‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 3)Chapitre 23 sur 27 · DER TIR · texte numérisé non relu

DER TIR

182 HISTOIRE GÉNEFRALE

« Une autre cause ne contribue peut-étre pas moins à l'accroissement de ces îles, et explique comment la mer s’est éloignée des rochers troués dont j'ai parlé plus haut. Il me paraît que le banc de corail et le récif s'étendent de jour en jour sous les flots d’une maniére impercepuble, Les vagues, se retirant à mesure que la largeur et la hauteur du récif augmentent, laissent derriere elles un rocher sec, prêt à recevoir des morceaux de corail brisés, du sable et les divers matériaux nécessaires à la formation d’un terre qui produise des végétaux.

« Ainsi on ne peut guère douter que le réf entier ne devienne une île avec le temps. Je pense

les détails suivans, qui confirment l'opinion du capitaine Cook : « Les arbres très-nombreux dans le dernier des ilot « sur lequel nous descendimes, avaient déjà formé de leurs « débris des terres que la mème cause élevera par la suite « des temps à la hauteur des petites collines. Ils se trouvaient «en moindre quantité sur le premier, qui n'’offrit aucune « éminence , et qui indiqua cependant d’une manière plus « sensible l’origine de ces terres ; car, tout près de cet ilot, « y en a un second plus petit, formé sans doute depuis peu « on n’y trouvait aucun arbre, mais on y voyait une multi « tude d’erbrisseaux , et quelques-uns sur des morceaux à «corail jetés par la mer. Je remarquai un peu plus avan « une autre chose qui donne une nouvelle force à cette thi

« rie ; je veux parler de deux bandes de sable de centcinquan! « pieds de long , et d’un pied ou dix-huit pouces de haut « qui étaient sur le récif, et qui n’avaient pas encore un à

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que l'accroissement des îlots déjà formés, ou la formation de quelques îlots nouveaux, sur les lits de corail qu’on rencontre dans la lagune, et qui doivent s'élever assez pour se montrer au-dessus du niveau des flots, l’agrandiront peu à peu du côté intérieur. »

Après avoir quitté l’île Palmerston , le capitaine Cook mit le cap à l'ouest, afin d'arriver promptement à Anamocka. Les vents continuérent à être variables , et ils se tinrent souvent entre le nord et l'ouest, avec des rafales, du tonnerre et beaucoup de pluie. Ces pluies, en général très-abondantes, lui procurérent une quantité considérable d'eau douce. Voyant qu’une pluie d’une heure lui en donnait davantage qu’une disüllation prolongée durant un mois, il fit mettre de côté la machine à dessaler, comme une chose plus incommode qu'utile.

La chaleur, qui était forte depuis environ un mois, devint beaucoup plus désagréable sous ce ciel constamment pluvieux. Cook ne pouvait ni tenir les vaisseaux à sec, ni ouvrir les écoutilles, et l'humidité l’effrayait pour la santé des équipages. Il faut observer que, depuis son départ du cap de Bonne-Espérance, il n’avait pris des rafraîchissemens qu'à la Nouvelle-Zélande, et que, malgré les nourritures salées et la vicissitude du climat, 1l n'avait pas un seul malade. Il se trouva le 28 avril sur la côte d’Anamocka.

Il ne mouilla que le 1°° mai dans un des havres de cette île.

« En arrivant au mouillage, nous fümes retardés, dit Cook, par une multitude de pirogues qui environnérent sans cesse nos Vaisseaux , Et NOUS aPportérent diverses productions de leur île. Quelquesunes étaient doubles et munies d’une grande voile, et portaient quarante à cinquante hommes chacune,

Elles manœuvraient autour de nous aussi lestement que si nous avions été à l'ancre. Nous y vimes plusieurs femmes que la curiosité amena peut-être : j'ajouterai toutefois qu’elles ne mirent pas moins d’ardeur que les hommes à faire des échanges, et

qu'elles maniaient la pagaie avec la même dextérité. Je mouillai au même endroit que j'avais occupé trois années auparavant ; et vraisemblablement à peu de distance de celui où Tasman , qui découvrit celte terre et quelques-unes des îles voisines, mouilla en 1643.

« Le lendemain, dans la matinée, tandis qu’on se préparait à aller remplir les pieces à eau, je descendis à terre avec le capitaine Clerke et quelques officiers pour fixer le lieu où l’on établirait l'observatoire et la garde. Les naturels nous avaient permis deb ré de choisir l'emplacement ; ils nous accordérent aussi une remise à pirogues pour nous servir de tente, et ils nous recurent de la maniére la plus affectueuse. Toubaou, le chef de l'île, nous mena, O-maï et moi, dans sa maison: nous la trou vâmes située dans un emplacement charmant , au centre de sa plantation : un joli gazon l’entourait, et Toubaou nous dit que c'était pour nettoyer Îles

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pieds de ceux qui entraient chez lui. Jusqu’alors je n'avais remarqué cette recherche de propreté sur aucune des îles du grand Océan ; mais je vis ensuite qu'elle était très-commune aux îles des Amis. Le plancher de la maison de Toubaou était couvert de naLtes : les tapis des salons anglais les plus élégans ne sont pas plus propres. Tandis que j'étais à terre, j'achetai quelques cochons et des fruits ; en arrivant à bord, je trouvai les vaisseaux remplis d’insulaires. Is n’étaient pas venus les mains vides, et nous avions des rafraîchissemens dans la plus grande abondance. L'après-dînée , je descendis de nouveau à terre avec un détachement de soldats de marine, les chevaux et ceux de nos bestiaux qui étaient malades. Tout étant disposé à ma satisfaction, je retournal au vaisseau au coucher du soleil, laissant à M. King le commandement à terre. Taïpa, qui était devenu notre intime ami, et qui semblait être le seul qui s'occupât de nous pour se trouver près de notre détachement la nuit ainsi que le jour, se fit apporter sa maison sur les épaules d’un homme l'espace d'un bon quart de mille , et la plaça près de la remise qu'occupait ma petite troupe.

« Nos diverses opérations à terre commencérent le 5 : quelques-uns de nos gens cueillirent de l'herbe pour le bétail, d'autres remplirent les futailles à l'étang voisin; et un troisième détachement coupa du bois; il s'en trouvait vis-à-vis des vaisseanx , et dans un lieu trés-commode pour l’embarquement, une grande quantité propre an chauffage ; il était

naturel de commencer par abattre ces arbres; mais les arbres que nos matelots prirent mal à propos pour des mancenilliers, et qui étaient une espèce de poivrier, appelée faitanou par les naturels, rendaient un suc blanc si corrosif, qu’il faisait naître des ampoules sur la peau, et offensait les yeux. Les travailleurs furent obligés d'abandonner cet endroit et d'aller dans l’anse, où était postée notre garde, et où l’on embarquait de l’eau. Les naturels nous ÿ cédèrent d’autres bois plus convenables à l'usage que nous en voulions faire. MM. King et Bayley prenaient sur ces entrefaites des hauteurs correspondantes du soleil, afin de déterminer le mouvement journalier des garde - temps. Au moment où les insulaires s'éloignérent de notre camp, le soir, Taïpa les harangua. Nous ne pûmes que deviner le sujet de son discours ; nous jugeâmes qu'il les in- Struisait de la manière dont ils devaient se conduire envers nous, et qu'il les encourageait à apporter au marché les productions de l’île. Son éloquence produisit pour nous de bons effets, car on nous apporta beaucoup de provisions le lendemain.

«Le4, la Découverte perdit son ancre d’affourche parce que le câble fut coupé par les rochers. On examina les câbles de Za Résolution, qui se trouvérent en bon état.

« LeG, nous recûmes la visite d’un chefde Tongatabou qui se nommait Finaou , et que Taïpa présenta comme le roi de toutes les îles des Amis. Jappris alors qu'immédiatement après mon arrivée,

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ment où ce chef arriva, tous les insulaires eurent ordre d'aller à sa rencontre ; que, pour lui témoigner leur soumission, ils se prosternérent jusqu'à terre, et qu'ils Ini touchèrent la plante des pieds avec la paume puis avec le revers de leurs mains : il paraissait clair qu'un homme accueilli d’une maniére si respectueuse était véritablement le rot.

« Je reçus bientôt de ce grand personnage un présent de deux poissons que m'apporta un de ses domestiques, et j'allai lui faire une visite l'aprésdînée. Il s’approcha de moi dès que je fus débarqué ; il paraissait âgé d'environ trente ans ; il était grand, mais mince; sa physionomie, de toutes celles que j'avais vues , ressemblait davantage à celle des Européens. Je lui demandai , après les premières salutations, s’il était le roi ; car, ne le

‘reconnaissant pas pour celui que j'avais vu dans

mon second voyage , je commencais à avoir des doutes, malgré ce qu'on m'avait dit. Taïpa sem pressa de répondre affirmativement pour lui, et il ne compta pas moins de cent cinquante-trois îles, dont il assura que Finaou était souverain. Aprés une courte visite, Finaou m’accompagna à bord, avec six personnes de sa suite. Je leur fis des présens convenables, et je les traitai de la manière que je crus la plus conforme à leurs goûts.

« Je les reconduisis à terre le soir. Le chef, pour

188 NISTOIRE GÉNÉRALE

me remercier des présens qu'il avait reçus, fit mettre trois cochons dans mon canot. J’appris alors un accident qui venait d'arriver, et dont je vais parler avec quelques détails, parce qu'il donnera une idée de l'étendue du pouvoir que les chefs exercent ici sur le bas peuple. Tandis que Finaou était à bord de mon vaisseau , un chef inférieur , par des raisons que notre détachement ne put découvrir, ordonna aux naturels de s'éloigner du poste que nous occupions. Quelques - uns s'étant hasardés à revenir, il prit un gros bâton, et les frappa sans pitié. 1] asséna un coup si vigoureux sur le visage de l’un d'eux , que le sang jaillit par la bouche et les narines de ce malheureux qui tomba sans connaissance , eut ensuite des convulsions , et fut emporté. Ce chef brutal, à qui l’on vint raconter qu'il avait tué cet homme, ne fit qu’en rire ; 1létait evident qu’il n’éprouvait pas le moindre regret de ce meurtre, Nous apprîmes depuis que le blessé n’était pas mort.

« La Découverte ayant relevé sa petite ancre d'affourche, changea de mouillage le 7, parce que son meilleur câble avait été coupé comine l’autre. FinaOu vint dîner avec moi le même jour ; il y revint aussi le lendemain , accompagné de Taïpa, de Toubaou et de quelques autres chefs. J’observai que Taïpa eut seul la permission de s'asseoir à la même table , ou même de manger en sa présence. J'avoue que cette étiquette me fit plaisir; car, avant l’arrivée de Finaou , j'avais plus de convives que je ne

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pouvais en loger, des hommes et des femmes venant en foule s'emparer de ma table, Les habitans des îles des Amis n’ont pas, comme les Taïtiens, refusé aux femmes le droit de manger avec les hommes.

« On nous avait volé une grande hache dés le premier jour de notre arrivée. Je m’adressai à Finaou pour qu'il interposât son antorité afin qu'on me la rendit ; il donna en effet ses ordres, et on les exécuta si promptement , que la hache me fut rapportée à bord le lendemain , tandis que nous étions à dîner. Ce peuple nous fournit des occasions fréquentes de remarquer son adresse à voler. Quelques-uns des chefs eux-mêmes ne jugérent pas que le larein ft au-dessous de leur dignité. Le 9, l'un d'eux fat surpris emportant sous ses habits la manivelle de la machine avec laquelle nous tordions nos fils de carets ; je le condamnai à recevoir douze coups de fouet ; et je le tins aux arrêts jûsqu'au moment où il racheta sa liberté avec un cochon. Depuis cette époque, nous ne rencontrâmes plus de filoux d’n rang distingué. Lenrs domestiques , ou leurs esci:ves, se hivraient cependant toujours à ces vilaines pratiques ; et les coups de fouet ne semblaient pas produire plus d'effet sur eux que sur un morceau de bois. Lorsqu'on en surprenait un en flagrant délit, son maître, loin d'intercéder en sa favenr, me conseillait souvent de tuer le coupable. J'étais bien éloigné de suivre ce conseil, et les voleurs, en général, échappaient

à tout châtiment , car ils paraissaient aussi insensibles à la honte qu'aux coups. Le capitaine Clerke imagina enfin une punition qui me sembla les contenir un peu: il mit les voleurs entre les mains du barbier, qui leur rasa entièrement la tête. Nous les renvoyions ainsi couverts de ridicule aux yeux de leurs compatriotes ; et nous mettions nos gens en état de les empêcher de commettre de nouvelles friponneries en les tenant éloignés.

« Finaou recherchait tellement notre compagnie , qu'il dinait tous les jours à bord , quoiqu'il lui arrivât quelquelois de ne pas partager notre repas. Le 10, par exemple, ses domestiques lui apportérent du poisson, une soupe et des ignames. Au lieu d’eau pour la soupe, c'était du jus de cocos dans lequel on avait fait cuire le poisson, vraisemblablement dans un vase de bois, au moyen de pierres chaudes ; mais on lapporta dans une feuille de bananier. Je goülai ce mets, et je le trouvai si bon , que j'ordonnai ensuite d'apprèter du poisson de la même manière. Mon cuisinier réussit assez bien, sans cependant approcher jamais de la perfection de ses modèles.

« Comme nous avions épuisé cette île , et qu'il y restait peu de cochons ou de fruits, le 1 1 on reconduisit à bord les chevaux, les observatoires, et les autres choses que nous avions débarquées, ainsi que le détachement de marine qui montait la garde à terre, Jesongeais à appareiller dès qne la Découverte aurait retrouvé sa seconde ancre. Finaou, com-

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prenant que je voulais passer tout de suite à Tongatabou, me pressa vivement de changer de projet. L'aversion que lui inspirait ce voyage, me fit penser qu'il était intéressé à m'en détourner. Il n'exhorta avec beaucoup d’instances de préférer une île ou plutôt un groupe d'îles appelé Æapaï, situé au nord-est. Il m'assura que nous y trouverions des rafraîchissemens de toute espèce, et en grande abondance ; et, pour donner plus de poids à ce qu'il disait, il promit de nous accompagner. Je me rendis à ses pricres, et je décidai que nous irions d’abord à Hapaï. Aucun vaisseau européen n'y avait abordé , et je désirais connaître les mœurs des habitans.

« Le 12 et le 13 se passèrent à essayer de recouvrer l'ancre du capitaine Clerke ; après beaucoup de peines, nous en vinmes à bout, et nous partimes d'Anamocka le 14 au matin.

« Cette terre est un peu plus élevée que les autres petites îles qui l'environnent ; mais on ne peut la compter, comme celles de Mangia et d'Ouxitiou , parmi celles d’une hauteur modérée. La côte, à l'endroit où mouillérent nos vaisseaux, est un rocher de corail escarpé et haché, de neuf à dix pieds d'élévation, excepté en deux endroits où il y a des grèves sablonneuses dont l'entrée est traversée par un récif de la même espèce de rocher, qui les met à l'abri de la lame. La lagune d’eau salée qui est au milieu de l’île à environ un mille et demi de largeur; le terrain qui l’environne s'élève

comme un banc par une pente insensible; nous ne pümes découvrir sa communication avec la mer. Le terrain qu'on traverse pour y arriver, depuis la grève sablonneuse la plus grande, est plat, bas et sahlonneux ; il est probable que la communication était autrefois de ce côté. Le sol, dans

les cantons de l'île qui s'élèvent un peu, et parti-

culiérement vers la mer, est une espèce d'argile rougeñtre, Ou un terreau noir et léger, On n’v voit pas un seul courant d'eau douce,

« L'ile est bien cultivée, excepté un petit nombre d'endroits qui parurent être en friche : mais on les laisse seulement reposer ; car les naturels y travaillaient souvent pour les cultiver de nouveau. Les plantations offrent surtout des ignames et des bananes. La plupart sont très-étendues et enfermées par de jolies haies de roseaux disposées en travers les unes des autres en ligne oblique, et d'environ six pieds de hauteur, En dedans de ces haies, nous en vimes fréquemment une seconde qui entourait les maisons des principaux personnages. Les arbres à pain et les cocotiers sont épars sans beaucoup d'ordre, mais principalement près des habitations ; les autres parties de l'île, surtout vers la mer et aux environs de la lagune, sont couvertes d'arbres et d’arbrisseaux d'une végétation trés- visoureuse. Les environs de la lagune sont garnis d'un grand nombre de palétuviers , et les rivages de la mer, d'une quantité considérable

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DES VOYACES. 10

rochers et toutes les pierres paraissent être de la nature du corail : j'en excepte néanmoins un rocher de vingt ou de trente pieds de hauteur, situé à droite d’une des grèves sablonneuses, qui est d'un calcaire jaunâtre et compacte ; même dans cet endroit, qui est la partie la plus élevée de l'île, on voit que de gros rochers de corail forment la côte.

« Nous nous promenämes beaucoup dans l'in térieur du pays, et jamais les naturels ne s’y opposérent. Nous nous amusâmes quelquefois à tirer des canards sauvages, peu différens du millouin, qui sont trés-nombreux sur la lagune d’eau salée, et sur l'étang d’eau douce où nous remplîimes nos futailles. Durant ces excursions, nous observâmes : souvent que les insulaires avaient abandonné leurs maisons pour se rendre à notre marché ; ils ne semblaient pas craindre qu’en rôdant au milieu de l'ile, nous prissions quelque chose qui leur appartint. Quoique cette circonstance pût nous faire croire que la plupart des naturels se trouvaient quelquefois rassemblés sur la grève, il ne fut pas possible de former une évaluation exacte de leur nombre; car l'arrivée continuelle d’une foule d'étrangers qui venaient des autres îles nous aurait trompés dans nos calculs. Cependant, comme il ne parut jamais y avoir plus de mille personnes à la fois, la population entière de cette terre n’ex-

| cède peut-être pas deux nulle âmes.

« Au nord et au nord-est d'Anamocka, en allant XXI 13

194 HISTOIRE GÉNÉRALE directement à Hapaï, route que nous suivions, je ne pus pas m'assurer qu'il existât un passage libre ou sûr pour des bâtimens de la grandeur des nôtres, au milieu des écueils et des rochers qui environnent ce groupe , quoique je visse les pirogues des naturels naviguer dans les intervalles. La mer est parsemée d’un grand nombre de petites îles : c'est pourquoi, en quittant Anamocka, je dirigeai ma route à l’ouest de ces îles, vers Kao et Tofoa, les deux îles occidentales les plus en vue. Finaou et les gens de sa suite restèrent à bord de Za Résolution jusqu'a midi. Alors il se mit dans la grande pirogue qui l'avait amené de Tongatabou, et navigua au milieu du groupe d'îles dont je viens de parler, et le long desquelles nous étions alors. Une marée ou un courant de l’ouest nous en avait beaucoup rapprochés.

Ces îles sont dispersées à différentes distances, eten général aussi bautes qu'Anamocka; mais elles n’ont que deux ou trois milles de longueur, et quelquefois même un demi-mille seulement, où moins encore. Leurs côtes présentent des rochers escarpés comme ceux d'Anamocka , ou des falaises rougeâtres ; quelques-unes ont des grèves de sable qui se prolongent sur toute leur longueur. La plupart sont entiérement couvertes d'arbres, parmi lesquels on disungue un grand nombre de cocotiers; et cha cune offre le coup d’oœil d’un joli jardin placé au milieu de la mer. Le beau temps que nous avions alors augmenta le charme de ce riant paysage; nous

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nous croyions transportés dans le pays des fées. La théorie que j'ai donnée plus haut, sur la formation de l'île Palmerston, paraît applicable à quelques-unes de celles-ci ; car nous en aperçûmes une qui n’était composée que de sable, et une seconde sur laquelle il n’y avait encore qu’un arbrisseau ou un arbre. »

Le capitaine Cook mouilla, le 17 mai, dansune des rades de Lefouga , une des îles qui forment le yroupe de Hapaï ; 11 y fut reçu de la manière la plus amicale, et on lui donna des fêtes champétres, dont la description amusera sans doute les lecteurs.

« Dès que nous eûmes mouillé, dit-il, les vaissceaux furent remplis de naturels , et entourés d’une multitude de pirogues. Les insulaires nous apportérent des cochons, des volailles, des fruits et des racines, qu'ils échangèrent contre des haches, des clous, des grains de verroterie et des étoffes. Finaou et O-maï arrivèrent à bord au lever du soleil, afin de me présenter aux habitans de l’île ; et je

| descendis bientôt sur la côte avec eux ; nous dé-

barquâmes dans la partie du nord de Lefouga, un peu à droite de notre mouillage.

« Le chef me conduisit à une maison, ou plutôt à une cabane située prés de la grève, et que j'avais vu apporter quelques minutes auparavant. Nous nous y assimes, Finaou, O-maï et moi. Les autres chefs et la multitude formaient un cercle en dehors vis-à-vis de nous, et ils s’assirent également.

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On me demanda combien de temps je voulais de- Le (ll meurer dans l’île : je répondis que je me propo- les | l sais d'y rester cinq jours. Alors on ordonna à Taïpa core (l | de venir s'asseoir pres de moi, et d'annoncer ceuc dan | nouvelle. Il harangua en effet le peuple, et Finaou >

Jui soufila la plus grande partie de son discours. (os Selon le rapport d'O-mai, l’orateur essaya de prou- doc ver qu’ils devaient tous, jeunes et vieux, me regar- bonn der comme un ami qui voulait passer quelque rtail temps avec eux, et que durant mon séjour ils de- br vaient s’ahstenir de me voler et de m'inquiéter ; il ice exhorta ensuite ses auditeurs à apporter aux vais- que I seaux des cochons, des volailles, des fruits, etc. , ons et 1l leur fit la description des diverses choses ser L qu’ils recevraient en échange. Taïpa eut à peine route

terminé sa barangue, que Finaou nous quittt. D Lblo. Taïpa profta de son absence pour me dire que j'étais obligé de faire un présent à Iroupa, chef de l’île. Comme je m'attendais à cet avis, je lui fis

mMmOrn6 une S

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un présent plus riche qu'il ne l’espérait. Voyant danse que j'étais si généreux, deux chefs d’une autre île EE oil qui se trouvaient à l'assemblée, et Taïpa lui-même, foie

me demandérent quelque chose pour eux. Je les

où jé nt k Ne contentai. Finaou revint au moment où j'achevais

rels vi de ret que t de ma {uule

mes largesses ; 11 parut fâché contre Taïpa, qu

m'avait laissé donner tant de choses; mais, per-

suadé qu'il agissait de concert avec eux, je ne fus

pas dupe de sa finesse. I] reprit sa place auprès de moi ; il ordonna à Iroupa de s'asseoir à ses côtés. et de haranguer le peuple à l'exemple de Taïpa:

«C quitt

ats de-

propoà Taipa er CeLtc Finaou discours.

e‘proue regarquelque r ils deuéter ; 1 aux valsits, LC. , es choses t à peine 1S quitta.

dire que

upa, chef

, jC Jui fs it, Voyant 1e autre île lui-même, eux. Je es 1 J'achevais l'aipa , qu mais, per- , je ne fus

Lt e auprés de

à ses CÔLÉS.

de Taipa :

il indiqua à l’orateur, comme la premiére fois, les principaux points du discours, qui roula encore sur notre arrivée et sur la manière amicale dont il fallait nous accueillir.

« Ces cérémonies achevées, le chef me mena à trois mares qui, suivant lui, contenaient de l'eau douce : l’une des trois offrait en cffet une eau assez bonne, et il n'était pas diflicile d'y remplir nos futailles. Apres avoir examiné l’aiguade, nous retuurnämes à notre premiére station, Où j'aperçus un cochon cuit au four , et des ignames fumantes, que les naturels se disposaient à porter à bord pour mon dîner. J'invitai Finaou et ses amis à venir manger le cochon et les ignames, et nous primes la route du vaisseau ; mais Finaou seul s’assit à ma table, Après diner, je les conduisis à terre, et au moment où je me rembarquai, le chef me donna une grosse tortue, et une grande quantité d’ignames. Nous avions des rafraîchissemens en abondance ; car dans le cours de cette journée, la Résolution acheta vingt petits cochons, outre des fruits et des racines. On m'apprit qu'au moment où j'étais descendu à terre le matin, un des naturels vint à bord et ordonna à tous ses compatriotes de retourner sur l’île. Il voulait vraisemblablement que tous Îles insulaires assistassent à la cérémonie de ma réception ; cur, dès qu’elle fut terminée, une foule d’entre eux revinrent au vaisseau,

« Le lendemain, Finaou et O-maï, qui ne se quittaient guère, et qni avaient passé la nuit à

terre, arrivèrent à bord de très-bonne heure. Ils mitd me dirent l'un et l’autre qu'on m'attendait dans tier, île. Je m'y rendis bientôt avec eux, et on me À nt conduisit à l'endroit où je m'étais assis Ja veille : dur jy trouvai un concours nombreux d’habitans déjà 1ié d rassemblés , ct je jugeai qu'on préparait quelque ils e chose d’extraordinaire ; mais je ne devinais pas ce le sp que c'était, et O-maï ne pouvait me l’apprendre. LE un

« Je fus à peine assis, que je vis poraître environ des £ cent insulaires qui s’avancèrent à notre gauche, il pr chargés d'ignames, de fruits à pain, de bananes, cepta de cocos et de cannes à sucre. Ils déposérent dote leurs charges, et ils en formérent deux tas on Lattr pyramides. Bientôt après, d’autres naturels arri- ce qu

A] . 4 A vérent sur notre droite , et apportérent les mêmes ce qu CE] . » , | | :4 Sue.

provisions, dont ils firent également deux pyri sort

mides de ce côté. Ils attachérent sur la pyramide

chef; de notre droite deux cochons et six volailles; et tite

sur celle de notre gauche, six cochons et deux

juges , . ° , :

tortues. Iroupa s’assit devant Ja pyramide de Ja os gauche, et un autre chef devant la pyramide de la du cé

. e 9. e. LA * droite. Je pensai qu ils avaient rassemblé cette dé contribution par ordre de Finaou , auquel on pa- “À

0 . e. CE . . CES raissait obéir ici avec autant de soumission qu'à d'inté

Anamocka, et qu'il avait beaucoup d'autorité sur LE furen

| ARR les chefs de Hapaï. gilat | « Les hommes qui avaient apporté ces provi- EE &oux

sions eurent soin de les étaler de la manière la plus Æ ceux pittoresque , et ils allèrent ensuite se joindre à k EE om multitude rangée en cercle autour des deux pyra-

arriv(

ure. Ils ait dans , on me veille :

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DES VOYAGES. 199 mides. Des guerriers, armés de massues de cocoticr, pénétrérent ensuite dans l'enceinte, et défilèrent devant nous. Après avoir fait des évolutions durant quelques minutes, ils se retirérent la moitié d'un côté et le reste de l’autre, et ils s’assirent. ils entrérent bientôt en lice , et 1]s nous donnérent le spectacle de plusieurs combats singuliers. Un champion se levait, 1l s'avancait ficrement , et, par des gestes expressifs, plutôt qu'avec des paroles, il proposait un défi à la troupe opposée. Si l’on acceptait le cartel, ce qui arrivait ordinairement, les denx champions se mettaient en atutude de combattre, et ils se chargeaient mutuellement jusqu’à ce que l’un ou l’autre avouât sa défaite, ou jusqu'à ce que leurs armes fussent brisées. A la fin de ces combats , le vainqueur venait s’accroupir devant le chef; 1l se relevait ensuite, et s’éloignait. Sur ces entrefaites, quelques vieillards qui paraïssaient les juges du camp, lui donnaient des éloges en peu da mots ; ct les spectateurs, surtout ceux qui étaient du côté du vainqueur, célébraient sa victoire par denx ou trois exclamations de joie.

« Il y cut de temps en temps quelques minutes d'intervalle d’un combat à l’autre. Ces entr'actes furent remplis par des combats de lutte et de pugilat. Les premiers ressemblaient entiérement à ceux de Taïu, et les seconds différaient peu de ceux de la populace d'Angleterre. Ce qui nous étonna le plus, fut de voir deux grosses femmes arriver an milieu de la lice, et se charger à coups

de poing , sans aucune cérémonie, et avec autant d'adresse que les hommes. Leur combat ne dura pas plus d’une demi-minute, et l'une d'elles s’avoua vaincue. L'héroïne victorieuse reçut de l'assemblée les applaudissemens qu'on donnait anx hommes dont la force ou la souplesse avaient triomphé de leur rival. Nous témoignâmes du dégoût pour cette partie de la fête : mais notre improbation n'empêcha pas deux jeunes filles de se présenter sur l'arène: elles paraissaient avoir du courage , et elles se seraicnt sûrement porté des coups vigoureux , si deux vieilles femmes n'étaient venues les séparer. Ces divers combats eurent lieu en présence au moins de trois mille personnes, et les champions montrérent beaucoup de bonne humeur : cependant hommes et femmes recurent des coups dont ils dürent se ressentir assez Jlong-temps aprés.

« À la fin de ces jeux, le chef me dit que le tas de provisions à notre droite était destiné à O-mai; et que celui de notre gauche, qui comprenait à peu près les deux tiers du tout, était pour moi. Il ajouta que je pouvais les faire porter à bord quand je le voudrais ; qu'il serait inutile de les environner d'une garde, et que les naturels n’en ôteraient pas un seul coco. Il avait raison , car je retournai diner au vaisseau avec ce chef, laissant ces provisions à terre; et lorsqu’on les embarqua dans l’après-midi, nous reconnûmes qu’on n’y avait pas touché. Il y en eut assez pour charger quatre canots : je fus trés-

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DES VOYAGES. 201 chefs des îles du grand Océan ne m'avait jamais fait un présent si magnifique. Je m'empressai de prouver à mon ami que je n'étais pas insensible à sa générosité, et je lui donnai toutes les choses auxquelles je crus qu’il mettait du prix. Il fut si satisfait de mes dons, qu'immédiatement après son arrivée à terre, 1l m'envoya encore deux cochons, une quantité considérable d’étoffes , et des ignames.

« Finaou avait désiré voir nos soldats de marine faire l'exercice. Afin de lui procurer cette satisfaction, j'ordonnai aux soldats des deux vaissraux de se rendre à terre dans la matinée du 20. Après différentes évolutions, ils firent plusieurs décharges ; l'assemblée, qui était très-nombreuse, parut enchantée, Le chef nous offrit à son tour un spectacle où les naturels déployèrent une adresse et une précision extrêmes, et nous le trouvâmes bien supérieur à nos manœuvres militaires, C'était une espèce de danse, si différente de celles que j'avais vues jusqu'alors, que je crains de ne pouvoir la décrire à mes lecteurs. Elle fut exécutée par des hommes ; cent cinq acteurs y prirent part. Chacun d'eux tenait à la main un instrument, à peu prés de la forme d’une pagaie, de deux pieds et demi de longueur , qui svait un petit manche , et une pale de peu d'épaisseur , et était très-léger. Ils l'agiterent d'un nombre infini de manières , en prenant diverses attitudes, ou faisant divers mouvemens. Les acteurs se rangèrent d’abord sur trois lignes ; et, par différentes évolutions, chacun changea de

place , de sorte que ceux qui s'étaient trouvés en arricre se trouvérent en avant. Ils ne gardaient pas long-temps la même position; chaque fois qu'ils en changeaient, c'était toujours par des mouvemens trés-vifs. Ils s'étendirent d'abord sur une seule ligne, ensuite ils se formérent en demi-cercle, et enfin en deux colonnes. Tandis qu'ils achevaient cette dernière évolution, l’un d'eux s’avança, ct exécula devant moi une danse grotesque , qui termina le spectacle.

«Ia avait d'autres instrumens que deux tambours , ou plutôt deux troncs d'arbres creusés, que l'on frappait avec un morceau de bois, et d’où l’on trait quelques tons. 11 me parut néanmoiris que les danseurs étaient dirigés non par ces tons, mais par un chœur de musique vocale , auquel leur voix se joignait. Leur chant avait une sorte de mélodie, ct les évolutions ou les pas qui répondaient à ce chant s exécutaient avec tant de justesse et de vivacité, que la troupe nombreuse des acteurs semblait ne former qu'une grande machine. Nous pensämes tous qu'un pareil spectacle serait universellement applaudi sur un théâtre d'Europe; il surpassa, comme je l'ai déjà dit, tout ce que nous avions imaginé pour les divertir, et ils eurent l'air de sentir leur supériorité sur nous. Excepté le tambour , ils ne faisaient aucun cas de nos instrumens de musique, encore le jugeaient-ils inférieur au leur. Nos cors de chasse en particulier excitérent leur mépris; car ni ces insulaires ni aucun de ceux

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« Afin de leur donner une opinion plus favorable de nos amusemens, et de leur inspirer un sentiment profond de notre force et de notre adresse , je fis préparer des feux d'artifice qui furent tirés le soir, en présence de Finaon , des autres chefs et d’une multitude d’habitans. Des pièces gälées manquérent ; mais celles qui étaient en bon état réussirent parfaitement, et remplirent trèsbien les vues que je me proposais. Les fusées vo- Jantes et les serpenteaux causérent surtout un plaisir et un étonnement qu'on ne peut concevoir ; alors les insulaires convinrent qu’en fait de spectacles nous en savions plus qu'eux.

« Cette supériorité de notre part les excita à nous donner de nouvelles preuves de leur dextérité; et, dés que notre feu d'artifice fut terminé, nous vimes commencer une suite de danses que Finaon avait ordonnées pour nous divertir. Une bande de dixhuit musiciens vint d’abord s'asseoir devant nous, an milieu d’un cercle qui était composé d’une foule nombreuse de spectateurs , et qui devait servir de théâtre. Quatre ou cinq d'entre eux tenaient chacun un grand morceau de bambou de trois à cinq ou six pieds de longueur qu'ils tenaient à peu près dans une position verticale ; l'extrémité supérieure était ouverte, et l'extrémité inférieure fermée par un des nœuds. Ils frappaient la terre avec cette extrémité inférieure, constamment, mais lentement : ils produisaient ainsi divers tons, suivant

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la longueur des bambous, mais chacun de ces tons était grave ; afin d'établir des contrastes, un autre homme frappait trés-vite, avec deux bâtons, un morceau de la même substance, fendu et étendu à terre, et il en tirait des tons aussi aigus que les premiers étaient graves. Le reste des musiciens , ainsi que ceux qui jouaient du bambou , chantaient un air doux et lent, qui tempérait si bien l'âpreté des sons des instrumens dont je viens de parler, qu'un auditoire habitué aux modulations les plus parfaites et les plus variées de sons mélodieux , aurait admiré la forte impression et l'effet agréable qui résultait de cette harmonie simple.

« Aprés ce concert, qui dura environ un quart d'heure, vingt femmes entrèrent sur la scène, ayant Ja plupart la tête ornée de guirlandes de roses de la Chine, ou d'autres fleurs cramoisies, Plusieurs avaient le corps paré de guirlandes de feuilles d'arbres, découpées avec beaucoup de délicatesse. Elles formérent un cercle autour des musiciens qu’elles regardaient en face , et elles commencérent par chanter des airs tendres, auxquels le chœur répondit sur le même ton : elles accompagnérent leur voix de mouvemens de leurs mains, qui se portaient avec grâce vers leur visage et vers la poitrine, en même temps faisant constamment un pas en avantavec un pied, tandis que le second demeurait immobile. Elles se tournérent ensuite du côté des spectateurs; et, aprés avoir chanté quelque temps, elles marchtrent lentement

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DES VOYAGES. 205 vers la partie du cercle qui se trouvait vis-ü-vis de la Cabane où nous étions assis an milieu des chefs. Deux de ces femmes firent alors le tour du cercle, chacune d’un côté différent, de facon qu'elles se rencontrérent à l'extrémité du diamètre d’où elles étaient parties, puis elles revinrent à leur place. Deux nouveaux couples s'avancèrent de la même maniére : l’un de ces couples revint aussi à sa place ; mais le second demeura en scène, et les femmes, qui n'avaient pas encore parcouru l'enceinte, s’approchérent de celles-ci deux à deux jusqu'a ce qu’elles eussent toutes décrit un cercle autour des musiciens,

« Leur danse devint plus animée; elles firent deux tours sur elles-mêmes en sautant, en frappant leurs mains l’une contre l’autre, ou en faisant claquer leurs doigts, et répétant quelques mots avec le chœur. Vers la fin, le mouvement de la musique augmenta, et elles déployérent dans leurs gestes et leurs attitudes une force et une dextérité merveilleuses ; quelques-unes de ces attitudes , si nous Îles jngeons d'aprés les idées reçues en Europe, étaient indécentes, Il est vraisemblable toutefois que cette partie du spectacle n'avait point de but malhonnète, et qu’on voulait seulement nous montrer la souplesse extraordinaire des femmes du pays.

« Ce grand ballet de femmes fut suivi d’un second exécuté par quinze hommes. Il y en avait quelquesuns de vieux ; mais l’âge ne paraissait point dinni-

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