‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 3)Chapitre 4 sur 27 · ER ES I · texte numérisé non relu

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dans laquelle on enfonce à chaque pas d’un pied ou deux. On pourrait au besoin sécher cette tourbe et la brüler : c’est la seule chose que nous ayons trouvée propre à cet usage.

« Une autre plante est assez abondante sur les fondrières du penchant des collines ; sa hauteur est de près de deux pieds; elle ressemble beaucoup à un petit chou qui est monté en graines ; les feuilles du collet de la racine sont nombreuses, grandes et arrondies ; elles sont plus étroites à la base, et terminées par une petite pointe ; celles de la tige sont beaucoup plus petites, oblongues et pointues : les tiges , souvent au nombre de trois ou quatre, offrent de longues têtes cylindriques, composées de petites fleurs. Elle a le port et le goût âcre des plantes anti-scorbutiques, mais elle diffère essenüellement de toute cette famille , et nous la regardâmes comme une production particulière à la terre de Kerguelen. Nous la mangeîmes souvent crue ; sa saveur approchait alors de celle du cochléaria de la Nouvelle-Zélande ; mais elle semblait acquérir une saveur trop forte quand on la faisait bouillir ; quelques personnes de l’équipage néanmoins la trouvaient bonne, même dans cet état. Si on la transplantait en Europe, il est vraisemblable qu'elle deviendrait meilleure par la culture, et qu'elle augmenterait la liste des plantes potagères. Ses graines n'étaient pas assez mûres pour les conserver , et il fallut renoncer au désir que j'avais d’en porter en Angleterre.

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« Nous cucillimes, près des ruisseaux et des fondrières, deux autres petites plantes , que nous mangions en salade : la première ressemble beaucoup au cresson de nos jardins, et elle est très-äcre; la seconde est trés-douce. Cette derniére, quoique petite , est digne d'attention; elle offre non-seulement des individus mâles et des femelles, mais aussi des androgynes, pour me servir du langage des botanistes.

« L’herbe grossière que nous recucillimes pour notre bétail est assez abondante sur quelques coins de terre qu’on trouve le long du havre de Noël : on y voit aussi une autre sorte d'herbe plus petite et plus rare. On rencontre sur les terrains plats une espèce d’anserine, et une autre petite plante qui Jui ressemble beaucoup. En un mot, la Flore de la terre de Kerguclen ne va pas à plus de seize ou dixhuit plantes ; encore faut-il y comprendre quelques mousses et une jolie espèce de lichen qui croît sur les rochers, plus haut que les autres plantes. On n'aperçoit pas un seul arbrisseau dans toute l’île.

« Les animaux y sont plus nombreux, quoiqu’à parler rigoureusement, on ne puisse pas les dire habitans de l'ile; car ils vivent tous dans la mer, et en général ils ne vont à terre que pour y faire leurs petits, et s'y reposer. Les plus gros sont les phoques, on , comme nous avons coutume de les appeler, les ours de mer; car c'est l'espèce

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qu'ils préférent aux baies ou aux goulets les rochers qui s’avancent en mer, et les petites îles qui gisent près des côtes. Ils muaient à cette époque, et ils étaient si peu farouches, que nous en tuämes autant que nous en voulümes.

« Nous ne vimes pas d’autres quadrupèdes marins Ou terrestres : mais nous trouvâmes nne quane tité considérable d'oiseaux , tels que des canards, des pétrels, des albatros, des nigauds, des goelands et des hirondelles de mer.

« Les canards sont à peu prés de la grosseur d’une sarcelle ou d'un millonin, dont ils différent par la couleur, Is se tenaient en assez grand nombre sur les flancs des collines, et même plus bas : on en tua une quantité considérable ; nous les trouvâmes bons à manger, ils n’avaient pas le plus léger goût de poisson. Nous en avions rencontré quelques uns de la nême espèce, à l'île de Géorgie, durant le second voyage du capitaine Cook.

« Le pétrel du Cap ou le pétrel damicr, le petit pétrel blea qu’on voit toujours à la mer, et le petit pétrel brun, n’y sont pas nombreux ; mais nous trouvâmes un nid de pétrels de la première espéce, dans lequel il y avait un œuf de la grosseur de celui d’une poule. La seconde espèce, qui est plus rare, se tenait dans des trous qui ressemblaient à des terriers de lapins.

« Une autre espèce, qui est la plus grande de tons les pétrels, était plus abondante et si peu sauvage, que nous la tuâmes d’abord sur la grève, à

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DES VOYAGES. 9) coups de bäton. Ce pétrel est de la grosseur d’un albatros, et carmivore, car 1] mangeait des phoques ou des oiseaux morts que nous jetions dans la mer; sa couleur est brune : ila le bec et les pieds verdâtres ; c'est sans doute celui que les Espagnols appellent quebrantra - huessos , et dont la tête est figurée dans le voyage de Pernetti aux îles Malouines.

« Nous ne vimes sur la côte que des albatros gris, qu'on rencontre ordinairement à la mer dans les hautes latitudes australes ; j'en aperçus un posé sur la pointe d’un rocher : mais ils voltigent souvent autour du havre ; nous disunguâmes, à quelque distance de la côte, la grande espèce, qui est la plus commune, ainsi qu'une autre plus petite dont la tête est noire.

« 1] y a beaucoup plus de manchots que d’autres oiseaux : j'en ai remarqué trois espèces. J'avais déjà vu, à l'île de Géorgie, la première et la plus grande: elle est indiquée aussi par Bougainville; mais elle ne me parut pas aussi solitaire qu'il le dit, car nous en aperçcümes des troupes nombreuses. Sa tête est noire : elle a la partie supérieure du corps d’un gris de plomb, la partie inférieure blanche , et les pieds noirs. Deux larges bandes d’un trés-beau jaune descendent des deux côtés de la tête, le long du cou, et se rencontrent au-dessus de la poitrine. Le bec est rougeâtre en quelques endroits, ct plus long que dans les autres espèces.

« La seconde espèce de manchots n’a guère que

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« Personne de l'équipage n'avait jamais vu la troisième. Sa longueur est de 24 pouces, et sa largeur de 20. La partic supérieure du corps et le cou sont noirs; le reste est blanc, excepté le haut de la tête , d’où partent des plumes d’un beau jaune qui tombent en arrière , et se terminent de chaque côté en longues touffes de duvet, que l'oiseau dresse comme une crête,

« Les deux premières espèces se voient en troupes sur la grève; les plus gros se tenaient toujours ensemble, et se promenaient en petites troupes au milieu des autres, qui étaient plus nombreux, et qu'on apercevait à une grande hauteur sur les flancs des collines. Ceux de la troisième espèce étaient séparés des deux premières, et toujours en grand nombre sur les rivages du dehors du havre. Nous étions au temps de la couvée; ils pondaient sur des pierres nues un seul œuf blanc, et du volume de celni des canards. Tous ces manchots, de quelque espèce qu'ils fussent, se montrérent si peu farouches, que nous en primes à la main autant que nous le jugeâmes à propos.

« J'ai vu deux espèces de nigauds , le petit cormoran, et un autre qui est noir dans la partie supérieure du corps, et a le ventre blanc; c'est le

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