‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 2)Chapitre 23 sur 36 · LS DS · texte numérisé non relu

LS DS

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dedans l’eau était calme. Cette découverte nous fit

penser qu'en conduisant le vaisseau à travers celte coupure, notre salut était encore possible,

et sur-le-champ nous tentâmes cette entreprise. 11 n’était pas sûr que nous pussious en atteindre l’entrée; mais si nous venions à bout de surmonter cette première difficulté, nous ne doutions pus qu'il ne nous fût aisé de passer dans l'ouverture. Cependant nous nous trompâmes ; car apres y être arrivés par le secours de notre canot et de la brise, nous vimes que pendant cet intervalle, la marée était devenue haute, et à notre grande surprise, nous trouvâmes le jusant qui sortait avec beaucoup de force par la coupure. Cet incident nous procura pourtant quelque avantage, quoique dans un sens directement contraire à ce que nous attendions; il nous fut impossible de passer à travers l'ouverture, mais le courant du reflux qui nous en empêécha, nous porta à environ un quart de mille en dehors. Le canal était trop étroit pour que nous pussions nous y tenir plus long-temps, mais enfin ce jusant aida tellement les canots, qu'à midi nous avions avancé deux milles an large. Nous avions, toujours lieu de désespérer de notre délilivrance, en cas que la brise qui s'était calméc alors vint à se relever; car nous étions encore trop près du récif. À la fin du jusant, le flot, malgré tous nos efforts, fit dériver de nouveau le rxisseau. Sur ces entrefuites, nous aperçümes unt autre ouverture près d’un mille à l'ouest, et j’en-

voyai à l'instant M. Hicks, mon premier lieutenant, dans le petit canot pour l’examiner. En attendant, nous combattions avec le flot, gagnant quelquefois un peu d'espace pour le reperdre bientôt; tout le monde fit son service avec autant d’ordre et de calme que si nous n'avions point couru de danger. M. Hicks revint sur les deux heures, et nous rapporta que la coupure était étroite et dangeréuse, mais qu’on pouvait y passer. Cette seule possiblité fut suflisante pour nous encourager à tenter l'entreprise ; car il n’y avait point de danger aussi redoutable que celui de notre situation actuelle. Une brise légère s’éleva alors à l’est-nordest; avec ce secours et celui de nos canots et du flot qui, sans l'ouverture, aurait causé notre destruction, nous y entrâmes , et nous fûmes entrainés avec une rapidité étonnante par un courant qui nous empêcha de dériver contre l’un ou l’autre côté du canal, leqnel n'avait pas plus d’un quart de mille de large. Tandis que nous passions ce gouffre, nos sondes furent très-:irrégulières, de trente à sept brasses, sur un fond rempli de roches.

« Dés que nous fümes entrés en dedans du récif, nous mîmes à l'ancre par dix-neuf brasses. Telles sont les vicissitudes de la vie , que nous notis crùmes heureux alors d’avoir regagné une situation que deux jours auparavant nous élions impatiens de quitter. Les rochers et les bancs sont toujours dangereux pour les navigateurs, même lorsque

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leur gisement est déterminé; ils le sont bien davantage dans des mers qu’on n'a pas encore parcourues ; ils sont plus périlleux dans la parte du globe où nous étions, que dans toute autre, car il s’y tronve des rochers de corail qui s'élèvent comme une muraille, presque perpendiculairement, d'une profondeur qu’on ne peut mesurer , qui sont toujours couverts à la marée haute, et secs à la marée basse. D'ailleurs les lames énormes du vaste Océan méridional, rencontrant un si grand obstacle, se brisent avec une violence inconcevable, et forment un ressac que les rochers et les tempêtes de l'hémisphère septentrional ne peuvent pas produire. Notre vaisseau était mauvais voilier, et nous manquions de provisions de toute espèce, ce qui augmentait encore le danger que nous courions en naviguant dans les parties inconnues de cette mer. Animés cependant par l'espérance de la gloire qui couronne les découvertes des navigateurs, nous affrontions gaîment tous les périls, et nous nous soumettions de bon cœur à toutes les peines et à toutes les fatignes. Nous aimions mieux nous exposer au reproche d'imprudence et de témérité, que les hommes oisifs et voluptueux prodiguent si libéralement au courage et à l’intrépidité, lorsque leurs efforts ont été sans succès, que d'abandonner une terre que nous savions être entièrement inconnue; et d’autoriscr par-là le reproche qu'on pourrait nous faire de t:nidité et de faiblesse.

«Aprés nous être félicités d'avoir gagné le dedans du récif, quoique peu de temps auparavant nous eussions ét fort satisfaits d'én être dehors, je résolus de ranger de près la eôte dans la route que j'allais faire au nord, quoi qu'il en pût arriver. Car si nous sortions encore une fois du récif, nous serions peuntêtre portés si loin de la côte, qu'il me serait impossible de déterminer si la Nouvelle- Hollande est jointe à la Nouvelle-Guinée ; question que je formai le projet de décider depuis le premier moment où j'apercus celte terre. Cependant, comme j'avais éprouvé le désagrément d’avoir un canot en radoub, lorsqu'on en a besoin , je reset à l'ancre jusqu’à ce que la pinasse fùt parfaitement en état. J’envoyai, le 17 au matin, les autres canots sur le récif, pour voir quels rafraîchissemens ils pourraient nous procurer ; et M. Banks, accompagné du docteur Solander, partit avec eux dans sa yole. J’appelai Canal de la Providence (Providential Channel) Y'ouverture à travers laquelle nous avions passé.

« Le lendemain 18, nous mimes à la voile; deux canots allaient en avant pour nous indiquer la route. Nous évitâmes ainsi les bancs qui s’étendent tout le long de la côte. Il était nécessaire de prendre les plus grandes précautions, car souvent le vent nous manquait, et le courant nous aurait infatlhblement jetés sur les bancs, les îles basses , les écueils et les rochers, au milieu desquels il était difficile de trouver un passage. |

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« Le 20, nous reconnümes qu'une grande terre que nous avions vue la veille au nord, et que nous regardions comme la continuation de celle dont nous avions jusqu'alors suivi les côtes, en était séparée par un détroit que nous pouvions traverser; nous nous y engagcimes, Mais toujours en nous faisant précéder par des canots pour éviter les écueils. Le canal entre les deux terres avait deux milles de large. Nous y parvinmes, et nous vimes que la terre au nord était composée de plasieurs iles voisines les unes des autres. La pointe la plus septentrionale du pays que nous venions de parcourir recut le nom de cap York. Sa longitude est de 160° Gest; sa latitude, de 10° 37° sud. Après avoir dépassé de petites îles qui sont à l'est de ce cap, nous découvrimes la terre devant nous, et nous crümes d'abord qu'il faudrait retourner en arrière; mais en avançant, nous reconnümes que différens canaux séparaient cette nouvelle terre de celle que nous suivions ; bien tôt nous n'eûmes plus devant nous qu'une mer ouverte. Voulant nous assurer si nous avions enfin trouvé un passage pour la mer des Indes, nous débarquäâmes sur une île , et nous y gravimes

une colline d’une stérilité affreuse : alors nous ne vimes point de terre entre le sud et l’ouest. Vers le nord on découvrait un grand nombre d'îles clévées et rangées les unes derrière les autres. Tout nous persuada que nous étions parvenus à Ja mer des Indes,

« Le 22, après nous être rembarqués, nous apercûmes de notre vaisseau de la fumée s'élever de la terre et des îles voisines, et des femmes nues cherchant des coquillages. Nous passâmes un grand nombre d’écueils et d'îles. Le vent s'éleva, la houle qui venait du sud-ouest nous assura plus encore que nous avions devant nous une mer ouverte. Il était donc prouvé que le pays appelé la Nouvelle- Hollande était séparé de la Nouvelle. Guinée. Nous avions au nord-ouest un groupe d'îles qui paraissaient habitées, et qui sans doute s'étendent jusqu'à la Nouvelle-Guinée. Je donnai au détroit le nom de l’Endéavour,' d'après celui du navire que je montais.

« La Nouvelle-Hollande, ou comme j'ai appelé la côte orientale de ce pays, la Nouvelle-Gailes méridionale , est beaucoup plus grande qu'aucun autre pays du monde connu, qui ne porte pas le nom de continent. La longueur de la côte que nous avons suivie, réduite en ligne droite, ne comprend pas moins de 27 degrés, c'est-à-dire, près de deux mille milles; de sorte que sa surface en carré doit être beaucoup plus grande que celle de toute l'Europe. Au sud des 33° et 34° degrés, la terre est en général basse et unie; plus loin au nord , elle est remplie de collines ; mais on ne peut pas dire que, dans aucune partie , elle soit véritablement montueuse : les terrains élevés, pris ensemble, ne font qu'une petite portion de sa surface en comparaison des vallées et des plaines. En

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DES VOYAGES. 349 général, elle est plutôt stérile que fertile ; cependant les terres hautes sont entrecoupées de bois et de prairies ; et les plaines et les vallées sont en plusieurs endroits couvertes de verdure. Le sol, néanmoins, est souvent sablonneux ; et la plupart des savanes, surtout au nord, sont parsemées de rochers stériles; sur les meilleurs terrains, la vé— gétation est moins vigoureuse que dans la partie méridionale du pays; les arbres n’y sont pas si grands, et les herbes y sont moins épaisses. L’herbe est ordinairement haute, mais clair-semée, et les arbres , dans les endroits où ils sont les plus grands, se trouvent rarement à moins de quarani® pieds de distance les uns des autres; l’intérieur du pays, autant que nous avons pu l'examiner, n'est pas mieux boisé que la côte de la mer. Les bords des baies, jusqu'à un mille au-delà de la grève, sont couverts de palétuviers au-dessous desquels le sol est une vase grasse toujours inondée par les hautes marées. Plus avant dans le pays, nous avons quelquefois rencontré des terrains marécageux sur lesquels l'herbe était trés-épaisse et u:--bondante, et d’autres fois des vallées revêtues de broussailles. Le sol, dans quelques endroits, nous à paru propre à recevoir quelques améliorations , mais la plus grande partie n’est pas susceptible d'une culture régulière. La côte, où au moins cette partie qui gît au nord du 25° degré sud , offre un grand nombre de bonnes baies et de havres où les vaisseaux peuvent être parfaitement à l'abri de ‘tous les vents.

« Si nous pouvons juger du pays par l'aspect qu'il nous présentait, tandis que nous y étions, c'est-à-dire on fort de la saison sèche, 1l est bien arrosé , nous y avons trouvé une quantité innom-: brable de petits rnisseaux et de sources, mais point de grandes rivières ; il est probable cependant que ces ruisseaux deviennent plus considérables dans la saison pluvieuse. La rade de la Soif {Thirsty Sound) à été le seul endroit où nous n'ayons pas pu nous procurer de l’eau douce; cependant on tronva dans les bois un ou deux petits lacs d'eau douce, quoique la surface du pays füt partout entrecoupée de criques salées et de terres qui portent des palétuviers.

«Nous n'avons pas vu une grande diversité d'arbres; on n’en trouva que deux sortes qu’on puisse appeler hoïs de charpente; le plus grand est un gommier qui croît dans tont le pays; il à des feuilles étroites, assez semblables à celies du saule , et la gomme, ou plutôt la résine qu'il distille, est d’un rouge foncé et ressemble au sang de dragon. Il est possible que ce soit la même; car on sait que cette substance est produite par diverses plantes. Dampier en fait mention; c'est peut-être celle que Tasman trouva sur la terre de Diémen, quand il dit qu'il vit « de la gomme d'arbres et de « la gomme lacque de terre. » L'autre bois de construction est celui qui ressemble à peu prés à nos pins. Le bois de’ces deux arbres est extrêmement dur ct pesant. On voit aussi un arbre couvert d’une

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écorce unie qu’il est facile de peler ; c’est la même dont on se sert dans les Indes orientales pour calfater les vaisseaux.

« Nous y avons trouvé trois différentes sortes de palmier. Le premier, qui croît en grande abondance au sud , a des feuilles plissées comme un éventail ; le chou en est petit, mais d'une douceur exquise ; les noix qu'il porte en quantité sont une trés-bonne nourriture pour les cochons. La seconde espéce est beancoup plus ressemblante au véritable chou palmiste des îles d'Amérique; ses feuilles sont grandes et ailées comme celles du cocotier; cette seconde espèce porte aussi un chou qui, sans être aussi doux que l’autre , est plus gros. La troisième espèce, que nous avons rencontrée seulement dans les parties septentrionales, ainsi que la seconde, avait rarement plus de dix pieds de hauteur , avec de petites feuilles ailées ressemblantes à celles d’une espèce de fougère. Elle ne produit point de chou, mais une grande quantité de noix, à peu près de la grosseur d’un marron, et plus rondes. Comme nous trouvâmes les coques de ces noix répandues autour des endroits où les Indiens avaient fait leurs feux, nous crûmes qu'elles étaient bonnes à manger; mais ceux d'entre nous qui en firent l'expérience payérent cher cette tentative; car elles opérèrent sur eux avec beaucoup de violence, comme un émétique et un purgatif. Nous persistämes cependant à croire que les Indiens mangeaient ces fruits; et, pensant que le tem-

546 UISTOIRE GÉNÉRALE pérament des cochons pourrait être aussi robuste que le leur, quoique le nôtre fût beaucoup plus faible, nous portâmes quelques-uns de ces fruits dans l’étable de ces animaux. En effet , les cochons les mangérent, et pendant quelque temps ils ne nous parurent affectés d'aucune incommodité; mais environ une semaine aprés, ils furent si malades , que deux d’entre eux moururent, et les antres guérirent avec beaucoup de peine. Il est probable pourtant que Ja qualité vénéneuse de ces noix consiste dans leur suc, comme celle du manioc, et que la pulpe, quand elle est sèche , est non-seulement saine, mais nourrissante. Outre ces espèces de palmiers et des palétuviers, on trouve plusieurs peuts arbres et buissons entièrement inconnus en Europe, un en particulier qui produit une figue d'une mauvaise qualité, ct un autre qui porte une sorte de prune ressemblant aux nôtres par la couleur, mais non par la forme ; car celle-là est aplatie sur les côtés ; et un troisième qui donne une espèce de pomme couleur de pourpre, et qui, après avoir été gardée quelques jours, devient bonne à manger ; sa saveur ressemble ui peu à celle d’une prune de damas.

« La Nouvelle-Hollande offre une grande variété de plantes capables d'enrichir la collection d'un botaniste ; trés-peu sont bonnes à manger. Une petite plante à feuilles longues , étroites, ct ressemblant à une prêle , distille une résine d'un jaune brillant, exactement semblable à la gomme-

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gutte, excepté qu'elle ne tache pas. Elle exhale une odeur douce ; mais nous n'avons pas eu occasion de distinguer ses propriétés, non plus que celles de plusieurs autres plantes que les naturels du pays sembient connaître, puisqu'ils les distinguent par différens noms. |

« J'ai déjà fait mention des racines de la feuille

d'une plante qui ressemble aux cocos des îles d'Amérique, ainsi que d’une espèce de fève ; on y peut ajouter une sorte de persil et de pourpier, et denx espéces d'ignames, l’une qui a la forme d’un radis, et l’autre ronde et couverte de fibres cordées ; ellessont toutes deux très petites, mais douces. Nous n'avons jamais pu trouver la plante entière, quoique nous ayons vu souvent des endroits que l'on avait creusés pour en ramasser. Il est probable que la sécheresse avait détruit les feuilles , et nous ne pouvions pas, comme les Indiens , reconnaître cette plante par la tige.

« Nous avons renconiré , dans la partie méridionale de ce pays, un fruit ressemblant à une cerise, excepté que le noyau était mou, et un autre qui, en apparence, ne différait pas beaucoup de l’ananas; celui-ci est d'un goût fort désagréable; il est très-connu dans les Indes orientales.

« À l'égard des quadrnpèdes, j'ai déjà fait mention du chien, et j'ai décrit en particulier le kin= garou. Nous avous vu aussi une espèce d’opossum, et un quoil qui ressemble au prtois; il a le dos brun, tacheté de blanc, et ie ventre entièrement

548 HISTOIRE GÉNÉRALE blanc. Plusieurs matelots dirent qu'!s avaient aperçu des loups; peut-être que si nous n'avions pas vu des pas qui semblaient confirmer ce rapport, nous aurions cru qu'ils n'étaient guére plus d':nce: de foi que eelui qui disait avoir vu le diable.

«Nous vimes plusieurs espèces de chauves-souris, une entre autres qui était plus grande qu’une perdrix; nous n'avons pas été assez heureux pour en attraper une vivante on morte.

« Les oiseaux de mer et les autres oiseaux aquatiques, sont les moucttes , les cormorans, deux espéces de goelands, les fous, les boubies, les corlieux , les canards, les pélicans d’une grandeur énorme, et plusieurs autres. Les oiseaux de terre sont les corneilles , les perroquets, les cacatoës et d’autres oiseaux du même genre d’une beauté exquise ; les pigeons, les tourterelles , les cailles, les outardes , les hérons, les grues, les faucons ct

les aigles. Les pigeons volent en grandes troupes, et quoiqu'ils soient eéxtrémement sauvages, nos gens en tuaient souvent dix on douze dans un jour : ces oiseaux sont fort beaux , 1ls portent une crête trèsdifférente de celle de tous les autres pigeons.

« Parmi les reptiles, on voit des serpens de différentes espèces , quelques-uns nuisibles et d’autres qui ne font point de mal; des scorpions, des millepieds et des lézards. Les insectes sont en petit nombre; les mosquites et les fourmis sont les principaux. Il y a plusieurs espéces de fourmis ; quelqnes-

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