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1064 HISTOIRE GÉNÉRALE à bord avec tous les canots avant la nuit. Mon ordre fut exécuté.
« La descente de M. Gore nous procura environ cent cocos pour chacun des vaisseaux; elle fournit d’ailleurs de l'herbe à notre bétail, et une quantité assez considérable de feuilles et de branches de jeunes palmiers, et de l'arbre appelé ouharra à Taïti, et pandanus des Indes orientales, par les naturalistes. Les branches du ouharra étant molles, spongieuses et remplies de suc, furent coupées en petits morceaux et données à notre bétail, qui les mangea sans répugnance; ainsi il est vrai, à la lettre, que nous le nourrimes avec des morceaux de bois.
« Cette île gît par 19° 15’ de latitude sud, et 201° 37’ de longitude orientale, à environ trois ou quatre lieues d'Ouaïtiou, où elle est appelée Otakoutata. Les insulaires nous en parlérent quelquefois sous le nom de Ouenoua-elté, ce qui signifie petiie île. M. Anderson, qui descendit à terre avec M. Gore, et qui en fit à peu prés le tour, conjecture qu'elle n’a pas plus de trois milles de circonférence. 11 m'a donné en outre les détails suivans : la grève en dedans du récif est composce d'un sable de corail blanc; derrière la grève, le terrain ne s'élève pas de plus de six ou sept pieds ; il est couvert d’un sol léger et rougeâtre ; mais il est entièrement dénué d’eau,
« On y trouve plusieurs groupes de cocotiers et un grand nombre d’ouharras. On y rencontre
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D qui débarqua avec M. Gore, apprêta cette plante
pour le dîner du détachement; mais elle ne parut
| pas trop bonne.
« Le seul oiseau qu'on aperçut parmi les arbres, était un joli coucou, châtain, tacheté de blanc.
LM. Gore le tua; il y avait sur la côte des goe- | lands, une petite espèce de courlis, des hérons
bleus et blancs, et beaucoup de noddis. Ces der-
mers faisaient alors leur couvée un peu plus loin À dans l’intérieur de l’île, et ils se perchaient souvent
, sur l’ouharra.
« Un de nos gens prit un lézard qui grimpait sur
jun arbre, et qui, malgré sa petitesse , paraissait | dangereux : on en vit un trés-grand nombre d'une | seconde espèce, Les buissons près de la mer étaient |remplis de jolies phalènes tachetées de rouge, de noir et de blanc : il y avait aussi plusieurs espèces
de phalenes différentes de celles-ci, ainsi que de jolis papillons et d’autres insectes.
« Quoique l’île ne fût pas habitée, des indices
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sûrs nous prouvérent que du moins elle est fréquentée quelquefois. On y trouva des cabanes. Il ÿ avait plusieurs grosses pierres érigées en forme de monumens sous des arbres, et plusieurs terrains enclos par d’autres pierres plus petites; on avait probablement enterré des morts en cet endroit : on rencontra s‘lleurs une quantité considérable de coquilles de pétoncles, d’une espèce particulière, sillonnée d’une manière agréable, et plus grosse que le poing : nous pensimes avec raison que cette terre avait éLé visitée par des hommes qui tiraient des coquillages une partie de leur subsistance. M. Gore laissa dans une de ces huttes une hache et des clous, dont la valeur excédait ce qu'il prit sur la côte. « Dés que les canots furent rentrés, je cinglai de nouveau au nord, avec un léger vent de l'est. Je voulais essayer de descendre à l’île d'Hervey, que javais découverte en 1773, durant mon second voyage'(1) : quoiqu’elle ne füt pas éloignée de plus de quinze lieues, je ne l’apercus que le 6, à là pointe du jour , dans l’ouest-sud-ouest , à environ trois lieues. À huit heures, nous en étions assez près ; nous vimes plusieurs pirogues qui partaient de la côte , et qui venaient à nous. Ce spectacle me surprit, car rien ne m'avait indiqué des habitans lorsque j'en fis la découverte. Quand j'y arrivai, en 1773, le vent était assez impétueux, et les (1) Voyez le second Voyage de Cook. On y lit que cette ile
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« Sur ces entrefaites nous avancions nous-mêmes vers l’île, et six ou sept doubles pirogues nous joignirent bientôt. Chacune portait de trois à six hommes. Elles s'arrétèrent à environ un jet de pierre du vaisseau. O-maï eut bien de la peine à les déterminer à venir le long de la Résolution ; mais ses démonstrations amicales et ses prières ne purent engager un seul des naturels à monter à bord. Leur maintien farouche et leur conduite bruyante n’annonçaient pas des hommes disposés à se fier à nous, ou à nous bien traiter. Nous apprîmes ensuite qu'ils avaient essayé d'enlever les avirons d’un canot de la Découverte, et frappé un de nos matelots qui sopposa à leurs desseins. Ils coupèrent de plus, avec une coquille, un filet rempli de viande, qui pendait à l'arrière du vaisseau de M. Clerke ; ils refusérent opiniâtrement de le rendre, et nous fùmes contraints de leur en payer la valeur. Ceux qui environnaient la Résolution se conduisirent avec Ja même andace: ayant converti une longue perche en crochet, ils s'efforcérent ouvertement de nous voler plusieurs choses, et ils vinrent à bout de prendre l'habit d’un de nos gens qui pendait en dehors du vaisseau, Ils me prouvérent en même
temps qu'ils avaient l'habitude de faire des échan-
ges ; ls nous vendirent du poisson, etentre autres des carrelets assez singuliers, tachetés comme du
porphyre, et des anguilles de la blancheur du fait, piquetées de noir : nous les payämes avec di: petits clous, qui leur firent un extrême plaisir , et qu'ils appelérent gouré. Au reste , ils saisissaient avec la plus grande avidité des morceaux de papier et tout ce que nous leur donnâmes : si ce que nous jetions tombait dans la mer, ils sautaient à l'instant au nulieu des flots afin de le ramasser.
«Ils ne ressemblent aux insulaires d’Ouaitiou ni par la figure ni par le caractère, quoique les deux Îles soient peu éloignées l’une de l'autre : leur teint est plus foncé; plusieurs avaient une physionomie grossière et farouche, et la peau bise comme les naturels de la Nouvelle-Zélande; mais celle de quelques-uns était assez blanche. Leurs cheveux noirs et forts flottaient sur leurs épaules ou étaient noués en touffes au sommet de la tête. Quelquesuns néanmoins les portaient courts, et deux ou trois d’entre eux les avaient bruns ou rougeüûtres. Une natte étroite qui faisait plusieurs tours sur la partie inférieure du corps, et qui passait entre les cuisses , composait tout leur vêtement. Nous vimcs un joli chapeau de plumes rouges dans l'une des pirogues. Ils n'avaient d'autre parure qu'une nacre de perle polie suspendue à leur cou. Aucun d’eux n'avait adopté l’ornement bizarre, si commun dans les îles du grand Océan; je veux dire que leurs corps n'étaient pas tatoués.
« Malgré cette différence, 11 nous fat démontré qu'ils descendent de la même race que les autres
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insulaires de cet océan. Leur idiome approchait encore davantage de la langue de Taïti que celui d'Ouitiou ou de Mangia. Ainsi que les habit:ars de ces deux îles, ils demandérent d'où venaient nos vaisseaux et où ils allaient ; comment s'appelait le commandant, et combien nous avions d'honimes à bord : ils imaginérent même que mon bâtiment avait un nom particulier, et ils voulurent le savoir. De Jeur côté, ils répondirent sur-le-champ aux ose nous leur fimes. Ils nous dirent quils avaient déja vu deux grands vaiss a reils aux re mais qu'ils nn d'entrevue avec les équipages, qui d “ vne ges, qui passérent sans s'arrêter. Il paraît hors de doute qu'il s'agissait de la RACE et de l'Aventure. Nous apprîmues jue leur île se nomme Teraouggemaou Ætoua , et qu ils sont sujets de Tirevatoui, roi d'Ouaitiou. D'après ce qu'ils nous dirent, leur île ne produit ni bananes, ni fruit à pain; on n’y trouve ni cochons, ni chiens, et les habitans se nourrissent de COCOS, de poisson et de tortues. 11 y eut un mose À . de leurs pirogues s’offrirent à nos egards : elles étaient assez grandes et bien faites : l'arrière ressemble os À . die l'avant se projette en saillie, à peu prés de la noie maniére; mais l'extrémité se replie vers le haut au lieu de se replier vers le bas. | ' Le vent était très-faible, et nous n'attcignimes qu'à une heure la côte nord-ouest de l’île, la seule partie où il parut vraisemblable que nous trouve-
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rions un mouillage et un lieu propre au débarquement. J'ordonnai au lieutenant King de prendre deux canots armés, et d’aller sonder et reconnaître la côte tandis que les vaisseaux couraient des bordées. Dés que les canots furent à la mer, les pirogues qui s'étaient tenues jusqu'alors près de nous, et qui avaient fait des échanges, suspendirent leur trafic; elles regagnérent l’île à force de rames, et elles ne revinrent plus.
« Les canots furent de retour à trois heures, et M. King m'informa qu'il n’y avait point de mouillage pour les vaisseaux , et que les canots pouvaient seulement débarquer au bord extérieur du réaif, situé à environ un quart de mille du rivage. Il me dit que les insulaires étaient arrivés sur le récif, armés de longues piques et de massn:s, comme s'ils avaient voulu s'opposer à sa descente; qu'il s'approcha néanmoins, et qu’alors les naturels lui jetérent des cocos, et l’engagèrent à descendre : que sur ces entrefaites 1l vit les femmes qui apportaient en hâte des piques et des dards; mais que, n'ayant point de dessein de débarquer, il ne leur fournit pas l’occasion de s’en servir.
« D'après ces détails, je considérai que , les vaisseaux ne pouvant mouiller, je perdrais du ten: s si j'essayais de me procurer du fourrage, et que ectte opération serait un peu dangereuse. D'ailleurs, nous avions aussi besoin d’eau; et quoique les habitans eussent dit qu’on en trouvait sur l’île, j'ignorais en quelle quantité et à quelle distance.
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