‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 3)Chapitre 14 sur 27 · DEF · texte numérisé non relu

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semble à de la marne; et en général il a d’un à ! deux pieds de profondeur.

«, L'extrême beauté de la végétation indique assez la fertilité du sol. Excepté un peut nomlre de montagnes voisines de Ja mer, et revêtues d’ar-

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H (1) On y trouve de petites truites.

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08 HISTOIRE GÉNÉRALE brisseaux, toutes les autres présentent une forét continue de grands arbres, qui s'élèvent avec une vigueur qu'on ne peut imaginer sans Jes avoir vus, et qui offrent une perspective imposante à quiconque sait admirer ces grands et magnifiques ouvrages de la nature.

« La température agréable du climat contribue sûrement beaucoup à cette force extraordinaire de la végétation, Quoique l’époque de notre relâche répondit au mois d'août de l'Europe, l'air ne fut

jamais irop chaud, et le thermomètre ne monta

qu'à 66 degrés. Le froid de l'hiver est aussi mo-

déré ; car au mois de juin 1773, qui correspondait à notre mois de décembre, le mercure ne descendit pas au-dessous de 48 degrés; les arbres conservaient alors leur verdure comme en été, et je crois qu'ils gardent leur feuillage jusqu'à ce que la séve du},

printemps en fasse pousser un nouveau.

« En général on y jouit d’un beau temps; on y

éprouve quelquefois du vent et de la pluie, mai

les orages et les pluies ne durent pas plus d’un jour, evil ne paraît pas qu'ils soient jamais exces: sifs. On n’y trouve point en effet, comme dan d’autres pays, de vestiges des torrens qui sé préci pitent du haut des montagnes, et les ruisseatx s’en flent peu, si l'on en juge par leur lit. J'ai reläch quatre fois dans le port de la Reine-Charlotte,

j'ai observé que les vents du sud à l’est sont ordi

nairement modérés et accompagnés d'un ciel né buleux ou de pluie : ceux du sud-ouest souflleni

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Nouvelle-Zélande n'était pas trop montueuse, ce contribue serait une des plus belles contrées du globe : on dinaire de couperait en vain les bois; les espaces défrichés re relâche |! seraient moins propres aux pâturages qu'un terrain air ne fut}. plat, et la culture y serait toujours difficile, car on ne montaf: ne pourrait y employer la charrue. aussi mO- « Les grands arbres qui couvrent les montagnes rrespondait sont de deux espèces : les uns, du diamètre de nos e descendit}: sapins les plus gros, croissent à peü près de la onservaient}, même manière ; maïs les feuilles et les petites baies crois qu'ils}, qu'ils portent à leurs extrémités ressemblent da-

la séve du}: vantage à celles de lif : c’est de ceux-là que nous ü \ tirions de la bière. Nous faisions d’abord subir une emps; on} forte décoction aux feuilles > et nous les laissions pluie, mail! ensuite fermenter avec de la thériaque ou du sucre : às plus d'un 4 les hommes de l'équipage qui avaient bu de la bière amais excesfi de sapin d'Amérique ne trouvaient l’autre guère omme dan inférieure. L'autre espèce d'arbre diflére peu de qui sé précis | l'érable ; elle est souvent d’une grosseur considéssseaux s'enfi rable; mais elle ne nous procura que du bois de Jai Fe chauffage; car elle est, ainsi que la premiére , trop harlotte, à pesante pour des mâts , des vergues , etc. sont SE Le Les arbres offrent des espèces plus variées sur Y'un ciel né les petites plaines qui sont derrière les grèves. Nous est souffle} en distinguâmes deux qui portent un fruit de la

100 HISTOIRE GÉNÉRALE ‘grosseur des pommes : l’un de ces fruits est jaune et appelé karraca par les naturels, et l’autre est noir : les insulaires le nomment maïtao. Quoique Jes Zélandais les mangent, quéique nos matelots les aient imités, leur saveur n’est pas agréable. Le premier fruit croît sur de petits arbres, qui sont toujours du côté de la mer; le second se cueille sur des arbres plus gros, qu'on trouve dans l'intérieur des forêts, et dont nous coupâmes un grand nombre pour bois de chauffage.

« Une espèce de seringa croît sur les hauteurs

qui s’'avancent dans la mer : on y d'os aussi un È arbre qui porte des fleurs semblables à celles du myrte; ses feuilles, tachetées et de forme ronde , ont une odeur désagréable. La décoction desk feuilles du seringa nous unt lieu de thé; nous lek trouvâmes d’un goût et d’une odeur agréables, ct} on pourrait le substituer au thé qui nous vient del

la Chine et du Japon.

« Parmi les. plantes qui nous furent utiles, | dois compter le céleri sauvage , très-abondant dans presque toutes les anses, surtout lorsque les natuÿ

rels y ont établi leurs habitations ; et'uneautre, qui nous avions coutume d'appeler cochléaria, quoi qu’elle différe entièrement de celle qui portece non en Europe. Cette espèce de cochléaria est bien pré férable à la nôtre pour l'usage ordinaire ; on lan connaît à ses feuilles dentelées et aux petites grappe de fleurs blanches qu’elle porte à son sommet. Toi

les jours on en faisait cuire , ainsi que du céle

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DES VOYAGES. IOI

sauvage, avec du froment broyé dans un moulin ; et jointe, au bouillon des tablettes , elle servait de déjeuner aux équipages ; on leur en donnait encore avec de la soupe aux pois pour leur diner. Nous mangions quelquefois ces plantes en salades, ou apprêtées comme des légumes : elles étaient bonnes de toutes les manières ; et le poisson ne nous ayant jamais manqué, je puis dire que nos alimens furent peu inférieurs à ceux qu’on trouve dans les relâches célébres par les nourritures animales et végétales qu'elles offrent aux navigateurs. |

« Les plantes connues que nous renconträmes, sont le liseron ordinaire, la morelle, l’ortie ( qui ont l’une et l’autre la grosseur d’un »etit arbre ), une véronique frutescente qu’on aperçoit près de toutes les grèves , des chardons, l’euphorbe, le becde-grue, le lin , la belle-de-nuit d'Amérique, des ronces , l’eufraise et le seneçcon; mais les espèces différent de celles que nous avons en Europe ; on ÿ voit aussi des polypodes, des scolopendres, e: environ vingt autres espèces de fougères particulières à la Nouvelle-Zélande, plusieurs sortes de mousses rares et propres à ce pays, outre un grand nombre de plantes dont les usages ne sont pas encore connus, et dont on ne peut donner la description que dans un livre de botanique.

« L'une de ces dernières mérite cependant que j'en fasse ici mention, car les naturels entirentleurs vêtemens; elle produit un lin soyeux, plus beau

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que celui d'Angleterre, et vraisemblablement au moins aussi fort ; c’est le phormium, dont il a été fréquemment question dans les précédens Voyages du capitaine Cook. Une espèce très-abondante de poivre long , possède faiblement cette saveur aromatique pour laquelle on estime le poivre. On rencontre fréquemment dans les bois un arbre qui de loin ressemble au palmier , mais dont on aperçoit la différence à mesure qu’on en aproche. La plupart des arbres et des plantes avaient perdu leurs fleurs à l'époque de notre relâche ; nous reconnümes qu'en général ils portent des baies ; j'en ai recueilli au moins de trente sortes : l’un des arbrisseaux en particulier produit des baies ronges ; il approche beaucoup de la clématite ; il croît autour des arbres , et s'étend de l’un à l’autre de manière à rendre les bois presque absolument impénétrables.

« Les oiseaux sont nombreux ; et, ainsi qne les productions végétales, leurs espèces sont en général particulières au pays ; il est difficile de les suivre, parce que la terre est couverte de broussailles et de plantesgrimpantes qui rendent les promenades trèspénibles ; cependant un homme qui se tient à la même place peut en tuer dans un jour la quantité nécessaire à la nourriture de sept ou huit personnes. Les principaux sont les gros perroquets bruns à tête blanche ou grisâtre ; les perruches à front rouge ; les gros pigeons ramiers, bruns sur le dos, blancs sous le ventre , et verts sur le reste du corps,

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avec le bec et les pied: rouges ; deux espèces de coucous; l’une, aussi; àsse que notre coucou ordinaire, est de couleur brune, tachetée de noir; l'autre, aussi petite qu'un moinesu , est d’un vert éclatant par-dessus, et agréablement ondoyée d'or, de vert , de brun et de blanc par-dessous : l’un et l'autre sont rares. D’autres oiseaux sont plus communs : l’un d’eux, qui est noir avec des teintes verdâtres , se fait remarquer par une toufle de plumes blanches et frisées qu’il porte sous la gorge; nous l’appelâmes Ze poy : on en trouve un second plus petit, noir, qui a le dos et les ailes bruns , et deux barbillons au - dessous de la racine du bec ; une autre espèce de la grosseur du pigeon ordinaire a deux larges membranes, jaunes et pourpres à la racine du bec; il est noir, ou plutôt bleu ; il a le bec épais, court, crochu, et d’une forme singulière. On voit beaucoup de gros becs, de la grandeur d'une grive, de couleur brune, avec une queue rougeître. Il ne faut pas oublier un petit oiseau verdâtre, qui est presque le seul chantant, mais qui suffit pour produire dessons si mélodieux et si variés, que nous nous croyions environnésde cent espèces différentes d'oiseaux, lorsqu'il faisait entendre son ramage près de nous : d’après cette propriété singulière , nous l'avons nommé le moqueur. Parmi les oiseaux plus petits, l'un ressemble exactement à notre rougegorge par sa figure et ses mœurs peu sauvages : mais il est noir dans les parties où le nôtre est brun, et blanc aux endroits.où le rouge-gorge d'Angleterre

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est ronge, Un second est peu différent, mais plus peut; un troisième déploie en éventail sa longue queue à mesure qu'il s'approche, et gazonille qüand il est perché, On apercoit des martins - pêcheurs à peu prés de la grosseur des nôtres; mais leur plumage est moins joli, et ils sont rares.

« On rencontre autour des rochers des huîtriers noirs à bec ronge, et des nigauds huppés couleur de plomb, dont les ailes et les épaules sont tachetées de noir ; le reste de la partie supérieure du corps est d’un noir velonté nnancé de vert. Il nous arrivait fréquemment de tuer desuns et des autres, ainsi que d'autres nigauds plus communs, noirs par-dessus et blancs par-dessous, qui font leurs nids sur des arbres, ‘où ils se perchent souvent plus d’une douzaine à la fois. Les cantons voisins de la côte offrent d’ailleurs un petit nombre de goelands, des hérons bleus; quelquefois, mais rarement, des canards sauvages, un petit pluvier couleur de sable, et des «louettes : on voit aussi sur la rade un assez grand nombre de manchots noirs dans la partie snpérieure du corps, blancs sous le ventre, et une foule de plongeons noirs. Nous tuâmes des râles, bruns ou jaunâtres , nuancés de noirs , qui vivent aux environs des ruisseaux, et qui sont presque aussi gros qu'une poule ordinaire. J'ajouterai à cette liste une seule bécassine que nous tirâmes , et qui diffère peu de celles d'Europe : nous ne vimes pas d'autre gibier.

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des soles et des carrelets : les naturels nous vendirent surtout une espèce de brême de mer qui est couleur d'argent, et qui a une tache noire sur le cou : de gros congres, et un poisson qui ressemble beaucoup à la brême, mais qui pèse cinq, six et sept livres : il est noirâtre, et a le museau épais; les habitans du pays le nomment moggé. Nous primes le plus communément à l’hamecon et à la ligne un poisson noirâtre de la grosseur d’une morue, et un autre de la même grandeur, rougeñtre, et qui avait un petit barbillon. Nous appelîmes celui-ci rnoctambule, parce que nous le prenions pendant la nuit : une espèce de peut saumon , des grondins, des raies, tombérent de temps en temps dans nos filets, et les Zélanlais nous apportérent quelquefois une petite espèce de maquereau, des perroquets , et un autre très-rare, presque de la forme d’un dauphin : il est de couleur noire; ses mâchoires sont fortes et osseuses, et ses nageoires de derrière s’allongent beaucoup aux extrémités: Tous ces poissons, excepté le dernier , sur lequel nous ne pouvons rien dire, parce que nous ne Île goûtâmes pas, sont bons à manger : mais le moggé, le petit siumon et le poisson noirâtre sont supérieurs aux autres.

« Les rochers offrent une quantité considérable d'excellentes moules : on en trouve une qui n'est pas commune et qui a plus d’un pied de longueur ; il y a aussi des pétoncles enterrées dans le sable des petites grèves, et en quelques endroits, des huîtres

très-petites et d'un goût parfait. J'ai remarqué dix ou douze espèces de coquillages, des limaces de mer, des lépas et de trés-belles oreilles de mer. J'ai vu aussi un coquillage qui s'attache aux plantes; enfin d’autres productions marines, telles que les étoiles de mer, etc. , dont plusieurs sont particuhères à la Nouvelle-Zélande. Les naturels nous vendirent des homars dont la grandeur égalait celle des nôtres les plus gros, et des sèches.

« Les insectes sont très-rares : nous ne vimes que deux espèces de mouches, quelques papillons , de petites sauterelles, diverses araignées, de petites fourmis noires et une multitude de mouches-scorpions, dont le bourdonnement se faisait entendre partout au milieu des bois; les moucherons, trèsnombreux, et presque aussi incommodes que les mousquites , sont les seuls insectes malfaisans.

« Nous n'avons point aperçu de reptiles, si ce n’est deux ou trois espèces de petits lézards qui ne font point de mal.

« Il est singulier que sur une île aussi étendue, on ne rencontre d'autres quadrupèdes qu'un peut nombre de rats, et des chiens qui vivent dans l’état de domesticité.

« Le régne minéral n'offre rien qui soit digne d'être cité, si on excepte un jaspe vert ou une picrre serpentine, dont les Zélandais font leurs outils et leurs ornemens. Ils estiment beaucoup cette substance, et ils ont sur sa formation des idées superstitieuses qu'il nous fut impossible de

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DES VOYAGES. 107 comprendre; ils disent qu'on la trouve dans une grande rivière, ou dans un grand lac situé bien Join dans le sud. I] nous parut, d'après leur témoignage, qu'on l'y rencontre en couches peu épaisses ou peut-être en morceaux détachés comme nos pierres à fusil. Nous en achetâmes un morceau d'environ 18 pouces de long , d’un pied de large, et de près de deux pouces d'épaisseur; encore semblait-il être le fragment d’un morceau plus considérable.

« Les naturels sont de la taille ordinaire des Européens, et en général ne sont pas aussi bien faits, surtout vers les extrémités. Cela vient peut-être de ce qu'ils demeurent accroupis trop longtemps, et de ce que la nature montagneuse du pays les empêche de se livrer au genre d'exercice qui contribue à rendre le corps droit et bien proportionné. Cette dernière remarque souffre néanmoins plusieurs exceptions; quelques-uns sont d'une très-belle taille, et ont des muscles forts ; mais j'en ai vu peu qui eussent de l’embonpoint.

« La couleur de leur peau varie depuis le noir assez foncé jusqu’à une teinte jaunâtre ou olive : leurs traits ne sont pas non plus uniformes; quelques-uns ressemblent à des Européens. ils ont en général le visage rond, les lèvres pleines et le nez épaté; mais leurs lèvres ne sont pas trèsépaisses, et leur nez n’est point aplati comme celui des nègres : je ne me souviens pas d’avoir vu un nez véritablement aquilin. Leurs dents sont d’une

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largeur ordinaire, blanches et bien rangées; ils ont les, yeux grands et d’une extrême mobilité. Leur chevelure est noire, droite et forte , communément coupée sur le derrière de la tête, et relevée en touffe sur le sommet : celle de quelques-uns boucle naturellement ; on rencontre même des cheveux chätains. En général, la physionomie des jeunes gens est onverte et assurée ; mais celle de la plupart des hommes d’un âge mûr est sérieuse : elle annonce assez souvent de la mauvaise humeur et de la réserve, surtout s'ils sont étrangers. La taille des femmes est plus petite que celle des hommes, mais leur forme ou leurs traits ne sont guère plus gracieux.

« Le vêtement des deux sexes est le même; les hommes et les femmes se couvrent d’une pièce d'étoffe qui a environ cinq pieds de long et quatre de large. Ils la fabriquent avec le phormium; c'est la plus importante et la plus compliquée de leurs manufactures. Afin d’embellir cet habit, ils y mettent des morceaux de peau de chien, ou le façconnent en compartimens duns les coins. Deux coins de la pièce d’étoffe passent sur les épaules , et s’attachent sur la poitrine avec le reste qui couvre le corps : une ceinture de natte tient le vêtement assujeuti autour du ventre; l'étoffe est quelquefois couverte de peau de chien ou de grandes plumes d'oiseaux qui paraissent issues avec le phormium. Un grand nombre d’entre eux portent sur ce premier surtout des nattes qui descen-

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dent des épaules aux talons ; le surtout le plus ordiniaire est composé de joncs grossièrement réunis, et attachés à un cordon d’une longueur considérable; ils le mettent sur les épaules, et les joncs tombent de tous côtés jusqu’au milieu des cuisses : lorsqu'ils ont ce manteau et qu'ils se tiennent assis dans leurs pirogues ou sur le rivage, on les prendrait pour de grosses pierres grises, si leurs têtes noires n’engageaient pas à les examiner plus attentivement.

« Ils ornent leurs cheveux de plumes ou de peignes d'os et de bois garnis de nacre de perle, ou de fibres de plantes entrelacées. Les hommes et les femmes suspendent à leurs oreilles, qui sont percées ou plutôt fendues, de petits. morceaux'de jaspe, d’étoffe ou de grains de verroterie, quand ils peu-

‘vent s’en procurer. Quelques-uns, mais en petit ‘nombre, ont un trou dans la partie inférieure du

cartilage du nez ; mais nous n’y avons jamais vu de parure : un Zélandais y passa une baguette, afin de nous montrer que le trou servait à cet usage. Ils laissent croître leur barbe, mais ils aiment beaucoup à à la faire raser. |

« Le visage de quelques-uns est tatoué ; on y voit des lignes spirales et d’autres dessins de couleur noire on bleu foncé ; mais nous ne savons pas si c'est un caprice de leur vanité ou une marque particuliére de distinction : les femmes ne sont tatouées que sur les lèvres on sur quelques parties du menton. Les deux sexes enduisent souvent leur visage

et leur tête d’une peinture rouge qui paraît être de l'ocre mêlé avec de la graisse; les femmes portent quelquefois autour du cou des dents de requin ou de longs grains, qui nous parurent être faits des os de la cuisse d’un petit oiseau, taillés sous cette forme, ou un coquillage du pays. Un petit nombre d’entre elles avaient des tabliers triangulaires ornés de plumes de perroquet, ou de morceaux de nacre de perle, et garnis d’une double et d'une triple rangée de cordes pour les attacher. J'ai aperçu des chapeaux ou des bonnets de plumes d'oiseaux qu'on peut regarder comme une invention de leur goût pour la parure, car ils ne sont pas dans l'usage de se couvrir la tête.

« Ils habitent les bords des petites anses dont j'ai fait la description plus haut. Ils y vivent en communauté au nombre de quarante ou cinquante : les familles sont quelquefois séparées les unes des autres ; mais dans ce dernier cas, leurs cabanes, en général trés-misérables , se trouvent contiguës. La méilleure hutte que j'ai vue avait à peu prés trente pieds de long,. quinze de large .et six de haut; elle était bâtie exactement comme les granges de nos campagnes; la charpente de l’intérieur avait de la force et de la régularité; des rameaux d'osier tenaient solidement attachées les poutres de soutien, qui étaient alternativement grosses et petites, et peintes en rouge et en noir : la solive du faîte me parut assez forte, et: les gros joncs qui composaient le dedans de la;toiture étaient rangés pa-

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DES VOYAGES. 111 rallèlement et d’une manière très-soignée : l’une des extrémités offrait un petit trou carré qui servait de porte, par laquelle on ne pouvait entrer qu’en rampant sur ses genoux, et prés de celui-là un second beaucoup plus petit, qui semblait destiné à l'évaporation de la fumée; car je n’aperçus point d'autre soupirail ; je jugeai qu’il n’y avait pas dans le pays de meilleure habitation, et qu’elle était occupée par un des principaux personnages. La plupart des autres étaient plus petites de moitié; elles excédaient rarement quatre pieds de hauteur; elles garantissaient du vent et de la pluie, mais leur construction était mauvaise.

« Un petit nombre de paniers ou de sacs, dans lesquels les naturels mettent leurs hamecçons de pêche et d’autres bagatelles, formaient tout l’ameublement de ces habitations. Les Zélandais s'y tiennent assis autour d'un petit feu : il est probable qu'ils y dorment aussi, sans autre couverture que celle qu'ils portent durant le jour ; peut-être même la quittent-ils la nuit; car il faut peu de monde pour échauffer des huttes aussi étroites.

« Ils tirent de la pêche la plus grande partie de leur subsistance ; ils emploient des filets de différentes espèces, et des hamecons de bois dont la pointe est garnie d’un os aiguisé ; mais d’une forme si bizarre, qu’un étranger les juge d’abord peu propres à l’usage auquel ils sont destinés. Il paraît qu'ils changent de domicile lorsque le poisson de- “vient rare, ou lorsqu'une raison quelconque les

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