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un chien. Nous avions appris que les Taïtiens regardent cet animal comme une nourriture plus délicate que le porc, et nous résolûmes à cette occasion de vérifier l'expérience. Nous remîmes Je chien, qui était très-gras, à Topia, qui se chargea d’être le boucher et le cuisinier. Il le tua en lui serrant fortement avec ses mains le nez et le museau, opération qui dura plus d'un quart d'heure.
« Pendant ce temps, les Indiens firent un trou en terre d'environ un pied de profondeur, dans lequel on alluma du feu; et l’on y mit des couches alternatives de petites pierres et de bois pour le chauffer. Topia tint pendant quelque temps le chien sur la flamme ; et le raclant avec une coquille, tout le poil tomba, comme s’il avait été échaudé dans une eau bouillante : il le fendit avec Ja même coquille, et en tira les intestins qui furent envoyés à la mer , où ils furent lavés avec soin, ct mis dans des coques de cocos, ainsi que le sang qu'on avait tiré du corps en l’ouvrant. On ôta le feu du trou lorsqu'il fut assez échauffé, et on mit au fond quelques-unes des pierres qui n'étaient pas assez chaudes pour changer la couleur de ce qu’elles touchaient ; on les couvrit de feuilles vertes, sur lesquelles on plaça le chien avec ses intestins; on étendit sur l'animal une seconde couche de feuilles vertes et de pierres chaudes, et on boucha le creux avec de la terre. En moins de quatre heures on le rouvrit ; on en üra l'animal très-bien cuit, et nous
convinmes tous que c’était un mets excellent. On ne donne point de viande aux chiens qu'on nourrit dans l’île, pour la table, mais seulement des fruits à pain, des cocos, des ignames et d’autres végétaux : les Taïtiens apprêtent de la même manière toutes les viandes et les poissons qu’ils mangent.
« Le 21, nous recûmes au fort la visite d'Omao, chef que nous n’avions pas encore vu, et pour qui les naturels du pays avaient un respect extraordinaire, Il amenait avec lui un enfant d'environ sept ans, et une jeune femme qui en avait à peu prés seize : quoique l'enfant fût en état de marcher, il était cependant porté sur le dos d’un homme, ce que nous regardâmes comme une preuve de sa dignité. Dés qu'on les apercut de loin, Obéréa ct plusieurs autres Taïtiens qui étaient au fort, allerent à leur rencontre , après s'être découvert la tête et le corps jusqu’à la ceinture ; à mesure qu'il approchait, tous les autres insulaires qui étaient aux environs du fort faisaient la même cérémonie. Il est probable que découvrir son corps est dans ce pays un témoignage de respect; et comme ils en laissent voir publiquement toutes les parties avec une égale indifférence, nous fûmes moins étonnés d'apercevoir Ourattoua se mettre nue dela ceinture en bas : ce n’était peut-être qu’une autre politesse adaptée à des personnages d’un rang différent. Le chef entra dans la tente; mais toutes nos priéres ne purent pas engager la jeune femme à l’y suivre, quoiqu’elle parût refuser contre son inclination,
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