‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 3)Chapitre 18 sur 27 · METRE · texte numérisé non relu

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la partie inférieure de l'embarcation était d’un bois blanc; la partie supérieure était noire, et les pagaies, d'nn bois de la même couleur, n'avaient pas plus de trois pieds de long ; elles étaient larges et émoussées à l’un des bouts : ils manœuvraient sans revirer; lorsqu'ils voulaient prendre une route diamétralement opposée à celle qu'ils tenaient, ils ne faisaient que se tourner de l'autre bord.

« Nous louvoyâmes sur ces entrefaites : et dès que les vaisseaux eurent pris une position convenable, Za Résolution mit un canot à la mer, et La Découverte en lança un second, afin de sonder la côte et de chercher un lieu propre au débarquement, Je voulus descendre moi-même, et j'emportai diverses, choses que j'avais dessein de donner aux paturels pour gagner leur amitié. Dés que je fus hors da vaisseau, les deux insulaires qui nous avaient quittés peu de temps anparavant s'appro— chérent de moi; et lorsqu'ils furent près de mon canot, Maouroua y entra sans que je l'en priasse, et sans hésiter un seul moment.

« Je chargeai O-mai, qui n'accompagnait, de lui demander où nous pourrions faire notre débarquement : Maouroua nous indiqua deux endroits; mais je vis à regret que dans tous les deux nous courions risque de remplir d’eau nos canots, et même de les perdre. Nous ne fûmes pas plus heu reux dans la recherche d’un mouillage, car nous ne trouvämes de fond qu'à une encâblure des bri-

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sans. La sonde y rapporta de trente à quarante brasses, etelle indiqua des rochers de corail aigu ; en sorte que l'ancrage eût été encore plus périlleux que le débaranement.

« Tandis que nous étions ainsi occupés à reconnaître la côte, les naturels arrivèrent en foule sur le récif, armés comme ceux que nous avions apercus d'abord. Maouroua, qui était sur mon canot, croyant vraisemblablement que ces guerriers nous empêchaient de débarquer, leur ordonna de se retirer; un assez grand nombre ohcirent; et je jugeai qu'il avait une sorte de considération dans son pays : en eflet, si nous le comprimes bien, il était frère du roi. Les naturels parurent si curieux, que plusieurs se jetèrent à la mer, et arrivèrent près de nous à la nage. Ils montérent à bord sans aucune réserve; 1} fut même difficile de les en chasser, et plus diflicile encore de les empêcher de prendre tout ce qui leur tomba sous la main. Lorsqu'ils s'aperçurent qne nous retournions aux vaisseaux , ils s’en allérent tous, excepté Maouroua; il demeura dans mon canot, non sans témoigner de Ja crainte , et il m'accompagna à bord de la Resolution.

« Les quadrupédes et les autres objets nouveaux pour Jui qu'il y aperçut lui causérent moins de surprise que je ne l'avais imaginé. Ses inquiétudes absorbaient peut-être toute son attention. Il est sûr qu'il sembla très-agité, et le vaisseau s’éloignant de la côte au moment où nous arrivâmes, cette

circonstance augmenta son effroi. Il n’était pas en état de me donner beaucoup d'instruction ; et peu de temps après je fis mettre un canot à la mer, pour le reconduire dans son île. Quand il sortit de ma chambre, 1l tomba sur une de nos chèvres ; sa curiosité surmonta sa peur : il s'arrêta pour regarder l'animal , et il demanda à O-maï quel oiseau c'étall; et comme on ne lui répondait pas tout de suite, il adressa la même question à quelques-uns des matelots. Lorsque le canot sur lequel je le renvoyai fut prés des brisans, il se jeta à la mer, et il gagna la côte à la nage. Dès qil fut à terre, une foule de ses compatriotes se rassemblérent autour de lui; nous jugeâmes qu'ils étaient fort empressés de l'entendre. Ils l’entouraient encore quand nous les perdîmes de vue. Le canot fut à peine de retour , que nous fimes de la voile le cap au nord.

« Ainsi nous fûmes obligés de partir sans être descendus sur cette belle île, qui semblait propre à satisfaire tous nos besoins : elle gît par 21° 57° de latitude sud , et 201° 53"de longitude orientale ; les portions de la côte que nous examinâmes sont environnées d'un récif de corail, en dehors duquel la sonde ne rapporta point de fond : elle a cinq lieues de tour, et elle est d’une élévation modérée et assez égale. Lorsque le ciel est serein, on doit la découvrir à dix lieues de distance; car nous l'apercevions encore à l'entrée de la nuit, quoique nous eussions fait plus de sept lieues, et que l'at-

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DES VOYAGES. 129 mosphére füt chargée de brouillards : elle s'élève vers le centre en petites montagnes , du haut desquelles le sol descend peu à peu jusqu’à la côte, qui, dans la partie du sud-ouest, est de grès brunâtre, et escarpée, quoiqu'elle n'y ait pas plus de dix à douze pieds de hauteur ; le battement desflots ya produit plusieurs excavations. Le terrain, en pente, est couvert d'arbres d’un vert foncé, trestouffus, mais peu élevés, et qui paraissent tous de Ja même espèce, excepté près du rivage, où 1l y en

| a un grand nombre de l'espèce du dragonnier, } qu'on trouve dans les bois de la Nouvelle-Zélande. | On en voit aussi de dispersés en d’autres endroits. | La côte du nord-ouest se termine, ainsi que nous

‘avons déjà dit, par une grève sablonneuse, derl J » P Le) ’

rière laquelle le terrain, coupé en petites ouvertures ou ravins, offre une large bordure d'arbres qui

ressemblent à de grands saules; d’après sa régularité, on la prendrait pour un ouvrage de l'art, si son étendue ne s'opposait pas à cette opinion, L'œil, en se portant plus loin vers le centre de l'ile, découvre ces arbres d'un vert foncé dont je , J L] 1 , L] L] parlais tout à l'heure. Plusieurs de nos messieurs

pupposèrent que c’étaient des arbres à pain, entremélés de cocotiers trés-bas, et d’un petit nombre d'autres. Ils nous semblèrent plus hauts et moins voisins les uns des autres que sur la partie du sudouest. Cette différence peut venir de ce que nous Éuons plus près de la côte, On voit sur les petites iontagnes quelques arbres clair semés; d’autres | XXII. 9

130 HISTOIRE CÉNÉRALE

parties de leur surface étaient nues et de couleur

rougeâtre , ou couvertes de quelque chose qui res- se semblait à de la fougère. En tout, l'île est d’un on aspect agréable, et la culture pourrait la rendre Re un des lieux les plus charmans du globe. 7 « Comme les habitans nous parurent nombreux Re et bien nourris, les moyens de subsistance que fournit cette terre doivent être abondans. Je serais Ep, curieux de connaître leur régime diététique; car 5. notre ami Maouroua nous dit qu'ils n’ont point de quel cochons, ni de chiens, dont ils ont cependant oui 3... parler ; mais il nous apprit qu'ils ont des bananes, E f du fruit à pain et du taro. Les seuls oiseaux que ” nous y vimes, furent quelques hirondelles demer,k . des noddis, et d’autres oiseaux aquatiques : nousk téllec apercümes aussi un héron blanc sur le rivage. del'h « La langue des habitans de Mangia est un dia- :, :1, lecte de l'idiome &e Taïti; mais leur prononcia-k hotel

tion, comme celle des Zélandais, est plus gutturale, En

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Leur peau est douce; ils ne sont pas musculeuxk} Autant que nous avons pu en juger, ils ont cet (11

disposition au plaisir qui distingue les Taitiens et des il cents li

« Les insulaires de Mangia sont d'une belltk figure ; ils ressemblent à ceux de Taïti et à ceuiÿ des Marquésas, plus qu'à aucune autre des peu-

non-seulement leur esprit est gai, maisils connais} x . : +. Et la mai sent très- bien les gestes lascifs que les Taïticrÿ ; ï . ï C1 Pie emploient dans leurs danses; car Maouroua les FE,

devant nous. 1] ÿ a aussi lieu de supposer qneleuf ss

> couleur D jpanière de vivre est la méme. Quoique la nature e qui res- | du pays nous ait empêchés de découvrir un grand Cest d'un pombre de leurs habitations, nous apercümes près la rendre D dela grève une maison dont la construction diffé- } | rait peu de celles de Taïu : elle était agréablement nombreux Æ tuée au milieu d'un bocage; elle paraissait avoir tance que D trente pieds de long , et sept ou huit de hanteur :

18. Je serais D l'une de ses extrémités était ouverte, et représen éuque ; CE: tait une ellipse coupée transversalement. Il y avait nt point de} quelque chose sur des buissons qui se trouvaient pendant où devant la façade : nous conjecturâmes que c'était es bananCS, E° un filet de pêche d’une texture très-délicate. oiseaux QUE « Lorsqu'ils saluent un étranger , ils touchent Îles de mer, son nez avec le leur, à peu près comme à la Nouques : NOUS velle-Zélande , mais ils prennent en outre la main erivagte de l’homme à qui ils veulent faire cette politesse, a est un dia-R «ils la frottent assez durement sur leur nez et leur prononcii- | bouche. » (1) us guttural. En examinant sur la carte la position de Mand'une belle ia, on voit que le capitaine Cook se trouvait alors u et à ceub à peu de distance de Taïti ; mais des obstacles intre des Peu surmontables continucrent à l'en écarter. rand Océan. À Il quitta la côte de Mangia le 50 mars dans S musculeux ils ont cell (1) Les habitans des îles Palaos , des Nouvelles-Philippines les Taitiens: jet des îles Carolines , éloignées de Mangia d'environ quinze : + Bcents lieues, saluent de la même manière. « Leur civilité et is ils connut Lu la marque de leur respect consistent à prendre la main ou

aitieuÿ De de ne les Tait cle pied de celui à qui ils veulent faire honneur , et à s'en

ouroua les HE, frotter doucement tout le visage. » ( Lettres éd'fiantes et oser que jeu |curieuses , tome XV, page 208 , édit, de 1781.)

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l'après-dinée. Le 31, il découvrit une seconde terre à huit ou dix lieues dans le nord-est quart nord.

Le lendemain à huit heures, il était par le travers de l'extrémité septentrionale de cette terre, à quatre lieues de distance , mais sous le vent, et il reconnut qu'elle formait une île à peu prés de la même apparence et de la même étendue que Mangia; en même temps, il vit de l'avant à lui une autre île beaucoup plus petite : il serait arrivé plus iôt à celle-ci; mais la première eut la préférence, parce qu'elle sembla plus propre à fournir des provisions pour le bétail, qui commençait à en avoir besoin.

« Comme il y avait peu de vent, et que ce vent était contraire, dit-il, nous en étions encore éloignés de deux lieues ;'et sous le vent le lendemain à huit heures. Un instant après, deux canots armés de la Résolution, et un troisième de la Découverte, commandé par le licutenant Gore, allèrent chercher un mouillage et un lieu convenable pour Île débarquement. Sur ces entrefaites, les vaisseaux serraient le vent pour atteindre Ja côte.

« Au moment où les canots se mirent er mer, nous apercûmes plusieurs pirogues qui arrivaient près de nous; elles abordérent d’abord La Découverte, qui était plus voisine de la.côte : trois d’entre elles, dont chacune ne portait qu’un seul homme, se rendirent bientôt à Za Résolution. Ces embarcations étaient longucs et étroites, et garnies d'un

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DES VOYAGES. 153 balancier. L’arrière avait trois ou quatre pieds d’élévation , et il ressemblait un peu à l’étambord d’un vaisseau ; l’avant était aplati par-dessus, et avait par-dessous la forme d’une proue , et se recourbait à l'extrémité comme le manche d’un violon. Nous jetâmes aux insulaires des couteaux, des grains de verroterie, et d’autres bagatelles ; ils nous don nèrent un petit nombre de cocos que nous leur demandäâmes ; mais ils ne les céderent point comme un échange de ce qu'ils avaient reçu de nous, car ils ne paraissaient avoir aucune idée de trafic, et ils ne semblaient pas estimer beaucoup nos présens.

« L'un des naturels, que nous n’eùmes pas besoin de presser long-temps, amarra sa pirogue à mon bâtiment , et monta à bord : les deux autres,

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Leur démarche et leur maintien annonçaient une anquillité parfaite, et ils ne témoignaient aucune | crainte de se voir arrêtés ou maltraités.

Une nouvelle pirogue , conduite par un homme qui m'apportait des bananes en présent, arriva après leur départ : le messager me demanda par mon nom; il l'avait appris d'O-maï, qui était sur le canot de M. Gore. Sensible à cette politesse, je lui donnai une hache et un morceau d’étoffe rouge, et 1l regagna la côte bien satisfait. O-maï me dit ensuite que ce présent m'avait été envoyé par le roi, ou le chef principal de l’île. | « Une double pirogue sur laquelle nous comp-

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times douze hommes, s’avança bientôt aprés vers nous ; à mesure qu'elle s'approchait , les naturels récitaient quelques mots en chœur (1) ; l'un d'eux se levait et indiqnait ce que les autres devaient ré: péter ensemble, Lorsqu'ils eurent achevé cette cérémonie musicale , 1ls accostèrent la Résolution, et demandérent le chef du bâtiment : je me montrai, ils m'offrirent un petit cochon et des cocos. Celui des insulaires qui me parut le principal personnage me donna en outre une pièce de natte, dès qu'il fut à bord avec ses compagnons.

« On les mena dans la grand’chambre et dans les autres parties du vaisseau : quelques objets leur causèrent de la surprise, mais rien ne fixa leur attention. Ils craignirent d'approcher des chevaux et des vaches, ne pouvant concevoir la nature de ces quadrupédes. Les moutons et les chèvres passaient les bornes de leurs idées; car ils nous firent entendre qu'ils les prenaient pour des oiseaux. Les hioutons et les chèvres ne ressemblant point du tout à un oiseau, les lecteurs trouveront inconce-

(1) Les habitans des Marquésas employèrent un cérémonial à peu près semblable lorsque Cook y aborda en 1774. ( Foyezson second Voyage. ) On retrouve ce cérémoriial dans des îles très éloignées de celles-ci. Padillo , qui partit de Manille en 1710, fut recu aux îles Palaos de la même manière, L'auteur de la relation de son voyage dit : « Aussitôt

«qu'ils s'approchèrent de notre bord , ils se mirent à chanter.

« Ils réglaient la cadence en frappant des mains sur leurs

«cuisses» (Lettres édifiantes et curieuses, tome AV, page 323.)

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DES VOYAGES. 135 vable que des hommes soient assez ignorans pour faire une si lourde méprise ; mais celte penplade ne paraît connaître d’autres animaux terrestres que les chiens , les cochons et les oiseaux : comme nos moutons et nos chèvres différaient beaucoup des deux premières familles, ils en conclurent que ces quadrupèdes devaient appartenir à la derniére, qu'ils savaient renfermer une variété considérable d'espéces. Je donnai à mon nouvel ami les choses qui me semblérent devoir lui faire beaucoup de de plaisir : mais lorsqu'il s'en alla, il me parut mécontent; je compris ensuite qu'il désirait un chien, animal qui ne se trouve pas dans l’ile, quoique les naturels sachent qu’il y en a sur d'autres terres de la mer Sud. Le capitaine Clerke reçut un présent parcil d’un insulaire qui avait les mêmes vues, et dont les espérances furent égilement trompées.

« Les hommes qui montaient ces pirognes étaient d'une taille moyenne, et ils ressemblaieut beaucoup aux habitans de Mangia; mais leur teint était plus noir : ils nouent leurs cheveux au sommet de la

| tête, ou bieu ils les laissent flotter en désordre sur | les épaules ; et quoique la chevelure de quelques- | uns bouclât naturellement, elle était en général | longue, ainsi que celle des autres qui l'avaient | lisse. Nous aperçümes de la diversité dans leur phy-

sionomic, et quelques - unes des femmes avaient la peau assez blanche. Ils portaient, comme les in-

sulaires de Mangia, des ceintures d’“toffe lustrée

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ou d'ine belle natte, qui passaient entre les cuisses et couvraient les parties voisines. Ils portaient aussi des collicrs d’une herbe large, enduite d’une peinture rouge , et où étaient enfilées des baies de morelle : ils avaient lis oreilles percées, et non pas fendues, et ils étaient tatoués sur les jambes depuis le genou jusqu’au talon; en sorte qu'ils paraissaient avoir des bottes. Ils ne conpent pas leur barbe, non plus que les habitans de Mangia, et leurs pieds sont également couverts d'une espèce de sandales ; leur maintien annonçait de la franchise, de la gaîué et de la bonhomie.

« M. Gore futde retour à trois heures après midi; il me dit qu'il avait examiné toute la partie occidentale de l’île sans trouver un endroit propre au débarquement d’un canot ou au mouillage des vaisséanx; que la côte est environnée dans son enter d'un rocher escarpé de corail, sur lequel la mer brise avec violence ; que les naturels montraient néanmoins des dispositions très-amicales, et qu'ils avaient paru afiligés en voyant que nos détachemens ne pouvaient descendre à terre; il ajouta ensuite que par l'entremise d’O-maï il serait facile de les déterminer à nous apporter, en-decà des brisans, les choses dont nous avions le plus besoin, et en particulier des tiges de bananier , qui seraient bonnes pour le bétail. Le vent était faible où nul, et la perte d’un jour ou deux ne devant pas avoir de suites fâcheuses, je résolus d'essayer l’expédient que me conseillait M, Gore, et j'ordonnai

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qu'on en fit les préparatifs pour le lendemain. « Le 5, à la pointe du jour, nous apercümes des pirogues qui venaient aux vaisseaux ; l’une d'elles accosla la Résolution. Les insulaires qui la montaient m'apportèrent un cochon, des bananes et des cocos; ils me demandèrent un chien en échange, œt ils refusèrent tout ce que je leur offris d’ailleurs. L un de nos messieurs avait un chien et une chienne qui nous incommodaient beaucoup ; en Îles donnant, il aurait propagé sur cette terre la race d'un animal si utile; mais ses vues n'étaient pas aussi nobles, et 1” ne se rendit point à ma proposition. Oral fat plus généreux, il céda un chien favori qu'il avait amené de Londres. Les naturels reprirent le chemin de l’île, trés-satisfaits de leur acquisition. « Sur les dix heures M. Gore partit avec deux canots de la Résolution, et un troisième de la Découverte , afin d'essayer l'expédition qu'il avait proposée. Je pouvais compter sur sa diligence et son habileté, et je lui permis de faire ce qu'il croirait le plus convenable. Deux des naturels qui étaient venus à bord l’accompagnérent; O-maï devait lui servir d'interprète, Les vaisseaux se trouvaient à une lieue de l’île, lorsque les canots partirent ; ct comme il y avait peu de vent, nous ne püûmes arriver qu’à midi près du récif. Nous vimes nos trois canots sur leurs grappins, à quelques pieds des brisans, et vis-à-vis le rivage, rempli d'un nombre prodigieux d'insulaires; nous en conclûmes que M. Gore était descendu : on imagine bien que je

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158 HISTOIRE GÉNÉRALE désirai avec impatience de savoir les suites de cette démarche. Afin d'observer les mouvemens de nos amis qui avaient débarqué, et d'être prêt à leur donner les secours qu’exigerait et que rendrait possible notre position respective, je m’approchai de la côte autant que le permirent les écueils; je sentis néanmoins que Île récif mettait entre nous une barrière insurmontible, et qu'il ne dépendait pas plus de nous de les protéger, que s'ils eussent été éloignés de la moitié de la circonférence du globe : mais il était probable que les naturels ne connaissaicnt point celle impossibilité, Sur ces entrefaites, quelques-uns d'eux arrivèrent aux vaisseaux, et ils échangérent un petit nombre de cocos; ils acceptérent tout ce que nous leur offrimes, et ils ne parurent donner la préférence à aucun article en particulier. |

« Ces visites des ins'ilaires diminuérent mes inquiétudes sur M. Gore et sa pelite troupe: je ne pus en savoir des nouvelles ; mais dès que quelques-uns des naturels avaient la hardicsse de venir à bord, je supposai que leurs compatriotes n'avaient point abusé de la confiance de mon détachement, Enfin, un peu avant le coucher du soleil, j'eus la satisfacon de voir mes canots reprendre le large. Lorsqu'ils arrivérent à bord, j'appris que M. Gore, Gmai, M. Anderson et M. Burney étaient débarqués seuls. M. Gore me rendit un compte trés- «xact des événemens de cette journée; mais le récit de M, Anderson étant plus détaillé et contenant

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DES VOYAGES. 139 des remarques sur l'île et ses habitans, je vais l'insérer ici.

« Nous conduisimes les canots vers une petite grève sablonneuse; les naturels étaient assemblés en foule sur cette grève, ainsi que sur les rochers voisins, et nous jetâmes les grappins à trois cents pieds du récif, qui gît à peu près à la même distance de la côte. Plusieurs des insulaires nous apportèrent des cocos à la nage. O-maï et ceux de leurs compatriotes qui nous accompagnaient les instruisirent que nous voulions débarquer ; mais le chien qu'on leur avait donné au vaisseau , et qu'on venait de descendre à terre, absorba quelque temps leur attention, et ils se précipitérent autour de cet animal, Bientôt après, deux pirogues vinrent nous cherclier; afin de leur inspirer plus de confiance, nous résolümes d'aller sans armes, au risque d'être bien ou mal traités.

« Je parus sur une des pirogues avec M. Burney, premier lieutenant de la Découverte, un peu avant M. Gore et O‘mai ; nos conducteurs épiérent d'une maniére adroite les mouvemens du ressac, et 1ls nous débarquèrent sains et saufs sur le récif. Ils nous prirent ensuite sous Îles bras, afin de nous soutenir au mifieu de roches pointues et escarpées que nous devions passer pour arriver à la grève, où nous fümes reçns par plusieurs autres naturels qui tenaient à la main des rameaux verts d’une espèce de mimosa, et qui nous saluérent en appliquant leur nez contre les nôtres,

« Nos guides nous firent signe de marcher en avant ; nous étions environnés d’une foule de naturels qui s'empressaient de nous regarder, et qui nous auraient fermé le passage , si des hommes, qui semblaient revêtus de quelque autorité, n'avaient frappé indistinctement sur les spectateurs pour les écarter, On nous conduisit à une avenue de palmiers; nous arrivâmes bientôt auprés d’une foule de guerriers rangés sur deux lignes ct armés de massues qu'ils tenaient sur leurs épaules, à peu près comme nos soldats: portent leur fusil. Nous marchâmes au milieu de ces guerriers, et nous trouvâmes un chef qui était assis par terre, les jambes croisées, et qui se donnait de l'air avec un éventail en forme de triangle , tiré d’une feuille de cocotier et garni d’un manche de bois noir poli. Il avait à ses oreilles de grosses toufles de plumes rouges dirigées en avant; mais c'était là toute sa parure, et nous n'apercümes pas d'autre marque de distinction. Cependant on lui obéissait avec beaucoup d'empressement; soit qu’il füt d’un caractère grave, soit qu'il eût composé son visage pour la cérémonie, Sa physionomie paraissait sérieuse sans être sévère. Quelques hommes qui semblaient jouer un rôle important, nous dirent que nous devions le saluer.

« Nous continuâmes à marcher au milieu des hommes armés de massues, et nous arrivâmes auprés d'un second chef assis, qui avait des plumes rouges à ses oreilles, et qui se donnait de l'air avec

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DES VOYAGES, 141 un éventail, comme le premier; il ne paraissait pas avoir plus de trente ans; mais nous fümes frappés de sa grosseur et de son embonpoint. On nous con duisit de la même manière à un troisième chef qui semblait plus vieux que les deux autres, et qui était fort gros , sans avoir autant d'embonpoint que le second. Nous le trouvâmes encore assis et paré de plumes rouges : nous le saluâmes ainsi que nous avions salué les deux premiers, et il nous pria de nous asscoir. Nous fümes charmés de cette invitation, car nous étions très-fatigués de notre course et de la chaleur excessive que nous causait Ja foule dont nous étions environnés.

« Peu de minutes après, la foule eut ordre de faire place, et nous vimes à la distance de cent pieds vingt jeunes femmes ornées de plumes rouges , ainsi que les chefs; elles dansaient sur un air d’un mouvement grave et sérieux, qu'elles chantaient en chœur : nous nous levâmes et nous nous approchämes d’elles. 11 semble que notre figure et nos vêtemens auraient dù les frapper ; mais elles continuérent leur danse sans faire la moindre attention à nous : elles paraissaient dirigées par ua homme qui servait de souflleur, et qui leur indiquait les diverses attitudes qu'elles prirent : elles ne changeaient point de place ; elles remuaient seulement les pieds, et surtout les doigts, qu'elles agitaient avec une extrême agilité ; elles tenaient leurs mains près du visage, et elles les frappaient de temps en temps l’une contre l'autre.

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11 régnait un tel accord entre les mouvemens et la musique, que nous les jugeâmes très-familiarisées avec cet exercice. Il est vraisemblable qu'on les avait choisies, car nous en apercümes peu d'aussi belles dans la foule qui nous entourait. En général, leur taille était plutôt forte que mince; leurs cheveux flottaient en boucles sur le cou; elles avaient le teint ohivâtre : leurs traits, qui se ressemblaient, nous parurent un peu trop gros ; leurs yeux étaient trés-noirs. Leur physionomie exprimait la douceur et la modestie qui sont particuliéres au sexe dans chaque partie du monde, mais qui nous frappérent peut-être davantage sur cette île, où la nature étale ses ouvrages dans toute leur simplicité et leur perfection, où les coutumes n’altérent point la droiture des sentimens, et où l'art ne farde point les manières. Nous remarquâmes que leur taille et chacune des parties de leur corps avaient de l'élégance. Comme elles n'étaient couvertes que d’une pièce d’étoffe lustrée, attachée autour de la ceinture, et allant à peine jusqu'aux genoux, nous eûmes occasion d'en examiner plusieurs de la facon la plus complète. Elles dansaient encore, lorsque nous entendîimes un bruit pareil à celui d’une troupe de chevaux qui galopent. En regardant du côté d’où venait le bruit, nos yeux rencontrérent les guerriers armés de massues qui se poursuivaient les uns les autres : nous jugeêmes qu'ils voulaient nous donner le spectacle d'un combat simulé,

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« Croyant que la cérémonie de notre présentation aux chefs était achevée, nous songeâmes à chercher M. Gore et O-maï : la foule nous pressait, et nous ne pümes marcher qu'avec peine; mais enfin nous les découvrimes. Ils arrivèrent aussi fatigués que nous de la multitude dont ils étaient environnés, et ils furent présentés de la même manière aux trois chefs qui s’appelaient Otterou, Taroa et Fatoouiera. Chacun de ces chefs comptait sur un présent, et M. Gore leur donna les choses qu'il avait apportées du vaisseau dans cette

intention. O-maï, qui nous servit d'interprète, ap-

prit aux chefs pourquoi nous étions descendus à terre ; mais on lui répondit que nous devions attendre jusqu'au lendemain, et qu’alors on nous fournirait des provisions.

« Ils parurent vouloir nous séparer, et chacun de nous fut entouré d’un cercle particulier qui nous examinait. Je fus, pour mon compte, éloigné de mes camarades durant près d’une heure. Je dis au chef prés duquel j'étais assis, que je désirais parler à O-maï; mais il s’y opposa d’une maniere péremptoire. Je m'apercus en même temps que les naturels commencaient à vider mes poches : le chef à qui je portai mes plaintes justifia les voleurs. D'après ces circonstances, je craignis qu'ils n’eussent formé le projet de nous arrêter : ils n’annoncaient pas, 1} est vrai, assez de férocité pour me donner de l'inquiétude sur nos jours; mais il était douloureux de voir que leur curiosité pourrait

144 HISTOIRE GÉNÉILALE

bien nous détenir prisonniers. Je demandai quelque chose à manger, et ils m'apportérent tout de suite des cocos, du fruit à pain, et une espèce de poudding acide, qu’une femme me présenta. Ayant témoigné que la chaleur occasionnée par la foule me causait beaucoup de malaise, le chef lui-même voulut bien me donner de l'air avec un éventail, et il me fit présent d’une pièce d’étoffe qui lui couvrait les reins.

« M. Burney vint à l'endroit où je me trouvais, et je lui fis part de mes soupcons. Pour reconnaitre s'ils étaient bien fondés, nous entreprimes de gagner la grève ; mais nous fmes arrêtés à michemin par des hommes qui nous dirent qu'il fallait retourner au lieu d’où nous étions partis. En arrivant, nous rencontrâmes O-maï qui avait les mêmes inquiétudes ; 1l croyait même avoir une raison de plus de s’effrayer : il avait vu les insulaires creuser en terre un four qu'ils chauffaient alors ; ct il ne pouvait assigner d'autre but à ces préparatifs que celui de nous rôtir et de nous manger, selon l'usage des habitans de la Nouvelle-Zélande. I alla même jusqu’à leur demander si c'était là leur projet. Les naturels, très-surpris de cette question, demandèrent à leur tour si nous suivions une pareille coutume. Nous fûmes un peu fâchés, M. Bur-ney et moi, du propos indiscret d'O-maï; car jusqu'ici leur conduite envers nous n’aulorisait pas un pareil soupcon,

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