LL. d
veloppé d’'étoffes, est conduit au bord de la mer sur une bière que les hommes portent sur leurs épaules, et il est accompagné d’un prêtre qui, aprés avoir prié sur le corps, répète ses oraisons pendant la marche du convoi. Lorsqu'ils sont arrivés près de l’eau , ils déposent le défunt sur le rivage; le prêtre réitére ses prières, et, prenant un peu d'eau dans ses mains, il la jette, non pas sur le corps, mais à côté. Ils remportent ensuite le cadavre à cent ou cent cinquante pieds de là, et bientôt après on le rapporte une seconde fois sur le rivage , où l'on renouvelle les prières et les aspersions. Ils le portent et reportent ainsi plusieurs fois ; et, tandis qu’ils font ces cérémonies, d’autres insulaires construisent un hangar et environnent de palissades un petit espace de terrain. Au centre de ce hangar, ou tépépaou , ils dressent des poteaux sur lesquels la bière est placée ; on y laisse pourrir le cadavre,
jusqu’à ce que la chair soit entiérement détachée
des os.
« Ces hangars sont d’une grandeur proportionnée au rang de la personne dont ils doivent contenir le cadavre ; ceux qui sont destinés aux Taïtiens de la dernière classe n’ont que la longueur de la bière, et ne sont point entourés de palissades. Le plus grand que nous ayons jamais vu avait trente pieds de long ; les plus beaux tépépaou sont ornés suivant les facultés et l’inclination des parens du défunt, qui ne manquent jamais de mettre autour du mort une grande quantité de pièces d’étoffes, et qui quel-
quefois en couvrent presque entièrement l'extérieur du hangar. On dépose autour de ce lieu des guirlandes de noix de palmier ou pandanus , et des feuilles de cocotier, que les prêtres entrelacent en
nœuds mystérieux, avec une plante qu’ils appellent
élhé no moraï, et qui est particulièrement consacrée aux solennités funéraires. Ils laissent aussi, à peu de distance du cadavre, des alimens et de l’eau ; mais on en a déjà parlé ailleurs , ainsi que des autres décorations.
« Dés que le corps est déposé dans le tépépaou, le deuil se renouvelle ; les femmes s'assemblent , et sont conduites à la porte par la plus proche parente, qui s'enfonce à plusieurs reprises la dent d’un requin dans le sommet de la tête : le sang, qui coule en abondance, est reçu soigneusement sur des morceaux de toile qu'ils jettent sous la bière. Les autres femmes suivent cet exemple, et réitérent la même cérémonie pendant deux ou trois jours, tant que le zèle et la douleur peuvent la soutenir. Ils recoivent de même sur des pièces d’étoffes les larmes qu'ils versent dans ces occasions, et ils les présentent comme des oblations au défunt. Quelquesuns des plus jeunes personnages du deuil se coupent les cheveux, et les jettent sur la bière avec les autres offrandes. Cette coutume est fondée sur ce que les Taïtiens , qui croient que l’âme subsiste après la mort, imaginent d’ailleurs qu’elle erre autour du lieu où l'on a déposé le corps auquel elle était unie; qu’elle observe les actions des vivans, et
goûte affect
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goûte du plaisir de voir ces témoignages de leur affection et de leur douleur.
« Deux ou trois jours après que les femmes ont commencé ces cérémonies , les hommes prennent aussi le deuil ; mais avant ce temps, ils ne paraissent sentir en aucune maniére la perte du défunt. Les plus proches parens se revêtent chacun à leur tour de l'habillement, et exercent l'office dont nous avons déjà donné une description en rapportant les funérailles d’une vieille femme qui mourut pendant notre séjour dans l’île, et auxquelles Toubouraïi-Tamaïdé , son parent , faisait les fonctions de principal personnage du deuil. Nous n’avons pourtant pas encore expliqué pourquoi les Taïtiens s'enfuient à la vue du convoi. Le principal personnage du deuil porte un grand bâton plat , armé de la dent d’un requin; dans un transport frénétique que sa douleur est supposée lui inspirer, il court sur tout ce qu'il voit; et s’il lui arrive d'attraper un Indien , il le frappe impitoyablement avec son bâton ; ce qui ne peut pas manquer de causer une blessure dangereuse.
« Ces convois continuent, à certains intervalles, pendant cinq lunes ; mais ils deviennent moins fréquens par degrés, à mesure que ce terme approche. Lorsqu'il est expiré, le reste du cadavre est tiré de la bière ; ils ratissent et lavent très-proprement les os, et les enterrent ensuite au dedans ou au dehors d'un moraï, suivant le rang qu'occupait le
mort. Si le défunt était un eri ou chef, ils n'en-
terrent pas son crâne avec le reste des os ; ils l'enveloppent d'une belle étoffe , et le mettent dans une espèce de boîte faite exprès, qu'ils placent aussi dans le moraï : ce coffre est appelé evaré no te orometéa (la maison d’un docteur ou maître ). Après cela le deuil cesse, à moins que quelques femmes ne continuent à être réellement afligées de la mort du défunt; dans ce cas, elles se font quelquefois tout à coup des blessures avec la dent d’un requin, quelque part qu’elles se rencontrent. Ce que nous venons de dire explique peut-être pourquoi Térapo , dans un accès de chagrin , se blessa elle-même étant dans le fort : quelque circonstance accidentelle pouvait lui rappeler alors le souvenir d'un ami ou d'un parent qu’elle avait perdu, et ranimer sa tendresse et sa douleur au point de lui faire répandre des larmes, et répéter le rite funéraire.
« Les cérémonies ne finissent pourtant pas avec le deuil; le prêtre, qui est bien payé par les parens du défunt et les offrandes qui se font au moraï, récite toujours des priéres. Quelques-unes des offrandes qui se déposent de temps en temps au moraï sont emblématiques : un jeune bananier ‘eprésente le défunt ; et la touffe de plumes, la divinité qu'ifs invoquent. Le prêtre, accompagné de quelques-uns des parens qui portent une petite offrande, se place vis-à-vis le symbole du dieu : il répète ses oraisons, d'après une formule établie, qui est composé: de phrases détachées : il entrelace en même
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DES VOYAGLS. 207 temps des feuilles de cocotier en différentes formes ; il les dépose ensuite sur la terre, dans l'endroit où les os ont été enterrés, et s'adresse à la divinité par un cri trés-aigu, dont ils ne se servent que dans cette occasion. Lorsque le prêtre se retire , ils emportent la touffe de plumes, et laissent les provisions tomber en pourriture, ou devenir la päture des rats.
« Il ne nous a pas été possible d'acquérir une connaissance claire et précise de la religion des Tuitiens ; nous la trouvâmes, ainsi que celle de la plupart des autres pays, enveloppée de mystères, ct défigurée par des contradictions apparentes. Leur langage religieux est différent, comme à la Chine, du langage ordinaire ; de manière que Topia, qui prit beaucoup de peine pour nous instruire, n'ayant pas, pour exprimer ses pensées, des mots que nous entendissions , nous parla assez inuülement, Je rapporterai cependant, avec le plus de clarté que je pourrai, ce que nous en avons appris.
« Un être raisonnable, quelque ignorant ou stupide qu'on le suppose, aperçoit d'abord que l’univers et ses diflérentes parties qu'il connaît, sont l'ouvrage de quelque agent infiniment plus puissant que lui-même; mais la production de l’univers tiré du néant, que nous exprimons par le mot création. est ce qu'il y a de plus difficile à concevoir, même pour les hommes les plus pénétrans et les plus éclairés, Comme on ne voit point d'être
capable en apparence de produire ce grand ouvrage , il est donc naturel de supposer qu'il réside dans quelque partie éloignée de l'univers, ou qu'il est invisible par sa nature, et qu’il doit avoir originairement donné l'être à tout ce qui existe, par une méthode semblable à celle que suit la nature dans la succession d’une génération à l'autre : mais l'idée de procréation comprend celle de deux personnes ; et les Taïtiens imaginent que tout ce qui existe dans l'univers provient originairement de l'union de deux êtres.
@ Ils donnent à la Divinité suprême, un de ces deux premiers êtres, le nom de Taroataihetoumou, et ils appellent Zepapa l'autre, qu'ils croient avoir été un rocher. Ces deux êtres engendrérent nne fille, Zettooumatatayo , l'année , ou les treize mois collectivement, qu'ils ne nomment jamais que dans cette occasion. Tettooumatatayo, unie avec le père commun , produisit les mois en particulier ; et les mois, par leur conjonction les uns avec lesautres, donnèrent naissance aux jours. Ils sapposent que les étoiles ont.été engendrées en partie par le pre-; mier couple , et qu’elles se sont ensuite multipliées par elles-mêmes. Ils ont le même système par rapport aux différentes espèces de plantes. Parmi les autres enfans de Taroataihetoumou et de Tepapa, ils croient qu'il y a une race inférieure de dieux, qu'ils appellent Eatouas : ils disent que deux de ces éatonas habitaient la terre il y a fort longtemps, etengendrèrent le premier homme, Ilsima-
gine en sa m mem que 1 signi entra pèce en eu il don créer un au ses So « Q paren Tané.
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ginent que cet homme, leur père commun, était, en naissant, rond comme une boule; mais que sa mère prit beaucoup de soin pour lui étendre les membres , et que leur ayant enfin donné la forme que nous avons à présent , elle l’appela £othe , qui signifie fini. Ils croient encore que ce premier père, entraîné par l'instinct universel à propager son espèce , et n'ayant pas d'autre femelle que sa mére, en eut une fille, et qu’en s’unissant avec cette fille, il donna naissance à plusieurs autres avant de procréer un garçon; que cependant à la fin il en mit un au monde; et que celui-ci, conjointement avec ses sœurs, peupla le monde.
« Outre leur fille Tettooumatatayo, les premiers parens de la nature eurent un fils, qu'ils appelaient Tané. Is donnent à Taroataihetounou , la Divinité suprême, le nom emphatique de Producteur des tremblemens de terre; mais ils adressent plus ordinairement leurs prières à Tané, qui, à ce qu'ils imaginent, prend une plus grande part aux affaires du genre humain.
« Leurs éatouas ou dieux subalternes , en trésgrand nombre , sont des deux sexes; les hommes adorent les dieux mâles, et les femmes les dieux femelles, Ils ont chacun des moraïs, auxquels des personnes d’un sexe différent ne sont pas admises, quoiqu'ils en aïent aussi d’autres où les hommes et les femmes peuvent entrer. Les hommes font les fonctions de prêtres pour les deux sexes ; mais chaque sexe a les siens ; et ceux qui oflicient pour
les hommes, n’oflicient pas ordinairement pour les femmes, et réciproquement.
« Les Taïtiens croient que l'âme est immortelle, ou au moins qu’elle subsiste après la mort, et qu'il y a pour elle deux états de différens degrés de bonheur : ils appellent Taviroua Eraï le séjour le plus heureux , et ils donnent à l’autre le nom de T'iahobou. Hs ne les regardent pourtant pas comme des lieux où ils seront récompensés ou punis , suivant la conduite qu’ils auront tenue sur la terre, mais comme des asiles destinés aux différentes classes d'hommes qui se trouvent parmi eux. Ils imaginent que les chefs et les principaux personnages de l’île entreront dans le premier , et les Taiüens d'un rang inférieur dans le second; car ils ne pensent pas que leurs actions ici-bas puissent avoir la moindre influence sur l’état futur, nimême qu'elles soient connues de leurs dieux en aucune maniere, Si donc leur religion n'influe pas sur leurs mœurs , elle est au moins désintéressée ; et les témoignages d’adoration et de respect qu’ils rendent aux dieux par des paroles ou des actions, proviennent seulement du sentiment de leur propre faiblesse , et de l'excellence ineffable des perfections divines.
« Le caractère de prêtre ou tahooua est héréditaire dans les familles : cette classe d'hommes est nombreuse, et composée de Taïtiens de tous les rangs. Le chef des prêtres est ordinairement le fils cadet d’une famille distinguée , et ils le respectent
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presque autant que leurs rois. Les prêtres ont la plus grande partie du peu de connaissances qui sont répandues dans l’île ; mais ces connaissances se bornent à savoir les noms et les rangs des différens éatouas ou dieux subalternes, et les opinions sur l'origine des êtres, que la tradition a transmises dans leur ordre. Ces opinions sont exprimées en phrases détachées ; quelques prêtres en répétent un nombre incroyable, quoiqu'il s’y trouve tréspeu de mots dont ils se servent dans leur langaze ordinaire,
« Les prêtres cependant ont plus de lumières sur la navigation et l'astronomie, que le reste du peuple ; et le nom de tahooua ne signifie rien autre qu'un homme éclairé. Comme il y a des prêtres pour toutes les classes, ils n'oflicient que dans celle à laquelle ils sont attachés ; le tahooua d’une classe inférieure n’est jamais appelé , pour faire ses fonctions, par des insulaires qui sont membres d'une classe plus distinguée, et le prêtre d’une classe supérieure n’exerce jamais les siennes pour des hommes d’un rang plus bas.
« Il nous parait que le mariage, à Taiti, n'est qu'une convention entre l’homme et la femme, dont les prêtres ne se mêlent point; dés qu'il est contracté , il semble qu'ils en tiennent les conditions. Mais les parties se séparent quelquefois d’un commun accord ; et, dans ce cas, le divorce se fait avec aussi peu d’apparcil que le mariage.
« Quoique les prêtres n'aient point imposé de
taxe sur les Taïtiens pour une bénédiction nuptiale , ils se sont appropriés deux cérémonies dont ils retirent des avantages considérables : l’une est Je tatouage ( ou l'usage de se piquer la peau), et l'autre, la circoncision , qui n'ont aucun rapport avec la religion. Nous avons déjà décrit le tatouage : ce peuple a adopté la circoncision , sans autres mouifs que ceux de la propreté. Cette opération, à proprement parler, ne doit pas être «ppelée circoncision, parce qu'ils ne font pas au prépuce une amputation circulaire : ils le fendent sculement à travers la partie supérieure , pour empécher qu'il ne recouvre le gland. Comme les prétres peuvent seuls faire les opérations du tatouage et de la circoncision , et que c’est le plus grand de tous les déshonneurs que de ne pas porter des marques de l’une et de l’autre, on peut les regarder comme des cérémonies qui rapportent des honoraires au clergé , ainsi que nos mariages et nos baptêmes. Les insulaires payent ces rétributions
libéralement et de bon cœur, non d’après un tarif
flxé, mais suivant le rang et les facultés des parties ou de leurs amis.
« Les moraïs, ainsi que nous l'avons déjà observé, sont tout à la fois des cimetières et des lieux de culte, et en cela nos églises n’y ressemblent que trop. Le Taïtien apj-roche de son moraï avec un
respect et une dévotion qui feraient honte au chré- ‘tien; il ne croit cependant pas que ce lieu renferme rien de sacré ; mais il y va adorer une divinité invi-
sib pe pri la:
No des env pou son cor] tude rép «C
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tres mo- ‘ation , à elée cirprépuce nt sculer empéles prétatouage grand de orter des les regarnt des hoses et nos tributions ès un tarif les parties
à observé, s lieux de 1blent que ai avec un e au chré- 1 renferme Anité Invi-
DES VOYAGES. 219 sible; et quoiqu'il n’en attende point de récompenses et n'en craigne point de châtimens, il exprime toujours ses adorations et ses hommages de la manière la plus respectueuse et la plus humble. Nous avons donné ailleurs une description détaillée des moraïs et des autels qui sont placés dans les environs. Lorsqu'un Taïtien approche d'un morai pour y rendre un culte religieux, ou qu'il porte son offrande à l'autel, il se découvre toujours le corps jusqu’à la ceinture, et ses regards et son attitude montrent assez que la disposition de l'âme répond à son extérieur.
« Nous n'avons pas reconnu que ces peuples soient 1dolâtres; du moins ils n’adorent rien de ce qui est l'ouvrage de leurs mains, ni aucune partie visible de la création : il est vrai que les Taïtiens, ainsi que les habitans des îles voisines, ont chacun un oiseau particulier, les uns un héron, et d’autres un martin-pêcheur, auxquels ils font une attention particulière. Ils ont à leur égard des idées superstitieuses relativement à la bonne ou à la mauvaise fortune , ainsi que la populace parmi nous en a sur l’hirondelle et le rouge-gorge. Ils leur donnent le nom d’Éatouas ; ils ne les tuent point , et ne leur font aucun mal; cependant ils ne leur rendent aucune espèce de culte.
« Je n'ose pas assurer que ce peuple, qui ignore entièrement l’art d'écrire, et qui par conséquent ne peut avoir des lois fixées par un titre permanent, vive sous une forme régulière de gouvernement ; il
règne cependant parmi eux une subordination qui ressemble beaucoup au premier état de toutes les nations de l’Europe, lors du gouvernement féodal qi accordait une liberté hicencieuse à un petit nombre d'hommes, et soumettait le reste au plus vil esclavage.
« Voici les différens ordres qu'il y a dans l’île : l'éri rahié, ou roi; l’éri ou baron; le manahouni, ou vassal ; et le téoutéou, ou paysan. L'île de Taïti est divisée en deux péninsules : chacune a un éri rahié , qui en a la souveraineté ; ces deux espèces de rois sont traités avec beaucoup de respect par les Taïtiens de toutes les classes ; mais 1ls ne paraissent pas exercer autant d'autorité que les éris dan® leurs districts. Pendant notre séjour dans l'île, nous n'avons pas vu une seule fois le souverain d'Obereonou. Taïti est divisée en différens districts, qui sont à peu près au nombre de cent : les éris sont seigneurs d'un ou de plusieurs de ces cantons; ils partagent leurs territoires entre les manahounis qui cultivent le terrain qu'ils tiennent sous le baron. Les Taïtiens de la derniére classe, appelés téoutéous, semblent être dans une situation approchante de celle des vilains dans les gouvernemens féodaux ; ils font tous les travaux pénibles, ils cultivent la terre sous les manahounis, qui ne sont que les cultivateurs de nom ; ils vont chercher le bois et l’eau, et, sous l'inspection de la maîtresse de la famille, ils apprêtent les alimens ; ce sont aussi eux qui péchent le poisson.
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DES VOYAGES. 21° « Chacun des éris tient une espèce de cour, et a une suite nombreuse, composée principalement des fils cadets de sa tribu. Quelques-uns de ceuxei exercent dans la maison de l’éri des emplois particulers; mais nous ne pouvons pas dire exactement de quelle nature ils sont. Les uns étaient appelés eooua no éri, et d’autres ouhanno no éri; les barons nous envoyaient souvent leurs messages par ces officiers. De toutes les cours des éris, celle de Toutahah était la plus brillante , et il ne faut pas s'en étonner, puisqu'il administrait le gouvernement au nom d'Outou, son neveu, qui était éri rahié d'Obereonou, et vivait sur ses terres. L’enfant du baron ou éri, ainsi que celui du souverain ou éri rahié, succède dès ie moment de sa naissance au titre et aux honneurs de son père. Un baron, qui était un jour appelé éri, et dont on n’approchait qu’en faisant la cérémonie d'ôter une partie de ses vêtemens et de découvrir la partie supérieure de son corps, est réduit le lendemain à l'état de simple particulier , si sa femme est accouchée d’un fils la nuit précédente. Tous les témoignages de respect qu'on rendait à son autorité passent à son enfant, s’il ne le massacre pas en naissant; mais le père reste toujours possessenr et administrateur des bicns. Parmi les raisons qui ont contribné à former les sociétés appelées arreoï, cette coutume peut y avoir cu quelque part.
« S'il arrive que les insulaires voisins forment uae attaque générale contre l’île, chaque district,
sous le commandement d'un éri, est obligé de fournir son contingent de soldats pour la défense commune, J'ai remarqué plus haut que Topia faisait monter à six mille six cent quatre-vingt-six le nombre des combattans que tous les districts pouvaient mettre en campagne.
« Dans ces occasions, les forces rénnies de toute l'île sont commandées en chef par l'éri ralhié. Les démélés particuliers qui naissent entre deux éris se décident par leurs propres sujets, sans troubler la tranquillité générale.
«Is ont pour armes des frondes qu'ils manient avec beaucoup de dextérité, des piques pointues et garnies d'un os de raie, et de gros bâtons d'un bois très-dur , de six ou sept pieds de long. On dit qu'ainsi armés, ils combattent avec beaucoup d'opimiâtreté; cela est d'autant plus probable, qu'il est sûr qu'ils ne font point de quartier aux hommes, femmes ou enfans, qui tombent malheureusement dans leurs mains pendant la bataille, ou quelques heures après, c’est-à-dire, a vont que leur colère, qui esttoujours violente sans être durable, soit calme.
« Pendant que nous étions à Taït, l'éri rahié d'Obereonou vivait en bonne intelligence avec l'éri rahié de Tiarreba, l'autre péninsule. Quoique celuic1 s'arrogeñt le titre de roi de l'île, l'autre souve-
rain n’était pas plus jaloux de cette prétention UU=
mérique, que ne l'est sa majesté très-chréuie: ne de voir notre souverain prendre le ütre de roi de l'rance.
« nem
honi d'au l'obj dans des
aCCL et d vole de g par déli
sont
bligé de à défense opia faigt-six Je icts pou-
de toute ie. Les eux éris troubler
maäanient pointues ons d’un
r. On dt ip d'opi-
qu'il est ommes, usement quelques lére, qui calmée.
pi rahié vec l'éri 1e celui- : SOUVE= 1ON tuiéuie: ne e roi de
« On ne peut pas espérer que, sous un gouver= nement si imparfait et si grossier, la justice distributive soit adnunistrée fort équitablement ; mais il ne doit y avoir que peu de crimes dans un pays où il est si facile de satisfaire tous ses goûts et toutes ses passions , et où par conséquent les intérêts des hommes ne sont pas souvent opposés les uns aux autres. Dans nos contrées d'Europe, un homme qui n’a point d'argent, voit qu'il pourrait avec ce métal satisfaire tous ses désirs; les Taïtiens n'ont ni monnaie ni aucun signe fictif qui lui ressemble : iln'ya, à ce qu'il paraît, dans l’île, aucun bien permanent dont la fraude ou la violence puissent s'emparer; et effectivement, si on retranche tous les crimes que la cupidité fait commettre aux peuples civilisés, 1l n’en restera pas beaucoup. Nous devous ajouter que partout où les lois ne mettent
point de restrictions au commerce des femmes, les
honimes sont rarement tentés de devenir aduliéres, d'autant plus qu'une femme doit être rarement l'objet d'une préférence particulière sur les autres, dans un pays où elles sont moins distinguées par des ornemens extérieurs et par les circonstances accidentelles qui résultent des raflinemens de l'art et du sentiment. Il est vrai que ces insuluires sont voleurs : comme chez eux personne ne peut essuyer de grands dommages, ou urer de grands profits par le vol , il n'a pas été nécessuire de réprimer ce délit par les châtimens qui, dans d’autres nauons, sont absolument indispensables pour maintenir
l'existence de la société. Topia nous a dit pourtant que l’adultère et le vol se punissent quelquefois : dans tous les cas d’injure ou de délit, la punition du coupable dépend de l'offensé. Le mari, dans un premier transport de ressentiment, punit quelquefois l'adulière de mort, lorsqu'il surprend les coupables en flagrant délit; mais s’il n’y a point de circonstances qui provoquent sa colère, la femme en cst ordinairement quitte pour quelques coups. Comme la punition n’est autorisée par aucune loi, et qu'il n’y a point de magistrat chargé de la vindicte publique, les conpables échappent souvent au châtiment, à moins que l’offensé ne soit le plus fort; cependant un chef punit de temps en temps ses sujets immédiats, nour les fautes qu'ils commettent les uns envers les autres, et même il châtie des insulaires qui ne dénendent point de lui, lorsqu'ils sont supposés s'être rendus coupables de quelque délit dans son propre district.
« Après nous être séparés de nos amis de Taïti, nous fimes petites voiles. Le vent était favorable, et le temps très-beau. Topia nous dit que quatre des îles voisines, qu'il désignait par les noms d’ÆHouaheiné, Oulietea, O-Taha et Bolabola, étaient à une journée ou deux de navigation de Taïti; il ajouta que nous y trouverions en abondance des cochons, de la volaille et d’autres rafraîchissemens qui nous avaient un peu manqué sur la fin de notre séjour dans son île. Mais comme du haut des montagnes de Taïti nous avions découvert au nord une
routé oues
patri quel cher
veau riser chan Cesi par] sura A] havr land mim cein S'asS
pourtant lquefois :
punition rl, dans nit quelrend les point de a femme es coups.
cune loi, e la vin- | souvent it le plus en temps ls com- *1l châuie lui, lorsables de
de Taïti, vorable , Le quatre es noms 1, étaient Taïu ; 1l lance des issemens de notre les monnord une
ile nommée Thétouroa, je dirigeai d'abord ma route de ce côté : elle est à huit lieues au nordouest de l'extrémité septentrionale de Taiti. Je tronvai que c'était une petite île basse. Topia nous dit qu'elle n'avait pas de population fixe ; que ses compatriotes la visitaient par occasion , et y allaient quelquefois passer deux ou trois jours pour pécher,
Je fis route pour Houaheiné. Le 16 nous étions devant cette île. Quelques pirognes se détachérent bientôt de la côte ; les insulaires parurent cffrayés ; ils n'osaient s'approcher ; maïs ayant apercu Topia, ils nous accostérent. Le roi et sa femme, qui étaient sur une de ces pirogues, montèrent à bord après que nons leur eñûmes donné à plusieurs reprises des assurances d'amitié. 1ls furent d’abord frappés d'étonnement de tout ce qu'ils voyaient , sans cependant faire des questions sur tant d'objets si nou-
veaux pour eux : ils ne tardèrent pas à se familiariser, Le roi, qui se nommait Ori, me proposa de changer de nom avec lui; j'y consentis volonuers. Ces insulaires ressemblaient beanconp aux Taïtiens par la figure, le langage et l'habillement. Topia m'as-
sura qu'ils n'étaient pas voleurs.
Après avoir laissé tomber l'ancre dans un petit havre très-sûr, j’allai à terre avec MM. Banks , Solander, Monkhouse et Topia. An moment où nous mîmes pied à terre, Topia se déshabilla jusqu’à la ceinture, et pria M. Monkhouse d'en faire autant ; il s'assit ensuite devant un grand nombre d'insulaires
220 MISTOIRE GÉNÉRALE
rassemblés dans un grand hangar, et nous dit de nous tenir par-derrière. Alors il commença un discours qui dura un quart d'heure. Le roi, placé vis-à-vis de lui, proférait de temps en temps des mots qui semblaient être des formules de réponse. Notre orateur, pendant le cours de sa harangue, offrit en présent à leur catoua deux mouchoirs, une cravate de soie noire, de la verroterie, deux petites touffes de plumes et des bananes ; il reçut en retour pour notre eatoua , un cochon, de jeunes plantes et deux petites toufles de plumes qu'il fit porter à bord du vaisseau. Après ces cérémonies, que nous pouvions regarder comme la ratification d'un traité avec ces insulaires, on permit à chacun d'aller où il lui plairait, et Topia courut sur-lechamp déposer ses offrandes dans un morai.
« Le 17, je retournai à terre; je visitai les collines de l’île ; elles paraissent brülées de même que l'argile ; les productions sont les inèmes qu'à Taiti; les maisons sont propres; les hangars où ils retirent leurs pirogues sont d'une grandeur remarquable.
« Nous allämes encore à terre le 18; nous aurions voulu profiter de la compagnie de Topia dans notre promenade , mais il était trop occupé avec ses amis. Nous primes cependant son valet Zayeto, et M. Banks se mit en route pour examiner de plus près un objet qui avait auparavant fort excité sa curiosité : c'était une espèce de coffre ou d’arche, dont le couvercle était cousu avec délicatesse et revêtu
proprement
posée sur d consoles de semblaient à l'autre, à y avait à l'u du carré un points, et | un trou ro!
M. Banks v était bouct il ne voulu mait alors € fois que l'é térieur , 11] de ce coffr est remar gulier, c'e nom au va Eouhavcen pas nous € usage,
« Ces 1 et d’une M. Bauks pouces et paresseux avec lui st les tuerai
femmes s
DES VOYAGES, proprement de feuilles de palmiers: cette arche était posée sur deux bâtons, et soutenue par de peutes consoles de bois trés - bien travaillées. Les bâtons semblaient servir à transporter l'arche d’un endroit à l'autre, à la manière de nos chaises à porteurs. Il y avait à l’un des bouts un trou carré, et au milieu du carré un anneau qui touchait les côtés en quatre points, et laissait les angles ouverts, ce qui formait un trou rond dans un carré. La premiére fois que M. Banks vit ce coffre , l'ouverture de l'extrémité était bouchée avec un morceau d’étoffe, à laquelle il ne voulut pas toucher : probablement il renfermait alors quelque chose ; mais il trouva la seconde fois que l’étoffe était enlevée , et en examinant l’intérieur , il le trouva vide. La ressemblance générale de ce coffre avec l'arche d'alliance parmi les Juifs, est remarquable ; mais ce qui est encore plus singulier , c'est que lorsque nous en demandâmes le nom au valet de Topia, il nous dit qu'il s'appelait Eouhavéeno-Eatoua (la Maison de Dieu); ilne put pas nous expliquer autrement sa signification etson usage.
« Ces insulaires semblent être plus vigoureux et d’une stature plus grande que ceux de Taïti. M. Banks en mesura un qui avait six pieds trois pouces et demi de hauteur ; cependant ils sont si paresseux, qu'il ne put pas les engager à monter avec lui sur les collines ; ils disaient que la fatigue les tucrait s'ils entreprenaient cette course. Les femmes sont trés-jolies, et en général nous les trou-
vâmes plus belles que celles de Taïti, quoique nous n'en ayons vu aucune en particulier qui égalât en beauté quelques Taitiennes. Ces insulaires sont moins timides et moins curieux que les habitans de l'ile que nous venions de quitter. Nous avons déjà dit que lorsqu'ils vinrent à bord du vaisseau,
ils ne firent ni questions ni recherches; quand nous tirions nos armes à feu, ils étaient eflrayés, il est vrai , mais ils ne tombaiïent pas par terre de crainte, comme les Taïtiens , lorsqu'ils entendirent pour la première fois nos fusils. On pourrait ‘facilement donner d’autres raisons de cette différence ; le peuple d'Houaheiné n'avait pas, comme celui de Taiti, vu Ze Dauphin; l'explosion d’un canon ou d’un fusil excitait dans le second l’idée d'une destruction subite ; et l’autre, qui n’en avait jamais éprouvé les effets, ne regardait ces instrumens comme terribles que par le son qu'ils produisaient. Quoique Topia nous eût dit que ces insulaires n'étaient pas voleurs, cependant nous en surprimes un en flagrant délit. Sur les plaintes que nous en fimes à ses compatriotes , ils le punirent par la bastonnade. »
Les Anglais visitérent ensuite Oct Topia ft fit en débarquant les mêmes cérémonies qu'a Houaheiné. Cette île, suivant le rapport de Topia , avait été conquise par les insulaires de Bolabola dont il ne parlait qu'avec l'accent de la crainte. Ce que l'on vit de cette île parut moins peuplé que Taiti. ils sortirent du havre d'Oulictea le 24 après avoir
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couru le danger de s’y briser sur un écueil.
Le 25, Cook était à une lieue d'O-Taha ; il navigua au nord et découvrit Toubaï, petite île située à quatre ou cinq lieues au nord de Bolabola ; elle n’est habitée que par trois familles, et ne produit que des cocos. Les habitans des îles voisines viennent pêcher sur ses côtes , où le poisson abonde. Il envoya des canots dans le havre d'O-Taha pour
y achcter des rafraîchissemens; les habitans ressemblaient à ceux des îles déjà visitées; les productions étaient les mêmes. Les canots revinrent
chargés.
Cook s’approcha ensuite de Bolabola, remarquable par un pic trés-haut et escarpé ; la côte qu'il domine est inabordable. En cherchant un havre commode , on apercut , à huit lieues de distance,
au nord-nord-ouest, l'île de Maouroua, qui est petite, environnée de récifs, n'ayant ni port ni habitans.
Tandis qu'il était devant Bolabola, il vit peu d'insulaires sur la côte ; Topia lui dit que la plupart étaient allés à Ouliatea. Comme le 3r août l'Endeavour se trouvait le long de la côte méridionale de cette dernière île, il voulut visiter cette partie. Les détails de son séjour font voir quel est l'empire que prennent partout la modération et l'humanité.
« MM. Banks et Solander passèrent le 1° août à terre, et ils furent fort contens des naturels du pays, qui semblaient tous les craindre et les respec-
ter, ct avoir cependant pour eux la plus grande confiance. Les insulaires se comportaient comme s'ils eussent senti que ces deux étrangers avaient en même temps les moyens de leur causer du mal et l'intention de n’en pas faire usage. Les hommes, les femmes et les enfans se rassemblaient autour d'eux et les suivaient partout où ils allaient. Loin que personne leur fit des malhonnétés, lorsqu'ils rencontraient dans leur chemin des mares d’eau ou de boue, ces insulaires se disputaient à qui les porterait sur leur dos. On les conduisit dans les maisons des principaux personnages, et ils furent recus d’une maniére tout-à-fait nouvelle; le peuple qui les suivait courait en avant dés qu’ils approchaient de l’ha: bitation, en laissant cependant un espace suffisant pour leur passage. Quand ils entraient , ils trouvatent lesinsulaires qui les avaient précédés rangés en haie de chaque côté d’une longue natte étendue sur la terre, et sur l'extrémité de laquelle était assise la famille. Ils rencontrèrent dans la première maison qu'ils visitérent, des petites filles et des
jeunes garcons habillés avec la plus grande pro-
preté, et qui restaient à ieur place en attendant que les étrangers s’approchassent d'eux et leur donnassent quelque chose. MM. Banks et Solander eurent bien du plaisir à leur faire des présens; car ils n’avalent jamais vu des enfans plus jolis et mieux vêétus. L'un d’eux était une petite fille d'environ six ans; elle avait une espéce de robe rouge, et autour de sa tête une grande quantité de cheveux tressés,
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plus que tout le reste de ce qu'ils possédent : elle était assise au bout d’une natte de trente pieds de
long , sur laquelle aucun des spectateurs , malgré Ja grande foule, n'osait mettre le pied; elle s’'appuyait sur le bras d’une femme d'environ trente ans, d'une figure agréable , et qui était probablement sa nourrice. Nos messieurs allérent à elle; dès qu'ils en furent près ils lui offrirent quelques verroteries , et elle tendit la main pour les recevoir avec autant de grâce qu'aurait pu le faire la femme la micux élevée d'Europe. »
On leur donna le spectacle d'une danse bouffonne : ailleurs ils virent une troupe de danseurs parmi lesquels étaient quelques-uns des principaux habitans de l'île. Les danseuses portaient sur leur tête des cheveux tressés, ornés de fleurs de jasmin arrangées avec goût. Elles avaient le cou , la gorge, les épaules , les bras nus : la gorge était parée de deux touffes de plumes noires. Elles dansaient avec grâce ; leurs pas mesurés s’accordaient avec le son des tambours. Pendant que les femmes dansaient, les hommes exécutaient une espèce de pantomime dialoguée.
Le roi de Bolabola qui se trouvait à Oulietea ervoya à Cook un présent de plusieurs pièces d’étoffe trés-longues et divers rafraîchissemens. Il avait annoncé sa visite pour le lendemain : il ne vint pas, et envoya à sa place trois jolies filles demander quelque chose en retour de son présent ; il espérait
obtenir davantage par l'intermédiaire de ces aïmables messagéres : 11 ne se trompait pas. Les An glais allérent ensuite lui faire visite. La conquéte d'Oulietea, la terreur que ses sujets avaient inspirée, faisaient croire qu'on allait trouver un homme jeune, vigoureux, l'air fier et hardi ; Cook fut surpris de voir un vicillard faible, décrépit, presque aveugle, et à peu prés imbécille ; 1 se nomma Opouny. I reçut les Anglais assis et sans cérémonie; Cook le conduisit dans sa chaloupe à O-Taha, où ce monarque avait fixé sa résidence, et où l'on acheta quelques provisions.
Cook appela ile de la Société, le groupe formé par Oulietea, O- Taha, Bolabola, Houaheiné, Toubaï et Maouroua, et conserva à chacune d'elles le nom que leur donnaient les naturels; exemple digne d'être scrupuleusement inité, car 1l éviterait bien des méprises dans la géographie.
Elles sont situées entre le 16° 16° et le 16° 55 de latitnde méridionale, et entre les 150° 57° et les 152° de longitude occidentale. Oulietea et O- Taha, situées à environ un nulle lune de l'autre,
sont toutes deux euvironnces par un récif de ro-
chers de corail ; de sorte quil n'est pas possible à
un vaisseau de passer entre elles, Ce récifoffre dans son intérieur plusieurs havres très-sûrs, dont les entrées sont un peu étroites ; c’est leur seul inconvénient, S1 l’on en excepte les côtes de la mer, Oulictea et O-Taha sont montagneuses : leur surface
L4 ° » 1 n est entrecoupée et irrégulière. Cependant les hau-
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DES VOYAGES. 227 teurs parurent tapissées d’une verdure agréable , et en quelques endroits couvertes de bois.
Bolabola, située à quatre lieues au nord-ouest d'Oulietea , est environnée d'un récif de rochers et de plusieurs flots. La haute montagne escarpée que l'on y aperçoit se termine au sommeten deux p'es, dont l'un est plus élevé que l'autre.
Cook partit le 9 août d'Oulictea, et fit route au sud. Le 15, il eut connaissance d’une île que Topia nomma O-Hétéroa. Lorsque la chalonpe envoyée pour essayer d'y débarquer s'approcha de la côte, les insulaires rassemblés au nombre d'une soixan-
tine , s’assirent sur le rivage , excepté deux qui
farent chargés d'aller en avant pour observer les mouvemens du bateau étranger. Ceux-ci marchérent quelque temps vis-à-vis de la chalonpe, puis sautérent dans l’eau pour la joindre à la nage; elle les eut bientôt lussés en arrière. Deux autres insulaires se mirent à la nage dans le même dessein, sans pouvoir en venir à bont, non plus qu'un cinquième et un sixième qui s'étaient avancés beaucoup plus loin, le long de la côte, avant de se jeter à la mer. La chaloupe entrée dans une grande baie découvrit au fond une troupe d'insulaires armés de grandes lances comme les premiers. Elle se préparait à débarqner quand une pirogue se détacha du rivage pour venir à sa rencontre. Dés que les indiens se furent approchés, Topia leur dit que ces étrangers étaient des amis, etque s'ils voulaient venir à bord on leur donnerait des clous ; on leur
228 HISTOIRE GÉNÉRALF
en montra pour les aturer ; ils hésitèrent quelque temps, puis s’'avancérent , et reurent les clous avec un air de satisfacuon. Trois d’entre eux sautérent dans la chaloupe; le premier de ceux-là s’empara dela poire à poudre de M. Banks, qui eutbeaucoup de peine à la rattraper. Comme on craignait qu'ils ne devinssent plus entreprenans , on leur üra des coups de fusil par-dessus Ja tête ; ils sautérent à la mer. Les insulaires défièrent les Anglais au combat ; enfin on s'entendit ; les insulaires promurent de mettre bas leurs lances et leurs massues; mais les Anglais étaient en trop petit nombre pour souscrire à la condition proposce parles Indiens qu'ils y descendraient sans armes. La négociation semblait terminée, lorsque les insulaires se hasardérent
à s'approcher de la chaloupe. Ils vendirent tran- !
quillement une petite quantité de leurs effets ct quelques armes , et recurent des clous en échange. Ils dirent que si l'on voulait avoir des provisions
il fallait entrer en dedans du récif. On ne jugea pas
qu'il füt prudent d'accepter la proposition , et l’on revint au vaisseau.
O-Hetorea est située par 22° 27’ sud, et 150° 47' ouest. Elle a treize milles de circonférence ; elle est assez haute; elle ne parut ni trés-peuplée ni trèsferule. Les insulaires sont plus bruns que les habitans des îles de la Société, vigoureux et bien faits. Ils ont le corps peint seulement en un petitnombre d'endroits. Leur industrie sembla supérieure à celle des Taitiens et de leurs voisins.
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En quittant O-Hetorea, le 15 août, Cook résolut de faire roux au sud pour découvrir s’il existait un continent austral, et de ne plus perdre son temps à chercher et à visiter des îles, à moins qu'il n’en trouvât dans son chemim. Le 1 septembre, étant par 40° 22” de latitude sud , ne voyant aucune apparence de terre , éprouvant des raffales très-fortes et une grosse mer de l’ouest, 1l vira de bord et fit route au nord, dans la crainte que sa voilure etson grément n'éprouvassent des avaries qui l’eussent empêché de poursuivre son voyage ; ensuite il gouverna vers l’ouest,
Depuis plusieurs jours il rencontrait des indices de terre ; le 6 octobre, 1 en eut connaissance dans l'ouest-nord-ouest. Elle paraissait considérable ; elle était située par 180° 55’ de longitude occidenle : on crut avoir découvert la terre australe. On vit des maisons, des hommes, des pirogues, des espaces enclos; le 7, Cook mouilla dans une baie
prés d’une côte si stérile, qu'il la nomma Baie
de Pauvreté. Ensuite, en rangeant la côte, il fit plusieurs tentatives pour lier commerce avec les Indiens qu'il rencontrait dans des pirogaes ; maisil trouvait partout de la résistance, et les sauvages commencaient toujours par qnelques hostilités, jusqu'à ce que les Anglajs leur eussent fait connaître leur force, ce qui n'arrivait qu'à la dernière extrémité, avec les plus srands m'nagemcens possibles, et de manière à leur faire beaucoup plus de peur que de mal. Cependant ayant pris terre.
ils commencérent à être traités amicalement. Lee Indiens entenduient parfaitement la langue de Topia.
Cook fit d'abord route au sud en quittant labaic de Pauvreté ; arrivé à un cap qu'il nomma Z'urn- Again, il retourna au nord, I descendit à un endroit de la côte , au nord de hi baie de Pauvreté, et y vit des plantations soignées. Il fut surtout frappé d’un usage de ces peuples, dont il n’y à peutêtre pas d'exemple chez aucune autre nation d'J diens.
Chaque maison où hamean de trois où quatre habitations avait des lieux privés, de sorte qu'on ne voyait point d'ordures sur la terre; les restes de leurs repas et les autres ordures étaient aussi mis en las de fumier réguliérement disposés, dont ils se servent probablement comme d'engrais. Us étaient alors plus avancés sur cet article de police, qu'une des nations les plus considérables de
l'Europe ; car, jusqu'en 1760 , 11 n'y avait point de
lieux privés à Madrid, la capitale de l'Espagne Ï Ï pasne,
quoique cette ville it abondimnient fournie d'eau. Fous les habitans étaient dans l'usage de jeier la nuit, de leurs fenctres dans la rue, leurs ordures, qu'un certain nombre d'hommes étaient chargés de transporter de l'extrémité supérieure à la parte basse de la ville, où elles restaient jusqu'à ce qu'elles fussent séches , et «lors Îles étatent charges sur des voitures, et déposées hors des portes. Charles 1x ordonna, par un édit , que chaque pro
priétair qu'on f entrete quoiqu vernen une inf main, uon. El Le 2 Jaga. B:
cueillir bois et avanent Lres-es à Coup nare.
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it labaic 1à J'urn- A un en= vreté, 6t LU frappé a peution d'J:
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le de po- ‘rables de point de Espagne, mie d'eau.
e Jeier la ordures, t chargés la parue isqu'à ce ent char- ?s portes.
que pro
DES VOYAGES. 251 priétaire de maison bätirait des lieux privés, et qu'on ferait des clouq..cs, des égouts et des canaux entretenus aux frais du publie. Les Espagnols, quoique accontumés depuis long-temvrs à un gouvernement absolu, regardérent cet édit comme une infraction aux droits communs du genre humain, et ils s'opposérent fortement à son exécuuüon., Elle finit cependant par avoir lieu.
Le 25 octobre, on mouilla dans la baie de To- Jaga. Banks et Solander descendirent à terre pour cneillir des plantes, pendant qu'on coupuit du bois et qu'on remplissait les piéces à l'eau. En avancant dans les vallées, dont les collines étaient très-cscarpées de chaque côte, ils aperçurent tout à coup une curiosité naturelle et très-extraordinaire. C'était un rocher troué dans toute sa profondeur, de manière qu'il formait une arcade ou caverne d'où lon découvrait Ja mer, Cette ouverture qui avait soixante et quinze pieds de iong, vingt-sept de large et quarante-cinq de hant, présentait une parue de la baie et des collines de l'antre côLé qu'on voyait au travers, Ce conp d'œil inattendu produisait un effet bien supérieur à toutes les inventions de Fart,
En retournant le soir au lieu de l’aiguade, ils trouvérent un vieillard quiles reuint pendant quelque temps pour leur montrer les exercices militaires du pays, avec les Jances et les patou-patous, qui sont les seules armes en usage chez les Indiens, La lance, faite d’un bois trés-dur et pointue
aux deux bouts, a dix à quatorze pieds de long, Nous avons déjà donné la description du patoupatou ; il a environ un pied de long ; il est fait de talc ou d'os, et a un tranchant aigu; ils s'en servent comme d'une hache de bataille. L'Indien s’avançait avec un visage plein de fureur contre un
poteau ou pieu qui représentait l'ennemi ; il agi-
tait ensuite sa lance qu'il serrait avec beaucoup de force. Quand son fantôme d’adversaire était censé avoir été percé de sa lance, il courait sur lui avec son patou-patou , et fondant sur l'extrémité supcrieure du poteau qui figurait la tête de son rival, il y frappait un grand nombre de conps avec tant de force, que chaqne coup aurait probablement suffi our fendre ie crâne d'un bœuf. Comme ce champion assuillit encore son ennemi avec le patou- “paton, après l'avoir percé de sa lance, nos officiers conclurent que duns les batailles ces peuples ne font point de quartier.
Le 3 novembre, Cook mouilla dans la baie qu'il appela baie de Mercure, parce qu'il y observa le passage de cette planète dans le disque du soleil. Il ent occasion de prendre une idée des connaissances des Indiens de ces contrées dans l'art des fortifications. Sur une pointe élevée on péninsule qui s'avance dans la rivière, l'on aperçoit les restes d'un fort qu'ils appellent ÆEppah on Heppah. Le plus habile ingénieur de l'Europe n'aurait pas pu choisir une meilleure situation pour mettre un peut nombre d'hommes en état de se défendre contre
un plu l'eau q tiéretn est for
fossé , a quat portio resse :
gce de somm dehor tres-g ‘e foss taient
de Jon, patou-
St fait de 'en SCr— Indien ontre un 3 il agiicoup de ail censé Jui avec iLÉ su péon rival, avec tant ablement omme ce le patous officiers uples ne
baie qu'il bserva le In soleil.
connaisl'art des éninsule es restes pah. Le | pas pu e un pee contre
ei
DES VOYAGES. 255 un plus grand. Les rochers sont si escarpés, que l'eau qui entoure ce fort de trois côtés le rend enüérement inaccessible; et du côté de la terre, il est fortifié par un fossé et un parapet élevé en dedans. Du sommet du parapet jusqu'au fond du fossé , il y a vingt-deux pieds. Le fossé en dehors a quatorze pieds de profondeur et une largeur proportionnée. Toute la construction de cette forteresse annonçait beaucoup de jugement. Une rangée de piquets ou palissides descendait depuis le sommet du parapet et le long du bord du fossé en dehors. Ces derniers étaient enfoncés en terre à une trés-grande profondeur , et inclinés en saillie vers e fossé ; il n’y restait que les plus épais, qui portaient des marques évidentes de feu; de sorte que la place avait probablement été prise ctdétruite par un ennemi. Si un vaisseau était jamais obligé d'hiverner ou de séjourner pendant quelque temps dans cette baie, 1] pourrait dresser des tentes en cet endroit qui est assez vaste et fort commode; on le défendrait aisément contre les forces de tout le pays.
« Le 11, après déjeuner, j'allai avec la pinasse , accompagné de MM. Banks et Solander, au côté septentrional de la baie, afin d'examiner le pays et deux villages forufiés que nous avions apercus de loin. Nous débarquâmes près du plus petit, dont la situation était la plus pittoresane qu'on puisse imaginer ; il était construit sur un rocher détaché de la grande terre, environné d’eau à la haute ma-
re, eL était percé dans toute son épaisseur par une arche qui en occupait la plus grande parte; le sommet de l'arche avait plus de soixante pieds d'é. lévation perpendiculaire au-dessus de la surface de la mer, qui, lorsqu'elle était pleine, passait par cette ouverture ; le haut du rocher au-dessus
de l'arche était forutié de palissades à la manitre
du pays ; mais l'espace ainsi renfermé , ne pouvait
contenir que cinq où six maisons; 11 n'était accessible que par un sentier escarpé et étroit, par où les habitans descendirent à notre approche, et nous invitérent à monter. Nous refusâmes cette offre, parce que nous avions envie d'examiner un fort beaucoup plus considérable de la même espèce, situé à peu près à un mille de là. Nous f'imes quelques présens aux femmes, et sur ces entrefaites, nous vimes les Indiens du bourg vers lequel nous allions, s'avancer vers nous en corps au nombre d'environ cent, y compris les hommes, les femmes et les enfans ; quand ils furent assez près de nous pour se faire entendre, ils firent un geste de leurs mains, en nous criant Loromaï ; ils s'assirent ensuite parmi les buissons près de la grève : on nous dit que ces cérémonies étaient des signes certains de leurs dispositions amicales à notre égard. Nous marchäâmes vers le lien où ils étaient assis, et quand nous les abordämes, nous leur fimes quelques présens, en demandant permission de visiter leur heppah ; ils y consentirent avec la joie peinte sur leur visage, et sur-le-champ ils nous y
conduis situé st et prés par les cessible une av qui est la colli compo ble avc cette f était d entour les pal rapet | tance Indie armes entre ment supér avait pied dans de vi de si
arunce
Ue ; le ‘ds d'ésurface passait -dessus Manicre pouvait accespar où ctnous » offre, un fort espéce, es quelfaites, el nous nombre es fempres de este de issirent ee : on 15 CCr=égard, | ASSIS, fimes on de
la joie
1ous ÿ
conduisirent : ils le nomment Ouarretaoua, til est situé sur un promontoire, du côté septentrional et prés du fond de la baie, Deux des côtés, lavés par les flots de la mer, sont entièrement inaccessibles ; deux autres côtés sont contigus à la terre; une avenue conduit de la grève à un de ces côtés, qui est trés-escarpé ; l'autre est plat : on voit sur la colline une palissade d'environ dix pieds de haut, composée de gros pieux , joints fortement enserm ble avec des baguettes d'osier, qui entoure toute cette fortilication, Le côté faible, près de la terre, était défendu par un double fossé, l'intérieur était entouré d'un parapet et d'une seconde palissade les palissades du dedans étaient élevées sur le paapet près du bourg, mais à une assez grande distance du bord et du fossé intérieur, pour que les Indiens pussent s'y promener et s’y servir de leurs armes ; les premières paiissades du dehors, placées entre les deux fossés, étaient enfoncées obliquement en terre, de manière que leurs extrémités supérieures s’inclinaient vers le second fossé, qui avait vingt-quatre pieds de profondeur, depuis le pied jusqu'au haut du parapet; tout prèser en dedans de la palissade mtérieure, une plate-forme de vingt pieds d'élévation, de quarante de long et de six de large, élit soutenue par de gros poteaux, et destinée à porter ceux qui défendent la place,
et qu peuvent de là aceabler les assaiilans par des dards et des pierres, dont il y a toujours des tas pour les cas de besoin. Une autre plate-forme, pla-
cée également en dedans de la palissade, commandait l'avenue escarpée qui aboutissait à la grève ; de petits ouvrages de fortification et des huttes servant non pas de postes avancés, mais d'habitations à ceux qui ne pouvant pas se loger , faute de place, dans l’intérieur du fort, voulaient cependant se mettre à portée d'en être protégés, se trouvaient de ce côté de la colline. Les palissades , ainsi qu'on l'a déjà observé , environnaient tont le sommet de la colline, tant du côté de la mer que du côté de la terre; le terrain, qui originairement était une montagne , n'avait pas été réduit à un seul niveau; il formait plusieurs plans différens qui s’élevaient en amphithéâtre, les uns au-dessus des autres ; chacun était entouré d'une palissade séparée : ils communiquaient entre eux par des sentiers Ctroits qu'on pouvait fermer facilement; de sorte que si un ennemi forçait la palissade extérieure, 1l devait en emporter d’autres avant que la p'ace fût entiérement réduite , en supposant que les Indiens défendissent opiniâtrement chacun de ces postes, Un passage étroit, d'environ douze pieds de long , et aboutissant à l'avenue escarpée qui vient du rivage, en forme la seule entrée : elle passe sous unc des
plates-formes ; quoique nous n'ayons rien vu qui
ressemblât à une porte ou à un pont, elle pourrait aisément être barricadée, de manière que ce serait une entreprise três-dangereuse et très-diflicile que d'essayer de la forcer; en un mot, on doit regarder comine très-forte une place dans laquelle
amas sir q que « des] rava com] et da nous plus ce d nat bat.
la pc
commanvréve ; de es servant lalions à le place, ndant se ‘ouvaient 1si qu’on mmet de 1 côté de étail une niveau ; élevaient res ; chails coms étroits te que si il devait tt entiéliens déstes. Un long , et l rivage , unc des 1 vu qui pourrait e ce sedifficile on doit laquelle
un petit nombre de comhattans déterminés se défend aisément contre les attaques que pourrait former, avec ses armes, tout le peupie de ce pays. En cas de siége, elle paraissait être bien fournie de toutes sortes de provisions , excepté d'eau : nous apercümes une grande quantité de racines de fongere, qui leur sert de pain, et de poissons secs amoncelés en tas ; mais nons ne remarquâmes pas qu'ils eussent d'autre eau douce que celle d'un ruisseau qi conlait tout prés et au-dessous du pied de la colline. Nous n'avons pas pu savoir s'ils ont quelque moyen d'en ürer de cet endroit pendant un siége, ou s'ils connaissent la manière de la conserver dans des calebasses ou d’autres vases ; ils ont sûrement quelque ressource pour se la procurer, car autrement1l leur seraitinuule de faire des amas de provisions. Nous leur témoignâmes le désir que nous avions de voir leurs :xercices d'attaque ct de défense ; un jeune Indien monta sur une des plates-formes de bataille, qu'ils appellent porava , et un autre descendit dans le fossé ; les deux combattans entonnérent leur chanson de guerre, et dansérent avec les mêmes gestes effrayans que nous leur avions vu employer dans des circonstances plus sérieuses , afin de monter leur imagination à ce degré de fureur aruficielle qui , chez toutes les nations sauvages, est le prélude nécessaire du combat. En effet, la force d'esprit qui peut surmonter la crainte du danger , sans le secours de cette espèce d'ivresse, semble être une qualité particulière
be
à des hommes occupés de projets d’une importance plus réelle, et animés d'un sentiment plus vif de honneur et de la honte, que ne peuvent Pétre des hommes qui n'ayant guère d’autres pla. sirs ou d'antres peines que ceux de la simple vie animale, pensent uniquement à pourvoir à leur subsistance journaliére, à faire du pillage, ou à venger une insulte ; 1} est vrai cependant qu'ils s'attaquent avec intrépidité Jes uns les antres, quoiqu'ils aient besoin de se passionner avant de commencer Je combat, ainsi qu'on voit parmi nous des hommes qui s'enivrent afin de pouvoir exécuter un projet formé de sang-froid , et qu'ils n'auraient pas osé accomplir, tant qu'ils seraient restés dans cet état,
« Nous apercümes sur le penchant de la colline, près de ee fort, un espace d'environ un demi-acre de terrain, planté de citrouilles et de patates douces; c'était le seul endroit cultivé de la baic; on voit deux rochers au pied de la pointe sur laquelle est construite cette forufication , l’un entièrement détaché de la grande terre, et l'autre qui ne l’est pas tout-à-fait ; 1ls sont peuts tous les deux, et ils paraissent plus propres à servir de retraite aux oiseaux qu'aux hommes; cependant il y a des maisons et des places de défense sur chacun d’eux. Nous apercümes plusieurs autres ouvrages de même nature sur de petites îles, des rochers et des sommets de collines en différentes parties de la côte, outre
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DES VOYAGES. 259 quelques autres bourgs fortifiés qui semblaient être plus considérables que celui-c1.
« Les hostilités continuelles dans lesquelles doivent vivre nécessairement ces pauvres Sauvages, qui ont fai un fort de chaque village, expliqueront ponrquoi 1ls ont si peu de terres cultivées; et comme les malheurs s'engendrent souvent les uns les autres, on en conelura peut-être qu'ils sont d'ailleurs perpétuellement en guerre, parce qu'ils n'ont qu'une petite quantité de terrain mis en culture, Il est néanmoins très surprenant que l'industrie et le soin qu'ils ont employés à bâur presque sans suuls des places si propres à la défense, ne leur
nt pas faitinventer, par la même raison, une seule arme de trait, à l'excepuon de la lance, qu'ils jettent avec la main. Ils ne connaissent point Farc pour les aider à décocher un dard, ni la fronde pour lancer une pierre; ce qui est d'autant plus étonnant, que l'invention des frondes, des arcs et des fléches , est beaucoup plus simple que celle des ouvrages que construisent ces peuples, et qu'on trouve d'ailleurs ces deux armes dans presque toutes les parties du monde, chez les nations les plus sauvages. Outre la grande lance et le patoupatou , dont j'ai déja parlé, ils ont un bâton d'environ cinq pieds de long , quelquefois pointu comme une hallebarde de sergent, et d'autres fois terminé en une seule pointe à lun des bouts, et avant l'autre large et d'une forme approchant de la pale d’une rame ; ils ont encore une autre ar.
d'environ un pied plus courte que celle-ci, pointue à une des extrémités , et faite comme une hache à l'autre : {eurs grandes lances ont des pointes barbelées, et ils les manient avec tant de force et d’agilité, que nous n'aurions pu leur opposer avec avantage d’autres armes que des fusils.
« Après avoir examiné légèrement le pays, et chargé les deux canots de céleri, que nous trouvâmes en grande abondance prés du rivage, nous revinmes de notre expédition, et sur Îles cinq heures du soir nons arrivâmes à bord du vaisseau. La baie de Mercure est située par 56° 47 de lautude méridionale, et 184° 4’ de longitude occidentale. »
En continuant à faire route au nord, Cook arriva le 26 novembre devant le cap Bret. Le 29 il laissa tomber l'ancre à peu de distance, dans une eau peu profonde. Pour donner un exemple du système d'humanité et de justice constamment suivi par les Anglais, nous rapporterons ce qui leur arriva près de ce cap.
« Les naturels du pays, au nombre de près de quatre cents, nous entourérent en foule dans leurs pirogues, et quelques-uns montérent à bord ; je donnai un morceau de drap à un d’eux , qui senblait être un chef, etje fis présent aux autres de quelques bagatelles. Je m'aperçus que plusieurs de
ces Indiens nous avaient déjà vus, et qu'ils connais: ] ,
saicnt le pouvoir de nos armes à feu; car la seule inspection d’un canon les jeta dans un trouble qui
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DES VOYAGES. 241 se manifestait sur leur visage. Cette impression les empêcha de se comporter malhonnêtement ; mais quelques-uns de ceux qui étaient restés dans les pirogues profitérent du moment où nous étions à dîner pour enlever notre bouée : nous tirâmes un coup de fusil à petit plomb par-dessus leurs têtes ; ils étaient trop loin pour que nous pussions les atteindre ; ils avaient déjà mis la bouée dans leur pirogue, et nous fümes obligés de ürer à balle; le coup porta, et sur-le-champ ils la jetérent à la mer : enfin nous lächämes par-dessus leurs têtes un boulet qui effleura la surface de l’eau et alla tomber à terre. Deux ou trois des pirogues débarquérent à l'instant les hommes qu’elles portaient ;
ils coururent sur la grève pour chercher, à ce que
nous pensâmes , le boulet. Topia les rappelant, les assura qu'ils seraient en sûreté tant au’ils ne voleraient pas : plusieurs revinrent au vaisseau sans beaucoup de sollicitations de notre part, et ils se comportérent de manière à ne nous laisser aucun lieu de soupçonner qu'ils pensassent désormais à nous offenser.
« Lorsque le vaisseau fut dans une eau plus profonde et en sûreté, je fis mettre en mer la pinasse et l'yole équipées et armées ; je n’embarquai avec MM. Banks et Solander , et j’allai à terre sur une ile qui était éloignée d'environ trois quarts de mille. Nous remarquämes que les pirogues qui entouraient le vaisseau ne nous suivirent pas quand nous le quittâmes ; ce que nous regardämes comme
un augure favorable; mais nous n'eûmes pas plus tot débarqué, qu'elles accoururent vers différentes parties de Fîle, et descendirent à terre; nous étions entrés dans une anse, depuis quelques minutes, quand nous fûmes environnés par environ trois cents insulaires; quelques-uns sortaient du fond de l’anse, d’autres venaient du sommet des collines ; ils étaient tous armés, mais ils s'approchérent avec tant de désordre et de confusion, que nous ne Îles soupconnâmes guêre de vouloir nous faire du mal, et nous résolümes de ne pas comimencer les hostilités les premiers. Marchant à leur rencontre, nous tracämes sur le sable entre eux et nous une ligne que nous leur dîmes par signes de ne pas passer : 1ls restèrent d’abord paisibles; cependant leurs armes étaient toutes prêtes à frapper, et ils semblaient plutôt irrésolns que pacifiques. Pendant que nous étions en suspens , une autre troupe d'Indiens s'avanca , et alors leur hardiesse s'accroissant avec leur nombre , ils commencérent les danses et les chansons qui sont les préludes de leurs batailles. Toutefois ils difléraient toujours l'attaque: mais deux détachemens coururent vers chacuu de nos bateaux , et entreprirent de les traîner sur la côte ; cette tentative parut être le signal du combat, car ceux qui étaient autour de nous s'avan cérent en même temps sur notre ligne. Notre situation était trop critique alors pour rester plus longtemps oisifs ; je uirai done un coup de fusil charge à peut plomb contre un des Indiens les plus pro-
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DES VOYAGES. 243 ches, et M. Banks et deux des nôtres firent feu immédiatement aprés. Nos ennemis reculèrent alors un peu en désordre ; mais un des chefs qui était à environ trente pieds de distance les rallia ; ils'avanca en agitant son palon-palou, el appelant grands cris ses compagnons , 11 les conduisit à la charge. Le docteur Solander, qui n'avait pas encore üré son coup de fusil, le cha sur ce champion, qui s'arréta brusquement en sentant qu'il était blessé, et s'enfuit ensuite avec les autres; cependant, loin de se disperser, ils se rassemblérent sur un monticule où ils semblaient attendre un chef assez déter-
mincé pour les conduire à une nouvelle attaque.
Comme ils se trouvaient hors de la portée de notre plomb, nous uirâmes à balle, mais sans les atteindre ; ils restèrent toujours attroupés, et nous demeurâmes à peu près un quart d'heure dans cette situation.Sur ces entrefaites, le vaisseau d’où lon apercevait un beaucoup plus grand nombre d'Indiens qu'on ne pouvait en découvrir de l'endroit où nous étions, se plaça de manière que son artillerie pût porter; quelques boulets tirés par-dessus Icur tête les dispersèrent entiérement : dans cette escarmouche deux Indiens seulement furent blessés avec du petit plomb; pas un seul ne fut tué. Ce combat aurait été plus meurtricr, si je n'avais contenu mon monde, qui, par la crainte des accidens, ou par le plaisir d'exercer leurs forces, montraient à massacrer ces insulaires le même empressement
qu'un chasseur à détruire du gibier. Pevenns pai-
sibles possesseurs de notre anse, nous mîmes bas les armes, et nous cueillimes du céleri , qui y croit en abondance. Peu de temps aprés, nous nous rappelâmes que quelques Indiens s'étaient cachés dans la caverne d’un des rochers : nous marchâmes vers cet endroit; alors un vieillard , le même chef à qui j'avais donné le matin un morceau de drap, s'avanca suivi de s:1 femme et de son frère, et, prenant une posture de suppliant, ils se mirent sous notre protection. Nous leur parlâmes amicalement: le vieillard nous dit qu'un de ceux qui avaient été blessés par le petit plomb, était son frère, et nous demanda avec beaucoup d'inquiétude s’il en mourrail; nous l'assurâmes que non ,.et, mettant dans sa main une balle et du petit plomb, nous lui fimes entendre que pour mourir il fallait être blessé avec la balle, et que ceux qui l'étaient de l'autre manicre en guériraient; nous ajoutâmes que si l'on nous attaquait encore, nous nous défendrions avec des balles qui les blesseraient mortellement. Ces
gens reprirent un peu de courage, s'approcherent et s’assirent près de nous, et, pour les rassurer davantage, nous leur fimes présent de quelques Pagatelles que nous avions par hasard avec nous.
« Bientôt aprés nous nous rembarquämes, et quand nous fümes arrivés à une autre anse de la
méme île, nous montämes sur une colline voisine qui donunait sur le pays jusqu'à une distance considérable. La vue était très-singulière et très-pittoresque; On apercevait une quantité innombrable
d'îles aussi en ot sées ( plus aupa bour de n geste sou nos | fraud rible plant donr foue
mes bas Li y croit ous r'apiés dans mes vers hefà qui s'avanca nant une otre pro-
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mes, et ise de Ja e voisine nce conrés-pittombrable
d'îles qui formaient autant de havres, où l'eau était
aussi unie que dans un étang ; nous découvrimes
en outre plusieurs bourgades, des maisons disper-
sées et des plantations ; ce canton était beaucoup
plus peuplé qu'aucun de ceux que nous avions vus auparavant. Plusieurs Indiens sortirent d’une des bourgades qui était près de nous ; ils s’efforcèrent
de nous montrer qu'ils étaient sans armes; leurs gestes et leur contenance annoncçaient la plus grande soumission. Sur ces entrefaites, quelques-uns de nos gens, qui, lorsqu'il s'agissait de punir une fraude des Indiens, affectaient une justice inexorable, enfoncérent les palissades d’une de leurs plantations, et prirent des jommes de terre ; je fis donner à chacun des coupables douze coups de fouet : l’un d'eux soutenant avec opiniätreté que ce n’était pas un crime pour un Anglais de piller une plantation indienne, quoique c'en fût un pour l'Indien de voler un clon à un Anglais, je le fis mettre en prison , d’où il ne sortit qu'après avoir recu douze nouveaux coups de fouet. »
Au nord du cap Bret commence la baie des îles, dans laquelle Surville était mouillé , lorsque Cook en reconnu les parties extérieures. Le 27 décembre, il ressentit la tempête dans laquelle le canot du n4vigateur français fut jeté à la côte dans le fond de la baie. Cook avait dès le 15 aperçu l'extrémité nordouest de la Nouvelle-Zélande,qu'ilnomma cap Nord; mauvais nom, puisqu'il a déjà été donné à d’autres pointes très-remarquables de l'Ancien-Monde. Le
25, il vit les îles des trois rois de Tasman. Le 29, il eut connaissance du cap Maria, Van-Diemen. Le janvier 1970, il fit route au sud; le 15, ilentra dans une baie dontilne pouvait voir le fond au sud, quoique le temps ft clair, Le 15, il mouilla dans une anse près de la baie des Assassins, et acquit la preuve la plus complète que plusieurs des nations de la Nouvelle-Zélande sont anthropophages.
« Je nr'embarquai sur la pinasse avec MAL, Banks et Solander, Topia et quelques autres personnes, et nousallämesdansune anse, éloignée d'environ deux milles de celle où moullait le vaisseau. Dans notre route nous vimes flotter sur l'eau quelque chose que nous primes pour un phoque mort; mais aprés nous en être approchés, nous reconnûmes que c'était le corps d'une fenime, qui, suivant toute apparence, étut morte depuis peu de jours. Quand nous fmes arrivés à lanse, nons y mîmes à terre, et nous irouvämes une petite famille d'Indiens auxquels notre approche inspira vraisemblablement beaucoup d'effroi, car ils s'enfuirent tous, à l'exception d'un seul. Une conversation entre celui-ci et Topia ramena bientôt les autres, hormis un vicillard et un enfant qui s'étaient retirés dans le bois, d’où ils nous épiaient secrétement. La curiosité nous porta naturellement à faire à ces sauvages des quesuons sur le corps de la femme que nous avions vu {lotter sur l'eau. Is nous répondirent, par l’entremise de Topia, que c'était une de leurs parentes, morte de sa mort naturelle; qu'après avoir attaché,
suivant l'avaien corps s « Lo étaient fusaien avall P En jeta à mesu os enti être di pour € plus p quoiqi oui di cote. ( des os ter qu On les la cha LÉ ap lages, Cepert tout 1 Topi:
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DES VOYAGES. 247 suivant leur coutume, une pierre au cadavre, ils l'avaient jeté dans la mer, et que probablement le corps s'était séparé de la pierre.
« Lorsque nous allâmes à terre, ces Indiens étaient occupés à apprêèter leurs alimens, et ils faisaient cuire alors un chien dans leur four ; il y avait prés de là plusieurs paniers de provisions. En jetant par hasard les yeux sur un de ces paniers, à mesure que nous passions, nous apereümes deux 0S entiérement rongés, Qui Ne nous parurenl pas être des os de chiens, et que nous reconnûmes pour des os humains aprés les avoir examinés de plus prés. Ce spectacle nous frappa d'horreur , quoiqu'il ne fit que confirmer ce que nous avions oui dire plusieurs fois depuis notre arrivée sur la côte, Comme il était sûr que nous venions de voir des os humains , il ne nous fut pas possible de douter que la chair qui les couvrait n’eût été mangée. On les avait trouvés dans un panier de provisions ; la chair qui restait semblait manifestement avoir été apprêtée au feu ; et l’on voyait, sur les cartilages, les marques des dents qui avaient mordu. Cependant, pour confirmer des conjectures que tout rendait si vraisemblables, nous chargeñmes Topia de demander ce que c'était que ces os : les Indiens répondirent sans hésiter en aucune maniére, que c'étaient des os d'hommes. On leur demanda ensuite ce qu'était devenue la chair, et ils répliquérent qu'ils l'avaient mangée. « Mais « dit Topia, pourquoi n’avez-vous pas mangé le
« corps de la femme que nous avons vue flotter « sur l’eau ? — Cette femme, répondirent-ils, est « morte de maladie ; d'ailleurs elle était notre pa- « rente, et nons ne mangeons que les corps de nos « ennemis qui sont tués dans nne bataille,» En nous informant qui était l'homme dont nous avions trouvé les os, ils nous dirent qu'environ cinq jours
auparavant, une pirogue montée par sept de leurs ennemis était venue dans la baie, et que cet homme était un des sept qu'ils avaient tués. Quoiqu'il soit
diflicile d'exiger de plus fortes preuves que cette
horrible coutume est établie parmi les habitans de cette côte, cependant nous allons en donner qui sont encore plus frappantes. L'un de nous leur demanda s'ils avaient quelques os humains où il y eût encore de la chair; ils nous répondirent qu'ils l'avaient toute mangée. Comme nous feisnimes de ne pas croire que ce fussent des os d'hommes, et prétendîmes que c’étaient des os de chiens, un des Indiens saisit son avant-bras avec une sorte de vivacité, et en l'avançant vers nous, il dit que l'os que tenait AL. Banks dans sa main, avait appartenu à cette partie du corps; et pour nous convaincre en même temps qu'ils en avaient mangé la chair, il mordit son propre bras, et fit semblant de manger. Il mordit aussi et rongea l'os qu'avait pris M. Banks, en le passant à travers sa bouche, et montrant par signes qu'il en avait mangé la chair avec très-grand plaisir; 1l rendit ensuite l'os à M, Banks, qui l'emporta avec lui. Parmmi les per-
sonn dont déch fraya ces | leur man venu et qu
avlol celle men qui ajou ques les « viro leur met con pire Par
vie)
ue flotter ntils, est notre parps de nos ,» En nous US avions cinq jours t de leurs et homme qu'il soit que cette ibitans de onner qui 1s leur deoù il y eût ent qu'ils ‘nimes de nimes , et s, un des rte de vit que l'os ppartenu nvaincre la chair, . de manavait pris uche , et * Ja chair te l'os à 1 les per-
sonnes de cette famille, nous vimes une femme . . . LA À dont les bras, les jambes et les cuisses avaient été
déchirées en plusieurs endroits d'une manière effrayante, On nous dit qu’elle s'était fait elle-même ces blessures, comme un témoignage de la douleur que lui causait la mort de son mari, tué et mangé depuis peu par d’autres habitans qui étaient venus les attaquer d’un canton de l'ile située à l'est, et que nos Indiens montraient avec le doigt.
« Le vaissean mouillait à nn per: moins d'un quart de mille de la côte, et le matin du 17 janvier, nous fûmes éveillés par le chant des oiseaux : leur nombre était incroyable ; ils sembiucnt se disputer à qui ferait entendre les sons les plus agréables. Cette mélodie sauvage était infiniment supérieure à toutes celles du même genre qne nous avions entendues jusqu'alors; elle ressemblait à celle que produiraient de petites cloches parfaitement d'accord , et peut-être que la distance et l’eau qui se trouvait entre nous et le lien du concert, ajoutait à l'agrément du ramage. En faisant quelques recherches, nous apprîmts que, dans ce pays, les oiseaux commencent toujours à chanter à environ deux heures après minuit, qu'ils continuent leur musique jusqu’au lover du soleil, et qu'ils demeurent en silence pendant le reste du jour, comme nos rossignols. L'aprés-midi, une petite pirogue arriva d’un village indien au vaisseau, Parmi les naturels qui la montaicnt se trouva un vieillard qui était venu à bord de notre vaisseau
pour la première fois, lors de notre arrivée dans Ja b:°+, Dés qu'il fut près de nous, Topia reprit de nouveau la conversation de la veille sur l’usage de manger la chair humaine, et les Indiens répétérent ce qu’ils nous avaient déjà dit. « Mais, ajouta « Topia, où sont les têtes? les mangez-vous aussi ? « Nous ne mangeons que la cervelle, répondit le « vieillard, et demain je vous apporterai quelques « têtes pour vous convaincre que nous vous avons « dit la vérité. » Après avoir conversé quelque temps avec notre Taïtien, ils lui dirent qu’ils s’attendaient à voir dans peu arriver leurs ennemis pour venger la mort des sept qui avaient été tués ct mangés.
« Le 18, les Indiens furent plus tranquilles qu'à l'ordinaire ; aucune pirogue ne s'approcha du vaisseau , nous n’apercûmes personne sur la côte;
leurs pêches et leurs autres occupations journalières étaient entièrement suspendues. Nous pensimes qu'ils se préparaient à sc défendre contre une attaque ; nous fimes en conséquence plus d’attention à ce qui passait à terre; mais nous ne vimes rien qui püt satisfaire notre curiosité.
« Aprés avoir déjeuné, nous nous embarquâmes dans la pinasse pour examiner la baie, qui était d'une vaste étendue, et eomposée d’une infinité de petits havres et d’anses dans toutes les directions : nous bornâmes notre excursion au côté occidental ; le canton où nous débarquâines était couvert d’une forêt impénétrable; nous ne pümes rien voir de
meur. l’eau , sur-leétait d CEAUX , haut € des mc ber ce à terre poisso qu'il fi les po alors envel simpl sons ; baie, ni be « €
ivée dans pia reprit ur l’usage ens répéis, ajouta US aussi ?
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remarquable. Nous tuâmes cependant un grand L4
nombre de cormorans que nous vimes perchés sur
leurs nids dans les arbres, et qui étant rôtis ou
cuits à l'étuvée, firent un excellent mets. En reve-
nant nous apercümes un seul Indien pêchant dans
une pirogue : nous ramâmes vers lui, et, à notre grande surprise, il ne fit pas la moindre attention à nous : lors même que nous fûmes près de lui , il continua son occupation , s'embarrassant aussi peu de nous que si nous eussions été invisibles : il ne paraissait cependant n1 stupide ni de mauvaise humeur, Nous le priâmes de tirer son filet hors de l'eau , afin que nous pussions l’examiner , et il fit
sur-le-champ ce que nous demandions : ce filet était de forme circulaire, étendu par deux cerceaux, et avait sept ou huit pieds de diamètre. Le haut en était ouvert, et au fond étaient attachées des mollusques pour servir d’appât : il faisait tomber ce fond dans la mer, comme sil l’eût étendu à terre; et quand il croyait avoir attiré assez de
poisson, il tirait doucement son filet, jusqu'à ce qu'il füt près de la surface de l’eau, de manière que les poissons étaient soulevés sans s’en apercevoir ; alors il donnait tout à coup une secousse qui les enveloppait dans le filet. Par cette méthode tréssimple il avait pris une grande quantité de poissons ; il est vrai qu'ils sont si abondans dans cette
baie, que la pêche n’y exige ni beaucoup de travail,
ni beaucoup d’adresse.
« Ce jour-là même, quelques-uns de nos gens
trouvérent au bord du bois, prés d’un creux ou four, trois os de hanches d'hommes, qu'ils rapportérent à bord, nouvelle preuve que ces peuples mangent Ja chair humaine. M. Monkhouse , notre chirurgien , rapporta aussi d'un endroit où il avait vu plusieurs maisons désertes, les cheveux d’un homme, qu'il avait trouvés parmi plusieurs autres choses suspendues à des branches d'arbres.
Notre vieillard tint sa promesse le 20 au matin, et nous apporta à bord quatre têtes d'hommes ; les cheveux et la chair y étaient encore en entier , mais on en avait tré la cervelle; la chair était molle, et on l'avait préservée de la putréfacuon ; car elle m'avait point d'odeur désagréable, M. Banks acheta une de ces têtes ; mais le vicillard la lui vendit avec beaucoup de répugnance , et nous ne pümes pas venir à bout de l’engager à nous en céder une seconde. Ces peuples les conservent probablement comme des trophées, ainsi que les Américains montrent en triomphe les chevelures , et les insulatres du gran fcéan équatorial, les mâchoires de leurs ennemis. En examinant la tête qu’acheta
M. Banks, nous remarquämes qu’elle avait reçu
sur Îles tempes un coup qui lui avait fracturé le crâne, »
Quand le vaisseau fat radoubé, Cook quitta Vanse dans laqnelle il avait mouillé, et qui appartenait à une grande baie qu'il nomma canal de la . Reine Charlotte. Ensuite , faisant route au sud , il reconnut que l'ouverture que Tasman avait prise
pour ce nal qui F îles. Ce:
Cook ; le celle du dirigea ( constate Nouvell le cap 1 tant qu qui po:
28 mar une ba Le 301 achevée de reta dans la de mot de me:
ma rou décide:
ünent diflicul c'est q de not tude fo n'était angla rance ,
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creux ou ils rappores peuples iSe , notre où 1l avait veux d'un >urs autres S.
au man, mmes; les atier , Mais ait molle, ; car elle nks acheta endit avec mes pas er une sebablement Américains t les insumâchoires qu’acheta avait reçu fracturé le
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DES VOYAGES. 253 pour celle d'une grande baie, était l'entrée du canal qui partage la Nouvelle-Zélande en deux grandes iles. Ce canal porte avec raison le nom de détroit de Coof ; la terre au nord se nomme de Lheïnomaoucé ; celle du sud , Zovy ou T'avait Poënammou. Cook se dirigea ensuite au nord, versle cap Turnagain, pour constater qu'aucune terre ne tenait de ce côté à Ja Nouvelle-Zélande ; puis retournant au sud, ildoubla le cap le plus méridional de Poënammou , en s’écartant quelquefois de la côte pour reconnaitre les îles qui pourraient être situées à quelque distance. Le 28 mars , 1l se trouva à l'entrée du canal, dans une baie, où il avait mouillé précédemment.
Le 50 mars, sa provision de bois et d’eau étant achevée, « je résolus , dit-il, de quitter ce pays ct de retourner en Angleterre, en suivant la route dans laquelle je pourrais le mieux remplir l'objet de mon voyage, et je pris sur cette matière l'avis de mes ofliciers. J'avais grande envie de prendre ma route par le cap Horn , parce que j'aurais pu décider enfin s’il existe ou s’il n'existe point de conunent méridional. Ce projet fut combattu par une difliculté assez forte pour me le faire abandonner; c'est que, dans ce cas, nous aurions été obligés de nous tenir, au milieu de l'hiver, dans une latitude fort avancée au sud, avec un bâtiment qui n'était pas en état d'achever cette entreprise. En cinglant directement vers le cap de Bonne-spé= rance, Ja même raison se présentait avec encore plus de force, parce qu'en prenant ce parti, nous
ne pouvions espérer de faire aucune découverte intéressante. Nous résolümes donc de retourner en Europe par les Indes orientales, et, dans cette vue , après avoir quitté la côte de la Nouvelle-Zé. lande, de gouverner à l’ouest jusqu’à ce que nous rencontrassions la côte orientale de la Nouvelle- Hollande, et de suivre ensuite la direction de ceue
côte au nord, jusqu'à ce que nous fussions arrivés à son extrémité septentrionale. Mais si ce projet
devenait impraticable, nous résolûmes en outre de tâcher de trouver la terre ou les îles qu'on dit avoir été découvertes par Quiros.
« La Nouvelle-Zélande fut découverte le 13 décembre 1642, par Abel Tasman, navigateur hollandais. Il rangea la côte orientale de cette contrée depuis le 34° degré jusqu’au 45° de lautude australe ; il entra dans le détroit qui partage les deux îles, et qui, dans la carte, est appelé détroit de Cook; mais ayant été attaqué par les naturels du pays bientôt après qu'il eut jeté l'ancre dans l'endroit auquel il donna lenom de baie des Assassins, 11ne débarqua pas à terre. Il appela ce pays la Z'errc des États, en l'honneur des états — généraux ; on le nomme aujourd'hui Nouvelle-Zélande. Tout ce pays , si l’on excepte cette partie de la côte qu'aperçut Tasman sans quitter son vaisseau, étant restée entiérement inconnue depuis le temps de ec navigateur jusqu'au voyage de l'Endeavour, plusieurs auteurs ont supposé qu'elle faisait partie d’un continent austral, On sait à présent qu'elle est conr-
posée
tagneu que va vallées mais f et Sol les gr:
réussi nous doux l'été n fût pli forma en co
lécouverte tourner en dans cette uvelle-Zc.
que nous Nouvelleon de cette ns arrivés ce projet en outre qu'on dit
le 15 déteur holte contrée itude ause les deux détroit de aturels du dans len- Assassins, rs la T'erre Taux ; on +. Tout ce ‘0te qu'aau, étant mps de ce ur, pluartie d’un
*esl COnr-
posée de deux grandes îles séparées l’une de l'autre par un détroit ou passage qui a environ quatre ou cinq lieues de largeur.
« Ces îles sont situées entre le 34° et le 48° degré de latitude sud , et entre le 181° et le 194° degré de longitude ouest.
« Tovy Poenammou, l’île méridionale, est en général montueuse et paraît stérile : nous n’avons découvert sur toute l’île d’autres habitans que les insulaires que nous vimes dans le canal de la Reine Charlotte, et ceux qui s’avancèrent vers nous audessous de montagnes couvertes de neige; nous n'avons apercu de traces ultérieures de population que les feux qui furent vus à l'ouest du cap Saunders, vers son extrémité méridionale.
« L'aspect d'Iheinomaoué annonce un pays moins ingrat, quoique trésinégal et moins montagneux ; toutes les hauteurs sont boisées , et chaque vallée a un ruisseau d’eau douce. Le sol de ces vallées , et celui des plaines, est en général léger, mais fertile ; et, suivant l'opinion de MM. Banks et Solander, et d'autres personnes éclairées, tous les grains, les végétaux et les fruits d'Europe y réussiraient à merveille. Les plantes qu'on y trouve nous ont fait croire que les hivers y sht plus doux qu'en Angleterre : nous avons reconnu que l'été n’y était pas plus chaud , quoique la chaleur ft plus uniforme; de sorte que si les Européens formaient un établissement dans ce pays, 1] leur en coûterait peu de soins et de travaux pour y
256 HISTOIRE GÉNÉRALE faire croître en grande abondance tout ce dont on a besoin.
« Excepté les chiens et les rats, nous n'avons pas vu de quadrnpèdes dans ce pays; les rats sont même en si peut nombre, que plusieurs de nos gens n'en ont jamais apercu un seul. Les chiens vivent avec les habitans, qui les nourrissent uniquement pour les manger : 1l n’est pas probable qu'il sy trouve d'autres quadrüuvèdes; en eflet, l'objet principal de la vanité des naturels est de se vêtir des peaux et de la fourrure des animaux de leur pays. Or, nous ne leur avons jamais vu porter la peau d'aucun animal , que celle des chiens et des oiseaux. La côte est fréquentée par des pho-
ques de plusieurs espèces ; mais nous croyons qu’on
en prend bien rarement , car quoique nous ayons vu des insulaires porter sur leur poitrine et esuimer beaucoup les dents de es animaux, travaillées en forme d'aigulle de tête, nous n'en avons remarqué aucun qui füt revêtu de leurs peaux. On trouve aussi des baleines sur cette côte ; les insulaires ne semblent pas avoir des instrumens, ni connaître l’art de cette pêche ; cependant nous avons vu des patou-patous faits d'os de baleine, ou de quelque autre animal dont l'os avait exaciement la même apparence.
« Les espèces d'oiseaux qu'on trouve dans la Nouvelle - Zélande ne sont pas nombreuses ; excepté la mouette, aucune n'est exactement la même que celles d'Europe. Plusicurs espèces de
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canards , de cormorans, de faucons, de chouettes et de cailles, différent trés-peu de ceux d'Europe.
À la premiére vue, on y voit aussi de petits oiseaux dont le chant, ainsi que nous l'avons déjà dit, est
le plus mélodieux que nous ayons jamais entendu.
« Sur la côte maritime, on voit des albatros, des becs en ciseaux, des pétrels-damiers, et des manchots qui semblent être une espèce mitoyenne entre l'oiseau et le poisson ; car leurs plumes, surtout celles de leurs ailes, différent peu des écailles ; peut-être même faut -1l regarder comme des naseoires leurs ailes elles-mêmes, dont ils se servent seulement pour plonger, et non pour accélérer leur mouvement, même lorsqu'ils se posent sur la surface de l'eau.
« Les insectes n’y sont pas en plus grande abondance que les oiseaux ; ils se réduisent à un petit nombre de papillons et d’escarbots, à des mouches trés-ressemblantes à celles d'Europe, et à des especes de mousquites et de moucherons;, qui sont peut-être les mêmes que ceux de l'Amérique septentrionale. Nous n'en avons cependant pas vu beancoup , et ils nous ont causé si peu d’incommodité, que nous n'avons pas fait usage des préœutions que nous avions imaginées pour mettre nos visages à l'abri de leurs piqüres.
« Si les animaux sonx rares sur la terre, on en trouve en revanche une trés-grande quantité dans la mer ; toutes les criques fourmillent de poissons
d'un bon goût. Partout où le vaisseau jetait l'ancre,
eten général tout le long de la côte, surtout au sud, nous en prenions assez à la ligne et à l'hame. con pour en servir à tout l'équipage. On en put Saler suflisamment pour en manger plusieurs semaines, après que nous cûmes remis en mer. La diversité des poissons était égale à leur abondance; nous avions des maquereaux de plusieurs espèces, un entre autres qui est exactement le même que
celui d'Europe. Ces poissons se trouventen troupes | ionombrables sur les bancs ; ils sont pris au filet :
par les naturels du pays, qui nous en vendaient à
trés-bon marché. Plusieurs sortes de poissons étaient
nouvelles pour nous : quelques-uns ressemblaient anx carrelets, aux limandes, aux congres, aux rates ; les matelots eurent bientôt donné des noms à tous. Le mets le plus délicat que nous procurait
la mer, était une espèce de homard , probablement | Ja même que celle qui, d'aprés le voyage d’Anson,
se trouve à l’île de Juan l'ernandés, mais seulement un peu moins grosse. Il est rouge en sortant de l'eau. Les insulaires du nord les prennent en plongeant prés de la côte, et les dégagent avec leurs pieds du fond où ils se tiennent. Les coquillages, notamment les cames, les pétoncles et les huîtres, abondent aussi sur cette côte.
« Des forêts d’une plus grande étendue sont remplies d’arbres les plus droits et les plus gros que nous ayons jamais vus, et dont les bois sont trèsbons pour la charpente; mais pour la mâture, j'ai observé qu'ils sont trop durs et trop pesans, Un
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DES VOYAGES. 259 arbre de la grosseur d’un chëne frappa nos yeux par sa fleur d’un rouge éclatant; elle est comme composée de plusieurs houppes. Le bois en est extrémement dur et pesant, et excellent pour tous les ouvrages de moulin. Un autre arbre trés-élevé et trés-droit croît dans les marais; 1l est assez gros pour en faire des mäâts de vaisseaux de la plus grande dimension , et, si l'on peut en juger par le grain, 1] paraît trés-solide. Notre charpentier pensait que cet arbre ressemble au pin : on peut le rendre plus léger en l'entaillant ; alors on en ferait les plus beaux mâts du monde : il a une feuille assez ressemblante à celle de Mif, et il porte des baies en petites toufles.
« Le pays est en général couvert d’une très-belle verdure : quoique les plantes ne soient pas trèsvarices, nos naturalistes furent trés-satisfaits de la quantité d'espèces nouvelles qu'ils découvrirent. Nous n’y avons trouvé que le chardon, la morelle, une ou deux espèces de graminées qui fussent les mêmes que celles d'Angleterre. Quelques fougères ressemblent à celles des îles de l'Amérique, un peut nombre d'autres plantes se rencontrent dans presque toutes les parties du monde. Toutes les autres, au nombre d'environ quatre cents, étaient nouvelles, à l'exception de cinq à six que nous
avions vues à la Terre du Feu.
is sont trés- E
« Les végétaux comestibles sont en petit nombre. Ce fut une nourriture très-salubre ; mais notre
Cquipage, après avoir été long-temps en mer,
mangea avec plaisir du céleri sauvage, et une espèce de cresson qui croît en grande abondance sur toutes les parties de la côte. Nous 1vons aussi rencontré une ou deux fois une plante semblable à la mâche; nous la mîmes dans la marmite. Nous eùmes le bonheur de trouver un jour un chou palmiste, qui nous procura un mets délicieux. Les seules productions végétales naturelles à ce pays
et bonnes à manger, sont la racine de fougére etune 4 plante entièrement inconnue en Europe, dont les {
insulaires font leur nourriture, et qui nous parut
trés-désagréable. Les plantes cultivées, bonnes à !
manger, se bornent aux ignames, aux palatcs douces et aux cocos. On voit des champs d’ignames et de patates qui ont plusieurs acres de surface ; un vaisseau qui aborderait ici en automne, lors de la récolte, pourrait en acheter autant qu'il le désirerait.
« Les naturels du pays cultivent aussi des citrouilles ; ils font avec leurs fruits toutes sortes de vases. Nous avons trouvé dans cette île le mûrier à papier, dont les insulaires du grand Océan fabriquent leurs étoffes; mais 1l est si rare que, quoique les habitans de la Nouvelle-Zélande en fassent également une étoffe , ils n’en ont que ce qu'il leur en faut pour Ja porter comme un ornement dans les trous qu'ils font à leurs oreilles.
« Parmi les végétaux de ce pays, aucun ne porte de fruits, à moins qu'on ne veuille donner ce nom à une baie qui n'a ni douceur ni saveur, et que les
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enfans seuls prenaient l1 peine de recueillir. Les insulaires se servent, au lieu de chanvre et de lin, d'une plante qui l'emporte sur toutes celles qu'on emploie ailleurs aux mêmes usages. Ses feuilles ressemblent à celles des glaïeuls; les fleurs sont plus petites et en plus grand nombre ; une variété les a jaunes ; l’autre, rouge foncé. Les feuilles de ces plantes qui composent leurs vêtemens ordinaires , ne sont pas soumises à une longue préparation ; ils en fabriquent aussi leurs cordons, leurs lignes et leurs cordages, qui sont beaucoup plus forts que tous ceux qu'on fait avec du chanvre. Ils tirent de la même plante, préparée d'une autre manière, de longues fibres minces, luisantes comme h soie, et aussi blanches que la neige ; ils manufacturent leurs plus belles étofles avec ces fibres, qui sont aussi d'une force surprenante. Leurs filets, qui sont quelquefois d’une grandeur énorme, sont faits de ces feuilles : tout le travail consiste à les couper en bandes de largeur convenable, qu'on noue ensemble.
« Une plante qu’on peut si avantageusement employer à tant d’usages utiles , serait une acquisiion importante pour l'Angleterre, où elle croîtrait, selon toute apparence, sans beaucoup de peine, car elle paraît être très-vivace, et ne pas exiger un sol particulier. On la trouve également sur les collines et dans les vallées, sur le terrain le plus sec et dans les marais les plus profonds ; elle semble pourtant préférer les lieux marécageux, car nous
avons observé qu'elle y était plus grande que par-
YIISTOIRE GÉNÉRALE
tout ailleurs.
« Nous vimes une grande abondance de sable ferrugineux dans la baie de Mercure; par conséquent on doit trouver du minerai de fer à peu de distance. Quant aux autres métaux, nous n'avons pas assez de connaissance du pays pour former des conjectures sur cette matière.
Le meilleur endroit qu'on püt choisir pour établir une colonie dans ce pays, serait sur les bords d'une rivière de la partie occidentale de l'île du Nord, que nous avons nommé la T'amise, ou plus au nord. Dans les deux emplacemens , on aurait l'avantage d’un très-bon port, et au moyen de
la rivicre, 1l serait facile d'étendre les établisse- |
mens , et de former une communication avec l'intérieur du pays. Les belles forêts qui abondent dans cette partie, fourniraient facilement du bois de charpente.
« En arrivant pour la première fois sur la côte de ce pays, nous imaginâmes que la populauon était beaucoup plus considérable qu’elle ne nous le parut dans la suite. La fumée que nous apercümes étant à une grande distance de la côte, nous fit penser que l'intérieur était peuplé: peut-être ne nous trompions nous pas relativement au pays qui est situé derrière Ja baie de Pauvreté ( Poverty bay), et la baie d’Abondance (bay of Plenty), où les habitans nous ont paru être en plus grand nombre qu'ailleurs. Mais nous avons lieu de croire
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DES VOYAGES. 203 qu'en général cette grande île n'est habitée que sur les côtes de la mer, où nous ne trouvâämes même que très-peu d'insulaires ; toute la côte occidentale, depuis le cap Maria Van-Diemen, était entièrement déserte ; ainsi, tout considéré, le nombre des habitans de la Nouvelle-Zélanden'est nullement proportionné avec l'étendue du pays.
« La taille des insulaires est en général égale à celle des Européens les plus grands : ils ont les membres forts, charnus et bien proportionnés ; mais ils ne sont pas aussi gras que les oisifs et voluptueux naturels des îles du grand Océan; ils sont extraordinairement alertes et vigoureux , eton aperçoit dans tout ce qu'ils font une adresse et une dextérité peu communes. J'ai vu quinze pagaics nager d'un côté d’une pirogue avecune vitesse incroyable, et cependant les rameurs gardaient aussi exactement la mesure que si tous leurs bras avaient élé animés par une même âme. Leur teint, en général, est brun; bien peu l'ont plus foncé qu'un Espagnol qui s'expose constamment au soleil; la plupart sont moins basanés. Les femmes n'offrent pas l'apparence de délicatesse qui est propre à leur sexe; pourtant leur voix est d’une douceur remarquable, et sert surtout à les distinguer, car l'habillement des deux sexes est le même; toutefois leur visage, comme celui des femmes des autres pays, a plus de gaîté, d'enjouement et de vivacité que celui des hommes. Les Zélandais ont les cheveux et la barbe noire; les dents bien rangées et aussi
blanches que l'ivoire. Ils jouissent d’une santé robuste, plusieurs nous parurent fort âgés. Les traits des deux sexes sont beaux. Les hommes et les femmes semblent être d’un caractère doux et affable ; ils se traitent les uns les autres de la manière la plus tendre et la plus affectueuse ; mais ils sont implacables envers leurs ennemis, à qui, comme je l'ai déjà remarqué, ils ne font point de quartier. Peut-être paraitra-t-il étrange que les guerres soient fréquentes dans un pays où il y a si peu d’avantages à obtenir par la victoire, et que chaque canton d’une contrée habitée par un peuple si pacifique et si doux soit l'ennemi de tout ce qui l’environne. Mais il est possible que parmi ces insu- Jaires les vainqueurs reurent de leurs succés plus d'avantages qu'on ne l’imagine au premier coup d'œil, et qu'ils soient portés à des hostilités réciproques par des motifs que l'attachement ?t l'amitié ne sont pas capables de surmonter. Il paraît que leur principale nourriture est le poisson , et qu'ils ne peuvent se le procurer que sur la côte de la mer, qui ne leur en fournit une qu ntité suffisante que dans une certaine saison. Les cribus qui vivent dans l'intérieur des terres, s'il s'y en trouve, et même celles qui habitent la côte, doivent courir souvent le risque de mourir de faim. Leur pays ne produit ni moutons, ni chèvres , ni cochons, ni bétail ; ils n'ont point de volailles apprivoisées, et ils ne connaissent pas l’art de prendre des oïsea:ïx sauvases en assez grand nombre pour fournir à leur
nourr cher ( autres des cl dont la rac Par c man les ha doive diseti soit « dans de pc rend conti bitan foru usag dans faim tion
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Santé ro . Les traits mes et les oux et afla manière ais 1ls sont 11, Comme e quartier, brres soient
d’avantajaque canle si pacie qui l’en- 1 ces insu succés plus :mier Coup ulités récitet l'amitié paraît que n , et qu'ils e de la mer, lisante que vivent dans , et même rir souvent ne produit \ bétail ; ils et ils ne aUY SAUVA= nir à leur
nourriture. Si des voisins les empêchent de pécher du poisson, qui supplée à presque toutes les autres nourritures animales, ils n’ont, à l'exception des chiens, pour leur subsistance, que les végétaux dont nous avons parlé, et dont les principaux sont la racine de fougère, les ignames et les patates. Par conséquent, si ces ressources viennent à leur manquer, leur détresse doit être terrible. Parmi les habitans de la côte eux-mêmes, plusieurs tribus doivent se trouver fréquemment dans une pareille disette, soit que leurs plantations n'aient pas réussi, soit qu’elles n'aient pas assez de provisions sèches dans la saison où elles ne peuvent prendre que pen de poissons. Ces réflexions nous mettent en état de rendre raison non-seulement de l’état d'alarme continuel qui paraît inhérent à l'existence des habitans de ce pays par le soin qu'ils prennent de forülier tous leurs villages, mais aussi de l’horrible usage de manger ceux d’entre eux qui sont tués dans les combats; car le besoin de l'homme que la faim pousse au combat absorbe toute autre sensation , et étouffe tous les sentimens qui l'empêcheraient d’apaiser ce besoin en dévorant le corps de son adversaire. Il faut remarquer néanmoins que si cette explication de l’origine d’une coutume si barbare est juste, les maux doût elle est suivie ne finissent point avec la nécessité quil. lonna naissance. Dès que la faim eut introduit d’un côté cet usage, il fut nécessairement adopté de l’autre par la vengeance, On sait que certains esprits spécu=
laufs et de soi-disant philosophes prétendent que c'est une chose très-indifférente que de manger ou d'enterrer le corps mort d’un ennemi, ainsi que de couvrir ou de laisser nues la gorge et les cuisses
d'une femme, et que c’est uniquement par préjugé
et par habitude que la transgression de l'usage nous fait frissonner dans ie premier cas, et rougir dans le second ; cependant mettant à part la discussion de ce point de controverse, on peut aflirmer que l'usage de manger de la chair humaine est trèspernicieux dans ses conséquences ; 1l tend manifestement à extirper un principe qui fait la principale sûreté de la vie humaine, et qui arrête plus souvent la main de l'assassin que ne peut le faire le sentiment du devoir ou la crainte de l'échafaud.
Cependant la position et le caractère de ces pauvres insulaires sont favorables à quiconque voudra établir une colonie chez eux. Par leur situation , ils ont besoin de secours, et leur caractère les rend susceplibles d'amitié; quoi que puissent dire en faveur de la vie sanvage des hommes qui jouissent des dons de la nature dans une oïsiveté volaptueuse , la civilisation serait certainement un bonheur pour des êtres à qui la nature ingrate fournit à peine leur subsistance, et qui sont obligés de s'entre-détruire continuellement, afin de ne pas mourir de faim.
« Ces peuples, accoutumés à la guerre, quelle qu'en soit la cause, et regardant par habitude tous les étrangers comme des ennemis, étaient toujours
dispo pas d saient tage 6 nos {6 ufice:
imett ver. | de n vir € men notr( usag défe: nos .
born à en mar iner prin nète gare sur taie no!
lors qu’ qui avu cét
dent que anger ou ainsi que es Cuisses r préjugé Saye nous igir dans ISCUSSIONn ‘mer que est trèsnd mania princirête plus tle faire chafaud.
> CCS pane voudra Ituation , les rend dire en jouissent é volupun bone fournit bligés de e ne pas
, quelle ude tous toujours
DES VOYAGES. 207 disposés à nous attaquer lorsqu'ils ne s’apercevaient pas de notre supériorité ; d'abord, ils n’en connaissaient d'autre que celle du nombre. Quand cet avantage était de leur côté , ils ne doutaient pas que tous nos témoignages de bienveillance ne fussent des artifices que la crainte et la fourberie nous faisaient mettre en usage pour les séduire et nous conserver. Mais lorsqu'ils furent une fois bien convaincus de nos forces, après nous avoir forcés à nous servir de nos armes à feu, quoique chargées seulement à peut plomb ; et quand ils eurent reconnu notre clémence, en voyant que nous ne faisions usage de ces instramens si terribles que pour nous défendre nous-mêmes, ils devinrent tout d’an coup nos amis ; ils curent.en nous une confiance sans bornes, et firent tout ce qui pouvait nous engager à en user de même à leur égard. Il est encore re--
marquable que, lorsqu'une fois il y eut un commerce d'anntié établi entre nous, nous les surprimes très-rarement dans une action malhonnète. Il est vrai que tant qu'ils nous avaient re gardés comme autant d'ennemis qui ne venaient sur leur côte que pour en tirer avantage, ils s'étaient servis sans scrupule de toutes sortes de moyens contre nous. C'est par cette raison que ;, lorsqu'ils avaient recu le prix de quelque chose qu'ils offraient de nous vendre , ils retenaient tranquillement la marchandise et la valeur que nous avions donnée en échange, bien persuadés que c'était une action trés-Jégitime que de piller des
2068 HISTOIRE GÉNÉRAL" hommes qui n'avaient d'autre dessein que de les piller eux - mêmes.
« J'ai remarqué plus haut que les insulaires du grand Océan n'avaient pes l'idée de lindécence, SON par rapport aux objets, soit par rapport aux actions. Il n’en était pas de même des habitans de Ja Nouvelle-Zélande : nous avons aperçu dans leur commerce et leur maintien autant de réserve , de décence et de modestie, relativement à des actions qu'ils ne croient pourtant pas criminelles, qu'on en tronve parmi les peuples les plus civilisés de l'Europe. Les femmes n'étaient pas inaccessibles ; mais la manière dont elles se rendaient était aussi décente que celle dont une femme parmi nous cède aux désirs dé son mari; et, suivant leurs idées , la supulation du prix de leurs faveurs est aussi innocente. Lorsque quelqu'un de l'équipage faisait des propositions à une de leurs jeunes femmes, elle lui donnait à entendre qu’elle avait besoin du consentement de sa famille , et on l’obtenait ordinairement an moyen d’un présent convenable. Ces préliminaires une fois établis, il fallait encore traiter la femme d'une nuit avec la même délicatesse que l'on en a en Europe pour l’épouse à vie ; et l’amant qui s'avisait de prendre avec elle des libertés contraires à ces égards, était bien sûr de ne pas réussir dans son projet.
« Un de nos officiers s'étant adressé pour avoir une femine à une des meilleures familles du pays, en reçut uné réponse qui, traduite en notre langue,
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1r avoir
u pays,
angue,
répond exactement à ces termes : « Tontes ces « jeunes femmes se trouveront fort honorées de vos « déclarations , mais vous devez d’abord me faire « un présent convenable, et venir ensuite coucher « une nuit à terre avec nous, car la lumière du jour ne doit point être témoin de ce qui se passera
entre vous. »
« Es ne sont pasaussi propres sur leurs personnes que les Taïtiens , parce que, ne vivant pas dans un climat aussi chaud , ils ne se baignent pas si souvent ; mais l'huile dont ils oignent leurs cheveux, comme les Islandais, est ce qu'ils ont de plus dégoûtant, Cette huile est une graisse de poisson ou
d'oiseau fondue; les habitans les plus distingués Pemploient fraîche, mais ceux d’une classe infcrieure se servent de celle qui est rance , ce qui les rend presque aussi désagréables à l'odorat que des Iottentots, Leurs têtes ne sont pas exemptes de vermine, quoique nous ayons observé qu'ils connaissent l'usage des peignes d'os et de bois. Ils portent quelquefois ces peignes dressés sur leurs cheveux, comme un oriement; mode qui règne aujourd'hui chez les dames d'Europe. Les hommes ont ordinairement la barbe courte et les cheveux altachés au-dessus de la tête, et formant une touffe où 1ls placent les plumes d'oiseau de différentes manières et suivant leur caprice. Les uns les font avancer en pointe de chaque côté des joues, ce qui rendait à nos yeux leur figure difforme. Quelques-unes des femmes portent leurs cheveux courts,
270 HISTOIRE GÉNÉRALE et d'autres les laissent flotter sur leurs épaules,
« Les deux sexes ont le corps marqué de taches noires nommées amoco ; ils emploient pour les y amprimer la même méthode dont on se sert à Taïti pour se tatouer ; mais les hommes ontun plus grand nombre de ces marques que les femmes : cellesei ne peignent en général que leurs lèvres ; cepenant quelques-unes avaient ailleurs de petites taches noires. Les hommes au contraire semblent ajouter quelque chose toutes les années à ces bizarres ornemens ; de sorte que plusieurs d'entre eux qui paraissaient d'un âge avancé étaient presque couverts de ces taches de la tête aux pieds. Outre l'amoco, ils simpriment sur le corps d'autres marques extraordinaires, par un moyen que nons ne connaissons pas: ce sont des sillons d'environ une hgne de profondeur et d'une largeur égale, tels qu'on en apercoit sur un jeune arbre auquel l'on a fait une incision. Les bords de ces sillons sont dentelés, toujours en snivant Ja même méthode; devenus parfaitement noirs, ils présentent un aspect effrayant. Le visige des vieillards est presque entiè- 1cment couvert de ces marques ; les jeunes gens ne noireissent que leurs lèvres, comme les femmes ; ils ont communément une tache noire sur une Joue et sur un œil, et procèdent ainsi par degré, jusqu'à ce qu'ils deviennent vieux, et par-là plus respectables. Quoique nous fussions dégoûtés de lhorrible difformité que ces taches et ces sillons impriment au visage de l’homme, nous ne pouvions nous em-
A péche ils le visag( cées :
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our les y rt à Taiti lus grand s : celles- 's ; cepentes taches 1L ajouter rres ornejui paraisbuverts de moco , 1ls extraornnalssons hgne de qu'on en a fait une dentelés,
devenus spect ef ue entiè- S gens ne femmes ; ‘une Joue , Jusqu'à respecta- ‘horrible ipriment AoOUsS en1-
DES VOYAGES. 271 pécher d'admirer l'art et la dextérité avec liquelle ils les impriment sur leur pean, Les marques.du visage sont ordinairement spirales ; elles sont traeces avec beaucoup de précision et même d’éicyance, celles d’un côté correspondant exactement à celles de l’autre. Les marques du corps ressemblent un peu aux circonvolutions des ouvrages à filigrane ; mais on aperçoit dans ces marques une telle fécondité d'imagination , que de cent hommes qui semblaient au premier coup d'œil porter exac-tement les mêmes figures, nous n’en trouvämes pas deux qui en eussent de semblables, lorsque nous les examinâmes de près. La quantité et la forme de ces marques étaient différentes dans les diverses parties de la côte ; etcomme les Taïuiens les placent principalement sur les fesses, dans la Nouvelle- Zélande, c'était quelquefois la seule partie du corps où il n’y en eût point, et en général elle était moins marquée que les autres.
« Ces peuples ne teignent pas seulement leur peau, ils la barbouillent aussi avec de l’ocre rouge ; quelques-uns la frottent avec cette matére séche ; d’autres l'appliquent en larges taches, mêlée avec de l'huile qui reste toujours humide : aussi n'étaitil pas possible de les toucher sans remporter des marques de peinture ; de sorte que les hommes de
notre équipage qui donnaient des baisers aux femmes du pays, en portaient les traces empreintes sur
le visage.
« L'habillement d’un habitant de la Nourelle-
Zélande est, an premier coup d'œil d'un étranger, le plus bizarre et le plus grossier qu’on puisse imaginer. Il est composé de feuilles du végétal précédemment cité : ils coupent ces feuilles en trois ou quatre bandes , et lorsqu'elles sont sèches, ils les entrelacent les unes dans les autres, et en forment une espéce d'étoffe qui tient le milieu entre le roseau et le drap : les bouts des feuilles, qui ont huit ou neuf pouces de longueur, s'élèvent en suillie à la surface de l’étoffe, comme la peluche ou les nattes qu’on étend sur nos escaliers. 11 faut deux pièces de cette étofle, si on peut lui donner ce nom, pour un habillement complet: l’une est attache sur les épaules avec un cordon, et pend jusqu'aux genoux : ils attachent au bout de ce cordon une aiguille d'os, qui passe aisément à travers les deux parties de ce vêtement de dessus, et les joint ensemble : l'autre piéce est roulée autour de la ceinture et pend presqu'à terre. Les hommes ne portent pourtant que dans des occasions particulières cet habit de dessous ; mais 1ls ont une ceinture à laquelle pend une petite corde destinée à un usage très-singulier. Les insulaires du grand Océan se fendent le prépuce, afin de l'empécher de couvrir le gland. Les habitans de la Nouvelle-Zélande ramènent au contraire le prépuce sur le gland; et, afin de l'empêcher de se retirer par la contraction naturelle de cette partie, ils en nouent l'extrémité
avec le cordon attaché à leur ceinture. Le gland paraissait être la seule partie de leur corps qu'ils
fussent Je moi cepté d très-co sité,n consen gnanc( leurs v ils res: chaum ble , el d’hom avoir :
pluie.
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Je moindre scrupule de tous leurs vêtemens, excepté de la ceinture et du cordon ; mais ils étaient très-confus, lorsque, pour satisfaire notre curiosité, nous les invitions à délier le cordon; ils n'y consentirent jamais qu'avec des marques de répugnance et de honte extrêmes. Quand ils n'ont que leurs vétemens de dessus et qu'ils s'accroupissent , ils ressemblent un peu à une maison couverte de chaume. Quoique cette couverture soit désagréable, elle est bien adaptée à la manière de vivre d'hommes qui couchent souvent en plein air, sans avoir autre chose pour se mettre à l'abri de la pluie.
« Outre l'espèce d’étoffe grossière dont nous venons de parler , ils en ont deux autres qui ont la surface unie, et qui sont faites avec beaucoup d'art, de la même manière que celles qui sont fabriquées par les habitans de l'Amérique méridionale , et dont nous avions acheté quelques piéces à Rio-Janéiro. L'une de celles-ci est aussi grossière , mais dix fois plus forte que nos serpilliéres les plus mauvaises ; pour la manufacturer, ils en arrangent les fils à peu près comme nous. La seconde se fait en étendant plusieurs fils prés les uns des autres dans la même direction , ce qui compose la chaîne, et d’autres fils en travers qui servent de trame ; ces ils sont éloignés d'environ un demi-pouce les uns des autres, et ressemblent un peu aux morceaux de rotin dont on fait de petites nattes rondes qu’on
place quelquefois sur les tables, sous les plats Cette étofle est souvent rayée, et elle a toujours une assez belle apparence ; car elle est fabriquée avec des fibres de la même plante qui est luisante comme la soie. Ils la manufacturent dans une espèce de châssis de la grandeur de l'étoffe , qui a ordinairement cinq pieds de long et quatre de large ; les fils de la chaîne sont attachés au bout du châssis. La trame se fait à la main, ce qui doit être un travail trèés-ennnyeux.
« Ils font à l'extrémité de ces deux espèces d'étofle des bordures ou franges de différentes couleurs, comme celles de nos tapis. Ces bordures sont faites sur différens modèles, et travaillées avec une propreté et même une élégance qui doivent paraître surprenantes , si l’on considère qu'ils n'ont point d’aiguilles. Le vêtement dont ils tirent le plus de vauité est une fourrure de chien ; ils l'emploient avec tant d'économie, qu’ils la coupent par bandes qu'ils cousent sur leur habit à quelque distance l'une de l’autre; ce qui prouve que les chiens ne sont pas communs dans leur pays. Ces bandes sont aussi de diverses couleurs , et disposées de manière à produire un effet agréable. Nous avons vu, mais rarement , des habillemens ornés de plumes au lieu de fourrures , et un seul qui était entiérement couvert de plumes rouges de perroquet.
« Les femmes, contre la coutume générale de leur sexe, semblent donner moins d'attention à leur habillement que les hommes. Elles portent ordi-
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DES VOYAGES: 279 nairement leurs cheveux courts, comme je l'ai déjà dit, et lorsqu'elles les laissent croître, elles ne les attachent jamais sur le sommet de la tête ; elles n'y mettent pas non plus des plumes pour ornemens. Leurs vêtemens sont faits de la méme manière et dans la même forme que ceux de l'autre sexe ; mais celui d'en bas env excepté quand elles entr des homards ; elles lôu
oujours le corps 1 pour prendre , mais elles ont grand soin de n'être pas vues par les hommes. Ayant débarqué un jour sur une petite île, dans la baie de Tolaga, nous en surprimes plusieurs dans cette occupation. La chaste Diane et ses nymphes ne peuvent pas avoir donné de plus grandes marques de confusion et de regret à la vue d’Actéon, que ces femmes en témoignérent à notre approche. Les unes se cachérent parmi des rochers, ct le reste se tapit dans la mer jusqu'à ce qu’elles eussent fait une ceinture et un tablier des herbes marines qu'elles purent trouver ; et lorsqu'elles en sorurent, nousremarquämes que même avec ce voile leur modestie souffrit beaucoup de notre présence, « Les deux sexes percent leurs oreilles, et en agrandissent les trous, de manière qu’on peut y faire entrer au moins un doigt. Ils passent dans ces trous des ornemens de différente espèce, de l’étofte, des plumes, des os, de grands oiseaux, et quelquefois un petit morcean de bois. Ils y mettaient ordinairement les clous que nous leur donnions, ainsi que toutes les autres choses qu’ils pouvaient
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