CHAPITRE IT
Relation du voyage depuis le départ de la Nouvelle- Zélande jusqu’à l'arrivée des vaisseaux à Taïli, ou aux îles de la Societe.
« Lzs deux vaisseaux partirent de la Nouvelle- Zélande le 25 février 1777. Dès qu'ils eurent perdu la côte de vue, le mal de mer inspira des réflexions tristes aux deux Zélandais qu'emmenait O-maï; ils se repentirent beaucoup de leur démarche : le capitaine Cook leur donna toutes les consolations et
tous les encouragemens qu'il put imaginer : ce fut }
inutilement ; ils pleurérent en public et en particulier : ils firent entendre leurs lamentations dans
une espèce dr chanson qui, autant que nous pü-|
mes le comprendre, faisait l'éloge de leur pays ct des hommes dont ils se trouvaient à jamais sépa-
rés. Leur affliction dura plusieurs jours ; mais le]
mal de mer les quitta enfin, et leur émotion dimiminua. Leurs lamentations devinrent moins fré-
quentes, et ils finirent par les cesser tout-à-fait. Ils
oublièrent peu à peu la Nouvelle-Zélande et leurs
amis , et ils parurent aussi fermement attachés aux}
Anglais que s'ils Ctaient nés leurs compatriotes. » Le capitaine Cook, en partant de la Nouvelle-
Zélande, se proposait d'arriver à Taïti le plus tôt
qu'il pourrait; il ne pouvait espérer aucune dé-
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couverte durant ectte traversée qu'il avait faite tant de fois ; les quadrupédes et les animaux qu'il vou- Jait déposer aux îles de la Société l’obligèrent à faire cette route le plus promptement possible ; un autre mouf plus important encore le déterminait à Ja célérité ; mais il fut contrarié par les vents qui soufflaient presque constamment de la partie de l'est. Il fut obligé de faire route au nord et même au nord-ouest. L’espérance de voir le vent souffler davantage de la partie du sud, ou de rencontrer le vent d’oucst un peu en dehors des tropiques, ainsi qu'il l'avait éprouvé dans ses autres voyages, l'engagérent à continuer cette route à tout hasard; car , dit-il : « Pour remplir cet année le principal objet de mon expédition, c'est-à-dire, pour me rendre à la côte septentrionale de l'Amérique, il fallait absolument que ma traversée de la Nouvelle- Zélande à Taiti, ou aux îles de la Société, ne fut pas longue. » .
Le vent demeura fixé invariablement à l’est-sudest, et il ne s’en écarta pas de plus de deux points de l’un on l’autre côté ; il fut aussi trés-faible , en sorte que les vaisseaux ne passèrent le tropique que le 27 mars; ils n'étaient alors qu'à 2o1° 23° de longitude orientale, ou 9° à l’ouest du lieu vers lequel ils se dirigement.
Le 29, à.dix heures du matin, la Découverte averuit par un signal qu'elle voyait une terre; on reconnul bientôt que c'était une île de peu d’étendue. Le lendemain , au point du jour, le capitaine
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Cook fit route vers la côte occidentale. Le ressac (1) qui battait partout avec violence sur la côte méridionale, et le récif qui l’environnait, lui firent juger qu’il était impossible de mouiller ou de débarquer sur cette partie.
« Nous vimes, ditil, sur une pointe que nous avioas déjà dépassée, plusieurs naturels qui se mirent à la nage pour aller sur le récif, où ils demeurèrent tranquillement lorsqu'ils virent que nous ne ralentissions point notre marche. D'autres , qui se montrérent bientôt de différens côtés, nous suivirent ; ils se rassemblaient quelquefois en petites troupes, et ils poussaient des cris en chœur, à peu près comme les habitans de la Nouvelle- Zélande.
« À huit heures, nous étions par le travers de la partie ouest-nord-ouest de l'ile, assez prés de la côte pour distinguer avec nos lunettes plusieurs des insulaires postés sur une grève sablonneuse, et armés «le longues piques ct de massues qu’ils brandissaient d’une manière menacante, ou, selon l'interprétation de diverses personnes de l'équipage, d’une manière amicale. La plupart étaient nus, si l'on excepte une ceinture qui passait euire leurs cuisses , et qui couvrait les parties naturelles. Quelques-uns avaientsur les épaules un manteau d'étofle
(1) M. Marsden explique la cause du ressac d’une manière très-ingénieuse et très-satisfaisarte. ( Voyez Histoire de Sumatra. )
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DES VOYAGES. 125 de différentes couleurs, disposées en raies ou en carrés. La tête de presque tous était enveloppée d'un corps blanc qui ressemblait à un turban, et quelquefois à un chapeau élevé et de forme conique : nous remarquâmes aussi que leur teint était basané, et leur taille moyenne, mais robuste, et disposée à l'embonpoint.
« Ils lancèrent une pirogue avec précipitation, de l'extrémité de la grève la plus éloignée de nous; un homme y monta, et prit le large. Je jugeai qu'il voulait venir au vaisseau , et je mis en travers afin de l’attendre : mais le courage lui manqua , et il regagna bientôt le rivage ; il prit un second insulaire , et tous les deux ramèrent de notre côté. Ils craignirent cependant d'approcher, et ils s'arrête rent. O-maï leur ayant parlé la langue de Taïu, leur frayeur parut se dissiper, et ils vinrent assez prés de nous pour recevoir des grains de verroterie et des clous que nous attachämes à un morceau de bois, et que nous Jeur jetâmes. Ils semblèrent avoir peur de toucher notre présent, et ils ne déliérent ni les grains de verroterie ni les clous. Cette réserve fut peut-être un effet delcurs idées superstitieuses ; car O-maïi me dit que, lorsqu'ils nous virent disposés à leur faire des largesses, ils demandérent quelque chose pour leur catoua, ou leur dieu. il leur demanda s'ils mangeaient de la chair humaine. Us répondirent que non , avec nn mélange d'indignation et d'horreur. L'un d'eux, qui se nommait Maouroua, interrogé d'où lui venait la cicatrice qu'il
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