CHAPITRE V
FAAIIGE.
SECTION PREMIÈRE
Depuis la naissance de Loub XI jusqu'à son ayénement au trône (i)f
Louis XI y fib de Charles YII et de Marie d'Anjou , naquit en 14^3 9 à cette époque désastreuse où les Anglais, maîtres de la moitié de k France , insultaient à Tinfortuné Charles VII ^ et l'appelaient par dérision fe roi de Bourges, Les premières années du dauphin s'écoulèrent dans Vadversité; mais lorsquil fut en état de porter les armes, la France, miraculeuseniient secourue par la main dune héroïne dont le supplice sera l'éternel opprobre des Anglais, commençait à sortir de ses ruines, et touchait à sa délivrance. Louis y con-
(i) Nous ayons cru devoir donner plus de développement à l'histoire de France qu'aux histoires étrangères*
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t04 ABRÉ6B 0£ l'hI8TOIRB GléltÉRÀLB
tribua par sa valeur , et oombattit au siège de Montereau , oxk Charles VII prh une part tardive ^ mais éclatante, à la gloire de son règne, dont jusqu'alors il n'avait été que le témoin. Le dauphin assista ensuite à l'assemblée de Bourges, où fut dressée la pragmatique-sançtion qu'il devait révoquer dans la suite. Il fit connaître de bonne heure son caractère ambitieux. A peine âgé de dix-sept ans , il voulut dominer et prescrire k son père le choix de ses ministres. En i44o; il entre dans. une ligue formée par des princes du sang, et par un grand nombre de seigneurs, pour obliger Charles VII a éloigner ses principaux conseillers. Louis se retire de la cour ; la rébellion éclate. C'est cette guerre connue sous le nom de Praguerie, par allusion aux excès qui s'étaient conunis à Prague dans la guerre encore récente des Hussites, et qu'on craignait de voir renouveler en France. Les Anglais n'étaient point encore entièrement chassés du royaume, et ces discor* des pouvaient leur rendre la supériorité qu'ils avaient perdue depuis dix ans : mais les rebelles furent promptement réprimés, et le roi , couronnant son triomphe par la clémence , accorda une amnistie générale.
Les hostilités avec l'Angleterre se prolongèrent encore jusqu'en i444» A. cette époque, la proposition du mariage de Marguerite d'Anjou et de Henri VI fut suivie d'une trêve entre les deux couronnes. Charles VII , pour occuper la valeur oisive de ses troupes , et soulager le peuple de leur entretien , Iqs employa hors du royaume. Il en conduisit une partie à son beau-frère René d'Anjou, roi titulaire de Naples et de Sicile, comte de Provence et duc de Lorraine, qui était en guerre avec les habitans de Metz. Le dauphin mena le reste au secours de l'empereur Frédéric et de Sîgismond, duc d'Autriche, contre les Suisses, qui, après avoir secoué le joug des princes autrichiens, voulaient envahir leurs domaines. L'armée du dauphin se composait de quatorze mille Français et de huit mille Anglais que la trêve avait réunis sous les mêmes enseignes. Les Suisses , vaincus dans la plaine de Bottelen , demandèrent la paix. Le dauphin était mécontent de l'empereur : il traita avec les cantons , et promit que la
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France resterait neutre entreles Suisses et la maison d* AuUtche.
Louis , étant rentré dans le royaume , prétendit une secondé fois au gouremement des af&ires , et forma un parti contre les ministres. Le roi lui ordonna de quitter la cour , et de se retirer dans le Dauphiné, où il demeura pluûeiirs années (1447-^ ^456 ).
Cependant son absence prolongée donnait au roi des inquiétudes. Tant qu'il eut à se défendre contre les Anglais, Charles VU ménagea son fils, de peur de le jeter dans les rangs ennemis , et évita une rupture édatante ; mais lorsque les victoires de Formignjr et de CastiUon eurent isif&anchi la Normandie et la Guienne qui gémissaient encore sous le joug des étrangers; lorsque les Anglais, dépouillés de leurs conquêtes d*outre-mer, se furent précipités dans des guerres ci«viles , utiles au repos de k Fnmce, Charles, désormais sans alarmes , traita le dauphin avec plus de sévérité. Il lui manda de revenir à la cour ; et, sur ses refos réitérés, il ordonna à Chabannes, comte de Dammartin , de marcher contre lui et de l'arrêter. Louis ne Fattendit pas , et s'enfuit à Bruxelles, dans les états de PhiUppe-le-Bon , duc de Bourgogne. Le duc le vpôix avec affection, et lui déclara qu*il pouvait disposer de sa personne et de ses biens envers et contre tous, excepté contre le roi son seigneur (i456). Il essaya même de réconcilier le fugitif avec son père , et députa à ce sujet auprès du roi ; mais le dauphin ne pouvant se résoudre à une soumis* sion absolue , et se plaignant toujours du ministère, ces ambassades furent sans résultat. Louis préféra l'exil à une cour où il ne commandait point, et se fixa à Genep, petite ville du Brabant , que le duc lui donna pour sa résidence. II y passa cinq années, et ne rentra en France qu'après la mort de son père , qui eut lieu en 146 1. Les chagrins domestiques avaient altéré la santé de Charles YII : il tomba dans la langueur et le dépérissement; une sombre tristesse s'empara de son cœur flétri par le dégoût de la vie , et il expira au milieu des plus cruelles angoisses qui puissent déchirer le cœur d'un père. On lui persuada que le dauphin voulait yl'empoisonner. Cette affireuse idée porta le désespoir dans son
io6 abriSgb m lhistoias oinjéRALB
esprit <yj^ affiûbli et troublé : il 8e laissa mourir de Mm. Ce prince doit être .compté au noiiû)re des bons rois qui ont occupé le trône de France. ^Sans doute on peut £aâre.de justes reproches à sa mémoire. Il parut long-temps indigne d'être aux prises avec Fadyersité. Il s^abandonna à la mollesse, quand le salut de l'état et l'bonneur de sa couronne l'appelaient aux fati^eset aux dangers. U vécut dans l'oisÎT^té et les plaisirs d'une cour, lorsqu'il {allait vivre aumilieu des camps. La nouvelle d'un mauvais succès le trouva souvent occupé à ordonner une fête; de sorte que /'o/t ne pouvait , suivant l'expression d'un brave chèvalier,/?er^ un rcgraume plus gaîment.'Eiïi&xi , son âme ne s'éleva point contre le malbeur , tant que le malheur sembla attaché à sa destinée; mais Iotsqu£ la fortune eut commencé à lui somire, il devint tout à coup un autre homme. Il ^ala en activité et esa courage les. Dunois et les Richemont, ces grands capitaines qui, après l^héroîne de Yaucouleurs, avaient le plus contribué au salut de la monarchie. Les Anglais forent relégués dans leur île ; la France respira sous l'autorité tutélaire d'un monarquepuis* sant et victorieux > et un sage gouvernement répara soixante ans de désordres et de revers. Depuis que les ordonAinces. de Charles Y sur la discipUne militaire étaient tombées en désuétude , les soldats , faute d'une paie assurée , étaient , pendsuit la paix comme pendant la guerre , le fléau de la na* tion. Ils vivaient à discrétion dans les villeà et dans les campagnes qu'on leur assignait pour quartiers, et. se rendaient redoutables par le brigandage ;. emxmkà si l'honneur de défendre la patrie leur eût acquis le droit de la piller. Charles YII remédiaàcet abus par rétaÂ)lissement d'une taille perpétuelle poiu: l'entretien des gens de guerre. Il foripa quinze compagnies d'ordonnance, chacune de six cents cavaU^s-, et un cQips de quatre mille archers ou fantassins. Ces troupes furent toi]\}Ours tenues sous le drapeau, et eurent une scdde réglée. Le rœ leur donna des capitaines itmillans et sages , experts en/aii de guerre , et nonjeuiœs et grands seigneurs. Enfin , chaque, village, en temps de guore , devait fournir un iranc-rarqhër exempt de taille.
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DBS TCM9S MODERHES. « tOj
Au uâlieu <fiiBé ]oiif;ue anarcliiè, les lois.avaient perdii tome leur vij^eur. Les grands les bravûent ateo aiMUce ; et FimpUBité était k priyilege de la puissance. liO^rol efïrayà le ecbne et la Uc€ilice par des exemples terribles. lie bâtard de Bourbon , condatmné à mort, fut lié dans un sac, et î»té dans 1^ rivière. Le seignaur -de l'Ëspaince eut la tétenrancbéë. Le duc d'Alençon, accusé de Correspondance avec les -Ah* glais > fut condamné à la peine t^ipitale. Charles lui fit-grtoc de la vie , à cause de sa qualité de prince du sang y mais -1 enferma au château de Lodies. Le comte «TArma^ac, accusé dmceste , prévint son châtiment par un eciil volontaire : il s'^dfuit du royaume , et ses biens furent confisqués.
La prompte expédition dés affaires est .un des bienfaits de la justice. Charles publia des édits pour l'abréviation des pro^ cédui^es. La féodalité avait détruit, avec l'empire de Ghiorle* magne, l'unité de sa belle législation. Chaque province de France avait ses coutumes particulières. Le roi ordonna de les rédiger , pour servir aux magistrats de règle constante ^ et prévenir les fanestes effets de l'erreur où de l'ignorance. Mais le phis câèbre statut <le Charles VU est la pragmatiquesanction , long-temps dbère à l'église galUcane. Nous en parlerrons avec plus d'étendue sous le règne de son successeur.'
SECTION n. *
Depuis rayènement de Louis XI jusqu'aux traités de.^Con0ans et dé Sainl-Maur ( ï46i-i4fô). ■
Aussit^ après la nort de Charles Yll, Philippe , avec ses prindpaux barons , reconduisit Louis XI en France , et Faccompagna à Reims , ou il fut sacré. Au miEeu de la cérémonie , le duc sejetaïAuxpiçds du nouveau roi , et le pria de pardonner à tous ceux îqui l'avaient offensé. Le roi lé lui promit; mai»îl e:icepdta sept personnes quHl ne nomma point', ne bornant pas m^ne dans son cfœur ses vengeances à ce petit nombre, finsuite lé dua iui rendit hommage pour les terres qu'il tenait de la couronne , et le suivit à Paris. Au mépris
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I08 ABRiCB DE L HISTOIRE GENERALE
des oonsei)s d^^dëmencè que lui avait donnas PhiHppe-le- Bon , IiDuisr JU se hâta de satisfaire ses ressentimens : il déposa le chanoelierJnYénal desUrsins^ et plusieurs membres du parlement; il-^loigna lamir^l, le grand ckambellan, les maréchaux de* France , et cassa la plupart de^of&ciers de son père*, poli» placer «eux* qui l'ayaien^suivi en D&uphiné et eit FUndre. Iltaàs te principal objet de -sa haineétak le comte de Dammariin , qui avait accepte , sous Charles YII^ la dangereux missiom de faire la guerre à l'hëritier préson^tif de la couronne : on instruisit le procès de Dammartin , et le parlement le (Qpndamna à mort, comme, criminel de lèse-majesté. Le roi lui remit la peine capitale , confisqua ses biens, et renferma à laBastille, d'où il se sauva au commencement dé la giierre àixbien pubtie. Afin de mieux marquer sa haine contre son père^. Louis affeeta .de réserver son indulgence pour les coupables qu'avait châtiés la justice de Charles VIL Il rendit la liberté au duc d'Alençon, et réhabilita le comte d'Armagnac,
Charles VU avait ménagé le peuple , et n'avait levé- dés tailles que pour ^entretien de la gendarmerie. Les revenus ordinaires du domaine royal suffisaient aux dépenses ordinaires de k couronne,. et l'économie du monarque avait laissé dans le trésor plus de a5o,ooo livres. Louis XI, faisant de l'argent un des principaux ressorts de sa politique corrompue , eut promptement épuisé ces ressources. Il en chercha dans de nouveaux impôts qui excitèrent des révoltes dans plusieurs vUles. Ces mouvemens furent réprimés avec une sévérité cruelle.
Humiliation des grands et oppression du peuple^ telles sont les prémices du nouveau règne. Le duc de Bourjgogne présage les suites fâcheuses de la conduite du roi ; Louis néglige ses conseils, et toutefois lui prodigue publiquement les marque» de sa. reconnaissance. Il déclare hautement qu'il doit la vie à son oncle Philippe , et lorscpi'il prend congé de ce prince , il accoricle au comte de Charqlais , son fils , le gouvernement de la Normandie , avec 36,ooo liv. depçnsion. Mais il y a dans ces démonstrations plus de faste que de sincérité.
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DX8 TSMP8 MODBmUBS» IO9
Louis ménage un vassal redoutable'; mais il prétend bien ne plus le crainc]re un jour, et ne pas^l'exeepter de la dépendance commune qu'il avait résolu d'imposer à tousses grands dé ^on royaume. Naguère t^oin et complice de leur turbuleoce, il méditait d'y mettre un frem^ et de l'assujétir à la supréi^e autorité du troàé.. Ce désir entra dans les motifs qui le déterminant à aQ0ord^ au pape l'abolition de la pragmanque.
Cette of donna&ce célèbre^ fondée sui* les décrets du condle de Bâle , avait été publiée à Bourges, en i438 , par le roi Qiârles YII. Elle établissait que tout concile généi^, représentant l'Eglise universelle, avait une autorité spirituelle supérieur^ à«celle du pape même. Elle consacrait la libeï>té des élections canonises , ôtant au pape la nomination aux évéchés et bénéfices,- et ordonnant que ehaque église élirait son'évéqué , diaqu^ mopastèrç son abbé ou prieur. Elle abolissaii: les rifêrves, les grâces* expectatives et les annotes (i) > borni(it. à certains cas les appeb ea cour de Rome , etc. Elle fut énre^trée au parlônent, et adoptée avec joie par l'EgCse nationale, mais regardée par les souverains pontifes comme un attentat auX drc^ts éa saint-siége^ et comme une ennemie donjt la destruotibn devait être le but de tous leurs effprtsj Le Gardina^:^Sneas ffîvîus Piccolomini , étant secrétaire du concile de Bàlç ,' en avait soutenu avec zèle les principes siiAversîfd deTa^lo^té pontificale; mais depuis il s'était repenti^ et ayaift défendu avec chaleur les intérêts de'^la cour de Roloe« Surfin y ayant été élevé à la papauté , sous le nf|m de 9ie tly^i^ loàtia le prcget de signaler son règne par l'abolition dp la jri|giaa(ti)iue. Il fit servir à ses desseins l'adresse ei
■ (^) Les papes , afin de prévenir les élections ^ nommaient aux b4néS^SiÉ^nant <^'Us fassent vacans : ces nominations* s'appelaient gicles expectatives* Si le pape n'avait pas pris c^tfi préctutîbn avfint la yort du titulaire , il déclarait qu'il s'était réservé depuis long-teinps la nomination à ce bénéfice : c'est ce au'oçi' appelait rrfservè. îLes annotes étaient un droit que Ton payait à la cotir de Rome pouft la toUation d'un bénéfice.
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l'ainbition de Jean Jofirédy , évéque d'Airaia^, qui sollkmaît la dignité, de ourdinal 9' pur llntervention du duc de Bour^ gogae et du roi de Franoe. Pie II lui éciÎTit que ,- sans recourir à la protection des prii)c^ ^ il pouvait mériter I9, pourpre romaine en engageant Louis XI à supprimer la pragmatique. Joffi*édy est nommé légsit auprès de Lovis XI , et gagne insensiblement sa confiai;^. Bcms leiurs entretiens^ , il approuve son dessein dliumilier les grands du royaume ; mais,, selon lui, ^abolition de. la pragmatique est Tunique moyen d'y parvenir. EUeeplevera a)ux, nobles un graiid- nom*' bre de o^^tures qu'ils doivent à leur influence dans les &6f> tions canoniques., et qui s'attacheront uniquement au roi , dès que les choi;^ dépendront de sa recommandation atlprès du pape, dont la condescendance ne pouvait être douteuse» Â ces raisons , qui flattent les passions du roi , au penchant cpxi \(d porte à détruire tout ce qui est l'ouvrage de «on père, se joint l'espoiiv d'obtenir , pour la maison d'Anjott , le royaume de Naples usurpe sur René d'Ai^ou pstv Alphonse d'Aragon ( voyfea X Histoire et Italie). Après la mort" d' Al* phonse , Ferdinand,.son fils naturel , en a reçu du pape Pie II ïmvestiture. Louis XI la demàndcpoui? Jean, dud^e€ala'br^ 9 fils d^ René y et charge l'évéque d'Arras dç ne conclure qu4 cette condition* Trompé par les raisonnemens cà^ytieiiit de Jof&édy , qui lui &it entendre que l'abolition prédable<ie la pragmatique doit être le. prix: et l'exx3ttse<Ie l'investittire du prince angevin, par une lettre insidieuse où >e pape kû prod^e d'avance les remercimens et les élqges, le roi s'engage irrévocsdblement ; et, lorsqu'il ne lui estplu» pëssîblede reculer , lorsK^pi'il a fait remettre à Pie 114\&rigînal dé k pragmatique dont il lui annonce l'abolition, il en reçoit pour récompense une ép^ bénite, seul fruit d'un sacrifice également douloureux à la nation et à Ti^lise gallicane. Le pontife ne parle plus de la maison d'Anjou , et deux ambassadiés frati^ çaiseft récbttient vainement €»i sa faveur.
Le roi, dan^ son dépit,- fut prêta rétablir la pragfnatique, dont la si^pj^e^ion avait d'ailleurs excité de fortes remontrances de la p«t dii clergé et du parlem/ent. l<a crainte de
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M* isaiM lIO»BfcirB9. ttt
passer vpour Ufex' V«mpèoha de la réhabiliter hantement ; mais le parlemait fut autorisé à la faire exéouter , excepté en ce ^i reg^sût les réserves et les grâces expectatives; Les destinées de cette ccmsiitutioB célèbre furent encore balan* cées plus d'un demi -siècle dans cet état incertain et précaire^ jusqu'au t^aaps où , in^^ée de lUHiteau , sous François F' ^ aux intérêts de la politique profane , die fut raobj^cée pat le concordat.
Après cesr négociations , et un voyage à Tours (1462), où il derait régler avec le duc de Bretagne , François II , divei*s points liti^nx dont la dédsiom fut ajournée, Louis XI se rendu dans la Basse^Navarre , pour stipuler avec Jean II , roi d'Aragon 9 les agitions d'un secours que ce prince de* mandait contre les Catalans i^évolfés {yoje^YlUstoire dUEépagm\ Ub s'obligerait, Louis XI àifour^ir onze cctotalan^ ces y Jean II à payer .3oo,ooo écus d'or pb«r prix de cet armement , après la réducôon dô la Catalogne ; et , en garan* tie.de cette somme ^ il engagea au r<Hrde Fiiin«e.les comtés de, R(Hmillon et de Cerdagne.
Dans le même «temps ^ l'AngleterTeétait déchirée piar la ri^ va)i^ des maisQps dTorc^ «t de Lanca^e (voyez la gmrre des deux roses y Vaincue en Angleterre,. iri>ûtée en Ecosse, * rinfatigaUe Jfarguerite d'Anjou passa en Frsmee , et s'eifbrça d'intériesseor Louis XI à la cause de Hisnn YL Elle n'obtint pa^ 6«:is peine u,n prêt de oo^oo éeua^ -secours peu digne d'uxie grande reîne et. d'un grand monarque; leva uncorpis de deux mille homndies ;, et r.epasai^ la amf avec cette petite armée,^ éle rassamUa les Lancastrkn», et tenta la fortune à Exham. Lesort des àntea liii fiil:defH>uvtta»«Qntraire, et de nouveau i^oscrite :et lugiliiFe , elle attendit du temps et des circonstances des ressburlsesqueks prâtcesiiu refiusaîem*
Tandisque Loui0 XI détournait le»yeux des nurlheuks dé Msu^^erite,^ U observait attentivement < les «ioid>les de TEs^ peigne, dont il espérait tirer plus d'avantages que des» dissent sions de l'Angleterre. Le roid'Arag^on, «près avoir châtié le» Catalans, voulait employer les troupes firan^isés coinre IJeupiV, noi.de CastiUe.^ qui avait siouttmu fa i^èlte.
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Louis XI refusa de rompre rânti(|U6 alUance qui unissait les Français aux Castillans, et proposa sa médiation pour régler les différends qui existaient entre les deux souverains (voyez X Histoire d* Espagne). Par un traité conclu à Bayonne{i/i6y)^ Henri renonça à toutes ses prétentions siu* la Navarre et sur la Catalogne, moyennant 5o,ooo écus d'or. Jean II réclamait la ville d'Est^la avec son territoire : Louis l'adjugea à Henri lY ; mais il ne put obtenir pour lui-même la Biscaye qu'il redemandait du chef de sa bisaïeule , Marie d'Espagne , et qui lui faisait prendre à tous ces démêlés un intérêt personnel. Après ce traité , dont toutes les parties furent également mécontentes , et qui fut bientôt rompu, Louis et Henri , qui s'étaient rendus eux-mêmes aux frontières de leurs états pour suivre les négociations , se virent sur les bords de la Bidassoa. L'extérieur simple et négligé de l'un contrastait avec la pompe de l'autre. Louis XI, dit Comines , « ne tenait compte de soi vêtir ni parer richement , et se » mettait si mal que pis ne pouvait. » Il parut en cette occasion avec un habit de gros drap , la tête couverte d'un vieux chapeau qui n'avait pour ornement qu'une Notre- Dame de plomb. Ses courtisans ne s'étaient pas piqués de plus de magnificMce, et n'avaient qu'un appareil militaite. Henri IV, au contraire, se présenta au milieu d'une cotir brillante , avec tout le faste de la royauté. L'entrevue fut courte, et les deux monarques se retirèrent peu satisfaits l'un de l'autre. Les deux peuples partagèrent leurs préventions , et «e méprisèrent mutuell^nent. Mais il est vraisend>lable , malgré l'opinion commune, que l'entrevue de la Bidassoa ne fut ni l'origine , ni l'époque précise de la haine qui a régné pendant deux siècles entre les Français et les Espagnols. On ne doit point rapporter les grands événemens à des principes frivoles, qiiand on petit leur assigner de grandes causes : cette haine ne commença sans doute que lorsque Ferdinandle-GathoUque eut réuni sous sa domination l' Aragon et la Gastille. L'Espagne cessa d'être l'amie delà France dès qu'elle put en être la rivale.
U existait entre le roi et le comte de Gharolais une ami-
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DS9 TEMPS MOBE&NES. u'S
pathie naturelle, qui avait dëjà éclaté pendant le séjour du roi en Flandre. Lors de son avènement au trône , il avait paru la vaincre, pour n écouter que la reconnaissance; et le don du gouvernement de Normandie, accordé au comte de Charolais, avait pu être regardé comme un signe d*amitié, ou au moins de réconciliation; mais depuis, le Bourguignon, irrité que le roi lui eût donné le duc de Bretagne pour lieutenant dans son gouvernement, avait résigné dédaigneusement sa commission. Dès-lors , tout entier à sa haine , il ne chercha plus qu a nuire au monarque, dont il se prétendait outragé. Ayant failli être empoisonné , il accusa Louis XI , d'être l'instigateur du crime. La haine qu'annonçait une imputation aussi atroce, s'accrut encore par les vains efforts du comte pour empêcher la restitution des villes de la Somme, aux termes du traité SArras, Par ce traité, conclu en i435 , le duc de Bourgogne, mettant à profit la détresse de Charles VII, s'était fait céder plusieurs villes, entre autres, celles -qui bordent les deux* rives de la Somme, depuis sa source jusqu'à l'Océan, telles que SainU Quentin ^ Corbie^ Amiens^ AbbeifilU , etc. Mais il était stipulé qu elles pourraient être rachetées pour 4oo,ooo écus d'or. Louis XI , demandant la restitution de ces villes, moyennant la somme convenue , ne devait s'attendre à aucune difficulté : cependant le comte de Charolais s'opposa vivement à l'exécution du traité; mais Antoine de Croy, qui jouissait de la confiance de Philippe -le- Bon, et qui s'était secrètement dévoué à Louis XI, donnant par perfidie des conseils de loyauté, dissuada son maître de violer un pacte solennel , et son influence prévalut.
Le roi, n'étant plus distrait par d'autres soins de ses contestations avec le duc de Bretagne, reprit les négociations interrompues à ce sujet. De part et d'autre, des commissaires furent envoyés à Tours. Les principaux articles qu'il s'agissait de discuter concernaient l'hommage que le roi prêtent dait être lige , le titre de duc par là grâce de Dieu , que s'arrogeait le duc de Bretagne, et le droit de régale (1464). François II cherchant à temporiser, Louis XI paraît tout à eoup avec une armée sur les frontières de Bretagne , et dé- I. .8
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It4 ABRiGlft BB l'hiSTOIRB CilIliRALB
fend au duo dd frapper monnaie en son noni) de reœToir le Mrment de fidélité des prélats , et d'exercer difierens droits léodaux qui paraissaient porter atteinte à la prérogs^ye royale. Le duc de Bretagne se soiunet à la t&rce ; mais, impatient du joug que le roi veut lui imposa, il se {Mrépare à le secouer. Ses émissaires vont exciter à la rébellion les vassaux mécontens et effrayés du despotisme de Louis XI. Instruit de toutes ces intrigues ^ le roi s'apprête à les punir; mais voulant paraître mmns consulter le ressentiment que la justice, il convoque à Tours (décembre i464} une assemblée composée du roi de Sicile, des ducs de Berri^ d'Orléans, de Bourbon, deNemours, des principaux seigneurs du royaume, et £rânt de les prendre pour arbitres. Ils feignent eua^mâmes de blâmer le duc de Bretagne , et témoignent au roi qu'ils sont prêts à sacrifier leurs vies et leurs biens pour son service, et à l'assister contre un vassal rebelle. Le duc, averti des desseins du monarque , essaie de conjurer l'orage jusqu'au moment où il pourra le braver impunément. Il amuse le roi par des négociations trompeuses ; et cependant il continue contre lui ses sourdes menées , et redouble d'activité et d'efforts pour grossir le nombre de ses ennemis. U s'attacbe à persuader aux grands que le dessein du roi est de les asservir, d'avilir la noblesse, de dépouiller tous ceux qui ont assez de puissance el de courage pour s'opposer au torrent de l'autorité arbitraire qui menace de tout envahir. Il ré- {Kutd, il commente des propos indiscrets échappés à la dissimulation accoutumée du monarque. Il avait dit, assttre-t«<u), qu'un duc de Bretagne n'avait pas encore le hras si puissant qu'un duc de Bourgogne, qm pourtant n'était plus qu'un humble sujet, et qu'Û saurait Imn mettre en servage les deux ou trois grands seigneurs de France. Sa conduite ne démentit pas ce discours, e^ depuis son avènement au trône, le renvoi de» ministres de son père, l'influ^ice des sei^fueurs dsms les électioBS canoniques détruite par l'abolition de la pragmatique, ses entreprises contre le duc de Ihreiagtoe^ ses fafremts injurieusemeni; retirées au canKade Chatolaiaf «afin les ordonnance» par lesqndilesiHnterdiaaît à tous leftiM^^les
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le droit d^ chassa ^ se la r^seiiram à lui teul, et en ^émirsA ftoa penchaat à $*entourer de petite^ g/^m et de viles créatures ayeuglément dévouées à «es volontés, annonçaient assez et sa hmne contre les seigneurs , et le dessein d'abaisser leur puissance. Une ligue est bientôt formée 9 dans laquelle, avec le duc de Bretagne et le comte de Charolais, s*engagent les ducs de Bourbon et d'Alençon, de Nemours et de Calabre, les comtes d'Armagnac et de Dunois, le sire d'Albret; les «mlleurs capitaines du royaume , Dammartin qui s*est échappé de sa prison, de Beuil, le maréchal de Lohéac, et une foule d'autres seigneurs. La répugnance du duo de Bourgogne à troubler la paix de sa vieillesse et de ses provinces retarde seule rex|dosion; mais affaibli par Tâ^e, et vaincu pa^ les instances de son fils, il cède eofin, et la guerre éclate.
Les confédérés ont entraîné dans leur parti le firère méole du roi , en lui promettait: la main de Marie de Bourgogne, fille unique du comte de Gharolais, et en lui persuadant qu'il sera le ehef de la ligue, parce qu'dle s'autorisera de son nom. CharUsy duc de Berri, avait reçu de la nature ces grâces extérieures qui frappent les yeuxxlu peu[de; mais il était faible, imprudent, né pour obéir à des impulsions étrangères, et pour servir dlnstrument à des factieux. Gagné par les artifices de Lescun, émissaire du duc François II, il s'enfuit de la cour et passa en Bretagne, ou il publia un manife(tte contre le roi. Sa retraite fut le signal de la révolte, lies mécontens se déolar^ènt , couvrant leurs desseins ambitieilx du beau nom de ligue du bien public. Le roi n'avait pour allié que Françob Sfovte» duc de Milan, à qui il avait cède Gènes Fannée précédente, et qui lui envoya quelques troupes. Il semblait devoir être accablé par une confédéral lion formid^le; mais il opposa au danger l'activité ^ la j^imdenoeL Comptant peu sur la nd»leste^ il s'assura des i^Le^ fiar de bonnes garnisons : il les mit prqmptement en état.de défense, principalement la capitale. Plusieikrs cités voulu^nt màme «0 for^Çerà leurs frais. Apres »voir ponirvu par dç sages préoautiona à la sèreié des provinces fidèles, il s avip»ca
Il6 ABRicli DE l'histoire cinÉRÀLE
à la tête d'une armëe dans le Berri, où les rebelles avaient des forces considérables. Il obtint de brillans succès ; mais il fut obligé d'en interrompre le cours sur la nouvelle que les ducs de Berri et de Bretagne remontaient la Loire avec une armée nombreuse , que le comte de Gharolais s'avançait, ^e son côté , à la tête de trente mille hommes , et que ces princes devaient se joindre devant Paris. Le roi quitta le Berri , et marcha vers la capitale à grandes journées, pour prévenir la jonction des Bourgtdgnons et des Bretons. Le comte de Gharolais, arrivé sous les murs de Paris, promet aux bourgeois l'abolition des impôts , s'ils consentent à lui ouvrir leurs portes. Sur leur refus, il donne l'assaut à la ville. Les bourgeois résistent à ses armes comme à ses promesses, et leur belle défense donne au roi le temps d'accourir à leur délivrance. Le comte, instruit de l'approche du monarque, s'avance à sa rencontre jusque sous Montlhéri, Après une bataille indécise ( 5 juillet i465 ), et dont l'issue bizarre est la fuite des deux armées, soit qu'au sein d'un long repos, depuis l'expulsion des Ânglab, on eût oublié la guerre, soit que le bruit répandu de la mort des deux généraux ait jeté de part et d'autre une terreur panique, le roi se replie vers Paris d'où il va lever des troupes en Normandie. Mais , par d'adroites condescendances, il avait entièrement gagné les Parisiens. Pendant son séjour, il en avait admis plusieurs à sa table,- il avait aboli la plupart des impôts; enfin, il avait appelé au conseil-d'état six bourgeois, six membres du parlement, et six de l'université. Paris est assiégé de nouveau en son absence; et de nouveau, malgré la menace d'un assaut géitéral, les habitans refusent d'ouvrir leurs portes. <
Leur fermeté en cette occasion conserva le royaume à Louis XI, et ce monarque a souvent dit depuis que, les princes maîtres de Paris, il ne lui restait d'autre ressource que de passer en Suisse ou à Milan. Mais bientôt, avec doua&e mille hommes , il revient protéger la capitale. Dans les rencontres qui, depuis son retour, deviennent plus vives , plus fréquentes, presque toujours il est vainqueur. Cependant, pour terminer la guerre, il compte moins sur ses armes que sur sa politique.
DBS TEMPS MODB&HBS. Hy
U combat, il négocie en même temps. Déjà la ligue est divisée par ces mécontentemens réciproques, par ces secrètes jalou* sies, les écueib ordinaires des coalitions. La crainte de sa prochaine et honteuse dissolution disposa les princes à écouter les propositions du roi.
On nomma de part et d*autre des commissaires , et on ouvrit des conférences. Dès-lors le bien public devint ouvertement l'intérêt particulier. Après d'assez longues contestations, le roi conclut deux traités séparés : celui de Ccn/lanSy avec le comte de Gharolais seul (5 octobre); et celui de Saint'- Maur, avec les autres princes ligués (29 octobre). Par le traité de Gonflans, le roi abandonna au comte les villes de la Somme, avec faculté de rachat pour 200,000 écus d'or; et sans restriction, les comtés de Guines , de Boulogne, de Péronne et de Mont-Didier. Par le traité de Saint-^Maur, il accorda à son firère la Normandie pour apanage. Les autres confédérés obtinrent des avantages plus ou moins ccmsidé-. rables en argent ou en territoire. Enfin , le comte de Saint- Pol , favori du comte de Gharolais , eut Fépée de connétable et 36,ooo livres de pension. On parla ensuite vaguement du bien public. Sous prétexte d'y pourvoir, une assemblée de trente-six notables se tint à Paris en 1466; mais elle ne décida rien; et le peuple, loin d'être soulagé par quelque réforme salutaire, fut encore foulé , pour satisfaire l'avidité de ses prétendus protecteurs. Aussi , par un juste retour à la vérité , cette ligue fut-elle appelée la ligue du mal public,
SECTION m.
Depuis les traités deConflans et de Saint-Maur jusqu'à la mort du duc de Guienne (1465-1472).
La dernière paix a diminué les revenus de la couronne et augmenté les charges de l'état. Le total des pensions s'éle^ vait, en i465 , à io8,564 livres 5 il monte , en 14^9 à 266,900 livres. Bien plus, parles cessions de territoires faites
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Il8' ABRÉGÉ DE L HISTOIRE GÉNÉRALE
aux princes liguée > la France se troure désomlais oli^erfé de toutes parts , etexposée aux inTasions des Bourguignons, des Bretons et des Anglais. La Normandie abandohnée au duc de Berri , Paris est presque TiHe frontière. Louis XI n'avait pu signer de bonne foi un traité si onéreux ; il y avait souscrit pour diviser la ligue ; mais dès-lbrs il se proposait de le rompre. Des mésintelligences survenues entré le duc de Bretagne et le nouveau duc de Normandie, lui fournissent l'occasion qu'il attendait^ En môme temps qu'il trompe le duc de Bretagne pst des démonstrations amicales et par la confirmation dé |>lusieurs privilèges avantageux , il entre en Norktiàndie, et investit Rouen avec une armée. Monsieur (on commençait à appeler ainsi le frère du roi ) , n'ayant pu obtenir de secours du comte de Charolais^ occupé à faire la guerre aux villes révoltées de Dînant et de Liégey veut se rapprocher du duc de Bretagne ; mais il est trop tard. Le duc ne prend point îfes armes en sa faveur, et se contehte de lui donner asyle datis ses états. Louis XI achève pnjmplettient la conquête de la Normandie, et cette-importante province est rattachée à là (couronne quelque semaines après eli avoir été séparée;
Cependant le roi voyait avec inquiétude que son fi^re restât, dt^tilme un instrument toujours prêt, entre les mains des enneknis de l'état. Il ent bientôt d'autres sujets d'alarmes. Le duc de Bourgogne mourut le i5 juin 1467 , après un règne de cinquante années. Le comte de Charolais , si fameux ^ous le nom de Charies-le-Téméraire ou le Terrible , succéda à Philippe-le-Bon. Le génie remuant du nouveau duc interdisait au roi l'espoir d'une paix durable ; et les causes de rup* ture ne devaient pas manquer entre deux princes puissans, dès loiig-temp^ jaloux l'un de l'autre. Pour ôter du moins à ses ennemis le prétexte qu'ils pouvaient trouver dans la retraite de Monsieur, et dans l'espèce de persécution à laquelle il était en buAe^ Louis Xi résolut de fedte régler t>^ les étàte l'apanage de ion frère. L'asseniblée de Totirs (1468) > docUô aux ordres du s6uverain i (kiinnie toutes celles qui se tinreht sous ce règne ^ et.co»éidéraBt d aflleUrs l'ii^érêlttei
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DUS TJUIIP& MODSilNES. II9
entendu du royaume y déclara que la Normandie était inséparablement unie et annexée à la couronne ; que le roi pouvait s en tenir à la déclaration de Charles Y , qui fixait à ia,ooo livres de rente en f(»ids de terre lapanage des fils de France ; mais que sa majesté ayant offert à Charles , son frère , jusqu'à 6o>ooo livres de rente , elle serait suppliée de mettre la clause que ce serait sans tirer à conséquerwe^ de peur d'accoutumer les enfans du roi à des apanages qui épuiseraient les revenus de l'état. Lie duc de Bretagne s'était emparé ^ au nom de Monsieur, de quelques places de la Normandie ; il en fut blâmé , <x>mme d'une entreprise très-criminelle ; et si ces deux princes osaient recommencer les hostilités , le roi fut exhorté à procéder contre eux. Cette déclaration^ suggérée aux états par le monarque y présageait une rupture pror chaîne. Le duc de Bretagne , loin de paraîti*e la craindre ^ l'avait d^ provoquée par se& agressions y et s'y préparait par un traité de commerce et de ligue offensive et défensive avec le$ Anglais contre la France, Dans le même temps , le duc de Bourgogne épousait Marguerite d'Yorck , sœur du roi d'Angleterre* Ainsi y les ennemis de Louis XI resserraient leur alliance , et ce prince semblait menacé des efforts d'une ligue nouvelle. Mais la présence d'Edouard lY était nécessaire dans ses états agUés de troubles dangereux. Les Liégeois occupaient encore les armesdu duc de Bourgogne. Une piompte invasion du roi effiraya le duc de Bre^igne : il demanda à traiter y et ûgna la paix à Ancenis. Les principales conditions étaient que Tapanage de Charles de France serait réglé dans l'espace d'un an , et qu'en attendant, le roi paierait à ce prince une pension de 60,000 livres. Monsieur refusa d'accéder au traité y et continua de demeurer en Bretagne.
Le duc Charies , en apprenant l'invasion de cette province y avait fait une trêve avec les Liégeois pour marcher contre le roi. Louis XI l'invita à imiter le duc de Bretagne , et à terminer leurs différends par un traité. On ouvrit des conférences qui traîn^ent en longueur. Le comte de Dammartin y qui était rentré en, gr&e^ auprès du roi^ ^tait d'avis de tran-, dier lA difficultés par. l'attaque du camp ennemi ; mais le
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ItlO ABRÉGÉ DE L HISTOIRE GENERALE
cardinal Balue , qui s'était élevé par Tintrigue , et qui avait usurpé la confiance de Louis XI, lui conseilla de poursuivre la négociation , et de proposer au duc une entrevue , où ils traiteraient en personne. Louis XI se croyait un profond politique , et n aimait pas à commettre au sort des armes ce qu'il attendait des négociations. Balue lui persuada facilement que tout Favantage , dans cette conférence , serait de son coté , et que le duc de Bourgogne ne pouvait lutter contre la supériorité de son génie. Peronne , ville dépendante de Charles , fut choisie pour le heu de l'entrevue. Le roi s'y rendit, accompagné d'une faible escorte , après avoir reçu un saufconduit, et laissé le commandement de son armée au comte dé Dammartin. Avant que cette conférence fftt convenue, il avait envoyé des députés vers les Liégeois pour les exciter à rompre la trêve, si le duc de Bourgogne attaquait la France. Depuis, il avait mandé à ses agens d'ajourner leurs démarches jmais il était trop tard. A peine le roi était-il entré dans Péronne , qu'on apprit que les Liégeois , soulevés par des émissaires français , venaient de surprendre la ville de ïongres. A cette nouvelle, le duc , transporté de fureur , éclata en menaces terribles contre le roi, qui , gardé à vue dans le château de Péronne, y fut trois jours en proie à de mortelles inquiétudes. Il se rappelait le sang de Jean-sans-Peur versé au pont de Montereaii j il avait devant les yeux la tour fameuse ou Herbert, comte de Vermandois , avait autrefois enfermé et fait périr Charles-le-Simple. Plein de souvenirs et d'idées sinistres, il détestait sa fatale imprudence, mais ne s'abandonnait point dans le danger. Son or , adroitement répandu , disposa en sa faveur ceux qui avaient du crédit sur l'esprit du duc , et entre autres le célèbre Philippe de Comines. Leurs insinuations, plutôt que leurs remontrances^ fléchirent ses résolutions violentes , et le roi racheta sa vie ou sa hberté par un traité ignominieux. Tous les articles des traités HArras et de Conftans furent confirmés ou rappelés dans celui de Péronne : il y fut convenu que Charles , frèrç du. roi , remettrait le duché de Normandie, et recevrait pour^ apanage les provinces de Brie, et de Champagne. Enfin, il y
DES TSM9S MODEKKES. ISI
était stipulé que Louk XI accompagbearail le duc. à la ^erre coulée les liégeois ^ et qu^il serait témoui de leur destruction*
Entre les grandes villes de Belgique et de Flandre qui, fières de leur population et de leur opulence, se montraient souvent indodles au frein de Fautcurité souv^^^e , Uége était surtout signalée par son esprit d'indépendance. Louis de Bourbon, évéque de cette ville, tenait par sa mère à la maison de Bourgogne : il était neveu du duc Philippe-le-Bon, et lui devait son siège. Chassé par les Liégeois révoltés , ce prélat avait eu recours'à la protection de son oncle. Telle avait été la première origine de la guerre entre les Liégeois et leurs ducs. D'autres causes provoquèrent encore le ressentiment des princes bourguignons. Pendant la guerre du bien public y les Liégeois s'alKèrent à Louis XI , et ravagèrent le Hainaut. Depuis cette guerre, les instigations de la France les poussèrent incessamment à la révolte. Le traité de Pé-r ronne armant contre eux le bras qui jusque-là les avait sou* tenus, ils furent réduits à leurs propres forces. Après ime résistance désespérée , ils succombèrent dans une lutté trop inégale : Liège ftit emportée d'assaut, tous les babitans noyés ou massacrés, sans distinction d'^^ ni de sexe; et l'incendie de la ville succéda à ce vaste carnage.
La vengeance du duc étant sati^aite, il congédia le roi , qui, d<e retour dans son royaume, allacacber sa honte au château d'Âmboise. On dit qu'il évita de passer par I^ris , craignant les railleries des babitans. L'histoire m^ne na pas dédaigné de consigner dans ses fastes l'indiscrétion et le cbâ* timent de ces oiseaux causeurs que la malignité pariûenne avait instruits à répéter le nom de Péronne. Au moment de marcher contre les Liégeois , il avait écrit au comte deDammartin' une lettre pressant^, pour lui ordonner de liceticiet* ses troupes. Dammartin, pensant, avec raison, que cet ordre était dicté par le duc de Bourgogne, avait osé le négliger, et retenir l'armée sous le drapeau^ fermeté qui peut-être sauva le i-oL Louis XI remercia ce zélé serviteur, et le récompensa de sa désobâssance. Mais le cardinal Balue , qui l'avait entraîné à Péronne, était l'objet de ses défiances. Il ne pouvait
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123 ABR^GB OB LHISTOUIB GBNERALB
lui pardonner àe Yttvokt induit à une ^lëiiuurche dont le résultat le oouin^t de conf uâon ^ et il le cro]^t d intdligenc^ aTec fe duo de Bourgogne. L'avenir justifia ses soupçons, et devoihi la p^^fidie du oardinal. Le traité de Péronne portait que Monsieur aurait pour apanage la Champagne et la Brie; mais le roi, considérant que ces pronncei^ étaient trop voisines de la Bourgogne, proposait à son finère de recevoir la Gruienile en échange, et le prince n'était pas éloigné dy ccmsentir; Balue , craignant de perdre ces avantages que les pas* siôns des princes donnent aux courtisans qui savent se rendre nécessaires, écrivit au duc de Bourgbgnepour Fexciterà empdchar la réconciliation des deux frères. Mais la trahison fut découverte. Le roi fit conduire Balue au chl^teau de Tours (1469) , et une commission instruisit son procès. Par égard pour son caractère sacré , et pour les remontrances de la cour de Rome , on lui épargna la peine capitale : il fut enfermé dans une cage de fer. Après douze années de c^e crudle détention , il recouvra sa, liberté et même une partie de ses bénéfices»
L'année qui précéda sa condamnation, un personnage peut-être moins criminel subit un sort plus rigoureux. Charles de Meluriy d'une ancienne et illu^re famiÛe, avaU gagné la Êiveur du roi par les agrémens de son esprit. Il )Bivait été gouverneur de Paris et lieutenant-général du royaume pendant la guerre dii bien public. Lors du siège de Paris , il ataîttenu une conduite équivoque, et, devenu suspect à Louis XI, il avait perdu ses dignités. Dans le temps de sa ptospérité, il avait obtenu la plus grande partie des biens confisqués' sur le comte de Danonartin. Ce seigneur, étant rentt'iesi grâce, ne ménagea point un ennemi malheureux. Il confira la perte de l'imcien favori, et sollicita son jug)^mèntw Les soiipçons que Mehm avait excités , fortifiés par de nouveaux indk«s , servirem de fondanent aux accusations les filus graves. Condanuié à mort, comme coupable de tx»,-^ hisoBi û reçut le coup Êrtal ai protestanl de son innocence^ Balue, qui lui devait sa fortune , fut fun des àUteurs de sa
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B£S TBMPS MODERNES. ta3
Tandis que ee prélat expiait dans les chaînes son ingratitude envers son. protecteur et sa perfidie enyelrs son prince ^ un heureux accommodem^t reconciliait le roi avecâon frère» Monsieur reçut la Guienné pour apanage» Ce prince était à cekte époque lliéritier présomptif de la couronne» Le roi n'ayant pcnnt encore d'aafans mâks , il songea enfin à pro-^ curer à son frère un établissonent digne de sa naissance» Marie de Bourgogne, fille unique de Charles-le-Téméraire ^ était k plus ridbe héritière de l'Europe^ mais le père de cette princesse eraignsût autant de se dotiner un gendre, quel ' qu il fàt , que Louis XI eût redouté de voir dans son frère i factieux, inconstant et jaloux, le gendre du duc deBour^ gogne4 En conséquence , il demanda, pour leducde Guienne^ à Henri IV , roi de Gastille, la main de sa sœur IsabdUk* Mais Tinfante , qui avait déjà des engagemens solennds^ avec Fer-» dinand d^Aragon , se hâta de les rendre irrévocables par un hymen secj^et.
Louis XI était passé on Giûenne^ dans le double but de suivre de plus près la négociation avec le roî de GastUle ^ et de châtier plusieurs seigneurs, qui, loin de la présence du souverain ^ affectaient Tindépendance ^ et tyrannisaient la contrée» Le plus puissant et le plus coupable était cec<Mnte diJlnna^ruic qui ^ condamné sous Charles VU , et réhalnlité par Louis XI , n en était pas moins entré dans la ligue du bienpuhUe. Il avait participé, comme tous ses confédérés^ aux avantages duuaité de Saint-Maur; mais, inoa^able de jouir en paix d* une des plus brillantes fortunes du royaume^ il avait tourné contre les peuples les armes qu'il ne portait plus contre son prince. Il entretenait quinie cents gendarmes^ avec lesquds il désolait le Languedoc^ et se livrait à tous le»^ excès. A l'approche d'une année envoyée contre lui , soua le commandement de Pammartin , il ei'enfuit en Espagne. Le parlement le dédara criminel de lèse'^piaje^té i avec confiscation de cc^ps et de ^biep^ Le duc de Nemours ^ com|dice de se$ violences et de ses rébeUioois, fut fr^pé d'un attât semblaUei maia Danmo^r^u jb^ercéia pour lui , et le roi lui &% gricew,
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ia4 ABRÉGÂ DB t HISTOIRE GlâirÉlLàLE
La même année , Louis XI exécuta le dessin qu*il avait conçu depuis long-temps de fonner un ordre de cheTalerie , et prit'pour patron SainUMicheL L'ordre de Y Etoile^ fqnàé par le roi Jean , avait été prodigué dès l'origine , et était tombé dans le mépris. Le nouvel ordre ne se composa que de trentesix chevaliers. Par les statuts, ils s'engageaient à obéir au chef de Tordre , qui devait toujours être le roi de France , à ne contracter, sans son aveu, aucune liaison entre eux, ni avec les princes étrangers, etc. Le roi l'envoya au duc de Bretagne ; mais ce prince le refusa , sous prétexte que plusieurs des obligations exprimées dans les statuts fondamentaux étaient incompatibles avec ses prérogatives de souverain. Louis XI, offensé de ses refus, se prépara à l'en punir. Le duc conjura l'orage en signant la convention à' Angers^ par laquelle il s'engageait à renoncer à toute alliance contraire à la tranquillité du royaume. Mais la mauvaise foi de ces princes se jouait de tous les sermens : à Angers, le duc de Bretagne jurait au roi fidéliti , et dans le même temps il renouvelait avec le duc de Bourgogne un ancien traité de ligue ofifensive et défensive contre la France.
Louis XI et Charles-le-T^méraire souf&aient de demeurer en paix. Le traité de Péronne , loin de diminuer leur haine mutuelle, l'avait augmentée. Le roi ne se rappelait jamais sans honte et sans courroux l'humiliation où il avait été réduit par son vassal , et Charles regrettait de s'être borné à l'humilier. Leur inimitié, quelque temps gênée par des conventions trop récentes , se montra dans la part différente qu'ils prirent aux discordes de l'Angleterre. Loub XI soutenait les Lancastres, et Charles protégeait les Yorck; mais ces efforts divers, en faveur d'une cause étrangère , attestaient leur ressentiment sans le satisfaire ; et leurs griefs particuliers , que chaque jour envenimait et multipliait, devaient bientôt les armer pour leur propre cause et pour leur vengeance personnelle. Le roi, avant de rompre ouvertement ,* convoqua à Tours une nombreuse assemblée deprinces , de grands c^ders , de notables de tous les ordres (i47o) i q^ annula le traité de Péronne, comme arraché par la violence , déclara le duc de Bourgogne atteint
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BSS TBMPS MODEHni. 1^5
et convaincu du crime dé lèse-majeatë) et renvoya Tinstruction de son procès au parlenfent de Paris, représentant la cour des pairs. Le parlement députa un de ses huissiers pour ajourner le duc en personne dans la ville de Gand , où il fusait alors sa résidence. Charles, furieux, fit charger de fers Fambassadeur, et quelques jours après le renvoya sans ré* ponse. La guerre fut ainsi déclarée. On était au milieu de l'hiver : le due ne s'attendait pas à être attaqué avant le printemps ; mais le roi se hâta d'entrer en campagne. Il se flattait d'un prompt succès, crojrant avoir des intcJligences* dans les états de son ennemi , par le moyen du comte de SairO-Pol. Ce seigneur, vassal et parent du duc de Bourgogne, était au service du roi de France depuis le traité de Saint-Maur, qui lui avait valu Tépée de connétable. Issu de la maison impériale de Luxembourg , et dévoré d'une ardente ambition qui lui semblait autorisée par la noblesse de sa naissance, il souhaitait passionnément de s'élever au rang de prince indépendant. En attendant l'heureuse occasion de rédiser ses rêves de grandeur, il se ménageait , à Vinsu l'un de l'autre, entre son anciai et son nouveau maître. Il relevait , auprès de chacun d'eux , ses mérites et son importance ; mais , en effet , il les abusait tous les deux, et ne s'occupait que de ses intérêts. Depuis les négodations avec le roi de Castille , la naissance d'un héritier du trône avait détruit les espérances du duc de Gmehne ; il lui fallait une grande aUiance pour le dédommager de la perte d'une couronne. La main de Marie de Bourgogne eût comblé ses vœux ; mais Tombrageuse poUtique de Louis XI lui défendait de prétendre à cette union , etie duc, qui la lui promettait secrètement, parjure d'avance à ses promesses, ne l'offrait à sa crédulité que comme un appât trompeur pour l'entraîner de nouveau à la révolte. Saint-Pol , fondant sur la reconnaissance du duc de Guienne l'édifice imaginaire de sa fortune , entreprit de lui donner pour épouse Marie de Bourgogne, malgré son père et malgré le roi. Il lui conseilla de^se joindre à Louis XI dans la guerre qail méditait contre le duc , de se porter ensuite conune «édiateur , et de demander la main de la princesse. Tel était le plap arrêté
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1^6 ABREgAToS LflfSTOIRfi ^NERALB
entre le prince et le oonnëtabie, quand les hostiHtës éelbtèrent. Elles eommenoèrent par k reddition de Saiîà-QuenUn, qui ottyrit ses portes à Saint-Pol , et par cdie dk Amiens , qui traita avec le eomte de Dammartin. Le duc de fioai^ogne , avec une^armëé rassemblée à la hâte et mal pourvue , vint camper entre le gros de Tannée royale et les garnisons qui occupaient les deux villes prises. Louis XI , évilant une affaire générale , s'attacha à resserrer ^ à afFamer Fennemi qall réduisit bientôt à Textrémité. Dans cette position crîttqne , le due recevait de secrets messages du camjp du roi. Monsieur lui émvait : Ne vous é<mciez , vous troui^rez des amis. Saint-Pol hii faisait également passer des avis ^ et lui consullait de donner sa fille au duo de Guienne. Il soupçonna une intrigue, et communiqua au roi ses conjectures, en Itd desnandant une suspension d'armes (1471). Ils signèrent une trêve de trxûs mois, tous deux indignés d'être le jouet de l'ambition subaheme du, connétable, et se promettant de punir tôt ou tard son audacew
Les ennemis du roi employèrent la trêve à former une ligue nouvelle. Edouard IV, Charles -le-Téméraire, Nicolas , duc de Lorraine , le duc de Bretagne, de vaient attaquer le royaiune ik tous côtés. Le duc de Guienne avait promis de se dédarer pour eux. Un de ces agens, que Louis XI entr^enait dans les cours étrangères , en bax instruit par hasard, et l'avertit du danger qui le menaçait. Le roi eut recours aux i|égaeia^ tions, son moyen ordinaire, pour désarmer .ou diviser les confédérés. Un événaaoent inatt^idu.vint à son seeours, et retarda Texplosion générale.
SECTION IV
Sfi^mis la mort du doc de Guienne jusqu'à k mort de .C^arks^ie* Téméraire { i45^- 14773 •
La petite cour du due de Guienne était «ixmbléô par h tî^ valité de ladatnedeMontsoreau ^ sumattresse, et deLescun, »on làimstie , qui avait abimd<mné tedne de Bretaj^ pour
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DBS TBMPS MODBRVES. 12^
passer au 8«*?ioe de Cbarles de Framte. T^as ks paûjel» de Lescan ^ qui gouremait sonmaiti^ , avaient pour but le manage du duo arec fheritière de Bdufgo|;iie ; teus les efifotts de la £ïTorite tendaient à empêcher une alliance «pi'clle redoutait ^ etfi prévenir une défection dont la main de Marie devait être la récompensée Cependant Lescun Teiiqiortait /et déjà lar Guienne retentissait du brait des armes, lors<jii'oi| i^prit que la dame de Momsoreatv touchait à sa dernière heure , et <fue le duc était dangereusement malade. On a toujours cru qu*ils^furent enq>oîsonnés Tun et lautre par le ntoyen d'une fèÂe préparée à cet effet , et que lesauteuns du crime Aurent Jean de Yersols, abbé de Saint «-Jean -d'Aojgefy, et un offîcier de la bouche du duc , noimné Henri de La Rodie {i472). Du moins Lescun les arrêta comme coupables, et les <5onduisit en Bretagne potn* leur infliger le cfaàtitiiMt du crime qu'il leur imputait* Le roi envoya dans cette provkiee des coHvniâsaires , et l'oncommença des procédures. Dacndis qu'on instruisait le procès, on publia que l'abbé de âaitit- Jean-d'Angdy Vétaît étranglé dans sa piiaon , et l'on ne parla plus de Henri de La Roche, ^dont le sort est resl% inconnu, fiait qu'en e£Eat l'aUïe de^Saint-Jean-d'Angeiy se scàt puni Jiii''mênie de son forfait, soit que les vériûibles autours an oriflM aient prévenu , par sa mort et celle de son complice , des révélations redoutables, l'obscurité dont cette aflEiôreest -enveloppée laissa le chsRnp Wbte aux oonjectnrres, et peut- -être à û calomnie. Quelques-uns voilent que Lescun ait inuripiné ee moyen de se délivrer d'une rivale odieuse , ne prévoyant pas que le prince dût partager le fruit «nspoisoané. D'autres ne cr»gnent pas d^imputer an roi un fratridde. Ils allèguent ^pxe la inort de son £rère Taffirandiissait de beaucomp d'inquiétudes, lui rendait «ne gtnndeprovinca, et -que le duo de Bourgogne Fen acoisa kawuememt da«s ses manifcstes; •mais il a pu profiler du crime sans te ocmnnettre, et les violentes dédamatipns d'un ennemi ne eont -pas des pièces de-cmmtion. Cet 'enra^mi était alprs d'autant plus uriré , et devak étf^ d'autant plus injuste^ que , durant la longue agonie qui pvécëda le tn^pl» du duc de Guienne, le roi avait
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ia6 ABRÉGÉ DE XHISTOIRE GÉNÉRALE
amusé le duc de Bourgogne par des négociations feuidixleuses qu'il rompit et qu'il désavoua dès que Monsieur, eut rendu le dernier soupir, et que la Guienne fut rentrée sous là domi* nation royale. Charles , aveuglé par la colère , et ne gardant plus de mesures, lança un manifeste , où il accusait Louis XI d'avoir fait périr son frère par poisons y maléfices, sortilèges .et iiwocations diaholi(pies; l'appelait homicide, crinnnd de lèse-majesté envers la oouronne, les princes et la chose publique, trakre , parricide et idolâtre, et invitait tous les souversâns delà chrétienté à unir leurs armes contre cet «nnemi du genre humain. La haine qui respire dans ces imputations annonçait une guerre furieuse. Le, duc. entra en Picardie, mutant tout à feu et à sang. Sétant emparé de la ville de Nesle^ il fit pendre le commandant, égorger la plupart des habitans, et couper le poing à ceux à qui on laissa la vie. Il livra ensuite la ville aux flammes , et , la regardant brûler avec une tranquillité barbare : « Tel est le fruit , disait41 , que porte » rarf>re de la guerre, v Cependant Beaui^ais arrêta et confondît sa rage. Un assaut général avait répandu la terreur parmi les assiégés : déjà ils fuyaient de toutes parts ; déjà l'étendard du duc de Bourgogne était arboré sur la brèche : une lenmie intrépide , Jeanne Hacliette^ osa l'arracher. Les autres femmes imitèrent son courage , et repoussèrent l'ennemi. Le roi récompensa leur héroïsme par l'établissement d*une proces»on annuelle, où ellesauraient le pas sur les hommes. Charles , vaincu à Beauvais par des f^nmes, se vengea sur le pays de Caux : il prit Eu et Saint -Valéry , échoua devant Dieppe et devant Rouen, rentra en Picardie, et s'étant retiré à Abbeville , il accepta une trêve que le roi lui offrit.
(i 473.) Louis XI profita de la trêve pour punir deux grands coupables. Leducd'^Z^/tfo/i^ enfermé au cMteau de Loches, sous Charles YU ^ mis en liberté par Louis XJ , et néanmoins ardent promoteur de la ligue du bien public , et d^uis vendu secrkement au duc de Bourgogne, fut arrété.'par ordre du roi , et condamné à mort pai' le parlement,. Le joi conùnua sa peine en une réclusion perpétuelle :iil mourut en prision au bout de deux ans. I^e comte di Armagnac , dont la vie n'était
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qu une suite de crimes j avait osé rentrer en France , et s tétait emparé de Lectoure par trahison. Il y fiit assiégé , et périt au sac de cette ville.
Jean II , roi d'Aragon , avait repris le Roussillon et la Cer^ dagne ^ pendant que le roi était en guerre avec le duc de Bourgogne. Eu 147^ 9 Louis XI fit marcher une armée qui mit le siège devant Perpignan. JeanU offrit alors de remettre au roi les provinces contestées , s'il ne payait dans un an les 3oo,ooo écus dont elles devaient garantir ou représenter le remboursement. La proposition fut agréée, et les Français se retirèrent. Le roi d'Aragon ayant manqué à sa parole ^ Louis XI envoya, en 1475, une nouvelle armée qui s'empara des deux pirovinces.
Sans doute Charles-le-Téméraire eût troublé les conquêtes de Louis XI, si des projets d'agrandissement ne l'eussent occupé lui-même du côté de l'Allemagne.
Adolphe de Gueidres retenait prisonnier depuis quelques années le duc Arnoul son père. Arnoul s'était souvent plaint au pape et à l'empereur de l'inhumanité d'un fils dénaturé. Sixte rV et Frédéric III déférèrent enfin au duc de Bourgogne le jugement de cette afiEsdre. Charles prononça d'abord en faveur d'Adolphe. Il lui adjugeait le duché de Gueidres et le comté de Zutphen, et ne laissait au père que Grave, avec une pension de six mille Uvres. Une telle sentence méritait de faire un ingrat. Adolphe, qui ne voulait point de partage, déclara que, plutôt que d'y souscrire, il aimerait mieux jeter son père dans un puits, et s'y précipiter après lui. Le duc de Bourgogne, irrité de cette réponse, le fit enfermer au château de Courtrai ; et, pour lui ôter toute espérance, il acheta les états d' Arnoul moyennant 92,000 florins. Arnoul mourut cinq ans après, ayant déshérité son indigne fils, et confirmé la vente de ses domaines, que Charles ajouta (i473) aux vastes états qu'il avait reçus de son père. Peu de princes l'égalaient en puissance; il ne lui manquait que le titre de roi. Il ne pouvait s'en décorer lui-même, sans exciter les réclamations des autres souverains^ et sails rompre le lien féodal qui l'attachait à la couronne de France. Il entreprit de l'obtenir I. 9
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d'un prince dont la puissance réelle n^était point comparable à celle du duc de Bourgogne, mais qui tirait de son rang et de l'opinion un lustre et des prérogatives supérieures à celles de tous les rois. Les empereurs allemands, en qualité de successeurs des Césars , se prétendaient en droit de disposer des couronnes ; et si leur faiblesse leur interdisait le pouvoir de ravir, des diadèmes, leur orgueil aspirait encore au privilège den donner. L'empereur Frédéric III promit à Charles-le- Témérairé le titre de roi, à condition que son fils Maximilûen épouserait Marie de Bourgogne. Pour traiter ces grands in* térêts, l'empereur et le du<! se rendirent à Trèi^es^ où se tint une assemblée de princes. Charles demandait que Frédéric lui conférât les titres de roi et de vicaire-général de l'empire. L'empereur exigeait préalablement pour son fils la main de l'hériti^e de Bourgogne. Aucun ne voulut s'engager le premier, et ils se séparèrent en se donnant des marques d'amitié qui couvraient mal leur mécontentement.
Charles, persistant dans ses projets du côté de l'Allemagne, et craignant que le roi n'y mit obstacle, résolut de lui sus-^ citer un ennemi capable de l'occuper en France. Il fit avec Edouard IV une ligue offensive et défensive ( i474)j P^^ ^^ quelle ils convinrent de s'unir pour détrôner Louis XI. Après la conquête du royaume, le roi d'Angleterre devait céder au duc de Bourgogne la Champagne , le duché de Bar, le comté de Nevers, et les villes.de la Somme en pleine souveraineté. On assurait le Poitou au duc de Bretagne , s'il entrait dans la confédération. On promettait d'agrandir les domaines du connétable, s'il livrait la ville de Saint-Quentin, dont il avait pris possession l'année précédente, sous prétexte d'empêcher le duc de Bourgogne de s'en emparer, mais en effet pour s'y rendre indépendant. Enfin , on comptait sur le roi d'Aragon, à cause de ses différends avec Louis XI au sujet du RoussiUon et de la Cerdagne. Le roi , instruit de ce complot , rechercha l'alliance des Suisses pour les opposer à son rival.
Le duc Sigismond d'Autriche avait engagé le comté de Ferette au duc de Bourgogne. •Celui-ci y mit pour gouverneur Hagembach, homme avare et cruel , dont le» vexations
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s'étendirent jusque sur les Suisses voisins de son gouvernement. Les cantons se plaignirent, mais le duc négligea leurs remontrances. Louis , jugeant que le duc de Bourgogne méprisait trop ces républicains ; et que leur amitié était plus importante qu elle ne l'avait paru à ce prince , entreprit de les armer contre la Bourgogne, et de les attacher à la France. Il termina d'anciens démêlés qu'ils avaient avec le duc d'Autriche, auquel il prêta 100,000 florins pour racheter le comté de Ferette. En même temps il fit avec les cantons un traité d'alliance qui a servi de modèle à tous ceux qui l'ont suivi , et par lequel il s'engageait à payer aux Suisses une pension annuelle de ao,ooo florins du Bliin. Strasbourg, Colmar, Schélestat , Mulhausen et plusieurs autres villes entrèrent dans la ligue; les peuples du comté de Ferette retournèrent à leur ancien maître. Hagembach fut arrêté et conduit à Brisach , où il eut la tête tranchée , et les Suisses se jetèrent sur la Bourgogne.
. Cependant le duc de Bourgogne était arrêté sur les bords du Rhin par une imprudente entreprise qui fit échouer tous ses desseins. Robert de Bavière, électeur de Cologne, étant en guerre avec son chapitre et la noblesse de son électorat, implora le secours de Charles, qui, toujours avide de combats, se mit à la tête d'une puissante armée, et vint assiéger Nuits, où s'était enfermé le landgrave de Hesse , nommé par les rebelles administrateur de Télectorat. Le landgrave fit une vigoureuse résistance; et, après un siège de dix mois, qui avait ruiné son armée, le duc fut forcé à la retraite. Tandis qu'il était devant Nuits, René II y duc.de Lorraine ^ lui envoya déclarer la guerre.
Jean d'Anjou, duc de Lorraine, était mort en 1470. Son fils Nicolas, qui lui succéda, mourut trois ans après sans postérité. Sa succession revenait au roi René , son aïeul , qui s'était démis du duché de Lorraine en faveur de Jean d'Anjou. Mais l'âge avancé de René faisant craindre prochainement un nouvel interrègne, on résolut de garantir la tranquillité de la Lorraine par un choix plus durable. Yolande, fille aînée du vieux roi , avait épousé le comte de Vaudemont; elle en
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avait un fils nommé René y comme son aïeul. Les Lorrains jetèrent les yeux sur ce jeune prince nourri et élevé au milieu cTeux ,• et pour mieux lui assurer l'héritage de Nicolas, Yolande y renonça en faveur de son fils, ne se réservant que le titre et lautorité de régente. Le duc de Bourgogne, invité par la circonstance, essaya de s'emparer delà Lorraine (i473) : il* fit enlever le jeune duc, et sapprocha des frontières de ses états. La régente eut recours à Louis XL C'était le temps où Charles cherchait à obtenir de Frédéric III l'érection du duché de Bourgogne en royaume. Louis XI fit arrêter un seigneur allemand, proche parent de l'empereur, et attacha sa délivrance à celle du duc de Lorraine. René fiit mis en Kberté. En 14^5 , excité par le roi de France et par ses propres ressenlimens, voyant le duc de Bourgogne engagé dans une expédition téméraire, il le fit défier par un héraut, et entra dans le Luxembourg. Le fier Bourguignon, indigné de l'audace d'un enfant qui provoquait son courroux, et semblait insulter à ses disgrâces , ne songea plus qu'à en tirer vengeance , et perdit de vue les engagemens qu il avait pris avec le roi d'Angleterre.
Cependant Edouard IV, ayant assemblé des forces redoutables , envoya sommer Louis XI de lui rendre le royaume de France. Le roi reçut de sang-froid et sans émotion apparente cette insolente proposition , montra des sentimens pacifiques, sans témoigner aucune crainte de la guerre, mit le héraut dans ses intérêts par des présens, et apprit par ses confidences que tous les conseillers d'Edouard n'approuvaient pas la rupture avec la France , et que les lords Howard et Stanley, qui avaient du crédit sur son esprit, et qui l'accompagneraient dans l'expédition , étaient partisans de la paix. Tout ce qui se passa sur le continent devait y disposer Edouard. Ce prince, ayant débarqué à Calais, s'attendait à trouver le duc de Bourgogne à la tête de ses troupes, et prêt à se joindre à lui contre Louis XI, Son étonnement fut extrême, lorsqu'il vit le duc arriver avec les faibles débris d'une armée détruite. Edouard éclata en reproches; Charles promit, pour lapaiser, de lui livrer bientôt Saint-Quentin, où il avait
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des intelligences avec le connétable. Le roi, dans cette confiance , fit marcher un détachement pour entrer dans la place,* mais Saint-Pol ordonna de tirer sur les Anglais. Ils se retirèrent plus mécontens que jamais du duc de Bourgogne, qui , de son côté, les quitta brusquement pour aller faire la guerre au duc de Lorraine. Edouard , trompé dans son attente, prêta l'oreille aux offres de Louis XI, qui lui fit proposer la paix. Les lords Howard et Stanley, gagnés par les largesses du roi de France, appuyèrent ses propositions. On conclut un traité À Pficquigny, près d'Amiens, par lequel Louis s'obligeait à payar tous les ans 5 0,000 écus à Edouard* Par deux autres actes séparés, on stipula la délivrance de Marguerite d'Anjou , moyennant une forte rançon, et le mariage du dauphin Charles avec Elisabeth, fille d'Edovard. Après ces conventions, les deux rois se virent fan^ilièrei^ent. ]Louis XI marqua aux Anglais une confiapcis eptière , et leur ouvrit les portes d'Amiens , op , pendant quatre jours , ils furent défrayés à ses dépens. Enfin, il distribua aux ministres d'Edouard pour 16,000 écus de pensions, et s'applaudit d'avoir écarté, sans tirer l'épée , le plus grand danger qu'il eût couru depuis la ligue du bien public.
Le connétable dç Saint-Pol, ayant compté que la guerne se prolongerait, et qu'il en profiterait pour sa propre fortune , avait fait tous ses efforts pour prévenir la conclusion de la paix. Lorsqu'il apprit quelle était signée, malgré ses secrètes manœuvres et ses insidieuses tentatives pour troubler la négociation, il ne put contenir son dépit, et^ dans un premier mouvement, il écrivit à Edouard une lettre insultante, où il l'appelait un lâche ^ un homme déshonoré y un pauvre sire. En même temps il félicitait le roi sur le traité , lui vantait sa fidélité, et le conjurait de la mettre à 1 épreuve, en lui permettant d'attaquer les Anglais de concert avec le duc de Bourgogne. Le roi lui répondit que , sincèrement réconcilie avec Edouard , il ne souhaitait point que la paix fût tifoublée , mais qu'il attendait d'autres services du connétable, et qu'au milieu des affaires qui l'accablaient, il aurait grand besoin d'une bonne tête telle que là sienne : barbare équivoque,
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dont Saint-Pol connut trop tôt le véritable sens. En effet, sa tête fut le gage d'une trêve de neuf ans que le roi conclut bientôt après à Soleure avec le duc de Bourgogne. Le duc déclarait par le traité Louis de Luxembourg, connétable de France , traître et perturbateur de TÉtat ; promettait de ne le recevoir jamais a grâce , de mettre tout en œuvre pour se saisir de sa personne, d'en faire justice lui-même, ou de le livrer entre les mains du roi, Saint-Pol, sachant que Louis XI avait juré sa perte, et qu'il s'approchait de Sain^Quentin à la tête de 20,000 hommes, se réfugia à Mons, dont le gouvei^neùr était son ami. Le roi , maître dé Saint-Quentin , envoya sommer le duc de Bourgogne de lui remettre le connétable qui s'était retiré dans ses ét^ts. Le duc, soit pitié, soit retour de tendresse pour un ancien serviteur, soit honte de livrer un suppEaDt, hésita d'abord à tenir sa parole; mais, méditant la conquête de la Lorraine, et ne pouvant se flatter d'un succès facile si le roi de France lui était contraire, après avoir obtenu de ce prince des lettres -patentes, par lesquelles il approuvait ses desseins contre cette province, il lui abandonna le connétable. Saint-Pol fut amené à la Bastille, Sa trahison était avérée. Déclaré criminel de lèse-majesté par sentence du parlement , il eut la tête tranchée devant l'Hôtel-de-Ville, Avant de monter sur l'échafaud , il avait détaché de son cou une pierre à laquelle il attribuait une vertu efficace contre le poison , et avait chargé un cordelier de la remettre à son petit-fils. Cette dernière partie de ses volontés ne fut point exécutée. Le roi, superstitieux et crédule, se réserva cette pierre, comme une précieuse partie de ^e& dépouilles. Il s'empara des domaines que le connétable possédait en France, et céda au duc de Bourgogne les villes de Ham et 4^ Saint*^ Quentin , et les trésors de cet infortuné seigneur.
Tandis que Louis XI satisfaisait sa vengeance contre Sainte Pol , Charles poursuivait en liberté ses projets ambitieux sur la Lorraine. Il en chassa le jeune René , s'empara de Nancf^ sa capitale ; et , dans l'ivresse de ses succès , il forma les plus vastes desseins. Ânnibal était son héros ; il prétendait, comme lui, franchir les Âlpes, et donner des loi$
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à ritalie ; arbitre ou maître de cette contrée , redescendre en Provence, où le roi René, alors inquiété par Louis XI, promettait de l'adopter pour fils ; passer de Provence en Dau^ phiné, et , joignant ses forces à celles de la maison de Savoie, envelopper Louis XI de tous côtés. Une petite république qu'il méprisait dérangea ce plan de conquêtes. Un marchand suisse passant sur les terres du comte de Romont , allié du duc de Bourgogne , fut pillé par les officiers du comte , sous prétexte qu'il avait fraudé les droits. Les Suisses vengèrent leur 'compatriote , firent la guerre au comte de Romont , et lui enlevèrent une partie de son territoire. Le comte implora la protection de Charles , qui, poussé d'ailleurs par d'anciens ressentimens contre les cantons , embrassa avidement sa querelle. Les Suisses, effrayés, eurent recours à Louis XI, et le sommèrent , en vertu des traités , de leur donner une armée auxiliaire ou des subsides pendant tout le temps de la guerre. Le monarque , embarrassé de leur demande, proposa ce cas de conscience à des docteurs : « Après » la trêve qu'il avait condue avec le duc de Bourgogne y » pouvait-il , sans offenser Dieu et sa conscience , permettre, » souffrir ou tolérer qu'aucuns princes , seigneurs ou com- » munautés lui fissent la guerre ou lui portassent dommage ,, » et jusqu'à quel point pouvait-il les seconder P » Les casuistes lui répondirent : « Qu'attendu la conduite que le duc avait «> toujours tenue envers le roi et le royaume, le duc pouvait » laisser agir les autres princes, et se contenter de ne point » les secourir. » C'est le parti que prit Louis XI. Les Suisses , abandonnés à eux-mêmes, tentèrent de fléchir le duc de Bourgogne : ils lui offrirent de réparer tous les torts dont on se plaignait , de renoncer à l'alliance de tous les princes , même à celle de la France, et de fournir au duc six mille hommes. Enfin , lui représentant la stérilité de leur pays et la pauvreté des habitans : toutes nos richesses, lui dirent-ils, fie valent pas les brides de "vos chevaux et les éperons de "vos ches^a^ liers. Charles resta inexorable. Il eut bientôt lieu de s'en repentir. Ayant attaqué les Suisses dans les défilés de Granson , où il ne pouvait déployer sa cavalerie , il éprouva une déroute
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complète. Son bagage, son artillerie , sa vaisselle et ses trésors tombèrent au pouvoir des vainqueurs. Les Suisses^ dans leur simplicité, ignoraient la valeur d'un si riche butin ; ils prirent la vaisselle d'argent pour de letain, et la vendirent au plus vil prix. Un d'entre eux , ayant trouvé le plus beau diamant du duc , le donna pour un florin à un prêtre, qui le revendit trois livres : il a été depuis le second diamant de la couronne.
]Le vieux roi René, qui était alors allié au duc de Bourgogne , sentit le contre-coup de sa disgrâce. Il avait autrefois offensé le roi , son neveu , en portant le duc Nicolas, son petit-fils , à renoncer à la main d'Anne de France qui lui avait été promise , et à rechercher celle de Marie de Bourgogne. Louis XI, pour punir cet affront, s'était alors emparé de l'Anjou. Il avait occupé le duché de Bar après la mort de Nicolas, sous prétexte d'aller secouiir René de Vaudemont contre le duc Charles. Enfin , il avait demandé à son oncle la moitié de tous les domaines de la maison d'Anjou , comme fils et héritier de Marie , sœur de René, se plaignant que ce prince eût réuni tout l'héritage de sa famille, que Marie , disait-il, aurait dû partager avec lui. Il réclamait, déplus, 200,000 écus donnés à Nicolas pour la dot d'Anne de France qu'il n'avait point épousée, 5o,ooo écus promis à Edouard pour la rançon de la reine Marguerite , et l'intérêt de toutes ces sommes. Enfin , il proposait à René de s'acquitter par la cession absolue de tous ses biens , pour lesquels il recevrait une pension viagère de 60,000 livres. Le ressentiment avait jeté Hené dans le parti du duc de Bourgogne ; il lui avait promis de l'adopter pour fils , et de lui céder, même de son vivant , la propriété de toutes ses provinces. La déroute de Granson rompit toutes les mesures prises à cet effet. Lie roi consulta le parlement sur la conduite de René, et sur celle qu'on devait tenir à son égard. La matière mise en délibération et long-temps discutée , l'avis de la cour fut qu'on pouif ait y en bonne justice , procéder contre le roi de Sicile par prise de corps ; mais qu^ ayant égard à sa parenté açec le roi, à son grand âge, et autres considérations , il detniit être ajourné a
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comparcutre en personne , sur peine de bannissement du royçLume , de confiscation de corps et de biens , etc. René ne pouvant plus compter sur la protection du duc de Bourgogne, entra en accommodement avec le roi, qui lui rendit rAÎijou , à condition qu'après sa mort cette province serait réunie à la couronne.
Ainsi , le duc de Bourgogne perdit , avec la bataille de Granson y Talliance de René et l'espoir de son riche héritage. Sa défaite l'avait plongé dans un sombre chagrin ; il se dérobait 9UX regards , et cachait sa honte dans la solitude. Cette tristesse profonde altéra sa santé ; il tomba malade; mais sa rage était encore plus grande que sa douleur, et il tenait à la vie par le désir de la vengeance. Du fond de sa retraite, il donna ordre aux gouverneurs de ses provinces de lui envoyer de nou- Telles troupes , et bientôt il eut une armée de vingt-cinq mille hommes , avec laquelle il assiégea Morat, ville située sur le lac de ce nom. Dans l'espace de quinze jours , il avait livré trois assauts inutiles , lorsqu'il apprit que les Suisses , avec René de Vaudemont , s'avançaient pour le combattre. Aussitôt , sans considérer qu'ils lui étaient supérieurs en nombre, il courut à leur rencontre, impatient d'engager le combat. Le sort des armes lui fut de nouveau contraire. Ses plus braves ^erriers , ses barons les plus illustres périrent dans cette fatale journée , et lui-même ne s'échappa qu'avec peine, laissant sur la place dix-huit mille Bourguignons. Ce revers le rejeta dans ses noires fureurs. Il garda pendant deux mois une solitude profonde. La rage et le désespoir régnaient dans son âme , et se peignaient dans ses traits. Il laissait croître sa barbe et ses ongles, et ne changeait plus de vêtemens. René de Vaudemont profita de son désordre et de son inaction pour reconquérir la Lorraine. Il excitait cet intérêt qui s'at^ tache à la jeunesse et au malheur. Ses 'sujets, ranimés par sa présence , chassèrent de toutes parts les garnisons bourguignonnes , et il rentra en triomphe dans sa capitale. La nou- ▼dle de cette révolution arracha le duc de Bourgogne à sa sombre léthargie. H rassembla à la hâte tout ce qu'il p\it trouver de soldats dans ses provinces épuisées , et alla investir
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Naïuy. Mais, tonjoursen proieà ses transports mélancoliques, il se tenaitrenfermé dans sa tente, et laissaitle comte de Campo- Basso, un Italien qui avait surpris sa confiance, et qui songeait à le trahir , diriger les opérations du siège. Cependant René, après avoir mis la ville en état de défense , était allé cherdier Ae& secours en Suisse et en Allemagne : il revint à la tête de près /de vingt mille hommes. L*armée bourguignonne, bien infé~ rieure en nombre ^ fut encore affaiblie par la défection de Campo-Basso, etdedeux autres capitaines italiens qui passèrent dans le camp de René i^vec leurs compagnies. Les Suisses et les Allemands refusèrent de recevoir ces traîtres dans leurs rangs, et obligèrent René de les chasser ; mais les transfuges , sans se déconcerter, allèrent prendre un poste avantageux pour couper la retraite aux Bourguignons , et trafiquer ensuite de la délivrance de ceux qui tomberaient entre leurs mains. Charles, après cette défection , n'avait guère que deux mille hommes en état de combattre. On lui conseillait daller se re* trancher sous les murs de Pont-a-Mousson , et d y attendre des renforts : Non y dit*il , en quelque état que lajbrtune rJte jeéduise y on ne me verra jamais fuir detnint un enfani. Le 5 janvier 1477 1 ^ ^^^ de ses lignes et marcha à Fennemi. Onr combattit malgré la rigueur du froid et la neige qui tombait en abondance. Les Bourguignons furent bientôt accablés sous le nombre. Le duc fut tué après des prodiges de valeur. On le trouva mort dans un ruisseau presque glacé, où son cheval s'était engagé. Cki crut du moins le reconnaître , et le duc de Lorraine lui fit de magnifiques obsèques. En s'apjHrc»jchant du Ut funèbre, il ne put retenir ses larmes , et jetant sstu pnort de l'eau bénite : Beau cousin y lui dit*il, Dieu ait votre 4me; vous nous avez fait, mouk de maux et de douleurs^ 9L. Ainsi périt à l'âge de quarante- quatre ans , dit l'historieu » de Louis XI , Charles , dernier duc dé Bourgogne , qui n eut » d'autres vertus que celles d'un soldat. Il fut ambitieux , té- » méraire , sans conduite , sans conseil, ennemi de la paix , » et toujours altéré de sang. Il ruina sa maison par de folles ? entreprises , fit le malheur de ses sujets , et mérita le sien, «
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SECTION V
Depuis la mort deCharlcs-le-Tëméraire jusqu'à la mort de Louis XI., (i477-i483.)
Marie dé Bourgogne , étant Tunique héritière de Charles, une partie de ses états devait retourner à la couronne, faute d'héritiers mâles , selon la loi des apanages. Le roi , sans perdre de temps , envoya de toutes parts des négociateurs et des troupes. La Bourgogne , proprement dite , était incontestablement un fief masculin, et se soumit sans résistance; la plupart des villes de Picardie cédèrent à la force ou se rendirent volontairement; mais la Flandre et Y Artois se déclarèrent pour la princesse. Il était un moyen facile de lever tous les obstacles : c'était de confondre tous les droits par le mariage du dauphin avec Marie. Il est vrai que la princesse avait près de vingt ans , et le dauphin en avait à peine sept. 0^ pouvait stipuler leur union par un traité ; mais la disproportion des âges devait en rejeter Taccomplissement à un avenir assez éloigné. Si Vott négligeait le moment où Marie , effrayée et surprise , se trouvait livrée presque sans défense k la merci de ses ennemis , si on lui laissait le temps de resserrer les liens de ses états prêts à se désunir, et dy affermir son autorité , ne pouvait-il pas arriver que , revenue de sa frayeur , elle se mît en état de violer impunément des promesses arrachées par la contrainte , et qu'elle se choisît un autre époux? Sans doute, cette crainte , au moins spécieuse , plutôt qu'une haine aveugle contre la maison de Bourgogne, empêcha Louis 1L\ de songer sérieusement à ce mariage. Cependant , pour jete|r la duchesse dans une fausse sécurité, il feignit de le désirer^ Hugonet , chancelier de Bourgogne, et le seigneur d'Imber-r court , étant venus lui proposer sans détour la main de leur souveraine, il leur déclara que son intention était d unir le dauphin à Marie de Bourgogne , mais qu*en attendant il vou-^ lait se mettre en possession des provinces réversibles à la cou^ ronne , et qu'il garderait les autres comme un dépôt, jusqu'à
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ce que la princesse fiit en &ge de majorité , et qa elle lui eût rendu hommage. Les ambassadeurs, voyant le roi à la tête d*une puissante armée, convinrent que T Artois serait remis entre ses mains , qu'il en aurait la garde et ladministration , et qu'il en resterait possesseur , si Marie de Bourgogne refusait de lui rendre hommage, ou épousait un ennemi de la France. Les habitons diJrras s'obstinèrent à rester fidèles à la du~ chesse : ib n'ouvrirent leurs portes qu'après un long siège. Le roi les relégua dans différentes provinces , peupla la ville de Français, et lui donna même le nom de Francie , que l'usage n'a point adopté.
Dans ce temps-là un tragique événement se passait en Flandre. La ville de Gand était alors une des plus puissantes et des plus peuplées de l'Europe ; ses bourgeois y enrichis par le commerce, joignaient à cette grossièreté arrogante qu'inspire l'opulence , la férocité que donnent la licence et l'habitude de la rébellion. Les princes guerriers et absolus de la maison de Bourgogne avaient réprimé plutôt que dompté ee peuple indocile; les séditions avaient été sévèrement punies ; mais le germe n'en était point étouffé , et le gouvernement d'une femme rendit aux Gantois leur insolence. Ils remplirent de leur fureur les états de Flandre tumultueusement assemblés dans leur ville , massacrèrent les magistrats établis par le dernier duc, s'assurèrent de la personne de Marie , prétendirent qu'ils étaient ses tuteurs, lui donnèrent un conseil de bourgeois , sans l'avis duquel elle ne devait rien entreprendre , et la retinrent prisonnière dans son palais. Cependant Louis XI ne s'étantpas borné à s'emparer de l'Artois, et ayant fait passer des troupes dans le Brabant et dans le Hainaut , les Gantois^ d'ailleurs insensibles au démembrement des états de Marie, voyaient avec inquiétude les conquêtes du roi l'approcher de leur ville. Ils lui envoyèrent une députation pour lui rappeler la trêve jurée avec le duc , et lui demander la paix; ils arrachèrent à la princesse toutes les instructions nécessaires. Quand Hugonet et d'Imbercourt s'étaient rendus auprès de Louis XI , ils étaient porteurs d'une lettre de créance^ dans laquelle Marie les désignait comn^e investis dq
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DÈS TEMPS MODERNES. i^l
toute sa confiance , et priait le roi de ne txait'er qu'avec eux de ce qui pouvait la concerner. Louis XI ^ instruit des troubles de la Flandre , ne chei'chait qu'à les fomenter. Lorsque les députés des Gantois se présentèrent à sa cour, il révoqua en doute leurs instructions , et leur montra celles qui lui avaient été remises par Hugonet et d'Imbercoutt; il poussa même le mépris pour^tOTitçs les lois de l'honneur et de la pro-» bité, jusqua leur donner la lettre delà princesse. Les députés retournèrent promptement à Gand , criant à la trahison : « Hugonet et dlmbercourt extorquaient à la princesse des » lettres de créance exclusives; ils abusaient de sa confiance; M ils traitaient secrètement avec les ennemis de l'état. » Les deux accusés furent arrêtés, et on leur donna des juges chargés de leur trouver des crimes. Ils eurent la tête tranchée , malgré les prières j les larmes et les cris douloureux de leur jeune souveraine , qui , échappée à ses satellites et accourue sur la place publique, demandait aux bourreaux inflexibles la vie de ses deux fidèles ministres.
Reportée mourante dans son palais, après cette scène d'hor-^ reur , elle ne fut rappelée à la vie que pour essuyer de nouveaux outrages. On éloigna d'elle ses domestiques , on perse -^ cuta ses amis. Enfin , les Gantois voulurent lui donner uïi époux , et j par une odieuse préférence , ils choisirent cet Adolphe de Gueldres, l'objet de l'exécration publique , que Charles-le-Téméraire avait enfermé au château de Courtrai. Ils le tirèrent de sa prison; mais ils voulurent qu'il méritât par quelque service important l'honneur qu'ils lui réservaient , et c'est ce qui sauva Marie. Louis XI s'était emparé de Tournai. Les Gantois placèrent Adolphe à leur tête , et marchèrent pour reprendre cette ville : ils furent mis en déroute, et leur chef tué dans le combat. Cet échec abattit leur orgueil ; et Marie, délivrée de leur joug^ tyrannique, recouvra son pouvoir et sa liberté. Mais Louis XI faisait incessamment de nouvelles conquêtes : il venait de prendre possession de la Franche-Comté , et ses progrès du côté de la Flandre étaient de jour en jour plus alarmans. Il fallait un défenseur à Marie et contre les entreprises du roi , et contre ses propres sujets ,
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14^ ABRÉ6B DB l'hISTOIRB OÉZfÉRALE
dont les fureurs pouvaient se réveiller. Entre tous les princes qui briguaient sa main^ elle préiérsi Ma jsimilien y fils de Tenir pereur Frédéric Kl. Lorsque Louis eut appris qu'elle avait fixé son choix, il connut la faute qu'il avait faite, en la for* çant à se jeter entre les bras des étrangers. Il voulut tout réparer, et sollicita instamment cette alliance qu'il avait rejetée. Ses efforts furent inutiles , et ce mariage , qui devait avoir des suites si importantes, fut célébré le 20 août i477*
Le roi, n'ayant pu ni traverser ni retarder les noces de Marie et de Maximilien, voulut du moins en troubler la joie : il entra en Flandre, où il remporta plusieurs avantages. Maximilien lui envoya des ambassadeurs pour se plaindre de ses hostilités. On conclut une trêve de quelques mois, pendant laquelle on se prépara à la guerre. Louis XI resserra ses alliances avec les Suisses, avec le duc de Lorraine : il s'assura de la neutralité de l'Angleterre et de l'Aragon, Enfin, avant de reprendre les armes, il intenta un procès devant la KiouT des pairs à la mémoire de Charles-le-Téméraire. Cette vaine et odieuse procédure se rallentit peu à peu, et n'eut d'autre effet que d'augmenter les haines mutuelles. On recommença la guerre avec plus d'animosité. L'archiduc essuya quelques revers dans les campagnes de 1477 «t 1478; mais celle de i479 Itii fut [dus favorable. Ayant envahi l'ArtoB^ avec une nombreuse armée d'Allemands et de Brabançons, il mit le siège devant Térouane. Le maréchal Des Querdes s'avançant au secours de cette place, Maximihen alla à sa rencontre, «t lui livra (24 août) la bataille de Guinegate, où la victoire, long-temps disputée, resta enfin aux Autrichiens : mais ils ne tirèrent aucun avantage d'un succès chèrement acheté , et l'archiduc leva le siège de Térouane.
La guerre se prolongea sans résultats pendant plusieurs années; les hostilités étaient tantôt suspendues par des trêves, tantôt redoublées par quelque infraction. On quittait , on reprenait les armes, et des négociations ou des intrigues remplissaient tous ces courts intervalles. Mais un événement imprévu changea entièrement la face des choses. L'archiduchesse, étant à la chasse aux environs de Bruges,, tomba de
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BBS TEMPS BlODBRNES. l43
cheval : la iriolence de sa chute lui causa une fièvre ardente qui l'emporta au bout de six semaines, le 25 mars 1482, à Vâge de vingt-cinq ans. Elle laissait deux enfans, le prince Philippe, dont le mariage avec Jeanne de Gastille donna l'Espagne à la maison d'Autriche, et une princesse nommée Marguerite. Maximilien perdit tout en perdant Marie. Les Gantois refusèrent d'obéir à un prince étranger : ils s'emparèrent de Philippe et de Marguerite; ils en ôtèrent la tutelle à leur père, et s'en chargèrent eux-mêmes. Enfin, ils forcèrent Maximilien à consentir à la paix avec Louis XI. Des conféwnces s'ouvrirent à Arras. Messeigneurs de Gand (le roi les appelait ainsi), sans prendre conseil de l'archidùc , traitèrent le roi beaucoup plus favorablement qu'il n'osait l'espérer lui-même. Ils stipulèrent le mariage de Marguerite avec le dauphin déjà promis à Elisabeth d'Angleterre, donnèrent pour dot la Franche-Comté et l'Artois, et ratifièrent sans cUfficulté la réunion du duché de Bourgogne à la couronne* Marguerite fut amenée en France ; mais elle ne devait point y régner. Dans la suite, Charles VIII la renvoya à son père pour épouser Anne de Bretagne.
Les soins de la guerre contre Maximilien n'avaient pas occupé le roi tout entier. Jacques di Armagnac , duc de Ne^ mours^ à qui il avait pardonné plus d'une fois, ajrant renoué ses trames criminelles avec les ennemis de l'état, Louis XI l!avait fait arrêter en 147 5, et enfermer à la Bastille. Il n'en sortit que pour monter sur l'échafaud après une captivité de deux années. De son vivant, ses biens furent partagés entre ses juges; et la douleur de laisser dans l'indigence trois fils en bas âge, tristes rejetons d'une illustre famille , eût été la circonstance la plus affreuse de son supplice , si le roi, par un caprice barbare, n'eût encore ajouté à Fhorreur de ses derniers momens : ses enfans furent amenés sous l'échafaud où il reçut le coup fatal , et son sang coula sur leurs têtes.
Quatre ans après ( 1481 ), la cupidité des courtisans et la haine du monarque suscitèrent un autre procès, dont le principe était moins juste, et dont l'issue fut moiils tragique. René d'Alencon^ comte du P^rch^^ vivait éloigné de la cour
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t44 ABREGE DE L*^STOiaE GENERALE
depuis la condamnation de son père. D'avides courtisans , qui convoitaient ses dépouilles^ représentèrent sa retraite non comme celle d'un hotnme sage ou timide, mais conmie celle d'un conspirateur. On lui intenta des procès qui lui ravirent une partie de ses domaines. Il se plaignit ; on envenima y on exagéra ses justes murmures. Le roi éclata en menaces. René se troubla 9 et choisit un asyle suspect contre la colère du motiarque. 11 écrivit au duc de Bretagne; il lui demanda une retraite dans ses états, mais on intercepta sa lettre ; lui-même fut arrêté dans sa fuite. On interpréta contre lui ses précau* tiens et son effroi. Le roi lui donna des juges, qui, voulant accorder une vénale complaisance et une craintive équité, n'osèrent jii le condamner ni l'absoudre. Leur sentence équivoque remit sa destinée entre les mains du roi. Louis s'empara de ses forteresses, et, par une facile clémence, consentit à laisser viVre un innocent qu'il dépouillait^
Vers le même temps, il fit une acquisition plus importante. Le roi René étant mort en i48o, X Anjou fut réuni à la couronne. Le comte du Maine ^ neveu de René, et dernier rejeton mâle de sa maison , hérita de la Provence ; mais il n'en jouit pas long- temps : il mourut en 1481 sans postérité, laissant au roi par testament la Propence^ avec les droits de la maison d'Anjou sur le royaume de Naples. Loqis XI prit aussitôt possession de la Provence. Mais la conquête d'un royaume étranger lui parut une entreprise aussi vaine <jue dangereuse ; et quand sa prudence ne l'en eût pas détouiiié, son âg^ avancé et sa santé chancelante l'eussent empêché d'y songer.
De fréquentes attaques d'apoplexie épuisaient ses forces, et un affaiblissement prématuré l'avertissait de renoncer aux vastes projets de l'ambition. Cependant, s'il perdit celle de conquérir, il eut celle d'être obéi jusqu'au dernier moment de sa vie. Il se montrait plus jaloux de son autorité , à mesure qu'elle semblait plus près de lui échapper. Il exigeait en toutes choses une soumission aveugle, sans qu'on osât interpréter ses ordres., Plus sa santé s'altérait, plus il voulait paraître capable du gouvernement, et affectait de déployer d'activité*
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>ES tEMPS MODERNES. / # l^S*
Gomme' si leSia£lfeires ordinaires n'eussent pas suffi pour Toc- , cuper, il parcourut en 4481 plusieurs provinces,, et alla en Normandie visiter ui^ camp de 10,000 hommes. 11 cherchait à faire crcnre qu'il avait de grands desseins, et qu'il étak en état de les exécuter. BH^s son mal faisant des progrès trop sensibles poui^^ui permettre cette vie agitée , il crut pouvoir mieux cacher à ses sujets, par une retraite profonde ^ ce spectacle humiUant d^ sa décadence. Ei^efmé dans sou châ- * teau de Plessif%lit-TfiurSy il devint un tyran invisible. Des milliet's de c|jausse-yapes semées dans la campagne en intÏT'disaient l'accès à la cavalerie*. Une enceint« red#ut%ble de fer et de grillages de toute espèce , une garde nombreuse eivigilante , tout l'appareil de la terreur, défendaient «on palais ou plutôt sa prison (i). Cest là qfle, poursuivi de remords, tourmaité 4e soupçons, mourant.chaquQ jour de Jk crainte de mourir, il se A^robait à tous les re^ds. Pour compagnie tenait un homme ou deux auprès de lui y gens de petite condir tiony e$ assez mal renommés. Si quelquefois il paraissait eii public pour donner audience à des ambassadeurs^ où pour recueillir' les respecf^ qu'il exigeait, 1 ^lait toute la pompe toyale avec un faste qu'il avait méprisé autrefois quand il s'était senti -grand par lui-même. Pour occuper l'attejition des étrangers, il faisait venir de tous les^ys des. chiens, des chevaux.ou des animaux rares, et les regardait aveip incUffér^nce quand ils* étaient ^arrivés. Chaque jour», au gré de ses caprices, il changeait 4^ serviteiïrs; il déposait d'ancietls officiers; il annonçait à la cour, par les actes les plus despô*
(ï) «*Esloit-il i^ssible de tenir un roi en plus estroîtë prison, » que luy-mesme se tenoit... , qui ainsy s^enfermoit, et sefaisoit gil>* » der^ qui estoit ainsy ^ peur de ses enfai^ts^t de tous ses prochains ^ » \>arents, et qlii changeoit efmuoît de jour en jour ses serviteurs » ' qu'il avoit nourris , et qui ne tenoient bien ni honneur que de luy , » tellement (ju'enn^^l d'eux ne s'osoit fier, et s'enchaînoitr ainsy d% )| si estranges chaînes et clostures? Il est vi^ gue le li^u estpit plus » grand que Cune prison c&tnmune ; aussy estoit-il |)rus' grand que » prisonniers copiÀX^^us. m (t^Uilippe de Gomines, Hvre 6, ^a«pitre t2.)
"1^6 A^BGé DE LHI$TOiRfi.<fEt>UBRALS .
tiques^ qu*ïl n aVait tien perdu de sa puissance. Mai^'dans le même temps qull faisait tout tten4>l#r, il tremMait lui-méfne devant Jean Cottier^ sop médecin , homm'^ avide et insolent, qui^ se sachant nécessaire , se plaisait à traiter avec arrogance le mqparque le plus absolu. Louis , I^ regardant cemme Farbftcc de ses jours, n'osait rien lui refiftser. Efi mbins'de huit mois, Gottier ^ fit dotmer 90,060 écus et ^plusieurs belles
* seignelâries. A travei^ t&iit d efforts ]^ut retenir les restes de son autorité et^«de sa vie, le roi se res^iuvint de sdn succesr seur que son ombrageuse politique fais4it élevgr à Afrtbcïse, dans la sttlitiMe el^dans f ignorance (i). Sentant approcher le terme de ses jours , il Voulut voir le dauphkl avant de mourir, et fit un yo}ttgë à Amhoise en i4Sb. II lui donna par écrit des instructmns, où il lUi traçait ses -devoirs envers Dieu et ènvers^ses ^euj^les ; Jl ItexhoWa k gouverner avec jJius <te mod^-
" ratioo et ^e justicç qti'il n'avait goùvéroé.kii»méme; çonfes- . sion tardive, maïs toujours lonable, oue les approches du trépas ont arracliée* à plusjl'un pniice, ^ il lui fit jurer de se conformer à ses conseils.
Quelques efforts «qire fit Louis XI ^ur écarter Tidée de la mort toujours présente^ il sei) occupait quelquefois viv^ ^enft) comme Vil ^ût voulu se&miliapser avec 6ette image, n fixa lui-nîême la forme, les dimension» ^ les orhemens de son tombeau: mais ces instans de fermeté étaieitt démenfis par toute sa conduite. Il sollicitai^ de touffes patrts des remè4^s ou des prières ; il se chargeait de \0liques;il ptô^iguaitles biens aux gens d'église. Dans ce tetnps-l$i, Françôis-de- Pmuh avait cru ensevelir S^ vertu» dans un humble ermitage ; mais la venbmmée qu'il fuyait était yenue le chercher au fond cle s^ retraite, etk sainteté' de sa vie ^tait cél^re en ItaMe et
. (i) a Ce grand boy (Qtarles YIII ) iiit nourry par Louis XI sou «» père, âti c^stj^aud'Ainboise^ séparé qtrasy ^ monde ^ «oarry et » pett praticmé de pei;3oiaiies ; non en fils de roy ^tiy meifii^d^uiisimplff
* A gentilhomme; et le tout^ affi|i^'ilp«rdiftt«œup«t if attentait ried 1» q^ntre luy , aini^y qu'il avoife^fait contre le fdy ^nqi père, w (fantôme , yie des grands Capitaines f ramais , discours i*'. ) ***
* DB» TBMPS MODERS^. . / ï47
en Fraiice. Louis XI le fit venit de la Gaiabre, espérant otftettir par ses ^rièi^ lé rétaBlissevient de sa âtoté. Ausskôt qu'il laperçut^ il se jeta à$es pieds ^ et le çuppVà de prolonger sa viel François le releva , et lui remontra avec bumilité que Diea si^ul était inaître de nos jours ; mais il essaya «n même temps ^ Ifi consoler et de le disposer à la mort. Quand le moment Eottal approcha^ e^ i{u'on lui eut £lit entendre qu'il ny avait plus de remède, il pourvut au gouvernement de i'état , et ordonna psft son testament que sa file améùjJfuêè de France y dsixae de Beaujeu, aurait la tutelle d^t^haries VUI. Après avoir fait ses<ierhiè«e& dispôsi^ons , il demanda et reçut les sacremens avec ferpeté et résigtiatio», et ^urut, âgé de soi;^a«te ana, le 3o a6ût 14^3 y en lép^nt ces paroles : Notre--^ Dame cf Embrun, mpi bonne ^^kutresse^ eùd^z-moi, et en dbmmeiiçant Thjmne des,diliti|es tnisëricforcfes:' * ,
Loiés ^^eimémi de I9 ^oblesse, approchait de^soL^per-* âoiyie et recevait d^ préférence d)ins sa^faveur des gens de bai^e e3ftraction,felsqi\(9/â'«;er Le Daim, «m barbier, qu'iU fit coiime de |Aeu(ait; Joffreày^ fils 4'un jnarchand de^Luxueil - Baffiéj S^^ d'un meuYner de Poitou. H se familiarisait av^c les bt>i||rgeois , leur rendait *risice, s informait de l^urs affaires , et quelquefois les admettait à sa table. U s'étaif fait inscrire dàn^ ' le^ confréries mèiÂes des^rtisai^s^^et disait à cfu^\[ui*lui re- *prochaient deaie|)as Soutenir assez sa dignitf : Çuan4 ^g^l chem^£n4 (^e^^éqUy honte et dorfknage siUpent deptès. Cependant il ne fut pdint populaire : c est qu'il élevait les plébéiens nioina , par amour du peupli^ que par haijie des grands.
« Lditîs 'XI, 4it rfn auteur moderne, avait|la tête forte, i> l'esprit faible, ^ le^cœûr corrqjnpu. » En effet, ce même prince* qui fiit sans ce^e occupe -de vastes dessins et <fintriguet' compliquées cjp% \\ii seul concevait et ^r^e^, qui ^suivit avec tant de v%u«up son plan arrête cKabaisser 1» noblesse, qui soumit k Fiance à un^ gouvernement si fenne et méine si dur^ ^ prinioeeut des faiblesses boQteuseis (il tenait à%es gagfls j[)1nsie.nr.s astrft1llg)ies)^yde^ superstitions bizarres, unp ,îj|Jig?pn fjtt#se'#fc immonde,*^ ci^àiir pouvoir expier tous ses ^3^es à fo&e^ [)rajâgues nnnutieil^eS'^ de prières
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achetée», de largesses envers les églises, et violait, sans hériter, teus les sermens , excepté ceux qu'il avait prêtés sur la croâx'de- Saint-Lô.
On devait attendre, ce semble, plus cb droiture et d élévation d'un esprit cultivé par Tétude; car Louis XI ne manquait pas d'instruction., n fonda les universités 4e f^alence et de Bourges^ et transporta celle ^e Dôl& k Besançon. Il entendait le latin ; il protégea les lettres , accueillit les savans et rimprimerie. Cet art, qui a donné un si puissant essor à la pensée humaixie, fut inventé, veirs l'an x44<>> P^^ J^^^ Gut-temhergy de Mayence, et transporté à Paris, en 1470,* par trois imprimeurs allemands, Ulrich Gering^ Michel Fribvrger et Martin CrantZj qui établirent leurs presses au collège de la Sbrbonne. Le succès de 4cet établissement en fit naîtra d'autres^ et le progrès des science^ fut çiccéléré par la reproduction prompte et facile de livres j}isques4à si raines et sichers, que les étudians avaient beaucoup de ppine à se procurer Jes plus nécessaiaes. « «
La médecine était enseignée dans l'université de Barisftnais celte science, très-peu avancée^ et souillée d'errei|rs et de pratiques magiques, n'avait point d'école spéciale. Ellecqmmerita à en avoir une sous ce règne, en 1472, et deux ans après, Part laédicinal s'enrichit d'ui^ utile découverte : l'opération de la pier(e fut teiitée avec* succès sur un archer de Meudon, condamné- à niort pour ses crimes, et qui racheta ' doublement sa vie par cette heureuse expérience. '
Le commerce attira l'attention de Loiiis XI, Il voyait avec peine le royauyie tributaire de l'industrie^des étrarigei». Désirant remédier à cet inconvénient, il fit ijenir de Grèce et d'Italie un grand nombre cTouvriers.pour établir des manufacture^ d'étoffes d<>i^ d'argent et âe soie, et il ordonna? qu'ils seraient exempts de toutes taxes etimpôts, eux, leurs fenunes, leurs veuves et leurs enfans* Enfin , iL<loRna une déclaratioa par laquelle il*permett£t aux ecclésiastiques, g^ns nobles (i) ^~ ^—. • — ,; :
(i) Dans le moyen-âgi^, le Commerce ne dé^oges^ft^ias. On itrft que J«8 plus grands seigneurs, en traitant jju droit de conunune avec
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et autres, de trafiquer par terre et par mer, à condition que «eux qui commerceraient par mer ne pourraient faire Tenir' leurs marchandises que sur des vaisseaux français. En i4yo^ il rendit un édit sur lexploitation des mines, qui n'était soumise à aucune règle fixe. Il dispensa pendant vingt ans de tout impôt les ouvriers étrangers qui viendraient en France pour cette exploitation, leur laissant la liberté de se faire naturaliser ou de retourner dans leur pays.
L'institution des postes est un des établissemens les plus utiles de Louis XI« Elles ne servirent, dans lorigine^ que pour les affaires du roi et celles du pape; mais en 1481 on en étendit lusage à la correspondance des particuliers.
Louis XI veillait exactement' à. l'administration de la jus-^ tice toutes les fois que sa haine contre les grands ne le poussa point à en violer les lois ou les formalités. Il avait établi le parlement de Grenoble^ n'étant encore que daii^hlmll en créa, deux autres âant roi : celui de Bordeaux ^ i46â ^..et celui de Dijon en liçji^ U rendit ou renouvela un règlement qui porte qu'on ne doit donner aucun office, $*il n'est vacant pa» mortf résignation ùajbr/aiture^ ÏLse proposait de rassembler.
leurs sujets, se.résenrèrent un certain temps, non-seulement pour vendre en détail les, denrées dé le^ir crû^ mais encore celles qu^ils avaient achetées pour en trafiquer. Il est souvent parlé ■; dans les anciennes ordonnances^ dés gentilshommeset des c^ros qui font le conK merce , ou qui tiennent des terres à ferme. En i555 , il lut défendu aux magistrats du parlement et aux officiers du roi de commercer; et une ordonnance de Charles Y, de 1372 , fit la même défense aux ofi&ciers , des aide s. Sous le règpe de Charles Yï , il dut commencer à paraître indigne d^un gentilhomme de trafiquer et de tenii* des biens à ferme » ceux qui se trouvaient^ns cexas ayant été alors assujétis à payer la ^ tàillei, et confondus à cet égard avec les roturiers. L'exemption acr* cordée, à ceux qui servaient', ou que leur âge et leurs blessures avaient forcés de quitter le servicie, accrédita le préjugé qui a régné long-temps j^ucmi nous , qu'un gentilhomme n'a d'autre profession que celle des armes. Ce fut sans doute ppivr le combattre, que Louis XI donna la déclaration par laquelle il permettait^aux ecclésiastiques et gens nobles de trafiquer sur ttrre et sur nter^ permission qui pouvait hien n'être qu'une invitation.
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toutes les lois et les coutumes, ajfin d'en composer un cod^ fixe pour le royaume, et d'abrég;ar les procès* Enfin, Ion pourrait dire que le règne de Louis XI, fatal à la noblesse, a été utile au peuple , sans Faccroissement énorme des impôts. Les tailles étaient de 1,800,000 livres sous Charles VII j Louis XI les porta à 4>70o,ooo livres (i). » Cétoit compas- » sion de voir ou sçavoir la pauvreté du peuple. Mais un bien » a(^oil en luy nostre bon maisire : c^est qu^il ne mettait rien » en tkrésor: il prenait tout ^ et despendait tout, » (Comines, lîv. 5, chap» 19* ) "" Lou^s XI, dit Thistorien Duelos, entrete- » nait les armées nécessaires , fortifiait ou rebâtissait les villes , » établissait des manufactures, rendait des rivières naxi- » gables, faisait const^uÎ1(^e des édifices, et garait ses enne- » mis à force d'argent, pour épargner le sang de «es sujets, » Il ne s'est donné sous son règne que deux batailles : celle » de Montlhéry^ et celle de Guinegate, Cependant il a fait » plus de conquêtes par sa politique que les autres rois n'en » font par les armes. D a'ccrut le royaume du comté de
V Roussiltony des deuss Bourgognes^ de Y Artois ^ de la Pi-
V cardie , de la Pro^nce , de V Anjou et du Marne. Il abaissa » les grands, réprima leurs violences, et finit par faire une » paix glorieuse , laissant à sa mort ^ne armée de soixante ^ mille hommes en bon état, un train d'artillerie complet, et » toutes les places fortifiées et munies. » Plusieurs princes ont fait de moins grandes dioses, qui sont morts pleures de
(i) « Le roi Charles VII levait à Theure de. son trépi^B dix-huit cent mille francs , en toutes choses , sur son royaume , et tenait etiV^iron dix-sept cents hommes d'armes d'ordonnance pour tous gens d'armes.... Et à l'heure du trépan du roi notre maître ( Louis XI ) , il levait quarante-sept cent mille francs; d'hommes d'armes , quelques quatra ou cinq mille; gens de pied , plus de yingl-cinq mille. »' ( Philippe de Comines, liv. 6, chap. 7.) —Cette augmentation d'iî^pôts était énorme , vu la rareté du numéraire à cette époque. Mais Mably l'exagère au-delà de toute mesure , lorsqu'il dit , au livre 6* de ses Observations sur Vfiîstoire de France^ que les communautés, qui n'avaient été imposées par Charles VII qu'à quarante ou cifjquairte livres de taille , en payèrent mille à son successeur^
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leurs peuples , et cependant Louis XI desoendit au tombeau chargé de la haine pubUque. Les nobles détestaient eh lui rimplacable ennemi de leurs prÎTiléges. Le clergé ne pouvait lui pardonner Tabolition de la pragmatique. Le peuple gémissait sous le fardeau des sifbsides.Tous les ordres étaient blessés dans leurs intérêts particuliers; mais le caractère national était surtout offensé du caractère du monarque. Un peuple , accoutumé à admirer y à aimer dans ses maîtres la brayoure, l'humanité, la loyauté, la franchise, toutes ces vertus royales et chevaleresques des Philippe* Auguste, des Saint-Louis, des Charles Vil, supportait avec douleur et humiliation le joug dun prince qui se plaisait à s'égarer dans la carrière ténébreuse de Tinlrigue et du parjure ; qui préférait le succès d'une perfidie à Téclat d'une victoire; assez superstitieux pour croire à la science de ses astrologues , assez irréligieux pour se jouer des sermens les plus solennels, assez cruel pour faire entrer dans sa politique la terreur des^ échafauds, et dont la sanguinaire vieillesse retracerais assez-, bien celle de Tibère, si le château du Plessis-lès-Tours eût recelé dans son enceinte les honteuses débauches de Gaprée.
« Louis XI, dit.Bossuet, dans son abrégé de V histoire de » France j avait élevé sa puissance au plus haut point; il » voyait les Flamands dans sa dépendance, et la maison de » Bourgogne, qui lui avait donné tant d'inquiétudes, faible » et impuissante; le duc de Bourgogne, qu'il haïssait, hors » d*état de rien entreprendre, et tenu en bride par le grand » nombre ^^e gens de guerre qu'il avait sur sa frontière ; VEsy» pagne en paix avec lui et en crainte de ses. armes, tant du » côté du Rou$^iUQnqui lui avait été donné en gage, que du » coté du Portugal et de la Navarre, qui étaient dans ses »* intérêts; l'Angleterre affaiblie et troublée en elle-même; » l'Ecosse absolument à lui; et en Allemagne, 'teaucoup » d'alliés; les Suisses aussi soun^is que ses propres sujets; » enfin, son autorité si bien établie dans le royamne et si » respectée au dehors^ qu'il n'avait quà vouloir pour être. » obâ.
» Cela est grand et illustre; mais d'avoir tourné la reli-
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>» gion en superstition, de s'être si étrangement abandonné » aux soupçons et à la défiance, d*avoir été sî rigoureux » dans les châtimens, et d'avoir aimé le sang, sont les qua* » lités d'une âme basse et indigne de la royauté. »
Heureusement ce somhre et tyrannique gouTemement ne pouvait devenir le système des monarques de la nation des Francs, Louis XI lui-même fut inhabile à former son semblable; et son successeur , qui reçut de lui ces mots pour toute maxime : Qui nescit dissùnulare^ nescit regnare^ ne comprit point cette leçon.