‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 2)Chapitre 4 sur 36 · M TRE · texte numérisé non relu

M TRE

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O8 HISTOIRE GÉNÉRALE d'insulaires qui étaient plus de cent, et qui se retirérent tous dans le premier lieu écarté qu'its purent rencontrer; 1] traversa ensuite la rivière ct entra dans les bois, passant devant plusieurs maisons qui étaient toutes désertes, et l'on ne vit pas un seul Taïtien pendant le reste de la procession, qui dura près d’une demi-heure. 1ls appellent nineveh, la fonction que faisait M. Banks; deux Taitiens étaient chargés du même emploi. Conime les naturels avaient tous disparu, ils allérent dire au principal personnage du deuil « imatata, il n° a personne. » Enfin on envoya tous les gens du convoi se laver dans la rivière et reprendre leurs habits ordinaires,

« Le 12, des Taïtiens se plaignirent à moi que deux des matelots leur avaient pris des ares, des fléches et des cordes faites avec des cheveux tressés; j'examinai l'affaire, et, trouvant que l'accusation était prouvée, je fis donner à chacun des coupable: vingt-quatre coups de fouet.

« Nous n’avons point encore parlé de leurs arcs et de leurs flèches, et ils n’en apportaient pas sou: vent au fort; cependant Toubouraïi-Tamaïdé vin ce jour-là nous voir avec son arc, en conséquent:

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que c'était pour essayer à qui lancerait la flèche

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« M. Banks , dans sa promenade du matin, rencontra des Taïtiens qu'il reconnut, aprés quelques questions, pour des musiciens ambulans ; dès que nous eûmes appris l'endroit où ils devaient passer Ja nui, nous nous y rendîmes tous; ils avaient deux flûtes et trois tambours, et une grande foule s'était assemblée autour d'eux Ceux qui battaient du tambour accompagnaient la musique avec leurs voix, et nous fümes fort surpris de découvrir que nous étions l'objet de leurs chansons. Nous ne nous attendions pas à rencontrer parmi les habitans sauvages de ce coin solitaire du globe, une profession pour qui les nations les plus distinguées par leur esprit et leurs connaissances avaient de l'estime et de la vénération; tels sont pourtant les bardes et les ménestrels de Taïti : ils improvisaient et joignaïent la musique de leurs instrumens au son de leurs voix ; ils allaient continuellement d’un lieu à

1 blée, leur donnaient en récompense les choses dont lils pouvaient se passer , et dont ces bardes avaient besoin.

« Le 14, on commit au fort un vol qui nous jeta dans de nouvelles dificuliés et dans de nouveaux embarras, Au milieu de la nuit, un Taitien trouva moyen de dérober un fourgon de fer qui nous servait pour le four; on l'avait dressé par hasard contre la palissade, de sorte qu'on voyait en dehors le bout du manche. Nous apprimes que le voleur qui l'avait lorgné le soir , était venu tout doucement sur les trois heures du matin, et que, guettant le moment où la sentinelle était détournée, il avait adroitement saisi le fourgon avec un grand bâton crochu, et l’agait tiré par-dessus la palissade. Je crus: qu'il était important de tâcher de mettre fin à tous ces vols, en employant un moyen qui rendrait les naturels intéressés enxmêmes à les prévenir. J'avais donné ordre qu'on ne tirât pas sur eux , lors méme qu'ils étaient pris en flagrant délit: j'avais pour cela plusieurs raisons ; je ne pouvais pus donner aux soldats de garde un pouvoir de vie ou de mort, dont ils seraient les maîtres de faire usage quand ils le voudraient, et J'avais déjà éprouvé qu'ils n'étaient que trop cmpressés à tucr légèrement lorsqu'ils en avaient ja permission. Je ne croyais pas d’ailleurs que les vols que faisaient les Taïtiens fussent des crimes dignes de mort; parce qu'on pend les voleurs en Angleierre, je ne pensai pas qu’on dût les fusiller à T'aitr: c’eût été exécuter sur les naturels de ce pays une loi faite après coup; ils n'avaient point parmi eux de loisemblable , et il me sembla que nous n'avions

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DES VOYAGTS: 101 pas droit de la leur imposer. En voulant jouir des avantages de la société civile , ils n'ont pas comme nous accepté pour condition de s'abstenir de vol sous peine d’être puni de mort. Je ne voulais point les exposer à nos armes à feu chargées de balles, et je ne me souciais pas trop qu'on tiräl sur eux seulement avec de la pondre. Le bruit de l'explosion et la fumée les auraient d’abord alarmés ; mais dès qu'ils auraient vu qu'il ne leur en arrivait point de mal, ils auraient peut-être méprisé nos armes, et ils en seraient venus à des insultes que nous aurions été forcés de repousser d’une manière plus à craindre pour eux. Au contraire, en ne tirant jamais qu'à balle, nous pouvions les maintenir dans Ja crainte qu'ils avaient de nos armes à feu, ct nous mettre à l'abri de leurs outrages. Il survint alors un incident que je regardai comme un expédient favorable à mon dessein. Une vingtaine de leurs pirogues étaient venues prés de nous, chargécs de poisson : je les fis saisir sur-le-champ et conduire dans la rivière derrière le fort, et j'averts les Taïtiens que nous allions les brûler , si on ne nous rendait pas le fourgon et les autres choses qu'ils avaient volées depuis notre arrivée dans l’île. Je hasardai de publier cette menace, quoique je ne fusse pas dans le dessein de la mettre à exécution; je ne doutais pas qu’elle ne parvint à ceux qui possédaient les effets qu’on nous avait dérobés, et que dans peu on ne nons les rapportât, puisque

: tous les Taïtiens y étaient intéressés. J'en fis la liste :

elle était composée principalement du fourgon , du fusil qui avait été pris au soldat de marine , lorsque le Taïtien fui tué, des pistolets et des habits que M. Banks avait perdus à Atahourou, d’une épée qui appartenait à un de nos sous-officiers, et d’une barrique. Sur le midi, on rendit le fourgon, et ils firent de vives instances pour que je relächasse les pirogues; mais je m’en tins toujours à mes premières conditions. Le lendemain 15 vint, et on ne rapporta rien de plus; ce qui me surprit beaucoup, car les insulaires étaient dans le plus grand embarras pour leur poisson qui allait se gâter dans peu de temps. Je fus donc réduit à l'alternative désagréable de relâcher les pirogues contre ce que j'avais déclaré solennellement et en public, ou de if les détenir au détriment de ceux qui étaient inno- A cens, et sans que nous en retirassions aucun profit : j'avisai un expédient passager , je leur permis de prendre le poisson ; mais je retins toujours les pirogues : cette permission produisit de nouveaux désordres et de nouvelles injustices; comme :il n'était pas facile de distinguer à qui le poisson appartenait en particulier, ceux qui n’y avaient point de droit profitérent de la circonstance, et pillérent les pirogues. Ils réitérérent leurs sollicitations pour que je renvoyasse ces bâtimens : j'avais alors les plus fortes raisons de croire que les effets dérobés n'étaient pas dans l’île, ou que ceux qui souffraient par la détention des pirogues, n'avaient pas assez d'influence sur les voleurs pour les enga-

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« 11 arriva sur ces entrefaites un autre accident qui fut sur le point de nous brouiller avec les T'aïuens, malgré toutes les précautions que nous prenions pour entretenir la paix. J'envoyai à terre la chaloupe afin d’en rapporter du lest pour le vaisseau ; l'officier qui la commandait ne trouvant pas d'abord des pierres qui lui convinssent, se mit à abattre quelques parties d’une muraille qui enfermait un terrain où ils déposaient les os de leurs morts : les Taïtiens s’y opposérent avec violence, et un messager revint aux tentes nous avertir qu'ils ne voulaient pas souffrir cette entreprise. M. Banks partit sur-le-champ et termina bientôt la dispute à l'amiable, en envoyant les gens de la chaloupe à la rivière, où l’on pouvait rassembler assez de pierres pour le lestage du bâtiment, sans offenser les naturels. IL faut bien remarquer que ces insulaires paraissaient beaucoup plus jaloux de ce qu’on faisait aux morts qu'aux vivans. Ce fut le seul cas où ils osérent nous résister; et, excepté dans une autre occasion du même genre, ils n'ont jamais insulté qui que ce soit parmi nous. M. Monkhouse, cueillant un jour une fleur sur un arbre situé dans un de leurs enclos funéraires, un Taïtien qui l’apercut, vint tout à coup derrière lui, et le frappa : M. Monkhouse saisit son adversaire; mais deux autres insulaires approchérent à l'instant, prirent

Je chirurgien par les cheveux, le forcèrent de lâcher leur compatriote, et s’enfuirent ensuite sans lui faire d'autre violence.

« Le 19, nous rctenions toujours les pirogues : nous recûmes le soir une visite d'Obéréa, et nous fümes trés-surpris en voyant qu'elle ne nous rapportait aucun des effets qu’on nous avait volés ; car elle savait qu’elle était soupçonnée d'en avoir quelques -uns en garde. Elle dit, il est vrai, qu'Obady, son favori, qu’elle avait renvoyé et battu , les avait emportés ; mais elle sémblait senür qu'elle n'avait pas droit d’être crue sur sa parole ; elle laissa voir les signes de crainte les plus marqués; cependant elle les surmonta avec une résolution surprenante, et elle nous fit de trèsgrandes instances pour que nous lui permissions de passer la nuit, elle et sa suite, dans la tente de M. Banks. Nous ne voulümes pas y consentir; l'histoire des habits volés était trop récente, et d’ailleurs la tente était déjà remplie d’autres personnes. Aucun autre de nous ne fut disposé à la recevoir, et elle coucha dans sa pirogue, trèsnortüliée et trés-mécontente.

« Le lendemain 20, dés le grand matin, elle revint au fort avec sa pirogne el ce qui y était contenu, se remettant à notre pouvoir avec une espèce de grandeur d'âme qui excita notre étonnement et notre admiration. Afin d'ojiérer plus eflicacement la réconciliation , elle nous présenta un cochon et plusieurs autres choses, et entre autres

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