‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 3)Chapitre 19 sur 27 · partie du · texte numérisé non relu

partie du

| causait notre

jour ; nous nous trouvâmes quelquefois ensemble, ordinairement séparés , et toujours au milieu d’une foule nombreuse qui ne se contenta pas de nous regarder ; les insulaires nous firent déshabiller souvent pour examiner de plus prés notre peau ; et lorsqu'iis la voyaient à leur aise, nous entendions un murmure général d'approbation. Ilseurent soin en même temps de vider nos poches : l’un d’eux prit une petite baïonnette que M. Gore portait à son côté. On parla de ce vol au chef, qui fit semblant d'envoyer un émissaire après le voleur; mais selon toute apparence, il autorisa le larcin, car

: bientôt après on vola à O-maï la dague qu’il avait

à sa ceinture.

« J'ignore s’ils s’aperçurent de la peine que nous “tantion, ou s'ils cherchérent à nous donner des 1:::';1es d'amitié, afin de nous ôter l’en-

} vie de nous en aller; mais ils apportérent alors des L rameaux veris, ils les plantérent en terre, et ils nous

dirent de nuus asseoir et de les prendre dans nos

mains : nous leur parlämes encore des provisions

dont nos vaisseaux avaient besoin, et ils novs firent entendre que nous devions demeurer encore quelque temps dans l’île et manger avec eux : un cochon

| que nous vimes près du four qu’ils avaient préparé dissipa la fraveur d’O-mai : il ne crut plus que les y ; plus q 1 . . A. 2e habitans de l’île voulaient nous rôur;1ljugez comme > 1TJUS

nous , qu'ils avaient creusé le four afin d'apprèter

| notre repas. Le chef promit sur ces entrefaites d’en-

voyer chercher du fourrage pour notre bétail : mais XXII 10

ses émissaires ne revinrent qu’assez tard dans l'après. dîner , et ils ne rapportérent qu’une petite quantité de tiges de bananier que l’on conduisit à nos canots.

« Nous essayämes une seconde fois, M. Burney et moi, de regagner la grève ; eten y arrivant, nous fûmes arrêtés par des naturels qui semblaient y avoir été postés pour nous retenir. Lorsque je voulus me mettre dans l’eau , afin de passer sur le récif, l’un d’eux me prit par mes habits, et me tira en arriére, Je ramassai de petits morceaux de corail qu’ils nr’enjoignirent de rejeter à terre; et sur mon refus, ils

eurent la hardiesse de me les ôter de force. J'avais |

aussi cueilli des plantes , et ils ne me permirent pas non plus de les garder. Ils enlevérent à M. Burney un éventail qu'il avait reçu en présent au moment oùildescenditsur la côte. O-maï m'avertit que j'avais mal fait de prendre du corail et de cueillir des plantes ; que dans les îles du grand Océan, les étrangers ne peuvent se permettre ces libertés qu'après avoir reçu des fêtes pendant deux ou trois jours.

« Voyant que le seul moyen d'obtenir un meilleur traitement était de nous soumettre à leur volonté, nousretournâmes à l'endroit dont nous étions partis

pour gagner la grève ; 1ls promirent alors de nous À

donner une pirogue pour nous conduire à nos capots, lorsque nous aurions mangé les alimens qu’on nous préparait.

« Le second des chefs, à qui nous avions été pré-

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sentés le matin, s’assit sur une large escabellé, peu élevée, d'un bois dur et noirâtre , assez bien poli : il ordonna à la multitude de former un grand cercle; et il nous fit asseoir auprès de lui. On apporta d'a: bord une quantité considérable de éocos'; et enk suite un long panier vert, qui renfermait assez de bananes cuites pour lé dînér de douze personnes. On plaça devant chacun de nous ur morcéean de cochon cuit au four , dont j'ai parlé, et on nous dit de manger. La fatigue de la journée nous avait ôté l'appétit ; nous goûtâmes cependant leurs mets, afin de ne pas les contrarier ; mais ce fut sans plaisir pour nous.

« La nuit approchait, ét nous les avertimes que

| nous devions retourner à bord de nos vaisséaüx. | Ils y consentirent ; ils voulurent que nous empor- | tassions sur nos canots le resté des vivres qui avaient | été apprêtés, et ils l'envoyèrent à la grève. Avant

notre départ, on régala O-mai d’une boisson à la: quelle il avait été accoutumé dans sa patrie. Nous observâmes qu’on fait ici cette liqueur comme sur

| les autres îles du grand Océan ; c’est-à-dire , qu'on

mâche la racine d’une sorte de poivrier, ét qu’on

bla réjete ensuite dans un vase. Une pirogue nous

attendait sur la grève pour nous conduire à nos

Lcanots. Les insulaires exécutèrent ce transport avec la même adresse et les mêmes soins qu'à notre descente. Ils nous donnèrent de nouvelles preuves ide leur penchant au vol : car un personnage de

quelque importance, qui nous accompagnait, pro-

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Be fita du moment où on lançait l'embarcation dans D y À ï : les brisans, pour voler un sac que j'avais eu bien Æ }, NE il f de la peine à garder tout le jour . i: renfermait un Fe AJ pistolet de poche, que je craignt:; extrêmement 11 s L gen de perdre. J'apercus le voleur , je poussai des cris, . ’ . . G , ] . «© F 1 L pou et je témeignai autant de déplaisir que je le pus, ie Le voleur crut devoir rapporter le sac à la nage; :] *] ne l'avai dérobé 2 ? DB cara 1 int qu’il ne l’avait uoiqu mais il soutint q vait pes dérobé, quoique D

je l’eusse surpris en flagrant délit. Ils nous mirent ins à bord de nos canots, où ils déposérent des cocos, EE ,, des bananes, et d’autres provisions, et nous primes qui la route des vaisseaux , bien contens d’être sortis posai de leurs mains. | k … .., Us « Nous regrettâmes que l'espèce de captivité où Æ , . w , . A ve AREA el de l’on venait de nous détenir, nous eût laissé si peu à are de moyens de faire des observations sur le pays. . », A forme Durant toute la journée, nous nous trouvâmes È ospe rarement à 300 pieds de l'endroit où l'on nous one avait présenté aux chefs aprés notre débarquement, cade et nous ne pûmes examiner que les objets qui nous d'ins environnaient. La première chose qui nous frappa, espèce fut la muluitude des naturels ; leur nombre était au dé fa L] ° Là C moins de deux mille : ceux qui nous reçurent sur! chefs : ; ; , le rivage formaient une petite troupe, en compa- suspen raison de celles que nous aperçûmes parmi les arbres kttes en pénétrant dans l'intérieur de l’île. après « Nous remarquämes aussi que la plupartde ceux bchevé: que nous avions vus à bord des vaisseaux étaient bien d’une classe inférieure; car un grand nombre del. , , bn en vi

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apart de ceux eaux étaient nombre de In'en vimes qu’aux chefs, et aux jeunes femmes qui ent l'air plusk

lachevée :

une marque particulière de distinction ; car nous

DES VOYAGES. 149 distingué, et un teint plus blanc. Leur chevelure longue, noire et touflue, était ordinairement nouée sur le sommet de la tête. La plupart des jeunes gens pouvaient servir de modeles aux artistes, pour la taille; leur visage avait autant de délicatesse que celui des femmes , et ils paraissaient d'un caractère aussi doux. D’autres, plus avancés en âge, avaient de l’embonpoint ; la peau de tous indistinctement nous sembla trés-fine. Une pièce d’étoffe, ou une natte qui était placée autour des reins, et qui couvrait les parties que cache la pudeur , com-

| posait en général leur vêtement; mais quelques-

uns portaient de jolies nattes entremélées de noir

| et de blanc, qui formaient une sorte de veste sans manches; et d'autres avaient des chapeaux de

forme conique, de bourre de coco, artistement üssue avec de petits grains faits de coquillages.

| Leurs oreilles étaient percées et ornées de mor- | ceaux de la partie membraneuse d’une plante , ou

d'une fleur odoriférante, qui me parut être une espèce de gardenia. Nous distinguâmes des hommes de la classe supérieure qui avaient, ainsi que les chefs, deux petites balles , tirées d’un os d'animal,

suspendues à leur cou par une multitude de cordelettes. Les chefs déposérent leurs plumes rouges

après que Ja cérémonie de notre présentation fut ces plumes sont sûrement à leurs yeux

danserent.

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« Quelques-uns des hommes étaient tatoués sur les côtés et sur le dos, d'une manière extraordinaire, et les jambes de plusieurs femmes nous offrirent la même parure. Mais cette espèce d'or. nement nous parut réservée aux insulaires d'un rang supérieur; et les hommes ainsi piquetés avaient d’ailleurs de la grosseur et de l’embonpoint, à moins qu'ils ne fussent très-jeunces. Les femmes d'un âge avancé portaient leurs cheveux courts ; plusieurs d’entre elles étaient couvertes de cicatrices qui formaient des lignes obliques sur tout le devant du corps; quelques-unes de ces blessures présentaient des figures rhomboïdales, et elles étaient si récentes, qu'on y voyait encore le sang caille.

« La femme de l’un des chefs se montra avec son enfant enveloppé dans un morceau d’étofle rouge dont nous avions fait présent à son mari : elle semblait avoir beaucoup de tendresse pour son nourrisson ; et pour lui douner à téter , elle prenait

la même attitude que les Anglaises. Un autre chef} amena sa fille qui était jeune et belle, et qui avait}

toute la timidité naturelle à son sexe. Elle nous

regarda avec intérêt ; nous jugeîmes que le désir} de nous-examiner était bien plus fort que sa mo-k

deste, qu’elle était bien surprise de rencontrer

des hommes qui ressemblaient si peu à ceux de sonk

pays: D’autres femmes se présentérent d'une manière plus assurée : il nous parut qu'elles man-

quaient de réserve, mais elles ne passèrent pas lesh

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bornes de la bienséance. Si l'on en excepte quelques individus dont le visage et d’autres parties du corps présentaient de larges ulcères, suite des blessures qu'ils s'étaient faites, ou qu'ils avaient reçues, les deux sexes ne nous offrirent aucune difformité. Le nombre des vieillards des deux sexes n’était pas proportionné à la foule qui nous environnait. 1l est aisé d'expliquer cette disproportion en supposant que les naturels d’un âge avancé n’eurent ni le désir ni la force de traverser une grande partie de l’île pour venir auprès de nous. Il y avait beancoup d'enfans ,. et lorsque nous étions cachés par la multitude qui nous entourait, ils montaient sur des arbres ainsi que les hommes, afin de nous mieux voir.

« Le tiers à peu près des hommes avait des massues et des piques : ceux-là venaient vraisem blablement des parties éloignées de l’île; car la plupart portaient de petits paniers , des nattes , et d'autres choses suspendues à l'extrémité de leurs armes. En général, les massues étaient de six pieds de longueur , d'un bois dur et noir, bien poli dans toutes les parties, en forme de lance à l’une des extrémités , mais beaucoup plus larges, et dont le tranchant était dentelé. Nous en vimes de plus étroites, de plus courtes et de plus unies ; et nous en apercümes de si petites, qu'on pouvait les manier d'une seule main. Les piques étaient du même bois, seulement aiguisé à l'extrémité ; elles avaient ordinairement plus de douze pieds de long, mais

152 HISTOIRE GÉNÉRALE le peu de longueur de quelques-unes nous fit ju. ger que les naturels lancent celles-ci comme des dards.

« Le lieu où nous passâmes la journée était couvert de différens arbres, à l'ombre desquels ils retirent leurs pirognes, pour les garantir du soleil, Nous y en trouvâmes hujt ou dix de doubles : deux embarcations réunies par une sorte de radeau for. ment ici, comme dans toutes les îles du grand Océan, ce que nous appelons des doubles pirogues : elles avaientenviron vingt pieds de long , et quatre de profondeur ; leurs côtés étaient arrondis par un bordage posé sur les premières planches, et fortement attaché avec des baguettes d'osier. Nous en vimes deux qui étaient enduites de noir partout, et qui offraient des carrés, destriangles, etc. , sans nombre. Je n'avais pas encore rencontré de dessins aussi bien faits sur les terres du grand Océan : ils annonçaient plus d’habileté que les piqüres de leur peau. Les pagaies avaient quatre pieds de long; elles étaient à peu près elliptiques , mais plus larges à l’une des extrémités que dans le milieu. Il y avait près de là une hutte ou hangar de trente pieds de long, et de neuf ou dix de hauteur, où peut-être ils construisent leurs embarcations ; nous n’en trouvâmes cependant aucune sur le chantier.

« Parmi les arbres qui nous environnaient, nous disinguâmes surtout le cocotier , l’hibiscus , et une espèce d’euphorbe. Nous renconträmes prés de la

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mer un grand nombre de ces arbres que nous avions vus à Mangia Noué Nainaïiou, et ils semblaient border de la même manière les côtes de cette île. Ils sont grands et minces, et approchent beaucoup du cyprès ; mais ils ont des toufles de feuilles longues , arrondies et articulées. Les naturels les appellent etoa. Le sol produit quelques graminées , une espèce de liseron et beaucoup de moutarde. L'ile produit sans doute d'autres arbres fruitiers et d'autres plantes utiles que nous n'avons pas eu occasion de voir ; car, indépendamment de plusieurs espèces de bananes, les naturels nous apportérent à diverses reprises des racines qu’ils nomment taro, du fruit à pain , et un panier de noix grillées, qui avaient une saveur approchante de celle de la châtaigne , mais qui étaient plus grossières.

« Je ne puis dire quelle est la nature du sol dans l'intérieur du pays; mais près de la mer ce n’est qu'un rocher de corail de dix ou douze pieds de hauteur, escarpé et raboteux, si j'en excepte de petites grèves sablonneuses qui remplissent les crevasses. Ce corail, qui est exposé à l'air depuis un grand nombre de siècles, est devenu noir à la sur face ; et comme elle est inégale, 1l ressemble beaucoup à de grosses masses d’une substance brûlée : il n’a pas subi d’autre altération. La largeur du récif qui borde toute la côte varie ; mais partout il se termine brusquement, et il oppose à la mer une muraille haute et escarpée. Son sommet est brun, ou de couleur de brique; et il est à peu près au

un

niveau des flots : quoique la matière dont il est composé soit un peu poreuse , il suffit pour rom-

pre la force du ressac, dont l'action est continuelle,

« Le débarquement de nos messieurs, ajoute Cook, à enrichi mon journal des observations

qu'on vient de lire; mais le principal objet que J'avais en vue ne se trouva point rempli, car ce qu'ils rapportèrent de cette île ne mérite pas d’être cité, Toutefois les naturels jouirent d'un spectacle nouveau pour eux , et dont vraisemblablement ils ne Jouiront plus. 11 paraît que la curiosité seule les détermina à exercer une sorte de violence contre M. Gore, M. Burney , M. Anderson et O-maï, et à employer tant d'artifices pour les retenir quelques heures de plus avec eux.

«Indépendamment des services qu'O-maï rendit à M. Gore en qualité d’interprêète , il nous en rendit peut-être beaucoup d’autres. Les naturels lui firent un grand nombre de questions sur nous, sur nos vaisseaux , sur notre pays , et sur l'espèce d’armes que nous employions; et d'après ce qu'il me raconta , il eut l'adresse de mettre du merveilleux dans ses réponses. Il leur dit, par exemple, qu'il y avait dans notre patrie des vaisseaux aussi grands que leur île ; que ces bâtimens portent des instrumens de guerre (il voulait parler de nos canons ), si gros, que plusieurs personnes peuvent s'y asseoir, et dont un seul suffit pour réduire en poudre une ilc entière. D’après cette description nuposante , ils

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voulurent savoir quelle sorte de canonsnous avions à bord ; O-maï leur répondit qu'ils étaient petits en comparaison de ceux dont il venait de les entretenir ; que néanmoins il ne tenait qu'à nous , de la distance où se trouvaient les vaisseaux , de détruire l'île, et de tuer chacun de ses habitans. Ils l'interrogérent ensuite sur les moyens qui produisaient des effets aussi terribles, et il essaya de les leur expliquer. Il avait par bonheur quelques cartouches dans sa poche ; il soumit à l'inspection des insu- Jaires les balles et la poudre, et afin de leur donner une preuve plus frappante, il imagina de les rendre témoins d'une explosion. On a déjà remurqué qu’un des chefs avait ordonné à la multitude de se former en cercle. Ce cercle fournit à O-mi un lieu propre à son expérience. Il disposa sur le terrain et au centre du cercle la quantité peu considérable de poudre qu’il tira de ses cartouches, et il y mit le feu avec un tison enflammé qu'il alla prendre dans le four où l’on apprêétait à dîner. La rapidité du feu, le bruit éclatant, la flamme et la fumée réemplirent d’étonnement tous les spectateurs ; ils ne doutèrent plus de la force irrésistible de nos armes, et ils ajontérent une foi entière à tout ce qu'O-maïi leur avait raconté. |

« On crut à bord des vaisseaux que, sans 'cffroi inspiré par cette expérience, les naturels auraient tenu nos messieurs aux arrêts toute Ja nuit. O-mai les assura que s’il ne retournait pas le soir à bord avec ses camarades , je Uirerais mes canons sur l'île.

Nous étions plus prés de la terre au coucher du soleil que nous ne l’avions été pendant la journée ; et comme les naturels observérent beaucoup notre position , ils pensérent vraisemblablement que je méditais cette attaque formidable , et ils laissèrent partir leurs hôtes. Ils comptaient les revoir à terre le lendemain ; mais j'étais ü *p frappé du danger que nous avions couru pour y envoyer du monde une seconde fois. »

C'est avec cette simplicité que le capitaine Cook parle toujours de ses opérations. Le débarquement dont on vient de parler fut très-dangereux , et le lecteur pourra juger, par ce seul trait, de lintrépidité qui est nécessaire aux navigateurs. Il va citer un autre fait trés-important , mais dont il ne relève pas non plus l'importance. En l’examinant bien, il servira à éclaircir une question fort obscure. On pourra juger de quelle manière se sont peuplées les iles du grand Océan ; et il est à propos de faire ici quelques remarques. Les idiomes de cette multitude d'îles qui couvrent cette mer annoncent une origine commune : les vocabulaires trés - étendus qu’en ont rapportés les Anglais ne laissent aucun doute sur cette assertion ; il parait démontré d’ailleurs que ces idiomes viennent de la langue malaise, qui s’est plus ou moins altérée. Mais comment la presqu'île de Malacca a-t-elle pu peupler les îles du grand Océan situées entre les tropiques ? La nature et la constance des vents alisés présentent sur ce point de grandes diffi-

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cultés , et de bons esprits sont tentés de croire que toutes cesîles éparses sur la vaste étendue du grand Océan, surtout celles qui se trouvent entre les tropiques, sont les débris d’un continent que la révolution des âges a submergé , et que la population de la presqu'île de Malacca et celle d’une partie de l’Asie viennent peut-être de ce continent, La discussion d’une pareille conjecture serait déplacée ici ; il suffira de dire qu’en lisant avec attenuon les Voyages de Cook, on verra qu'il y a dans le grand Océan deux sortes d'îles : les unes volcaniques, qui peuvent avoir été produites par une éruption souterraine ; et d’autres récentes , qui sont formées par les pluies , et dont accroissement est trés-sensible ; et qu’enfin un accident pareil à celui qu'on va rapporter dérange toutes les combinaisons.

« Cette journée, dit Cook, donna beaucoup d'occupation à O-maï : quoique l’île n’eût pas vu d'autres Européens que nous, il s’y tronvait pourtant des étrangers , et nous aurions ignoré ce fait curieux , S10-maï n’eût point accompagné M. Gore.

« Il eut à peine débarqué sur la grève, qu'il aperçut dans la foule trois de ses compatriotes : les îles de la Socicté étant éloignées d'environ deux cents lieues, 1l faut parcourir une vaste mer inconnue pour arriver ici. Ces peuplades n'ayant que de misérables pirogues propres à des traversées où l'on ne perd pas la terre de vue, une telle rencontre sur une île où nous abordämes par hasard peut

être regardée comme un de ces événemens imprévus qu'imaginent les auteurs de romans, afin de surprendre leur lecteur. Sa singularité mérite que Jen parle en détail.

« Il est aisé de concevoir avec quel étonnement et quel plaisir O-maï et ses compatriotes causèrent ensemble. L'histoire de ces derniers est très-intéressante. Ils s'étaient embarqués sur une pirogue à Taïu, au nombre de vingt personnes , hommes et femmes, afin de se rendre à Oulhiétéa, une des îles voisines. Un vent contraire qui soufflait avec impétuosité les empécha d'arriver à leur destination, ou de regagner le port d’où ils étaient partis. Leur passage devant être court, ils n'avaient gnére embarqué de provisions, et ils manquérent bientôt de vivres. On ne peut imaginer tout ce qu'ils souffrirent , tandis qu'ils furent chassés sur l'Océan au gré de la tempête. Ils passérent un grand nombre de jours sans avoir rien à manger ou à boire. La famine et la fatigue détruisirent peu à peu ce petit équipage. Il ne restait que quatre hommes, lorsque la pirogue chavira : la perte de ces quatre malheureux semblait inévitable : ils eurént cependant l'adresse et la force de saisir les bordages de l'embarcation , et de s’y tenir suspendus pendant quelques jours. Ils furent enfin jetés aux environs de cette île ; les naturels du pays détacherent tout de suite des pirogues qui les sauvèrent et les conduisirent à terre. L’un des quatre était mort, mais les autres vivaient encore; et ils racontérent à

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DES VOYAGES. 159 O-mai les détils miraculeux qu'on vient de lire. Ils vantèrent beaucoup le traitement amical qu’ils avaient reçu des naturels, et ils étaient si contens de leur sort, qu'ils refusèrent l'offre de nos messieurs, qui, à la sollicitation d'O-maï, leur proposérent de les ramener dans leur patrie. La conformité des mœurs et du langage les avait plus que naturalisés sur cette terre; les liaisons qu'ils y avaient formées, et qu'ils auraient eu bien de la peine à rompre aprés unesi longue habitude, expliquent assez pourquoi ils ne voulurent pas revenir au heu de leur naissance. Ils se trouvaient ici depuis plus de douze ans, car M. Anderson me dit qu'ils ne savaient rien de la relâche du capitaine Wallis à Taïu, en 1765 , et qu'ils ignoraient d’autres événemens aussi mémorables, tels que la conquête d’Ouliétéa par les habitans de Bolabola, antérieure à l’arrivée des Européens. M. Anderson m'apprit aussi qu'ils s’appelaient Orououté, Otirreroa, et Tavi: le premier était né à Matavai, dans l’île de Taïu; le second à Ouliétéa , et le troisième à Houaheiné.

« Le débarquement de nos messieurs sur cette île ne remplit pas mon objet, ainsi que je le disais tout à l'heure ; mais on doit le regarder d’ailleurs comme heureux. Il nous a procuré la connaissance d’un fait très-curieux et très-instrucuif. En effet, l'histoire qu'on vient de lire explique mieux que toutes les conjectures des savans comment les hommes se sont répandus sur les contrées de la

terre les plus éloignées, et en particulier sur les îles du grand Océan. (1)

« Les naturels du pays donnent à cette île le nom d'Ouatihou : elle gît par 20° 1” de latitude sud, et 201° 45° de longitude orientale. Elle a environ six lieues de circonférence; elle est d’un trésbel aspect ; on voit des collines et des plaines,

(Gi) Ilest vraisemblable que de pareils accidens sont communs dans le grand Océan. En 1696, deux pirogues, qui avaient à bord trente hommes ou femmes, et qui partirent d’Amorso , furent jetées, par les vents contraires et les orages, sur l'ile de Samal, l’une des Philippines, éloignée de trois cents lieues. Après avoir été promenés soixante et dix jours sur la mer, cinq d'entre eux moururent durant cette pénible traversée. Le tome XV, page 196 jusqu’à la page 215, des Lettres édifiantes et curieuses , raconte le fait en détail , et donne la description des îles dont je viens de parler. Le même volume, pages 282 et suivantes, cile une aventure pareille arrivée en 1721. Deux pirogues, dont l’une contenait vingt-quatre et l’autre six personnes , hommes, femmes ou enfans , furent chassées d’une île appelée Faroilep à l’île de Guam ou Guaham , l’une des Larrons ou des Mariannes ; mais elles n’eurent pas à essuyer autant de fatigue que les deux autres, car elles ne furent que vingt jours en mer. Il n’y a aucune raison de révoquer en doute l'authenticité de ces relations. Tous les écrivains modernes ont adopté les détails que contiennent les Lettres des jésuites sur ces îles, nommées aujourd'hui Carolines, et dont les Espagnols dûrent la connaissance à l’arrivée des deux dernières pirogues à Samal et Guam. Voyez les Voyages aux Terres australes, du président de Brosses, tome II, pages 443 et suivantes. Voyez aussi l'Histoire universelle moderne,

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et elle est couverte d’une verdure de plusieurs nuances. Nos messieurs trouvérent le sol léger et sablonneux aux endroits où ils passèrent la journée ; mais 1] est peut-être d'une autre qualité dans l’iniérieur du pays; car, à l’aide de nos lunettes, nous apercümes du vaisseau une teinte rougeätre sur les terrains qui s'élèvent. Les habitations des insulaires occupent les collines; nous en remarquâmes deux ou trois qui étaient longues et spacieuses. On y rencontre des cochons; et ses productions sont d'ailleurs les mêmes que celles de l’île que nous venions de quitter. Les habitans, auxquels nous montrâmes la position de Mangia; l’appeluient Oaouhavaraouah ; nom qui diffère tellement de Mangia Nooe Nainaioua, que, selon toute appa-

| rence, Oaouhavaraouakh est une troisième île.

« D’après les remarques qui précèdent, il

| paraît qu'Ouaïtiou sera peu utile aux vaisseaux | qui auront besoin de rafraîchissemens, à moins

qu'ils ne soient dans une nécessité absolue, Les naturels , connaissant aujourd'hui la valeur de

| quelques-unes de nos marchandises , on les déter-

minera peut-être à apporter des fruits et des cochons à un bâtiment qui louvoira près de la côte,

:ou à des canots mouillés aux environs du récif, à l'exemple des nôtres. Je ne sais toutefois si on y

trouvera de l’eau douce ; les naturels en offrirent

La nos messieurs, 1l est vrai, dans des cocos; mais

ils dirent qu’elle venait de fort loin ; et il n’y en

a, selon toute apparence, que dans une mare

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