'envelopper , ne pouvait échapper long-temps aux yeux vigilans de Richard : il en fut instruit, et se mit en état de défense. Buckingham leva aussitôt des troupes dans le pay^ de Galles; mais des pluies effroyables et continuelles l'ayant empêché d*aller joindre sea

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DBS TBMVS MODfiRNBS. 6g

autres partisans , les Gallois, consternes^ l'abandonnèrent. Il se refiigia chez un ancien serviteur de sa famille : il y fut découvert, arrêté, conduit au roi, et exécuté sur le champ, suivant l'usage de cette époque barbare. Le comte de Bichmond était parti de Saint^Malo avec cinq mille hommes pour se réunir à lui; mais, battu par une tempête , il n'arriva sur les côtes de l'Angleterre qu'après la dispersion de tous ses partisans, et retourna en Bretagne.

Ces vains efforts contre Richard n'ayant fait qu'affermir son trône , ilcon^^qua le parlement qu'il avait redouté jus* qu'alors. Cette assemblée céda à la force , et reconnut l'usurpateur. La reine douairière se laissa fléchir elle-même ; et , séduite par les protestations de Richard , n'espérant plus d'ailleurs que ses premiers projets pussent s'accomplir, elle osa quitter sa vexnàte , et se remit aux mains du tyran. Bien plus, quoique Richard ftkt soupçonné d'avoir empoisonné sa première femme , elle promit à ce monstre teint du sang de ses trois fils cette même Elisabeth. dont Richmond avait reçu la foi. On attendait une dispense de Rome pour ce mariage , quand la face des choses changea tout à coup.

Richmond ne se trouvant point en sûreté en Bretagne , où un ministre pervers , Pierre Landais , avait déjà voulu le livrer à Richard , était passé à la cour de France. Il obtint *" quelques secours de la régente, Anne deBeaujeu^, partie d'Harfleur avec environ deux mille hommes, et aborda au port de MiUbrd , dans la principauté de Galles. Ses partisan lui amenèrent des troupes, et bientôt les deux rivaux se trou-» vèrent en présence (i485) à Boswortk, près de Leycester-J Henri à la tête de six mille hommes, Richard avec des forces presque doubles. Dès le commencement du combat, le lord Stanley , qui commandait un corps nombreux pour le tyran y se rangea du côté de Richmond. L'intrépide Richard, nepre» nant plus conseil que de son désespoir , se précipita dans les plus épais bataillons, et, apercevant son rival à quelque dis» tance, s'efforça de le joindre pour lui donner la mort ou Isk recevoir de ses mains. Mais , accablé par le nombre, il sucn cpmba, après avoir fait des prodiges de valeur, et termia%

90 ABIUBGÉ DE L HISTOIRE GBITERALE

en héros la vie d'un scélérat. La bataille de Boswoith mit fin à la querelle des deux Roses , et la mort de Richard à la dy* nastie des Plantagenet. Le comte de Richmond, proclamé roi sous le nom de Henri VII , commença celles des Tudors. Henri FIL — Après la victoire de Bosworth, Henri VII se rendit à Londres , où il fiit couronné le 3o octobre. Un parlement reconnut ses droits à la couronne y et , docile à la haine du monarque, proscrivit plusieurs seigneurs quiavaient servi sous Richard III.

En i486 , Henri épousa Elisabeth dTciprck. fion aversion pour un sang ennemi lui avait fait différer jusque*là cette union imposée par la politique. La même année , le lord Lo« vel , un des seigneurs proscrits par le parlement, arma trois ou quatre mille hommes dans le comté de Worcester ; mais il ne soutint pas son entreprise, et, à l'approche d'un corps de troupes royales , il se sauva en Flandre , où Marguerite d'Yorck , sœur d'Edouard IV et duchesse douairière de Bourgogne , lui donna un asile.

Un orage plus dangereux se formait contre Henri VII. Ce prince , craignant les droits du jeune comte de Warwick , Edouard, fils de l'infortuné duc de Clarence , l'avait fait enfermer à la tour de Londres. Le bruit de l'évasion de Warwick s'étant répandu , cette fausse nouvelle suscita un de ces imposteurs dont la crédulité des factions se plaît à réaliser les titres mensongers. Un jeune homme, Lambert Simnel, âgé 4ç quinze ans, fils d'uh simple boulanger, fut instruit par un prêtre de la province d'Oxford , nommé Simon, à représenter le cpmte de Warwick, On croit que ces conspirateurs obscurs étaient secrètement dirigés par des personnes puis- 3antes , et que la reine douairière elle-même était l'âme de ce complot. Irritée de voir sa fille maltraitée par son époux , et les partisans des Yorcks proscrits ou éloignés des emplois, blessée dans sa tendresse maternelle et dans ses affections de parti, elle résolut de renverser son gendre.

D'abord Simnel fut envoyé en Irlande , province attachée aux Yorcks , et dans laquelle Henri VII n'avait déplacé aucun des magistrats et des officiers nommés par ses prédéces-

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DBS TBMPS MODERNES. 9I

seurs. Les Irlandais , épris dune nouveauté qui d'ailleurs flattait leur penchant^ proclamèrent le prétendu Warwicl sous le nom d'Edouard YI , et le couronnèrent à Dublin. Henri Vil , alarmé, fit emprisonner la reine douairière , dont les biens furent confisqués , et qui acheva ses jours dans Tindigence et la captivité. Il désabusa les Anglais en leur mon* irant le vrai comte de Warwick. Mais l'Irlande persista dans son erreur et dans sa révolte. Jean , comte de Lincoln , neveu d'Edouard IV et de Richard ni par sa mère , se joignit alors aux rebelles , et la duchesse de Bourgogne envoya à leur secours deux mille hommes de vieilles troupes allemandes. Avec ces renforts , Simnel fit une invasion en Angleterre Fan i487< Son armée, commandée par le comte de Lincoln , fut défaite à Stoke^ dans le comté de Nottingham. Lincoln fut tué ,• Simnel fut pris. Henri VH lui laissa la vie, l'employa comme marmiton dans les cuisines de son palais , et peu après , en récompense 'de sa bonne conduite , l'éleva à la charge plus honorable de fauconnier (i). ( 1 488 — 1 49 1 •) Le duché de Bretagne attirait alors les regards

(i) A Foccasion de cette révolte, le roi sollicita du parlement Tabolition de Tu sage dangereux et illégal de maintenance ou pro^ tection. On entendait par maintenance une association d'individus , sous un chef dont ils portaient les livrées , et auquel ils se liaient par sermeiit', s engageant à soutenir , les armes à la main , ses querelles particulières^ et celles des membres de Tas^ociatidn. Ils arrêtaient le cours de la justice, intimidaient les jurés, et procuraient Timpunité des coupables. Ces ligues donnaient aussi à des seigneurs puissans la facilité de lever promptement des troupes nombreuses , et de favoriser des projets de révolte ou d'usurpation. Dans le parlement précédent, on avait exigé des lords le serment de ne plus rece- ▼OU" à leur service des hommes publiquement reconnus comme vagabonds , meurtriers , félons ou proscrite ; à ne plus établir de mainte-', nancey etc. Le parlement de Z487 arrête que le chancelier, le trésorier , le garde du sceau privé , avec un évêque , un pair séculier , et les chefs des juges du ban du roi et des plaids communs, auraient le pouvoir de citer devant eux les personnes accusées de contravention à quelques-uns de ces réglemens , et de punir les coupables comme fi'il^ eussent été convaincus par la justice ordinaire.

pi ABRiGB DE L HiSTOIRB GENERALE

•de l*Europe. Le duc François II était mort peu de temps après tla bataille de Saint-Aubin [YoyezY Histoire de Charles VIII). Anne , sa fille, lui avait succédé. L'archiduc Maximilien aspirait à la main de cette riche héritière , et les Français ré- •clamaient d'anciens droits sur son duché. Les ennemis de la France ne pouvaient rester étrangers à cette querelle. Henri VII se ligua avec Maximilien et Ferdinand-le-Catholique, et envoya quelques secours aux Bretons ; mais les armes de la régente Anne de Beaujeu , et encore plus sa poli** tique , déconcertèrent les projets des confédérés. MaximUien avait déjà épousé la jeune duchesse par procuration , loréqu il apprit qu elle allait partager le trône de Charles VIO.

(1492.) Henri Vil n'avait fait que de faibles efforts en faveur des Bretons. Il se reprocha sa faute, et voulut ou plutôt feignit de vouloir la réparer. Moins pour combattre Charles Vni que pour obtenir un subside du parlement anglais , il déclara la guerre à la France , descendit à Calais avec vingtr cinq mille hommes et çeize cents chevaux , et fit la paix après quelques hostiUtés. Par le traité à' É tapies^ Charles s'engagea à lui payer les arrérages de la pension d'Edouard IV, et une . rente annuelle de 25,ooo écus pour Henri et ses successeurs.

Après cette courte guerre , si heureusement terminée, Henri VII vit son repos troublé par de nouvelles intrigues de la duchesse de Bourgogne. Elle répandit le bruit que Richard dTorck n'avait point été assassiné dans la tour avec son frère Edouard V, et fit paraître, sous son nom, l'imposteur Per- Idns Warbec, fils d'un juif converti , de Tournay, qui avait résidé en Angleterre durant le dernier règne. Les manières pobles et polies de cet aventurier , l'élégance de son langage pouvaient aisément tromper le vulgaire. La duchesse en fit l'instrument de ses desseins. Elle l'envoya d'abord secrètement en Irlande , et d'Irlande à la cour de France. C'était le temps où la guerre allait éclater entre la France et l'Anglej;erre. Charles VIII accueillit favorablement le faux Richard, iet refusa de le livrer à Henri VH lors de la conclusion de la paix. Perkins se retira alors en Flandre, où la duchesse 4e Bourgogne le reconnut publiquement pour son neveu. ^

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DBS TEMPS MODBRlfES. pS

Henri VII parvint à connaître la généalogie de Finiposteur , et révéla la fraude à l'Angleterre. Cependant l'intérêt ou la crédulité donnèrent à Perkins des partisans. Plusieurs seigneurs entrèrent dans le complot ; quelques-uns des plus suspects y arrêtés en 1494) périrent sur lecbafaud. En i49^y Perkins tenta une descente dans le comté de Kent , fiit repoussé , et repassa en Flandre. Une tentative sur llrlande (i) n*ayant pas mieux réussi, Perkins aborda en Ecosse. Jacques IV Taceueillit avec empressement, et lui donna même en mariage la fille du comte de Huntley , sa proche parente. Il arma en sa faveur, envahit avec lui FAngleterre, et proclama le jeune aventurier dans tous les lieux où il pénétra (1496). Cette entreprise n'eut aucun succès , et en 1497 5 pour obtenir la paix de Henri VU , Jacques IV abandonna Perkins , et le chassa de son royaume. Perkins erra en France , puis en Irlande, et enfin débarqua au comté de Cornouailles. Cette province s'étant déclarée pour lui , il prit pour la première fois le titre de Richard IV , roi d'Angleterre. Il se trouva à la tête de sept mille hommes bien disposés à défendre sa cause ; mais à l'approche du roi, qui marchait en personne pour le combattre, sa frayeur trahit sa bassesse : il ne put affronter son maître , et s'enfuit dans l'abbaye de Beaulieu. On négocia pour le tirer de cet asyle ; il consentit à se livrer lui-même , à condition qu'on lui laisserait la vie. Il fiit mis en prison , s'échappa , fut repris , et envoyé à la tour. Il y noua des intelligences avec le comte de Warwick , prisonnier comme lui , et l'engagea dans un projet de fuite. Le complot fut découvert, et ,

(i) A l'occasion de ces tentatives de Perkins , sir Edward Poyning», enToyé en Irlande pour réprimer et punir cette inquiétude qui portait les Irlandais à embrasser la cause de tous les ennemis de Henri VII, conyoqua un parlement à Dublin , où il fit passer le fameux statut connu sous le nom d'acte de Poynings, et qui fait époque dans l'histoire d'Angleterre , comme monument de la domination anglaise en Irlande. Cet acte porte que tous les statuts du parlement d'Angleterre feront loi en limande, et que le parlemen} irlandais ne pourra s'assembler qu'ayec la permisiion du roi d'Angleterre, et après qu'on lui aura rendu compte des motifs de la convocation.

94 * ABRBGB DE l'hISTOIRS GENBRÂtB

désormais indigne de pardon , PerkiUs subit eii i499 ^^ ^^P* plice qu'il méritait. La même année, le filsd*un cordonnier , nommé Wilford, voulut se faire passer pour le comte de Warwick. Celte nouvelle imposture causa la perte de ce malheureux prince , et le sang du dernier Plantagenet cimenta le trône des Tudors. Cette cruauté politique anéantit l'esprit de faction, et ce règne, jusque-là si agité , s'acheva dans une paix profonde.

En i5oi et i5o2, deia; mariages furent conclus, qui préparèrent de grands événemens : i*» Arthur^ prince de Galles, ayant épousé Catherine d'Aragon , quatriràie fille de Ferdinand et d'Isabelle , et étant mort six mois après , le nouveau prince de Galles ( depuis Henri VIII) reçut ^nalgré lui pour épouse la veuve de son frère; union dont la rupture eut de si funestes conséquences, a®. Marguerite ^ fille aînée de Henri VII , épousa Jacques ÎV^ roi d'Ecosse ; et les droits qu'elle transmit à ses descendans devaient un jour placer les Stuarts sur le trône d'Angleterre.

Henri VII savait faire la guerre, et il la fit toujours heureusement. Cependant, soit par politique, soit par caractère, il montra généralement des dispositions pacifiques. Il eut pour système de vivre en bonne intelligence avec les rois ses voisins, et la paix extérieure fiit rarement troublée sous son règne. A l'intérieur, il prévint par sa -rigilance, arrêta par son activité , ou étouffa par la force les factions sans cesse renaissantes. Il soumit au frein de la justice et des lois rAnglais indocile. Sous son règne , entre autres réglemens utiles , on porta celui qui ordonnait que tout meurtrier serait poursuivi , à la requête du roi , dans Tan et jour. On ne commençait autrefois les poursuites qu'après ce terme; ce qui entraînait l'impunité, parce que les païens et amis du mort composaient avec le criminel. Des mesures furent prises pour rendre la justice aux pauvres sans frais; on fit une loi contre le rapt; on borna le droit dasyle; on défendit aux shérifs de condamner à l'amende sans assignation préalable donnée aux accusés. Les anciennes substitutions furent abolies , et il fut permis à la noblesse d'aliéner ses terres ; ce qui

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DBS TBMPS M0i>ERN£S. " ^5

diminua les fortunes des barons et augmenta les possession» des communes. Henri VII favorisa le commerce ^ Tindustrier et la navigation. En 14989 il envoya le Vénitien Sébastien Cabot, résidant à Bristol, chercher à l'ouest de nouvelles contrées. Cabot découvrit File de Terre-Neuve, et longea la côte des Florides. C'est la première expédition européenne qui ait touché le continent américain. L'ouvrage de Cabot fut continué par d'autres marchands de BristoL Ces voyages se bornèrent à de simples découvertes, et né furent alor^ suivis d'aucun établissement dans le Nouveau-Monde ; mais, ils commencèrent à répandre parmi la nation le goût de& expéditions lointaines ; et ce n'est pas une médiocre gloire pour Henri VII de pouvoir être regardé comme le fondateur de la marine anglaise.

Mais un vice honteux ternit l'éclat des vertus de ce prince. L'avarice, sa passion dominante, k rendit le tyran de ses sujets. Des rapines fiscales accumulèrent dans ses coffres d'inunenses richesses , qui lui permirent de régner sans l'as* sistance du parlement; car, si parfois il convoquait les deux chambres, ce n'était que lorsqu'un prétexte spécieux de demander des secours d'argent offrait à son avarice un attrait irrésistible. Au reste , il n'avait rien à redouter de l'esprit de ces assemblées. Cette ardeur des anciens parlemens à défendre leurs libertés s'était éteinte dans te sang répandu par la guerre des deux roses ; et jamais ni les lords ni les communes n'osèrent élever aucune plainte contre les extorsions de Henri. Mais, aux approches du trépas (il mourut le 22 avril 1 509), ce prince fût saisi d'uh repentir tardif et infructueux. Il s'effraya de ces trésor^ mal acquis ,^ et ordonna , parson testament, des aumônes et des restitutions. Son dernier vœu ne fut point rempli; etJix-huit cent mille livres sterling, somme alors prodigieuse , qu'il laissa à son successeur, furent bientôt dissipées par le prodigue Henri VIII en fêtes, en plaisirs et en vaines Ubéralités.

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96 ABRÉGÉ DB l'hISTOIRE GÉNÉRALE

SECTIOlSr lï.

Ecosse ( 14.24- i5i3).

Chaque siècle, TAngleterre éts^it bouleversée par quel* que commotion violente, mais passagère, après laquelle Tordre et la paix se rétablissaient pour un temps. L'Ecosse ne connaissait point ces alternatives de trouble et de tranquillité; l'anarchie était son état habituel. Le mal prenait sa source dans le pouvoir excessif de la noblesse j les grands seigneurs vivaient en souverains sur leurs terres, presque toujours en guerre les uns avec les autres, et quelquefois avec le roi lui-même, qui, n ayant que de faibles revenus et point d'armée permanente, n'exerçait qu'une autorité précaire. Au milieu de ce désordre, les lois étaient sans force j et de leur impuissance était née la coutume barbare connue sous le nom de haine à mort. Lorsqu'un homme était insulté ou tué par un autre , ses parens se vengeaient eux-mêmes sur un membre de la famille de l'agresseur, sans considérer si leur victime avait pris part au crime ou à l'offense dont ils lui faisaient porter la peine. Cette nouvelle violence attirait d'autres représailles : ainsi se transmettait dan$ les familles, de génération en génération , ce sanglant héritage de haine et de vengeance.

Si ces causes de dissensions intestines et de calamités publiques existaient , dans les comtés du centre et les bassesterres y où les habitudes étaient moins sauvages, où le roi faisait sa résidence, et devait dès-lors avoir le plus d'autorité, l'anarchie était encore plus complète sur les frontières et dans les hautes-terres ou montagnes, deux grandes divisions de l'Ecosse qui étaient encore dans un état de profonde barbarie.

Les montagnards ou HighlanderSy habitans de celte longue chaîne de montagnes qui comprend la plus grande partie de rÉcosse septentrionale, se distinguaient du reste de la nation par des mœurs, un costume et un langage particuliers. Ils

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DBS TEMPS MODfRHBS. 97

parlaient et parlent enqore aujourd'hui Vidiome gaélique, inintelligible pour ITiabitant Vies ba5ses-<erre8(Zo«'fa/irfy), dont la langue diffère ipeu de langlais. Ils étaient divisés en tribus ou clans , dont chacun portait le iiota d'un ancien chef que les membres du clan regardaient eonuu^ leur «ncêtre commun: ainsi il y avait la dribù des Ma^Donald^ ées MaC'Grégory etc.; cest4-dire, des fils de Donald, des fils de Grégor. Outre que ces clans se battaient souvent entre eux, et presque toi^ours à outrance 9 ils étaient en état d'hostilité perpétuelle avec les kabitans àe& h^isses-terres, qu'ils haïssaient, sous le nom de iScarp/i*> comme usurpateurs des plaines fertiles qui avaient appartenu aux anciens Celtes. Plusieurs chefe montagnards s'arli^geaient tb«s les privil^es de monarques indépendaBS. Li» plus puissant de ces ^eigneilrs était le comte de Ro^s, hrd deê îks^ qui pouvait passer pour souverain absolu des Hâ>rides*

Tues frontières n'étaient guère pliis paisibles "que les Highlands. Les habitans de cett^ partie de l'Ëtosse qui touche à r^ngleterre ressemblaient beaucoup- aux montagnards. Ils étaient connue eux diviâyss par ^alis, qui avaient des chefs particulier^, vivaient le plus souvent du butin qu'ils enlevaient, soit en Angleterre, soit dans les comtés du centre de l'Ecosse, et foulaient aux pie^s le respect dû aux lois et au gouvernement royal. Sous les StuastsV malgré de sages lois portées par le parlement (i) pour détïoiire ou diminuer le mal, l'ambition de la puissante fannllê des Douglas, des discordes dans la maison «égnant^wet de nombreuses minorités perpétuèitnt cet èj0t misérable de l'Ecosse,

(i) Le parlement écossais ressemblait exactement, quant à sa composition^ à celui* âe la Grande-Bretagne; mais il y ayait une différence essentiellei^s le modede délibération. En Angleterre^ les lords, les évêques et \^ abbés ^jtrés formaient la chambre-haute ou des lords ; les députés des comtés et des bourgs composaient la chambre* basse ou des communes; et ces deux assemblées délibéraient séparément. En Ecosse, au contraire, les nobles, les prélats, les députés des comtés et des tfburgs siégeaient tous ensemble , et votaient comme membres de la même assémbrée.

A la mort de Robert III , en 14069 son fils Jacques I était prisonnier des Anglais. Sa. éaptivité se prolongea encore dîx4]tuit années, pendant l^quelles l'Éoosse, gouvernée par des régens, fift livrée au désordre et à la confusion. De retour daiis sesvétats,'en 14^9 Jacques I entreprit la tàdie difficile de. réprimer ie brigandage et la licence, et de rétablir, avec la tranquillité publique, 1 autorité rojrale anéantie par Texcessive puissance de la noblesse. Après avoir gagné la confiance de ses* sujets par quelques actes de sagesse oit dé vigueur, il obtint du parlatnait un.ade'par lequd il était enjoint à tous ceux qui, pendant les trois derniers règties, avaient reçu des teires du domaine de la couronne , de justifier de leur titre. Cet acte, qui menaçai» les propri^és des nobles, fiit suivi d'un atttre qui portait un coup déeisif à leur puissance , en déclarant Ulégalea ces ligues qthi rendaient la noblesse si redoutable à la couronne. Encouragé par ces premiers succès, il fit encore un pas plus hardi : plusieurs seigneurs et hauts barons, mis en jugement ]^ son ordre, et reconnus coupables, subirent la peine capitale. La noblesse, effrayée des desseins du roi, Tassassina^i^ i4^^

. Jacques II y son fils,^ n'avait que six ans. Pendant la minorité de ce prince, le chancelier Grichton dirigea les affaires. U nourrit son pupille dans les projets de son père contre les nobles; mais ce que Jàc^pies I se proposait d'effectuer peu à peu par des voies légale, Grichton et Jacques II le tentèrent par des moyens violent et barbares. Le comte de Douglas, Quillaume VI, profiismt de J^'enfmce du roi, méconnaissait l'autorilé du trône, et s'arrogeant tous les attributs de la royauté, aspirait hautement à l'indépendance. Grichton Fayant attiré par ruse à la cour avec son frère D^vid, les fit mettre à mort, après quelques procédures dérisoires (i44o). Gette perfidie ne servit qu'à retndre GrichtQCà odieux ^ et ne diminua pcHut le pouvoir des Dougkas. Le jfune roi n'était point complice de son ministre, et il s'était efforcé, par ses prières et par ses larmes , de prévenir le meurtre des deux fi^ères. Lorsquarrivé à Tàge d'homme il couunença à régn^ par lui-même, il se montra d'abord fayoraUe aux Douglas,

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SIS TBMFS XODBRirSS. QQ

et noœpia le comte Guillaume YII lieuteumihgënéral du roysuame; mais bientôt) alarmé de Taudaoeet de Vambidon de ce seigneur, il lui relira Tiaiportante fonctiofi qu'il faii avait co0&âe. Douglas court aux armes, et par une ligue qu'il forme avec les comtes de Grawferd et! de Ross., et quelques autres barons, il réunit contre le roi près de la moitié de rÉjDosse^ Mais sa crédulité le fait tomber dans le même piège où avait péri Guillaume YL Sur la foi d'une promesse positive du r0i qui paraissait^ désirer une réconciliation, et d'un saufconduit sodllé du grand-sceau^ il se hasarde à aller trouver Jacques II au château de Stirling. lit, le roi le pressant de se séparer des confédérés, et le comte joignant à se% refus obstinés des, paroles injuriensea: de par le Ciel, ndlard^ s'^rie le monarque furieux ^ ^i vous ne voulez rompre la Ugme^ voici *qui Ut rompreu; et en même ten^s U lui plongea un poignard dans le^eœur ( 14^9)^

Jacques de Douglas, successeur du comte assassiné, lève a«issk«t l'étendard contre le noi» Tant de puissans barons le sec#ndeilt| ^e Jacques II. baLuice s'il soutiendra la lutte, ou s'il.fiwajen France et abandonnara. le trône à son rival* T^iiftr^evêqiuè'deSaint-^André le rassure"", hii représente que ce^e iooaJitioR qu&l'effiraie est composée de tant d'élémens,. qiie, i\\ Q3t difficile de récrasèr par la force, on peut la dissoudre par «radre^se et la politique. Des agens secrets s'insinuenr auprès des barons confédérés, accitent leur jalousie contre l'ambitieuse et altière femille des Douglas, aiflanunent leur ciip^ité par la per^ective des riches domaines, àts^ trésors, d^& honAeudrs doAt la reconnaissance du roi paiera leur retour â su cause. Plusieurs seigneurs, les uns séduits par .e^ promesses, les autres él<Mgn^ de Douglas par des ^^ p(|I^Quliiars^ on par l'irrésolution de son caractère, embiossent le pc^i du roi^ Le comte, abttidonné ou méprisé des siens^ cherche un aiyle en Angl^erre; ses biens immenses ^qnt eç^nfisqi^s, et distribués aux lords qui ont contribué à ss^ rui^e« La plus grande part de. cqsi confiscations accrut les dpmeùnes dii oomted'ABgus ,.qui, quoique parent du comte de DiHiglas, s*éDait rangé sous la bannière royak.

lOO JLBREGB DE L HISITOIRB GBVBRALB

Après kckute de la plus redoutable faimlle du roj^yme, Jacques II y'Voyant son «autorité presque absolue , fit promulguer'par son parlement plusieuirs lois avantageuses à la couronne. L'une de ces lois déclarait nulles, pour le passé et pour l'avenir, toutes les aliénations du domaine royal, et autorisait le roi à s'emparer, suivant son bon plaisir et sans, forme de procès, de toutes les terres qui en avaient été disr traites, obligeant les derniers possesseurs à restituer jusqu'au|: revenus qu'ils en auraient perçus. Une autre étendait la juridiction des tribimaux du roi, et décidait que le droit de rendre la justice dans les terres d'un particulier, ne pourrait désormûs être accordé que du consentement du parletnent. Une troisième loi révoquait toutes les conces^ions^ de fonctions héréditaires depuis la mort du dernier i^oi, et les interdisait à l'avenir. Jacques II suivit avec la plus grande vigueur pendant tout son règne ce plan d'hostilités contre la puissance aristocratique : si une mort soudaine , occasionnée en i46o par l'éclat d'un canon qui se rompit à ses côtés an fiiége de Roxbourg, né l'eût arrêté dans sa marcbe, il avait et le génie et le courage nécessaires pour arriver à son but; et l'Ecosse, suivant toutes les probabilités, eût été le premier royaume d'Europe qui eûtvulasubvérsion du système fiéodâk

Jabques ill mit autant de zèle et d'empressement que ^ob père et son aïeul à rabaisser le pouvoir de la noblesse ; nftfis il n'avait ni leur capacité nt leur adresse. Il adopta une ftiusse politique. Il fallait en même temps conserver aux grand» le premier rang dans sa cour, et leur imposer par la fermeté de son caractère. Jacques III aima mieux les éloigner de sa présence, et donner sa confiance à des gens de basse' extraction, avec lesquels, renfermé dans son château de StirUng, il ^'occupait d'architecture, de musique et d'autres arts alors peu estimés. Les nobles voyaient avec indignation le crédit et l'orgueil de ces nouveaux favoris , dont les plus distingués étaient un maçon, un tailleur, un serrurier, unjnùsiden et un maître en fût d'armes. Leur ressentiment se manifesta par des ligues enOre eux, par des intrigues secrètes avec 4' Angleterre, et toutes les mesures qui présagent une guerre cî-

DES TEMPS MODERNES. lOI

-vile. Deux frères mêmes du roi, Alexandre, duc d'Albanie, et Jean, comte de Mar, s'engagèrent dans le parti des mécontens. Jacques les fit arrêter avant que le complot eût éclaté. Le comte de Mar fut, dit-on, assassiné- par son ordre. Le duc d'Albaïue,. détenu au château d-Édiinboupg, parvint àsen échapper,, et se sauva en France. En 1482, il conclut avec Edouard IV, roi d'Angleterre, un. traité où il prenait le titre de roi d'Ecosse, et s'obligeait, si Edouard lui fournissait les moyens de réaliser ce. titre , à rendre foi et hommage au monarque anglais , etc. Le duc de Glocester le ramena en Ecosse à la tête d'une nombreuse armée. Le- danger d'une invasion étrangère réduisit Jacques m à implorer l'assis» tance de ces mêmes barons qu*iLavait dédaignés. Us entrant en campagne avec leurs vassaux : mais c'était moins dans le dessein de repousser l'ennemi , que d'obtenir réparation^ de leurs propres injuies, et de punir la.: misérable cour, dont l'insolence leur était insupportable* Ils. exécutèrent leur résolution dans le camp, près de Lawder^ avec toute la promptitude et toute la vigueur d'une exécution militaire. Ils entrèrent de vive force dans l'appartement du roi, s'emparèrent de ses favons, et les pendirent à l'instant même. Jacques, ne pouvant coopter sur une armée si peu soumise, la Ucencia, et alla sei^nfermer dans le château d'Édind>ourg. Enfin, U ^ se réconcilia, avec le duc d'Albanie, qui recouvra ses biens et ses honneurs, et les perdit bientôt après' par une seconde révolte. Le roi et ses ministres irritèrent la noblesse par de nouvelles, insultes. On établit, pour défendre la personne du monarqiiie^ une garde permanente; et, comme si eette précaution ne suffispt pas, on publia un édit portant défense à toute p^sonne de paraître en armes dans l'eneeinte du palais; édit qui, dans un temps où les. nobles ne-se présentaient jamais sans une suite nond>reuse de gens armés , semblait leur interdire tout acràs'auprès de la personne du roi. Jacques, plus épris que jamais de la vie solitaire ^ plongé dans l'indolence et (|ans la mollesse , laissait régner ses favorià. Enfin, déterminés à venger tant d'outrages, les. nobles les plus puissans, par force ou par persuasion ^ placèrent à leur

I09 '. ▲BRliOB DB LSISTOIRB GÉNÉRALE

tête lô duo de Rothesaj, jeune prince de quinïe ans, Fainé des enfans du roi, et lui déclarèrent sans détour que leur intention était de détrôner son -phté. A la vue de ce danger,, Jacques sortit de sa retraite, et marcha contre les rebelles» n fut défût à la bataille de Bànnockbum ( i488), et assasàné dans la déroute (i). .

L'indignation qu'excita généralement le meurtre du roi^ et la terreur d une excommunication que le pape lança contre les conjurés^ les contraigmrent à user modérément dé la victoire. Épouvantés eu^-mêmes du sang qu'ils avaient répandu, ils crurent expier leur crime envers lie. père parleur so'uinission^leur fidélité envers le fils. Ils rélevèrent aussi* tôt sur le trône, et le royaiune entier s'empreasa de le recon*. naître.

On vit presque s'éteindra sous le règne de Jiicqizes //^eette vie^le inimitié qui semblait héréditaire entre le roi et la noblesse. U laissait aux nobles un éclat qui contribuait à For-, nement de sa cour; et, loin de redouter lei^r pouvoir, il le regardait comme un appui de sa couronne. Par cette con*. fiance, il sut gagner leur affection, et il en eut des preuves dans la guerre qu'il fit à TAngleterre, en ï5 i3, poiu* secourir Louis XII, r9i de France. Quoique, cette, expédition lui fût plutôt inspirée par son courage et ses goûts che^leresques,, que par aucune considération d'iutérèt national , tel âait le zèle de ses sujets pour sa gloire , c|u'ils s'armèrent avec entbousiasme^ Jacques IV n'avait aucun projet arrêté contre laristocratie , et cependant elle reçut un coup fatal sous son règne. Un événement fortuit fut plus préjudiciable aux nobles que toutes les attaques préméditées des rois précédens, ,A ]a.,bataiiUe aussi imprudente que cbésastreuse de Flowden ( i5 i3()> c^tte courageuse noblesse aimÀ mieux périr

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(i) Sous ce règne honteux « la coiirpnne d'Ecosse ût dépendant quelques acquisitions. Jacques reçut en dot de son épousa , princesse de Danemarck et de Norwège , les îles d'Orknej et de Zetlanci Le comté de Hoss fat réuni à la couronne. Les Hébrides le furent aussi sous le règne suivant. Ainsi fut anéantie la puissance du lord des. Isles»

Digiti

DES TEMPS ItODEIUfES* lo3

que dabandonner un roi qu elle await. Douze comtes, treize Iprds et une foule de barons tombèrent morts à côté de leur prince expirant L'aristocratie écossaise se ressentit longtemps de cette, catastrophe ; et si un roi -majeur (ùt alors inonté sur le trône , il eût pu tirer avantage de la consternation et de Tafifaiblissement des nobles ; mais Jacques ^n'avait qu'un an lorsqu'il succéda à son père.

Jacques lY avait épousé Marguerite d'Angleterre , fiHe de Henri VU ; mariage qui a fait passer dépuis là. couronne d'Angleterre dans la maison de Stuart»

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