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occasion plus favorable d'entrer dans le détroit, « Tandis que nous démarrions pour remettre à la voile, Tomatonghinouranoc, Matahouah, et beaucoup d'autres Zélandais, vinrent nous dire adieu, où plutôt chercher à obtenir de nous de nouveaux présens. Ces deux chefs me demandérent des chèvres et des cochons. Je donnai à Matahouah deux chèvres, un mâle et une femelle, avec leur chevreau ; et à Tomatonghinouranoc un verral el une truie. Ils me promirent de ne pas les tuer ; mais j'avoue que je ne comptait pas beaucoup sur leur parole. J'appris à cette occasion que les animaux envoyés à terre par le capitaine Furneaux étaient tombés bientôt apres entre les mains des
naturels, et qu'il n’en restait ancun ; mais je ne pus |
rien savoir sur ceux que j'avais laissés, à mon second voyage, dans la baie de l’ouest et dans l'anse des Cannibales. Tous les insulaires à qui je parlai convinrent cependant que les bois situés derrière l'anse du vaisseau renfermaient des volailles qui y vivaent dans l'état sauvage; et les deux jeunes] Zélandus qu s'embarquérent sur mon bord n'in: formérent ensuite que Tiratou, chef du pays, très: | aimé de ses compatriotes , avait beaucoup de coqs et de poules, et une des truies.
« Quand j'arrivai à la Nouvelle-Zélande , j'avais résoin d'y laisser non-seulement des chévres et des mais des moutons, et un jeune taureau
cochons,
avec deux gémsses, si je trouvais un chef assez
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DES VOYAGES. 05 endroit solitaire qui me donnût lieu de croire que les naturels ne les découvriraient pas. Mais je ne rencontrai ni l’un ni l’autre ; Tringobohi, que je vis dans mon second voyage , et qui à cette époque me parut un personnage de si grande importance, ne vivait plus. Il avait été tué cinq mois auparavant avec soixante et dix personnes de sa tribu, et rien n'indiquait autour de nous une tribu assez nombreuse pour avoir une supériorité de forces sur les autres tribus du pays. J'aurais manqué non but en donnant ces animaux à une famille dénuce de la force nécessaire ; car dans un pays comme celui-ci, où la propriété est si incertaine, ils seraient bientôt devenus la proie d’une peuplade viclorieuse; on aurait séparé les mâles des femelles, on bien on les aurait tués; et vraisemblablement ces deux cas seraient arrivés. Les observations faites depuis notre arrivée étaient si décisives sur ce point, que je n’y aurais déposé aucun de nos quadrupèdes, si Matahouah et Tomatonghinouranoc ne m'avaient demandé des chèvres et des cochons. J'en avais assez pour l’usage que j'en voulais fure ; el quoique je n’ignorasse pas que, selon toute apparence , 1ls tueraient ces animaux, je les leur donnai. J'ai laissé à la Nouvelle-Zélande dix ou douze cochons à différentes époques, outre cenx qu'y déposa le capitaine Furneaux; et à moins qu'il n'arrive un concours d’'événemens bien fâcheux, les navigateurs y trouveront un jour ces quadrupedes dans l’état sauvage ou dans l'état de domesticité.
« Nous fümes à peine mouillés près de Montouara, que trois ou quatre pirogues, remplies de naturels, arrivèrent de la côte sud-est de la baie; nous achetâmes une quantité considérable des productions et des ouvrages du pays. Kahoura, le chef
des guerriers qui massacrérent les dix hommes du |
capitaine Furneaux, montait une des pirogues. C'était la troisième fois qu'il venait nous voir, sans montrer la plus légère frayeur. J'étais à terre lorsqu'il se rendit à bord, et j'y revins au moment où il partait. O-maïi, qui m'avait accompagné à terre , l’apercut ; il le dénonça tout de suite, et il me conjura de le faire tuer à coups de fusil. Ce n’est
pas tout , il adressa la parole à Kahoura, et il le
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avait Ja hardiesse de revenir.
« Le Zélandais fut si peu effrayé de ces menaces, qu'il revint le lendemain avec toute sa famille, composée de vingt personnes, y compris les femmes et les enfans. O-maï m'en avertit de nouveau , et il me demanda sil devait l'engager à monter à | bord. Je lui répondis qu'il le pouvait. Bientot aprés, 1l amena ce chef dans ma chambre, et 1l me dit : « Voilà Kahoura, tuez-le. » Mais, oubliant ses menaces de la veille, ou craignant que je ne le char-| geasse de l'exécution , il se retira tout de suite. Cependant il reparut bientôt ; et voyant Kahoura sur ses pieds, il s’écria d’un ton de reproche : « Pour- « quoi ne Je tucz-vous pas? Vous m’assurez qu'on! « pend en Angleterre l’homme qui en tue un autre; |
dont de ses de pid refusa que le ques et qu « Lé malhe nous a couru qu'il # de fusi autre À mort
Montouaies de nabaie ; nous s produca, le chef ommes du | pirogues.
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« ce barbare en a tué dix, et vous ne voulez pas « lui donner la mort, quoique la plupart de ses « compatriotes le désirent, quoique cela soit juste! » L’éloquence assez solide d'O-maï me fit rire : je Jui enjoignis de demander au Zélandais pourquoi il avait tué le détachement du capitaine Furneaux. Kahoura , effrayé par cette question, étendit ses bras en suppliant, et baïssa la tête : il avait l'air d'un homme surpris dans une embuscade, et je suis persuadé qu’il s'attendait à mourir sur l'heure. Mais il reprit sa gaîté dès le moment où je promis de ne pas attenter à sa personne. Il ne semblait pas disposé néanmoins à répondre à notre question , et il fallut lui répéter à diverses reprises que je ne me vengerais pas. Lorsqu'il eut obtenu le pardon dont il croyait avoir besoin , il nous raconta qu'un de ses compatriotes ayant voulu échanger une hache de pierre, l'Anglais à qui il l’offrit s’en empara , et refusa ensuite de la rendre ou d’en payer la valeur; que le propriétaire de la hache se saisit de quelques morceaux de pain, comme d’un équivalent, et que la querelle s'engagea.
« Les autres détails racontés par Kahoura sur cette malheureuse affaire, diffèrent peu de ceux qu’on nous avait appris auparavant. Il nous dit qu'il avait couru de très-grands dangers durant le combat; qu'il fut couché en joue, et qu'il n’échappa au coup de fusil qu’en se cachant derrière le canot ; qu’un autre homme placé près de lui fut renversé roide mort sur la poussière ; qu'immédiatement après
l'explosion, il attaqua M. Rowe, chef du détachetuent, qui se défendit avec son épée; que lui, Kahoura , fut blessé au bras, mais qu’enfin la troupe, plus nombreuse, remporta une victoire complète.
« M. Burney, envoyé le lendemain: à terre avec un détachement armé, trouva les membres épars des dix hommes qui avaient débarqué la veille : plein de ressentiment et de fureur, iltira plusieurs volées sur les naturels, qui étaient encore rassemblés sur le lieu de la scène, et qui vraisemblablement achevaient de manger les cadavres des vainns. 11 était naturel de supposer que les coups de fusil avaient porté, et que quelques-uns des assassins ou des cannibales avaient été tués au milieu de leur détestable repas. Nous interrogeâmes sur ce point Kahoura, et d’autres qui s'étaient trouvés au combat et au fesun; il parut que notre supposition était mal fondée , et que les coups tirés par M, Briney n'avaient tué ni blessé personne.
« La plupart des naturels que nous avions rencontrés depuis notre arrivée à la Nouvelle-Zélande sivaient bien, comme je l'ai déjà dit, que je n'1gnorais pas la manière barbare dont ils avaient traité les dix hommes du capitaine Furneaux , et ils comptaient sûrement que je tuerais Kahoura ; non-seulement ils semblaient le désirer, mais ils témoignérent beaucoup de surprise en voyant ma modération à cet égard. Il en était instruit ainsi que moi, eLje fus trés-étonné à mon tour qu'il osât se mettre si souvent en mon pouvoir. Lorsqu'il vint
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DES VOYAGES. 87 nous voir, tandis que les vaisseaux monillaient dans l’anse, 1l put se fier au nombre de ses amis qui l'accompagnaient , et se croire en sûreté; mais il nous fit ses deux dernières visites dans des circonstances moins favorables. Nous étions mouillés à l'entrée de la baie, assez loin de la côte; il n’avait aucun secours à espérer de ses compatriotes ; il ne devait pas compter qu'il réussirait à prendre
la fuite, si je voulais l'arrêter. Cepend aprés le premier moment de crainte que | une de nos questions, dont j'ai parlé plu oin
d'éprouver du trouble et du malaise, ayant aperçu dans la grand'chambre le portrait d'un Zélandais, il demanda qu'ou fit le sien, et se tint assis sans témoigner aucune impatience, jusqu'à ce que M. Webber l’eût achevé. Je dois dire que j'adnurai son courage, et que je fus flatté de la confiance que je lui inspirais. Ce que j'avais répondu à ceux des naturels qui me pressaient de le tuer le tranquillisait ; je les assurai, en effet, que j'avais tou-jours été leur ami et que je le serais toujours, à moins qu'ils ne se conduisissent de manière à changer mes dispositions à leur égard; que je ne pensais plus aux dix hommes assommés par eux ; que ce crime était trop ancien, et qne je n'en avais pas été témoin ; mais que s'ils formaient jamais une seconde tentative de cette espèce, ils verralent tomber sur eux tout le poids de mon ressentiment.
« Avant d'arriver à la Nouvelle-Zélande, O-mai
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