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de pirogues. Quoique ces noms parussent confirmer ce que Titéboalo nous avait dit, nous reconnûmes bientôt qu'il s'était trompé. Le pére et le fils nous recurent avec toute l'honnéteté possible : ils nous donnérent des rafraîchissemens, et aprés quelque délai ils nous vendirent un gros cochon pour une hache. Une foule d’insulaires se rassemblérent autonr de nous; nous n’en vîimes que deux de notre connaissance. Nous ne remarquâmes parmi eux aucune des quincailleries ou autres marchandises de notre vaisseau; nous vimes cependant plusieurs effets d'Europe. Nous trouvâmes dans une des maisons deux boulets de douze livres, dont l’un était marqué de la large flèche d'Angleterre, quoique Jes insulaires nous disent qu’ils les avaient reçus des vaisseaux qui étaient à la rade dans le havre de Bougainville.
« Nous marchämes à pied jusqu’au district qui dépendait immédiatement d'Ouahitéa, principal chef ou roi de la péninsule. Il avait un fils; mais nous ne savons pas si, suivant la coutume d'Opoureonéï , il administrait le gouvernement comme régent, ou en son propre nom. Ce district est com posé d'une grande et fertile plaine, arrosée par une rivière que nous fümes obligés de passer dans une pirogue. Les insulaires qui nous suivaient, aimérent micux la traverser à la nage, et ils se jetèrent à l'eau, comme une meute de chiens. Nous ne vimes dans cet endroit aucune maïson qui parût habitée, mais seulement les ruines de plusieursgrandes cases.
112 HISTOTRE
Nous tirâmes le long de la côte qui forme une buie
appelée O-Hitipeha, etentin nous trouvâämes le chef
assis prés de jolis pavillons de pirogues, sous lesquels nous supposämes que lui et ses gens passaient Ja nuit, C'était un vieillard maigre, dont les ans avaient blanchi la barbe et les cheveux, I'avait avec lui une jolie femme d'environ vingt-cinq ans, et qui se nommait Toudiddé, Nous avions souvent entendu parler de cette femme ; et ce qu'on nous à dit, ainsi que ce que nous en avons vu, nous a fait penser que c'était l'Obéréa de cette péninsule, Les récifs qui sont le long de la côte forment, entre cetendroit et l'isthme , des havres où les vaisseaux pourraient être en parfaite sûreté, Tiary, fils d'Ouahitéa , de qui nous avions acheté un cochon, nous accompagnait. Le pays que nous parcourûmes semblait être plus cultivé que le reste de Pile : les ruisseaux coulaient partout dans des lits étroits de pierres, et le rivage paraissait aussi bordé de pierres. Les maisons ne sont ni vastes ni nombreuses ; mais les pirogues, amarrées le long de la côte, étaient innombrables : elles étaient plus grandes et mieux faites que toutes celles que nous avions vues jusqu'alors; l'arrière était plus haut, la longueur du bâtiment plus considéra le, et les pa villons soutenus par des colonnes. Presque à chaque pointe de la côte il y avait un bâtiment sépuleral : nous en vimes aussi plusieurs dans l’intérieur des tetres. Ils étaient de la même forme que ceux d'Opoureoncéï , mais plus propres, mieux entretc-
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DÉS VOYAGES, 113 nus, et décorés de plusieurs planches qu'on avait dressées debout, et sur lesquelles on avait sculpté différentes figuresd oiseaux et d'hommes. Hs avaient représenté sur Pune de ces planches un éoq peint en rouge et jaune, pour imiter le plumage de cet animal : nous en vimes aussi où il ÿ avait des por traits grossiers d'hommes élevés les uns sur la tête
des autres. Nous n'aperçümes pas un seul fruit à
ain dans ce canton, quoiqu'il soit fertile et cultivé : | » quoiq
les arbres étaient entièrement stémiles, et il nous parut que les babitans se nourrissaient principalement de noix assez ressemblantes à une châtaigne,
| et qu'ils appellent ak.
vi . , * .
« Lorsque nous fümes fatigués de marcher à pied, nous appelâmes la chaloupe. Les Indiens Tiiéboalo et Téahaou n'étaient plus avec nous. Nous conjecturâmes qu'ils étaient restés derrière, chez Ouahitéa, attendant que nous allions les y rejoindre, en consé- | quence d’une promesse qu'ils nousavaientarrichée ; | mais il ne fut pas en notre pouvoir de la remplir. î
€ Tiary, cependant, et un autre Taïtien , s'em-
{barquèrent avec nous ; nous allämes jusque vis-à-
vis une petite île appelée Otouraeité. I était nuit Lalors ; nous résolümes de débarquer, et nos insu-
Fa nous conduisirent dans un endroit où ils
idirent que nous pourrions coucher; c'était une
finaison déserte, prés de laquelle il y avait une peuite anse où la pinasse pouvait être en sûreté. Nous Manqguions de provisions, parce que, depuis notre
Alépart, nous cn avions trouvé trés-peu, M. Banks
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Du RER LE SUR ER =
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114 HISTOIRE GÉNÉRALE alla tout de suite dans les bois, pour voir s’il était possible de nous en procurer. Commeil faisait tréssombre, il ne rencontra personne, et ne trouva qu'une case inhabitée ; il ne rapporta qu'un fruit à pain, la moitié d’un autre et quelques ahys. Nous les joignîimes à un ou deux canards et à quelques corlieux que nous avions : nous en fimes un souper assez abondant, mais désagréable, faute de pain, dont nous avions négligé de nous pourvoir, espérant trouver des fruits à pain. Nous nous logeñmes sous le pavillon d’une pirogue appartenant à Tiary, qui nous accompagnait.
« Le lendemain maun, 28, après avoir fait une autre tentative inutile pour nous procurer des provisions, nous dirigeämes notre marche autour de
la pointe sud-est de l’île , qui n’est couverte par au- |
cun récif, mais ouverte à la mer, et où la côte est formée par le pied des collines. La côte de la partie la plus méridionale de lîle est couverte d’un récif, et la terre y est très-fertile. Nous fîmes cette route
en partie à pied , et le reste du temps dans la pi-
nasse. Lorsque nous eûmes parcouru environ trois milles , nous arrivämes à un endroit où nous vimes plusieurs grandes pirogues et un certain nombre. de Taiuens, et nous fûmes agréablement surpris de trouver que nous les connaissions três-particulièrement, Nous achetâmes, avec beaucoup de dif! ficulté, quelques cocos ; nous nous rembarqnâmes ensuite, emmenant avec nous Teahaou, un des insulaires qui nous avaient attendus chez Ouahitéa,
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DES VOYAGES. 115 et qui nous étaient venus rejoindre la veille, bien avant dans la nuit.
« Lorsque nous fûmes en travers de l'extrémité sud-est de l’île, nous allimes à terre par le conseil de notre guide Taitien, qui nons dit que le pays était riche et ferule. Le chef, nommé Mathiabo, vint bicutôt près de nous ; mais il parut ignorer 10talement la manière dont nous commercions. Cependant ses sujets nous apportérent quanuité de cocos, et environ vingt fruits à pain. Nous achetâmes Je fruit à pain htéchet: mais le chef nous vendit un cochon pour une bontcille de verre, qu'il préféra à toutes lés autres marchandises que nous pouvions lui donner. I possédait une oïe et un dindon que Le Dauphin avait laissés dans Pile ; ces deux animaux étaient extraordinairement gras,
et si bien apprivoisés, qu’ils suivaient partout les
insulaires , qui les aimaient passionnément.
« Nous vimes dans une grande case un spectacle tout-à-fait nouveau pour nons. Il y avait à l’un des bouts une planche en demi-cercle, à laquelle
| pendaient quinze mâchoires d'hommes ; elles nous | semblèrent fraîches et avaient toutes leurs dents.
Un coup d'œil si extraordinaire excita fortement
| notre curiosité, nous fimes plusieurs recherches ;
mais alors nous ne pümes rien apprendre; le
: peuple ne voulait pas ou ne pouvait pas nous entendre.
« Quand nous quittâmes cet endroit, le chef | Math: bo demanda la permission de nous accom-
110 WISTOIRE GÉNÉRALE pagner , et nous y consentimes volontiers : 11 passa le reste de la journée avec nous, et il nous fut trésutile en nous servant de pilote sur les basfonds. Sur le soir, nous entrâmes dans la baie du côté du nord-ouest de Fle qui répond à éclui du sud-est, car Pisthme partage l'île, comme je lai déjà observe, Après que nous eûmescôtoyé les deux üers de cette baie, nous nous décidâmes à aller passer la nuit à terre. Nous vimes à quelque distance une grande maison, que Mathiabo nous dit appartenir à un de ses amis; bientôt après, plusieurs pirogues vinrent à notre rencontre; elles avaient à bord plusicurs femmes très- belles qui, par leur maintien, semblaient avoir été envoyées pour nous solliciter à descendre. Comme nous avions déjà résolu de coucher dans cet endroit, leurs invitations étaient presque superflues ; nous trouvâmes que la maison appartenait au chef du district, nommé Ouiouérou; il nous reçut trèsamicalement, et ordonna à ses gens de nous aider à apprèter nos provisions, dont nous avions alors une assez bonne quantité. Lorsque notre souper fut prêt, on nous conduisit dans la partie de la maison où Ouiouérou était assis. Mathiabo soupa avec nous, et Ouioutrou faisant aussi venir des provisions, notre repas fut trés-paisible et trés-gai. Dès qu'il fut fini, nous demandâmes où nous coucherions, et on nous montra un endroit de la maison qui nous était destiné. Nous envoyâmes alors
chercher nos manteaux; M. Banks se déshabill:
Ccoi art por cot s'a] qu’ s'éti avai qu'o chi avec com avan üen M. B paru que r
Teah qu'il
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Loujo
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41 passa nous fut les basbaie du celui du 1e je l'ai les deux es à aller clque dis- » nous dit rès, plutre; celles elles qui, envoyées me nous endroit, ucs ; nous au chef du reçut trésnous aider vions alors tre souper arte de la abo soupa i venir des et très-gal.
h nous couude la maiâmes alors déshabilli
comme à son ordinaire ; mais après ce qui li était arrivé à Atuhourou, il eut la précaution de faire porter 808 habits à la pinasse, se proposant de 86 couvrir avec une pièce d’étoffe de Tai. Mathiabo s'apercevant de ce que nous faisions, prétendit qu'il avait aussi besoin d'un manteau. Comme il s'était trés-bien comporté à notre égard, et qu'il nous avait rendu quelques services, nous ordonnämes qu'on en apportât un pour lui. Nous nous couchâmes, en remarquant que Mathiabo n'était pas avec nous ; nous crûmes qu'il était allé se baigner, comme ces insulaires ont la coutume de le faire avant de dormir. Quelques instans après, un Tailien que nous ne connaissions pas, vint dire à M. Banks que Mathiabo et le manteau avaient disparu, Ce chef avait tellement gagné notre confiance, que nous ne crûmes pas d'abord ce rapport; mais Teahaou le confirma bientôt, et nous reconnümes qu'il n'y avait point de temps à perdre. Nous ne pouvions pas espérer de rattraper le voleur, sans le secours des insulaires qui étaient autour de nous ; M. Banks se leva promptement, leur raconta le délit, et les chargea de recouvrer le manteau ; et afin que sa demande fit plus d'impression , il montra un de ses pistolets de poche qu'il portait toujours avec lui. La vue du pistolet alarma toute l'assemblée ; et au lieu de nous aider à poursuivre le voleur, ou retrouver ce qui avait été pris, les Taïtiens s'enfuirent en grande précipitation; nous saisimes pourtant un d'entre eux qui s’offrit alors
à diriger nos pas du côté du voleur. Je partis avec M. Banks; et quoique nous courussions pendant tout le chemin, l'alarme nous avait déjà précédés :
dix minutes après nous rencontrâämes un homme qui rapportait le manteau que Mathiabo , pénétré de frayeur, avait abandonné : nous ne voulûmes pas le poursuivre plus long-temps, et il s’échappa. En revenant, nous trouvâmes entièrement déserte la maison qui était remplie auparavant de près de trois cents personnes. Les Taïtiens s'apercevant bientôt que nous n'avions du ressentiment que contre Mathiabo, le chef Ouiouérou, sa femme et plusieurs autres, se rapprochèrent et logérent dans le même endroit que nous pendant la nuit. Nous étions cependant destinés à une nouvelle scène de trouble et d'inquiétude; notre sentinelle nous donna l'alarme sur les cinq heures du matin, en nous apprenant qu'on avait enlevé la pinasse. U dit qu'il l'avait vue amarrée à son grappin une demi-heure auparavant, mais qu’en entendant ensuite Je bruit des rames, il avait regardé si elle y était encore, et qu'il ne l'avait pas aperçue. Nous nous levâmes promptement à cette triste nouvelle, et nous courûmes au bord de l’eau. Les étoiles
bnllaient, et la matinée était claire ; la vue s'éten- |
dait fort loin; mais nous n’aperçcümes point de
pinasse, Nous étions dans une situation capable de !
justifier les plns terribles craintes ; il faisait calme tont plat : il était impossible de supposer que la pinasse s'était détachée de son grappin ; nous avions
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rappin une tendant endé si elle y erçue. Nous Le nouvelle, Les étoiles vue s'éten-
es point de à capable de fuisait calme oser que la ; nous aVIONS
DES VOYAGES. 119 de fortes raisons d'appréhender que les Taïtiens ne l’eussent attaquée , et que, profitant du sommeil de nos gens, ils n'eussent réussi dans leur entreprise. Nous n'étions que quatre, nous n'avions qu'un fusil et deux pistolets de poche chargés, mais sans aucune provision de balles ni de poudre. Nous restâmes long-temps dans cet état d’anxiété et de détresse, attendant à tout moment que les Taiuens fondraient sur nous, lorsque nous vimes revenir la pinasse qui avait été chassée par la marée ; nous fûmes confus et surpris de n'avoir pas fait attention à cette circonstance.
« Dés que la pinasse fut de retour, nous déjeünames et quittimes bien vite ce canton, de peur qu'il ne nous arrivät quelque autre accident. Il est situé au côté septentrional de Tierrébou, péninsule sud-est de Taïti, à environ cinq milles au sud-est de l'isthme; on y trouve un havre grand , commode, et aussi bon que les autres qui sont dans l’île : la terre , dans les environs, est très-riche en producuons. Quoique nous eussions eu peu de communicauon avec ce district , les habitans nous reçurent partout amicalement : ilest fertile et, peuplé, et aulant que nous en pümes juger, dans un état plus
florissant qu'Opoureoneï, quoiqu'il n’ait pas plus du ! quart de son étendue.
« Nous débarquâmes ensuite dans le dernier dis-
trict de Tierrébou, qui était gouverné par un chef . appelé Omoë. Omoé bâtissait une maison ; il avait
| trés-grande envie de se procurer une hache, qu'il
aurait achetée volontiers au prix de tout ce qu’il possédait. Malheureusement pour lui et pour nous , nous n’en avions pas une dans la pinasse. Nous lui offrîmes de commercer avec des clous ; il ne voulut rien nous donner en échange de cette marchandise. Nous nous rembarquâmes ; mais le chef n’abandonnant pas tout espoir d'obtenir de nous quelque chose qui pt lui être utile, nous suivit dans une pirogue avec sa femme Ouana-Aouha. Quelque temps après nous les prîmes dans notre pinasse , et lorsque nous cûmes vogué l’espace d’une lieue, ils demandérent que nous les missions à terre; nous les satisfimes sur-le-champ , et nous rencontrâmes quelques-uns de leurs sujets qui apportaient un trés-gros cochon. Nous étions aussi empressés d’avoir cet animal, que Omoé l'était d'acquérir la hache; et certainementil valait bien la meillenre de celles que nous avions dans le vaisseau. Nous trouvämes un expédient : nous dîmes au Taïtien que s’il voulait amener son cochoh an fort à Matavaï, nous lni donnerionsune grande hache, et par-dessus le marché un clou pour sa peine. Après avoir délibéré avec sa femme sur cette proposition, 1} v consentit, et 1l nous remit nne grande pièce d'étoffe de son pays, pour gage qu'il remplirait la convention, ce qu'il ne fit pourtant pas.
« Nous vimes à cet endroit une curiosité singulière : c'était la figure d’un homme grossièrement faite d’osier, mais qui n’était point mal dessinée ; elle avait plus de sept pieds de haut , et elle était
qu’il posur nous ;, Nous lui ne voulut chandise.
abandonque chose
e pirogue mps après sque nous nandcrent satisfimes Iques-uns os cochon.
nimal, que inementil
ous avions xpédient :
mener son jerions une à clou pour femme sur nous remit pour gage ne fit pour-
sité singu- >ssiérernent | dessinée ; et elle était
trop grosse d'après cette proportion. La carcasse était entièrement couverte de plumes blanches dans les parties où ils laissent à leur peau sa couleur naturelle, et noires dans celles où ils ont coutume de se peindre; on avait formé des espèces de cheveux sur la tête, et quatre protubérances , trois au front et une par-derriére , que nous aurions nommées des cornes, mais que les Indiens décoraient du nom de taté-été, petits hommes. Cette figure s'appelait Manioe, et on nous dit qu'elle était seule de son espèce à Taïu. Ils entreprirent de nous expliquer à quoi elle servait, ci quel avait été leur but en la faisant ; mais nous re connaissions pas assez leur langue pour lesentendre. Nous apprîmes dans la suite que c'était une repré sentation de Mauvé , un de leurs Eatouas , ou dieux de la seconde classe.
« Après avoir arrangé nos affaires avec Omoé , nous nous mîmes en marche pour retourner at fort, et nousatteignimes bientôt Opouréoneï, la péninsule nord-ouest. Nous parcourûmes quelques milles , et nous allimes encore à terre ; nous n°v vimes rien qu füt digne de remarque, qu'un icu de dépôt pour les morts, réguliérement décoré. Le pavé était extrêmement propre, el on y avait élevé une pyramide d'environ cinq pieds de haut , entiérement couverte de fruits de deux plantes qui sont particulières à Taïti, Il y avait prés de la pyramide une petite figure de pierre grossiérement travaillée ; c'est le seul exemple de sculpture en pierre quenous
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ayons apcrçn chez ces peuples ; les Taïtiens paraissaient ÿ attacher un grand prix, car ils l'avaient couvert d'un hangar fait exprès pour le mettre à l'abri des injures du temps.
« Notre pinasse passa dans le seul havre qui soit propre pour un mouillage sur la côte méridionale d'Opourconci. Il est situé à environ cinq milles à ouest de listhme , entre deux petites îles qui gisent prés du rivage, et qui sont éloignées l'une de l'autre à peu près d'un mille; le fond y est bon par onze où douze brasses d’ean. Nous étions près du district appelé Paparra, qui appartenait à Omao ot Obéréa nos amis, et nous nous proposions d’y coucher, Lorsque nous allâmes à terre , une heure avant La nuit, ils étaient absens ; ils avaient quitté leur habitation pour aller nous rendre visite au fort. Nons ne changeäîmes pas pour cela de projet ; nous choisimes pour logis la maison d'Obéréa, qui, quoique petite, était très-propre : il n’y avait d'autre habitant que son père, qui nous recut de manière à nous faire penser que nons étions les hien-venus, Nous voulümes profiter du pen de jour qui restait ; nous allimes à une pointe de terre, sur laquelle nous avions vu de loin des arbres qu'ils sppellent étoa, et qui distinguent ordinairement les Deux où ils enterrent {es os de leurs morts ; 1ls donnent le nom de moraï à ces cimetières , qui sont aussi des lienx où ils vont rendre un cuite religieux, Nous fümes bientôt frappés de la vue d’un énorme bâtiment qu'on nous dit être le morai
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DES VOYAGES. 12° d'Omao et d'Obéréa , et le principal morceau architecture qui fût dans l’île : c'était une fabrique de pierre élevée en pyramide, sur une base en carré long, de deux cent soixante-sept pieds de long , et de quatre-vingt-sept de large ; elle était construite comme les petites élévations pyramidales sur lesquelles nous placons quelquefois la colonne d'un cadran solaire, et dont chaque côté est en forme d'escalier ; les marches des deux côtés étaient plus larges que celles des bonts; de sorte que l'édifice ne se terininait pas en parallélogramme comme la base , mais en un faîte ressemblant au toit de nos maisons. Nous comptâmes onze rampes élevées chacune de quatre pieds, ce qui donne quarante-quatre pieds pour la hauteur du bâtiment. Chaque marche était composée d’un rang de morceaux de corail blanc , taillés et polis proprement. Le reste de la masse (car il n’y avait point de cavité dans l'intérieur) consistait en cailloux ronds, qui, par la régularité de leur forme, semblaient avoir été travaillés. Quelques-unes des pierres de corail étaient trés-grandes; nous en mesurâmes une qui avait trois pieds et demi de long et deux et demi de large. La base était de pierres taillées aussi en carré ; une d'elles avait à peu près quatre pieds sept pouces de long, et deux pieds quatre pouces de largeur. Nous fûmes étonnés de voir une pareille masse construite sans instrumens de fer pour tailler les pierres, el sans mortier pour Îles joindre. La structure en élait aussi compacte et aussi solide qu'aurait pu la
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faire un maçon d'Europe; seulement les marches du côté le plus long n'étaient pas parfaitement droites : elles formaient au milieu une espèce de crenx , de sorte que toute la surface d'une extrémité à l'autre présentait non pas une ligne droite, mais une ligne courbe. Comme nous n'avions point vu de carrière dans le voisinage , les Taïtiens avaient dit apporter les picrres de fort loin, et ils n'ont pour transporter les fardeaux que le secours de Jeurs bras. Ils avaient sans doute anssi tiré le corail de dessous l’eau; quoiqu'il y en ait dans la mer en grande abondance, il est toujours au moins à la profondeur de trois pieds. Ils n'avaient pu tailler la pierre et le corail qu'avec des instrumens de mème matière, ce qui est un ouvrage d'un travail mcroyable. 1] leur était plus facile de les polir : ils se servent pour cela d'au sable de corail dur, qu'on trouve partout sur les côtes de la mer. Il y avait au milieu du sommet de cette masse une figure d’oiseau sculptée en bois , et près de celle-ci une autre figure de poisson brisée, sculptée en pierre. Toute cette pyramide faisait partie d’une place spacieuse, presque carrée, dont les grands côtés avaient trois cent soixante pieds de long , et les deux autres trois cent cinquante-quatre : la place était environnée de murailles et pavée de pierres plates dans toute son étendue; il y croissait, malgré le pavé, plusieurs étoas, et des hananiers. À environ trois cents pieds à l'ouest de ce bâtiment, 1l y avait une espèce de cour pavée, où l’on voyait plusieurs
arches
ement èce de extrélroite, Lys point avaient s n'ont urs de e corail mer en ins à la à tailler nens de travail olir : ils ir, qu'on avait au ire d’oine autre e. Toute aCIeUse , jent trois tres trois vironnée ans toute vé, plurois cents wait une plusieurs
petites plates-formes élevées sur des colonnes de bois, de sept pieds de hauteur. Les Taïtiens les nomment étouattas, 11 nous parut que c'étaient des espêces d'autels, parce qu'ils y plaçaient des provisions de toute espèce en offrande à leurs dieux. Nous avons vu depuis sur ces autels des cochons tout entiers, et nous y avons trouvé des crânes de plus de cinquante de ces animaux , outre ceux d’un grand nombre'de chiens.
« L'objet principal de l'ambition de ces peuples est d'avoir un magnifique moraï : celui-ci était un monument frappant du rang et du pouvoir d'Obéréa. Nous avons déjà remarqué que nous ne la trouvâmes pas revêtue de l'autorité qu'elle exercait lors du voyage du Dauphin ; nous en savons à présent la raison. En allant de sa maison au moraï, le long de la côte de la mer, nous apercûümes partout sous nos pieds une multitude d'ossemens humains , surtout de côtes et de vertébres : nous demandämes l'explication d'un spectacle si étrange, et l'on nous dit que dans le dernier mois de ouarahceou, qui répond au mois de décembre 1768, quatre ou cinq mois avant notre arrivée, le peuple de Z'ierrébou, péninsule sud-est de Faiti, avait fait une descente dans cet endroit, et tué un grand nombre d’habitans , dont nous voyions les os sur le rivage ; que dans cette occasion Obéréa et Omao, qui administrait alors le gouvernement de l’île pour son fils, s'étaient enfuis dans les montagnes; que les vainqueurs avaient brûlé toutes les maisons, qui étaient
RÉ
pre
ÉETENSS es
1,0 HISTOIRE GÉNÉRALE trés-grandes, et emmené les cochons et les autres animaux qu'ils avaient pu trouver. Nous apprimes aussi que le dindon et l'oic que nous avions vus chez Mathiabo, le voleur de manteau, étaient au nombre des dépouilles. Cette histoire expliqua pourquoi nous les avions trouvés chez un peuple avec qui le Dauphin n'avait point eu de communication , où du moins fort peu, Lorsque nous dîmes que nous avions vu à Tierrébou des mâchoires d'hommes suspendues à une planche dans une longue maison, on nous répondit que les conquérans les avaient emportées comme des trophées de leur victoire, Les Taïtiens font parade des mâchoires de leurs ennemis, ainsi que les naturels de l'Amérique septentrionale portent en triomphe les chevelures des hommes qu'ils ont tués.
« Dès que nous eûmes satisfait notre curiosité, nous retournämes à notre logement, et nous y passimes la nuit tranquillement et dans une parfaite sécurité. Le lendemain au soir, 20, nous arrivämes à Atahourou , lien de résidence de Toutahah, notre ami, où J'on avait volé nos habits, la dernière fois que nous y avions couché. Cette aventure parut oubliée de notre côté et du sien. Les insulaires nous recurent avec beaucoup de plaisir ; ils nous donnérent un bon souper et un logis où nous ne perdimes rien, el où personne ne nous inquiéta.
« Le 1° juillet, nous retournämes au fort à Ma-
tavaï, aprés avoir fait le tour de lle, que nous
trouvän güiimes insulair nicre su que noi mange cevoir p notre ve « Pen nes, les qu'ils or subsistar n'en est se nourt pellent »
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trouvâmes d'environ trente lieues. Nous nous plaiguiimes alors de manquer de froit à pain, mais les insulaires nous assurérent que la récolte de la dernière Saison était presque épuisée, et que les fruits que nous avions vus sur les arbres ne seraient pas mangeables avant trois mois; ce qui nous fit concevoir pourquoi nous en avions trouvé si peu dans notre voyage.
« Pendant que le fruit à pain müûritdans les plarnes, les Taitiens tirent quelques secours des arbres qu'ils ont plantés sur les collines, afin d'avoir des subsistances dans tous les temps; mais la quantité n'en est pas sullisante pour prévenir la disette. Hs se nourrissent alors de la pâte aigrelette qu'ils appellent mahié, de fruits du bananier sauvage, et de noix d'ahy qui sont en maturité ; à moins que le; fruits à pain ne mûrissent quelquefois plus tôt. Je ne puis pas expliquer pourquoi le Dauphin, qui était dans l’île à la même saison que nous, y en trouva une si grande abondance sur les arbres.
« Les Tuïtiens, nos amis, se rassemblérent en foule autour de nous, dès que nous fûmes de retour, et aucun ne s'approcha les mains vides. Quoique j'eusse résoin de rendre les pirogues détenues à ceux qui en étaient les propriétures, on ne lavait point encore fait; les Taiuens les redemandérent de nouveau , et enfin je les relâchai. Je ne puis m'empêcher de remarquer à cette occasion que ces peuples pratiquent de petites frandes les uns envers les autres avec une mauvaise foi réflé-
chie, qui me donna beaucoup plus mauvaise opinion de leur caractère, que les vols qu’ils commettaient en succombant aux tentations violentes qui les sollicitaient à s'approprier nos métaux et les productions de nos arts, qui ont pour eux un prix inestimable.
« Parmi ceux qui s'adressérent à moi pour me
prier de relächer leur pirogue, il y avait un certin Pouatou, homme de quelque importance, que nous connaissions tous : j'y consentis , SUPPOsant qu'une d'elles lui appartenait, ou qu’il la réclamait en faveur d’un de ses amis : il alla en conséquence sur le rivage s'emparer d’un: des pirogues, qu’il commencait d'emmener à l’aide de ses gens. Cependant les véritables propriétaires du bateau vinrent bientôt le redemander; et, soutenus par les autres Taïtiens, ils lui reprochèrent à grands cris qu'il volait leur bien, et ils se mirent en devoir de reprendre la pirogue par force. Pottatou demanda à être entendu , et dit, pour sa justification, que la pirogue avait appartenu, il est vrai, à ceux qui la réclamaient, mais que je l'avais confisquée et la lui avais vendue pour un cochon. Ces mots terminérent toutes les clameurs : les propriétaires, sachant qu'ils ne pouvaient pas appeler de mon autorité, souscrivalent à ce qu'avait dit Je voleur; et il aurait profité de sa proie, si quelquesuns de nos gens ne mr'étaient pas venus rendra compie de Ja dispute qu'ils avaient entendue. J'ordonnui sur-le-champ qu'on détrompät les Taïtiens ;
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DÉS VOYAGES. 120) les légitimes propriétaires reprirent leur pirogue , et Pottatou sentit si bien sa faute, que ni lui ni sa femme, qui était complice de sa friponnerie, n'osérent de long-temps nous regarder en face.
« Le 3, dès le grand matin, M. Banks, accompagné de quelques Taïtiens qui lui servaient de guides, partit pour suivre le cours de la rivière, en remontant la vallée d’où elle sort, et voir jusqu'où ses bords étaient habités, Ils rencontrérent , dans les six premiers milles de chaque côté de la rivière , des maisons peu éloignées les unes des autres ; la vallée avait partout environ douze cents pieds de largeur entre les bases des collines ; on leur montra ensuite une maison qu’on dit être la dernière de celles qu'ils verraient.
« Lorsqu'ils y arrivèrent, le propriétaire leur offrit pour rafraîchissemens des cocos et d’autres fruits qu'ils acceptèrent : après s y être arrêtés peu de temps, ils continuérent leur route assez loin. Il n'est pas facile de compter les distances par un mauvais chemin , mais ils crurent qu'ils avaient encore fait environ six milles; ils passérent sous des voûtes formées par des fragmens de rochers, où on leur dit que couchaient souvent les insulaires lorsqu'ils étaient surpris par la nuit. Ils trouvèrent bientôt après que des roches escarpées bordaient la riviére, Il en sortait une cascade qui formait un lac dont le courant était si rapide, que les Taitiens assurérent qu'il était impossible de le passer. Ils ne paraissaient pas connaitre la vallée au-delà de
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cet endroit; ils ne vont que sur le penchant des rochers et sur les plaines qui sont au sommet, où ils recucillent une grande quantité de fruits du bananier sauvage, qu'ils appellent vaé. Le chemin qui conduisait des bords de la rivière sur ces rochers, était effrayant: les côtés presque perpendiculaires avaient quelquefois cent pieds d’élévation : les ruisseaux qui jllissaient partout des fentes de la surface, le rendaient d'ailleurs extrêmement glissant. Cependant, à travers ces précipices, on avait fait un sentier, au moyen de longs morceaux d'écorces d'hibiscus tiliaceus, qui, joints lun à l'autre, servaient de corde à l’homme qui voulait y grimper : en la serrant fortement, il s'élevait d'une saillie d: rocher à l’autre, où il n'y avait qu'un Taiïtien ou une chèvre qui pût placer le pied. L'une de ces cordes avait près de trente pieds de long ; les guides de M. Banks s’offrirent à l'aider sl voulait la monter, et ils lui firent entendre qu'à peu de distance de là, ils trouveraïent un chemin moins difficile et moins dangereux. M. Banks examina cette partie de la montagne que les Taïtiens appelaient un meilleur chemin ; mais il le trouva si mauvais, qu'il ne jugea pas à propos de s’y hasarder, d'autant plus que rien ne pouvait récompenser les fatigues et les dangers du voyage, qu’un bocage de bananiers sauvages ou de vaé, espèce d’arbre qu'il avait déjà vue souvent.
« Pendant cette excursion , 1l eut une occasion favorable d'examiner s’il y avait des mincs dans les
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DES VOYAGES; 151 rochers qui étaient presque partout à nu; mais il n'en découvrit pas la moindre apparence. Il nous parut évident que ces rochers , ainsi qne ceux de Madére , avaient été brûlés ; et de toutes les pierres qui ont été recucillies à Taïu , il n’y en a pas une seule qui ne porte des marques incontestables de {eu , à l'excepuon peut-être de quelques morceaux d’un caillou dont ils forment des haches; et même parmi ceux-ci nous en trouvâmes qui étaient brûlés jusqu’à être presque réduits en pierre-ponce. On aperçoit aussi les traces du feu dans l'argile qui est sur les collines, et l'on peut supposer avec raison que Taïu et les îles voisines sont les débris d’un continent que quelques naturalistes ont cru nécessaire dans cette portion du globe pour y conserver l'équilibre de ses parties, et qui s'est enfoncé dans la mer par l'explosion d'un feu souterrain. D'autres croient que ces îles ont été détachées des rochers qui , depuis la création du monde, avaient servi de lit à la mer, et élevés par une explosion semblable, à une hauteur que les eaux ne peuvent jamais atteindre. L'une et l’autre de ces suppositions paraissent d'autant plus probables, que la profondeur de l'eau ne diminue noint par degrés , à mesure qu’on approche de la côte, et que les îles sont presque partout environnées de récifs brisés et informes, et dans l’état où serait naturellement la substance solide du globe qui serait fracassée par quelque commotion violente. Il faut remarquer à cette occasion qu'on doit vraisemblablement attribuer la
HISTOIRE CÉNÉRALE
caus? des tremblemens de terre à des eaux qui se précipitent tout à coup sur quelqne grande masse d’un feu souterrain. Ces eaux raréfiées dans un instant et réduites en vapeurs, la mine éclate et lance différens corps vitrifiés, les coquilles et autres productions marines qui deviennent fossiles, et enfin les couches qui couvraient le foyer , tandis que les portions de terre des environs du trou s’éboulent et tombent dans le gouffre. Tous iles phénomènes qu'on observe dans les tremblemens de terre semblent être d'accord avec cette théorie ; la terre, en s’affaissant , laisse souvent dans les endroits qu’elle occupait des lacs et différr ntes substances qui portent d’une manière visible l'empreinte de l’action du feu. Il est vrai que le feu ne peut pas subsister sans air ; mais 1] ne faut pas tirer de là une objection contre notre système, qui suppose qu'il ÿ a du feu au-dessous de cette partie de la terre qui forme le lit de la mer, parce qu'il y a un grand nombre d'ouvertures qui entretiennent une communication avec l'air extérieur, même sur les plus hautes montagnes, et à la plus grande distance des côtes de la mer.
« M. Banks sema, le 4, beaucoup de pepins de melons d’eau, d’oranges, de limons et de graines d’autres plantes et d'arbres qu'il avait rassemblés à Rio-Janéiro. Il prépara pour cela un terrain de chaque côté du fort et dans le bois, et choisit le sol qui parut le plus convenable; et on a licu d'espérer que ses semences réussiront. Il en
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donna une grande quantité aux Indiens ; il avait mis en terre quelques pepins de melons dés les premiers jours de notre arrivée; les naturels lui montrérent ensuite les plantes qui croissaient trésbien , et 1ls lui en demandaient continuellement un plus grand nombre.
« Nous commençcâmes alors à nous disposer à notre départ : nous enverguâmes les voiles, et fîmes les autres préparatifs nécessaires : notre eau était déjà à bord , et nous avions examiné nos provisions. Sur ces entrefaites, nous recümes une autre visite d'Omao et d'Obéréa , accompagnés de leur fils et de leur fille ; les Taïtiens témoignèrent leur respect en se découvrant la partie supérieure du corps , ainsi que nous l'avons dit plus haut. La fille qui, à ce que nous comprîmes , s'appelait Z'oëmata, avait fort envie de voir le fort ; mais son père ne voulut pas le lui permettre. Tiary, fils de Ouahitéa, souverain de Tiérébou, était aussi avec nous lors de cette visite. Nous apprimes le débarquement d'un autre insulaire que nous ne nous attendions pas à voir, et dont nous ne désirions point la compagnie ; c'était l’habile filou qui vola notre quart de cercle. On nous dit qu'il prétendait encore faire quelques tours d'adresse pendant la nuit ; les Taitiens s’offrirent tous avec beaucoup d’empressement à nous en garantir , et ils demandérent à cet eflet la permission de coucher au fort, ce qui produisit un si bon effet, que le voleur, désespérant du succès , abandonna son entreprise.
154 HISTOIRE GÉNÉANALE
« Les charpentiers passérent le 7 à abattre les
portes et les palissades de notre petite forteresse ;
110 elles nous servirent en mer de bois à brûler, Un ile insulaire fut assez adroit pour dérober la penture et le gond de la porte. Nous poursuivimes à Pinstant le voleur , et nos gens, après une course de six milles, s'apercurent qu'il s'était caché parmi des jones , et qu'ils l'avaient dépassé, On visita les jones, le filou s'était échappé ; mais on y trouva une gratte qui avait été volée au vaisseau quelque temps auparavant; et bientôt aprés, Toubourai. Tamaïidé, notre ami, rapporta la penture.
« Nous continnâmes le 8 et le Q à démanteler notre fort ; nos amis les Taïtiens s’y rendirent en foule ; quelques-uns , je pense, fâchés de voir approcher notre départ, et les autres voulant ürer de nous tout ce qu'ils pourraient pendant notre séjour.
« Nous espérions quitter l’île sans faire on reccvoir aucune autre offense ; mais par malheur il en arriva autrement, Deux matelots étrangers étunt sortis du fort avec ma permission, on vola le cou: À teau de lun d'eux. Pour tâcher de le recouvrer, il employa probablement des moyens violens. Les insulkires l'attaquérent et le blessérent dangereusc- | ment d'un coup de pierre. Après avoir fait une an- + tre blessure légère à la tête de son compagnon, ils
s’enfuirent dans les montagnes. Comme j'aurais été fâché de prendre aucune connaissance ultérieure de l'affaire, je vis sans regret que les délinquans « s'étaient échappés; mais je fus bientôt après enve-
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DES VOYAGES. 139 loppé, malgré moi, dans une querelle qu'il n'était pas possible d'éviter.
« Clés nt Webbet Samuel Gibson , deux jeunes soldats de marine , désertérent le fort au milieu de la nuit du 8 au 0, et nous nous en aperçûmes Île matin, Comme j'avais fait publier que chacun devait se rendre à bord le lendemain, parce que le vaisseau mettrait à la voile ce jour-là ou le jour suivaul, je commença à craindre que les absens n’eussent dessein de rester dans l’île, Je voyais qu'il n'étil pas possible de prendre des mesures eflicaces pour les retrouver sans troubler l'harmonie et la bonne intelligence qui régnaient entre les Taitiens et nous, et je résolus d'attendre patiemment leur retour pendant une journée.
« Le 10 au matin, voyant, à mon grand regret, que les deux soldats n'étaient pas de retour, on en demanda des nouvelles aux Taïtiens, qui nous avouërent franchement qu'ils avaient dessein de ne pas retourner à bord, et qu'ils s'étaient réfugiés dans les montagnes, où il était impossible à nos eus de les trouver. Nous les priâmes de nous aider dans nos perquisitions , et après avoir délibéré pendant quelque temps, deux d’entre eux s’offrirent à servir de guides à ceux de nos gens que je jugerais à propos d'envoyer aprés les déserteurs. Nous savions qu'ils étaient sans armes ; je crus que deux hommes seraient suflisans pour les ramener ; je chargeai de cette commission un sous-oflicier et le caporal des soldats de marine, qui partirent
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avec leurs conducteurs. IL était très-important pour nous de recouvrer ces deux déserteurs ÿ je n'avais point de temps à perdre; d’ailleurs les Taïtiens nous donnaient des doutes sur leur retour , en nousdisant qu'ils avaient pris chacun une femme et qu'ils étaient devenus habitans du pays. Je fis signifier à plusieurs des chefs qui étaient au fort avec leurs femmes, et entre antres à Toubouraï- Tamaïdé, Tomio et Obéréa, que nous ne leur permettrions pas de s'en aller tant que les déserteurs ne seraient pas revenus. Cette précaution était d'autant plus nécessaire , que si les Taïtiers avaient caché nos deux hommes pendant quelques jours, J'aurais été forcé de partir sans les ramener. Je fus charmé de voir que cet ordre ne leur mspira ni crainte ni mécontentement ; ils me protestérent que mes gens seraient mis en sûreté et renvoyés le plus tôt possible, Tandis que ceci se passait au fort jenvoyai M. Hicks dans la pinasse pour conduire Toutahah à bord du vaisseau , et ilexécuta sa commission sans que Île chef ni ses sujets en fussent alarmés. Si les insuluires qui servaient de guides étaient fidéles à leur parole, et voulaient faire diligence , j'avais lieu d'espérer qu'ils rameneraient les déserteurs avant le soir. Mes craintes augmenitrent en voyant mon espoir trompé , et à l’approche de la nuit, je pensai qu'il n’était pas sûr de laisser au fort les Taïtiens que je détenais pour otages, eten conséquence , je fis mener au vaisseau Toubouraïi-Tamaïdé , Obéréa et quelques autres
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DES VOYAGES. 157 chefs, Cette démarche répandit une consternation générale ; et lorsqu'on les embarqua dans le canot, plusieurs d'entre e’ : , et su”tout les femmes, parurent fort émues, et témoignérent leurs appréhensions par des larmes. Je les accompagnai moimême à bord, et M. Banks resta au fort avec quelques autres Taitiens de trop pen d'importance pour chercher à m'en assurer autrement.
« Quelques insulaires ramenèrent Webb sur les neuf heures, ct déclarérent qu'ils détiendraient
Gibson , le sous-ofMicier et le caporaï, jusqu’à ce que Toutahah füt mis en hberté. Ils employaient contre moi le moyen que j'avais pris contre eux; mais J'étais allé trop loin pour reculer. Je déséchai surle-champ M. Hicks dans la chaloupe avec un fort détachement de soldats pour enlever les prison-
niers, et je dis à Toutahah qu'il devait envoyer avec eux quelques-uns de ses Taïtiens leur ordonner d'aider M. Hicks dans son entreprise, et enfin demander en son nom le relâchement des gens de mon équipage, qu’autrement sa personne en répondrait. 11 conser*‘t à tout volontiers : M. Hicks reprit mes hon: :s sans la moindre opposition , et sur les sept h° es du matin du 11 , il les ramena au vaisseau, Il ne put pourtant pas recouvrer les armes qu'on avait prises au sous-oflicier et au Caporal ; mais une demi-heure aprés on les rapporta au vaisseau , et je mis alors les chefs en hberté.
« Lorsque je questionnai le sous-oflicier sur ce qui était arrivé à terre , 1l me répondit que les
158 HISTOIRE GÉNÉRALE insulaires qui l'accontpagnaient, ainsi que ceux qu'il rencontra dans son chemin, n'avaient pas voulu lui rien apprendre des déserteurs ; qu'au contraire ils l'avaient troublé dans ses recherches; qu’en s'en revenant au vaissean pour y prendre des ordres ultérieurs , ils avaient été saisis tout à coup par des hommes armés, qui, apprenant la détention de Toutahah , s'étaient cachés dans un bois pour exécuter ce projet ; qu'enfin ils avaient été attaqué dans un moment défavorable ; que les Taïtiens leur avaient arraché les armes des mains, en déclarant qu'ils seraient détenus en prison jusqu’à ce que leur chef füt mis en liberté, Il ajouta pourtant que le sentiment des insuluires n'avait pas été unanime sur cette violence; que quelques-uns voulaient qu'on les relâchät, et d’autres qu'on les retint ; que la dispute s'étant échauflée , ils en étaient venus des paroles aux coups, et qu'enfin le parti qui opinait pour la détention avait prévalu ; il dit encore que Webb et Gibson furent bientôt après ramenés par un détachement des insulaires , et qu'on les constitua prisonniers pour servir de nouveaux otages à la personne de leur chef; qu'après quelque débat, ils se décidérent à renvoyer Webb pour m'informer de leur résolution , n'assurer que ses compagnons étaient sains et saufs , et m'indiquer un endroit où je pourrais faire parvenir ma réponse. On voit par là que , quelque fâcheuse que füt pour nous la détention des chefs, je n'aurais jamais recouvré mes gens sans celte précaution. Quand les chefs ren-
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voyés du vaisseau débarquérent à terre, on rendit la liberté aux prisonniers du fort, et après s'être arrêtés environ une heure avec M. Banks, ils s'en allérent tous. A cette occasion , ainsi qu'ils avaient déjà fait dans une autre semblable, ils nous donnérent des marques de leur joie par une libéralité que nous ne méritions guère ; ils nous pressérent beaucoup d’accepter quatre cochons : nous refusimes absolument de les recevoir en présent ; et comme ils persistèrent également à ne pas recevoir quelque chose en échange, nous laissâmes leurs vochons. En interrogeant les déserteurs nous trouvâmes que le rapport des insulaires était vrai; ils étaient devenus fort amoureux de deux filles, et ils avaient formé le projet de se cacher jusqu'à ce ue le vaisseau eût mis à la voile , et de fixer leur
résidence à Tai. Comme nous avions transporté de terre tout ce qui était au fort, chacun passa Îa nuit à bord du vaisseau.
« Topia, dont on a parlé si souvent dans cette partie de notre voyage , était au nombre des Taitiens qui vivaient presque toujours avec nons. Nous avons déjà observé qu'il avait été premier ministre d'Obéréa, lorsqu'elle jouissait de Pautorité souveraine; il était d’ailleurs le principal tahoua on prêtre de l’île; et, par conséquent, il était bien instruit des principes et des cérémonies de la religion de son île. Il avait aussi beaucoup d'expérience et de lumière sur la navigation , et il connaissait particulièrement le nombre et la situa-
140 HISTOIRE GÉNÉRALE tion des îles voisines. Topia nous avait témoigné plusieurs fois le désir de s’embarquer avec nous; il nous avait quittés le 11 avec ses autres compatriotes; mais le lendemain il revint à bord , accompagné d’un jeune homme d'environ treize ans qui lui servait de domestique , et il nous pressa de lui permettre de faire voyage sur notre vaisseau. Plusieurs raisons nous engageaient à y consentir : en apprenant son langage et en lui enseignant le nôtre, nous pouvions acquérir par là beaucoup plus de connaissances sur les coutumes , le gouvernement et la religion de ces peuples que nous n’en avions puisé pendant le court séjour que nous fimes parmi eux , et je le reçus volontiers à bord de notre bâtiment. Comme nous ne pümes pas mettre à la voile le 12, parce que nous fûmes obligés de faire de nouveaux jas pour notre petite et notre seconde ancre d’affourche , qui avaient été entiérement rongés par les vers, Topia dit qu'il voulait encore aller à terre une fois, et qu’il ferait un signal pour qu'on l'y envoyât chercher le soir par un canot; il y alla etemporta un portrait en miniature de M. Banks, qu'il avait envie de montrer à ses amis, et plusieurs bagatelles pour leur donner en faisant ses adieux.
« Aprés dîner , M. Banks désirant se procurer un dessin du moraï, appartenant à Toutahah à Eparré, je l'y accompagnai , ainsi que le docteur Solander, dans la pinasse. Dès que nous eûmes débarqué, plusieurs de nos amis vinrent à notre rencontre ; d’autres cependant s’absentérent par ressentiment de ce
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DÉS VOYAGES. 141 qui était arrivé la veille. Nous marchâmes sur-lechamp vers la maison de Toutahah , où nous rencontrâmes Obéréa et des Taïtiens qui ne nous étaient pas venus recevoir à la descente à terre. Nous eûmes bientôt fait une entière réconciliation, et lorsque nous leur dîmes que nous mettrions sûrement à la voile l'après - midi du jour suivant , ils nous promirent que dés le grand matin ils viendraient nous rendre visite pour nous faire leurs derniers adieux. Nous trouvâmes aussi Topia à Eparré; nous le ramenâmes avec nous au vaisseau , et il passa la nuit à bord pour la première fois.
« Le lendemain , 13 juillet, le vaisseau fut rem pli des Taïtiens, nos amis, dés la pointe du jour, et il fut environné d’un grand nombre de pirogues qui portaient d'autres insulaires d’une classe inférienre. Nous levâmes l'ancre entre onze heures et midi; et dés que le vaisseau fut sous voiles, les Taïtiens prirent congé de nous, et versérent des larmes, pénétrés d’une tristesse modeste et silencieuse, qui avait quelque chose de tendre et de très-intéressant. Les insulaires qui étaient dans les pirogues semblaient au contraire se disputer à qui pousserait les plus grands cris; mais il y entrait plus d'affectation que de véritable douleur. Topia soutint cette scène avec une fermeté et une tranquillité vraiment admirables : il est vrai qu’il pleura; mais les efforts qu'il fit pour cacher ses larmes , faisaient encore plus d'honneur à son ca-
2e jee
ractère. Il envoya par Othéothéa une chemise pour dernier présent à Potomaï, maîtresse favorite de Toutahah ; il alla ensuite sur la grande hune avec M. Banks, et il fit des signes aux pirogues tant qu'il continua à les voir.
« C’est ainsi que nous quittâmes l’île de Taïti et ses habitans, aprés un séjour de trois mois. Nous vécümes pendant la plus grande partie de ce temps dans l'amitié la plus cordiale, et nous nous rendîmes réciproquement toute sorte de bons oflices : les pets différends qui survinrent par intervalles ne firent pas plus de peine aux Taïtiens qu’à nous-mêmes; ces disputes étaient toujours une suite de la situation et des circonstances où nous nous trouvions , des faiblesses de la nature humaine , de l'impossibilité de nous entendre mutuellement, et enfin du penchant des Taïitiens au vol, que nous ne pouvions ni tolérer ni prévenir. Excepté dans un seul cas, ces brouilleries n’entraînérent point de conséquences fatales, et c’est à cet accident que sont dues les mesures que j'employai pour en prévenir d’autres pareilles qui pouvaient arriver par la suite. L'impression produite sur les Taïtiens par la mort de ceux qui avaient péri dans leurs démêlés avec le Dauphin, m'avait fait espérer que je pourrais séjourner dans l'ile sans y répandre du sang. C’est à quoi ont tendu toutes mes démarches pendant le temps que j'y ai demeuré , et je désire sincérement que les navigateurs qui aborderont à l'avenir à Taiti, soient encore plus heureux. Notre trafic s’y fit avec autant
d'or l'Eu habi poui seme den irop fort où le quer caille poin quel prés nous sant ( Quoi valeu gens véren procu «1 sont | fiche et les chanc insula blanc a che 20 sh
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Taiu et . Nous > Lemps ndîmes les pele firent nes; ces Luation ns, des ssibilité
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d'ordre que dans les marchés les micux réglés de l'Europe. Tous les échanges furent conduits avec habileté, surtout par M. Banks, qui était infatigable pour nous procurer des provisions et des rafraîchissemens lorsqu'on pouvait en avoir ; mais sur la fin de notre séjour , les denrées devinrent rares, par la trop grande consommation que nous en faisions au fort et au vaisseau , et par l'approche de la saison où les cncos et les fruits à pain commencent à manquer. Nous achetions tous ces fruits pour des quincailleries et des clons ; d’abord nous ne cédions point de clous qu’on ne nous donnât en échange quelque chose qui valût quarante pence (à peu prés quatre francs de France ); mais bientôt après nous ne pouvions pas acheter un petit cochon pesant dix ou douze livres pour moins d'une hache. Quoique ces peuples missent une très - grande valeur aux clous de fiche, comme plusieurs des gens de l'équipage en avaient , les femmes trouvérent une manière beaucoup plus aisée de s’en procurer qu’en nous apportant des provisions.
« Les meilleurs objets pour le trafic de Tail, sont les grandes et les petites haches, les clous de fiche , les grands clous, les lunettes, les couteaux et les verroteries ; avec quelques-unes de ces marchandises on peut acheter tout ce que possèdent ces insulaires. Ils aiment beaucoup les belles toiles blanches et imprimées ; mais une hache d’un écu a chez eux plus de valeur qu'une pièce d'étoffe de
20 shillings ( 24 francs ).
« L’île est environnée par un récif de rochers de corail en dedans duquel on trouve plusieurs baies et des ports excellens ; celle de Matavai, où nous étions mouillés , est assez spacieuse , et l’eau y est assez profonde pour contenir un grand nombre des plus gros vaisseaux. La côte est bordée par une belle plage sablonneuse ; par-derrière coule une rivière d’eau douce; toute une flotte pourrait y faire de l’eau sans que les vaisseaux s'incommodassent les uns les autres. Il n’y a dans toute l’île d'autre bois à brûler que celui des arbres fruitiers; il faut l'acheter des naturels du pays, ou bien se brouiller avec eux. On rencontre à l’ouest de cette baie quelques havres dont il n’est pas nécessaire de donner une description.
« Excepté la partie qui borde la mer , la surface du pays est très-inégale; elle s'élève en hauteurs qui traversent le milieu de l’île, et y forment des montagnes qu'on peut voir à soixante milles de distance. Entre le pied de ces montagnes et la mer, règne une bordure de terre basse qui environne presque toute l’île, les hauteurs aboutissent directement sur les bords de l’océan en bien peu d’endroits. La largeur de cette bordure varie; mais elle n’a nulle part plus d’un mille et demi. A l'exception du sommet des montagnes , le sol est partout extrémement gras et fertile, arrosé par un grand nombre de ruisseaux d’une eau excellente, et couvert d'arbres fruitiers de diverses espèces, dont le feuillage est si touffu , qu'il forme un bois continu;
quoi rile pend [( qui € mer, bite: fornx pied pieds nces arbre de leu Topia n ans, popul « L Cocos , res qu fruit a, agréab ignam fruit q des ca
racine gent q comme
saveur l'ouarr
ers de ; baies 1 nous u y est ombre ar une le une y faire dassent d'autre il faut brouilte baie aire de
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DES VOYAGES. 149 quoique la cime des montagnes soit en général stérile et brülée par le soleil, la terre y donne cependant des productions en plusieurs endroits.
« Quelques-unes des vallées et à terre, basse, qui est située entre le pied des montagnes et la mer, Sont les seules parties de l'ile qui soient habitées, elles sont tres-peuplées. Les maisons n’y forment pas des villages; elles sont rangées au
pied des montagnes , à peu près à cent cinquante
pieds de distance les unes des autres, et environnées de petites plantations de müriers à papier, arbre qui fournit aux Taïtiens la matière premiére de leurs étoffes. Toute l’île, suivant le rapport de Topia, qui sûrement la connaissait trés-bien, peut
unir six mille sept cent quatre-vingts combat ans, d’où il est facile de calculer quelle était la population générale. |
« L'ile de Taïu produit des fruits à pain, des cocos , des bananes de treize sortes , et les meilleures que nous ayons jamais mangées; le corossol, fruit assez ressemblant à la pomme, et qui est trèsagréable lorsqu'il est mûr ; des patates douces, des ignames , du caca0 ; une espèce d’arum ; le djambei, fruit que les insulaires regardent comnue délicieux ; des cannes à sucre, qui se mangent crues ; le pié, racine d'une espèce d'ortie ; l’éti, dont ils ne mangent que la racine; l’aky, frait qui croît en gousse comme la féve, et qui, lorsqu'il est rôti, a une saveur trés-ressemblante à celle de Ja châtaigne;
l'ouarra ( pandanus ), arbre dont le fruit approche XIX. 10
LA
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PA La La 146 HISTOIRE GÉNÉRAL
de l'ananas; un arbrisseau appelé nono ; le morindu, qui produit aussi un fruit ; une espèce de fougére, dont on mange la racine, et quelquefois les feuilles; le thévé, dont on mange aussi la racine. Au reste, il n'y a que la classe inférieure des Taitiens qui se nourrisse des fruits du nono, de la fougére et du thévé ; à moins que ce ne soit dans un temps de disette, ils ne servent pas d’alimens aux autres insulaires. Tous ces fruits, qui composent la nourriture des Taïtiens, sont des productions spontanées de la nature ; ou bien leur culture se réduit à si peu de chose, que ce peuple semble exempt de l'anathème général, qui porte que l’homme mangera son pain à la sueur de son front. On trouve aussi dans l’île le mürier dont les Chinois font le papier, et que les Taïtiens appellent aouta ; un arbre ressemblant au figuier sauvage des îles d’Amcrique; le matté, autre espèce de fignier; l'étou (sebestier), une espèce de souchet ; le mou, espèce de tournefortia ; le taheinou; V'eurhi, espèce de liseron; l'éboua ( solanum centifolium ); le tammané( calophyllum monophylum); le poerou ( hibiscus tiliaceus ); l'eroua , orte en arbre, et plusieurs autres plantes, dont on ne peut pas faire ici une mention particulière.
« Les Taitiens n’ont aucune espèce de fruits, plantes potagères, légumes ou graines d'Europe.
« Les cochons, les chiens et Ja volaille sont les seuls animaux apprivoisés de l’île; les canards, les pigeons, les perroquets, un petii nombre d'autres
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oiseaux , et les rats, sont les seuls animaux sauvages; on n'y trouve pas de serpens. La mer fournit à ces insulaires une grande quantité d’excellent poisson de toute sorte ; 1l est de tous leurs alimens celui qu'ils aiment le mieux : la pêche fait leur principale occupation.
« Les Taïtiens sont d’une taille et d’une stature supérieure à celle des Européens. Les hommes sont grands, forts, robustes, bien faits. Le plus grand que nous ayons vu avait six pieds trois pouces et demi; il était habitant d’une île voisine appelée Æouaheiné. Les femmes d’un rang distingué sont en général au dessus de notre taille moyenne; mais celles d’une classe inférieure sont au-dessous, et quelques-unes même sont trés-petites : cette diminution dans la stature provient vraisemblablement de leur commerce trop prématuré avec les hommes ; de toutes les circonstances qui peuvent affecter la taille, c’est la seule dans laquelle elles différent des femmes d’un rang supérieur.
« Leur teint est de ce brun clair ou olive, que plusieurs Européens préfèrent au plus beau teint blanc et rosé. Il est trés-foncé chez les insulaires qui sont exposés à l'air et au soleil; mais dans ceux qui vivent à l'abri, et surtout chez les femmes d’une classe supérieure , il conserve sa nuance naturelle ; leur peau délicate est douce et unie, leurs joues n’of. frent pas les teintes que nous appelons du nom de couleurs. La forme de leur visage est agréable ; les Taïtiens n’ont pas les os des joues élevés, les yeux
creux, ni le front proéminent. Le se trait qui ne réponde pas aux idées que nous avons de la beauté, est le nez, qui, en général, est un peu aplau. Leurs yeux, et surtout ceux des femmes, sont pleins d'expression, quelquefois étincelans de feu, ou remplis d’une douce sensibilité, Leurs dents sont aussi, presque sans exceplion, trés-égales et très-blanches, et leur haleine est très-douce,
« Les cheveux sont ordinairement noirs et un peu rudes; les hommes portent la barbe de différentes manières; cependant ils en arrachent toujours une grande partie, et ils ont grand soin de tenir le reste très-net et trés-propre. Les deux sexes ont aussi la coutume d’épiler tous les poils qui croissent sous les aisselles ; ils nous accusaient de malpropreté pour ne pas faire de même. Ils unissent dans leurs mouvemens la vigueur à l’aisance ; leur. démarche est agréable, leurs manières sont gracieuses, leur conduite entre eux et envers les étrangers est affable et civile. 11 semble qu'ils sont d’un caractère brave, sincère, étranger aux soupcons et à la perfidie, à la vengeance et à la cruauté, Nous eûmes en eux la même confiance qu'on a en ses meilleurs amis ; plusieurs de nous, et en particulier M. Banks, passérent souvent la nuit dans leurs maisons au milieu des bois sans être accompagnés de personne, et par conséquent entiérement à leur discrétion. Il faut pourtant convenir qu'ils sont tous voleurs ; mais à cela prés, 1ls
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autre penple de la terre. Pendant notre séjour à Taïti, nous vimes cinq ou six personnes semblables à celles que rencontrèrent MM. Banks et Solander, le 24 avril, dans leur promenade à l'est de l'ile. Leur peau était d'un blanc mat, pareille au nez d'un cheval blanc; ils avaient aussi les cheveux , la barbe, les sourcils et les cils blancs, les yeux rouges et faibles, la vue courte, la peau crasseusc et revêtue d’une espèce de duvet blanc. Nous trouvâmes qu'il n’y avait pas deux de ces hommes qui apparunssent à la même famille, et nous en conclûmes qu’ils ne formaient pas une race, mais que c'étaient des malheureux défigurés par une maladie. |
«@ Dans la plupart des pays où les habitans ont des cheveux longs, les hommes ont coutume de les couper courts, et les femmes de tirer vanité de leur longueur. Le contraire a lieu à Taïti ; les femmes les portent toujours coupés autour des oreilles; et les hommes, si l’on en excepte les pêcheurs qui sont presque continuellement dans l'eau, les laissent flouter en grandes boucles sur leurs épaules, ou les relévent en touffe sur le sommet de la tête,
« Ils ont aussi coutume de s'oindre la tête avec ce qu'ils appellent du monoe, qui est une huile exprimée du coco, dans laquelle ils laissent infuser des herbes et des fleurs odoriférantes; mais l'huile étant ordinairement rance, l'odeur est d'abord très - désagréable pour un Européen.
PIS RER RE Eee
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Comme ils vivent dans un climat chaud, et ne connaissent pas l'usage des peignes, ils ne peuvent pas tenir leurs têtes exemptes de vermine; les enfans et la populace la mangent quelquefois. Cet usage dégoûtant forme une exception singulière dans leurs mœurs. Leur délicatesse et leur propreté à d’autres égards, sont presque sans exemple ; et ceux à qui nous donnâmes des peignes, se débarrassérent bientôt de leurs poux, avec un empressement qui nous fit voir qu'ils n'avaient pas moins d’aversion que nous pour cette vermine.
« Ils impriment sur leurs corps des marques suivant l’usage de plusieurs autres peuples, ce qu'ils appellent tatouer. Ils piquent la peau aussi profondément qu'il leur est possible, sans en urer du sang, avec un petit instrument qui a la forme d’une houe. La partie qui répond à la lame est composée d’un os ou d’une coquille, qu’on a raussé pour l’amincir, et qui est d’un quart de pouce à un pouce et demi de largeur. Le tranchant est partagé en dents ou pointes aiguës, qui sont depuis le nombre de trois jusqu’à vingt, suivant Ja grandeur de linstrument. Lorsqu'ils veulent s’en servir, ils plongent la dent dans une espèce de poudre faite avec le noir de fumée qui provient de l'huile de noix qu'ils brälent au lieu de chandelles, et qui est délayée avec de l’eau. On place sur la peau la dent ainsi préparée, et en frappant à petits coups avec un bâton, sur le manche qui porte la lame, ils percent la peau, et impriment dans le trou un
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DES VOYAGES. 191 noir qui y laisse une tache ineffacable : l'opération est douloureuse ; il s'écoule quelqnes jours avant que les blessnres soient guéries. On la fait aux jeunes gens des deux sexes, lorsqu'ils ont douze à quatorze ans; on leur peint sur plusieurs parties du corps différentes figures, suivant le caprice des parens, on peut-être suivant le rang qu'ils occupent dans l’île. Les hommes et les femmes portent ordinairement une de ces marques, de la forme d'un Z, sw chaque jointure de leurs doigts du pied et de la main, et souvent autonr du pied. Ils ont d’ailleurs tous des carrés, des cercles, des demi-lunes et des figures grossières d'hommes, d'oiseaux, de chiens, ou d’autres de différens dessins, tracées sur les bras et les jambes. On nous a dit que quelques-unes de ces marques avaient une signification, quoique nous n'ayons jamais pu en apprendre le sens. Les fesses sont la parue du corps où ces ornemens sont répandus avec le plus de profusion; les deux sexes les ont convertes d’un noir foncé, au-dessus duquel ils tracent différens arcs les uns sur les autres jusqu'aux fausses côtes. .Ces arcs ont souvent un quart de pouce de large, et des lignes dentelées et non pas droites, en forment la circonférence. Ces figures sur les fesses leur donnent de la vanité; et les hommes et les femmes les montrent avec un mélange d'ostentauon et de plaisir. Il nous est impossible de décider sils les font voir comme un ornement, ou comme une preuve de leur intrépidité et de leur courage
Sens … = + ET -