‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 3)Chapitre 13 sur 27 · RE UT SR · texte numérisé non relu

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une des principales causes de leur ardeur dans les combats. On n'a dit qu'ils attendent quelquefois bien des années un moment favorable, et qu'un fils ne perd jamais de vue l'injure faite à son pére. Pour exécuter leur horrible dessein , ils se glissent pendant les ténébres au milieu de leurs ennemis ; s'ils les surprennent, ce qui, je crois, arrive peu, ils leur donnent la mort à tous, et ils n'épargnent pas méme les femmes et les enfans. Lorsque le massacre est achevé, ils mangent les vaincus sur le lieu même où s’est passée la boucherie, ou bien ils emportentautant de cadavres qu'ils le peuvent, et ils s’en régalent ensuite chez eux avec une brutalité trop dégoûtante pour la décrire ici. S'ils sont découverts avant d'avoir exécuté leur sanguinaire projet, ils s’enfuient ordinairement : alors on les poursuit, et on les attaque quelquefois à leur tour. Ils ne connaissent point cette modération qui donne quartier , ou qui fait des prisonniers ; en sorte que les vatncus ne peuvent mettre leurs jours à couvert que par la fuite. Cet état perpétuel de guerre, et cette manière de la conduire, destructive de la population, les rend trés-vigis , et 1l est rare de rencontrer, le jour 94 la nuit, un Zélandais qui ne soit pas sur ses gardes. Il est impossible de rien ajouter aux motifs qui excitent leur vigilance : la conservation de ieur vie et leur bonheur dans l’autre monde en dépendent ; car, selon leur système religieux, l’âme de l’homme dont le corps est mangé par l'ennemi est condamné à un feu

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éternel, tandis que les âmes de ceux dont les corps ont été arrachés des mains des meurtriers, ainsi que les âmes de ceux qui meurent de mort naturelle, vont habiter avec les dieux. Je leur demandai s'ils mangeaient ceux de leurs amis qui étaient tüés à la guerre, mais dont les corps ne tombaient pas au pouvoir de l’ennenu. Ils parurent étonnés de ma question; ils me répondirent que non : ils témoignérent même une sorte d’horreur pour l'idée qu'elle présentait. Ils enterrent communément leurs morts ; mais s'ils ont tué plus d'ennemis qu'ils ne peuvent eñ manger, ils les jettent à la mer.

« On ne trouve point parmi eux de moraïs, ni rien qui ressemble à un lieu destiné au culte public, et les pratiques de la religion ne les rassemblent jamais; mais ils ont des prêtres qui adressent leurs prières aux dieux dont ils réclament la protection pour leurs affaires temporelles : par exemple, une entreprise contre une tribu ennemie, une pêche.

« Je n’ai rien pu découvrir de leurs principes religieux ; mais quels qu'ils soient, ils prennent dés l'enfance la ferme habitude de ne point s’en écarter. Le jeune homme qui devait accompagner Taoueïharoua m'en donna une preuve frappante : il s’abstint de manger la plus grande partie du jour, parce qu'on lui avait coupé les cheveux. Nous employâmes vainement toutes sortes de moyens pour le faire renoncer à sa résolution : afin de le tenter,

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nous lui offrimes les choses qu'il aimait le plus:il |

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aucune ne paraissait vraisemblable. Ceux des na= | ner,

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rent de nous convaincre, mais Hs n’en vinrent pas | ‘uto

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DES VOYAGES. 95 à bout : ils nous dirent, par exemple, que le poenammou vient d'un poisson qu'ils harponnent, qu'ils traînent ensuite au rivage, où ils l'attachent, et où il se change en pierre. Ils avouaienttous qu'on le ramasse dans un grand lac ou dans une mare ; et si l’on peut former quelque conjecture, il est probable que les torrens l’entraînent du haut des montagnes , et le déposent sous l’eau. Les naturels appellent ce lac T'avaï poenammou , c'est-à-dire l'eau du talc vert : ils donnent ce nom au canton voisin, et non pas à l’île la plus méridionale de la Nouvelle- Zélande, comme je l'ai supposé dans mon premier voyage.

« La polygamie est autorisée parmi ces insulaires; on rencontre souvent un homme qui a deux ou trois femmes : les femmes sont nubiles de bonne heure ; celles qui ne se marient pas paraissent vivre dans l’abandon; elles ont beaucoup de peine à pourvoir à leur subsistance : dénuées de protecteurs, elles se trouvent sans cesse à la merci de quiconque a de la force.

« Les Zélandais semblent satisfaits du peu de connaissance qu'ils possèdent : ils n'essaient en aucune mamiére de les étendre, et leurs observations ou leurs recherches annoncent un esprit peu curieux. Les objets nouveaux ne leur inspirent pas ce degré de surprise qu'il serait naturel. d’imaginer , et leur attention n’est jamais fixée un moment. Ils formaient quelquefois, il est vrai, un cercle autour d'O-mai, qu'ils aimaient beaucoup ; maisils

écoutaient ses discours comme des gens qui no comprennent point et qui ne se soucient point de comprendre ce qu’on leur dit.

« Je demandai un jour à Taoueïharoua combien | de vaisseaux pareils aux nôtres avaient abordé au |! port de la Reine-Charlotte ou aux environs : il |}: commença par nous en indiquer un dont nous | n'avions jamais entendu parler, qui relâcha dans un port de la côte nord-ouest de Tiraouitté, peu d'années avant ma première relâche, c'està-dire peu d'années avant l’arrivée de l'Endéavour , que les Zélandais appellent Ze vaisseau de Topia. Je crus d’abord qu'il se trompait sur l’époque et le heu du mouillage ; que. le bâtiment dont il faisait

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mention était celui de M. de Surville, qui toucha nou à la côte nord-est d’Ihei-nomaoui , la même année et p que l'Endéavour, ou celui de M. Marion-Dufresne, ocu qui relâcha dans la baie des Iles, deux ans après ; ce q mais 1] nous assura qu'il ne se méprenait ni sur vaie l'époque, ni sur le lieu du mouillage, et que le fait suac était connu de tous les habitans des environs du | peu port de la Reine-Charlotte et de Tiraouitté. IL À avar ajouta que le capitaine eut des liaisons avec une |} déj fenime du pays, que cette femme en eut un fils À lors qui vivait encore , et qui était à peu prés de l'âge À que de Kakoa. Quoique Kakoa ne füt pas encore au Æ vell monde au temps dont il est ici question, il parais- À m'a sait savoir toute l’histoire. Taoueiharoua nous ap- | prit de plus que ce premier vaisseau apporta la (r maladie vénérienne à la Nouvelle-Zélande. Je sou- | ‘tem

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haite que les navigateurs curopéens qui y ontabordé depuis n’aient pas à se reprocher également d'avoir laissé un monument si affreux de leur séjour : cette maladie n'y est aujourd'hui que trop connue; les insulaires ne semblent pas néanmoins s'en occuper beaucoup: ils disent que ses eflets ne sont pas actuellement aussi terribles à beancoup près qu'ils le furent d'abord : ils font prendre aux malades des bains d'une espéce de vapeur produite par la fumée de quelques plantes qu'ils posent sur des pierres chaudes, Je n'ai pu découvrir s'ils emploient d'autres remèdes. (1)

Je regrettai de n'avoir pas oui parler de ce vaisseau tandis que je mouillais dans le port; O-mai nousaurait procuré des informations plus détaillées et plus exactes, et il aurait interrogé des témoins oculaires. Taoneiharoua ne savait que par ouï-dire ce qu'il nous raconta , et bien des méprises pouvaient s'être glissées dans son histoire. Je suis persuadé néanmoins que, d’après son témoignage, on peut croire qu’un vaisseau avait abordé à Tiraouitté avant mon arrivéesur l'Endéavour ; car on me Pavait déjà assuré autrefois. Sur la fin de l’anné 17973, lors de ma seconde relâche à la Nouvelle-Zélande, quelques insulaires à qui je demandai des nouvelles de Z’A4venture, qui s'était séparée de nous, n'averürent qu'un bâtiment avait relâché dans le

(1) Ilest assez singulier que les Zélandais aient imaginé

le même remède que les Russes,

oô HISTOIRE GÉNÉRALE

port de la côte de Tiraouitté : je crus que je comprena mal; et je ne songeai pas même à vérifier cette assertion.

« Le funeste présent cité plus haut n'est pas le seul monument qui rappelle aux Zélandais le séjour de ce vaisseau ; Taoueiharoua nous dit que l'équipage leur avait laissé un quadrupéde; mais comme il ne l'avait point vu, nous ne pümes en connaître l'espèce d'après sa description.

« I nous instruisit d’un fait qui nous laissa moins de doute ; il nous assura qu’on trouve à la Nouvelle- Zélande des serpens et des lézards d’une grandeur énorme. Il décrivit ceux-ci comme ayant huit pieds de longueur, et la grosseur du corps d’un homme: il ajouta qu’ils saisissent et dévorent quelquefois les naturels ; qu'ils se tapissent dans des trous creusés sous terre, et qu’on les y tue en faisant du feu à l'ouverture des terriers. Nous ne pûmes nous méprendre sur l'espèce de l'animal, car il le dessina

assez exactement sur le papier : il traça aussi la fi- gure des serpens, afin de nous expliquer sa pensée.

« Quoique la Relation de mes deux premiers Voyages offre un grand nombre de détails sur ce pays et sur ses habitans, on sera sûrement bien aise de lire les remarques de M. Anderson, qui confirment ou qui corrigent ce que j'ai dit ailleurs. Il m'avait accompagné trois fois dans la baie de la Reine-Charlotte, durant ma seconde expédition ; ainsi ce qu’on va lire est le résultat des observations des quatre reläches.

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« Tous les environs de la baie de la Reine-Char- Jotte offrent de grandes montagnes qui s’'élévent du bord de la mer , et ont des sommets arrondis. L'œil | aperçoit sur leurs flancs, jusqu’à une distance con- | sidérable, des vallées, ou plutôt des empreintes des vagues, qui n'ont point de profondeur, et qui, du côté du rivage , aboutissent chacune à une petite anse dont la grève est sablonneuse ou caillouteuse, ! On trouve derrière cette grève un terrain plat de peu d'étendue; c’est là que les naturels bâtissent ordinairement leurs cabanes : la position en est

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d'autant plus commode, que dans chicune des anses on trouve un joli ruisseau poissonneux (r ),

| qui a son embonchure dans l'Océan.

« Les bases des montagnes, du moins du côté de la mer, sont d'un gres friable et jaunâtre, qui | | prend une teinte de bleu aux endroits où il est battu | par les flots : 1l se prolonge en couches horizon- | tales ou obliques, coupées fréquemment de veines | LArpnEs de quartz g wrossier , qui sont peu € oig: 16es | les unes des autres , et qui suivent communément { | Ja direction du grès. Le terrain ou le sol qui couvre | cette roche est aussi d’une couleur jaunâtre ; il res-

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