‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 3)Chapitre 25 sur 27 · NA · texte numérisé non relu

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de ses courtisans avaient déjà pris congé de lui, et j'étudiai l'étiquette de la cour en cette occasion : ils mirent leur tête sous la plante de ses pieds, qu'ils touchérent ct frottérent d’ailleurs avec le revers et le dedans des doigts des deux mains : d’autres, qui n'étaient pas dans le cercle, s’approchèrent également, afin de lui donner cette marque de respect, et ils s'éloignérent sans dire un seul mot. L'air décent de ceux qui vinrent faire leur cour à Paoulaho me charma; je n'avais rien vu de parcil, même chez les nations les plus civilisées,

« J'aurais appareillé le lendemain, si le vent n’eût pas été trop de la partie du sud et trés-variable. Paoulaho, à qui je donnerai désormais le litre de roi, vint à bord dès le grand maün, et mapporta un de leurs chapeaux de plumes rouges. Nous faisions grand cas de ces cha peaux, car nous savions qu'ils seraient d'un prix extréme à Taiti ; mais nous enoffrimes inutilement une valeur considérable ;on ne voulut nous en vendreaucun, et nous en conclümes qu'ils ne les jngeaient pas moins précieux : excepté le capitaine Elerke, O-mui et moi, personne des deux vaisseaux ne put s’en procurer un, Ces chapeaux, ou plutôt ces bonnets, sont faits de plumes de la queue des paille-en-cul, tissues avec (les plumes rouges de perruche ; ils n’ont pointdecoifles; on les attache sur le front comme un diadème; leur forme est celle d’un demi-cercle, dont le rayon a dix-huit ou vingt pouces. Le roi demeura à

bord jusqu’au soir ; mais son frère, qui s'appelait

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aussi Fettafaihé, et quelques personnes de sa suite passérent la nuit sur la Résolution.

« Je mis à la voile le 20, à la pointe du jour. Je voulais retourner à Anamocka par la route que

j'avais déjà tenue durant cette campagne. Plusieurs

pirogues à voile, dont l'une était montée par le roi, nous suivirent. Dés que le prince fut à bord de La Résolution , 11 demanda son frère et ses autres compatriotes qui avaient passé la nuit avec nous : nous jugeâmes qu'ils étaient restés sur notre vaisseat sans sa permission. Quoiqu'ils n’eussent pas moins de trente ans, la réprimande sévère que Paoulaho leur fit en peu de mots leur arracha des larmes. Le roi ne tarda pas à changer de disposiüon, car, en nous quittant, 1] laissa à bord son frère et cinq hommes de sa suite; nous eûmes de plus la société d’un chef qui arrivait de Tongatabou, et qui s'appelait Zoubaoueitoa. Dés l'instant où il fut sur le pont , il renvoya sa pirogue , déclarant qu'il coucherait à bord avec les cinq hoinmmes qui l’accompagnaient. Ma chambre était remplie d'étrangers : cette foule était bien incommode, mais je ne désirais pas qu'elle füt moins nombreuse, car les insulaires m’apportaient une quantité considérable de provisions, pour lesquelles toutefois je leur donnais tonjours quelque chose en retour. »

Le 51 mai, le capitaine Cook courut d'assez grands dangers entre les îles au milieu desquelles 1 naviguait. Voici comment il en parle :

« Le vent fraîchit; il fut accompagné de rafales

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et de pluie, et nous concûmes des craintes. Je restai sur le pont jusqu'à minuit ; j'y laissai alors le maître, auquel je donnai les ordres que je jugeai propres à dégager les vaisseaux des bas-fonds et des rochers qui nous environnaient; mais après avoir couru une bordée au nord et être revenus au sud, un petit changement de vent porta la Résolution plus au vent que je ne l'avais compté : elle manqua d'échouer sur une ile basse et sablonneuse, appelée Poutou-poutoua , qui est entourée de brisans ; heureusement que l'équipage venait de recevoir l’ordre de revirer , et nue la plupart des matelots étaient à leurs postes; on exécuta avec justesse et avec promptitude les monvemens nécessaires, et nous ne dümes notre salut quà cette manœuvre. La Découverte, se trouvant de l'arrière , ne courut pas le même péril. Tous les navigateurs qui entreprennent des voyages de découvertes, courent inévitablement des dangers semblables.

« Nos passagers eurent tant d’effroi , qu'ils montrérent une grande envie de gagner la terre dés la pointe du jour. Je fis donc mettre un canot à la mer ; et j'ordonnai à l’oflicier qui le commandait de les débarquer à Kotou , de sonder ensuite le long du récif de cette île qui s’avance en pointe dans la mer, et de chercher un mouillage. J'étais aussi fatigué que les insulaires de louvoyer au milieu des îles et des bas-fonds, et j'avais résolu de mouiller ie plus tôt possible. Tandis que le canot était absent, nous essayämes de conduire les vaisseaux

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DES VOYAGES, 229 dans le canal qui est entre l’île sablonneuse et le récif de Kotou ; nous comptions y trouver une profondeur suffisante pour y jeter l'ancre; mais la marée où un courant s'opposa à nos efforts, et nous fürnes réduits à mouiller à un nulle d’une petite île sablonneuse. »

Cook arriva à Anamocka le 5 juin, etil y mouilla à peu prés à l'endroit où il avait jeté l’ancre quelque temps auparavant.

« Je descendis à terre bientôt après, dit-il, etje trouvai les habitans qui travaillaient avec ardeur à leurs plantauons; ils recueillaient des ignames pour les apporter à notre marché. Deux cents d’entre eux s’assemblérent sur la grève, et ils firent, jusqu'à la fin du jour, des échanges d’une manière aussi empressée que durant ma premiére relâche. Quoiqu'il se füt écoulé peu de temps depuis notre départ, le fonds de leurs richesses semblait avoir beaucoup augmenté : nous n’avions pu y acheter que du fruit à pain la premitre fois ; ils nous vendirent celle-ci des ignames et des bananes : ce qui montre que les saisons des différens végétaux de celte contrée se succèdent rapidement. Il parut aussi qu'ils s'étaient beaucoup adonnés à la culture pendant notre absence, car nous trouvämes de vastes plantations de bananes sur des terrains que nous avions laissés en friche. Les ignames étaient parfaitement mûrs; nous en achetâmes une quanuté considérable, et nous donnâmes des ouvrages de fer en échange.

224 HISTOIRE CÉNÉRALE

« Nous avions laissé à Kotou, Toubaou avec Paoulaho et d’autres chefs; et nous püumes nous apercevoir que les naturels du pays n'étaient contenus par personne. Durant celte journée, aucun d'eux ne parut avoir de l'autorité. Avant de retourner à bord, j'allai jeter un coup d'œil sur les terrains Où j'avais semé des graines de melon, et j'eus le chagrin de voir qu'une petite fournn avait gâté la plupart de ces graines ; mais les plantes d'ananas que j'y avais deposées croissaient à. merveille,

« Finaou arriva de Vavaou le lendemain à midi; il nous dit que le gros temps avait coulé bas plusieurs pirogues chargées de cochons, et d’autres choses qu’il amenait de cette île, et que les équipages avaient péri. Une nouvelle si aflligeante ne sembla intéresser aucun des naturels ; qnant à nous, nous le connuissions trop pour ajouter beaucoup de foi à son histoire, Vraisemblablement 1l n'avait pu se procurer à Vavaou ce qu'il nous avait promis : en supposant qu'il y eût embarqué des provisions, il les avait sans doute laissées à Hapaï, où il dut apprendre que Paoulaho était près de nous. 1] savait bien que celui-ci aurait, comme son supérieur , le mérite et la récompense du voyage. Son mensonge cependant ne fut pas mal imaginé ; car le ciel avait été si orageux les derniers jours, que le roi et tous les chefs qui nous suivirent de Hapaï à Kotou étaient demeurés sur cette derniére île, n’osant pas, ainsi que nous, affronter le gros temps. Ils m'ayaient prié de les attendre à Anamocka; c’est

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DES VOYAGÉS. 229 pour cela que j'y vins une seconde fois, et que je ne me rendis pas directement à Tongatabou.

« Paoulaho et les chefs qui l’accompagnaient arrivèrent le 7 : j'étais à terre avec Finaou qui sentit combien il avait eu tort de prendre un titre quine lui appartenait pas. Non-seulement il reconnut Paoulaho pour le roi de Tongatabou et des autres iles, mais il affecta d'insister beaucoup sur ce point, sans doute afin de réparer sa faute. Je le quittai, et jallai faire ma cour à Paoulaho, que je tronvai assis, ayant devant lui quelques personnes : les insuluires s'empresserent de venir rendre leurs devoirs à leur roi, et le cercle fut bientôt très-nombreux. J'examinai avec soin le maintien et la conduite de Finaou en cette occasion , et je fus convaincu qu'il jouissait réellement d’une assez grande auto-

rité ; car 1l se plaça au milieu des courtisans qui étaient assis devant Paoulaho : il fut d’abord un peu honteux de ce que nous l’avions vu jouer un rôle bien différent; mais il reprit bientôt son assu-

rance. Ces deux chefs eurent un entretien qu'aucun de nous ne comprit, et nous ne fümes pas salisfaits de l'interprétation qu'O-mai voulut nous en donner; mais nous sûmes alors à quoi nous en tenir sur le rang de Finaou. Il vint dîner à bord avec mui , ainsi que Paoulaho, et ce dernier seul s’assit à table. Finaou, après avoir rendu ses hommages à son souverain selon la méthode ordinaire, c’esta-dire, aprés avoir touché de sa tête et de ses mains les pieds du roi, sortit de la grand’chambre. Paou- XXII. 15

laho nous avait prévenus d'avance que les choses se passeraient ainsi , et il fut démontré que Finaou ne pouvait pas même manger ou boire en présence du roi.

« Nousappareillâmes le jour suivant à kuit heures du matin, et nous prîmes la route de Tongatabou, Quinze ou seize pirogues à voiles partirent avec nous , et chacune d’elles marcha beaucoup plus vite que les vaisseaux. Finaou devait faire la traversée sur la Résolution, mais il aima mieux monter sa pirogue ; et il nous envoya deux hommes, qu'il chargea de nous conduire au meilleur mouillage. »

Cook arriva le 10 à Tongatabou. Ses deux vaisseaux touchèrent sur une large batture durant cette traversée , et ils furent en danger de périr.

Tandis qu'il essayait de gagner le havre auquel les naturels le conduisaient , le roi se tint dans sa pirogue, qui voguait autour des vaisseaux. Ils étaient d’ailleurs environnés d’une multitude de petites embarcations. Paoulaho en renversa deux qui ne purent lui laisser le passage libre , et il les fit chavirer avec autant d’indiflérence que si elles n'avaient eu personne à bord. Cet inconcevable trait de despotisme se retrouve plusieurs fois dans ce voyage, et l’on peut en conclure que les peuplades du grand Océan ne sont pas aussi heureuses qu’elles paaissent l'être , et que la tyrannie y a fait plus de progrès que la civilisation. Parmi les insulaires dont les Anglais reçurent la visite, Coo! aperçut Otago, qui lui avait été si utile durant son

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DES VOYAGES. 227 second voyage, etun autre appelé Toubaou, qui avait, à cette même époque, conçu beaucoup d'amitié pour le capitaine Furneaux ; chacun d’eux apporta un cochon et des ignames; et Cook ne manqua pas de leur donner aussi des marques d'amitié de son côté.

« Peu de temps après que nous eûmes mouillé , dit Cook, je descendis à terre accompagné d'O-maï et de quelques-uns des ofliciers. Le roi nous attendait sur la grève; 1l nous conduisit à une jolie maison , située un peu en dedans des bords du bois, et précédée d’une grande pelouse. Il me dit que nous étions les maîtres de l'occuper durant notre re-

lche : nous ne pouvions désirer unc position plus charmante.

« Un cercle assez nombreux d’insulaires ne tarda pas à venir s'asseoir devant nous sur la prairie. On apporta des racines de kava, qu’on mit aux pieds du rot; il ordonna de les couper en morceaux ; il les fit distribuer aux hommes et aux femmes , qui commencérent à les mâcher , et ils préparérent en peu de temps une jatte de leur liqueur favorite. Sur ces entrefaites , nous vîmes arriver un cochon cuit au four, et deux paniers d’ignames grillés, qu'on divisa en dix portions, et qu'on distribua à quelques-uns des assistans ; mais j'ignore à combien de personnes chacune de ces portions était destinée. J’observai qu'on en donna une au frère du roi, et qu'on en réserva une sans doute pour Paoulaho, car c'était un morceau choisi : on servit ensuite la liqueur , mais Paoulaho ne parut pas se mêler de la distribution.

On lui présenta la première coupe ; il dit de la donner à un homme qui était assis prés de lui. On Jui apporta aussi la seconde, qu'il garda. On nr'offrit la troisième ; mais ayant vu préparer la boisson, je ne me souciai pas de la goûter; elle passa à O-nui. Le reste fut envoyé à différens insulaires, d’après les ordres de celui qui dirigeait la préparaüon. Le frère du roi reçut une de ces coupes, qu'il emporta avec sa part de cochon et d’ignames. D'autres quittérent également le cercle et emportérent leurs portions : on nous dit qu'ils ne pouvaient ni boire ni manger en présence du roi; cependant des hommesetdes femmes d’un rang bien inférieur mangerent ou burent sous ses yeux. La plupart se retirérent bientôt, et ils emportérent ce qu'ils n'avaient pas consommé.

« Je remarquai que les naturels qui avaient eu part à la collation ne formaient pas la quatrième partie de l'assemblée : ceux qui reçurent designames ou un morceau de cochon me parurent être de la maison du roi. Les domestiques qui distribuérent la viande et la kava les présentaient toujours assis, même à Paoulaho. Quoique ce fût notre premier débarquement , quoiqu'il y eût auprès de nous une mulutude d'hommes et de femmes quenous n'avions pas encore vus, aucun d'eux ne fut incommode, et rien ne troubla le bon ordre.

« J’allai chercher une aiguade avant de retourner à bord ; on me conduisit à des étangs, ou plutôt à des mares, qui renfcrmaient, disait-on , de l’eau

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DES VOYAGES. 229 douce. L'une de ces mares m'offrit en effet une eau assez bonne, mais elle se trouvait un peu avant dans l'intérieur du pays, et l'on ne pouvait y remplir qu'un petit nombre de futailles. Ayant appris que l'eau était plus abondante sur la petite île de Panghimodou, située près de notre mouillage, je m'y rendis le lendemain, et j’eus le bonheur d’y trouver un étang d’une eau meilleure que celle que nous avions rencontrée jusqu'alors. L’étang était trés-sale, je le fis nettoyer , et nous primes l’eau dont nous avions besoin.

« Comme je me proposais de faire un séjour assez long à Tongatabou, nous dressâmes une tente près de la maison que Paoulaho nous avait donnée. On débarqua nos chevaux et notre bétail, et je laissai > terre un détachement de soldats de marine commandé par leur officier. On établit l’observa= toire à peu de distance de notre camp, et M. King demeura sur la côte afin de suivre les observations ct de surveiller les travailleurs. On débarqua les voiles qu'il fallait réparer ; quelques-uns de nos gens coupérent du bois pour le feu , et des planches pour l'usage des vaisseaux ; et les canonniers eurent ordre de se tenir dans l’île , et de diriger les échanges avec les naturels qui arrivaient de tous côtés, et qui apportaient des cochons, des ignames, des cocos et d’autres productions du pays. Notre camp ressembla bientôt à une foire, et {a Résolution et la Découverte furent si remplies, que nous pouvions à jeine nous remuer sur les ponts.

« Finaou avait fixé sa résidence dans notre voisinage ; mais il n’était plus l’homme de qui tout dépendait. Il conservait cependant beaucoup de crédit, et les présens continuels qu'il nous fit nous donnérent de nouvelles preuv:s de son opulence et de sa générosité. Le roi ne se montrait pas moins libéral envers nous , car il ne se passait guére de jours sans que nous ne recussions de lui des dons considérables. Nous apprîmes qu'il y avait dans l’île d’autres grands personnages que nous n'avions pas encore vus. Otago et Toubaou, en particulier, m'en citérent un qui se nommait Mariouaghi, qui jouissait, disaient-11., d’un pouvoir étendu, et qui était fort respecté. S1 O-mai ne se méprit pas sur ce qu'ils nous en racontèrent, Mariouaghi se trouvait revétu d’une autorité supérieure même à celle de Paoulaho, son parent; mais comme il était vieux et qu'il vivait dans la retraite, il ne venait pas nous rendre de visite. Plusieurs naturels nous laissèrent entrevoir que l'élévation

de son rang ne lui permettait pas de nous faire cet

honneur. De pareils détails excitant ma curiosité, j'avertis Paoulal lais aller chercher J'avertis Paoulaho que je voulais aller cherche: Mariouaghi, et il me répondit amicalement qu'il m'accompagnerait le lendemain.

« Nous partimes en effet le 12, dés le grand

matin, dans la pinasse , et le capitaine Clerke me Joignit sur un de ses canots. Après avoir navigué à

l'est des petites îles qui forment le havre, nou: | tournâmes au sud , d'après les conseils de Paoulaho,

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etnousatteignimes une baïe spacieuse, ou un goulet que nous remontâmes l’espace d'environ une lieue, et nous débarquâmes an milieu d’un nombre considérable d’insulaires qui nous reçurent avec des accla” tions d. joie. Ils se séparérent sur-le-champ afin de laisser passer Paoulaho, qui nous mena dans un terrain enclos, où il ôta la pièce d’étofte qui lui servait de vêtement, pour en mettre une neuve, pliée proprement, que portait un jeune homme de sa suite. Une vieille femme l'aida à s'habiller, et couvrit d’une natte son habit. Nous jugeâmes que c’était pour qu’il ne le salît pas quand 1] s’assiérait. Je lui demandai alors où était Mariouaghi, et je fus bien étonné d'apprendre qu'il était parti pour se rendre au vaisseau un moment avant notre arrivée. Paoulaho nous engagea à le suivre à une malaï , c'est-à-dire à une maison où se tiennent des assemblées publiques : cette maison était située environ un demi-mille plus loin. Arrivés à une grande prairie, située au-devant, 1l s’assit au bord du chemin, et il nous dit d’aller seuls jusqu’à la maison; c'est ce que nous fimes, et nous nous

{ A \ 9 » 0 . Q assimes à l'entrée; la foule qui nous suivait nous | environna alors et s’assit comme nous. O-maï, qui

nous servait d’interprète, demanda de nouveau si nous verrions Mariouaghi; on ne nous répondit rien de satisfaisant. J’imaginai qu'on nous cachait à dessein Île vieux chef, et nous retournâmes à nos canots , trés-piqués d’: voir fait une course inutile. J'appris en arrivant à bord que Mariouaghi n’y était

point venu. 11 paraît qu'il y eut de notre part bien des méprises, et qu'O-maï fut trompé, ou, ce qui est plus vraisemblable, qu'il comprit mal ce qu’on Jui avait dit sur le grand personnage à qui nous voulions nous présenter.

« Quoi qu'il en soit, nous eûmes occasion d’examiner un village agréablement situé sur les bords du goulet : tous les chefs de l’île, ou du moins la plupart, y font leur résidence; chacun d'eux avait sa maison au milieu d'une plantation environnée de cabanes pour les domestiques. Des haies trespropres enfermaient ces plantations, qui en géné: ral n’offraient qu’une seule entrée : c’étaitune porte contenue en dedans par une barre de bois, en sorte que, pour pénétrer dans l’intérieur, il fal- Jait attendre qu'on vint ouvrir. De grands chemins ct de petits sentiers se trouvent dans l'intervalle qui sépare une plantation de l'autre, aucune n'empiète sur l’autre. Les insulaires laissent croître du gazon sur une grande partie de ces terrains, et ils y sément ou ils y plantent des choses plus agréables qu'utiles : mais nous vimes dans presque toutes le kava, dont ils tirent cette boisson qu'ils aiment si passionnément. Quelques-unes des plantations offraient en abondance toutes les prodüctions végétales de l’île; mais j’observai que celles-ci n'étaient pas habiiées par les insulaires du premier rang. 11 y a près des chemins publics de grandes maisons, précédées d’une pelouse qui n’est pas enclose et dont on soigne beaucoup

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le gazon. On me dit qu'elles appartenaient au roi; et je conjecture qu'on y tient les assemblées publiques. C'est à une de ces maisons que Paoulaho nous conduisit.

« Le lendemain à midi, Mariouaglhni, dont on nous avait parlé si souvent, se rendit aux environs du poste que nous occupions dans l'île; il était suivi d'un grand nombre d’insulaires de tous les rangs. On nr'assura qu'il avait pris cette peine afin de me fournir une occasion de le voir. Il savait probablement que j'avais paru très-mécontent la veille de ne pas le rencontrer. L’après-dînée Je descendis à terre avec plusieurs de nos messieurs, et Finaou nous servit de guide. Nous trouvâmes un homme assis sous un grand arbre prés du rivage, un peu à droite de notre tente : une pièce d'étoffe, au moins de cent pieds de longueur , était étendue devant lui, et il était entouré d’un cercle nombreux d'insulaires des deux sexes, également assis. Nous supposimes que c'était le grand personnage que nous venions chercher : mais Finsou nous détrompa, et nous montra un vieillard assis sur une natte, à quelque distance, en nous disant que c'était là Mariouaghi : il nous présenta au vieillard,

qui nous recut d'une maniére très amicale, et qui nous pria de nous asseoir. L'insulaire assis sous l'arbre en face de nous, s'appelait Z'oubaou; et lorsque j'aurai occasion d’en parler dans la suite, je le nommerai le vieux Toubaou, pour le disuinguer de l’autre Toubaou, ami du capitaine Fur-

neaux; sa figure, ainsi que celle de Mariouaghi, je l

; était vénérable, Le dernier était mince, et parais- lire sait avoir plus de soixante ans, Le premier, quoique d

moins âgé, avait plus d'embonpoint , et il avait si Int ©

‘1h mal aux yeux, qu'il semblait presque aveugle. ne ( « Comme je ne m'attendais pas à trouver deux inf ie chefs, je n'avais apporté qu’un présent. 1] fallut le bien ont diviser; mais chacune des portions fut encore assez FAP | M considérable , et Toubaou et Mariouaghi parurent trou qi trés-satisfaits. Nous les amusimes ensuite l’espace 0) d'une heure , avec deux cors de chasse et un tam- ne L

bour; le capitaine Clerke tira un coup de pistolet, néut

FA ce qui leur causa un extrême plaisir. Au moment pou mt où je pris congé, on roula la grande pièce d’étoffe HER ul étendue devant Mariouaghi, et on me la donna, vida ainsi que des cocos. nou

Las « Le 14, le vieux Toubaou vint me voir à bord Let de la Résolution; il alla voir aussi le capitaine Clerke, et nous eûmes soin l’un et l’autre de lui faire des présens. Sur ces entrefaites, Mariouaghi qu. rendit une visite à notre détachement qui se trou- ‘al vait à terre; et M. King lui montra tout ce que nous avions débarqué. Il admira beaucoup notre bétail , et notre grande scie fixa son attention pendant quelque temps. | ; « Paoulaho revint à midi du village où nous A l'avions laissé deux jours auparavant, et 1l nous amena son fils, jeune homme d'environ douze ans; lui il dîna avec moi, mais il ne permit pas à son fils tou de s'asseoir à table. J'étais plus à mon aise quand

ouaghi, L paraisquoique l'avait si aigle.

ver deux fallut le ore assez parurent l’espace un tam pistolet, moment e d’étoffe | donna,

r à bord capitaine re de lui riouaghi \ se trout ce que up notre tion pen-

où nous t 1l nous ouze ans ; à son fils se quand

DES VOYAGES. 235 je l'avais pour convive; car alors les autres insuhires n'osaient approcher, et un petit nombre d'entre eux se tenaient dans ma chambre. Lorsque lni ou Finaou n'étaient pas à bord, ce qui à la vérité n’arriva guère durant notre relâche, les chefs inférieurs s’asscyaient à ma table sans facon, ou bien ils entraient dans ma chambre à l'heure du repas, etils m'importunaient beaucoup. Nous nous trouvions si génés par la foule, qu'il n’y avait pas moyen de dîner d’une maniére tranquille. Le rot ne tarda pas à aimer notre cuisine; je fus persuadé néanmoins qu'il ne dinait si souvent avec nous que pour le plaisir de boire plutôt que pour celui de manger ; 1] prit en effet du goût pour le vin, et il vidait sa bouteille aussi bien et aussi gaîment que nous. Il établit sa demeure dans une maison située prèsde notretente: le soir il donna à nosgens le spectacle d’une danse, et, ce qui étonna tout le monde, malgré son embonpoint monstrueux il dansa.

« Le 15, dans la matinée, je reçus un message du vieux Toubaou, qui me priait de descendre à terre. J'allai le voir, accompagné d’O-mai : nous le trouvämes assis, comme les anciens patriarches , au pied d’un arbre, et entouré d’un cercle d'insulaires d’une physionomie respectable : une grande pièce d'étoffe était étendue de toute sa longueur devant lui : il nous invita à nous asseoir près de lui; il montra à O-mai la pièce d’étofle, une touffe de plumes rouges, et une douzaine de cocos, en disant qu'il me les destinait. Je le remer-

= te

256 HISTOIRE GÉNÉRALE ciai; el, comme je n'avais rien à lui donner, je l'engageai à venir à bord.

« O-maï , que Paoulaho envoya chercher, nous quitta alors, et Finaou , qui arriva bientôt après, m'informa que le jeune Fettafaihé, fils de Paoulabo , désirait de me voir. Je me rendis à cette invitation , et je trouvai le prince et O-maï assis sous un large dais, d’une trés-belle étoffe; une autre pièce, d’une étoffe plus grossière, longue de deux cent vingt pieds et large de vingt-deux, était étendue au-dessous d’eux et devant eux. Ils avaient un gros cochon à leur droite, et à leur gauche un monceau de cocos. Des insulaires étaient assis en cercle autour de l’étoffe ; je reconnus Mariouaghi et d’autres personnages du premier rang. On m'engagea à m'asseoir près du prince. O-maï me dit que le roi lui avait recommandé de m'avertir qu'étant mon ami, il comptait sur mon attachement pour son fils, et qu’il en serait plus assuré si j'acceptais ce présent. Je me conformai volontiers à ses désirs, et comme il était l'heure de diner, je les invitai tous à venir à bord.

«Le jeune prince, Mariouaghi, le vieux Toubaou, trois ou quatre chefs inférieurs, et deux femmes âgées et d'un rang supérieur , m'accompagnérent. Mariouaghi portait une étofle neuve sur les bords de laquelle étaient attachées six touffes assez grosses de plumes rouges. Nous jugeâmes qu'il avait pris ce vêtement pour nous le donner ; car , dès qu'il fut à bord, il l'ôta et 1l me loffrit. Il avait sans

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doute ouï dire que les plumes me feraient plaisir. Chacun de mes hôtes recut de moi des présens qui parurent les enchanter. Lorsque le diner fut servi, ils ne voulurent ni s'asseoir à table, ni manger. Je leur témoignai ma surprise, et ils me dirent qu'ils étaient tabou : ce mot a bien des acceptions; mais, en général , il signifie une chose qui est défendue. On ne nous expliqua point pourquoi ils simposaient cette réserve. Après dîner, on leur montra toutes les parties du vaisseau ; et lorsque leur curiosité fut satisfaite je les reconduisis à terre.

« Dès que mon canot eut atteint le rivage, Finaou et quelques autres en sortirent. Le jeune Fettafaihé, voulant les suivre, fut rappelé par Mariouaghi, qui rendit à l'héritier présomptif de la couronne les hommages que je lui avais vu rendre au roi. On permit à Fettafaihé de débarquer, après que le vieux Toubaou et une des femmes âgées dont jai parlé plus haut lui eurent donné les mêmes marques de respect. Quand cette cérémonie fut achevée , tous les susulaires quittérent mon canot, et passérent dans une pirogue qui devait les conduire à leur résidence.

« Je fus bien aise de les avoir ramenés moi même sur la côte, car je vis clairement que Paoulaho ct son fils étaient au-dessus de tous les autres chefs. J'appris d'ailleurs les degrés de parenté où de puissance de plusieurs grands personnages dont j'ai souvent cité les noms. Je sus que Mariouaghi et le vieux Toubaou étaient frères ; ils avaient l’un et

l'antre de grandes possessions dans l’île, et ils semblaient trés-considérés du peuple : chacun des naturels donnait au premier l’épithète honorable de Motoua Tonga, c'est-à-dire, de père de Tonga, ou de son pays. Sa parenté avec le roi ne fut plus un secret pour nous : nous sûmes qu'il était son beau- pére , Paoulaho ayant épousé une de ses filles, dont il avait un fils : ainsi Mariouaghi était le grandpére du jeune prince. Nous voyions depuis assez long-temps qne nous nous étions mépris en regardant Finaou comme le souverain de ces îles; mais nous ne pouvions définir le rang qu’il occupait : il ne nous resta pas non plus de doute sur ce point. Finaou était un des fils de Mariouaghi, et Toubaoneitoa en était un autre.

« En débarquant, je trouvai le roi dar © !* maison voisine de notre tente avec ceux d' ::: gens

qui résidaient sur la côte. A peine l’eus-je abordé, qu'il me donna un gros cochon et une quantité assez considérable d’ignames. A l'entrée de la nuit, je vis arriver une troupe d’hommes qui s’assirent en rond, puis chantérent et s'accompagnerent sur des tambours de bambou placés au milieu d'eux. Il y avait trois longs tambours de bambou et deux plus courts; ils frappaient l'extrémité inférieure contre terre, comme dans la fête que j'ai décrite plus hant ; deux autres étaient couchés à terre l'un à côté de lautre; l’un était fendu : nn insulaire battait sur ceux-ci à l’uide de deux petits bâtons : les musiciens chantérent trois airs devant moi: on

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DES VOYAGES. 259 me dit que le concert avait continué après mon départ, et qu'il dura jusqu’à dix heures du soir. Ils brülérent des feuilles d’ouharra pour éclairer la scène; je ne les ai jamais vus faire usage d’autres flambeaux.

« Tandis que je passais la journée avec ces grands personnages, M. Anderson se promena dans l’intérieur du pays , où il fit les remarques suivantes. À l'ouest de l'endroit où nous avions établi notre tente, le terrain est absolument inculte l'espace d'environ deux milles; mais la nature y produit une quantité prodigieuse d'arbres et d'arbrisseaux d’une végétation très-vigoureuse. On trouve plus loin une assez grande plaine sur laquelle il y a des cocotiers et quelques plantations peu “tendues qui semblent très-récentes ; elles nous parurent être dans des cantons qu’on avait laissés en friche jusqu'alors. Près de la crique, qui se prolonge à l’ouest de la tente, le terrain est plat, et est couvert d’eau en partie à chaque marée. Lorsque les flots le laissent à découvert, on aperçoit que sa surface consiste en un rocher de corail, rempli de trous d’une vase jaunâtre; vers les bords où il est un peu plus ferme, on voit une multitude de petites ouvertures d'où sort une foule innombrables de crabes de deux ou trois espéces qui se répandent sur la surface; 1ls disparaïssent dés qu'on les approche, et les insulaires, avec toute leur dextérité, ne peuvent en prendre un seul.

« On rencontre ici un ouvrage de l'art, qui an

nonce une sorte d'indestrie et de la persévérance : 1] commence d’un côté, sous la forme d'une chaussée étroite, qui, s’élargissant peu à peu, s'élève doucement à la hauteur de dix pieds ; à ce point, sa largeur est de cinq pas, et sa longueur entière de soixante-quatorze ; il aboutit à une espèce de cirque qui a trente pas de diamètre, et un ou deux pieds d’élévation au-dessus de la chaussée , et qui offre quelques arbres au centre. Le côté opposé du cirque touche à une seconde chaussée de la même nature ; mais celle-ci n'a que quarante pas de long, et elle tombe en ruine. Le cirque et les deux chaussées sont de grosses pierres de corail; la surface est couverte d'une terre qui a produit une multitude de petits arbres et d’arbrisseaux ; et l’état de décomposition où l’on voit d’ailleurs cet ouvrage annonce qu'il est ancien. S'il a servi jadis à quelque chose, il paraît qu’on n’en fait aucun usage aujourd’hui: nous n'avons pu rien apprendre des naturels, si ce n’est qu'il appartient à Paoulaho, et qu'on lui donne le nom d’Ætchi.

« Le 16 au matn, j'allai examiner les travaux que j'avais ordonnés sur la côte , et je fis ensuite, avec M. Gore, une promenade dans l'intérieur du pays. Nous eûmes occasion de voir de quelle manière les insulaires fabriquent leurs étoffes ; nous étudiâmes ainsi la principale manufacture de ces îles et de la plupart des autres du grand Océan. J'ai décrit fort en détail, dans mon premier voyage, la méthode qne suivent les Taïitiens : comme celle

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DES VOYAGES. 241 des îles des Amis est différente à quelques égard, je crois devoir en parler.

« Les femmes chargées de ce travail preu:.cnt d'abord les tiges ou les troncs du mürier à papier, qu'on cultive pour cet objet, et qui arrivent rarement à plus de six ou sept picds d’élévation , et à plus de quatre pouces de grosseur : elles en ôtent l'écorce dont elles râclent ensuite les parties grossicres avec une coquille de moule. Afin de détruire la convexité qu'a prise l'écorce autour de la üge, clles la roulent en sens contraire, et elles la font maccrer dans l’eau ( on m'a dit qu'on la laisse emper une nuit ); on l'étend alors sur un tronc d'arbre ; on la bat avec un instrument carré de

bois, qui a environ un pied de longueur, et qui

est rempli de grosses rainures de tous les côtés, « quelquefois avec un autre instrument qui est uni. L'étoffe est bientôt fabriquée, mais on la remet souvent sur le métier; on la déroule, on li replie à diverses reprises, et on la bat de nouveau: il seruble que le but de ces opérations successives est d'en resserrer plutôt que d’en amincir le tissu : dès que le premier travail est achevé, on étend l'étoffe afin de la sécher. La longueur des pièces est de quatre à six pieds, mais il y en a de plus sandes ; leur largeur est moindre de moitié. L'étoffe est alors remise à une autre personne qui réunit les pièces , en les induisant du suc visqueux d'une baie appelée toou. Quand létofle à la longueur qu'on veut lui donner, on la place sur une XXIT 16

242 HISTOIRE GÉNÉRALE grande pièce de bois au-dessus d’une empreinte comp'äte de substances fibreuses tissues d’une manic, : trés-serrée : l’ouvrière plonge un chiffon dans le suc de l'écoi ce d’un arbre nommé kokka ; et elle en frotte l'étoffe, qui prend une couleur brune et qui devient lustrée : l'empreinte sur laquelle porte l’étoffe me parut destinée seulement à coller davantage les divers morceaux. On continue ces opérations du collage et de la teinture jusqu'à ce que l'étoffe ait la longueur et la largeur nécessaires; les côtés offrent ordinairement une bordure d’un pied de largeur, qui n’est pas peinte, et il y en a une seconde plus large aux deux extrémités. Si quelques parties sont trop minces ou trouées, ce qui arrive souvent, on y colle des piéces qui la rendent partout de la même épaisseur. Pour avoir une couleur noire, les naturels

mélent la suie d'une noix huileuse , appelée doué- |

doué, avec le sue du kokka. La proportion de ce mélange varie selon la teinte qu'ils désirent. Ils disent que l’étoffe noire, communément la plus lustrée, donne un vêtement frais ; et que la première est plus chaude. Ils ne manquent pas, pour renforcer l’une et l’autre, d’y ajouter de petites pièces posées longitudinalement, et on ne peut y faire des déchirures que dans une seule direcuon.

« Je rencontrai Finaou à mon retour, et je l’enimenai diner à bord , ainsi qu'un second chef qui était jeune. Lorsque le dîner fut servi, ils ne voulurent point manger ; ils me dirent qu'ils étaient

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tabou évi. S'étant informés ensuite de quelle manière on avait apprêté nos alimens, ils s’assirent à table et ils mangérent de bon cœur du cochon et des ignames qu'on avait fait cuire sans évi, c’està-dire sans eau. Je les assurai qu'il n’y avait pas non plus d’eau dans le vin, et ils en burent vo- Jontiers. Nous conjecturâmes que des principes de superstition leur interdisait alors l'usage de l'eau : il est vraisemblable toutefois que l’eau dont nous nous servions leur inspirait du dégoût, parce qu'on la puisait a l’un des endroits où ils se baignaiïent.

Mariouaghi avait fait préparer pour le 17 une grande fête (hêva) à laquelle nous fûmes tous invités : on disposait devant la maison qu'occupait alors ce chef, et près de notre poste, un terrain qui devait servir de théâtre. Le maun, les insuhires arrivérent en foule de l'intérieur du pays; chacun d’eux portait sur son épaule une perche de six pieds de longueur, avec un igname suspendu à chacune dés extrémités. Ces ignames et ces perches furent déposés dans le cirque ; ils en formérent deux pyramides ornées de différentes sortes de peüts poissons , et arrangées de manière à produire le coup d'œil le plus avantageux. Mariouaghi destinait ce présent au capitaine Clerke et à moi. Les naturels placèrent le poisson d’une manière pittoresque , et 1l faisait plaisir à voir; maïs 1l sentait mauvais : On l'avait gardé deux ou trois jours, afin de nous le présenter en cette occasion.

« 1]s commencèrent sur les onze heures à exteu. ter diverses danses qu'ils appellent maï.

.« Les musiciens qui devaient former le chœur étalent assis el au nombre de soixante-dix. Nous apercümes au milieu d'eux trois instrumens auxquels nous donnâmes le nom de tambour, quoi.

qu'ils ne ressemblassent pas aux nôtres; c'étaient de gros morceaux de bois cylindriques, ou des troncs d'arbre de trois à quatre pieds de long, et deux fois plus gros que le corps d’un homme d'une taille ordinaire ; nous en vimes de plus petits : ils étaient les uns et les autres creux dans l’intérieur; mais fermés aux deux bouts, et ouverts seulement au côté par üne fente d'environ trois pouces de large qui se prolongeait à peu près sur toute la longueur : ils creusent l'intérieur par cette ouverture, quoique cette opération soit très-diflicile. Les naturels appellent ces tambours naffa ; ils les uiennent devant eux, l'ouverture tournée vers leur visage ; ils frappent dessus avec deux morceaux cylindriques d’un bois dur, d’un pied de long et de l'épaisseur du poignet, et ils en tirent un son rude, müis éclatant et fort; ils adoucissent ou ils ralenussent les coups en quelques endroits de la danse ; et pour changer de ton, ils frappent au milieu ou à l'extrénmuté de l'instrument,

« La premiére danse fut composée de quatre groupes, chacun de vingt-quatre hommes qui tenaient à la main un petit instrument de bois mince et léger, d'environ deux pieds de long, dont la

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DES VOYAGES, 245 forme ressemblait à celle d’une courte pagaie oblonguc , et auquel les naturels du pays donnent lenom de pagge. Ils les agitérent de toutes sortes de mamères ; ils les dirigeaient à droite et à gauche vers la terre, en inclinant lenr corps du même côté ; ils les tournaient ensuite du côté opposé ; ils les passent brusquement d'une main à Pautre, et ils les faisaient tourner avec beancoup d'adresse. Ils varicrent à l'infini les positions des paggés, et à chaque nouvelle position ils prirent de nouvelles atuütudes : leurs mouvemens furent d'abord peu vifs, mais ils s'animérent avec celui des tambours. Ils récitaient en outre des phrases de chant que répétait lechœur ; et bientôt après les musiciens et les acteurs chantérent tous ensemble, et ils terminérent ce premier jeu par des acclamations.

« Après un entracte de deux ou trois minutes

ils recommencérent les manœuvres du paggé, qu'ils continuérent plus d'un quart d'heure. La dernière ligne des acteurs sc divisa ; elle tourna d'un pas lent les angles de la colonne, et, se rencontrant au

centre du front, elle forma la prennére. Les acteurs, sur ces entrefaites, récitérent des phrases de chant comme dans le premier acte; les autres lignes se déplacérent successivement , et de la même manière, jusqu'a ce que celle qui était d’abord en avant se trouvât la dernière; ctl'évoluuon conunua

jusqu'à ce que la derniére ligne eût repris sa pre-

niere place. Ils exécutérent une danse qui commença d’abord d’une maniere assez froide, mais

246 HISTOIRE GÉNÉRALF qui s’anima bientôt; et, après avoir chanté environ dix minutes, tous les acteurs se divisérent en deux groupes ; ils s'éloignèrent un peu; ils se rapprochérent ensuite, et ils dessinérent une figure circu. laire qui termina le ballet : on emporta les tambours, et les musiciens quittérent la scène.

« La seconde danse n'avait que deux tambours, et le chœur n'était composé que de quarante mnsiciens. Les danseurs, ou plutôt les acteurs, formaient deux rangs : je comptai dix-sept personnes dans le plus avancé, et cinq dans l'autre. Finaou était à leur tête, c'est-à-dire qu'il occupait le milieu de la première ligne , place d'honneur en ces occasions. Ils danserent et ils récitérent des phrases de chant l'espace d'environ une demi-heure, quelquefois sur un mouvement vif, et d’autres fois sur un mouvement plus tranquille, mais toujours avec une précision extrême : on eût dit que l'âme d’un seul homme animait tous ces corps, et nous fümes frappés de la justesse des pas et des voix. Vers la fin du ballet, la seconde ligne se partagea , et elle vint prendre la place de la premiére, qui, après quelques évolutions, se retrouva dans la position où elle était en arrivant sur la scène. Lorsque ce ballet fat terminé, les musiciens et les tambours disparurent comme à la fin de l’autre danse.

« Nous vimes arriver trois tambours portés chacun par deux ou trois hommes, et soixante-dix musiciens s’assirent sur la scène pour former le chœur d’une troisième danse. Celle-ci nous pré-

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DES VOYAGES. 247 senta deux lignes de scize personnes, c'est-à-dire trente-deux acteurs en tout : le jeune Toubaou, qui avait un riche vêtement couvert de plumes rouges, était à leur tête. Ils dansèrent , chantérent et agité rent le paggé, comme les premiers; mais leur jeu en général fut beaucoup plus animé, et l'assemblée fut si contente, qu'elle ne cessa de les applaudir ; cle parut surtout enchantée lorsqu'ils laissaient pendre le paggé devant eux, et qu'ils détournaient la tête ainsi qu’on la détourne quand on éprouve un sentiment de honte. Le dernier rang se divisa, et vint occuper la place de l’autre comme dans les deux premières danses; mais ils reprirent bientôt leur ancienne place ; ils formérent trois lignes, se reirèrent aux deux coins de la scène, et laissérent vide la plus grande partie du théâtre. Deux hommes entrérent alors brusquement, et se livrérent un combat simule avec les massues qu'ils emploient dans les batailles : ils les balancèrent d’abord de dif. férentes manières, firent ensuite le moulinet avec beauconp de force et de rapidité, et déployérent tant d'adresse, que, quoiqu'ils fussent trés-près, ils ne se touchèrent jamais. Ils ne montrérent pas moins de dextérité en transportant leurs massues d'une main à l’autre : les deux champions, après avoir continué quelque temps ces exercices, s'agenouillèrent et prirent de nouvelles attitudes : ils jetérent, par exemple, leurs massues en l'air, et ils les ressaisirent au moment où elles tombaient. Ils s’en allèrent aussi brusquement qu'ils étaient

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248 HISTOIRE GÉNÉRALE venus. Ils avaient la tête couverte d’une étofle blanche qui ressemblait à un bonnet de nuit, et qui était serré sur Je front par une guirlande de feuillage, Afin d'être plus au frais et moins embar. rassés , ils étaient nus d'ailleurs, si l’on excepte une pagne légère qui entourait leur ceinture. Un homme qui portait une pique, et qui était vêtu comme ces deux derniers, entra sur la scène d’une manière aussi brusque ; il regarda, autour de lui d'un air effaré, comme s’il eût cherché son ennemi à l'un des coins de la scène, et 1l prit une attitude menaçante : on eût dit qu'il voulait transpercer l'un des spectateurs ; ses genoux un peu pliés tremblaient sous lui, et il paraissait écumant de rage. Après avoir gardé cette position quelques secondes, il passa à l’autre coin du théâtre ; il s’y tnt dans la même attitude le même espace de temps, et sa sortie fut aussi brusque que son entrée. Durant cet intervalle, les danseurs, qui s'étaient divisés en deux groupes, récitérent avec lenteur des phrases de chant ; ils s’avancèrent ; se réunirent, et termi-nérent le ballet au milieu des acclamations publiques. Si l’on juge de cette danse par le rang des acteurs, ce fut le plus pompeux de tous leurs spectacles ; Fettafaihé, frère de Paoulaho, frappait sur l'un des tambours ; Finaou frappait sur un autre, et Mariouaghi frappait à l'entrée de sa hutte sur un troisième qui ne faisait point partie de l’orchestre,

« Nous n’étions pas à la fin des danses : on en

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DES VOYAGES. 249 prépara bientôt une nouvelle, dont quarante musiciens et deux tambours devaient former l’orchestre. Celle-ci fut composée de soixante hommes, qui n'avaient point encore paru, et qui se rangérent sur trois lignes, la première ayant vingt-quatre acteurs. Avant de commencer, ils jouérent un prologue assez long, dans lequel toute la troupe répondait de temps en temps à l’un des insulaires qui discourait : ils récitérent alternativement avec le chœur des phrases de chant ( peut-être des vers ). Ts agitérent rapidement le paggé d'un grand nombre de manières, ct l'assemblée cria de toutes parts : Moriäi, fy foggë ! mots qui expriment deux sortes différentes d’éloges. Il: se divisérent en deux groupes qui se tournaient le dos; :}3 se retournérent ensuite, et les deux groupes changèrent de place et reprirent bientôt ieur première position, comme dans les autres danses. Ils se divisérent et se retirérent sur les coins de la scène, pour laisser le champ libre à deux athlètes qui exécutérent ur: combat simulé de massues : ces deux champions furent bientôt resnplacés par deux autres. Sur ces entrefaites , les danseurs récitérent des phrases de chant lentement et alternativement avec le chœur; ils revinrent ensuite sur le devant de fx scène, et terminérent le bailet.

« Ces danses, si toutefois on peut les appeler de ce nor, durérent depuis onze jusqu'à près de trois heures. Les chefs de l'ile voulment sûrement nous donner une fête, ou nous montrer leur dex-

térité dans les exercices du corps. Une mulutude d’insulaires assistérent à ces jeux ; l’inégalité du terrain rendit trés-difficile l'évaluation du nombre des spectateurs. Cepend: nt nous comptämes le premier cercle; et, remarquant qu'ils étaient rangés en quelques endroits sur vingt ou trente de hauteur, nous supposimes qu'il y avait prés de quatre mille personnes. La foule qui environnait notre marché, ou qui rôdait autour de notre tente, était au moins aussi nombreuse, et nous calculâmes qu'ilse trouvail alors dix où douze mille insulaires dans notre voisinage, c’est-à-dire dans l'espace d'un mille de tour. La plupart y étaient venus par curiosité.

« Nous regrettâmes beaucoup de ne pas entendre les paroles de leurs ballets ; nous aurions sûrement recueilli des observations précieuses sur l'esprit et les coutumes de ces peuplades. L'assemblée ne manquait point d'applaudir à la pantomime des acteurs et des danseurs, lorsqu'elle était juste et précise ; mais il faut remarquer qu’elle paraissait surtout extrêmement sensible aux paroles. Au reste, la variété des mouvemens, leur justesse et leur étendue, rendirent la pantomime seule, ou le jeu des acteurs, bien digne de notre attention.

« Le soir, on nous donna le spectacle d'un bomaï, C'est-à-dire, qu'on exécuta les danses de nuit devant la maison occupée alors par Finaou : elles durérent environ trois heures. Durant cet intervalle , nous vimes douze danses qui ressemblèrent beaucoup à celles de Hapaï. Il y en eut deux d’exé-

ulutude e du ternbre des premier en quel:

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cutées par des femmes ; et au milieu de celles-ci, nous vimes arriver une troupe d'hommes qui formérent un cercle en dedans de celui des danseuses. Vingt-quatre hommes, qui en exécutérent une troisième , firent avec leurs mains une multitude de mouvemens très-applaudis que nous n'avions

pas encore vus. L’orchestre se renouvela une fois. Finaou parut sur la scène, à la tête de cinquante insulaires qui avaient joué à Hapaï : il était vêtu de toile et d’une longue pièce de gaze, et portait de peutes figures snspendues à son cou. A la fin des Jeux, nons nons apercümes que nous avions ex-

posé les insulaires, ou plutôt qu'ils s'étaient exposés eux-mêmes à de grands embarras ; car , se trouvant rassemblés en foule sur cette partie de Pile, ils furent obligés de passer la nuit sous des buissons où au pied d'un arbre. Plusieurs couchèrent en plein air, ce don ils ne se soucient point du tout ; ou bien ils se promenérent jusqu’à la pointedu jour.

« La fête se passa avec plus d’ordre que ne le permettait une si grande assemblée. IL devait y avoir des hommes malintentionnés dansune foule si nombreuse, et nous l’éprouvâmes. Notre vigilance et nos soins ne les empêchérent pas de nous piller de toutes parts, et ils commirent leurs vols d’une maniére audacieuse et insolente. Ils entreprirent de dérober tout ce que nous avions ; mais la foule était toujours nombreuse ; et de peur que les innocens ne fussent punis pour les coupables, je ne permis pes aux sentinelles de tirer. Ils essayèrent, en plein

midi, d'enlever une ancre suspendue au bossoir de la Découverte, et ils en seraient venus à bout, si la patte ne se fût accrochée à une des chaînes de fer qui se trouvaient à la hanche du vaisseau. Ils ne purent dégager l'ancre avec la main, et ils ne connaissent point l’usage des palans. Ils cassérent l'os de l'épaule d'une de nos chèvres, et l'animal en mournt peu de temps aprés; c'est la seule violence que nous eûmes à leur reprocher. La perte retomba sur eux, car c'était une des chévres que je me proposais de laisser dans l’île. Au reste, l'insulaire coupable du délit ne connaissait pas nos intentions.

« Ce qui se passa dans la matinée du 18 nous éclaira sur une de leurs coutumes. Un des insuaires, ayant amené sa pirogue près de la Résolution , entra par une des bouteilles, et vola un vase d'étain. 1] fut découvert; on le poursuivit, et on le remena le long du bord. Trois vieilles femmes, qui étaient dans Ja pirogue, poussérent des lamentations lorsqu'elles nous virent maîtres du voleur ; ciles se donnérent des coups de poing terribles sur le sein et sur le visage, sans néanmoins verser une larme.

« Nous découvrimes la cause des tumeurs et des cicatrices que nous apercevions au os des joues de la plupart d’entre eux. Les coups mulüpliés qu'ils se portent aux joues meurtrissent Ja peau, et en font même sortir le sang à gros bouillons : lorsque les blessures sont récentes ,'on croirait qu’on y a

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bossoir à bout, aîines de eau. Ils et ils ne assérent l'animal ule vio- La perle res que a reste, L pas nos

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DES VOYAGES. 253 produit un cercle par le moyen du fer. Ils se dccoupent, avec un instrument, cette parie du visage, én beaucoup d’autres occasions, de la même manière que les Taiuiens se découpent Île haut de Ja tête. J'envoyai des présens à Mariouaghi, afin de lui témoigner combien j'étais sensible à ceux que j'avais reçus de lui la veille. La fête qu'il nous avait donnée exigeait de moi quelque chose de pareil. Je fis faire l'exercice à un détachement des soldats de marine à l'endroit où les danses avaient été exécutées , et nous tirâmes des feux d'artifice le soir devant Paoulaho , les principaux chefs, et une assemblée nombreuse. Les spectateurs eurent beaucoup de plaisir en voyant les soldats tirer par pelotons; mais nos serpenteaux leur causérent un étonnement extraordinaire : les fifres et le tambour, ou les cors de chasse qui jouérent sur ces entrefaites, aturérent faiblement leur attention. Comme il n’est permis à personne de s'asseoir derrière le roi, il se trouvait au fond de l'amphithéäre ; et pour que rien ne l’'empéchät de voir, aucun des naturels n'était placé directement devant lui. Les insulaires se rangèrent de manière à former un sentier qui laissait un espace libre, depuis le siége de Paoulaho jusqu'au lieu de la scène,

« Nous avions annoncé cette fête pour le soir; les naturels l'attendirentavec impatience, etils employèrent la plus grande parte de l’après-dinée à des combats de lutte et de pugilat. Ils donnent le nom de fangatoua au premier de ces exercices, et celui

de fouhou au second. Lorsque l'un d’eux veut lutter contre un autre, 1l quitte sa place à pas mesurés, en appliquant un coup sec sur la jointure du coude de l’un de ses bras qui est plié, d’où il résulte un son creux qu’on regarde comme le signal du défi. S'il ne se présente aucun adversaire , 1l revient s'asseoir ; mais 1] se tient quelquefois assez long-temps debout sur l'arène, et il continue alors à frapper son coude en provoquant un rival. S'il s'en présente un, les deux athlètes s’approchent et montrent de la gaîté et de la bonne humeur : ils sourient ordinairement, etils arrangent la pièce d’étoffe qui est attachée autour de leurs reins ; ils se prennent enfin par la ceinture : celui des deux qui vient à bout d’entrainer l'autre s’eflorce tout de suite de le soulever de terre et de le jeter sur le dos; et s’il parvient, avant de le terrasser , à lui faire deux ou trois tours en le balancant dans les airs , son adresse excite les applaudissemens des spectateurs. Quand leurs forces sont égales , ils se serrent de plus prés , et ils entrelacent leurs jambes, ou bien ils se lèvent sur la pointe des pieds, afin dese renverser. Ils déploient une force prodigieuse dans ces assauts ; leurs muscles sont si tendus, qu'on les croit pres de se rompre. Le champion qui est terrassé se retire tout de suite; mais le vainqueur s’assied durant quelques minutes, puis se lève et retourne à sa place, où ceux qui sont de sa bande proclament son triomphe par quelques phrases de chant d'une mesure peu animée. Après s'être tenu assis un moment, 1l

tlutter esurés , u coude un son .S'ilne asseoir ; s debout n coude un , les la gaité rement, hée aupar la ntrainer de terre avant de rs en le : les aprs forces t 1ls ennt sur la éploient rs muses de se re tout nt quela place, n triommesure nent , il

se lève de nouveau , et 1l recommence ses défis ; plusieurs champions se présentent quelquefois, mais il a le privilége de choisir celui qu'il veut; et, quand il a terrasse son adversaire, il a aussi le droit exclusif de proposer d'autres cartels, jusqu'à ce qu'il soit vaincu : s’il est enfin renversé , la bande opposée chante la victoire. Cinq ou six hommes se lèvent souvent à la fois, et proposent des défis ; dans ce cas, il est commun de voir trois ou quatre couples qui se battent en même temps. On est surpris de la modération qu'ils conservent dans ces exercices. Nous n’en aperçümes pas un seul qui parût mécontent en quittant l'arène. Lorsqu'ils trouvent leurs forces si égales, qu’ils désespérent de triompher , ils cessent le combat d’un commun accord. Si l’un est renversé d’une maniére qui n’est point loyale, ou s’il reste des doutes sur celui qui a l'avantage , les deux côtés chantent la victoire, et les champions se livrent un second assaut. Le vaincu ne peut se mesurer une seconde fois contre l’homme qui l’a terrassé.

« Ceux qui s'exercent au pugilat s’avancent de côté : ils changent de position à chaque pas; un de leurs bras est étendu en avant, et l’autre parderrière, Ils uennent d’une main une corde dont ils se serrent fortement le poignet lorsqu'il se présente un adversaire : ils arrivent quelquefois sur la scène le poignet garni. J'imagine qu'ils emploient ce moyen pour ne pas se disloquer la main ou les doigts. Ils visent ordinairement à la tête : ils se

portent aussi des coups sur les flancs, et ils s’attaquent avec beaucoup d'ardeur; ils changent de côté , et ils se battent également des deux mains; ils tournent sur le talon au moment qu'ils ont frappé leur antagoniste , et ils lui donnent un coup trés-sec de l'autre main par-derrière ; c’est celui de leurs coups qu'ils aiment le mieux et qui paraît le plus adroit.

« Il est rare que les combats du pugilat durent long-temps; les champions quittent l'aréne, ou bien lun se reconnaît vaincu. L'assemblée ne chante jamais la victoire, à moins que l’un des deux ne renverse son rival ; d'ou l’on peut conclure que les insulaires préfèrent les combats de lutte. Les petits garçons pratiquent ces deux exercices, et on voit souvent de petites filles se battre opiniâtrément de la même maniére. Ils ne semblent point du tout honteux d’être vaincus ; le champion malheureux se rassicd avec autant d’indifférence que s’il n'était pas entré en lice. Quelques-uns de nos gens voulurent mesurer leurs forces dans ces deux sortes de combats, mais ils furent toujours battus, si j'en excepte uu petit nombre de cas où les champions du pays n’usérent pas de leurs avantages, de peur de nous offenser. |

« En réfléchissant sur le penchant au vol de la plupart des insulaires, et sur leur adresse à dérober ce qu'ils n’espéraient pas obtenir loyalement, je sentis que notre bétail, qui se trouvait alors à terre, courait des risques, malgré toutes nos pré-

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œautions. Je crus devoir déclarer que je me proposais de leur laisser quelques-uns de nos quadrupèdes, et mêine d’en faire la distribution avant notre départ.

« Le 19, dans la soirée, j'assemblai tous les chefs devant la maison que nous occupions : je donnai au roi un jeune taureau d'Angleterre, et une vache; à Mariouaghi , un bélier du Cap et deux brebis ; et à Finaou, une cheval et une jument. Comme j'avais annoncé cette distribution la veille, la plupart des insulaires qui étaient aux environs de notre petit camp y assistèrent. Je recommandai à O-maï de dire que leur île était éloignée de plusieurs mois de navigation des pays où l'on trouve de pareils animaux; que je les avais amenés de si loin pour leur usage , et que ce transport m'avait occasionné beaucoup de peines et de dépenses ; qu'ils feraient mal s'ils en tuaient un seul avant que la race en fût trés-multiphiée ; et enfin qu'ils devaient, eux et leurs enfans , se souvenir qu'ils les avaient reçus desnavigateursde Britanè. O-maï leur expliqua d’ailleurs le parti qu'on pouvait en tirer, et la manière dont il fallait en prendre soin ; au reste, il parla sans doute fort mal sur ce dernier article; car il était peu instruit des détails de l'économie rurale. Voulant laisser avec le reste de notre bétail, jusqu'à ce que nous fussions au moment de notre départ, les quadrupèdes dont je venais de faire présent aux insulaires, j'engageai les chefs à envoÿer à notre bergerie un homme ou deux qui s’ha- XXI. 17

bitueraient à ces animaux , et qui acquerraient des instructions sur la façon de les soigner. Paoulaho et Finaou suivirent mon conseil ; mais ni Mariouaghi, ni personne de sa suite ne s’occupa des moutons qu'il avait eus en partage ; et le vieux Toubaou ne vint point à cette assemblée, quoique je l'y eusse invité, et qu'il füt dans les environs. Je me proposais de donner en outre des chévres, un mâle et deux femelles à Mariouaghi ; mais comme il montrait tant d'indifférence , je les ajoutai à la portion du roi.

« Je ne tardai pas à connaître que le partage avait mécontenté bien du monde, car on m'’avertit le lendemain qu'il nous manquait un chevreau et deux dindons. Je ne pouvais imaginer qu'ils se fussent perdus par hasard , et je résolus de ne pas les laisser entre les mains des voleurs. Je com-

mençai, en conséquence, par saisir trois pirogucs |

qui se trouvaient le long des vaisseaux. Je descen-

dis à terre, et ayant rencontré le roi, son frère, |

Finaou et quelques antres chefs dans la maison que nous occupions, je leur donnai un garde ; et je leur fis comprendre que je les tiendrais aux arrêts jusqu’à ce qu’on n'eût rendu , non-seulement le chevreau et les dindons, mais tout ce qu’on nous avait dérobé à différentes époques. Lorsqu'ils se virent prisonniers , ils dissimulérent leur chagrin autant qu'ils purent; et, aprés m'avoir assuré qu'on me rendrait tout ainsi que je le désirais, 1ls s'assirent et burent la kava avec une tranquillité appa-

rent coir en a mais dats ma ils d laire moi Plusi le ro leva Nous princ heure on n:

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vente : on me rapporta bientôt une hache et un coin de fer. Sur ces entrefaites, quelques insulaires en armes se rassemblérent derrière notre maison ; mais ils se dispersèrent dés le moment où nos soldats de marine marchérent contre eux. Je recommandai aux chefs de défendre ces attronpemens ; ils donnérent en eflet des ordres auxquels les insulaires obéirent. Je les engageai à venir dîner avec mot à bord, et ils y consentirent de bon cœur. Plusieurs insulaires ayant ensuite représenté que le roi ne devait pas quitter la côte, le prince se leva à l'instant, et déclara qu'il était prêt à parur. Nous nous rendimes donc sur La Résolution; le prince et sa suite y demeurérent jusqu'à quatre heures, et je les reconduisis dans l’île : bientôt après on me ramena le chevreau et un des dindons.

Is promirent de nous livrer l’autre le lendemain ; comptant sur leur parole, je relâchai les pirogues, et je rendis la liberté aux chefs,

« Quand les chefs nous eurent quittés, nous fimes une promenade, O-muï et moi, afin d'observer les repas des naturels ; car c'était un des momens de la journée où ils mangent. Je trouvai qu'ils avaient en général de bien petites rations. Il ne faut pas s'en étonner, puisqu'ils nous avaient vendu la plupart des ignames et des autres provisions qu'ils avaient apportées , et qu'ils ne pensaient jamais à retourner dans leurs hourgades tant qu'ils rencontraient quelque espèce de subsistance autour de notre camp. Nous éuons établis sur une pointe

de terre en friche, et à proprement parler, aucun des insulaires ne résidait à un mille de nous; il se trouvait une foule si nombreuse d'étrangers dans les cantons où commencent les cultures , que nous nous attendions à y voir les maisons remplies de monde. Nous nous trompions : les familles qui y résidaient n'avaient pas un seul hôte. Tous les étrangers vivaient sous des hangars mal construits, ou sous des arbres et des buissons. Nous remarquâmes qu’on avait dépouillé les cocotiers de leurs branches afin de bâtir des huttes pour les chefs.

« Nous renconträmes , durant cette promenade, une demi - douzaine de femmes qui soupaient au même endroit. On mettait les morceaux dans la bouche de deux d’entre elles, et lorsque nous en demandâmes la raison , on nous dit qu’elles étaient tabou-matti. Nous apprîmes, en faisant des recherches ultérieures, que l’une avait lavé le cadavre d'un chef deux mois auparavant , et qu’elle ne devait toucher aucun aliment pendant cinq mois; l'autre avait aussi lavé le cadavre d’une personne d’un rang inférieur, et elle était soumise à la même absuinence qui devait finir plus tôt. Nous apercûmes à peu de distance de là une troisième femme à qui on mettait également les morceaux dans la bouche ; on nous avertit qu’elle avait aidé à laver le corps du chef dont je parlais tout à l'heure.

« Le roi arriva à bord le 21 dés le grand matin ; il venait m'inviter à un spectacle quil voulait donner le même jour. Sa toilette était déja faite ;

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le barbier lui avait barbouillé toute la tête d’un fard rouge, afin de rougir ses cheveux, qui étaient naturellement d’un brun foncé. Je l’accompagnai à terre après le déjeuner, et je trouvai ses gens occupés à p'anter, en avant de notre maison , quatre . és , à deux pieds de distance l’un de autre , et de cette manière ( © © ). L’ 8 les poteaux fut ensuite dé li toi mesure que les naturels le r ie | emplirent, ils eurent noi d'assujettir les poteaux avec des bâtons placés à environ quatre pieds d'intervalle , afin d’empécher que la pression des ignames ne les séparât. Lorsque les ignames eurent atteint le sommet des premiers poteaux , ils en superposérent de nouhs , ©t les deux pyramides s’élevèrent à plus de 30 pieds. Ils placèrent au sommet de la premiére deux cochons cuits au four ; ils mirent un cochon vivant au haut de la seconde , et ils attachérent au milieu un second cochon par les pieds. Nous fûmes étonnés de la facilité et de la promptitude avec laquelle ils élevèrent ces pyramides. Si j'avais orne . Menton un pareil ouvrage ; qu'on ne pouvait le faire sans | les charpentiers auraient employé nie rs ee , : au moins cent livres mis à cette opération ee ae : pe | ant de journées que les insulaires y mirent d'heures. Mais les matelots Aa la plupart des animaux amphibies, Mc e peu de secours à terre. Quand les naturels

262 HISTOIRE GÉNÉRALE eurent garni de provisions ces deux pyramides, ils rassemblérent jlusieurs autres tas d'ignames et de fruits à pain de chaque côté de la scène, et ils apportérent ensuite une tortue, une quantité considérable d'excellent poisson, une pièce d'étofle, une natte, et quelqnes plumes rouges. Le roi voulait me faire présent de toutes ces choses : il semsemblait désirer que son présent surpassät celui que j'avais reçu de F'inaou à Hapaï , et 1l y réussit, « Ils commencèrent à une heure , le maï ou les danses. La première fut presque une répétition de celle que nous avions vue à la fête de Mariouaghi. La seconde eut pour premier danseur Toubaou, l'ami du capitaine Furneaux ; quatre ou cinq femmes y parurent, et elles exécutérent les évolutions el les pas avec autant d’exactitude que les hommes. Les acteurs se divisérent en deux bandes, et abandonnérent la scène à deux champions, qui se livrérent un de ces combats simulés de massues, dont j'ai déjà fait la description. A la fin de la troisième danse, qui fut la dernière , deux autres guerriers arrivérent avec leurs massues, et montrérent heaucoup de dextérité, Des combats de lutte et de pugilat remplacérent ces danses : l’un des insulaires entra dans la lice avec une espece de massue coinposée de la tige d’une feuille de cocotier, qui est dure et pesante. On répéta le bomui pendant la nuit; Paoulaho y dansa vêtu d'étoffe d'Angleterre : mais les danses exécutées durant cette journée ne furent ni aussi belles, ni aussi animées que celles

aides , ils mes et de

ne , et ils atité cond'étofle, e roi vous : 1] scmssât celui réussit, mai ou les éution de ariouaghi.

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journée ne s que celles

de Finaou ou de Mariouaghi; il n’est donc pas besoin d'en parler davantage.

« Je diînai à terre , afin de ne perdre aucune partie du spectacle. Le roi s’assit à ma table, mais il ne voulut ni boire ni manger. Je reconnus que la présence d’une femme que j'avais invitée à ce repas, d’après ses sollicitations, l'arrêtait : nous découvrimes ensuite qu'elle était d’un rang supérieur au sien. Dés que cette femme si imposante eut diné, elle s’avança vers le roi, qui mit ses mains sous les pieds de sa souveraine , et elle se retira. Au même instant Paoulaho plongea ses doigts dans un verre de vin, et il reçut les hommages de tous les gens de sa suite. C’est la seule fois que nous l'ayons vu donner à quelqu'un des marques de respect. Il me demanda des feux d'artifice, et j'en fis tirer le soir; malheureusement les piéces se trouvèrent gâtées, et elles ne remplirent pas l'attente des spectateurs.

« Comme il n’y avait plus de fête à espérer de notre côté, ou de celui des chefs, et que la populace avait satisfait sa curiosité , elle nous quitta en grande partie le lendemain du héva de Paoulaho : cependant les voleurs rôdaient autour de nous, et, encouragés par la négligence de nos gens, ils nous dérobaient sans cesse quelque chose.

« Des officiers des deux vaisseaux qui avaient fait une course dans l’intérieur de l’île sans ma permission , et même sans que je le susse, revinrent le soir, aprés une absence de deux jours ; ils étaient

parus avec leurs fusils, avec des cartouches et des marchandises du goùt du pays; et les insulaires eurent l’adresse de les dépouiller complétement durant cette expédition : il manqua d’en résulter des suites fâcheuses ; car dés que nos voyageurs furent de retour, ils se plaignirent au roi, par l’entremise d’O-maï, du traitement qu'ils avaient éprouvé. Paoulaho ignorant mes intentions, et, d’après ce qui était arrivé, craignant que je ne l’arrêtasse de nouveau, s'éloigna le lendemain de tréès-bonne heure. Finaou suivit cet exemple, et il ne resta pas dans notre voisinage un chef revêtu de quelque autorité. J'en fus tres-fâché, et je témoignai à O-maiï mon mécontentement de ce qu'il s'était mêlé d’une pareille affaire. Ma réprimande lui inspira le r de ramener Finaou ; il l’assura que je n’emploierais pas la force pour obliger les insulaires à rendre ce qu’ils avaient pris à nos messieurs ; el sa négociation cut du succès. Finaou , comptant sur cette parole , reparut le soir ; nous le recûmes bien, et Paoulaho revint aussi le jour suivant.

« Ces deux chefs me firent observer, avec raison, qu'il fallait les averur lorsque quelqu'un des équipages voudrait aller dans l’intérieur du pays; ils ajoutèrent qu’en paral cas ils nous donneraient des guides et une escorte , et qu'ils seraient responsables de notre sûreté. Je crois qu'avec cette précaution un voyageur et ses richesses sont aussi en sûreté à Tongatabou que dans les pays du monde les mieux policés. Je ne me donnai aucun soin pour

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DES VOYAGES. 265 obtenir la restitution des choses qu'on avait prises à nos officiers ; cependant Finaou fit tout rendre, excepté un fusil et un petit nombre d'objets d’une

moindre valeur. Nous avions recouvré à cette.

époque le dindon et la plupart des instrumens qu'on avait dérobés à nos ouvriers.

« Le 25, deux canots que j'avais envoyés à la découverte du canal le plus propre à regagner la haute mer revinrent. Les maîtres qui les commandaient me dirent que le canal au nord, par lequel nous étions venus, était extrêmement dangereux , des rochers de corail le remplissant d’un bord à l’autre ; mais qu'il y en avait ua très-bon à l’est, resserré cependant par de petites îles dans un de ses points, et que pour en sortir nous aurions besoin d’un vent très-favorable, c’est-à-dire d'un vent d'ouest qui ne soufflait pas souvent sur ce parage. Les deux bâtimens étaient approvisionnés de bois et d'eau, nos voiles réparées, et nous ne devions plus guère espérer de vivres des habitans ; mais comme une éclipse devait avoir lieu le 5 du mois suivant, je résolus de l'observer, s'il était possible, et de différer l’appareillage jusqu'aprés cette époque.

« J’eus ainsi quelques jours de loisir, et le 26, des le grand matin, je m’embarquai sur un canot avec Paoulaho et quelques personnes de mes vaissceaux pour Moua, village où le roi et d'autres chefs font leur résidence ordinaire. Nous rencontrâmes sur notre route quatorze pirogues qui péchaient

266 HISTOIRE CÉNÉRALE

ensemble dans le gonlet ; le fils de Paoulaho était sur une de ces embarcations, dont chacune portait une espèce de verveux ou filet triangulaire qui était étendu entre deux bâtons, et qui offrait à l'extrémité inférieure un sac pour recevoir et arréter le poisson. Elles avaient déjà pris de trés-beaux mulets ; elles nous en donnèrent environ une douzaine. Je fus curieux de voir quelle est la manière de pêcher des insulaires ; je fus satisfait à l'instant. Ils entourent d'un long filet pareil à notre seine un bas-fond où ils croient que la pêche sera heureuse; les pêcheurs se mettent alors dans l’eau, et ils plongent dans la seine les verveux dont je parlais tout à l'heure, ou bien ils y prennent les poissons au moment où ils s’'échappent : le bas-fond qu'ils envelorrérent de leur seine ne contenant point de poisson, afin de nous mieux instruire des détails de l’opération (qui paraît sûre), ils y jetérent une partie de ceux qu'ils avaient déjà pris.

« Nous quittâmes le fils de Paoulaho et les pécheurs; et quand nous fümes au fond de la baie, nous débarquâmes à l’endroit où nous étions descendus lorsque nous fimes une course inutile pour voir Mariouaghi. Dés que nous fûmes à terre, le roi chargea O-maï de me dire que je ne devais pas avoir d'inquiétude sur le canot ou sur les choses qui s’y trouvaient, que les insulaires ne toucheraient à rien. Nous reconnûmes ensuite qu’il ne nous avait pas donné cette assurance én vain. On nous conduisit au même instant à l’une des maisons de

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DES VOYAGES. 267 Paoulaho, qui n’était pas éloignée , et près de l’édifice public ou du malahi, dans lequel nous étions entrés quand nous allâmes à Moua pour la première fois. Quoiqu’elle füt assez grande , elle semblait destinée à l’usage particulier du roi, et se trouvait au milieu d’une plantation. Paoulaho s’assit à l’une des extrémités, et les naturels qui vinrent Jui faire leur cour s’assirent en demi-cercle à l’autre extrémité : au moment où ils entrérent, le prince ordonna de préparer une jatte de kava , et de faire cuire des ignames pour nous. Tandis qu’on exécutait ses ordres, j'allai voir près de la maison un

Jratouka ou cimetière, qui, par son étendue et sa

forme, paraissait surpasser ceux que nous avions examinés sur les autres îles : quelques personnes de la suite du roi n'accompagnèrent, et O-mai me servait d'interprète. On me dit que le cimetière appartenait au roi : il était composé de trois maisons assez grandes, situées au sommet, ou plutôt au bord d'une espèce de colline. Il y avait à quelque distance un quatrième édifice rangé sur la même ligne que les rois premiers ; le second était le plus considérable : il se trouvait sur une esplanade d'environ trois pieds de hauteur, longue de vingt-quatre pas et large de vingt-huit. Les autres étaient placés sur de petits tertres artificiels, élevés également de trois pieds ; le sol de ces édifices, ainsi que les sommets des tertres qui les environnaient, étaient couverts de jolis cailloux mobiles, enfermés par de grandes dalles d’un rocher de co-

rail dur, taillées proprement, et posées de champ ; dont l'une avait douze pieds de longueur et plus de douze pouces d'épaisseur ; l’un de ces édifices était ouvert à l’un des côtés ; on voyait dans l’intérieur, particularité que nous n'avions pas encorc observée , deux bustes de bois grossiérement façonnés, l'un près de l'entrée, et l’autre un peu plus avant. Les naturels nous suivirent jusqu'à la porte, mais ils n’osérent pas en passer le seuil : ayant demandé ce que signifiaient ces bustes, on nous répondit qu'ils ne représentaient aucune divinité , et qu'ils servaient à rappeler le souvenir des chefs en:terrés dans le fiatouka. Nous jugeâmes que les insulaires ne construisent pas souvent des monumens pareils; car ceux-ci avaient, selon toute apparence, plusieurs générations. On nous dit qu’on avait enterré des morts dans chacun de ces édifices; maïs rien ne l'annoncçait. Nous y vîmes l’éperon sculpté d'une pirogue de Taïti, que la mer avait jeté sur la côte. Une vaste pelouse, parsemée d'arbres, parmi lesquels nous distinguâmes de très-gros étoas, s'étendait en avant du pied de la colline. Ces arbres ressemblent aux cyprès, et ils produisent un bon

effet dans un cimetière. Nous apercûmes aussi près de l’un des quatre édifices une rangée de palmiers peu élevés, et derrière , un fossé rempli d’un grand nombre de vieux paniers.

« Aprés notre dîner, ou plutôt après que nous eùmes pris un léger rafraîchissement que nous avions apporté du vaisseau, nous nous avançâmes

dans minis suivr ordo!

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céde n'ava des a sont

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kamp ; et plus édifices is l’inté-

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dans l'intérieur du pays, accompagnés de l’un des

ministres du roi. Il défendit à la populace de nous

suivre, et notre cortège ne fut pas nombreux. Il

ordonna de plus à tous ceux que nous renconträmes

sur notre route de se tenir assis jusqu'à ce que

nous eussions passé, c’est-à-dire qu'il leur enjoi-

gnit de nous donner la marque de respect que ce

peuple ne donne qu’à ses souverains. Nous trouvâmes le pays cultivé presque partout ; les planta-

uons , la plupart entourées de haies , nous offrirent différentes sortes de fruits. Quelques terrains précédemment cultivés, se reposaient. Sur ceux qui n'avaient nas encore été mis en culture , croissaient des arbres, d’où les naturels tirent du bois; et ils sont utiles sous ce rapport. Nous arrivâmes à plus sieurs grandes maisons inhabitées ; on nous dit qu'elles appartenaient an roi. Une multitude de grands chernins fréquentés, et beaucoup de sentiers mènent aux divers cantons de l’île. Comme les chemins sont bons et le pays ani, notre petit voyage n'eut rien de pénible. Je ne dois pas oublier que, lorsque nous fmes sur les parties les plus élevées de l’île, au moins à cent pieds au-dessus du niveau de la mer, nous apercümes souvent le r0cher de corail qui règne sur la côte. I était troué , et lon y voyait les hachures et les inégalités qu'offrent ordinairement les rochers exposés à l'acuon des flots ; et quoiqu'il fût à peine recouvert de terreau , 1l produisait des plantes et des arbres d’une végétalion trèsvigoureuse, On nous conduisit à

270 HISTOIRE GÉNÉRALE divers petits étangs, et à des ruisseaux ; mais en général l’eau me parut puante ou saumâtre ; les naturels me l'avaient indiquée néanmoins comme ex. cellente. Les petits étangs sont un peu dans l’intérieur des terres, et les ruisseaux prés de la côte de la baie , et au-dessous de la marque de la marée haute ; en sorte qu’on ne pourrait y prendre une can passable qu’au temps de la mer basse.

« Nous ne fûmes de retour de cette promenade qu'à l'entrée dela nuit ; le souper nous attendait ; 11 fut composé d’un cochon cuit au four, de poissons et d'ignames : le tout extrêmement bien apprêté selon la méthode du pays. N'ayant rien à faire après souper, nous suivimes l’usage des insulaires , et nous nous couchämes. On avait étendu sur le plancher des nattes pour novs servir de hits, et des pièces d’étoffe qui nous tinrent lieu de couvertures. Nous avions apporté du vin et de l’eaude-vie : le roi, qui avait beaucoup bu, dormit dans Ja même maison, ainsi que plusieurs autres insulaires de l’île; il se leva, de même qu'eux, longtemps avant la pointe du jour : ils se mirent à causer au clair de la lune; on imagine bien qu’ils parlérent de nous; le prince les entretint de ce qu'il avait vu ou observé. Ils se dispersérent de différens côtés an lever de l'aurore; mais ils ne tardérent p:: à revenir, amenant une foule assez nombreuse.

«Ils préparèrent alors une jatte de kava. Tandis qu'ils composaient cette liqueur, j'allai faire une visite à Toubaou, l'ami du capitaine Furneaux, qui

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avait prés de cet endroït une maison qui, pour la grandeur et l'agrément , égalait les plus belles du canton. Je trouvai chez lui une troupe d'insulaires qui préparaient aussi leur boisson du matin. Il me donna un cochon en vie, un autre rôti, des ignames et une pièce d'étoffe. Lorsque je rejoignis le roi, je le tronvai assis au milieu des gens de sa suite, buvant une seconde jatte de kava. Quand il ne resta plus de liqueur, il dit à O-maï qu'il allait à une cérémonie funébre, appelée toughi, en honneur d’un de ses fils mort depuis peu de temps, et1l nous pria de l'accompagner. J'y consentis d'autant plus volontiers, que je nr'attendais à voir quelque chose de nouveau ou de curieux. « D'abord le roi sortit, suivi de deux vieilles fenimes, et mit un habit neuf, ou plutôt une nouvelle piéce d’étoffe , par-dessus laquelle 1l plaça nne vieille natte déguenillée, qui devait avoir servi à son grand-pére dans une occasion pareille. Ses domestiques, ou les gens de son cortége, étaient tous vêtus de la même facon, excepté que leurs nattesne pouvaient, pour l'antiquité, aller de pair avec celle de leur maître. Nous marchâmes précédés de huit ou dix personnes , qui portaient un ramean vert autour de leur cou. Paoulaho unt à la main un rameau semblable jusqu'au moment où nous approchâmes du lieu du rendez-vous ; alors il le mit également autour de son cou. Nous enträmes dans un petit enclos où était une jolie maison, et un homme assis à la porte. À mesure que les insulaires

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entrérent, ils ôtèrent les rameaux qui leur servaient de collier, et ils les jetérent. Dès que le roi fut assis, les naturels s’assirent devant lui à la manière accoutumée ; une centaine de naturels, la plupart d'un âge avancé, el tous équipés comme les premiers , arrivèrent successivement, ce qui augmenta le cercle. Tout le monde étant réuni, un des domestiques de Paoulaho apporta une grosse racine de kava, et un vase qui contenait seize à vingt pintes ; plusieurs des assistans mâchérent la racine ; et le vase se remplit bientôt de liqueur. Sur ces entrefaites, d’autres préparaient les feuilles de bananier qui devaient tenir lieu de coupes. On servit la première coupe au roi, qui ordonna de la présenter à un homme qu'il indiqua; on lui offrit encore la seconde qu'il but; la troisième fut pour moi. L'échanson qui les remplissait demandait à chacune à qui il fallait l'envoyer ; un des assistans nommiait la personne, et on la portait à celle-ci. Quand il ne resta plus gucre de liqueur, l'échanson ne sut trop à qui envoyer les coupes ; il consulta souvent ceux qui se trouvaient assis prés de lui. La distribution se fit de la même maniere, tant qu'il y eut quelque chose dans le vase. La moitié des assistans n'eut point de part à ce régal : toutefois, nous n'apercûmes personne de mécontent, Nous ne comptimes que six coupes de feuilles de bananier; celui qui venait de boire jetait Ja sienne par terre; des domestiques la ramassaient et la portaient à l'échanson , qui la remplissait de nouveau.

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Le roi et les insulaires furent assis tout le temps ; ils conservérent leur gravité ordinaire, et se dirent à peine quelques mots.

« Nous imaginions que la cérémonie funébre allait enfin commencer; mais lorsqu'ils eurent achevé de boire la kava, ils se levèrent et ils se dispersèrent, à notre grand regret. Si ce fut réellement une cérémonie funébre, elle fut un peu singulière. Au reste, c'était peut-être le second, le troisième ou le quatrième deuil ; ou , ce qui arrivait assez souvent, O-maï avait mal compris ce que Paoulaho lui avait dit. Excepté le vêtement particulier des assistans et le rameau vert qu'ils portérent d’abord autour de leur cou, nous étions tous les jours témoins de ce qui se passa dans cette assemblée.

« Nous avions vu, dit M. Anderson, quelquefois boire la kava dans les autresîles, mais pas aussi fréquemment qu'ici, où les principaux du pays ne font autre chose durant la matinée. La kava n’est cultivée que pour en tirer la liqueur de prédilection. Les insulaires ont grand soin d'écarter de la plante tout ce qui peut nuire à sa croissance, et ils la placent ordinairement autour de leurs maisons. Elle ne s'élève guère au-delà de la grandeur d'un homme, quoique j'en aie vu d'une hauteur presque double. Elle pousse un grand nombre de branches , a de larges feuilles, en forme de cœur, et des tiges réunies. La racine est la senle partie qu'on emploie aux îles des Amis. On à déjà vu de quelle manière la liqueur se prépare et se distri-

2 ILiSTOIRE GÉNÉRALE

buc; on en met ordinairement un quart de pinte dans chaque coupe. Les insulaires étant habitués à ce breuvage, où n'aperçoit pas d’abord l'effet qu'il produit sur eux ; mais ceux d’entre nous qui voulurenten goûter trouvèrent qu'il enivre comme nos liqueurs fortes, ou plutôt qu'il cause l'engourdissement qu'on éprouve lorsqu'on a pris de l'opium ou d'autres substances soporifiques. Guoique les naturels boivent toujours ceue liqueur fraiche, quoique je les aie vus s’en régaler à sept re. prises différentes dans une matinée , elle est trèsdésagréable , et la plupart ne peuvent l'avaler sans frissonner et sans grimacer.

« Dés que la cérémonie fut terminée, nous partimes de Moua, pour retourner aux vaisseaux. En sortant de la lagune ou du goulet, nous rencontrimes deux pirogues qui revenaient de la pêche. Paoulaho leur ayant ordonné d’accoster notre canot, prit tout le poisson et tous les coquillages qu'elles conduisaient à terre. Il arrêta ensuite deux autres embarcations qu'il fouilla également, mois dans lesquelles il ne trouva rien. Je ne suis pourquoi il exerça ce despotisme, car notre canot était rempli de provisions. Il me donna une partie du poisson qu'il avait enlevé, et ses serviteurs vendirent le reste à bord de la Résolution. Nous atteignîmes aussi une grande pirogue à voile : les insulaires qu’elle portait étaient debout lorsque nous les approchämes ; ils s’assirent jusqu'à ce que nous les eussions dépassés : le pilote lui-même qui tenait

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le gouvernuil, et qui ne pouvait manœuvrer que dans cette position, s'assit comme les autres.

© « Paoulaho et d'autres personnes nr'ayant assuré qu'Oneouy, petite ile située à environ une lieue visà-vis de la lagune , et à la côte nord du canal oriental, contenait de l’eau excellente, j'y débarquai pour m'en assurer. Je reconnus que cette eau est aussi saumâtre que celle dont nous avions rempli nos futailles. La main de l'homme n’a point changé la face de l n'est fréquente. que par dc:

itre les productions de l’île quelques étoas. Après avoir quitté Oneouy, où nous dînâmes, nous examinämes un rocher de corail très-curieux, qui semble avoir été jeté sur le récif de cette terre. IL est élevé de dix ou douze pieds au-dessus de la mer qui l'envi-

pêcheurs, «

Palmerston ,

ronne. La base sur laquelle 1l est appuyé n’a pas plus d’un uers de la circonférence du sommet, évaluée par nous à environ cent pieds, et couverte d'étoas et de pandanus.

« Lorsque j’arrivai sur la Résolution , j'appris que tout s'était bien passé durant mon absence, et que les insulaires n'avaient pas commis un seul vol. F1naou et Fettafaihé se vantérent beaucoup d’avoir maintenu une si bonne police; nous en conclûmes que les chefs sont revêtus d'une grande autorité , et qu'ils sont les maîtres de prévenir les désordres ; mais 1ls n’y étaient guëre disposés , car on leur portait ordinairement , et peut-être toujours, ce qu'on nous dérobait,

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« Les insulaires ne tardéèrent pas à troubler notre repos. Le lendemain, six ou huit d'enire eux attaquèrent quelques-uns de nos gens qui sciaient des planches. La sentinelle üra; un des naturels fut probablement blessé, et nous en prîmes trois; je les tins enfermés jusqu'à la nuit, et je ne les renvoyai qu'après les avoir punis. Ils furent ensuite un peu plus circonspects, et nous causèrent moins d’embarras. On doit attribuer ce changement de conduite à la blessure que l’un d'eux avait reçue. L'effet de nos armes à feu, dont nous les avions menacés jusqu'ici, les épouvanta sûrement. Leur insolence journahère m'avait déterminé à faire charger à petit plomb les fusils des sentinelles, et à permettre de tirer quelquefois. Je supposai que l'insulaire avait été blessé avec du petit plomb; mais M. Kinget M. Anderson l'ayant rencontré dans une de leurs promenades, reconnurent qu'il avait été blessé d’une balle, que cependant la plaie n'était pas dangereuse. Je ne pus découvrir l’homme qui avait enfreint mes ordres. Ceux sur qui tombaient les soupçons étaient prêts à jurer que M. King et M. Anderson se trompaient; je n’en restai pas moins convaincu de la vérité du délit.

« Le récit de la promenade dont je viens de faire mention remplira une lacune de quarantehuit heures, durant lesquelles il n'arriva rien de remarquable aux vaisseaux; c'est M. Anderson qui parle.

« Nous partimes le 30, M. King et moi, avec

ibler notre e eux alla ciaient des aturels fut es trois; Je ne les renensuite un ent moins gement de vait reçue.

les avions nent. Leur né à faire unelles, et pposai que lomb; mais ré dans une il avait éte plaie n’était 1omme qui i tombaient M. King et restal pas

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j Fettafaihé; nous allâmes d’abord à sa maison, située à Moua, trés-prés de celle de Paoulaho, son frère. Nous fûmes à peine arrivés, qu'on tua un gros cochon, en lui portant des coups répétés sur la tête. Les naturels enlevérent les soies d’une mamiére trés-adroite , à l’aide de quelques morceaux de bambou fendus, qui avaient un bord tranchant : ils pratiquérent avec le même instrument un grand trou ovale dans le ventre, et ils en tircrent les entrailles. Ils avaient préparé un four, c’està-dire un trou creusé en terre, rempli au fond de pierres de la grosseur du poing, sur lesquelles ils firent du feu jusqu’à ce qu’elles fussent rouges. Ils prirent quelques-unes de ces pierres, et les ayant enveloppées dans des feuilles de l'arbre à pain, ils en remplirent le ventre du cochon, et ils fermérent l'ouverture avec d’autres feuilles : ils tamponnèrent également l'anus. Le cochon, ainsi arrangé, fut placé sur des bâtons posés en travers de pierres rougies par le feu, et couvert d’une quantité considérable de feuilles de bananier. On l’entoura ensuite de terre; et le four se trouvant fermé, on laissa cuire le cochon sans y toucher davantage.

« Nous parcourûmes le pays sur ces entrefaites, et nous ne vimes rien de remarquable, si j'en excepte le fiatouka d’une maison, situé sur un tertre artificiel au moins de trente pieds de hauteur. Une pelouse assez grande s’étendait sur l'un des côtés de cet édifice , et non loin de là on voyait beaucoup de terres incultes. Nous demandämes

pourquei on laissait ce canton en friche; nos guides semblérent répondre qu'il dépendait du fiatonka (c'était celui de Paoulaho), et qu'on ne pouvait y toucher. Nous aperçimes aussi à peu de distance, un certain nombre d’étoas couverts d’une mulutnde de grandes chauves-souris de Ternate, qu produisaient un bruit désagréable. Comme nous m'avions point de fusils, nous n’en pümes tuer ancune; mais quelques-unes , qui tombèrent entre nos mains à Anamocka, avaient trois pieds d'envergure. Quand nous fûmes de retour auprès de Fettafaihé, on nous servit le cochon qu’on venait de cuire , ainsi que plusieurs paniers d’ignames grillés et de cocos. Nous reconnûmes que c'était à nous à faire les honneurs du repas; en qualité de ses hôtes, nous devions disposer à notre fantaisie des alimens préparés pour nous. L’insulire qui avait nettoyé le cochon le maun, le découpa d’une manière trés-adroite, avec un bambon fendu , qui lui tenait lieu de couteau; mais ce ne fat que lorsque nous le Ini eûmes ordonné; il le dépeca, et trouva les jointures avec * * légèreté ct une promptitude qui nous surprirer eaucoup. On placa devant nous le tout, qui pesait au moins cinquante livres ; personne n’y toucha qu'après que nous en eûmes mangé , et que nous eûmes témoigné le désir de voir les natnrels assis antour de nous prendre part au festin. Ils eurent même une sorte de scrupule de nous en priver, etils finirent par demander quelles personnes il fallait admettre

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à ce régal, Is furent charmés toutefois que l'usage de notre pays ne s'opposät point à cette distribuuüon ; les uns emportérent la portion qu'ils recurent; les autres la mangérent sur le licu. Nous cûmes bien de la peine à déterminer Fettafaihé à goûter du cochon.

« Aprés le dîner, ce prince, suivi de cinq ou six personnes , nous mena à l'endroit où s'était passée la cérémonie funébre dont on a parlé plus haut ; mais nous restîmes en dehors de l’enclos. Tous les insulaires qui nous accompagnérent avaient une natte par-dessus leurs vêétemens, et des feuilles autour du cou, ainsi que la premiére fois; quand nous arrivâmes à un grand hangar ouvert destiné à remiser des pirogunes, et où se trouvaient quelques insulaires , 1isjetérent leurs feuilles, s’assirent devant l'édifice, et se donnérent de petits coups de poing sur les joues. Ils restèrent assis environ dix minutes avec un air trés-grave , puis se dispersérent sans dire un seul mot. Nous comprimes alors ce que Paoulaho nous avait dit du toughi. Lorsque peu de jours auparavant il avait pratiqué ici la inême cérémonie , nous ne nous en apercimes pas, parce qu’elle ne prit que quelques minutes. ]] paraît que c'était une continuation du deuil ou de la cérémonie fanébre, qu'ils se recueillaient nn moment , et qu'ils exprimaient leurs regrets. Ayant demandé la cause de leur affliction , nous apprimes t'elle était la suite de la mort d’un chef arrivé depuis peu à Vavaon; que la cérémonie durait de-

puis cette époque, et qu’elle continuerait longtemps.

« Le soir, on nous servit des ignames , des cocos, et un petit cochon apprêté comme celui du matin. Fettafaihé, s'apercevant que nous désirions les voir partager sans façon notre repas, nous pria tout de suite de le charger de la distribution, ct de désigner les perscanes que nous voulions régaler. Dés que le souper fut fini, on apporta une grande quantité d’étoffes qui devaient nous tenir lieu de lit; mais un usage singulier , inventé par la mollesse des chefs qui se font donner des coups légers tandis qu’ils dorment, nous incommoda beaucoup. Deux femmes s'assirent près de Fettafaihé, et exécutérent cette opération, qu’on nomme toughé-toughé ; elles frappèérent vivement avec leurs deux poings sur son corps et surses jambes, comme sur un tambour, jusqu'au moment où il s’endormit ; si l’on peut employer ici le terme de macer, elles le macèrent toute la nuit, en gardant néanmoins des intervalles de repos trés-courts. Quand le chef est une fois endormi, elles affaiblissent et ralentissent un peu leurs coups ; mais elles les renforcent et elles les multiplient, si elles s'aperçoivent qu'il va s'éveiller. Nous remarquâmes vers la fin de la nuit que les berceuses de Fettafaihé se relevaient, et qu’elles dormaient chacune à leur tour. Il semble que cet exercice doit troubler le sommeil ; mais on l'emploie sûrement ici comme un soporifique, ct rien ne démontre mieux les effets

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es, des coie celui du s désirions ) NOUS pria bution, ct oulions répporta une nous tenir enté par la des coups icommoda de Fettaon nomme avec leurs es, comme il s’endorde macer, lant néants. Quand blissent et es les rens'aperçoines vers la ttafaihé se ne à leur roubler le comme un les effets

remarquables de l'habitude. Le bruit causé par les berceuses ne fut pas la seule chose qui nous empêcha de dormir; les insulaires qui passérent la vuit dans la maison causèrent souvent à haute voix ; ils se levérent avant le jour, et ils firent un repas de poissons et d’ignames : les alimens furent apportés par un homme qui paraissait bien instruit de l'instant précis où il devait servir cette collation nocturne.

« Nous nous imîmes en route le lendemain, accompagnés de Fettafaihé, et nous longeâmes la côte orientale de la baie jusqu’à la pointe. Le terrain de cette côte est bien cultivé, mais on n’y voit pes un aussi grand nombre d’enclos quà Moua.

Parmi beaucoup d’autres champs de bananiers, nous en remarquâmes un qui avait au moins un mille de long, qui se trouvait en bon état, et où les végétaux croissaient avec vigueur. Nous observämes chemin faisant que Fettafaihé exerçait avec modération une grande autorité : au reste, il jouissait peut-être de ce pouvoir moins en sa qualité de chef qu’en qualité de prince de la famille royale. Il envoya chercher du poisson dans un endroit ; il exigea ailleurs qu’on lui apportât des ignames : il leva diverses contributions, et on exécuta ses ordres avec autant d’empressement que s'il avait été le maître absolu de toutes les propriétés. Lorsque nous fümes arrivés sur la pointe de l'île, les insulaires parlèrent d’un de leurs compatriotes qui avait reçu un coup de fusil ; nous désirâmes de le

voir, et on nous mena dans une maison où nous trouvâmes nn homme qui en effet avait recu un coup de fusil à l'épaule : la blessure ne me parut pas dangerense. La plaie nous prouva clairement que c'était Pinsnlaire sur qui l’une des sentinelles avait tiré trois jours auparavant, malgré l’ordre positif de ne charger les fusils qu'avec du petit plomb. Nous indiquâmes à ses amis de quelle manicre 1ls devaient penser la blessure, où l’on n'avait rien appliqné; et ils parurent charmés d’apprendre qu'après un certain temps le malade se À porterait bien : mais quand nous les quittâmes, ils

nous dirent de li envoyer des ignames et d’autres

choses : leur ton nous fit croire qu'ils regardaient comme un devoir de notre part de nourrir le ma-

lide jusqu'à ce qu'il füt gnéri.

« Pour nous rendre aux vaisseaux , noustraver- À à sämes la baie le soir, sur une pirogue que Fetta- de faihé nous procura en usant de sa prérogative; il où appela la première qui passa près de nous. Il prit les aussi un gros cochon; un domestique de chez lui le. apporta un paquet d'étoffes dont il voulait nous faire présent; mais la pirogue était si petite que si nous ne voulümes pas y embarquer le cochon ni pr l'évoffe ; et le prince donna des ordres pour qu'on D: nous les amenäât le lendemain. » pe

« J'avais prolongé mon séjour sur cette île, dut of Cook, à cause de l'éclipse qui devait avoir lieu d bientôt. Mais le 2 juillet , en examinant le micro- ns

métre qui appartenait au bureau des Jongitudes, si

où nous trecu un me parut lairement entinelles é l’ordre

du petit uclle maon n'avait nés d'apnalade se âmes, ils t d’autres gardaient ir Je ma-

Hstiraverue Fettagalive; il 1. I] prit chez lui lait nous ctite que ochon ni ur qu'on

etle, dit voir Jicu le microgitudes ,

je le trouvai brisé dans un endroit , et hors d'état

de servir sans y faire des réparations, pour lesquelles il ne restait pas assez de temps. J'ordonnai les préparaufs de notre départ, et on rembarqua le bétail, la volaille et les autres animaux, à l'exception de ceux que je voulais laisser dans l'ile. J'avais projeté d'abord d'y déposer un dindon et une dinde ; il ne me restait alors que deux couples, et l'une des dindes fut étranglée par la maladresse ct l'ignorance d’un de mes gens. J'avais apporté trois dindons sur ces îles : lan futtué comme je l'ai dit plus haut, et le second périt des coups que lui donna le chien inutile d’un de mes officiers. Ces deux accidens m'ôtérent les moyens d'enrichir les îles des Amis de ces oiseaux , et de les transplanter en même temps à Taïti, terre à lacuelle on les avait primitivement destinés. Je regrettai ensuite de n'avoir pas donné la préférence à Tongatabou, où ce présent aurait été plus utile qu'à Taiti, car lesinsulaires se seraient sûrement plus occupés que les Taïtiens da soin d'en mulüiplicer la race.

« Le 3, nous levämes l’ancre , et nons conduisimes les vaisseanx derrière Panghimodou, afin de profiter du premier vent favorable pour sortir des passes. Le roi dina avec moi, et j'observai que nos assiettes attiraient beaucoup son attention. Je Jui en offris une d'étain et une de faïence : il préfera celle d'étain, etse mit à nous indiquer les différens usages auxquels il la destinait ; il en indiqua deux

si extraordinaires, que je ne dois pas les oublier

ae — — = De

284 HISTOIRE GÉNÉRALE ici : 11 nous dit que lorsqu'il irait faire un voyage sur quelques-unes des autres îles, il laisserait son assiette à To, tabou, pour le représenter pendant son absence, et que les habitans paicraient à ce meuble le tribut d’hommages qu'ils rendent à sa personne. Je lui demandai ce qu'il avait employé jusqu'alors en pareille occasion, et j'eus la satisfaction d'apprendre que , lorsqu'il s’éloignait de sa résidence, les insulaires avaient fait leur cour à un vase de bois, dans lequel il se lavait les mains. Le second usage auquel il voulait employer l'assiette n'était pas moins singulier ; il comptait s’en servir au lieu de son vase de bois pour découvrir les voleurs. 11 nous assura que, lorsqu'on dérobait quelque chose , et qu’on ne pouvait découvrir le voleur, tous les naturels s’assemblaient devant lui, au moment où 1l lavait ses mains dans le vase de bois; qu'on nettoyait ce vase, que les insulaires s’approchaient l’un aprés l'autre, et le touchaient de la même manière qu'ils touchent ses pieds quand ils viennent Jui faire leur cour; que si le coupable osait le toucher, il mourait sur-le-champ ; qu'il expirait de la main des dieux, sans qu'il füt nécessaire de le tuer, et que si quelqu'un refusait d’approcher, son refus prouvait clairement qu'il avait commis le vol.

« Aprés avoir , à cause du temps couvert, assez mal observé l'éclipse , j'envoyai à bord les instrumens et tout ce qui n’y avait pas encore été porté. Aucun des naturels n'ayant pris soin, ou ne s'étant

un voyage serait son

nier pen ucraient à ndent à sa employé la satisfac= it de sa ré.

cour à un mains. Le r l'assiette s'en servir rir les vobait quelle voleur, 1, AU MOde bois ; s s'approient de la quand ils coupable p; qu'il füt nécessait d’apu'il avait

ert, assez S instru té porté.

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occhpé des trois moutons que j'avais donnés à Mariouaghi, je les fis ramener aux vaisseaux. Si je les eusse laissés sur cette terre, ils auraient couru grande risque d’être tués par les chiens. Il n’y avait point de chiens à Tongatabou lorsque j'y abordai en 1773; j'en trouvai un assez grand nombre cette fois qui venaient des mâles et des femelles que j'y avais déposés , et de quelques autres apportés depuis de Fidji, île peu éloignée. Cependant ils ne s'étaient pas répandus sur les autres îles de ce groupe, et ils appartenaient tous aux chefs.

« M, Anderson m'a donné sur cette île et sur ses productions quelques détails que je vais insérer ici. Comme nous venions d'y passer trois semaines, et que nous n’y relächämes que trois joursen 1773 (1), on sent que nous avons dû acquérir dans le voyage actuel plus de lumières sur l’histoire naturelle du pays et les mœurs des habitans. D'ailleurs les recherches toujours instructives et toujours intéressantes de M. Anderson suppléeront aux erreurs et aux omissions qui peuvent se trouver dans larelation de mon second voyage.

« L'île d'Amsterdam ou de Tongatabou , ou, comme les naturels l’appellent souvent, de Zongu, a environ vingt licues de tour; elle est un peu oblongue, mais beaucoup plus large à l'extrémité orientale ; sa plus grande longueur se trouve de l'est à l’ouest. La côté sud , que je vis en 1773, est

(1) Du 4 au 7 octobre.

ge, =

286 HISTOIRE GÉNÉRALE droite ; elle consiste en rochers de corail de huit ou dix pieds de hauteur , et est perpendiculaire, excepté en quelques endroits où elle est interrompue par de petites plages sablonneuses, sur lesquelles on aperçoit, à la marée basse , une file de rochers noirs. La largeur de l’extrémité ouest n’excéde pas cinq ou six milles, et la côte y ressemble en général à celle de la partie méridionale : la côte nord est entourée partout de bas-fonds et d'îles, et le rivage y est bas et sablonneux. L’extrémité orientale ressemble vraisemblablement à celle du sud,

car le rivage commence à offrir des rochers vers la la pointe nord-est, quoiqu'il n'ait pas plus de sept à huit pieds d'élévation.

« On peut compter cette terre au nombre des îles basses : en effet, les arbres de la partie occidentale

devant laquelle nous étions à l'ancre, se montraient

à peine; la pointe sud-est est le seul canton proë- on minent que l'on puisse apercevoir d'un vaisseau.

Lorsqu'on est à terre, on voit néanmoins que plu- cl sieurs parties du terrain s'élévent et s'abaissent dou- pl cement, Le pays en général n'offre pas ce magni- au fique paysage qui résulte dela diversité des collines, Ja des vallées, des plaines, des ruisseaux et des cas- le cades ; mais il étale aux yeux des spectateurs la fer- sa tilité la plus abondante. Les lieux abandonnés aux Q soins de Ja nature annoncent la richesse du sol, cl aussi-bien que les cantons cultivés. La verdure est Ù perpétuelle dans les uns et les autres, et toutes les £a

productions végétales y sont d’une vigueur admi- n

ul de huit diculaire, interrom-

, Sur lesne file de Ducst n’exressemble le : la côte td’îles, et aité orien= e du sud, ers vers la de sept à

re des îles ccidentale 1ontraient ton proé- VaISSCAL.

s que plussent dou- Le Magnis collines, t des cas— urs la fer-

nés aux e du sol, rdure est toutes les ur admi-

DÉS VOYAGES. 207 rable, De loin, l’île entière paraît revêtue d'arbres de différentes tuilles, dont quelques-uns sont trèsgros. Mais les cocotiers élévent par-dessus tous les autres leur cime en panache, qui n'est pas un des moindres ornemens des pays où ils croissent. Le bougo, qui est une espèce de figuier à feuilles étroites et pointues , est le plusgrand arbre de l'ile ; le pandanus, des hibiscus de plusieurs sortes, le

faïtanou, dont on a déjà parlé , et quelques autres,

sont les arbrisseaux et les arbustes que présentent communément les cantons en friche, surtout vers la mer. Si les divers objets qui composent les grands paysages n'y sont pas nombreux , on y rencontre une foule de sites qu'on peut appeler de jolis points de vue ; ils sont répancus autour des champs culuivés et des habitations, et particulièrement autour des fiatoukas , où l’art, et quelquefois la naiure , ont beaucoup fait pour le plaisir des yeux.

« Tongatabou étant peu éloigné du tropique, le climat y est plus variable que sur les îles situées plus près de la ligne : au reste, nous y relächämes au solstice d'hiver, et il faut peut-être attribuer à Ja saison l'instabilité du temps. Les vents y soufllent le plus souvent entre le sud et l'est; et lorsqu'ils sont modérés, on a ordinairement un ciel pur. Quand ils fraîchissent, l'atmosphère, quoique chargée de nuages, n’est point brumeuse, et il pleut fréquemment. Les vents passent quelquefois au nord-est, au nord-nord-est, ou même au nordnord-ouest ; mais ils ne sont jamais d'une longue

durée, etils ne soufflent pas avec force de ces points, quoïqu'ils soient en général accompagnés d’une grosse pluie et d'une chaleur étouffante. On a déjà dit que les végétaux se succèdent avec une rapidité singulière : je ne suis pas sûr toutefois que les variauions de l'atmosphère qui produisent cet effet soient assez frappantes pour être remarquées des naturels, ou que les diverses saisons déterminentun changement dans leur régime. Je suis même tenté de croire le contraire, car le feuillage des productions végétales n’éprouve point d’altération sensible aux diverses époques de l’année ; chaque feuille qui tombe est remplacée par une antre, et on jouit d’un printemps universel et continu.

« Un rocher de corail sert de base à l’île, si nous pouvons en juger d'après les endroits que nous avons examinés sur le rivage et dans l’intérieur. Nous n’aperçûmes pas le moindre vestige d'aucune autre pierre , si j'en excepte les petits cailloux bleus répandus autour des fiatoukas, et une pierre noire, polie et pesante, qui approche de la pierre lydique, et dont les naturels font leurs haches. Il est vraisemblable que ces dernières ont été apportées des terres des environs ; car nous achetâmes de l’un des insulaires un morceau de pierre de la nature des ardoises et couleur de fer, que les habitans du pays ne connaissent pas. Quoique le corail s’éléve en beaucoup d’endroits au-dessus de la surface du terrain , le sol est en général d’une profondeur considérable. Dans tous les cantons culuvés, il est

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commanément noir et léger, et il semble provenir en grande partie de débris de végétaux. Il est probable qu'il existe au-dessous une couche argileuse ; car on la rencontre souvent dans les terrains bas, dans ceux qui s'élèvent, et surtout en divers endroits près du rivage, où le sol est un peu exhaussé. Lorsqu'on le fouille, il parait quelquefois rougeätre, plus ordinairement brunâtre et compacte. Dans les parties où la côte est basse , le sol est sablonneux , ou plutôt composé de corail trituré ; 1l produit néanmoins des arbrisseaux trésvigoureux , et les naturels le cultivent quelquefois avec succés.

« Les principaux fruits que culuvent les naturels, sont les bananes, dont on compte quinze sortes où variétés, le fruit à pain, deux espèces du fruit qu'on trouve à Taïti, et qu'on y appelle djambou et évi, et une grande quantité de chaddecks , qu'on y trouve aussi souvent croissant naturellement.

« Deux espèces d’ignames, dont la première est

noire, et si grosse, qu’elle pèse souvent vingt on

trente livres, et donit la seconde , blanche et longue, en pèse rarement une; une grosse racine appelée fappé; une autre qui approche de nos pommes de terre blanches, ct qu'on nomme maouhaha; le taro ou le coco de quelques îles des environs, et le djidji, forment la liste des racines de Tongatabou.

« Outre un grand nombre de cocotiers, on y

XXIL, 19

voit trois autres espèces de palmiers, dont deux sont rares. L'un est appelé biou ; 1l s'élève presque | à la hauteur du cocotier ; 1l a de trés-larges feuilles disposées en éventail, et des grappes de noix globuleuses de la grosseur d’une balle de pistolet : ces noix croissent parmi les branches; elles portent unc

aruande très-dure qu’on mange quelquefois. Le se. cond est une espèce de chou-palmiste , disungué seulement du cocotier en ce qu’il est plus gros et

cou

qu'il a des feuilles découpées ; il produit un chou pas

de trois ou quatre pieds de long; on voit des €, q

feuilies au sommet de ce chou, et au bas, un fruit dif.

qui est à peine de deux pouces de longueur, qui À

ressemble à un coco oblong, et qui offre une als

amande insipide et coriace, que les naturels ap- ji

pellent niougola , ou le coco rouge, parce qu'elle he

prend une teinte rougeâtre lorsqu'elle est müre. que

La troisième espèce , qui se nomme ongo-ongo, est À

beaucoup plus commune ; on la trouve autour des à

fiatoukas : sa hauteur ordinaire est de cinq pieds; Asie

mais elle a quelquefois huit pieds d’élévation : elle qu 2

présente une multitude de noix ovales et compri- ie

on à mées, qui sont aussi grosses qu'une pomme de rei- corp

Pie nette, et qui croissent immédiatement sur le tronc, de I:

parmi les feuilles. L'ile produit d'ailleursune grande héën

À quantité de cannes à sucre excellentes, et que les KE},

À naturels cultuivent, des gourdes, des bambous, des pè ” souchets des Indes, et une espèce de figue de la

rosseur d’une petite cerise , appelée matté, qu'on #4

mange quelquefois. Au reste, le catalogue des KE.

dont deux ve presque ges feuilles > noix gloistolet : ces portent une efois. Le se- , distingué plus gros et ait un chou on voit des as , un fruit gueur, qui ni offre une naturels aparce qu'elle e est mure.

go-ongo ; est > autour des cinq pieds; vation : elle s et comprimime de reisur le tronc, sune grande

, et que les ambous , des figue de la satté, qu'on talogue des

plantes qui croissent naturellement est trop nombreux pour l'insérer ici. Ird cndamment du pemphis decaspermum, du mai:scocca et du maba, et de quelques autres genres nouveaux décrits par le docteur Forster (1), on en trouve un petit nombre d’autres que la saison de l’année ou la brièveté de son séjour ne lui ont peut-être pas permis de remarquer. J’ajouterai que notre relâche fut beaucoup plus longue ; que cependant nous ne vîmes pas en fleur plus du quart des arbres et des plantes, et qu'ainsi je suis bien éloigné d'en connaitre les différentes espèces.

« Les quadrupèdes du pays se bornent à des ccchons , à un petit nombre de rats, et à quelques chiens qui ne sont pasindigènes, mais qui viennent de ceux que nous y laissimes en 1775, et de ceux que les naturels ont tirés de Fidji. Les volailles sont d’une grande taille.

« Nous remarquämes parmi les oiseaux sauvages, des perroquets un peu plus petits que les perroquets gris ordinaires ; 1ls ont le dos et les ailes d’un

vert assez faible, la queue bleuñtre , et le reste du

corps couleur le suie ou de chocolat; des perruches de la grandeur d’un moineau, d’un beau vert jaunâtre , ayant le sommet de la tête d’un azur brillant , le cou et le ventre rouges; une troisième espèce, de la taille d'une colombe, a le sommet de

(1) Voyez son ouvrage qui a pour titre : Churacteres generum plantarum, Lond. 1776.

D or mom

la rête et les cuisses bleus, le cou, la partie infc…. rieure de la tête, et une partie du ventre cramoisis, et le reste d’un joli vert.

« Nous aperçcümes des chouettes de la grandeur de nos chouettes ordinaires, mais d’un plumage plus beau ; des coucous pareils à ceux de l’île Palmerston, des martins-pêcheurs , de la grosseur d’une grive, d'un bleu verdätre, et portant un collier blanc ; un oiseau de l'espèce de la grive, dont il a presque la taille. Celui-ci a deux cordons jaunes à la racine du bec : c'est le seul oiseau chantant que nousayons rencontré; mais 1l produit des sons si forts et si mélodieux , que les bois retenussent de son ramage au lever de l’aurore, le soir, età l'approche du mauvais temps.

« Je ne dois pas oublier, dans la liste des oiseaux de terre, des râles de la grandeur d’un pigeon, qui sont d’un gris tacheté, et qui ont le cou brun; une autre espèce qui est noire , qui a les yeux rouges, et qui n'est pas plus grosse qu'une alouette ; deux espèces de gobe-mouches , une très-petite hirondelle ; trois espèces de pigeons, dont l'une est le ramier-cuivre de M. Sonnerat (1); la seconde n’a que la moitié de la grosseur du pigeon ordinaire ; vlle est d’un vert päle au dos et aux ailes, et elle a le front rouge; la troisième , un peu moindre, est d’un brun pourpre, et blanchätre au-dessous du corps.

(1) Voyage de la Nouvelle-Guinée, planche 102.

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« Les oiseaux aquatiques et qui fréquentent la mer, sont les canards que nous avons vus à Anamocka (on n’en rencontre guère à Tongatabou ), les hérons bleus et blancs, les paille - en -cul , Îles noddis communs, les hirondelles de mer blanches, une nouvelle espèce qui est coulenr de plomb, et qui a la tête noire; un petit courlis bleuâtre , un grand pluvier tacheté de jaune. Outre les grosses chauves-souris indiquées plus haut , je ne dois pas oublier la chauve-souris commune.

« Les seuls animaux nuisibles ou dégoûtans de la famille des repules ou des insectes, sont les serpens de mer de trois pieds de longueur, qui offrent alternauvement des anneaux blancs et noirs, et qu'on voit souvent le long de la côte ; quelques scorpions et des mille-pieds. On voit de beaux guanos verts, d’un pied et demi de long ; un second lézard brun tacheté, d'environ douze pouces de longueur, et deux autres plus petits. On disungue parmi les insectes, de belles teignes, des papillons, de trés-grosses araignées et d’autres. Jai remarqué en tout cinquante espèces d'insectes.

« La mer abonde en poissons ; mais les espèces ne m'en parurent pas aussi variées que je l'espérais. Les plus communs sont les mulets, plusieurs sortes de perroquets, le poisson d’argent , les vieilles , des soles joliment tachetées, les bonites, les thons, les anguilles , les mêmes que nous avions trouvées à l'île Palmerston ; les requins , les raies, les flûtes,

une espèce de brochet, enfin les diables de mer.

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« Les récifs et les bas-fonds, si nombreux le long de la côte septentrionale de l'île, sont remplis d'une multitude de coquillages trés-variés ; beaucoup sont regardés comme précieux dans nos cabinets d'histoire naturelle. Je me contenterai d'indiquer ici le véritable marteau, dont je ne pus me procurer un échantillon entier ; une grosse huître dentelée, et bien d’autres qui ne sont pas de l'espèce commune; des cônes, une vis énorme qu'on trouve aussi aux Indes orientales, des huîtres perlières : plusieurs de ces huîtres paraissent avoir échappé aux recherches des naturalistes et des amateurs les plus curieux, On y trouve aussi une multitude de belles toiles de mer, et des coraux très-variés. J'en remarquai deux rouges : le premier portait de jolies branches, et le second était tubuleux. Les crabes et les homars y sont très-abondans et trés-variés. J1 faut ajouter à ce catalogue plusieurs espèces d'éponges, le lièvre de mer, des holothuries, et diverses substances de ce genre.

« Nous étions prés d’appareiller de Tongatabou; mais le vent ne l'ayant pas permis , nous assistämes à une grande fête fixée pour le 8, à laquelle le roi nous avait invités , Jorsque nous allâmes lui faire notre dernière visite. Il quitta notre voisinage le 7, et ilse rendit, ainsi que tous les insulaires d’un rang distingué, à Moua, où les cérémonies devaient avoir lieu, Plusieurs d’entre nous le suivirent le lendemain. D’après ce que Paoulaho nous avait dit, nous jugeâmes que son fils, l'héritier

reux le long

mplis d’une aucoup sont binets d'hisdiquer ici le procurer un dentelée , et 2 commune; ve aussi aux s : plusieurs aux recherles plus cude de belles és. J'en reait de jolies . Les crabes L trés-varics.

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présompüf de la couronne, allait être revêtu solennellement de certains priviléges, et en particulier de celui de manger avec son père : honneur dont 1] n'avait pas encore joui.

« Nous arrivâmes à Moua sur les huit heures, et nous trouvâmes le roi dans un enclos si petit et si sale, que je fus étonné de voir un lieu aussi malpropre dans cette partie de l'île; un grand nombre d'insulaires étaient assis devant lui : ils se livraient aux soins qui les occupent ordinairement le matin; ils préparaient une jatte de kava. Sur ces entrefaites, nous allâmes faire une visite à quelques-uns de nos amis, et observer les préparatifs de Ja cérémonie qui devait bientôt commencer. A dix heures les insulaires s’assemblérent au milieu d’une pe- Jouse qui est en face du malaï, ou du grand édifice auquel on nous avait conduits quand nous allîmes à Moua pour la première fois. Nous aperçûmes, à l'extrémité de l’un des chemins qui débouchent dans cette pelouse, des hommes armés de piques et de massues; ils récitaient ou chantaient constamment une petite phrase sur un ton pleureur qui semblait annoncer l'afiliction , ou demander quelque chose. Ces phrases de récitatif ou de chant se continuérent pendant une heure : durant cct intervalle, une multitude d’insulaires arrivérent par le chemin dont je viens de parler; chacun d'eux apportait un igname attaché au milieu d'une perche, qu'il déposa aux pieds de ceux qui psalmodaient si tristement. Le roi et le prince arrivèrent

ne

également, et s’assirent sur la pelouse; on nous pria de nous asseoir à leurs côtés, mais d’ôter nos chapeaux et de délier nos cheveux. Tous ceux qui apportaient des ignaines étant arrivés , deux hommes relevérent chacune des perches et la portérent sur les épaules. Aprés s'être formés en compagnies de dix ou douze , ils traversérent la pelouse d’un pas pressé; les compagnies étaient conduites par un guerrier armé d'une massue ou d’une épée, ct gardées à droite par plusieurs autres qui avaient différentes armes. Un homme, portant sur une perche un pigeon en vie, terminait la procession composée d'environ deux cent cinquante personnes.

« Je chargeai O-mai de demander au chef où l'on portait les ignames avec tant d'appareil : le chef ne se souciant pas de satisfaire notre curiosité, deux ou trois d’entre nous suivirent la procession contre son gré. Les insulaires s’arrêtérent devant le moraï ou le fiatouka d’une maison située sur un tertre éloigné d’un quart de mille du lieu où ils s'étaient assemblés d'abord. Ils ÿ déposérent les ignames, dontils formèrent deux tas; mais j'ignore quelle était leur intention. Comme notre présence semblait les gêner, nous les quittûmes, et nous retournâmes auprés de Paoulaho, qui nous dit de nous promener dans les environs, parce qu'il y aurait un entr'acte de quelque durée. Nous nous éloignâmes peu, et notre promenade ne fut pas longue, de crainte de perdre une partie de la cé-

je; on nous is d’ôter nos pus ceux qui | deux hom- Ja portèrent compagnies elouse d’un nduites par ne épée, ct qui avaient nt sur une à procession uante per-

au chef où ppareil : le ‘e curiosité, procession it devant le uée sur un heu où ils osérent les ais j'ignore re présence s, et nous ous dit de ce qu'il y Nous nous ne fut pas de la cé-

rémonie. Lor’:ue nous rejoignimes le roi, il m’engagea à ordonner aux matelots de ne pas sortir du canot ; il ajouta que chaque chose serait bientôt tabou ; que si l’on rencontrait dans Ja campagne quelques-uns de mes gens ou des siens, on les renverserait à coups de massue, et même qu'ils seraient mali, c'est-à-dire, tués. Il m'avertit aussi que nous ne pouvions pas nous trouver parmi les acteurs de la cérémonie ; mais qu’on nous menerait dans un lieu d'où nous verrions tout ce qui se passcrait. Notre vêtement fournit à Paoulaho un premier prétexte pour nousexclure ; il dit que, si nous voulions assister à la cérémonie, il faudrait avoir la partie supérieure du corps découverte jusqu'à la poitrine , Ôter nos chapeaux et délier nos cheveux. O-maï répondit qu'il se conformerait aux usages du pays, et 1l commenca à se déshabiller ; le prince imagina ensuite d'autres prétextes, et O-mai fut exclu aussi-bien que nous.

« Cette défense ne me convenait pas trop, et je m'éloignai pour quelques momens, afin de découvrir ce que voulaient faire les insulaires. J'aperçus peu de monde dans la campagne, excepté les hommes vêtus pour la cérémonie ; quelques-uns d’entre eux portaient des bâtons d'environ quatre pieds de longueur , au-dessous desquels étaient attachés

deux ou trois morceaux de bois de la grosseur du pouce, et longs d’un demi-pied : ils allaient au morai dont j'ai parlé tout à l'heure. Je pris le même chemin, ct je fus arrêté plusieurs fois par leurs cris

de tabou ; je continuai cependant ma route, sans trop m'occuper de leurs cris, jusqu’au moment où je vis le moraï, et les insulaires qui étaient assis devant la façade : on me pressa alors très-vivement de rebrousser chemin; ignorant quelles seraient les suites de mon refus, je revins sur mes pas. J'avais observé que les naturels qui portaient des bâtons dépassaient le moraï ou le temple; je crus, d'aprés cette circonstance, qu’il se passait derrière cet édifice des choses qui méritaient d'être examinées : je formai le projet de m'y rendre par un détour; mais je fus si bien surveillé par trois hommes, que je ne pus exécuter mon dessein. Cherchant à tromper ces sentinelles, je retournai au malaï, où J'avais laissé le roi, et je m'évadai une seconde fois ; mais je rencontrai bientôt mes trois hommes, en sorte qu'ils me parurent chargés d’épier tous mes mounvemens. Je ne fis aucune attention à leur démarche ou à leurs propos, et je ne tardai pas à apercevoir le principal fiatouka où moraï du roi, que j'ai déjà décrit. Une foule d’insulaires étaient assis devant cet édifice : c'étaient les naturels que j'avais vus dépasser l’autre moraï placé à peu de distance de celui-ci. Comme je pouvais les observer de la plantation du roi, je m'y rendis, à la grande satisfaction de ceux qui m'accompaguaient.

« Dès que je fus entré, j'y racontai ce que j'avais vu à ceux de nos messieurs qui s’y trouvaient,

et nous nous plaçämes de maniére à bien examiner

ute, sans oment où dent assis -vivement s seraient pas. J’at des bâ- Je crus, | derrière "e Examiar un déhomines, erchant à ialaï, où nde fois; mes, en ous mes leur délai pas à du roi, s Ctaient rels que | peu de s obseris, à la compa-

que jJavalent , aminer

la suite de la cérémonie. Le nombre des naturels qui occupaient le fiatouka continua pendant quelque temps à augmenter; ils quittérent enfin leurs siéges , et ils se mirent en marche; ils marchaient deux à deux lun après l'autre. Les deux naturels qui formaient un couple , portaient entre eux, sur leurs épaules, un des bâtons dont j'ai parlé : on nous dit que les petits morceaux de bois attachés au milieu étaient des ignames. Il est vraisemblable que les naturels emploient des morceaux de bois pour emblémes de ces racines. Le second homme de chaque couple placait communément une de ses mains sous le milieu du bâton, comme si cet appui eût été nécessaire pour l'empêcher de rompre sous le poids; ils affectaient aussi de marcher courbés, comme s'ils eussent été accablés par la pesanteur du fardeau. Nous comptämes cent huit couples : les hommes qui les composaient étaient tous , ou la plupart, d'un rang distingué. Ils vinrent trés-près de la haie derrière laquelle nous nous trouvions, et nous les vimes fort à notre aise.

« Lorsqu'ils eurent tous défilés devant nous, nous retournâmes à la maison de Paoulaho. Ce prince sortait; on ne nous permit pas de le suivre, et on nous mena sur-le-champ à l'endroit qu'on nous destinait, c'est-à-dire , derrière une palisside voisine de la pelouse du fiatouka où l’on avait déposé les ignames le matin. Comme nous n’étions pas les seuls exclus de la cérémonie , et qu'on nous

permettait à peine de la regarder en cachette, il

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arriva près de nous un assez grand nombre d’insu- Jaires. J'observai que les enclos des environs étaient d'ailleurs remplis de monde ; on avait pris tous les soins imaginables pour nous masquer la vue ; nonseulement on avait réparé Îles palissades dans la matinée, mais on en avait dressé presque partout de nouvelles, d'une si grande élévation, qu'un homme de la plus hante taille ne pouvait voir par-dessus. Pour remédier à cet inconvénient, nous prîmes la liberté de faire des trous dans la haie avec nos couteaux ; et de cette manière, nous observâimes assez bien tout ce qui se passait de l’autre côté.

« Lorsque nous nous postâmes derrière la haie, deux ou trois cents personnes étaient assises sur l'herbe, près de l'extrémité du sentier qui débouchait dans la pelouse du moraï ; d’autres, en plus grand nombre, ne tardérent pas à les venir joindre. Nous vimes aussi arriver des hommes portant de petits bâtons et des branches ou des feuilles de cocotier. Dès qu'ils parurent, un vieillard s’assit au milieu du chemin, et, les regardant en face, il prononça un long discours sur un ton sérieux. Il se retira ensuite; les autres s’avancèrent vers le centre de la pelouse, et élevèrent un petit hangar. Quand ils eurent achevé cet ouvrage, ils s’accroupirent un moment, se relevèrentetallérent se placer parmi le reste de la trompe. Bientôt après, le fils de Paoulaho entra , precédé de quatre ou cinq 11sulaires : 11 s’assit avec son cortége derrière le hangar, un pu de côté. Alors douze ou quatorze

re d’insuns étaient is tous les vue ; nons dans la >artout de n homme ar-dessus.

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DES VOYAGES. 3o1

femmes du premier rang parurent, marchant lentement deux à deux; elles portaient une pièce étroite d’étoffe blanche de six à neuf pieds de longueur, étendue dans l'intervalle qni séparait les deux personnes de chaque couple. Elles s’approchérent du prince , s'accroupirent devant lui, et, après avoir mis autour de son corps quelques-unes des pièces d’étoffe qu’elles apportaient , elles se relevérent : ensuite elles se retirèrent dans le même ordre, et s'assirent à une certaine distance sur sa gauche. Paoulaho parut bientôt, précédé de quatre hommes ‘qui marchaïient deux à deux, et qui s’assirent à environ vingt pas de lui et à la gauche de son fils. Le jeune prince quitta alors sa première place, et alla s'asseoir avec son escorte sous le hangar; un nombre considérable d’autres insulaires s’assirent sur l'herbe devant le pavillon royal. Le prince avait le visage tourné vers le peuple, et le dos tourné au moraï. Trois compagnies de dix ou douze hommes chacune sortirent l’une après l’autre du milieu du groupe le plus nombreux , et, courant avec précipitation au côté opposé de la pelouse , elles s’assirent durant quelques secondes ; elles retournérent ensuite de la même manière à leur première place. Deux hommes, qui tenaient un petit ramcau vert à la main, se levérent et s’'approchérent du prince;ils s'assirent quelques secondes, à trois reprises diffé rentes , à mesure qu'ils avancérent , et ils se reurè-

rent dans le même ordre, penchant leurs rameaux les uns vers les autres tant qu'ils furent assis. Peu

502 HISTOIRE GÉNÉRALE de temps après, un troisième et un quatriëéme iusulaire répétérent cette cérémonie.

« La grande procession que j'avais vue quitter l'autre moraï arriva alors. Si l'on juge du détour qu'elle fit par le temps qu'elle employa , il dut être considérable. Dès que les homimes qui la composaient eurent atteint Ja pelouse, ils s’avancérent à droite du hangar. Aprés s'être prosternés sur le gazon, ils déposérent leurs prétendus fardeaux (les perches dont j'ai déjà parlé), et se tournérent vers le prince : ils se relevérent, se retirérent dans le méme ordre, en joignant leurs mains qu'ils tenaient devant eux de Pair le plus sérieux , et 1ls s’assirent sur les bords de la scène. Tandis que cette bande nombreuse défilait et déposait ses perches, trois hommes assis sous le hangar avec le prince pronovcérent des phrases d’un ton mélancolique. is gardérent un silence profond durant quelque temps ; ensuite un homme assis au fond de la prairie commença un discours où une prière, pendant laquelle il alla, à plusieurs reprises, briser un des bâtons :pportés par ceux qui étaient venus en procession. Lorsqu'il eut fini, la troupe, assise devant le hangar, se sépara pour former une hate, à travers laquelle le prince et sa suite passèrent; et l'assemblée se dispersa.

« Quelques uns d'entre nous, satisfaits de ce qu'ils avaient déjà vu, retournérent aux vaisseaux ; mais comme je ne voulais perdre aucune OCCASION de m'instruire des institutions politiques et reli-

rléMeE il

1e quitter lu détour 1 dut être la comvancérent es sur le fardeaux ournérent rent dans qu'ils te- 1x, et ils que cette perches, le prince hcolique.

quelque id de la ère, pens, briser nt venus e, assise ne haie, érent ; et

s de ce ISSCAUX ;

OCCasion

et reli-

gieuses de ce peuple, je demeurai à Moua avec deux ou trois de mes ofliciers , afin d'être témoin de la fête qui ne devait se terminer que le lendemain. Les petits morceaux de bois et les perches apportés sur la pelouse par ceux qui étaient venus en procession, se trouvant abandonnés, j'allai les examiner quand il n’y eut plus de foule. Je ne trouvai que des morceaux de bois attachés au milieu des perches, ainsi que je l'ai déjà dit. Cependant les naturels placés près de nous nous avaient répété plusieurs fois que c’étaient de jeunes ignames, et quelques-uns de nos messieurs ne voulaient pas en croire leurs yeux. Puisque ce n'étaient pas des ignames , 1l est clair que les naturels ne purent nous les donner que pour les emblèmes de ces racines, et que nous les comprîmes mal.

« On servit notre souper à sept heures; il fat composé de poisson et d'ignames. 1] ne tenait qu'à nous de manger du porc; mais nous ne voulûmes pas tuer un gros cochon que le roi nous avait donné pour ce repas. Le roi soupa avec nous ; 1l but une trés-grande quantité d’eau-de-vie etde vin, et il alla se coucher à demi ivre. Nous passâmes la nuit dans la même maison que lui et quelques personnes de sa suite,

« Les insulaires s’éveillèrent à une ou deux heures du maun ; ils ciusérent environ une heure, et ils dormirent de nouveau. Excepté Paoulaho, ils se levèrent à la pointe du jour, ct je ne sais où ils allérent. Bientôt après, une des femmes qui ac-

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