EE TE
304 HISTOIRE GÉNÉRALE compagnaient ordinairement le prince entra, et demanda où 1l était. Je le lui montrai : elle s’assit sur-le-champ prés de lui, et elle se mit à le macer, ainsi que M. Anderson avait vu macer Fettafaihé ; elle lui frappait doucement sur les cuisses avec ses poings fermés. Cette opération, destinée à prolonger le sommeil du roi, eut un effet contraire ; mais, quoiqu'il ne dormit pas, il resta couché.
« Nous allâmes, O-maï et moi, faire une visite au jeune prince, qui nous avait quittés dès le grand matin; car 1] ne logeait pas avec le roi, et il occupait une maison particulière à quelque distance de celle de son pére. Nous le trouvâmes environné de petits garcons ou de jeunes gens de son âge assis devant lui. Une vieille femme et un homme d’un âge avancé, qui semblaient prendre soin de lui, élaient assis par-derrière. Nous vimes d’autres hommes et d'autres femmes occupés du service de sa cour.
« Nous retournämes ensuite auprés du roi, qui venait de se lever et qui était entouré d’un cercle nombreux, composé surtout de vicillards. Tandis qu'on préparait une jatte de kava, on apporta un cochon cuit au four et des ignames fumantes.
Comme les insulaires, et surtout ceux qui boivent le kava, marigent peu le maun , ils nous donnérent la plus grande partie de ces alimens; ce qui fit beaucoup de plaisir à équipage de mon canot. Je fis une seconde promenade , et j'allai voir plusieurs autres chefs; ils prenaient tous leur boisson du
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Hi
DES VOYAGES. 305 matin, ou bien ils l'avaient déjà prise. Quand je rejoignis le roi, je le trouvai endormi dans une petite hutte écartée : deux femmes le frappaient mollement sur les cuisses. Il s’éveilla sur les onze heures , et on lui servit du poisson et des ignames qui semblaient avoir été cuits dans du lait de coco ; il en mangea trés-peu, et il se recoucha de nouveau. Je le quittai alors, et je portai au prince des étofles , des grains de verroterie , et d’autres choses que je voulais lui donner : il y avait assez d’étofle pour un habit complet à la mode du pays, et il s'en revêtit tout de suite. Fier de sa parure, il vint d'abord se montrer à son pére, et il me conduisit ensuite chez sa mére, prés de laquelle il y avait dix ou douze femmes d’un extérieur distingué. Ici le prince changea d’habit, et il me fit présent de deux pièces d'étoffe de l’île. 11 était plus de midi, et je rétonrnai dîner au palais où l’on m'avait invité. Plusieurs de nos messieurs étaient revenus des vaisseaux durant la matinée ; on les invita, ainsi que moi , au repas : le fesuin fut composé d’ignames et de deux cochons. J’éveillai Paoulaho qui dormait toujours, et je l’engageai à se mettre à table. Sur ces entrefaites, on lui apporta deux mulets et des coquillages ; ayant joint sa portion à la nôtre , il s'assit près'de nous, et il mangea de bon appétit.
« Quand le diner fat fini, on nous dit que la cérémonie de la veille recommencerait bientôt, et
À on nous enjoignit, d’une maniére expresse, de ne
pas nous trouver aux environs des acteurs; mais
506 MISTOIRE GÉNÉRALE
j'avais résolu de ne plus observer la fête derrière là toile, et de m’approcher davantage. Je m'échappai en effet de la plantation , et je marchai vers le morai, qui devait être le lieu de Ja scène. Les insnlaires que je rencontrai m'engagérent plusieurs fois à revenir sur mes pas; je ne les écoutai point, ct ils me laisserent passer. En arrivant au morai, je vis un assez grand nombre de naturels assis à l’un des bords de la pelouse de chaque côté du chemin ; quelques autres étaient également assis au bord opposé, et j'apercus au milieu deux hommes qui avaient le visage tourné contre le cimetière : dès que j'eus atteint la première troupe , on me dit de m'asscoir, et je m'assis. Il y avait à l’endroit où je m’assis un grand nombre de petits paquets de feuilles de cocotier attachés à des bâtons arrangés er forme de civière. On m'apprit qu'ils étaient tabou; c'est tout ce que je pus savoir. La foule des acteurs augmentait d’un moment à l’autre; ils arrivarent tous du même côté ; l’un des insulaires se tourn: it par intervalles vers ceux qui venaient nous joindre , et 1l prononçait un petit discours, dans lequel le mot d'ériki, c'est-à-dire, roi, frappait souvent mes oreilles. L'un des naturels dit quelque chose qui produisit parmi l'assemblée des éclats de rire d'une gaîté bien franche ; d’autres orateurs obtinrent des applaudissemens. Les insulaires me priérent, à diverses reprises, de m’éloigner ; lorsqu'ils virent que je ne le voulais pas , 1ls délibérérent entre eux, et ils n'exhortérent à preudre leur costume et à
derrière la n'échappai vers le mo- . Les insnusieurs fois i point, et 1orai , Je vis s à l'an des emin ; quel- >rd opposé, ï avaient le ès que j'eus le m'asscoir, e m'assis un uil'es de cois cri forme tabou; C'est des acteurs ls arrivaicnt LS se tourns it ous joindre :
ns lequel le souvent incs te chose qni de rire d’une btinrent des icrent, à diqu'ils virent it entire eux, ostume et à
découvrir mes épaules : jy consentis , et ma présence ne sembla plus les gêner.
« Je fus plus d'une heure sans observer autre chose que ce que je viens de raconter : enfin le prince, les femmes et le roi arrivèrent comme ils étaient arrivés la veille. Le prince se placa sous le hangar ; deux hommes , qui portaient chacun une natte, y entrèrent en récitant des paroles d’un air trés-grave, et ils mirent leurs nattes autour de Feuañaihé. Les cérémonies commencèrent alors : trois compagnies coururent au bord opposé de la pelouse ; elles s'y assirent durant quelques secondes, et elles retournèrent à leur place avec précipitation , de la même manière que le jour précédent: bientôt après, les deux hommes qui étaient assis au milieu de la pelouse prononcérent un discours ou une prière de peu de durée; la troupe entière dont je faisais partie se leva brusquement, et courut s'asseoir devant le hangar qu’occupaient le prince et trois ou quatre insulaires. J'étais sous la direcüon de l’un des naturels qui s’'empressait à me rendre service : 1l eut soin de me placer avantageusement, et si l’on m'avait permis de faire usage de mes yeux, JC n'aurais rien perdu de tout ce qui se passait; mais 1l fallut me tenir assis, les regards baissés, et prendre l'air réservé et modeste d'une jeune fille.
« La proccssion entra de la méme manière que la veille, Les naturels marchaïient deux à deux; les divers couples portaient sur leurs épaules'unce per-
368 UISTOIRE GÉNÉRALE che, au milieu de laquelle était appliquée une feuille de cocotier. Ces perches furent déposées avec les cérémonies du jour précédent: la première bande fut suivie d’une seconde; les insulaires qui composaient celle-ci apportérent des paniers de feuilles de palmier, de la même forme que ceux dont ils se servent dans leurs ménages. Une troisiéme apporta différentes espèces de petits poissons, dont chacun était placé à l'extrémité d’un bâton fourchu. On plaça les paniers aux pieds d’un vieillard , qui me parut être le grand-prêtre, et qui était assis à la droite du prince en dehors du hangar; il en prit un à sa main, tandis qu'il prononça un discours ou une prière ; il le mit ensuite à terre; il en demanda un second qu'il unt de la même manière, en marmotant quelques paroles, et il continua jusqu'à ce qu'il eût fait la même cérémonic sur tous Îles panicrs. Les poissons attachés aux bâtons fourchus furent présentés l’un apres l'autre à deux hommes qui étaient assis à gauche du hangar, et qui tenaient des rameaux verts. Le premier poisson fut déposé à leur droite, et le second à leur gauche : au moment où on leur présentait le troisième, un insulaire, fort et robuste, assis derrière les deux autres, étendit son bras et saisit le poisson; les deux autres le saisirent en même temps: ils parurent se disputer également chacun des poissons qu'on leur offrit; mais comme il y avait deux mains contre une, indépendamment des avantages de la posiuon, l'insulaire qui se
liquée une it déposées la premiére sulaires qui paniers de le que ceux . Une troipetits poisrémité d’un x pieds d'un l-prêtre, et . dehors du is qu'il promit ensuite il ünt de la ies paroles, la méme ceons attachés
l'un aprés sis à gauche x verts. Le te, et le sein leur préet robuste, son bras et saisirent en r également
ais comme endamment
ire qui se
trouvait par-dcrrière n’en attrapait que des morceaux ; 1l ne quittait jamais prise; il fallait toujours Jui arracher le poisson de force, et il jetait derrière lui ce qu'il pouvait en garder ; les deux autres plaçaient les poissons alternativement à droite et à gauche. L’insulaire qui agissait seul s'empara enfin d’un poisson entier, sans que les deux autres s'y opposassent, et j'ignore si ce fut par hasard ou selon les règles du cérémonial, L'assemblée s’écria alors, mariaï, c'est-à-dire , très-bien, ou c’est trèsbien fuit. 1] me sembla qu'il était à la fin de son rôle, car il n’essaya point de saisir les poissons qu'on offrit depuis. Ces poissons, ainsi que les paniers, furent tous présentés par les personnes qui les avaient apportés ; elles se tenaient assises. On suivit dans cette présentation l’ordre et la méthode qu'avait suivis la première bande lorsqu'elle déposa les peuts bâtons à terre,
« Quand la dernière bande fut arrivée, quelques personnes prononcérent des harangues ou des prières, et nous nous levâmes tous brusquenent au signal qu’on nous donna; nous courûmes
durant un moment à gauche, et nous nous assimes
le dos tourné au prince et aux insulaires qui occupaient le hangar. On me dit de ne pas regarder derrière moi : toutefois, malgré la défense des naturels et le souvenir de l'accident arrivé à la femme de Loth, je détournai le visage pour voir ce qui se passait. Le prince regardait le moraï; mais la dernière évolution avait placé tant de monde entre lui
510 HISTOIRE GÉNÉRALE et mOi, que je ne pus apercevoir ce qu'on faisait au hängar. On m'assura ensuite que ce fut le moment où l’on revêtit le prince de l'honneur suprême de manger avec son père, et qu'on servit au roi et à son fils un morceau d'igname grillé. Je suis d’autant plus disposé à le croire , qu’on nous avait annoncé d'avance que cela devait avoir lieu durant la cérémonie, et que d’ailleurs les insulaires regardaient d'un autre côté ; usage qu'ils observent toujours lorsque leur monarque mange.
« Peu de temps après, nous nous retournämes tous en face du hangar, et nous nous formâmes en cercle devant le prince, laissant entre nous et lui un grand espace libre. Quelques hommes s’approchérent alors de nous deux à deux ; ils portaient sur leurs épaules de gros bâtons ou des perches , et faisaient un bruit auquel on pouvait donner le nom de chant , agitant leurs mains à mesure qu'ils s'avançaient, Lorsqu'ils furent près de nous, ils remuérent leurs jambes avec beaucoup d'agilité, de manière qu'ils eurent l'air de marcher très-vite sans faire un seul pas: trois ou quatre insulaires se levérent du milieu de la foule; ils tenaient à la main de gros bâtons, et ils coururent vers ceux dont je viens de parler. Les premiers jetèrent à l'instant Jeurs bâtons, et ils s’enfuirent. Les trois ou quatre honimes fondirent sur les bâtons qu'ils frappèrent vigoureusement , et ils repassèrent à leur place ; mais en s'éloignant ils proposèrent le défi qui précède leurs combats de lutte ; des champions d'une
CE
on faisait ut le mor suprême Lau roiet suis d’aus avait an- 1 durant la res regar- >rvent tou-
tournâmes nâmes en nous et lui es s’approportaient perches , donner le sure qu'ils pus, ils reigilité, de r trés-vite sulaires se t à la main ceux dont à l'instant ou quatre rappérent ur place ; fi qui préons d'une
hante taille arrivèrent bientôt du nême côté, en réitérant le cartel. Le côté opposé détacha presque au même instant des guerriers qui vinrent leur répondre. Les deux troupes paradèrent autour de la pelouse pendant quelques minutes , et se retirérent chacune vers leur bande. 11 y ent des combats de lutte et de pugilat qui durérent une demi-heure ; deux hommes s'assirent alors devant le prince, et prononcérent des discours que je crus adressés à l'ettafaihé, La fête était terminée, et l'assemblée se dispersa.
« Je m'approchai pour voir les différens panicrs ; On ne m'avait pas permis jusqu'alors de sausfaire ma curiosité, parce que, disait-on, tout était tabou. Je ne trouvai que des paniers vides , et s'ils étaient censés contenir quelque chose, ce ne pouvait être qu’allégoriquement ; excepté les poissons, tout ce qu’on avait étalé durant la cérémonie n'était qu'en figure.
« Nous nous efforcimes en vain de découvrir l'objet de cette cérémonie en général , qui est appelée natché , et de ses différentes parties. On ne répondit guère à nos questions que tabou , mot qui s'applique à beaucoup d’autres choses , ainsi que je l'ai observé plus haut. Comme, dix jours auparavant , le roi nous avait dit que les insulaires lui apporteraient des ignames qu’il mangerait avec son fils ; comme il avait indiqué d'avance quelques détails de la fête, nous jugeâmes, sur ses propos et sur ce que nous vimes, que le prince, en qua-
512 HISTOIRE GÉNÉRALE lité d'héritier présomptif de la couronne, venait de Jurer ou de promettre solennellement de ne ja. mais abandonner son pére, et de lui fournir toujours les divers objets désignés par leurs emblèmes. Cette conjecture est d'autant plus vraisemblable, que les principaux personnages de l’île assistérent à la cérémonie. Quoi qu'il en soit, tout se passa avec un appareil mystérieux, et le lieu et les détails de la scène prouvent assez que la religion y joua un grand rôle. Les insulaires ne s'étaient point récriés jusqu'alors contre notre vêtement cu nos manières ; 1ls voulurent cette fois nous obliger à nous découvrir jusqu'a la ceinture, à délier nos cheveux, à les laisser flotter sur nos épaules, à nous asseoir comme eux, les jambes croisées, à prendre quelquefois la posture la plus humble , à baisser les yeux, à joindre les mains. L'assemblée entière se soumit à ce cérémonial d’un air recueilli ; enfin tout le monde fut exclu, excepté les acteurs et les insulaires d'un rang distingué : d'aprés ces diverses circonstances , je fus persuadé qu'ils croyaient agir sous l’inspection immédiate d'un Être suprême.
« Le natché, dont je viens de faire la description, peut être regardé comme une cérémonie purement figurative. La petite quantité d’ignames que nous vimes le premier jour ne supposait pas une contribution générale, et on nous fit entendre que c'était une portion consacrée à l’Otoua ou à la divinité. On nous apprit que, dans trois mois, on
PA el A fn led bn As
nne , venait ent de ne ja.
ournir touemblèmes, semblable, > assistérent ut se passa jet les déà religion y talent point ent GU nos s obliger à délier nos épaules , à croisées, à humble , à assemblée r recueilli ; les acteurs d'après ces adé qu'ils ‘diate d’un
la descrip- ‘monie punames que it pas une tendre que pu à la di- MOIS , On
célébrerait, à la même occasion , une fête encore plus solennelle et plus importante ; qu'alors on étalerait les tributs de Tongatabou , celui de Hapai, de Vavaou et de toutes les autres îles; et qu'afin de rendre la cérémonie plus auguste , on sacrifierait des victimes humaines choisies parmi le bas-peuple : affreux exemple de l'influence que la sombre superstition et la stupide ignorance excrcent sur les mœurs du peuple le plus humain et le plus bienfaisant de la terre ! Nous demandâmes la raison de ces pratiques barbares ; on se contenta de nous répondre qu'ils étaient une partie nécessaire du natché, et que la divinité exterminerait sûrement le roi, sion ne se conformait pas à l'usage.
« La nuit approchait lorsque l'assemblée se dispersa; et comme nous étions assez loin des vaisseaux , et que nous avions une navigaüon difficile à faire , nous partimes bien vite de Moua. Quand je pris congé de Paoulaho, il me pressa beaucoup de demeurer à terre jusqu'au lendemain; et, pour m'y déterminer, il me dit que je verrais une cérémonie funèbre. La femme de Mariouaghi, c'està-dire , la belle-mère du roi, était morte depuis peu; et, à cause du natché, son corps avait été porté dans une pirogne qui mouillait dans la Ja-
gune. Paoulaho promit de m'accompagner à Eouah, dés qu'il aurait rendu les derniers devoirs à sa bellemére, et d'y aller après moi si je ne l’attendais pas. Ses discours me firent comprendre que ) Sans la
mort de cette femme, la plupart des chefs seraient venus avec moi à Eouah, où il paraît qu'ils ont tous des possessions. J'aurais volontiers attendu le roi, Si la marée n’eût pas été favorable pour débouquer des passes; d’ailleurs le vent orageux depuis plusieurs jours s'était affaibli et fixé; en laissant échapper cette occasion, notre départ pouvait étre retardé de quinze jours ; mais ce qui acheva de me déterminer, fut d'apprendre que la cérémonie funèbre durerait cinq jours ; c'était trop long-temps pour nous, qui étions mouillés dans un endroit où l'appareillage ne dépendait pas de nous. J'assurai néanmoins Île roi que si nous ne meLlions pas à la voile, je viendrais le revoir le lendemain. Nous le quittämes ainsi, et nous arrivâmes aux vaisseaux sur les huit heures du soir.
« J'ai oublié de dire qu'O-muaï assista aux cérémonies du second jour ; mais nous ne nous trouvâmes pas ensemble, et même je ne sus quil y était que lorsque la fête fut terminée. Il napprit ensuite que le roi, s'étant apercu de mon évasion, envoya plusieurs émissaires l'un aprés l’autre ; auxquels il recommanda de me ramener : vraisemblablement ces messagers ne furent pas admis à l’endroit où j'étais, car je n’en vis aucun. Paoulaho, instruit que j'avais enfin découvert mes épaules comme les acteurs de la cérémonie , permit à O-mai d'y assister également, sous la condition de prendre le costume usité en cette occasion. On exigeait d'O-mai qu'il se conformât à un usage de sa pa-
fs seraient qu'ils ont ittendu Île pour déigeux de- ‘; en Jaisrl pouvait ui acheva > la céréétait trop illés dans it pas de nous ne oir le lenirrivâmes AUX CÉrÉus trou— s qu'il y m'apprit évasion, tre ; auxisemblasà l’enaoulaho, épaules Là O-mai e prenexigeait sa pa-
trie, et il consentit volontiers à ce qu'on désirait; on lui donna un habit convenable , et il arriva vêtu de la même manière que les naturels. Il est probable qu'on nous avait d'abord exclus, parce qu'on s'attendait à un refus de notre part sur ces préliminaires.
« Au moment où je me rendis à Moua pour examiner le natché, j'y fis conduire les chevaux, le taureau , la vache et les chèvres que je me proposais de laisser dans l'île; je crus qu’ils seraient plus en sûreté sous les yeux des chefs que dans un lieu qui devait être désert durant notre absence. Outre les quadrupèdes dont je viens de parler, j'enrichis Moua d'un verrat et de trois jeunes truics de race anglaise, Les naturels, prévoyant que ces individus amélioreraient beaucoup leurs cochons, qui ne sont pas gros, montrérent un grand désir de les avoir. Finaou obtint aussi de moi deux lapins, un mâle et une femelle : on nous dit avant notre départ qu'ils avaient déjà produit. Si nos quadrupèdes se multiplient, ce dont je suis bien persuadé , ces îles auront fait une acquisition importante, et l’île de Tongatabou n'étant pas montueuse, les habitans tireront de grands secours des chevaux. »
Cook appareilla de Tongatabou, le 10 juillet ; et le 12 au matin, il mouilla à Eouah.
«Nous fûmes à peine mouillés, dit-il, que Taoufa, l'un des chefs de l’île, et plusieurs autres naturels, vinrent nous voir ; ils semblérent se réjouir beaucoup de notre arrivée. Taoufa avait été mon tayo
310 HISTOIRE GÉNÉRALE (ami) quand je relâchai ici durant mon second voyage ;'ainsi, nous nous connaissions bien. Je descendis à terre avec lui pour chercher de l'eau douce ; car c'était surtout pour remplir mes futailles que j'avais abordé à Eouah. On m'avait dit à Tongatabou que j'y trouverais un ruisseau qui, descendant des collines, se jette dans la mer; mais je n'en trouvai point. On me conduisit d’abord à une source saumâtre, située entre la marque de la marée basse et celle de la marée haute, parmi des rochers, dans l'anse où nous débarquâmes, et où aucun navigateur ne songerait à faire de l’eau. Je crois cependant que celle de cette source seraï. bonne, s’il était possible de la puiser avant qu'elle se mélit à celle de la mer. Nos amis, s'apercevant qu'elle ne me plaisait point du tout, nous menërent vers l'intérieur de l'île, où je trouvai de trèsbonne cau dans une ouverture profonde : avec du temps et de la peine, nous aurions amené cette eau sur le rivage, au moyen de quelques conduits composés de feuilles et de tiges de bananier; mais plutôt que d'entreprendre ce travail ennuyeux, je me contentai du supplément que les vaisseaux avaient embarqué à Tongatabou.
« Avant de retourner à bord , j'indiquai aux naturels un endroit où nous acheterions des cochons et des ignames. Ils nous vendirent beaucoup d'ignames, mais peu. de cochons. Je déposai sur cette île un bélier et deux brebis du cap de Bonne-Espérance, et j'en donnai le soin à Taoufa, qui parut
Tongatascendant s je n'en rd à une e la ma- 1 des roet où aul'eau. Je ce sera):
qu'elle ercevant s mené— 1 de très- : avec du ené celte conduits ler; mais yeux, je AÏSSEAUX
| aux nacochons oup d'iur cette nne-Esui parut
DLS VOYAGES. 517
s’enorgueillir de cette commission. Je fus bien aise que Mariouaghi, à qui j'en avais fait présent, les eût dédaignés : Eouah n’ayant pas encore de chiens, les moutons s'y mulüiplieront plus aisément qu'à Tongatabou.
« Quand nous mouillâmes devant cette île, elle nous offrait un aspect trés-différent de celles que nous avions rencontrées jusqu'alors ; elle présentait un trés-beau paysage : Kao pouvant être considéré comme un immense rocher, nous n’en avions point vu d'aussi haute depuis notre départ de la Nouvelle-Zélande : de son sommet, qui est presque aplaui, elle s’abaisse doucement vers la mer. Comme les îles de ce groupe sont basses, on n’y découvre que des arbres lorsqu'on les contemple du milicu des vagues ; mais 101 la terre s'élève insensiblement, et elle présente un point de vue étendu, où des bocages sont dispersés avec un désordre charmant à des distances irrégulières ; des prairies couvrent l'intervalle de l’un à l’autre. Prés de la côte, l'ile est entiérement ombragce de différens arbres, entre lesquels se trouvent les habitations des insulaires ; 1l y avait à droite de notre mouillage un bocage de cocotiers si vaste, que nous n'en avions jamais vu d'aussi grand.
« Le 13, dans l'après-midi, nous allâmes sur la partie la plus élevée de l’île, d’où nous l’apercûmes tout entière, excepté une parue de la
pointe méridionale. La côte sud-est, dont les hautes collines sur lesquelles nous étions ne sont
pas éloignées , s'élève immédiatement du bord de la mer d’une manière très - inégale , en sorte que les plaines et les prairies, qui ont quelquefois une grande étendue, occupent toute la partie du nordouest ; et comme elles sont couvertes de touffes d'arbres entremêlées de plantations , chaque point de vue présente un beau paysage. Tandis que je regardais ce pays charmant, je songeai avec un plaisir extrême que les navigateurs verraient peutêtre un jour du même point ces prairies couvertes de quadrupéèdes utiles apportés par des vaisseaux anglais ; que la postérité nous uiendrait compte de l'exécution d’un projet si noble , et que ce bienfait suffirait seul pour attester aux générations futures que nos voyages contribuèrent au bonheur de l'humanité.
« Nos guides nous dirent que tous les terrains, on du moins la plus grande partie des terrains de cette île , appartiennent aux chefs de Tongatabou, dont les habitans d'Eouah sont les vassaux ou les fermiers. Il paraît qu'il en est de même des îles voisines, si j'en excepte Anamocka, où qnelques chefs semblent agir avec une sorte d'indépendance. O-maï , qui aimait beaucoup Finaou et les habitans de ces îles en général , eut envie de s'établir ici : on Jui proposait de le faire un des chefs de la contréc; je pense qu'il aurait été bien aise de s’y fixer, si cet arrangement eût obtenu mon aveu. J'avoue que Je le désapprouvai , parce que je crus que mon brave camarade serait plus heureux dans sa patrie.
st um D €
du bord de n sorte que quefois une e du nordde touffes aque point dis que je ai avec un aietit peutcouvertes S Vaisseaux compte de ce bienfait ns futures nheur de
terrains, errains de igatabou, ux ou les e des îles quelques endance.
habitans ir ici : on contrée; er, si cet ne que je on brave
rie.
« Quand je fus de retour aux vaisseaux , on m'irforma que les insulaires avaient donné des coups de massue à un de leurs compatriotes au milieu du cercle où nous faisions des échanges ; qu'ils lui avaient ouvert le crâne et cassé une cuisse, et qu'ils J'auraient laissé mort sur la place, si nos gens ne les avaient pas arrêétés ; que le blessé avait paru près de rendre le dernier soupir ; mais qu’on l'avait emporté dans uue maison voisine, où il avait repris des forces. Je demandai la raison d’un traitement si barbare, et on me dit qu’on l'avait surpris caressant une femme qui était tabou : nous comprîmes toutefois qu'elle était tabou, parce qu'elle appartenait à un autre homme, et parce qu'elle se trouvait d'un rang supérieur à celui de son amant. Nous reconnûmes ainsi que les insulaires des îles des Amis punissent sévérement les infidélités. Le châtiment de la femme fut moins rigoureux : on nous assura qu'elle recevrait seulement de légers coups de bâton.
« Le 14, je plantai un ananas, et je semai des graines de melon et d’antres végétaux dans la plantation du chef. Favais lieu de croire que ces soins ne seraient pas infructueux , car on me servit à dîner un plat de turneps provenans des graines que javais semées lors de mon second voyage. »
Nous supprimons des détails sur les présens qu'on fit au capitaine Cook, sur la manière amicale
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dont il fut accueilli par les habitans, et sur les vols qu'ils se permirent : nous en avons dit assez en parlant des autres îles des Amis. Il appareilla le 17, et 1l quitta les îles des Amis et leurs habitans, après une relâche d'environ trois mois, pendant lesquels il vécut dans l'amitié la plus cordiale avec les insulaires. Leur extrême disposition au vol, trop souvent encouragée par la négligence des équipages, produisit, 1l est vrai, des querelles passagères; mais ces querelles n’eurent jamais de suites funestes.
« Je m'occupai constamment, dit-il , du soin de prévenir une brouillerie générale, et je crois que peu d'hommes sur les deux vaisseaux partirent sans regret. Le temps que je passai dans ces îles ne fut pas mal employé. Nous consommäâmes une tréspetite quantité de nos provisions de mer : les productions du pays nous suflirent à peu prés, et nous y primes même un supplément de vivres assez considérable pour gagner Taïti, où j'étais sûr de trouver beaucoup de rafraîchissemens. Je fus bien aise d'ailleurs d’avoir une occasion d'améliorer le sort de ce bon peuple, en lui laissant des animaux utiles; j'ajouterai que les quadrupèdes destinés pour Taiti reprirent des forces dans les pâturages de Tongatabou : en un mot, nous tirâmes beaucoup d'avantages de notre séjour aux îles des Amis. Rien ne troubia nos plaisirs; et la poursuite du grand objet de notre voyage n’en souffrit pas, car
r les vols assez en Ia le 17, iabitans, pendant liale avec
au vol, ence des querelles jamais de
u soin de crois que parturent es îles ne ; une trés- : les pro- ,et nous assez cOnde troubien aise r le sort animaux destinés âlurages es beau-
pas, car
DES VOYAGES. 5ot
la saison de naviguer au nord était passée, comme je l’ai déjà dit , lorsque je pris la résolution de gagner ces terres.
« Outre l’utilité immédiate dont cette relâche fut pour nous et pour les habitans de l'île des Amis, les navigateurs européens qui feront la même route profiteront des connaissances que j'ai acquises sur la géographie de cette partie du grand Océan ; et les lecteurs philosophes qui aiment à étudier la nature humaine dans tous les degrés de la civilisation, et qui se plaisent à recueillir des faits exacts sur les habitudes, les usages, les arts, la religion, le gouvernement et la langue des peuples qui habitent les contrées lointaines du globe nouvellement découvertes, jugeront peut-être instructifs et amusans les détails que mon séjour mwa mis en état de leur donner, touchant les insulaires de cet archipel.
« 11 faut comprendre sous la dénomination générale d'îles des Amis, non-seulement le groupe de Hapaique j'aivisité, mais aussi toutes les terres découvertes au nord à peu prés sous le même méridien, et d'autres qu'aucun navigateur européen n'avaitrecon:nues. Chacune d'elles dépend, à quelques égards, de
. Q 4 Tongatabou, qui, sans avoir la plus grande éten-
due, est la capitale et le sitge du gouvernement.
« Selon les informations que je reçus à Tongatabou, cet archipel est fort vaste. Les naturels m'indiquérent les noms de plus de cent cinquante îles,
en faisant usage"de feuilles d'arbres pour les comp- XXII, 21
ter. Quinze, nous dit-on, sont hautes ou montueuses ; un assez grand nombre sont trés-petites. On me parla beaucoup de Vavaou , d'Hamoa et de Fidji, comme plus grandes que Tongatabou.
« Les naturels de Fidji inspirent beaucoup d’effroi ; car la dextérité avec laquelle ils manierit l'arc et la fronde les rend redoutables ; et comme ils mangent , à l'exemple des Zelandais, les guerriers qu'ils tuent dans les batailles, cet usage abominable ajoute encore à la frayeur de leurs voisins. Les habitans de Tongatabou, qui les accusent d’être cannibales, ne les ont point calomniés ; car plusieurs insulaires de I'idji que nous avons interrogés convinrent du fait.
« Puisque mon sujet me conduit à parler encore des anthropophages, je demande à ceux qui soutiennent que le manque de subsistances a déterminé les premiers cannibales à manger de la chair humaine, ce qui décide les habitans de Fidji à conserver cet usage au milicu de l'abondance. Il paraît que tous les peuples du grand Océan ont été autrefois cannibales ; que plusieurs le sont encore, et qu'on trouve sur chacune de ces terres des traditions qui attestent ce fait , et des restes de l'horrible usage de manger de la chair humaine.
« On pense sans doute qu'ayant passé près de trois mois parmi les habitans des îles des Amis, je suis en état de répondre à toutes les difficultés, et de donner une description satisfaisante de leurs usages , de leurs opinions et de leurs institutions
où mon ès-petiles.
imoa et de abou.
coup d’efanielit l'arc comme ils s guerriers 19e abomirs Voisins.
accusent mniés ; Car avons inter-
arler encore ux qui soues a déterde la chair de Fidji à ondance. Il Océan ont s le sont ene ces terres
es restes de humaine.
ssé près de es Amis, Je ifficultés, et te de leurs institutions
civiles et religieuses : cette opinion paraît d'autant mieux fondée , que nous avions à bord un naturel du grand Océan qui entendait la langue du pays et la nôtre , et qui semblait trés-propre à nous servir d'interprète ; mais le vauvre O-maï ne nous fut pas aussi utile, sous ce rapport, qu'on pourrait le croire. À moins que l’objet ou la chose que nous voulions connaître ne se trouvät sous nos yeux , nous avions bien de la peine à acquérir même des notions imparfaites. Nous faisions cent méprises, et O-maï était encore plus sujet à ces méprises que nous ; car n'ayant point de curiosité, 1} ne s’avisa jamais de recueillir des observations pour lui-même; et quand il était disposé à nous procurer des éclaircissemens, ses idées étaient si bornées, peut-être si différentes des nôtres, et ses explications si confuses, qu’elles embrouillaient nos recherches, au lieu de nous instruire. J’ajouterai que nous ne rencontrions guère parmi les naturels un homme qui joignît les moyens à l’intention de nous donner les informations que nous désirions. La plupart d’entre eux n’aimaient pas nos questions, que vraisemblablement ils jugeaient oiscuses. Le poste que nous occupions à Tongatabou , où nous demeurämes le plus de temps, était d’ailleurs trés-défavorable. Nous nous trouvions dans une partie de l'île où la plupart des habitans sont des pêcheurs. C'était toujours jour de fête pour ceux que nous allions voir, Ou qui venaient nous rendre visite; en sorte que nous eûmes bien peu d'occasions d'examiner
quelle est la manière de vivre habituelle des insulaires. On ne s’étonnera donc pas si nous développons d’une manitre incomplète plusieurs points relatifs à leurs usages domestiques : au reste, nous nous sommes efforcés de remédier à ces désavantages rar des observations continuelles.
« Les naturels des îles des Amis sont généralement d'une taille ordinaire (nous en avons cependant mesuré quelques-uns qui avaient plus de six pieds ); mais ils sont trés-forts et bien faits ; leurs cuisses, leurs jambes et leurs bras sont moulés; en général, leurs épaules sont très-larges; et quoique la stature musculeuse des hommes, qui paraît la suite d’un grand exercice, annonce plus la vigneur que la beauté, plusieurs sont réellement trés-beaux; leurs traits varient tellement, qu'il n'est guére possible de les définir par un caractère général, si ce n’est par le nez épaté, qui est effectivement assez commun ; mais, d’un autre côté, nous avons apercu cent visages pareils à ceux des Européens, et de véritables nez aquilins. Ils ont de beaux yeux et de belles dents, qui pourtant ne sont ni si blanches ni si bien rangées que celles de la plupart des autres peuples du grand Océan. Au reste , pour balancer ce défaut, on voit parmi eux peu de ces lèvres épaisses, si communes chez les autres insulaires de cette mer.
« On reconnaît moins Jes femmes à leurs traits qu'à la forme générale de leur corps, qui n'offre pas la force ni l'embonpoint de celui des hommes.
des insudéveloprs points ste, nous désavan-
sénéralens cepenlus de six ts ; leurs oulés; en t quoique | paraît la lus la viéellement nt, qu'il un carac- 6, qui est Lutre côté, ceux des s. 1ls ont urtant ne » celles de céan. Au Jar mi eux s chez les
durs traits ui n'offre hommes.
Cependant quelques femmes sont trés-jolies , et ont les traits du visige doux et délicats ; mais les physionomies de cette espèce sont plus rares que dans plusieurs autres pays; d’ailleurs la plupart des femmes sonttrés-bien faites et très-bi: 1 propcrtionnées ; quelques-unes pourraient servir de modèles aux artistes. La petitesse et la délicatesse extraordiae ne comparables aux plus jolis
péennes, sont ce qui les distinguent davantage.
« Le teint général de ces insulaires est d’une nuance plus foncée que le cuivré brun ; mais celui de plusieurs indiidus des deux sexes est vraiment olivâtre : quelques femmes sont même assez blanches, ce qui vient probablement de ce qu’elles s’exposent moins au soleil. Une disposition à l'embonpoint, dans un petit nombre des principaux du pays, paraît être la suite d’une vie oisive. Les chefs ont souvent aussi la peau plus douce et plusclaire ; celle du bas peuple est ordinairement plus noire et plus grossière, surtout dans les parties qui ne sont pas couvertes, différence qu'il faut peut-être attribuer à des maladies cutanées. Nous vimes à Hapaï un homme et un petit garcon, et à Anamocka un
X ® , Q enfant d’une blancheur parfaite. On a trouvé de
pareils individus chez tous les peuples noirs; mais je présume que leur couleur est plutôt une maladie qu'un phénomène de la nature.
On L] 4 « ? L] L] ee peu de défectuosités ou de difformités naturelles parmi eux : nous en renconträmes deux
ou trois qui avaient les picds tournés en dedans, n° » , » © »
et quelques-uns aflligés d'une sorte de cécité occa-
sionnée par un vice de la cornée. Ils sont sujets à
d’autres maladies : les dartres qui semblent affecter
la moitié des insulaires, et qui laissent après elles
des taches blanchâtres, sont Ja maladie la plus | commune : mais elle est moins grave qu'une se- 1 4 conde trés-fréquente, qui se manifeste sur toutes les parties du corps, en larges ulcères. Une autre maladie est une enflure qui affecte les jambes et les bras, et les grossit extrêmement dans toute leur
longueur, mais qui n’a rien de douloureux; au t
reste, nous n'avons pas rencontré, durant notre sé- n
jour, une seule personne détenue chez elle pour g
cause de maladie. Au contraire, la force et l'acuivité d
de ces insulaires sont, à tous égards , proportion- à
nées à la vigueur de leurs muscles ; et ils déploient 1
tellement l’une et l’autre dans leurs occupations |
habituelles et dans leurs ausemens, qu’ils sont, d
à coup sûr, pea sujets aux maladies nombreuses r
l qui résultent de l'indolence, ou d’une manière de k Lier vivre contraire à la nature, . n « Leur mineest gracieuse et leur démarche ferme; c avantages qui leur paraissent si naturels et si néces- n
saires, que rien n'excitait plns leur rire que de |
nous voir tomber souvent sur les racines des arbres c
ou les inégalités du terrain. €
« Leur physionomie £xprime à un point remar- o
auable la douceur et l'extrême bouté de leur carac- €
iére ; on n'y apereoil pas le moindre trait de cette €
n dedans, Écité occunt sujets à nt affecter aprés elles ie la plus qu'une sesur toutes Une autre ubes et les toute leur 1reux ; au t notre séelle pour t l'activité "oportiondéploient cupations u'ils sont, pmbreuses \anière de
he ferme ; t si nécesre que de
es arbres
nt remareur carac-
it de cette
aigreur farouche qu'on remarque sur le visage des peuples qui vivent encore dans un état de barbarie. Leur maintien est si calme , ils ont tant d'empire sur leurs passions, et tant de mesure dans leur conduite, qu'ils semblent assujettis dés l'enfance à la gêne la plus sévère; mais ils ont d'ailleurs de la franchise et de la gaîté, quoiqu'ils prennent quelquefois sous les yeux de leurs chefs une sorte de gravité et un air sérieux qui leur donnent de la roideur, de la mauvaise grâce et une apparence de réserve. « L'accueil amical qu'ont reçu tous les navigateurs, montre assez les dispositions pacifiques des naturels des îles des Amis. Loin d'attaquer les étrangers ouvertement ou chandestinement, à l'exemple de la plupart des habitans de ces mers, on n’a pas à leur reprocher la plus légère marque d’inimitié ; ils ont au contraire , à l'exemple des peuples civilisés, cherché à établir des communications par des échanges, c'est-à-dire par le seul moyen qui réunit les différentes nations. Ils entendent si bien les échanges (ils les appellent fekhataou), que nous jugeäâmes d'abord qu'ils avaient acquis cette connaissance en commerçant avec les îles voisines; mais nous nous assurâmes ensuite qu'ils ne font
point de trafic, on qu'ils n’en font qu’un trés-peu considérable, excepté avec Fidji, d’où ils tirent des plumes rouges, et un petit nombre d’autres objets. Il y a peut-être pas sur le globe de peuple qui mette plus d’honnêteté et moins de défiance dans le commerce. Nous ne courions aucun risque
à leur permettre d'examiner nos marchandises, et de les manier en détail, et ils comptaient également sur notre bonne foi, Si l'acheteur ou le ven= deur se repentaient du marché, on se rendait réciproquement d'un commun accord et gaîment ce qu'on avait reçu. En un mot, ils semblent réunir ‘la plupart des bonnes qualités qui font honneur à l'homme, telles que l'industrie, la candeur, la persévérance, l’aflabilité, et peut-être des vertus moins communes, que Ja brièveté de notre séjour ne nous a pas permis d'observer.
« Le penchant au vol , universel et très-vif dans les deux sexes et parmi les individus de tous les âges, est le seul défant que nous leur connaissions. J'observerai toutefois que ectte partie défectueuse de leur conduite semblait ne regarder que nous ; car j'ai licu de croire qu'ils ne se volent pas entre eux plus souvent, peut-être pas ansst fréquemment qu'en d’autres pays, où les larcins de quelques personnes corrompues ne nuisent point à la réputation du corps du peuple en général. Il faut avoir beaucoup d'indulgence pour les tentauons et les faiblesses de ces pauvres insulaires du grand Océan, à qui nous inspirons Îles désirs les plus ardens en leur montrant des objets nouveanx, dont l’uulité ou la beanté fiscinent leur esprit. Le vol, parmi les nations civilisées et éclairées, annonce un caractère souillé par la bassesse , par une cupidité qui méprise les régles de li justice, par cette paresse qui produit l'extrême indigence, et qui né-
andises, et ent égaleou le ven- ‘endait ré« vaiment ce lent réunir honneur à ndeur, la des vertus otre séjour
ès-vif dans le tous les nnaissions.
[éfectueuse que nous ; t pas entre quemment lques perla réputafaut avoir ions et les nd Océan, ardens en nt l’uulité ol, parmi ce un cacupidité cette pa-
t qui né-
DES VOYAGES. 529 glige les moyens honnêtes de s'en affranchir. Mais on ne doit pas juger aussi sévèrement les vols commis par les naturels des îles des Amis et des autres terres où nous avons abordé : ils paraissent résul-
ter d’une curiosité ou d’un désir très-pressant de posséder des choses qui étaient absolument nonvelles pour eux, et qui appartenaient à des étrangers trés- différens de leur propre race. Si des hommes aussi supérieurs à nous en apparence que nous le sommes à eux arrivaient parmi nous avec des richesses aussi séduisantes qne le sont les nôtres pour des peuples étrangers aux arts, est-il sûr que nos principes de justice sufliraient pour contenir la plupart des individus de notre nation ? La cause de leur penchant au vol, que je viens d'indiquer, paraît d'autant plus vraie, qu'ils volent tout indifféremment dés la première vue, avant de songer le moins du monde à se servir de leur prise d’une maniére utile : il ’en est pas de même parmi nous; le dernier de nos voleurs ne voudrait pas risquer sa réputation, ou s’expusèe au châtiment, sans savoir d'avance l'usage qu'il fera des choses dérobées. Au reste, la disposition au vol de ces insulaires , trés-désagréable et très-incommode d'ailleurs, nous fournit un moyen de connaître la vivacité de leurintellisence ; car ils commettuent les petits larcins avec beaucoup de dextérité , et les vols plus considérables avec une suite et des combinaisons proportionnées à l'importance des ob-
jets. J'en ai donné une preuve frappante en ra-
330 HISTOIRE GÉNÉRALE contant qu'ils essayèrent d'enlever en plein jour une des ancres de la Découverte.
« Leur chevelure est en général lisse , touffue et forte; celle d’un petit nombre boucle naturellement. Elle est noire, presque sans exception ; mais la plupart des hommes et quelques femmes la peignent en brun ou en violet, et quelquefois en orangé. Ils produisent la premiére couleur , en y mettant une sorte d’enduit de corail brûlé, mêlé avec de l’eau ; la seconde, en y appliquant des râpures d’un bois rougeâtre délayées également dans de l’eau; et la troisième, en la parsement, je crois, d’une poudre tirée du souchet des Indes.
« Lorsque j'abordai sur ces îles pour la première fois, je crus que les hommes et les femmes étaient dans l'usage de porter leurs cheveux courts; mais notre relâche ayant été plus longue cette fois, j'ai vu beaucoup de cheveux longs. Leurs modes en ce point sont si variées, qu'il est difficile d'indiquer
celle qui est la plus répandue. Quelques-uns les portent coupés à l’un des côtés de la tête, tandis que l1 portion du côté opposé a toute sa longueur ; ceux-ci les ont coupés trés-près, et peut-être rasés dans un endroit; ceux-là ont la tête rase , excepté une seule touffe qu'ils laissent ordinairement prés de l'oreille : d’autres laissent prendre aux cheveux toute leur croissance sans y toucher. Les femmes en général portent leurs cheveux courts ; les hommes se coupent la barbe, et les deux sexes s'arrachent les poils sous les aisselles : j'ai déjà décrit de
= Ces M
ein jour
touffue et raturelle ion ; mais 16s la peiuefois en ur, en y \lé, mêlé nt des rànent dans » je crois, premiére es étaient rts; mais fois , j'ai nodes en indiquer s-uns les > tandis >pngucur ; tre rasés excepté ent prés cheveux femmes les homs S'arradécrit de
6 ma
DES VOYACES. 551
quelle manière. Les hommes sont piquetés en bleu foncé, depuis le milieu du ventre jusqu’à mi-cuisse. Ils se tatonent ainsi avec un instrument d'os dentelé : aprés avoir plongé les dents dans le suc du douédoué , ils les impriment dans la peau à l’aide d’un morceau de bois, et il en résulte des marques ineffaçables. Ils tracent ainsi des lignes et des figures si varices et si bien disposées, qu'elles ont quelquefois de l'élégance. Les femmes ne se tatouent que lintérienr des mains. Le roi n’est point assnjet à cette coutume ; il n’est pas obligé non plus de se faire, dans les temps de deuil , ces blessures dont je parlerai tout à l'heure.
« Les honimes sont tous circoncis, ou plutôt supercis, car on leur coupe seulement un petit morceau de la partie supérieure du prépuce; ce qui l'empêche de recouvrir jamais le gland. Hs ne veulent pas autre chose; ils disent que la propreté leur a dicté cette opération.
« L’habillement des femmes est le même que celui des hommes; il est composé d’une pièce d’étoffe ou de natte ( plus ordinairement de la premire), large d'environ six pieds, longue de hu, Où au moins assez pour faire un tour et demi sur les reins, où elle est arrêtée par une ceinture ou une corde. Ce vêtement est double sur le devant, et 1] tombe comme un jupon jusqu'1u milieu de la jambe. La partie qui est au - dessus des reins
offre plusieurs plis; en sorte que, si on la développe dans toute son étendue, il y a assez d'étoffe
332 HISTOIRE GÉNÉRALE pour envelopper et couvrir les épaules, qui restent presque toujours nues. Tel est, pour la forme, le vêtement général des deux sexes. Les insulaires d'un rang distingué portent seuls de grandes pièces d’étoffe et de belles nattes. Le bas peuple s'habille de pièces plus petites, et trés-souvent il ne porte qu'une couverture faite de feuilles de plantes, ou le maro, qui est un morceau d’étofle étroit, ou une natte ressemblant à une ceinture : on passe le maro entre les cuisses, et on en couvre leurs reins. Il paraît destiné principalement aux hommes. Ils ont divers habits pour leurs grands hévas on fêtes ; mais la forme est toujours la même, et les vêtemens les plus riches sont plus ou moins garnis de plumes rouges. Je n'ai pu savoir à quelle occasion les chefs mettent leurs chapeaux de plumes rouges. Les hommes et les femmes ont quelquefois de petits bonnets composés de différentes matières pour se garantir le visage du soleil.
« La parure des deux sexes est aussi la même. L:5 ornemens les plus communs sont des colliers du fruit du pandanus, ou de diverses fleurs odortféraites ; on leur donne dans le pays le nom général de {iholla; quelquefois ce sont de petites coquilles, l'aile et les os de la cuisse des oiseaux, des dents de requin, etc. , qui pendent sur la poitrine. Ils portent souvent à l1 partie supérieure du bras une nacre de perle bien polie, on un anneau de la même substance sculpté; ils ont d’ailleurs des bagues d’écaille de tortue, et des bracelets.
y Qui res- Ja forme, insulaires des pièces e s'habille | ne porte antes, ou troit, ou n passe le vre leurs hommes.
hévas on ie, et les ns garnis
elle occa-
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quelque-
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a même.
S colliers rs odort-
oûné im géné ètites CO- DISeaUx , r la poiieure du
anneau eurs des
Ldrêré
« Les lobes de leurs oreilles sont percés en deux endroits, et ils y placent des morceaux cylindriques d'ivoire, d'environ trois pouces de long, qu'ils introduisent par l’un des trous, et qu'ils font sortir par l’autre , ou de petits roseaux de la même grandeur, remplis d’une poudre jaune. Cette poudre, dont les femmes se frottent tout le visage, ainsi que nos dames se mettent du rouge sur les joues , paraît être du souchet des Indes pulvérisé. Nous avons vu souvent le lobe d’une seule oreille percé d’un trou, et non pas de deux.
« La propreté du corps est ce qu'ils semblent préférer à tout ; aussi se baignent-ils fréquemment dans les étangs, qui ne paraissent pas destinés à autre chose : quoique l’eau de la plupart de ces étangs soit d’une puanteur insupportable, ils aiment mieux sy laver que dans la mer; ils savent trèsbien que l’eau : !:: gâte la peau; et lorsque la nécessité les oblige a prendre des bains dans | Océan, ils ont ordinairement des cocos remplis d'eau douce dout ils font usage pour se laver en sortant. Ils recherchent beaucoup l'huile de coco par la même raison ; non-seulement ils en répandent une quantité considérable sur leur tête et sur leurs épaules, ils ont soin aussi de s'en frotter tout le corps. Quand on n’a point vu l'effet de cette opération, On ne peut concevoir à quel point celle embellit la peau, Tous les insulaires cependant n'ont pas les moyens de se procurer de l'huile de esco, et c'est sans doute parce que le bas peuple ne s'en
CN
34 HISTOIRE RÉNÉRALE sert point que sa peau est moins fine et moins douce.
« La vie domestique des insulaires des îles des Amis n’est pas assez laborieuse pour être désagréable, et pas assez oisive pour être accusée de paresse. La nature a été si prodigne envers eux, qu’ils ont rarement besoin de se livrer à nn grand travail ; et leur activité les empêchera toujours de tomber dans la mollesse. Leurs occupations habituelles sont en si petit nombre et de si peu de durée, qu'ils ont beaucoup de temps pour leur récréation ; l'idée d'une occupation forcée ne vient point interrompre leurs amusemens ; ils ne les quittent que lorsqu'ils en sont rassasiés.
« Les occupations des femmes n'ont rien de pénible ; elles font la plupart de leurs travaux dans l'intérieur de la maison ; elles sont chargées seules de la fabrique des étoffes.
« La seconde de leurs manufactures, qui est aussi confiée aux femmes , est celle des nattes, dont Ja texture et la beauté surpassent toutes les nattes que jai vues ailleurs. Quelques-unes en particulier sont si supérieures à celles de Taïti, que les naviyateurs peuvent en porter comme articles de comimerce à la métropole des îles de la Société. J'en ai distingué sept ou huit sortes qui leur servent de vêtemens ou de lits; beaucoup d’autres sont uniquement destinées à l’ornement. Ils tirent surtout ces dernières de la partie membraneuse et coriace de la ge du bananier ; les nsttes qu'ils portent se
moins
les des agrée aresse.
ils ont al; et omber tuelles Inrée , sation ; internt que
en de x dans
seules
jui est , dont nattes iculier s navie com- J'en ai ent de it unisurtout coriace tent se
font avec le pandanus, qu'ils cultivent exprès, et auquel ils ne permettent jamais de se former en tronc : les plus grossières sur lesquelles ils dorment viennent de l’ouharra. Les femmes emploient leurs momens de loisir à des ouvrages moins importans; cles font, par exemple, une grande quantité de peignes , de petits paniers ,avec la matière premiére des nattes, et avec l'enveloppe fibreuse du coco, qu'elles tressent simplement, ou qu’elles entrelacent de petits grains de verroterie; ce qui sort de leurs mains à tant d'élégance et de goût, qu'un étranger ne peut s'empêcher d'admirer leur constance et leur adresse.
« Les travaux des hommes sont plus difficiles et plus nombreux. Ils sont chargés de la culture des terres, de la construction des maisons et des pirogues , de la pêche et de tout ce qui tient à la navigaton. Comme ils se nourrissent surtout de racines et de fruit: , ils s'occupent sans cesse de l’agriculture , et ils semblent l'avoir portée au degré de perfection que permet leur état de civilisation. Les bananiers et les ignames occupent de vastes champs. Ces deux denrées sont à l'égard des autres dans la proportion de dix à un. Pour planter des bananiers ou des ignames , ils creusent de peuts trous, et ont soin ensuite d’extirper l'herbe qui croit à l'entour, et qui, dans un pays aussi chaud, ne tardant pas à se pourrir , devient un bon engrais. Les instrumens qu'ils emploient et qu'ils appellent kouo , sont tout ununent des pieux de différentes lon-
ll |
556 NISTOIRE GÉNÉRALE
gueurs, selon le degré de profondeur qu’ils veulent donner à la fouille. Les houos sont aplatis et tranchans sur un bord d'une des extrémités. un morceau de bois est fixé transversalement sur ‘es plus grands, ce qui aide à le presser plus aisément contre terre avec le pied. Quoique leur largeur ne soit pas de plus de deux à quatre pouces, c’est le seul instrument dont ils se servent pour fouiller et planter un terrain de plusieurs arpens d'étendue. En plantant les bananiers et les ignames , ils mettent tant de précision dans leur travail, que, de quelque côté qu’on jette les yeux, on aperçoit des ali= gnemens réguliers.
« Les cocotiers et les arbres à pain sont épars sans aucun ordre ; et ils semblent n’exiger aucune peine lorsqu'ils ont atteint une certaine hauteur. Ou peut en dire autant d’un autre grand arbre qui produit une quantité considérable de grosses noix arrondies et comprimées, appelées eifie, et d'un arbre plus petit qui porte une noix ovale, avec deux ou trois amandes triangulaires, coriaces et insipides : celui-ci est appelé mabba ; on le plante souvent auprés des maisons.
« Le kappé forme ordinairement des plantations assez vastes, mais irrégulières. Les maouhohas sont entremélés parmi d'autres plantes, ainsi que le djidji et les ignames, J'ai remarqué fréquemment des ignames dans les intervalles des bananiers à la distance ordinaire. Les cannes à sucre occupent communément peu de terrain , et sont très-serrées
veulent et tranin mor-
'es plus tcontre soil pas seul inet plan lue. En mettent le queldes ali
nt épars aucune hauteur.
rbre qui ses noix et d'un
le, avec iaces et plante
tations has sont
que le emment ers à la ccupent -serrées
l'une contre l'autre. Le mürier à papier, dont on fabrique les étoffes , est planté sans ordre , mais on lui laisse l’espace nécessaire à sa croissance , et on a soin de nettoyer ses environs. Le pandanus est la seule plante qu'ils cultivent d’ailleurs pour leurs manufactures ; on le plante communément en lignes très-serrées aux bords des champs. Le pan-
CY
danus cultivé leur paraît si supérieur à celui qui vient naturellement , qu’ils lui donnent un nom particulier ; ce qui prouve qu'ils connaissent trèsbien les améliorations que produit la culture.
« Il est remarquable que ce peuple, qui montre beaucoup de goût et d'intelligence en plusieurs choses, en montre peu dans la construction de ses maisons ; au reste , l'exécution en est moins défectueuse que la forme. Celles du bas peuple sont de pauvres huttes, très-petites, qui les garantissent, à peine de la rigueur du temps. Celles des insulaires d’un rang distingué sont plus grandes et mieux abritées, mais elles devraient être meilleures. Une maison de moyenne grandeur a environ trente pieds de long, vingt de large et douze de hauteur ; c’est à proprement parler un toit couvert de chaume, soutenu par des poteaux et des solives disposés d’une manière trés-judicieuse ; le plancher est de la terre battue ; il est un peu élevé et revêtu d’une natte forte et épaisse, qu'on tient très-propre. La plupart des maisons sont fermées du côté du vent, et quelques-unes, dans plus des deux üers de leur circonférence, avec de grosses
nattes ou des branches de cocotier entrelacées :
ces branches descendent des bords du toit jusqu’à
terre, el servent ainsi de murailles. Une autre natte
grossière et forte, large d'environ deux pieds et
demi ou trois pieds, courbée en demi-cercle, posée
de champ, et dont les extrémités touchent le côté
de la maison, renferme un espace où couchent le
maître et la maîtresse du ménage. La femme s’y
tent la plus grande partie de la journée ; le reste
de la famille couche sur le plancher sans avoir aucune place fixe ; les hommes et les femmes qui ne sont pas mariés , éloignés les uns des autres. Si la famille est nombreuse, il y « de petites huttes contiguës à la maison , où les domestiques se retirent la nuit; en sorte que leur intérieur est aussi décent qu’il peut l'être. 3’ai déjà dit qu'ils dorment sur des nattes : les vêtemens qu’ils portent le jour lcur tiennent lieu de couvertures pendant la nuit. La liste de leurs meubles n’est pas longue : ils ont une jatte ou deux dans lesquelles ils font la kava, un petit nombre de gourdes, des coques de coco, de petites escabelles de bois, qui leur servent de coussins, et quelquefois une escabelle plus grande sur laquelle s’assied le chef ou le maître de la ‘maison.
« La seule raison plausible que je puisse donner de leur dédain pour les ornemens de l’architecture de leurs maisons, c’est qu'ils aiment passionnément à se tenir en plein air. Ils ne mangent guëre dans leyys maisons ; ils ne semblent les considérer que
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jusqu'à re naue neds et > , posée le côté chent le mme Sy le reste voir äU- $ qui ne res. Si la > huttes es se retiest auss!
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comme faites simplement pour y coucher, et s’y retirer lorsque le temps est mauvais. Le bas peuple, qui passe une partie de sa vie autour des chefs, n’y va ordinairement que dans le dernier cas.
« Leurs soins et leur dextérité pour ce qui a rapport à l'architecture navale, si je peux employer ce nom, excusent la négligence que je viens de leur reprocher. La relation de mon second voyage donne la description de leurs pirogues, et de leur manière de les construire ou de les manœuvrer ; j'y renvoie les lecteurs.
« Des haches de cette pierre noire et polie, qu’on trouve en abondance à Toufoua, des dents de requin fixées sur de petits manches qui tiennent lieu de tarières , des limes composées de la peau grossière d'une espèce de poisson, attachées à des morceaux aplatis de bois, plus minces d’un côté que de l’autre, et garnies aussi d’un manche, sont les seuls outils dont ils se servent pour construire leurs pirogues. Ces embarcations, qui sont les plus parfaits
de leurs ouvrages mécaniques , leur coûtent beaucoup de temps et de travail; et on ne doit pas s'étonner s'ils en prennent tant de soin. Ils les construisent et 1ls les gardent sous des hangars ; et, lorsqu'ils les laissent sur la côte, ils en couvrent le pont de feuilles de cocotier, afin de ies garantir du soleil.
« Si j'en excepte diverses coquilles, qui leur uennent lieu de couteaux, ils n'emploient jamais d’autres outils. Au reste, ils ne doivent sentir la fai-
k y rh + : 4 .
940 HISTOINE GENLRAGLIT
blesse et l'incommodité de leurs instruuens que dans la construction des pirogucs, où la fabrique de quelques-unes de leurs armes; car ils ne font guëre d'ailleurs que des instrumens de pêche et des cordages.
« Ils tirent leurs cordages des fibres du coco; ces fibres n'ont que neuf ou dix pouces de long ; mais ils les joignent l'une à l’autre en les tressant ; ils en font ainsi des ficelles de l'épaisseur d’une plume, et d'une trés- grande longueur, qu'ils roulent en pelotes, puis ils en tordent plusieurs ensemble pour faire de gros cordages. Leurs lignes de pêche sont aussi fortes et aussi unies que les meilleures des nôtres. De grands et de petits hamecons forment le reste de leur attirail de pêche ; les derniers sont en entier de nacre de perle ; mais les premiers en sont seulement recouverts. La pointe des uns et des autres est ordinairement d’écaille de tortne ; celle des petits est simple, et celle des grands barbelée. Ils prennent avec les grands des bonites et des thons ; pour cela ils adaptent à un roseau de bambou de douze ou quatorze pieds de long l'hamecon suspendu à une ligne de la même longueur. Le bambou est assujetti par une pièce de bois entailce, posée à l'arrière de la pirogue ; et, à mesure que l’embarcation s’avance, elle traîne sur la surface de la mer, sans autre appât qu’uue touffe d’une espèce d’étoupe qui se trouve prés de Ja pointe. Ils possèdent aussi un grand nombre de petites seines, dont quelques-unes sont d’une texture très-délicate ;
5$ que brique ne font e et des
CO; CCS y; TER ils en lume, et Len pele pour che sont ures des rment le s sont €I1 s en sont s et des ie ; celle sarbelée.
»s et des de banhamecon ueur. Le is entailà mesure r la surfle d’une bointe. Ils »s seines , déhcate;
er
ils s'en servent pour pêcher dans les trous des re-
cifs au moment du reflux.
« Les autres ouvrages mécaniques sont surtout des flûtes de rosean composées , des flûtes simples, des armes de guerre, et ces escubelles qui leur tiennent lieu de coussins. Les fltes composées ont huit, neuf on dix tuyaux placés parallèlement , mais dans ne progression qui n'est pas régulière ; car Jcs plus longs sont quelquelois au milieu; et il yen a plusieurs de la même longueur. Je n’en a vu aneun qui donnêt plus de six notes ; ils paraissent incapables d’en tirer une musique dont nos
oreilles puissent distinguer les divers sons. Les flûtes
simples sont des morceaux de bambou fermés aux deux bouts, et percés de six trous, denx desquels sont voisins des extrémités ; en jouant, ils ne font usage que de deux des trons du milieu, et de l'un de ceux de l'extrémité. Ils bouchent la narine gauche avec le pouce de la main gauche; et, avec la narine droite, ils soufflent dans le trou de l’extrémité : ils mettent le doigt du milieu de la main gauche sur le premier trou de la gauche, et l'index de Ja droite sur le trou inférieur de ce côté : ainsi, avec trois notes seulement , ils produisent une rausique simple et agréable, qu'ils varient beaucoup plus qu'on ne le croirait, vu l'imperfection de leur
instrument. Ils ne paraissent pas goûter notre mu-
sique, qui est si compliquée; ce qui vient peutêtre de l'habitude d'entendre la leur ; qui est composée de si peu de notes. Au reste, ils trouvent du