CHAPITRE VI
SECTION PREMIÈRE
Depuis raTènement de Charles VIII jusqu'à son départ pour lltaiie
Dsnx princes réclamaient la régence à kquelle Louis XI avait appelé sa fille : Louis , duc & Orléans^ premier prince du san^, héritier présomptif de la couronne ; et Jean JU Bourbon , frère aîné du sire de Beaujeu. Le conseil chercha d'abord à donner le change à leur ambition. Le duc d'Orléans fut investi du gouvernement de l'Ile-de-France et de la Champagne. Le duc de Bourbon reçut Fépée de connétable, et le titre de lieutenant-général du royaume. Mais pe» satisfaits de ces honneurs, les deux princes persévérèrent dans leurs prétentions exclusives. Pour se renchre redoutables , ils formèrent au dehors des liaisons avec Maximilien et le duc de Bretagne, en même temps qu'ils sollicitèrent au dedans des réfoj^mes dans l'administration, et la tenue des étatsgénéraux, qui furent convoqués pour le commencement de
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Vannée i484* En attendant leur réunion, la régente se concilia les esprits par un doux et sage gouvernement. Elle ouvrit les prisons, rappela les exilés, recouvra quelques domaines de la couronne , remit au peuple un quartier de la taille , et lui accorda la punition A'Olwièr Le Daim et de Jean DoyoAi^ anciens ministres de Louis XI, et les objets de Texécration générale. Le premier fut envoyé au supplice, le second banni à perpétuité.
Ce fut sous ces auspices que les états-généraux s'ouvrirent à Tours en i484* Le parti du duc d'Orléans y dominait d'abord. Ce prince, au lieu de demander sur-le-champ la régence qu'il eût obtenue sans difficulté, aima mieux qu'on examinât l'administration de Louis XI, espérant faire retomber sur la fille* la haine quHnspirait le gouvernement du père. Les états présentèrent un cahier de doléances trèsremarquable.
Ils y rappellent, au sujet de la religion ^ que les libertés de l'Église gallicane ont été soigneusement maintenues par saint Louis, Philippe- le-Bel, Charles V, Charles VI et Charles VIL Ils demandent qu'on veille loyalement au maintien de ses droits et prérogatives, comme sous les règnes précédens.
Ils représentent que la noblesse est le nerf et la force du royaume; qu'elle a été opprimée sous Louis XI, après avoir tant contribué au rétablissement du roi son père; qu'elle doit être réintégrée dans ses Ubertés , juridictions et prééminences. Ils demandent que la chasse lui soit permise dans les forêts royales; que les nobles ne soient plus mandés si souvent aux bans et arrière-bans; que la garde des places frontières ne soit plus confiée à des étrangers souvent perfides , mais à la noblesse , dont la fidélité n'est pas douteuse.
Le cahier entre dans de grands détails sur les causes de la misère du peuple. Depuis l'abolition de la pragmatique, une grande partie du numéraire a été transportée à Rome. Des £3ivoris ont été enrichis aux dépens des domaines royaux. Les tailles sont montées au triple de ce qu'elles étaient sous Charles VIL Les gens de guerre sans discipline , les gen-
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darmes, dont on a augmenté le nombre, ont vécu aux frai^ des hahitans. Enfin, contre les anciens usages, le peuple , qui ne jouit d'aucun priyilége , a été forcé de répondre aux bans et arrière-bans. Le tiars-état rédame l'exemption de cette charge, l'abolidon de la taille, la suppression des pensions, etc. Les états expriment le vœu qu'il ne soit désormais pouTYu aux offices que par voie d'élection, comme par le passé ; que la vénalité soit proscrite; que les offices extraordinaires soient supprimés ; qu'un seul homme n'en puisse posséder plus d'un ; que jamais les accusés ne soient ttaduits devant des commissaires; que toutes les condamnations et confiscations prononce sous le dernier règne soient révoquées; que les coutumes des diverses provinces soient officiellement rédigées, etc. Enfin, ils accordèrent une imposition de 1,2100,000 livres , et 3oo,ooo livres pour droit de joyeux avènement , mais en retranchant le nom de taille comme odieux, et en demandant que la levée du subside fàt surveillée par les éuts, qu'ils fussent convoqués de nouveau dans deux ans , et que nul impôt ne pût être mis sur le peuple que de leur consentement (i).
La régente demanda du temps pour réfléchir. Plusieurs personnes étaient intéressées aux abus signalés dans les doléances. Elle en fortifia son parti , et lorsqu'elle fut en état de ne plus craindre le parti contraire , elle fit connaître la réponse du roi. Sur les matières ecclésiastiques, elle annonça que l'opposition des cardinaux et des prélats empêchait de
(i) Gomînes défend ayec chaleur, dans ses mémoires , le système de gouvernement représentatif alors réclamé parles états. «De nostre » temps, les trois estais fnrent tenus à Tours, après le décès du roy » Louis XI.... Et disoient lors quelques-uns de petite condition et » de petite vertu ^ et ont dit par plusieurs fiais depuis que c'est un » crime de lèze-majesté que de parler d'assembler les esti^s , et que m c'est pour diminuer Tautliorité 4" roj..„. mais servoient ces pa- » rôles , et servent à ceux qui sont en authorité et crédit , sans en
» rien Tavoir mérité, et qui ne sont point propres d'^y estre , et
» craignent les grandes assemblées , de peur qu'ils ne soient connus ,. » ou que leurs œuvres ne soient blasmées Or, supplièrent lesdits
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prendre une résolutioD. Quant à la noblesse , elle fut rëtabUe dans ses prërogatiytô. On satisfit le peuple par la diminution des in^â4;s , et on promit qu'à l'avenir nul officier ne perdrait sa place , sinon par mort ^rés^nation oufoifaiiMre,
Après avoir réglé ce qui concernait les finances et les autres parties de l'administration , on s'occupa de former définitivement le<x>nseil du roi. Douze membres des états furent adjoint^ aux anciens consefflers. La présidence fut conférée au duc d'Orléans , et , en son absence , au duc de Bourbon ou au sire de Beaujeu. Mais le conseil ne pouvant rien faire sans la volonté du roi , l'autorité resta entre les mains de sa flfœur, qui continua d'être chargée de la tutelle. Il fat décidé à ce m^t qu'il n'y aurait point de régent, mfûs que Madame , qui était ^age^ prudente et vertueuse , vrillerait à la conservation de son frère , conformément aux volontés du feu roi. La clôture des états fat immédiatement prononcée. Madame, loin d'abuser de ses avantages , combla de bienfaits ceux qui Itû avaient été Je plus opposés. Cette politique généreuse lui gagna tous les cœurs, et il ne resta de partbans au duc d'Orléans que ceux dont le zèle désintéressé ne se réglait point sur sa fortune, tels que le comte de Dunois et George d'Âmboise, alors évéque de Montauban.
Sa défidte l'irrita au lieu de le décourager. En i4^5, la cbur étant à MontargU , il se rendit au parlement de Paris , et y porta des plaintes contre Madame. A Fentendre , elle tenait le roi en captivité ; elle prolongeait son enfance , afin
» estats qu'au bout de deux ans ils fussent rassemblez, et que si le roy » n'avoit assez d*argent^ qu'ils luy en bailleroient à son plaisir, et » que s'il, avoit guerres , ou quelqu*un qui le Youlsist offenser , qu'ils » y mcttroient leurs personnes et leurs biens, sans rien luy refuser » de ce qui luy seroit besoin. Est^eedonc sur de tels sujets que le roy » doit alléguer pritilége âepoii?mir prendre k son plmsir , qui si li- « Wralenient Iwy «donnent? W« seroiMl pas plm |usto envers Dieu » et le roonde de lever par cette forme (d'estats), q«e par volonté » désordonnée ? car nul prince ne le peut autrement lever que par ^ octroy, si ce n'est par tyrannie, et qu'il ait excusé. » (Livre 5, çhap. 19 , édition de M. Petitot.)
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de régner à sa place. Le premier président , Jean de la Vacquerie^ lui répondit , au nom delà compagnie, que le parlement était constitué pour rendre la justice , et non pour se mêler de guerre , de finances et de gouTcrnement. Le duc n eut pas plus de succès auprès de luniversité , corporation alors puissante , et qui , dans les troubles des règnes précédens , avait mis sur pied près de vingt mille hommes. Enfin, averti que des ordres étaient donnés pour Farréter , il s*enfuit àVerneuil, où, investi bientôt après, il fut réduit à accepter une paix désavantageuse. Il ne tarda pas à la rompre. En i486 , de concert avec François U ,. d|ic de Bretagne , il conclut à Bruges un traité avec Maximilien contre Anne de Beaujeu. Uarchiduc envoie un héraut au^ eorps mi^nicipal de Paris, menaçant de déclarer la guerre si la princesse n est éloignée du gouvernement. Les magistrats ayant méprisé cette bravade, Maximilien attaque la Picardie; mais il est arrêté par les maréchaux de Gié et Des Querdes; et bientôt , faute d'argent , il licencie son armée. En 1487 ,. le duc d'Orléans passe en Bretagne , et lève hautement l'étendard <le la révolte. Vaincu par La Trémoille , (a8 juillet 1 488) , à la bataille de StrAubindu-Cormier ^ il est fait prisonnier, et enfermé à la tour de Bourges. Le duc de Bretagne , ef&ayé de ce revers , demande la paix, qui est signée le 21 aoûvt. Il s'engage à licencier tous ses soldats étrangers, à ne plus en reprendre à son service , à ne marier ses deux filles que.du consentement du roi, à livrer aux Français quatre de ses places fortes, et, désespéré de ce traité humiliant, il meurt de chagrin quelques jours après.
Anne^ sa fille aînée, hérite de son duché. Bientôt cette riche héritière est recherchée de toutes parts. Un sire d Albret , vieux guerrier, qui avait défendu la Bretagne dans la. guerre précédente ; Maximilien qui , rendu à la liberté , continue de vaines hostilivés sur la frontière de Picardie; Charles YIU, guidé par sa sœur et par son conseil', qui tremblent de voir une des plus belles provinces de France accroître les domaines de la maison d'Autriche , aspirent à la main de la princesse. Maximilien est préféré. Naguère promise à ce prince , Anne
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lui fait savoir que, confirmant le choix de son père , elle le reconnaît pour époux. Retenu par une guerre en Allemagne, il envoie des ambassadeurs; et Inn d*^ux, au nom de son maître , épouse la princesse par procuration.
Cependant Madame ne désespère point de prévenir cette union si redoutable à la France. Tandis que, par ses secrètes démarches , elle en presse la rupture , le jeune roi s'afiranchit de Faustcré tutelle où sa sœur l'a tenu jusqu'alors. Un soir, avec une suite peu nombreuse , il part on plutôt s'enfuit du Plessis-lès-Tours , sous prétexte d'une partie de chasse, et le premier acte de son indépendance est la délivrance du duc d'Orléans. Le prince aimait Anne de Bretagne; mais, soumet» tant l'amour à la reconnaissance , il s'efforce de disposer la duchesse en faveur du roi. Charles , qu'enflamment ses refus, va la conquérir, en preux chevalier , les armes à la main. Assiégée dans Rennes, et réduite à capituler, Anne voulut du moins paraître libre en cédant à la contrainte. Ayant reçu un sauf^onduit, elle se retira à Langeais en Touraine , et de là fit dire au roi qu'elle souscrivait à ses vœux. Cette heureuse union fut célébrée le 6 décembre 1 491. Il fut stipulé dans le contrat que si Charles YIII mourait sans enCans , la reine épouserait son successeur ^ au cas qu'il fût libre; et, à son défaut , le premier prince du sang , afin que la Bretagne ne passât point aux étrangers. Ce mariage était un double affront pour MaximiUen : on lui ravissait son épouse, et on lui renvoyait sa fille Marguerite, qui, depuis le traité d'Arras était élevée à la cour de France , dans l'espoir d y régner un jour. Charles craignait peu son ressentiment. Heureux s'il n'eût point cherché d'autres ennemis et sacrifié la paix de son royaume pour de lointaines et douteuses conquêtes ! Héritier des droits de la maison d'Anjou sur le royaume de Naples, Louis XI avait négligé de les faire valoir. Charles VIII n'imita point la prudence de son père. Les commentaires de César, la vie de Charlemagne étaient ses livres favoris. Son imagination natureUemeptvive, échauffée par cette lecture y enfanta des prpjets gigantesques : il rêva de brillantes chimères , et se flatta de les rés^Hser en Italie.
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i^^^/Wf/tan^I^fik naturel d'Alphonse V; roi d'Aragon y régnaii à Naples depuis 1 458. En i486, il avait fait arrêter dans une fête perfide et lÎTi^r au supplice des seigneurs napolitains qui , après avoir tenté de le détrôner , avaient osé croire à sa clémence, et s'étaient laissé désarmer par une paix insidieuse. Ceux de leurs complices que le hasard , la défiance ou la fuite avaient dérobés à la mort, allèrent demander vengeance aux ennemis de Ferdinand, ^ principalement à la France. Leurs sollicitations, infiructueuseâ sous la régente, eurent plus de succès sous Charles YIU.
. Ludoi^ic-U-Maure s'était emparé par la force de la tutelle de son neveu Jean Galeas , duc de Milan ; il le tenait enfermé au château de Pavie avec^on épouse Isabelle, petite-fille du roi de Naples. Ludovic préludait par cette violence à 1 usur^ pation qu'il méditait. U avait résolu la perte de son neveu. Le crime ne l'effrayait point ; mais il voulait le consommer avec prudence. Ferdinand et son fils Alphonse, père dlsa^^ belle , se plaignaient delà captivité de Galeas, et menaçaient de punir son oppresseur. L'Italie, indignée ou alarmée de la scélératesse de Ludovic, approuvait leurs justes imi^rmures. Pour détourner l'orage, et pour assouvir impunément son ambition au milieu d'un bouleversement général, il appela les Français en Italie. De concert avec les NapoUtains fugitifs , il envoya des ambassadeurs à Charles YIII pour lui offrir la couronne de Naples. La ccmquéte de ce royaume, d'où, s'élançant à de nouveaux exploits , il irait délivrer du joug des Infidèles Gonstantinople , et même Jérusalem, telle fut la perspective brillante qu'ils étalèrent aux yeux du jeune monarque : il en fut ébloui, et se livrant imprudemment à de trompeuses espérances et à soti ardeur belBqueuse , il ouvrit à la Franoe une vaste carrière de gloire et de malheurs.
En même temps qu'il traitait avec Ludovic, Charles avait adieté par d'amples sacrifices l'sésurance de n'être point troublé par les rois ses voisins dans son entreprise. Quoiqu'il fût très-important pour l'Angleterre d'empêcher les Français de conquérir la Bretagne, Henri FU n'avait envoyé aux Bretons
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que de feibles secours. Le mariage d*Anne et de Charles YIII lui inspira des regrets tardi£s. Il descendit à Calais avec des troupes nombreuses ; mais il se laissa dë^rmer par le traité d'Étaples (novembre 149^)9 qui lui assura le paiement de tofutes les d^tes contractées par la Bretagne e^nvers l'Angle^ terre dans le cours de la dernière guerre; et, de la part de Charles YIII^ la même pension que Louis XI arait faite autrefois à Edouard IV.
Ferdinand -le -Catholique, ntaître de la Sicâe, pourait mettre de grands obstacles à la conquête du royaume de Na» pies. Par le traité de Barcelonne ( 19 janyier 149^)9 Charles lui restitua le Roussillon et la Cerdagne , jadis engagés à Louis XI par Jean II, roi d'Aragon. Ainsi, deux provinces étaient le prix d'une neutralité douteuse.
Enfin, le traité de Senlis (23mai i493) rendit à Maximilien l'Artois, la Franche-Comté, le Charolais , et le consola de ses af&onts.
Le départ de Charles YIII pour l'ItaUe révéla à l'Europe la cause secrète de ces restitutions.
SECTION II
ÉTkT ns l'italib depuis 1453 JVSQv'sir 149^
Royaume de Naples. (1435-1486.)
Les droits que Charles VIII avait hérités de la maison d' Anjou sur la couronne de Naples , dérivaient de l'adoption de René d'Anjou par la reine Jeanne U , en i435. Déjà , quinze années auparavant, cette même princesse avait adopté jiU pkonse V d'Aragon , qu'elle sacrifia depuis au duc iTÂnjou. Mais Alphonse soutint ses prétentions par la force ^ et, vain* queur de son rivad,il s'asnt, en i44^7 ^^^ ^^ trône de Naples, qu'il occupa avec gloère jusqu'en i458* U laiaaa le royaume de Na{^es à ferdinmid , ^«o» fil» naturel , et ceuqf d'Aragon , de Gatalogneet de VÀIence , les îles Baléares , la Sardaigne et la Sicile , à son frère Jean II , usurpateur de la Navarre.
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l6o ABREGE DE l'hISTOIRE^ GÉNÉRALE
Alphonse V ne fut pas seulement un guerrier heureux et habile : il aima et protégea les lettres. Sa libéralité le fit sur* nommer le Magnanime. Cependant , de cette vertu même naquirent les vices de son gouvernement. Perpétuellement gêné par ses largesses immodérées, il fut obligé ou d accabler ses sujets d'impôts , ou de leur vendre des grâces contraires à la bonne administration du royaume. Ensuite, à déÊiut d*argent, il distribua avec profusion les titres nouveaux, les dignités et les seigneuries féodales. Avec la même libéralité , il étendit les prérogatives des seigneurs , concession funeste au peuple , dont elle aggrava le vasselage, et à la couronne dont elle affaiblit lautorité. Mal^é ces fautes , dont peut-être faut^^il chercher Forigine et Texcuse dans la nécessité de faire des partisans et des créatures à tftie dynastie nouvelle , Alphonse mérite personnellement d'être regardé comme un des plus grands et des plus généreux monarques qui aient illustré le quinzième siècle.
Appelé par les barons napolitains , Jean d^ Anjou y fils de René , vint , en 14S9, tenter la fortune contre le fils d'Alphonse V. Vaincu à la bataille de Samo (1460) , Ferdinand parut d'abord devoir succomber dans cette lutte ; mais il fîit secouru par François Sforze, et par le fameux Scanderbeg , qu'Alphonse V avait souvent aidé contre les Turcs, et qui rendit alors au fils l'appui qu'il avait reçu du père. La bataÛle décisive de TVoya ( 1462 ) affermit Ferdinand sur le trône. Jean d'Anjou ne se releva jamais de sa défaite , et après deux ans d'inutiles efforts pour rétablir ses affaires désespérées , il se rembarqua pour la France.
Ferdinand , vaincpieur , persécuta les seigneurs qui avaient défendu le parti d'Anjou. La hainequ'excitèrent ces premières cruautés fut nourrie pendant son long règne par des actes nombreux de perfidie , de violence, ou de cupidité. Jamais ^ dit Comines, ce prince rCeui compassion de son pauvre peuple^ quant aux deniers. Il faisait toute la marchandise du royaume... Aux lieux oji croît Poliue , comme en ta Fouille , ils rachetaient lui et sonjils à leur plaisir^ et semblablement le froment ^ et aidant qu^il fût meur^ et le ^vendaient après , et le plus cher
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qu^ ils pouif aient. Et si ladite marchandise s^ abaissait de prix ^ contraignaient le peuple de la prendre^ etc. En 1 48 5, la plupart des barons napolitains se soulevèrent contre sa tyrannie. Il les désarma par une paix insidieuse , et fit ensuite arrêter les plus dangereux. Ils furent secrètement égorgés , et leurs corps jetés à la mer. Ceux d'entre les seigneurs rebelles qui échappèrent par la fuite à sa vengeance , allèrent répandre dans toute Tllalie la haine de son nom. (Voyez, pour la suite de \ Histoire de Naphs, celle de Charles Vlli^ roi de France.)
Florence ( i4'^o-i49t2).
Vers la fin du quatorzième siècle, le triomphe de la faction des Albizzi avait enlevé tout crédit à la famille des Médicis. Jean de Médicis releva sa maison en 1420: il avait acquis dlmmenses richesses , et fut élevé à la première magistrature. En 14^6, les grands ayant formé le projet de s'emparer de toute l'autorité, Médicis refusa d'entrer dans leurs vues, et mit le comble à la popularité qu'il avait acquise. Il mourut en i4^9* Avant sa moit, il recommanda à ses enfans de ne point briguer les honneurs ,' mais de les attendre. Cosme P^ hérita des talens de son père, et, malgré ses conseils, il se hâta de prendre part aux affaires publiques. Ses ennemis le firent bannir en i433. Il se retira à Padoue; mais les Florentins regrettèrent bientôt son absence, et le rappelèrent en 1434* Renaud d' Albizzi, son ennemi déclaré, fut banni avec tous ses partisans. La puissance de cette faction fut détruite, et, depuis cette révolution, la famille des Médicis s'achemina vers la souveraineté de la Toscane. Cosme P' conserva dans Florence la principale autorité jusqu'à sa mort, arrivée en 1464 9 et ses concitoyens lui décernèrent le nom glorieux de Père de la patrie, Pierre^ son fils, prétendit être comme lui le chef de la république florentine; mais ni l'âge nî les talens de Pierre ne semblaient autoriser cette prétention. Les anciennes familles , qui dédaignaient les Médicis comme de nouveaux riches, supportaient impatiemment de se voir I. II
l6a ABRÉGÉ DE l'histoire GÉNÉRALE
gouvertiées par un homme faible de corps et d esprit. Nicolas Soderini ayant été nommé en i465 gonfalonier de justice, Florence attendait sa liberté du courage et de Fhabileté de ce magistrat. Il annonça le dessein de rendre à la constitution son ancienne vigueur; mais il manqua de résolution et d'activité. Les ennemis de Pierre, déçus dans leurs espérances, cherchèrent des secours étrangers, et se liguèrent avec le duc de Modène. Averti que des troupes levées par ses adversaires marchaient sur Florence pour le surprendre, Pierre montra plus de promptitude et de fermeté qu'on n'en attendait de son caractère. Il déploya un appareil de défense qui déconcerta la faction ennemie , gagna du temps par des négociations , conclut une paix trompeuse qu'il viola aussitôt après, et signala sa vengeance (i466) par la proscription et le bannissement des plus illustres familles.
Pierre laissa pour chefs à sa famille ses deux fils, Laurent et Julien , dont l'aîné n'avait pas vingt-un ans. Malgré leur jeunesse , la faction attachée à leur famille leur déféra l'autorité. Les deux frères ne cherchèrent point d'abord à en faire sentir le poids ; et pendant sept années, Florence conserva une assez grande paix intérieure sous le gouvernement auquel ils prêtaient leur nom. Mais , parvenus à un âge plus mûr, ils attirèrent à eux tout le pouvoir. Entre les familles illustres que renfermait encore Florence, et qui portaient ombrage aux Médicis, celle des Pazzî tenait le premier rang. Gosme P^ ^vait voulu s'attacher par les liens du sang cette maison puissante. Il avait fait épouser à Guillaume Pazzi sa petite-fille Blanche, sœur de Laurent et de Julien. Laurent avait suivi, à l'égard des Pazzi , une politique toute contraire ; il n'avait rien épargné pour ruiner leur fortune et leur crédit. François Pazzi, l'aîné des beaux-frères de Blanche, fuyant cette persécution, alla s'établir à Rome, où il avait un de ses principaux comptoirs de commerce. Sixte lY, et son neveu Jérôme Riario,mécontens des Médicis qui avaient secouru contre eux un seigneur de la Romagne , se lièrent étroitetemént à François Pazzi. Le projet de changer le gouverne^ ment de Florence par le meurtre des Médicis fut arrêté entre
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JFrançoîs Pazzi et Jérôme Riario (i). François Salviati, nommé par le pape archevêque de Pise , et que les Médicîs refusaient de reconnaître, entra dans cette conjuration. François Pazzi s'étant rendu à Florence, associa à ses desseins son oncle Jacob, chef de sa famille. Les conjurés attaquèrent Laurent et Julien, le 26 avril 1478, dans Téglise cathédrale. Julien fut tué ; mais Laurent se déroba aux meurtriers. L archevêque Salviati vint pendant ce temps pour s emparer du palais public ; mais il échoua dans sa tentative ; le gonfalonier César Petrucci le fit saisir, et pendre aux fenêtres du palais. Le peuple de Florence, qui aimait les Médicis, les vengea par le supplice de tous les coupables qui tombèrent entre ses mains.
La conspiration ayant échoué, le pape Sixte IV fit ouvertement la guerre aux Florentins : il s'allia à Ferdinand, roi de Naples , et les Florentins à Bonne de Savoie , régente du duché de Milan. Mais Ferdinand sut donner de l'occupation à la régente , en soulevant Gênes contre Milan. Les Vénitiens étaient disposés à secourir les Florentins ; mais , épuisés par une guerre contre les Turcs , ils ne purent témoigner aux Médicis qu'une bienveillance stérile. Les Florentins, abandonnés à eux-mêmes, furent défaits, en i479î au Poggio-Impériale, par le fils de Ferdinand, Alphonse, duc de Galabre, qui S'empara de la plupart de leurs forteresses. Laurent de Médicis, malheureux dans ces deux premières campagnes, ne perdit point courage : de concert avec les Vénitiens, il songea à ranimer le parti d'Anjou dans le royaume de Naples, pour l'opposer à Ferdinand. Une fille de René d'Anjou, Yolande, avait épouTsé Ferry, comte de Vaudemont. De ce mariage était né René de Vaudemont, qui, après la mort de Jean , son oncle, et de ses deux cousins , Jean et Nicolas , devenait l'héritier des droits de la maison d'Anjou. Des envoyés de Florence et de Venise allèrent
(i) La liberté expirante de Tltalie protestait alors de toutes parts contre la tyrannie par des conspirations. £n trois ans , on en compta une à Ferrare , deux à Gènes , une à Milan et une à Florence.
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fS^t ABRÉGÉ DE LHISTOIRE GÉNÉRALE
le chercher en Lorraine. Tandis qu'on négociait avec lui , Laurent de Médicis reçut des ouvertures de paix de la part du duc de Calabre. Des dissentimens s étaient élevés entre le pape et Ferdinand au sujet de la guerre de Florence. Laurent se rendit à Naples, où il signa la paix en 1480. La même année, le pape, effrayé de l'invasion des Turcs et de la prise d'Otrante, se réconcilia avec les Florentins, à condition qu'ils armeraient quinze galères contre les infidèles. Ainsi se termina la guerre née de la conjuration des Pazzi.
Depuis cette époque, Laurent vécut, jusqu'en 1 493, aimé dans Florence, considéré au dehors , et s'efforçant de tenir la balance entre les puissances de l'Italie. Son goût pour les lettres et pour les arts lui valut le titre de Père des Muses. ( Voyez ci-dessous, IP période , chap. IL )
Quant au surnom de Magnifique^ bien qu'il ne lui fût donné par ses concitoyens et par les écrivains de son temps que comme un titre d'honneur commun à tous les princes qui n'en avaient pas d'autre, aux condottieri et aux ambas* sadeurs , il le méritait, dans son acception véritable , par son faste et ses prodigalités. Ce luxe , joint à la mauvaise gestion de ses affaires commerciales , absorba entièrement l'immense fortune des Médicis. Pendant plusieurs années, les revenus de l'état servirent à couvrir leurs pertes ; et enfin , pour empêcher leur banqueroute y¥\ovexïce n eut pas honte défaire banqueroute elle-même ( 1490)' L'intérêt de la dette publique, alors fixé à trois pour cent, fut réduit de moitié. Une foule de fondations charitables furent supprimées. La seigneurie ne voulut plus recevoir les espèces en circulation qu'à un cinquième au-dessous de leur valeur nominale, en payement des impôts , et continua de les émettre à leur pleine valeur. C'est ainsi que la fortune de Laurent fut sauvée , aux dépens de la patrie. Un monarque absolu n eût pas disposé plus souverainement de l'argent de ses sujets. Mais Florence n'avait plus que le nom de république , et le patronage des Médicis s'était changé peu à peu en souveraineté.
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État Romain ( 14^9-1492 )•
L'abdication de lanti-pape Clément VIII mît fin, en i4^gj au schisme de cinquante-un ans, commencé en 1378 par l'élection d'Urbain VI et de Clément VIL Martin ^ resta alors seul pape. Il convoqua en i43i le concile de Bâle^ et mourut la même année. Son successeur, Eugène IF^ alarmé des atteintes que le concile portait à son autorité , lui opposa successivement ceux de Ferrare et de Florence. Cette démarche du pontife occasionna un nouveau schisme. Les pères de Bâle déposèrent Eugène IV, et élurent à sa place Amédée deSavoie , sous le nom de FéHx V. Eugène IV mourut en 1 447» Sous son successeur, Nicolas V^ Félix V renonça en i449^u pontificat. Le concile de Bâle, retiré à Lausanne, se sépara, et la paix fut rétablie dans TEglise. En i438 , les Français avaient adopté plusieurs décrets du concile de Bâle par la faLiaevise pragmatique- sanction que le roi Charles VII fit rédiger à. Bourges, L'exemple des Français avait été suivi par les Allemands, qui, en i439, reçurent les mêmes décrets à la diète de Majence. Depuis ce temps ^ les papes durent faire tous leurs efforts pour obtenir la révocation de ces pragmatiques. Nicolas V y réussit en 1448" pour celle de Mayence, à laquelle fut substitué le concordât germanique. ( Voyez Y Histoire (T Allemagne.) La joie qu'il ressentit de cet événement fut troublée, en i453, par la conjuration de Stéphane Porcari^ qui voulait rétablir dans Rome le gouvernement républicain, et par la grande catastrophe qui, la même an* née, fit trembler toute la chrétienté. Le complot de Porcari fut étouffé. Mais Nicolas V, après avoir adressé aux fidèles de stériles exhortations pour la délivrance deConstantinople^ mourut ( 1455 ) avant d'avoir aplani les difficultés qui s'opposaient à l'entreprise d'une guerre sainte. Ce pontife, un des plus savans hommes de son siècle , dut aux lettres et aux sciences son élévation, et doit la plus grande partie de sa gloire à la protection qu'il leur accorda. Il eut pour successeur Alphonse Borgia ^ évêque de Valenee, sa ville natale^
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et qui prit le nom de Calixte III. Il fraya le chemin des^randeurs à cette maison Borgia, qui reçut d* Alexandre VI et de César Borgia une si triste célébrité. Aussitôt après son élection , il envoya des prédicateurs par «toute l'Europe pour eiî- . gager les chrétiens à s'armer contre les Turcs. Le duc de Bourgogne et le roi d'Aragon prirent la croix dans un acc^ de ferveur; mais la réflexion dissipa bientôt cet enthousiasme d'un moment. Le zèle des croisades était éteint pour jamais; et quelques galères du pontife qui ravagèrent les provinces maritimes des Ottomans , y portèrent moins l'effroi de soi^ nom que le témoignage de sa faiblesse. Calixte III , après c^s louables efforts, mourut en i458. LecélèbrciËneasSylvius Piccolomini lui succéda sous le nom de Pie IL Les dangers^ de la chrétienté devenaient chaque jour plus pressans. £n 1459, Pie II tint à Mantoue une assemblée de princes et de prélats pour aviser aux moyens de réprimer les infidèles. On y vit paraître des députés du Péloponèse, de Rhodes, de Chypre, de Lesbos , d'Épire et d'IUyrie. La diète répartit solennellement, entre les différentes nations de l'Europe, les frtis de la croisade future ; mais les discordes des chrétiens et des révolutions imprévues firent avorter ce grand projet. Le pontife ne fut point découragé par ce mauvais succès ; par une bulle du 22 octobre 146 3, il invita tous les chrétiens à se croiser, et fixa le rendez- vous à Ancône. Arrivé dans cette ville pour se mettre lui-même à la tête de la croisade, il n'y trouva qu'une multitude sans chefs , sans argent et sans armes. Il mourut le i4 aoAt i464î et la croisade fut abandonnée. Nicolas V avait détruit la pragmatique de Mayence. Pie II obtint de Louis XI la révocation de celle de Bourges. (Voyez X Histoire de Loids XL) Paul Ilmonta après lui sur le trône pontifical. Dès le commencement de son règne, Paul II assembla un consistoire pour délibérer sur la guerre sacrée ; mais ses bonnes intentions furent sans résultat. En i465 , il fournit quelques soldats à Scanderbeg, qui vint à Rome implorer ses secours. En 1471 > il obtint de la diète de Ratisbonne la promesse d'un puissant armement , et excita le tartare Ussum«Cassan, qui régnait en Perse, à faire
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la guerre à Mahomet II : mais, comme Pie II et Galixte III, Paul II mourut au moment où il pouvait espérer la délivrance* d# la chrétienté. Le cardinal François de la Rovère, fils d'un pêcheur, fut élu pour lui succéder, et prit le nom dfe Sixte IV. Il donna moins d attention que ses prédécesseurs aux progrès des Turcs, et s'occupa plus de ses intérêts par** ticuliers que de ceux de la chrétienté. Né d'une famille pauvre , il songea principalement à l'enrichir. Il avait quatre neveux, dont l'élévation fut l'objet de ses soins. L'un de ces neteux, le cardinal Julien^ qui , depuis , dans un âge avancé, se montra le plus belliqueux des pontifes , fit alors son ap« prentissage de l'art militaire contre Nicolas Vitelli, prince de Citta di Castello, un des seigneurs delà Romagne. Pour maintenir l'indépendance de sa petite souveraineté, Vitelli demanda du secours aux Florentins; et Julien n'ayant pu le réduire par la force , lui accorda une capitulation honorable (i474)« Sixte IV ne pardonna point aux Médicis d'avoir traversé ses projets, et trois ans après il entra dans la conjuration des Pazzi. (Voyez ci-dessus l'article Florence,) L'issue de ce complot n'ayant point satisfait ses ressentimens, il déclara la guerre aux Florentins. Elle fut terminée en 1480, par un traité que lui arracha la crainte d'une invasion des Turcs. Il mourut en 1484. Comme Pie II et Nicolas V, il ainia les lettres , il protégea les savans. Les monumens qu'il a laissés pour l'embellissement et l'utilité de Rome rendent à jamais son nom mémorable ; mais sa faiblesse pour ses parens a terni l'éclat de ses œuvres et de ses belles qualités. Inno" cent VIII lui succéda. Ce pontife débonnaire eut le malheur d'être toujours gouverné par d'indignes favoris, qui mirent tout à prix d'af gent. Il fit peu de mal par lui-niême , mais il le laissa faire. Né dans un siècle corrompu , ses mœurs avaient été peu réglées avant sa réception dans les ordres, et ses exemples n'étaient point propres à corriger la dépravation pubUque ( 1492). Après Innocent VIII, il eût fallu l'austère vertu d'un saint Léon ou d'un Grégoire pour rappeler le respect des peuples qui s'éloignait du trône pontifical. Dieu permit qu'il f&t occupé par Borgia, qui, sous le nom d*^-
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lexandre VI ^ déshonora onze ans la chaire de Saint-Pierre. ( Pour rhistoire de ce pontife et de ses successeurs, jusqua la clôture du concile de Trente , voyez X Histoire des guerres d* Italie et celle du luthéranisme. ) .
Venise (i454-i484).
La prise de Gonstantinople par les Turcs devait être un coup plus terrible pour Venise que pour tout le reste de ritalie. La puissance ottomane menaçait d une ruine prochaine les colonies des Vénitiens dans TOrient. Cependant, pour les protéger, ils préférèrent d'abord la voie des négociations à celle des armes, et ils envoyèrent , les premiers, un ambassadeur à Mahomet U. Ils conclurent en 1434? ^"^^^ '^ sultan, un traité de paix et de bon voisinage, en vertu duquel ils continuèrent à avoir, comme sous les empereurs grecs, un bayle à Constantinopje, pour y faire les fonctions d'ambassadeur, et juger les différends des Vénitiens établis dtns les états du grand-seigneur. Mais la paix ayant été rompue en 1 463, ils soutinrent contre Mahomet II une guerre de seize années, terminée, en i4799 P^^ ^^ traité peu oné^ reux, mais en même temps peu honorable pour la république. ( Voyez X Histoire de Mahomet IL ) Ce fut pendant cette guerre que les Vénitiens firent l'importante acquisition de l'île de Chypre* Celte île avait été donnée en 1 192, par Richard-Cœur-de-Lion, à Gui de Lusignan, qui la transmit à ses descetidans. Le dernier d'entre eux, Jean III, mourut en 1458, laissant une fille unique nommée Charlotte , qui lui succéda dans ce royaume, et qui fit aussi couronner roi son époux, Louis de Savoie, frère du duc Amédée IX» Un bâtard de Jean III , nommé Jacques, soutenu par le soudan d'Egypte, Malek-Ella, dont les rois de Chypre étaient tributaires, détrôna, en 1460, Charlotte et son époux. L'usurpateur , menacé par les chevaliers de Saint- Jean et les Génois, qui s'intéressaient aux rois détrônés , se ménagea l'appui des Vénitiens en épousant Catherine Comaro^ fille d'André Cornaro,
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DES TEMPS MODERNES. l6g
patricien de Venise ( 1471 ). Le sénat, pour honorer ce mariage, adopta Catherine j et la déclara fille de Saint-Marc, ou de la république. Jacques mourut deux années après. Catherine étant odieuse aux Cypriotes en qualité d étrangère , les Vénitiens, au nom de cette reine, réduisirent l'île sous leur dépendance en i474> et ne laissèrent à Catherine que la pompe de la royauté. Ils l'engagèrent même depuis à venir abdiquer à Venise (i485r), et à se contenter d'une pension qu'on lui assigna. Enfin, en 14905 ils assurèrent leur conquête ,^ en obtenant du sultan d'Egypte l'investiture de l'île de Chypre^
En 1482 , l'un des neveux de Sixte IV, Jérôme Riario , prince d'Imola et de Forli , se ligua avec les Vénitiens pour attaquer le duc de Ferrare. Riario voulait s'agrandir , et Venise maintenir ses prétentions exclusives au monopole du sel qui provenait des lagunes; prétentions que ne respectaient pas toujours les sujets de la maison d'Esté. Cette guerre par* tagea l'Italie. Gênes et le marquis de Montferrat embrassèrent le parti des Vénitiens; le roi de Na pies, le duc de Milan et les Florentins se déclarèrent pour le duc de Ferrare. Bientôt Riario abandonna les Vénitiens pour s'attacher à la ligue opposée. Venise n'en continua pas moins la guerre. Elle la porta en 1484 dans lés états du roi de Naples , et sa flotte s'empara de Gallipoli et de Policastro. La même année, on traita de la paix à Bagnolo ; elle fut conclue à condition que le duc Hercule d'Esté rétablirait les Vénitiens dans toutes les prérogatives qu'ils réclamaient, et qu'il leur céderait la Polésine et le territoire de Rovigo. Les villes enlevées à Ferdinand devaient être rendues dans le terme d'un mois, et Ferdinand confirmait, en retour, aux Vénitiens, tous leurs privilèges de commerce dans ses états. Ainsi , cette république saisissait avec une merveilleuse adresse toutes les circonstances qui pouvaient favoriser ses vues d'agrandissement. Puissante sur. teiTe , elle était dominatrice sur les mers , où plus de trente mille matelots naviguaient sous ses pavillons. Mais le temps de sa décadence approchait , et le commerce de l'Asie , détourné de son cours antique, allait enrichir d'autres nations»
Milan et Gênes ( i^^'^-i^go).
Un laboureur de Cotignola , nommé Attendulo , ayant abandonné ses champs dans le commencement du quinzième siècle, se fit soldat , passa rapidement par tous les degrés militaires , et , devenu le plus fameux capitaine de l'Italie, rassembla jusqu'à sept mille volontairessous ses enseignes. Il vendit ses secours ( i ) aux princes de son temps. Ce fut lui qui déHyrai Jeanne 11^ reine deNaples , assiégée par Alphonse d'Aragon dans un des châteaux de sa capitale. Il parvint par sa valeur aux dignités de connétable du royaume de Naples et de gonfalonier de l'Eglise romaine. Une mort malheureuse termina son honorable carrière : son cheval le précipita dans un gouffre où il fut noyé. Il avait changé son nom d' Attendulo contre celui de Sforze , qu'il transmit à son fils naturel, François Sforze^ héritier de ses talens et de son courage. François avait épousé Blanche , fille naturelle de Philippe Marie, dernier duc de Milan , du nom de Visconti. Philippe étant mort en i447 ? Sforze prétendit lui succéder. Il trouva quatre concurrens : le dua de Savoie , le roi de Naples , la république de Venise, et Charles d'Orléans, petit-fils du duc Jean Galeas Visconti, par Valentine , sa mère, qui avait épousé Louis d'Orléans , frère du roi Charles VI. Les Milanais, pour les mettre d'accord, prirent le parti d'abolir la puissance ducale, et de s'ériger en
(1) L'Italie n'avait alors d'autres milices que des bandes mercenaires , qui , sous des aventuriers nommés condottieri, vendaient leurs services dans les querelles des villes ou des princes. Sforze , Êraccio , comte de Pérouse, et Caldora^ duc deBarî, furent, dans le quînzièijle siècle ^ les plus célèbtes de ces chefs de bandes. Leurs troupes formèrent trois sectes militaires , appelées , du nom des fondateurs , Sforzesca , Braccesca et Caldoresca, La milice caldoresque fut d'un grand poids dans les guerres pour la succession de Naples. La Lom» hardie , la Toscane et la Romagne furent le théâtre des braccesque» et des sforcesques , avec lesquels marchaient confondues toutes le& autres compagnies de moindre importance.
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république. Ds nommèrent des magistrats pour les gouverner , et donnèrent à François Sforze le commandement de leurs troupes. Les avantages qu'il remporta sur les Vénitiens justifièrent ce choix ; mais^ces avantages layant rendu suspect aux Milanais , il traita avec les Vénitiens en i448 ? leur rendit tous les captifs, leur céda le pays de Crème et la Ghiar^ d'Âdda , à condition qu'ils l'aideraient à conquérir les ét^t^ qu'avait possédés Philippe Marie. Il tourna ensuite ses arme;» contre les Milanais. Après une guerre de deux années , il y eut dans Milan (i45o) un soulèvement en sa faveur , et il y fut reconnu en qualité de duc et de prince. En i452 , les Vénitiens lui déclarèrent la guerre. Le traité de Lodi y mit fin en 1454. Sforze régna jusqu'en i466. Les plus grands princes redierchaient son alUance. Sa fille Hyppolite épousa Alphonsç^ fils de Ferdinand , roi de Naples. Il était intimement uni à Louis XI, qui lui céda la ville de Gênes en i464) et reçut en retour , pendant la guerre du bien public , quinze cents hommes d'armes et trois mille fantassins commandés par Galeas Sforze, Ce prince était encore en France lorsqu'il apprit la mort de son père. Il se hâta de repasser en Italie, et de s'assurer, par sa présence, de la soumission des Milanais. Il resta fidèlement attaché à la France , et il cimenta par un mariage son alliance avec Louis XI : il épousa en 1468 Bonne de Savoie , belle-sœur de ce moparque. Enorgueilli de cette noble union, il régna despotiquement. Des mécontens le tuèrent en 1476 dans l'église de Saint- Ambroise. Son fils Jean Galeas, âgé de huit ans , fut reconnu duc de Milan sous la régence de sa mère. Les oncles du jeune prince troublèrent l'état. Ik étaient jaloux du calabrois Cecco Simoneta , qui , ministre sous François Sforze et sous Gale as , l'était encore sous la ré-» gente. Le ministre l'emporta, et les fit exiler (i477^' En 1478 j^ les Florentins ayant demandé aux Milanais du secours contre le roi de Naples , celtii-ci , par le moyen de Prosper Adomo ^ souleva Gênes contre la régente. Les Génois triomphèrent d'une armée milanaise, et recouvrèrent leur liberté. Prosper Adomo, l'auteur de cette révolution , ayant abusé de sa victoire, en fabant périr quelques-uns de ses ennemis, se trouva
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tout-à-coup sans partisans. Il fut oblige de quitter la ville, et Baptiste Frégose fut proclamé doge et reconnu par tous les partis. En i47&) ^^ des oncles du duc Galeas , Ludovic Sforze ^ plus connu sous le nom de Ludovic-le-More, se rendit maître de Tortone. Les ennemis du ministre Simonetà Fayant appelé à Milan, if y entra en s'ànnonçant comme ser- TÎ^èur de la duchesse , et comme un défenseur fidèle; mais bientôt il fit arrêter Simonetà, qui fut d'abord enfermé au château de Pavie, et mis à mort un an après. En 1480, Ludovic fit déclarer majeur son neveu Jean Galeas Marie, quoiqu'il ne f&t âgé que de douze ans. La duchesse fut éloignée des affaires , et se relira de Milan. Depuis ce temps , Ludovic gouverna sous le nom de son neveu* En i488 , il se fit dans Gênes une révolution qui remit cette ville sous la domination des Milanais. Mais comme un parti avait peu auparavant invoqué la protection du roi de France , en lui offrant la seigneurie de Gênes , Ludovic , pour concilier ses prétentions avec celles de son puissant voisin , demanda à tenir Gênes comme un fief de la couronne de France, et il en fut investi en 1490 à cette condition. (Voyez, dans la section suivante, le reste de X Histoire de Ludovic, mêlé à celle de Charles FHL ) (i)
(i) Nous n'avons parle que des principaux états de Vltalie; les autres ne nous paraissent pas mériter la même attention : nous nous bornerons à en remarquer l'existence. Les comtes de Savoie, dont Fantique maison devait jouer dans la suite un r6le si brillant , n'étaient' alors qu'au second rang parmi les puissances italiennes. Ils étaient attachés à la France. Le duc Philippe II servit utilement Charles VIII dans les guerres d'Italie : le roi le fit grand-cbambellan et grandmaître de sa maison. Les marquisats de Mont/errât et de Salaces^ n'étaient point encore réunis à la Savoie. Parme et Plaisance faisaient momentanément partie du Milanez. La maison d'i?5/e régnaitr à Ferrarcy Modène et Beggio, les Gonzague à Mantoue , les Pics à la Mirandole , les Malatesla à Rimini , les Malespina à Massa et à Carrare, les Grimaldi k Monaco, les Monlejeitro k Urbin <, etc., Tousces états, ainsi que les petites républiques de Sienne ei àeLucque^%. étaient entraînés dans le tourbillon des affaires générales.
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SECTION III
Depuis le départ de Charles VIII pour Fltalie jusqu'à sa mort (1494-1498).
Après avoir confié la régence à la reine et au sire de Beaujeu , Charles F^IIIpaLTÙl de Lyon le 127 août i494' Un corps d'infanterie nationale , un autre de Suisses et d'Allemands , une gendarmerie vaillante et nombreuse , une artillerie considérable, lui promettaient un succès rapide ; mais le nerf de la guerre manquait à cette redoutable armée. Les énormes dépenses de l'expédition , les trésors prodigués pour obtenir la paix des princes voisins ^u royaume, avaient épuisé les finances , et des emprunts onéreux, contractés à Gênes et à Milan, furent les premières opérations de cette ruineuse entreprise. Le jeune prince ne s'arrêta point à cet obstacle : Blanche , duchesse douairière de Savoie, sa proche parente et son alliée, lui ouvrit les passages des Alpes , et les Français entrèrent en Italie. La plupart des puissances de ce pays y désiraient leurarrivée. Nous avons dit dans.quel coupable dessein Ludovic les avait appelés. D'un autre côté , le duc Jean Galeas , son prisonnier, se flattait que la présence de Charles VlIIpourrait changer son sort. Le duc de Ferrare espérait, dans le trouble futur, recouvrer la Polésine de Rovigo que la paix de Bagnolo lui avait ravie. ( Voyez ci-dessus \ Histoire de Venise.) Les Florentins voulaient secouer le joug des Médicis. Le pape Alexandre VI, d'abord allié de Ferdinand, par des vues d'intérêt , semblait alors favorable aux Français , dont il croyait pouvoir attendre davantage. Les Vénitiens souhaitaient l'abaissement de la maison d'Aragon , et les nombreux ennemis de cette maison dans le royaume de Naples aspiraient à se venger d'une longue oppression. * De la cour de Turin, où il fut reçu avec magnificence, Charles se rendit à Asti, qui appartenait au duc d'Orléans, du chef de Valentine , son aïeule. Il y tomba malade : on trembla pour ses jours ; mais sa prompte guérison calma les
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frayeurs de rarmée, et la nouvelle d'un double succès vînt augmenter la joie qu'excitait son heureuse convalescence.
Au milieu de ses préparatifs de défense , Ferdinand était mort le 25 janvier 1494- Alphonse ^ son fils aîné, lui avait succédé. Cwnme père et comme roi, il était l'ennemi de Ludovic ; il avait formé le projet de l'accabler avant l'invasion des Français, croyant trouver dans cette résolution hardie ou son salut, ou sa vengeance, ou peut-être l'un et l'autre à la fois. Sous les ordres de Frédéric, son frère, et de Ferdinand, son fils, il envoya une flotte sur les côtes de la Ligurie , et une armée sur les frontières du Milanez. Mais l'activité et la valeur françaises firent échouer cette expédition , et deux échecs forcèrent promptement les Napolitains à la retraite. Ce fut sous ces auspices que le roi partit d'Asti pour s'avancer vers Pavie. Le château de cette ville était la prison de Galeas et lie son épouse Isabelle. Le roi voulut voir le jeune duc. Galèas était mourant : l'abus des plaisirs, ou, selon l'opinion la plus commune , un poison lent , donné par Ludovic, avait avancé le terme de ses jours.
L'aspect de Charles VIII sembla ranimer son cœur abattu ; mais la présence de Ludovic étouffa ses plaintes prêtes à s'exhaler, et il ne parla que par ses soupirs et par ses larmes. Au milieu de cette scène touchante, Isabelle, échappée à ses surveillans, vint se jeter aux pieds du monarque, et l'implorer pour son époux ^xpirant, pour son fils au berceau, pour son père menacé des arn^es de la France, sans les avoir provoquées par aucune injure. Charles répondit avec émotion et avec embarras que ses desseins étaient trop av^ncéis pour pouvoir être abandonnés, et, s'efforçant d'être insensible, il s'éloigna de ce lieu de douleur. Ludovic le suivit à Plaisance; mais, ayant appris dans cette ville la mort de Jean Galeas, il se hâta d'aller saisir son héritage. Il courut à Milan, dont le sénat vendu le proclama nécessaire à la patrie, et l'invita à prendre la couronne. Galeas laissant un fils âgé de cinq ans , l'usurpateur affecta d'abord une hypocrite résistance ; ensuite , comme s'il eût cédé au vœu public, il revêtit les insignes de la souveraineté, et parut se résigner au trône qu'il convoitait
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depuis vingt ans. Après cette révolution , il osa rejoindre les Français. L armée était indignée de ses forfaits; elle brûlait de len punir. On conseillait au roi de se préparer à l'expédition deNaples par la conquête du Milanez; mais Charles, persistant dans ses premiers desseins , ménagea Toflieuse et incertaine amitié de Ludovic, et poursuivit sa route vers Naples. Pierre de Médicis , chef de la république de Florence, était allié d'Alphonse II. Si les Florentins se fussent opposés au passage de Charles VIII , ce prince courait un grand péril. Déjà Farmée éprouvait de pressans besoins , et il fallait recourir à de nouveaux expédiens de finances. On peut en outre conjecturer, sans faire injure à Ludovic, que le danger des Français eût hâté la trahison que sa prudence perfide différait encore : mais deux partis divisaient Florence, et leur discorde fut favorable à Charles VIII.
Jérôme Sasfonarole ^né àFerrare en 14^^ 9 s'était consacré de bonne heure à la vie religieuse. Son imagination ardente &*échauffa dans les méditations de la soUtude, et, Tan i483, il se crut appelé , par une voix secrète et prophétique , à réformer la chrétienté. Il commença sa mission à Brescia en prêchant sur l'Apocalypse. Enfin , en 1 489 , 11 alla se fixer à Florence.^ et cette ville fut pendant huit ans le théâtre de ses prédications, avant de l'être de son supplice (i). Témoin de la corruption de son temps , soit préoccupation , soit prévoyance , il annonçait d'étranges calamités prêtes à fondre sur l'Italie. Il invitait ses concitoyens à conjurer, par une vie meilleure, les vengeances célestes. Du reste, comme Arnaud ^e Bresse , il mêlait la politique et la religion. Enthousiaste dans la chaire,
(i) SaTonarole se fit un grand nombre d'ennemis à Florence : il s attira aussi la haine d* Alexandre VI par ses prédications contre la cour de Rome. En 1498 , le parti contraire à ce réformateur étant arrivé au pouvoir, le pape envoya à Florence deux juges qui, se joignant au tribunal des huit , composé d'ennemis de Savonarûle , le condamnèrent au feu comme hérétique , schismatique et séducteur des peuples. Il fut brûlé sur la place publique avec deux de ses disciples.
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176 ABREGE DE l'hiSTOIRE céNERALS
il fut tribun sur la place publique. Même sous Laurent-le- Magnifique, il osa revendiquer, au nom de la multitude, le rétablissement de lantorité populaire. Sous Pierre^ successeur de Laurent, sa hardiesse s*accrut avec son crédit : il devint ridole du peuple, et le chef du parti contraire aux Médicis. Lorsque Charles s'approcha des terres de Florence, il s'écria que ce prince était l'envoyé du ciel , et l'instrument prédestiné de la réforme de l'Eglise : Dieu conduisait ses pas, et devait abaisser devant lui tous les obstacles. Pierre de Médicis , effrayé de la fermentation causée par ces discours , et ne pouvant lutter à la fois contre l'agitation intérieure et l'agression étrangère , fit nommer par la république une ambassade , à la tête de laquelle il alla trouver le roi de France à Pontremoli. Rompant tous ses engagemens avec Alphonse II, il offrit à Charles le passage et des vivres; mais le monarque, pour gage de sa fidélité, exigea la remise de toutes les places de la Toscane, promettant toutefois de les restituer après la guerre ; et Pierre souscrivit à cette condition. Il est des occasions fatales qui ne laissent que le choix des fautes et du blâme. Lorsque Médicis revint à Florence, il n'était plus l'allié d'Alphonse , l'ennemi de Charles : il fut un traître à la patrie. On se révolta contre le lâche qui avait signé la honte de son pays, Pierre fut obligé de s'enfuir avec ses frères Jean et Julien, et se retira à Venise. Alors Florence se constitua en aristocratie , et la seigneurie lança contre les Médicis un décret de proscription , les déclara rebelles , confisqua leurs biens , et mit leur tête à prix. La lâcheté de Médicis ne fut que le prétexte de cette révolution. Après tant de fureurs , on fut trop heureux d'obtenir la confirmation du traité qu'il avait conclu. Des ambassadeurs florentins allèrent trouver le roi à Pise. Là , Savonarole , qui faisait partie de l'ambassade , avec cet accent d'inspiration qui lui était famiher, invita le monarque à entrer dans cette terre que lui livraient les arrêts du Ciel ; mais en même temps il l'exhorta à la clémence , et lui proposa pour exemple la miséricorde du Dieu qui l'appelait à de hautes destinées. Charles promit d'arranger toutes choses à la satisfaction des Florentins. Cependant il n'était déjà plus
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en son pouvoir de tenir sa promesse. Les Pisans, tombés aiepuis près d un siècle sous la domination florentine, Favaient accueilli comme un libérateur ^ et sur un mot peu réfléchi du monarque , ils avaient proclamé leur indépendance. Ijorsqu'il entra dans Florence, il trouva le peuple irrité de cet attentat à la souveraineté de la république. Le ton impérieux qu'il afFecta, et ses instances pour le rappel des Médicis , achevé* rent d'indisposer les esprits, et une sédition était imminente; mais il la prévint par de prudentes concessions ; et il préféra Futile secours d un subside de 1 20,000 écus à la prétention glorieuse de protéger une famille bannie.
En quittant Florence , il se dirigea vers Sienne , où il laissa garnison. Enfin, au commencement de décembre, il entra sur les terres de l'Eglise. Alexandre VI avait participé aux négociations qui avaient appelé Charles YIII en Italie ; mais depuis , ayant obtenu des conditions avantageuses de la maison d'Aragon , et assuré à ses fils de brillans apanages dans le royaume de Naples , il avait changé de parti. Efirayé des rapides succès de Charles VIII , il cherche à négocier avec le jeune conquérant : il lui envoie, il en reçoit une ambassade. Tout à coup , rassuré parla présence d'une armée napolitaine, il rompt la négociation , et fait arrêter les envoyés finançais : violence non moins contraire à la prudence qu'au droit des gens. Bientôt les Napolitains vaincus se retirent, et le pontife , assiégé dans le château Saint- Ange , est réduit à signer un traité désavantageux , qu'à la vérité il se propose de rompre dès qu'il pourra le faire impunément. . Par ce traité , on exige qu'il livre trois de ses forteresses jusqu'à la fin de la guerre ; que César Borgia , son fils, suive les Français comme otage , et que , pour seconder Charles dans ses projets contre la Turquie , on remette entre ses mains le prince Zizim, frère et ennemi du sultan Bajazet II, et qui, parles vicissitudes de son . étrange destinée ( voy. ï Histoire de Turquie) y se trouvait alors au pouvoir du pontife. Alexandre accorde tout, et Charles part de Rome , le a8 janvier, accompagné de trois princes qu'il prétend faire servir à ses desseins : André Paléologue, neveu du dernier empereur d'Orient, et qui lui a cédé de
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lyS JkBKBGé DE L HISTOIRE GélYERALE
Tains droits sur un trône abattu ; le prince Zizim et César Borgra : mais celui-ci s'échappe furtivement à Velletri , et Ziaim meurt quelques jours après. On publia qu'il avait péri empoisonné , qu'il portait la mort dans ses veines lorsqu'il fut livré à Charles VIII , et que 3oo,ooo ducats donnés au pape par le sultan avaient été le prix du crime. Quoi qu'il en soit de jCette imputation, l'opinion publique accusait Alexandre. La fiiite de Borgia était un éclatant témoignage de la mauvaise foi du pontife ; et Charles ne put plus douter de sa perfidie, lorsqu'il apprit qu'il traitait avec les souverains de l'Espagne, Isabelle et Ferdinand-le-Catholique. Mais le sort en était jeté; rien ne devait le détourner de ses desseins sur le royaume de Naples. Le bruit de sa marche victorieuse venait d'y causer une révolution.
Alphonse II, prince avare et cruel , était haï de ses sujets. Leurs malédictions, qu'il avait étouffées aux jours de sa puissance, s'élevèrent en liberté autour d'un trône odieux et chancelant. Cédant aux cris d'un peuple en fureur , au trouble de sa conscience, à des craintes superstitieuses, il abdiqua le 23 janvier, et alla porter ses remords au fond d'un cloître , où il mourut la même année. Ferdinand II, son fils et son successeur, avait du courage; mais il ne put le communiquer à ses soldats. Sur les bords du GariHan^ à San-Germano ^ à CapouCy dans toutes les rencontres , ils montrèrent la plus honteuse lâcheté. Ce malheureux prince , abandonné sur les champs de bataille, fut sur le point d'être trahi dans sa capitale. Un parti, d'accord avec la garnison, voulait l'arrêter et le vendre aux Français. Averti de ce lâche complot , il s'échappa secrètement de son palais , s'embarqua avec sa femme et la reine son aïeule, et alla dans l'île d'Ischia attendre des temps plus heureux.
Charles s'avançait rapidement (i). Les Napolitains lui en-
(i) « Et par ainsi , poursuit son chemin d^une marche très-asseurée , espouvantant toute l'Italie du seul sentiment de sa venue ; enyoye ses mareschaux-des-logis et fourriers devant , la craie en main, marquer les logis comme il leur plaist : sans aucune rencontre ny résis*
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voyèrent porter leur soumission et les clefs de leur ville ; et il y entra le 21 février, aux acclamations d'un peuple immense qui semait des fleurs sur son passage , et l'appelait le libérateur de lltalie. Il fut enivré de sa fortune : au lieu de la consolider par la modération , par de sages mesures , il ne songea qu à en jouir , et fit tout ce qu'il fallait pour la détruire. Uniquement occupé de plaisirs et de fêtes, il sembla ne pas s'apercevoir que Reggio , Bari , Gallipoli et d'autres places tenaient encore pour Ferdinand, et ne daign^ pas même les sommer de se rendre. Des injustices ou des imprudences aliénèrent bientôt le cœur des Napolitains. La noblesse presque tout entière s'était empressée de venir saluer le nouveau roi : pour prix de son zèle et de ses hommages, elle se vit dépouiller d'une partie de ses fiefs , qui devinrent la proie des courtisans de Charles. Le peuple n'avait pas témoigné moins de joie que les seigneurs; mais l'indiscrète arrogance des vainqueurs offensa son orgueil et ses préjugés. Tandis que son premier enthousiasme faisait place au regret et à la haine , Charles , plongé dans une inconcevable sécurité, ou l'affectant peutêtre , étalait dans Naples les pompes de la triple domination dont l'espoir l'avait ébloui. Il voulut se faire reconnaître empereur d'Orient, roi de Naples et de Jérusalem ; et, le i3 mai, il fit une entrée solennelle, revêtu du manteau impérial , un sceptre dans une main, et dans l'autre un globe d'or. Cependant jamais il ne devait voir ni la Grèce (i) ni la Palestine,
tance de porte fermée, chacun luy faict place. » (Brantôme, Fie des grands Capitaines J'rançais.)
(i) « La Grèce fut agitée, vers la fin du quinzième siècle, d^un mouvement qui prouve que la vie n était pas encore éteinte dans ce peuple vaincu. En 1496 , Charles YIII avait traversé l'Italie pour conquérir Naples. Les troupes de France avaient dissipé sans peine les bandes mercenaires des condottieri. Charles , jeune et vainqueur , s'était enivré d'un projet de délivrer FOrient.... Il devait marcher d'Otrante sur Yalonne dans la haute Albanie , et de Valonne sur Constaiitinople , à travers les peuplades albanaises , esclavonnes et grecques, dont il espérait le secours. Un archevêque de Durazzo, albanais d« naissance, servait cette entreprise avec ardeur, et avait
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et il allait perdre Tltalie. Philippe de Gomines, son ambassadeur à Venise , découvrit, qucrique tard, le secret d'une vaste coalition formée dans cette ville contre son maître. Ludovic était à la tête du complot : il avait appelé les Français pour usurper le trône de Milan; mais depuis son usuipation, ses intérêts avaient changé. Il n'ignorait pas combien son attentat l'avait rendu odieux à Charles VIII, et ne voyant plus en lui qu'un ennemi, il avait cherché un autre appui, et avait acheté dé l'empereur Maximilien l'investiture du Milanez. Le duc d'Orléans, qui avait des droits sur ce pays, était resté dans Asti avec un corps de troupes, et s'était emparé de Novare : son voisinage alarmait l'usurpateur. Enfin , Charles avait promis à Ludovic , avant son entrée en Italie, la principauté de Tarente , et la lui avait refusée après la conquête. Le mécontentement et la crainte armèrent Ludovic contre le roi de France. Les Vénitiens , d'abord neutres au conunencement de la guerre, entrèmnt dans le complot, par l'espoir d'obtenir quelques places maritimes du royaume de Naples qu'on promit de leur abandonner. Alexandre VI, n'osant se déclarer ouvertement , accéda secrètement à la coaUtion. Les trois monarques, dont Charles VIII avait payé si cher la neutralité , y prirent part ; et , tandis que Ludovic assiégerait le duc d'Orléans dans Asti , et que les Vénitiens , avec quarante mille hommes, attendraient Charles VIII à la descente de l'Apennin, le roi d'Espagne devait envoyer une armée de Sicileà Naples,
fait de grands amas d'armes.... On comptait sur un soulèvement de plus de cinq mille Grecs dans la seule Thessalie. Mais déjà la première conquête du jeune prince lui échappait , et il avait peine à regagner son royaume à travers les troupes confédérées du pape , des rois de Castille et d'Aragon^ et des Vénitiens. Charles , vainqueur k Fomoue ,' revint avec gloire d'une expédition inutile. Mais les espérances des Grecs , aussi légèrement conçues que les entreprises du roi de France , furent cruellement punies. Les Vénitiens dénoncèrent au. sultan lecomplot qui avait été formé dans la Thessalie et dans la Morée ; et ce malheureux pays , qui commençait à renaître après une paix de quelques années^ fut inondé de sang. » (M. VHlematn, Esséti hiS'^ torique sur l'état des Grecs , cfaap. II. )
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et attaquer la France du côté des Pyrénées ; Maximilien p^r nétrer en Champagne, et Henri VII en Picardie.
A la nouvelle du péril qui le menaçait, Charles précipita son départ pour ne point laisser le temps à l'ennemi de lui fermer les passages de TÂpennin. Mais , bien que, dans une telle crise , il n eût pas trop de toutes ses forces , soit mépris pour les Italiens, soit honte de paraître renoncer à sa cpn«t quête , il n*emmena avec lui que neuf mille cinq cents hom-r mes et en laissa quatre mille pour la défense du royaume de Maples. Gilbert de Bourbon , comte de Montpensier, fut nonuné vice-roi , et d'Aubigny reçut lepée de connétable desu Deux-Siciles. Après avoir établi un simulacre de gouverne-» ment, Charles se mit en marche. Il traversa rapidement l'état romain et sa capitale , d'où le pape s'était enfui à son approche. Le roi, malgré son malheur, fut reçu en libérateur à Sienne et à Pise. Ces deux villes se voyaient avec liorreur prêtes à retomber, sous le joug des Florentins. Charles crut indigne de lui de les abandonner sans secours , et il s'affai-^ blit encore pour leur laisser des garnisons. Enfin, le 5 juil^ let , ^ arriva à Fomoue^ bourg situé à trois lieues de Parme, au pied de l'Apennin. Cest là que l'ennemi l'attendait. Oc*" cupé à combattre le duc d'Orléans, Ludovic n'avait pu*se joindre aux Vénitiens : cependant leur armée était de près de quarante mille hommes ; le marquis de Mantoue la commandait. Celle du roi était réduite à huit mille hommes accablés de fatigues et de maladies. Les Français ayant appris, avant la bataille, que les Vénitiens devaient diriger tous leurs ef^ forts du côté où se trouvait le roi, neuf chevaliers, par un dévouement sublime^ résolurent d'exposer leurs jours pour sauver les siens : ils prirent les mêmes vêtemens que hii , afin de recevoir les coups qui lui seraient destinés. Charles se montra digne de tant d'amour par la valeur qu'il déploya daps le combat. Les Français, animés par son exemple, remportèrent en une heure une victcwre décisive. Ils ne perdirent pas deux cents hommes , et l'ennemi epi laissa quatre mille sur le champ de bataille. Depuis plusieurs siècles, les Italiens n'avaient point engagé d'action si sanglante. A cet
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éclatant succès, Charles ne gagna que la retraité : il se dirigea vers Asti, où il entra le 1 5 juillet. Le duc d'Orléans était alors assiégé dans Noyare par Ludovic, et soutenait une lutte inégale contre une armée nombreuse avec une garnison exténuée de misère et de faim. Au lieu de punir l'usurpateur de Milan, Charles fut contraint de négocier avec lui, et il signa, le i8 octobre , le traité de Verceil^ dont quelques conditions, bientôt violées par Ludovic , parurent sauver l'honneur de la France , mais qui ne lui assura en effet d'autre avantage que la liberté de la garnison de Novare. Quelques jours après , le roi repassa les Alpes. Il s'arrêta à Lyon pour ne pas perdre de vue l'Italie : il en reçut bientôt de tristes nouvelles.
Aussitôt après le départ des Français , Ferdinand était sorti de sa retraite , et les inconstans Napolitains avaient accueilli avec transport ce prince qu'Us avaient tous délaissé quelques mois auparavant. Leroi d'Espagne lui avait envoyé quelques troupes commandées par Gonzalve de Cordoue, dont le talent suppléait au nombre. Montpensier et d'Àubigny avaient fait avec leur faible armée tout ce qu'on peut attendre de l'activité et du courage ; mais le vice-roi , brave chevalier plutôt qu'habile général , avait été forcé de capituler dans Atella. Retenu pendant Tété , pour quelques négociations ultérieures, sur le rivage pestilentiel de Baia, il y avait péri d'une maladie contagieuse avec la plus grande partie de ses troupes , dont à peine un triste débris put revoir la terre natale. D'Aubign^., d'abord vainqueui» à Seminare , au commencement de la campagne, avait aussi capitulé à Groppoli , après avoir vaillamment défendu la Galabre, et avait eu la liberté de retourner en France.
Charles , brûlant du désir de réparer le* malheur de ses armes, voulait reconquérir le royaume deNaples; mais une invasion des Espagnols en Languedoc le détourna de ce dessein. Les Espagnols furent chassés de France, et même poursuivis jusque dans le Roussillon. Ferdinand , étonné de trouver encore tant de vigueur où il ne croyait rencontrer ^ue de l'abattement et de la faiblesse , proposa une trêve qui
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fiât acceptée. Maximilien et Henri YII entamèrent aussi des négociations , et les anciens traités furent confirmés*
Le jeune roi semblait libre de reprendre ses projets de conquête; mais les remontrances des parlemens, qui alléguaient lepuisement des finances , le contraignirent de les ajourner ; et la mort, qui le surprit en 1498 , à Tàgede vingt-sept ans, lui épargna peut - être de nouvelles fautes et de nouveaux revers*
Dans les momens trop courts qui s'écoulèrent entre son retour et sa mort , il acquit une gloire véritable par les soins qu'il donna à l'administration. Il rendit sédentaire à Paris , et organisa sur un plan régulier le grand -conseil , qui auparavant suivait la cour, et était souvent incomplet. Il commença l'utile ouvrage de la rédaction des coutumes projeté par ses deux prédécesseurs , et qui ne fut achevé que sous Charles IX. Il se plaisait, comme saint Louis, à rendre lui-même la justice à ses sujets. « Il avait mis sus une audience publique, où » il escoutait tout le monde, et par especial les pauvres....(i). y> n ne se faisait pas grandes ex^UÈiÊ^À cette audience ; » mais au moins estait-ce tenir lés^^^K^sg^te, et par es-* D pecial ses ofiEciers , dont aucui^V^Wait suspendus pour » pilleries. » Enfin , s'il fit du mal au royaiune par ses imprudences , il eut cette vertu qui fait tout pardonner aux rois , la bonté : car, dit Comines, oncques ne fut meilleure créature.
(i) Uhistorieii de Bayardrendle itf^^^^^nnage à Charles YIII. «c Fut deux ans ou trois , visitaut sou^^^Kq deçà et delà, et mainn tenant justice , tant que tous ses sul^^P^ avoient content » car luy-mesme seoit en chaire de juRce , deux fois \ n pour oujr les plaintes et doléances d'ung chascun, ^ » porres expédioit. » ( Histoire du bon chevalier sans paour et sahs reproche, chap. XI. )
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