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femmes s'occupent aussi à enlever les: taches, comme nos dames à faire de. la broderie ou des nœuds. nn
«La fraîcheur et la doucéur sont les principales qualités de ceue étpfle ; son défaut est d'être spongieuse comme le papier, et de se déchirer presque aussi facilement.
« Les Taïtiens la teignent surtout én‘rouge et.en jaune. Leur rouge est três-beau , et j'oserai dire plus brillant et plus tin qu'aucun de ceux que nous avons en Europe. Notre véritable écarlate est celui quien approche davantage ; et le peintre d'histoire naturelle qu'avait amené M. Banks ne put l’imiter qu'unparfaitement, en mêlant ensemble du vermillon et du carmin. Le jaune est encore très-brillant ; mais nous en avons d'aussi beaux. Leur rouge est composé des sucs de deux végétaux méêlés ensemble, et qui, séparés, n'ont aucune tendance à cette couleur : l’un est une espèce de figuier, appelé matllé; et l’autre, le sébestier, où étou : ils emploient le fruit du figuier «et les feuilles du sébeser.
« Le fruit du figuier est à peu près aussi gros qu'un pois ou qu’une trés-petite groseille, et lorsqu'on en rompt la tige, il en sort un suc laiteux comme celui du figuier d'Europe. Les femmes reçoivent cette liqueur dans une petite quantité d'eau de coco; il faut trois ou quatre pintes de ces petites figues pour en préparer ainsi une roquille. Dés qu’on en a tiré une quantité
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suffisante, on y trempe les feuilles de l'étou et on les met ensuite sur une feuille de bananier : on les y retourne jusqu’à ce qu'elles soient plus flasques : on les serre doucement, en augmentant la pression par degrés, de manière à ne pas rompre les feuilles. À mesure qu'elles deviennent plus molles et plus spongieuses, elles imbibent plus de liqueur : dans l’espace d'environ cinq minutes, la couleur commence à paraître sur les veines des fenulles ; et dans dix minutes ou un peu plus, elles en sont parfaitement saturées. Les insulaires les pressent alors aussi fortement qu'il leur est possible.
« Les jeunes garçons préparent à cet effet une grande quantité de moué, en l’épluchant avec leurs dents ou entre deux petits bâtons, jusqu’à çe qu'il soit dépouillé de son écorce verte et de la substance farineuse qui est dessous, et qu'il n’y reste plus qu'un réseau de fibres transparent : ils y enveloppent les feuilles de l'étou, qui distillent alors la liqueur qu’elles contiennent , à mesure qu'on les presse. Comme ces feuilles ont peu de suc par ellesmêmes, elles ne donnent guère que celui dont elles étaient imbibées. Lorsque ce premier suc est entiérement exprimé, on imprègne de nouveau les feuilles, et on continue la même opération jusqu’à ce que la liqueur qui passe à travers ne soit plus colorée : les feuilles de l’étou sont jetées de côté ; mais on conserve le moué , qui étant profondément
imbibé de la couleur, sert de brosse pour étendre:
la teinture sur l’étoffe.
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« On reçoit toujours la liqueur exprimée dans de petits vases faits de feuilles de bananier. Je ne sais pas si cette feuille a quelque qualité favorable à la teinture, ou si les Taïtiens ont adopté cet usage parce qu'il est facile de se procurer du bananier et de distribuer ces petits vases parmi les ouvriers.
« Ils ne teignent ordinairement leur étoffe légère que sur les bords, ils répandent au contraire des couleurs sur toute la surface de celle qui est plus épaisse : 1ls ne les appliquent que d’un côté, comme la peinture ; et quoique j'aie vu de l’étofe légère trempée entièrement dans la liqueur, la couleur n'avait pas le même brillant et le même lustre que lorsqu'elle y avait été mise de l’autre manicre,
« La feuille de l’étou est généralement employée dans ce procédé, et produit probablement la plus belle couleur; cependant ils composent un rouge avec le suc de leurs figues mêlé dans le taheinou,
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vulus brasiliensis ; et l’ébuua, espèce de solanum. Le mélange de ces diverses plantes, ou la difiérente dose qu'ils emploient, produit sur leurs étofles plusieurs nuances de couleurs dont quelques-unes sont fort supérieures aux autres.
« La beauté de la meilleure n'est pas permanente : ilest pourtant probable qu’on pourrait, par des expériences, trouver quelque méthode pour la fixer, et il serait trés-utile de rechercher les qua:
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lités que donnerait le mélange d’une substance végétale avec une autre. La manière dont on a découvert nos plus belles couleurs suffit pour encourager cette entreprise : à l'inspection de l'indigo , du pastel , de la gaude et de la plupart des plantes qu’on emploie dans nosteintures , on n’imaginerait pas qu’elles contiennent les couleurs qu’on en ure. Je terminerai ce que je viens de dire du rouge des Taïtiens, en ajoutant que les femmes qui ont servi à le préparer ou à l'appliquer sur les étoffes, conservent avec soin , comme un ornement , cetle couleur sur leurs ongles et leurs doigts, où elle paraît dans sa plus grande beauté.
« Leur jaune est composé de l'écorce de la racine du nono (morinda citrifolia), qu'ils ratissent et font infuser dans l’eau. Après qu’on l'y a laissée tremper pendaut quelque temps, l’eau se colore , et on y plonge l’étofle pour la teindre. On devrait examiner si le morinda , dont le nono est une espèce, ne pourrait pas servir à la teinture. Brown, dans son Histoire de la Jamaïque , fait mention de trois espèces de morinda, qui sont employées pour teindre en brun; et Rumphius dit que les insulaires des Indes orientales se servent du bancuda angusti-
folia, qui approche beaucoup du nono de Taiti ,
comme d’une drogue qui fixe les couleurs rouges avec lesquelles elle a une aflinité particulière.
Les Taïtiens teignent aussi en jaune avec le fruit du tamano ; maïs nous n'avons pas eu occasion de découvrir comment ils en tirent cette couleur. 1ls
ont encore une manière de teindre en brun et en noir : ces couleurs sont si médiocres que la méthode de les préparer n’a pas excité notre curiosité.
« La fabrication des nattes est une autre manufacture considérable des Taïtiens. Ils en ont qui sont plus belles et meilleures que celles que nous faisons en Europe: les plus grossières leur servent de lits ; ils portent les plus fines dans les temps humides. Ils prennent bien des peines et emploient beaucoup de soins à faire ces dernières , dont il y a deux espèces. Les unes se font avec l'écorce du poërou
(hibiscus tiliaceus ) ; quelques-unes sont aussi fines qu'un drap grossier. Ils appellent ouanné l’autre espèce , qui est encore plus belle ; elle est blanche, lustrée et brillante : ils la fabriquent avec des feuilles de leur ouharrou, espèce de pandanus, dont nous
n'avons pas eu occasion de voir les fleurs ni le fruit. Ils ont d’autres nattes, ou, comme ils les nomment, des moës qui leur servent de siéges et de lits : elles sont composées de joncs et d'herbes, et ils les fabriquent, ainsi que tous leurs ouvrages tressés , avec une facilité et une promptitude étonnante.
« Ils sont aussi trés-adroits à faire des paniers et des ouvrages d’osier. Leurs paniers sont de mille formes différentes, et quelques-uns très-artistement travaillés : ils s'occupent tous , hommes et femmes , à ce travail. Ils en fabriquent avec des feuilles de cocotier dans l’espace de quelques minutes ; les femmes, qui nous venaient voir de trèsgrand matin, avaient coutume, dés que le soleil
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DES VOYAGES. 187 était levé sur l'horizon , d'envoyer chercher quelques feuilles dont elles formaient de petits chapeaux pour mettre leur. visage à l'abri : cette opération Jeur coûtait si peu de travail et de temps que, le soir, lorsque le soleil baissait , elles les jetaient, Ces chapeaux cependant ne leur couvrent pas la tête; ils ne consistent qu’en une bande qui en fait le tour , et une corne avancée qui ombrage le front.
« Ils font avec l'écorce du poérou des cordes et des lignes dont les plus grosses ont un pouce d’épaisseur , et les plus minces sont de la grosseur d’une petite ficelle : ils forment avec ces dernières des filets pour la pêche. Ils composent avec les fibres de cocos un cordage pour joindre ensemble les différentes parties de leurs pirogues, et d’autres courroies tordues ou tressées ; et ils fabriquent avec l'écorce de l’eroua, espèce d’ortie qui croît dans les montagnes, et qui, par cette raison, est un peu rare , les meilleures lignes pour la pêche qu’il soit possible de trouver. Ils attrapent, avec ces lignes, les poissons les plus forts et les plus fretillans , tels que les bonites et les thons, qui rompraient dans un instant nos lignes de soie les plus fortes , quoiqu’elles soient deux fois aussi épaisses que celles des Taïtiens.
« Ils font aussi une espèce de seine d’une herbe qui a les feuilles larges et grossières, et dont la tige ressemble au glaïeul. Ils entortllent et joignent ensemble ces herbes jusqu’à ce qne le filet, qui
est à peu près aussi large qu’un grand sac, ait soixante à quatre-vingts brasses de long. Ils la ürent dans les bas-fonds, et le propre poids de la seine la tient si bien au fond dela mer, qu’un poisson peut difficilement échapper.
« Les Taïtiens montrent une sagacité et une industrie extrêmes dans tous les expédiens qu'ils emploient pour prendre des poissons. Ils ont des harpons de bambou dont la pointe est d’un bois dur, et ils frappent le poisson plus sûrement avec cet instrument que nous ne le pouvons faire avec nos barpons de fer , quoique les nôtres aient d’ailleurs l'avantage d’être attachés à une ligne ; de manière que si le croc atteint le poisson , nous sommes sûrs de l’attraper , quand même il ne serait pas mortellement blessé.
« Ils ont deux sortes d’hamecons construits avec un art admirable, et qui répondent tres-bien au but qu'ils se proposent dans ces ouvrages : l’un d'eux est appelé ouitti-ouitti. La tige est faite de nacre de perles, la plus brillante qu'ils peuvent trouver, et l'intérieur, qui est ordinairement la partie la plus éclatante, se met par derrière. Ils attachent à ces hamecons une touffe blanche de poil de chien ou de soie de cochon, de manière qu’elle ressemble un peu à la queue d’un poisson. L’hamecon et l’amorce sont mis au bout d’une ligne d'éroua que porte une baguette de bambou. Le pé: cheur , afin de réussir dans son entreprise, fait attention au vol des oiseaux qui suivent toujours les
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bonites lorsqu'elles nagent dans les bas-fonds; il dirige sa pirogue sur leur marche, et lorsqu'il a l’avantage d’être conduit par ces guides, il revient rarement sans avoir fait une bonne pêche.
« La seconde espèce d’hamecon est aussi faite de nacre de perles ou de quelque autre coquillage dur; ils ne peuvent pas les barbeler comme les nôtres; mais pour suppléer à ce défaut, ils recourbent la pointe en dedans. Ces hamecons sont de différentes grandeurs, et ils s’en servent avec beaucoup de succès pour attraper toutes sortes de poissons. La maniére de les fabriquer est trés-simple, chaque pêcheur les travaille lui-même; ils coupent d’abord la coquille en morceaux carrés avec le taillant d’un autre coquillage , et avec un corail qui est assez raboteux pour servir de lime; ils leur donnent la forme d’un hamecon ; ils font ensuite un trou au milieu ; leur vilebrequin est la première pierre qu'ils trouvent avec une pointe aiguë; ils attachent cette pierre au bout d’un petit bâton de bambou , «1 ils tournent cet instrument dans leurs mains de !: même manière que nous tournons un moussoir à chocolat. Lorsque la coquille est percée et que le trou est assez large , on y introduit une petite lime de corail, au moyen de laquelle l’hamecon est fini dans très-peu de temps; car l'ouvrier n’emploie guère plus d’un quart d'heure à ce travail.
« Le lecteur a déjà pris quelque idée de la maconnerie, de la sculpture et &e l’architecture des Taitiens, dans la description que j'ai donnée des
moraïs ou lieux où ils déposent leurs morts. Les nirogues sont les autres objets les plus importans “e leur art de construire et de sculpter en bois ; c'est peut-être pour ces insulaires un aussi grand travail de fabriquer une de leurs principales pirogues avec leurs instrumens , que pour nous de con: struire un vaisseau de guerre avec les nôtres.
« Is ontune hache de pierre, un ciseau ou gouge fait avec un os humain, et ordinairement avec l'os de l'avant-bras , une rape de corail et la peau d'une espèce de raie qui, avec du sable de corail, leur sert de lime ou de pierre à aiguiser.
« Voilà le catalogue complet de leurs instrnmens ; et avec ce petit nombre d'outils ils bâtissent des maisons, construisent des pirogues, taillent des pierres , abattent, fendent, sculptent et polissent des bois.
« La pierre dont ils forment le taillant de leurs haches est une espèce de basalte d'une couleur noirâtre ou grise, qui n’est pas trés-dure, mais qui ne s'égréne pourtant pas facilement, Ces haches sont de différentes grandeurs ; celles qui leur servent à abattre des bois pèsent de six à huit livres ; d’autres, qu'ils emploient pour sculpter, sont du poids de sept ou huit onces : comme il est nécessaire de les aïiguiser presqu'à chaque instant, l’ouvrier a toujours près de lui pour cela une écale de coco remplie d’eau.
« Le travail le plus difficile pour les Taïtiens, c'est d’abattre un arbre ; c'est aussi celui où ils res-
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orts. Les mportans en bois ; ssi grand les piros de con:
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sentent davantage le défaut de leurs instrumens ; cette besogne demande un certain nombre d'ouvriers, et Je travail constant de plusicurs jours. Lorsque l'arbre est à bas, ils le fendent par les veines, dans toute s: longueur et toute sa largeur, en planches de trois à quatre pouces d'épaisseur. 11 faut remarquer que le tronc de la plupart de ces arbres a huit pieds de circonférence , et que l'épaisseur est à peu près li même dans toute sa longueur, qui est de quarante pieds jusqu'à la naissance des branches. Is appellent avié l'arbre qui leur sert communément de bois de construction ; la tige en est élevée et droite ; quelques-unes cependant des plus petites pirogues sont faites d'arbre à pain, qui est un bois léger, spongieux et qui se travaille atsément ; ils aplanissent très-promptement les planches avec leurs haches, eu ils sont si adroits qu'ils peuvent enlever une légère écorce sans donner un seul coup mal à propos. Comine ils ne connaissent point la manière de plier une planche, toutes les parties de la pirogue, creuses ou plates, sont taillées à Ja main.
« On peut diviser en deux classes les pirogues dont se servent les Taitiens et les habitans des îles voisines ; ils appellent les unes ivahahs , et les autres pahiés.
« L'ivahah, qu'ils emploient dans les petites excursions, a les côtés perpendiculaires et le fond plat, et le pahié, qu'ils montent dans les voyages plus longs, a les côtés bombés et le fond en forme de
mg
102 MISTOIRE GÉNÉRALE
quille. Les ivahahs sont tous de la même forme , mais d’une grandeur différente, et servent à divers usages. Leur longueur est de dix à soixante-douze pieds; mais la largeur ne suit pas cette proportion. Les ivahahs longs de dix pieds ont à peu près un pied de large, et ceux qui ont plus de soixante-dix pieds de longueur n’en ont guère que deux de largeur ; ils distinguent l'ivahah de combat, l'ivahah de pêche et l'ivahah de voyage ; car quelques-uns de ces derniers vont d’une île à l'autre. L'ivahah de combat est le plus long de tous; la poupe et la proue sont fort élevées au-dessus du corps de bâtiment dans la forme d’un demi-cercle; la poupe en particulier a quelquefois dix-sept à dix-huit pieds de haut, quoique la pirogue en elle-même n’en ait guère que trois. Ces derniers ivahahs ne vont jamais à la mer : on les attache ensemble par les côtés , à la distance d'environ trois pieds, avec de grosses cordes d'écorce, qu'on passe à travers le bâtiment, et qu'on amarre sur les plats-bords. Ils dressent sur l'avant de ces ivahabs un échafaud ou plate-forme d'environ dix ou douze pieds de long, un peu plus large que les pirogues, et qui est soutenue par des poteaux de six pieds d’élévation. Les combattans, qui ont pour armes de trait les frondes et les javelines, se placent sur cette plate-forinc ; ils ne se servent de leurs arcs et de leurs fléches que pour se divertir, comme on s'amuse chez nous au disque et au palet, ce qui doit être rangé au nombre des singularités qu'on remarque dans les
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mœurs de ce peuple. Les rameurs sont assis au dessous de ces plates-formes ; ils reçoivent les blessés et font monter de nouveaux hommes à leur place, Quelques-unesde ces pirognes ont duns toute leur longueur une plate-forme de bambous ou d'autres bois légers, beaucoup plus large que tout le bâüment, qui porte alors un bien plus grand nombre de combattans; mais nous n'en ayons vu qu'une équipée de cette manière.
« Lesivahahsde pécheontde dix à quarante pieds de longueur ; tous ceux qui ont vingt cinq pieds de long et plus, de quelque espèce qu'ils soient, portent des voiles dans l'occasion. L’ivahah de voyage est toujours double, et garni d'un petit pavillon propre d'environ cinq ou six pieds de large et de six ou sept de long, attaché sur l'avant du bâtiment, pour la commodité des principaux personnages qui s’y asseyent pendant le jour et y dorment pendant la nuit. Les ivahahs de pêche sont quelquefois joints ensemble, et ont une cabane à bord ; mais cela n'est pas commun.
« Les ivahahs qui ont moins de vingt-cinq pieds de long ne portent que rarement ou même presque jamais de voiles. Quoique la poupe s'élève de quatre ou cinq pieds, l'avaut du bâtiment est plat, et une planche s'avance d'environ quatre pieds, en suillie sur le bord.
« La longueur du pahié varie aussi de trente à soixante pieds; mais ce bâtiment, comme l'ivahah , est très-étroit : j'en ai mesuré un qui avait
cinquante-un pieds de long, et seulement un pied et demi de largeur à l'un des bouts ; il n'a qu'environ trois pieds dans sa plus grande largeur : telle est la proportion générale qu'ils suivent dans leur construction. Le palié ne s'élargit pourtant pas par degrés; mais, ses côtés étant droits et parallèles pendant un petit espace au-dessous du platbord , ils s'élargissent tout à coup et se terminent en angles vers le fond, de sorte qu'en coupant transversalement cette partie du bâtiment, elle présente à peu prés la forme d'un as de pique, et l'ensemble est beaucoup trop large pour sa longueur. Les Taïtiens emploient ces paliés dans les
combats , ainsi que les plus grands ivahahs, mais
plus particulièrement pour les longs voyages. Le pahié de combat, qui est le plus grand de tous, est garni d'une plate-forme, qui est preportionnellement plus large que celle de livahah, parce que sa forme le met en état de soutenir un beaucoup plus grand poids. Les pahiés de voyage sont ordinairement doubles, et leur grandeur moyenne est celle de nos gros bateaux de mer ; ils font quelquefois d’une île à l'autre des voyages d'un mois, et nous avons de bonnes preuves qu’ils sont quinze ou vingt jours en mer, et qu'ils pourraient y rester plus long-temps s'ils avaient plus de moyens d'y garder des provisions et de l'ean douce.
« Lorsque ces pirogues portent une seule voile, elles font usage d'un morceau de bois attaché au bout de deux perches mises en travers du bâtiment,
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DES VOYAGES. 105 et qui sont soïllantes de six à dix pieds, suivant la grandeur de la pirogue : en quoi elles ressemblent aux prowollans des îles des Larrons, et c’est ce que la relation du voyage d'Anson nomme balancier. Les haubans sont attachés à ce balancier, qui est absolument nécessaire pour orienter le bateau lorsqu'il souflle un vent frais.
« Quelques-uns de ces pahiés ont un seul mât , et d'autres deux : ces mâts sont composés d'une seule perche; et quand la longueur de la pirogue est de trente pieds, celle du mât est d’un peu moins de vingt-cinq : il est fixé à un châssis sur la pirogue, et porte une voile de natte dont la longueur surpasse d’un tiers la sienne. La voile est aiguë au sommet, carrée à Ja base, et échancrée sur les côtés ; elle resssemble un peu à celle dont on se sert sur les canots des vaisscanx de gucrre : elle est placée dans un châssis de bois qui l'entoure de chaque côté, de manière qu’on ne peut ni la riser ni la ferler ; et si l’une ou l’autre de ces deux manœuvres devient nécessaire , il faut la couper, ce qui pourtant arrive rarement dans ces climats où le temps est si uniforme. Les Indiens attachent au sommet du mât, pour l’orner, des plumes qui ont une inclinaison oblique en avant. Les rames ou pagaies
dont on :* sert dans ces pirogues ont un long manche et unc pale plate, et sont assez ressemblantes à la pelle d’un boulanger. Chaque personne à bord de la pirogue, excepté celles qui sont assises sous le pavillon, manie une de ces rames, qui font
marcher le bâtiment assez vite : ces pirogues cependant font tant d’eau par les coutures, qu’un Indien , au moins, est sans cesse occupé à la vider. Ces bâtimens sont trés-propres pour le débarquement et pour s'éloigner de la côte, lorsqu'il y a de la houle ; au moyen de leurs grandes longueurs et de leurs poupes élevées, ils débarquent à sec, quand nos bateaux pourraient à peine venir à bout d’aborder, et l'élévation de leur avant leur donne le même avantage pour s'éloigner d'un rivage.
« Les ivahahs sont les seules pirogues employées par les Taïtiens, mais nous vimes plusieurs pahiés qui venaient des autres îles.
« Ils conservent ces pahiés avec beaucoup de soins sous une espèce de hangar construit de poteaux fichés en terre, dont les sommets sont rapprochés les uns des autres, et attachés ensemble avec de trés-forts cordages : ils forment ainsi une espèce d'arc gothique, recouvert partout de chaume jusqu’à terre, excepté aux deux extrémités qui sont ouvertes ; quelques-uns de ces hangars ont cinquante à soixante pas de longueur.
« À l’occasion de la navigation de ces peuples, je parlerai de leur sagacité étonnante à prévoir le temps qui arrivera, ou du moins le côté d’où soufflera le vent. Ils ont plusieurs manières de pronostiquer ces événemens ; mais je n’en connais qu’une : ils disent que la voie lactée est toujours courbée latéralement, mais tantôt dans une direction et tantôt dans une autre, et que cette courbure est
ut qu dir ils ( sur dar des par moi auss
es cequ'un vider.
arque- | y a de eurs et quand d’abor-
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J pahiés
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courbée ection et rbure est
un effet de l’action que le vent exerce sur elle, de manière que si la même courbure continue pendant Ja nuit, le vent correspondant soufilera sûrement le lendemain. Je ne prétends pas juger de l’exactitude des règles qu’ils suivent : je sais seulement que quelque méthode qu'ils emploient pour prédire le temps, ou au moins le vent qui soufilera, ils se trompent beaucoup plus rarement que nous.
« Dans leurs plus grands voyages, ils se dirigent sur le soleil pendant le jour, et sur les étoiles pendant la nuit. Ils distinguent toutes les étoiles par des noms particuliers; ils connaissent dans quelle partie du ciel elles paraîtront durant chacun des mois où elles sont visibles sur l'horizon ; ils savent aussi, avec plus de précision que ne le croira peut-être un astronome d'Europe, le temps de l’année où elles commencent à paraître ou à disparaître.
« Nous n'avons pas pu acquérir une connaissance parfaite de la manière dont les Taïtiens divisent le temps; nous avons cependant observé que lorsqu'ils parlent du temps passé ou à venir, ils n’emploient jamais d'autre terme que malama, qui signifie lune : ils comptent treize de ces lunes, et recommencent ensuite par la première de cette révolution, ce qui démontre qu’ils ont une notion de l’année solaire. Il nous a été impossible de découvrir comment ils calculent leurs mois, de facon que treize de ces mois répondent à l’année ; car ils disent que chaque mois a vingt-neuf jours, en y
comprenant un de ces jours dans lequel la lune n'est pas visible. 1ls nous ont annoncé souvent les fruits qui seraient de saison, et le temps qu'il ferait dans chacun de ces mois, pour lesquels ils ont des noms particuliers : ils donnent un nom général à tous les mois pris ensemble, quoiqu'ils ne s’en servent que lorsqu'ils parlent des mystères de leur religion.
« Le jour est divisé en douze parties, six pour Je jour et six pour la nuit, et chaque partie est de deux heures : ils déterminent ces divisions avec assez d’exactitude par l'élévation du soleil, lorsqu'il est au dessus de l'horizon ; mais il y en a peu qui, pendant la nuit, à l'inspection des étoiles, puissent dire quelle heure il est.
« En comptant, ils vont d’un à dix, nombre des doigts des deux mains; et quoiqu'ils aient pour chaque nombre un nom différent, ils prennent ordinairement leurs doigts un par un, et passent d’une main à l’autre, jusqu’à ce qu'ils soient parvenus au nombre qu'ils veulent exprimer. Nons avons observé en d’autres cas que, lorsqu'ils conversent entre eux, ils joignent à leurs paroles des gestes si expressifs, qu’un étranger peut facilement comprendre ce qu'ils disent.
« Quand ils comptent au-delà de dix, ils répctent le nom de ce nombre, et ils y ajoutent le mot plus, dix et un de plus signifient onze, dix et deux de plus signifient douze, et ainsi du reste, comme nous disons vingt-un, vingt-deux : s'ils arrivent à
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dix et dix de plus , ils ont une nouvelle dénomination pour cenombre; et lorsqu'ils ont compté dix de ces vingtaines, ils ont un mot pour exprimer deux cents. Nous n'avons pas pu découvrir s'ils ont d’autres termes pour signifier un plus grand nombre; il ne paraît pas qu'ils en aient besoin, car ces deux cents répétés dix fois montent à deux mille; quantité si forte pour eux, qu’elle ne se rencontre presque jamais dans leurs calculs.
«Ils sont moins avancés dans l’art de mesurer les distances que dans celui de compter les nombres; ils n’ont qu'un terme qui répond à notre brasse : lorsqu'ils parlent de la distance d’un lieu à un autre, ils l’expriment comme les Asiatiques, par le temps qu'il faut pour la parcourir.
« La langue des Taïtiens est douce ei mélodieuse ; elle abonde en voyelles, ct nous apprîmes aisément à la prononcer; mais nous tronvâmes qu'il était trés-difficile de leur enseigner à prononcer un seul mot de la nôtre. Cette difliculté provenait peut-être non-seulement de ce que l'anglais est rempli de consonnes, mais encore de quelque particularité dans sa forme, car ils prononcaient avec beaucoup de facilité les mots espagnols ct italiens, lorsqu'ils finissaient par des voyelles.
« Nous ne connaissons pas assez leur langue pour savoir si elle est abondante ou stérile ; elle est sûrement très-imparfaite, car les noms et les verbes n’y ont presque aucune inilexion : elle a peu de noms qui aïent plus d’un cas, et peu de verbes
qui aient plas d'un temps. Nous ne trouvâmes pourtant pas beaucoup de difficulté à nous entendre mutuellement ; ce qu'on aura peut-être de la peine . :
à croire.
« Il n'est pas besoin de dire qu'il y a peu de maladies chez uu peuple dont la nourriture est si simple, et qui en général ne s'enivre presque ja mais ; et si l’on en excepte quelques accès de colique qui leur arrive même rarement, nous n'avons point vu de maladies aignës pendant notre séjour dans l’île. Les naturels cependant sont sujets aux érysipèles et à une éruption cutanée qui approche beaucoup de la lèpre. Ceux en qui cette maladie a fait de grands progrès vivent entièrement séparés de la société, chacun dans une petite cabane construite sur un terrain qui n'est fréquenté par personne, et où on leur fournit des provisions. Nous n'avons pas pu connaître si ces malheurenx avaient quelque espérance de guérison et de soulagement, ou si on les y laissait Jangnir et mourir dans la solitude et le désespoir. Nous remarquâmes anssi un petit nombre d'insulaires qui avaient sur différentes parties du corps des ulcères qui paraissalent trés-virulens ; mais ceux quien étaient aflligés ne semblaient pas y faire beaucoup d'attention; ils les portaient entiérement à découvert, et sans rien appliquer dessus qui püt en écarter les mouches.
« ne doit pas y avoir de médecins de profession dans un pays où l’intempérance ne produit pas de
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peu de ‘e est si que ja de coli. n'avons > séjour jets aux »proche maladie séparés ne conpar perjs. Nous avalent sement, dans la es A11SS1 sur difparaisnt afllitention; et sans es mou-
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maladies ; cependant partout où l'homme souffre il fait des efforts pour se soulager , et lorsqu'il ignore également le remède et la cause de la maladie, 1l a recours à la superstition ; ainsi, à Taïti, et dans tous Îles antres pays qui ne sont pas ravagés par le luxe, ou polis par les connaissances, le soin des malades est confié aux prêtres. La méthode que suivent les prêtres de cette île pour opérer la gutrison, consiste principalement en prières et en cérémonies ; lorsqu'ils visitent les malades, ils prononcent plusieurs fois certaines phrases qui paraissent être des formules établies pour ces occasions; ils tressent en même temps trés-proprement les feuilles d’un cocotier en diflérentes formes; ils attachent quelques-unes de ces figures aux doigts et aux orteils du malade, et ils laissent souvent derrière lui un petit nombre de branches d'émidho (thespecia populnea ) ; les prêtres répétent ces cérémonies jusqu'à ce que le malade meure ou recouvre la santé. S'il revient en santé , ils disent que les remèdes l'ont guéri, et s'il meurt, ils déclarent que la maladie était incurable, en quoi peut-être ces médecins ne différent pas beaucoup de ceux des antres pays.
« Si nous jngeons de leurs connaissances en chi-
rurgie, par les larges cicatrices que nous leur avons vues quelquefois, nous devons supposer qu'ils ont fait plus de progrès dans cet art que dans la médecine, et que nos chirurgiens d'Europe auraient à peine l'avantage sur les leurs. Nous avons vu un homme dont le visage était entièrement défiguré
202 INISTOIRE GÉNÉRALE
par les suites de ses blessures ; son nez, y compris l'os et le cartilage, était absolnment ras; l’une de ses joues et un de ses yeux avaient reçu de si terribles coups, qu'ils y avaient laissé un creux où le poing pouvait presque entrer, et où il ne restait pourtant point d’ulcéres. Topia, qui s'embarqua avec nous, avait été percé de part en part par une javeline , armée à sa pointe de l'os d’une espèce de raie ; larme était entrée par le dos, et sortie audessous de la poitrine. Excepté le traitement des fractures et des luxations, le plus habile chirurgien contribue trés-peu à la guérison d’une blessure ; le sang est le meilleur de tous les baumes vulnéraires; et lorsque les humeurs du corps sont pures et que le malade est tempérant , il ne faut, pour guérir la blessure la plus considérable , qu'aider à la nature en tenant la plaie propre.
« Dès qu’un Taïtien est mort, sa maison se remplit de parens qui déplorent cette perte ; les uns par de grandes lamentations , et d’autres par des cris moins forts, mais qui sont des expressions plus naïves de la douleur. Les plus proches parens du défunt, qui sont réellement affectés par cet accident, restent en silence ; le reste des insulaires qui composent l'assemblée, proférent de temps en temps, en chœur, des exclamations passionnées, et le moinent d’après ils rient et parlent ensemble sans la moindre apparence de chagrin. Ils passent de cette maniére le reste du jour de la mort et toute la nuit suivante, Le lendemain au matin, le cadavre, en-
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