‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 3)Chapitre 10 sur 27 · RS CS EURE TE · texte numérisé non relu

RS CS EURE TE

74 HISTOIRE GÉNÉRALE tinguai un chef, appelé Kahoura , qui, :vivant ce qu'on m'apprit, avait dirigé la troupe qui assomma le détachement du capitaine Furneaux , et avait luimême tué M. Rowe, l'officier commandant. D'après ce que me dirent de lui la plupart de ses compatriotes, il était plus redouté que chéri : on ne se contenta pas de me répéter qu'il était un méchant homme ; quelques insulaires m’engagèrent à diverses reprises à lui donner la mort, et ils parurent bien surpris de ce que je ne me rendais pas à leurs instances ; car, selon leurs principes de morale , il était juste de le tuer. Mais j'aurais pu exterminer la race entière, si j'avais suivi les conseils de cette espèce que je reçus : les habitans de tous les villages ou hameaux me priérent chacun à leur tour de détruire leurs voisins. 1l n’est pas aisé de concevoir les motifs d’une animosité si terrible ; elle prouve d’une manière frappante jusqu'a quel point ces malheureuses peuplades sont divisées entre elles : je suis très - sûr que je ne me mépris pas sur l'intention des naturels qui m'adressérent des prières si étranges ; car O-maï, dont la langue naturelle est un dialecte de celle de la Nouvelle-Zélande , et qui entendait parfaitement bien tout ce qu'on me dit, me servait d'interprète.

« Le 15, j'allai dans mon canot examiner les cantons qui offraient la meilleure herbe; je vou- Jais voir ensuite l'hippa ou le village fortifié, situé à la pointe sud - ouest de Motouara, et les lieux

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DES VOYAGES. 75 que nous avions convertis autrefois en jardins. Je trouvai l'hippa désert, mais les maisons et les palissades avaient été réparées : elles me parurent en bon état ; d’autres indices m’annonçaient qu'il avait été habité peu de temps auparavant. Il est inutile de décrire ici cette espèce de forteresse; j'en ai assez parlé dans la Relation de mon premier Voyage , à laquelle je renvoie mes lecteurs.

« Lorsque ? Æventure relâcha pour la premiére fois, en 1773 , dans le port de la Reine Charlotte, M. Bayley établit son observatoire à cet endroit, et l'on y sema plusieurs de nos herbes potagères. Je n'en trouvai pas le moindre vestige : il est vraisemblable que les naturels détruisirent ces plantations, afin d'y construire des huttes quand le village fut rebâti ; car les autres jardins semés par le capitaine Furncaux produisaient des choux, des ognons, des poireaux , du pourpier , des radis , de la moutarde, et quelques pommes de terre, quoiqu'ils fussent enticrement couverts des herbes sauvages du pays. Les pommes de terre venaient du cap de Bonne - Espérance ; le changement de sol les avait beaucoup améliorées, et si les Zélandais les soignaient un peu, elles seraicnt supérieures à celles qu'on recueille dans la plupart des autres pays. Les Zélandais les aiment beaucoup , et cependant il me fut démontré qu'ils n’ont pas pris la peine d'en planter une seule, et que, sans la difficulté de nettoyer le terrain où nous les avions mises jadis, il n'en resterait aucune aujourd'hui, J'ajouterai qu'ils

ont également négligé la culture des autres plantes que nous avions laissées chez eux.

« Le 16, à la pointe du jour, je m'embarquai avec un détachement ui allait cueillir de l'herbe pour notre bétail : j'emmenai cinq canots ; le capitaine Clerke, plusieurs des officiers , O-maï et deux des naturels m'accompagnérent. Nous remontâmes le port l’espace d’environ trois lieues, et nous débarquâmes ensuite sur la côte orientale , à un endroit où j'avais été durant mon second voyage; nous y trouvâmes de l’herbe en abondance, et on en chargea deux bateaux.

« En redescendant, nous voulümes voir l'anse où les gens du capitaine Furneaux avaient été massacrés. J'y rencontrai mon vieil ami Pédro , qui ne m'avait presque pas quitté lors de ma derniére relâche dans ce port; lui ct un autre de ses compatriotes se présentérent sur la grève, armés de Icurs patous et de leurs piques, et ils nous recurent avec un air de cérémonie. J'ignore si cette réception leur fut diciée par la politesse ou par la crainte : je crus qu'elle annonçait de la frayeur; s'ils en éprouvaient réellement, les présens qu'ils reçurent de moi la dissipérent bientôt : mes largesses : ngagèrent deux ou trois individus de cette tribu à s'approcher de nous ; la plupart des autres se tinrent si éloignés, que nous ne püunes distinguer leur figure.

« Tandis que nous étions à cet endroit, nous eümes la curiosité d'apprendre des détails sur la

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mort tragique de nos dix compatriotes , et O-maï nous servit d'interprète. Pédro et les autres naturels auxquels nous nous adressämes répondirent à toutes nos queslions sans montrer aucune réserve, et comme des hommes qui ne craignent pas d'être punis d’un crime dont ils sont innocens. Nous savions déjà qu'aucun d'eux n'avait eu part au massacre : ils nous dirent que nos gens dinaient environnés de plusieurs des naturels ; que quelques-uns de ceux-ci dérobérent ou enlevèrent du pain et du poisson; que notre détachement irrité frappa les voleurs; que la querelle s’échaufla, et que deux Zélandais furent tués par l'explosion de deux fusils ; qu'avant que nos gens pussent en tirer un troisième, ou recharger ceux qui venaient de faire feu, les Zélandais se précipitérent sur notre petite troupe ; qu'ils l’accahlèrent par leur nombre, et assommérent tous ceux qui la composaient, Pédro et ses compagnons , aprés avoir raconté l’histoire du massacre , nous montrèrent le lieu de la scène ; c’ust au coin de l'anse à main droite. Pour nous indiquer l'heure où elle se passa, ils nous firent voir l'endroit où se trouvait le soleil; ce dut être assez tard dans l’après-dîné. Ils nous montrèrent aussi le lien où mouillait le canot ; il paraît qu'il était à environ six cents pieds de celui où dinait l'équipage : un nègre du capitaine Furneaux le gardait.

« D'autres nous dirent que ce nègre fut la cause de la querelle, et qu’elle arriva de la manière sur. vante : Un insulaire ayant volé quelqne chose

L ! dans le canot, le nègre lui donnaun vigoureux coup : me

| de bâton : le Zélandais poussa des cris qui furent sou Hi: entendus de ses compatriotes : ceux-ci, imaginant uon

l qu'il était tué, fondirent à l'instant sur les étran- don

1 gers, qui, n'ayant pu gagner la mer, ni s’armer pro)

| ‘| assez tôt pour échapper au danger qui les menacçait, mie périrent de la main de leurs sauvages ennemis. victi

« La première de ces versions fut attestée par le de } plus grand nombre des naturels, ac lesquels nous moi

1 conversämes à diverses reprises, et qui, je crois, rilé | n'avaient aucun intérét de nous tromper. La se Cons : conde est celle de l’un des Zélandais qui abandon- trou nérent leur pays pour s'embarquer avec nous, et vale! qui par conséquent n'avaient point de mouf de ce qt

nous taire la vérité. Ils avouérent tous que le mas- l'ava

sacre eut lieu au moment où l'équipage du canot tribu Mie était assis sur l'herbe et dînait; et il est très-pro- Valer Li bable que les deux récits sont exacts, car ils sont | «el ‘ parfaitement d'accord. Il est aisé de concevoirque, | €t a] Hi tandis que quelques-uns des naturels voiaient le chléa il LÀ nègre chargé de la garde du canot, d’autres insu- remb ji de laires envahissaient de ler côté la propriété de |: Mmetu ceux de nos gens qui se trouvaient à terre. mais | « Quoi qu'il en soit, les Zélandais convinrent Vent: | unanimement que des vols commis par leurs com- Ouest | patriotes produisirent la querelle ; ils convinrent conti | aussi que le massacre ne fut pas prémédité , et que, de pe Hi si l'équipage eût été moins prompt à punir le vo- |: ques: |: leur, il n’y aurait point eu de sang répandu. Les |: Maur | ennemis les plus ardens de Kahoura, ceux qui : °POq

ireux Coup qui furent imaginant les étranni s'armer menaçait, anemis.

stée par le quels nous y je crois, er. La se- 1 abandonc nous, et e motif de que le mase du canot t trés-proar ils sont evoir que ; volaient le utres insuopriété de re.

convinrent leurs comconvinrent té,etque; anir le voandu. Les ceux qui

DES VOYAGES. 70 m'excitaient avec le plus de zéle à l’assassiner , avouérent en même temps qu’il n'avait pas intention d'élever une dispute, bien moins encore de donner la mort à personne, et qu'il ne forma ce projet qu'après avoir vu nos gens porter les premiers coups. Il paraît aussi que ces malheureux, victimes de la férocité zélandaise, furent bien loin de prévoir ce qui leur arriva ; s'ils avaient eu la moindre inquiétude, 1ls n'auraient pas eu la témérité de s'asseoir, pour dîner, à une distance si considérable de leur canot, et au milieu d’une troupe de guerriers qui, le moment d'après, devaient être leurs bourreaux. Je n'ai jamais pu savoir ce qu'était devenu le canot ; les uns me dirent qu’on l'avait mis en pièces et brülé; d’autres, qu'une tribu étrangère l'avait emmené, mais qu'ils ne pouvaient di ir en quel endroit. Ft

« Nous demeurämes dans cette anse jusqu’au soir, et après avoir chargé de foin, de céleri, de cochléaria , etc. , le reste de nos canots, nous nous rembarquämes. Nous avions. déterminé Pédro à mettre sa pirogue à l’eau et à nous accompagner ; mais à peine eûmes-nous quitté le rivage, que le vent souffla avec beaucoup d'impétuosité :lu nordouest ; ce qui l'obligea de regagner la terre : nous continuâmes notre route , et ce fut avec beaucoup de peine que nous atteignimes les vaisseaux. Quelques-uns des canots n’arrivérent qu'à une heure du matin : heureusement qu'ils furent revenus à cette époque ; car nous essuyâmes bientôt une véritable

80 HISTOIRE CÉNÉRALE

tempête entreraélée d’une forte pluie ; de sorte que nos travaux se trouvérent suspendus-durant la journée du 17. L'’ouragan cessa le soir , et le vent qui passa à l’est amena le beau temps.

« Nous rep: imes nos travaux le lendemain; les naturels conduisirént leurs pirogues au large, et se mirent à pêcher. Pédro vint s'établir près de nous avec toute sa famille. Matahoua est le véritable nom de ce chef; celui de Pédro lui avait été donné par quelques-uns de nos gens durant mon second voyage, et je l’avais ignoré jusqu'alors. Il était connu de ses compatriotes sous l’une et l’autre de ces dénominauons.

« Nous essuyänes le 20, dans la matinée, un second coup de vent du nord-ouest : il ne fut pas aussi long que le premier ; mais les rafales qui venaient des montagnes étant beaucoup plus fortes, nous fümes obligés d'amener les vergues et les mäts de hune ; et malgré cette précaution, nous eûmes bien de la peine à affronter la tempête. Ces bourrasques sont ici trés-communes, et quelquefois très-violentes et très-mcommodes. Les montagnes voisines , toujours surchargées de vapeurs dans ces momens-là, augmentent limpétuosité du vent et changent sa direction de telle manière , que deux rafales ne viennent jamais de suite du même point du compas, et que, plus on est prés de la côte, plus on en ressent les effets.

« Le 2r, nous recûmes la visite d’une tribu ou famille , composée d’environ trente personnes qui

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| venaient du haut du port. Je ne les avais jamais | vues. Le chef s'appelart Tomatonghinouranoc : il

était âgé d'environ quarante - cinq ans; sa physionomie annonCait la franchise et la gaité. En gé néral, les hommes . les femmes et les enfans avaient de beaux traits; je n'avais pas rencontré une aussi belle famille à la Nouvelle-Zélande.

« À cette époque, plus des deux tiers des habitans de la baie s'étaient établis autour de nous. Une foule d'entre eux se rendait chaque jour aux vaisseaux ou dans notre camp. Ils venaient surtout aux tentes , lorsque les matelots fondaient la graisse

des phoques. Ils semblaient aimer l'huile plus passionnément encore que les Groënlandais; ils mettaient du prix même à l’écume qu'on ôtait de Ja chaudiere , et à la he déposée au fond des tonneaux. Quelques gouttes d'huile puante étaient pour eux une friandise agréable ; ils la demandaient avec une

ardeur si grande, que je jugeai qu’ils n’en boivent marde S y QUE JE JUSEAI QUI J01VEN!

pas souvent.

« Le 23, nous avions embarqué la quantité d’her-

| bages et de foin que nous jugions nécessaire à notre

bétail, jusqu'à notre arrivée à Taïti, et complété la provision d’eau et de bois : on abatut les tentes, et on reporta à bord tout ce qui avait été débarqué. Le lendemain nous sortimes de l’anse. Le vent m'était pas bon , et je m'aperçus que le jusant | dinirait avant que nous eussions débouqué du port; nous mouillâmes donc de nouveau un peu en dehors de lile de Motouara, afin d'attendre une

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