‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 3)Chapitre 8 sur 27 · EE · texte numérisé non relu

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62 HISTOIRE GÉNÉRALE surprise ; ils montrèrent de l'indifférence pour les dons que nous leur fimes , et ils ne parurent attenufs à rien. Il n’est pas besoin de citer d’autres preuves de l'engourdissement de leur esprit.

« Leur teint est d'un noir sale et moins fonce que celui des nègres d’Afriqi : ; il paraît qu'ils en augmentent la noirceur en se barbouillant le corps ; car dès qu'ils touchaient quelque chose de propre, tel que du papier blanc, ils le salissaient. Leur chevelure est complétement laineuse ; comme ils y mettent beaucoup de graisse mêlée avec un enduit rouge ou avec de l'ocre, elle est grumelée ou divisée en petites parties ainsi que celle des Hottentots. Leurs cheveux ne bouclent point, par un eflet de cet usage, car j'examinai la tête d’un peut garçon qui n'avait jamais été enduite de graisse, et je reconnus que ses cheveux étaient naturellement tels que je les décris plus haut. Leur nez est large ct plein, quoiqu'il ne soit pas aplati. La partie inférieure de leur visage s’avance en saillie, comme celle de la plupart des insulaires du grand Océan que j'ai vus ; en sorte qu’une ligne partant perpendiculairement du haut de la tête couperait une partie beaucoup plus considérable du menton que sur le visage d'un Européen : leurs yeux sont d’une grandeur médiocre ; il y a moins de blanc que dans les nôtres; et sans être ni vifs ni perçans, ils donnent à leur physionomie un air de franchise et de bonne humeur : leurs dents sont larges; elles ne sont n1 égales n1 bien rangées : elles ne me sem-

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blérent pas d'un blanc aussi parfait que celles des nègres ; mais j'ignore si la saleté n'en altérait pas la blancheur naturelle : leur bouche est un peu trop grande ; elle l’est peut-être moins qu'elle ne le parail, parce qu'ils portent leur barbe longue ,et qu'ils l'enduisent de peinture, ainsi que leurs cheveux : leur corps est d'ailleurs bien proportionné, quoique leur ventre soit un peu gros; ce qui peut venir de ce qu'ils ne se serrent jamais : caril faut observer que dans la plupart des autres pays on porte des ceintures plus où moins fortes. La posture qu'ils aiment Je mieux, est de se tenir debout, la partie supérieure du corps un peu courbée en avant, et l’une des mains traversant le dos et saisissant l'autre bras, qui tombe nonchalamment.

« On observe ici ce que les anciens poëtes nous disent des faunes et des satyres qui habitaient des troncs d'arbre. Nous trouvâmes au fond de la baie de mnisérables charpentes de perches, recouvertes d'écorce, qui mérituient à peine le nom de huttes; inais ces chétives demeures ne semblaient avoir élé construites que pour un séjour passager, et nous rencontrâmes beaucoup de gros arbres creusés qui offraient un meilleur asile. À l’aide du feu, les naturels avaient pratiqué dans les troncs un espace de six ou sept pieds de hauteur : les foyers d'argile que nous vimes, et autour desquels quatre ou cinq personnes pouvaient s'asseoir (1), démontrent qu'ils

(1) Tasman trouva dans la baie de Frédéric-Henri, voi-

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les habitent quelquefois. Ces habitations sont trésdurables, car ils ont soin de laisser entier un des côtés de l'arbre ; ce qui suffit pour y entretenir une séve aussi abondante que dans les autres.

« Les naturels de la terre Van - Diemen sont sans doute de la même race que ceux des parties septentrionales de la Nouvelle-Hollande. Quoiqu'ils n'aient pas la vue mauvaise et deux dents de moins à la mâchoire supérieure, comme ceux que vit Dampier sur la côte occidentale de ce pays; quoique la description de ceux que le capitaine Cook aperçut sur la côte orientale durant son premier voyage ne leur convienne pas à bien des égards, je suis persuadé toutefois que la distance des lieux, la communication interrompue, la diversité du climat et le laps du temps, suffisent pour produire plus de différence dans la figure et les usages qu'il n'en existe réellement entre les peuplades de la terre Van-Diemen et celles dont parlent Dampier et le premier voyage de Cook. Si leur langue n’est pas la même, cette circonstance ne forme point une difficulté insoluble, car la conformité du langage de deux peuplades qui vivent éloignées l’une de l'autre, prouve bien qu’elles viennent d’une souche commune; mais la différence des idiomes n’est pas une preuve du contraire. (1)

sine de celle de l’Aventure, deux arbres, dont l’un avait

deux brasses, et l’autre deux brasses et demi de tour: les

branches ne commencaient qu’à 60 ou 65 pieds de terre. (1) L'ingénieux auteur des Recherches sur les Américains

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« Il faudra étudier beaucoup la langue de la terre Van-Diemen, et celle des parties plus septentrionales de la Nouvelle-Hollande, avant de prononcer que ces idiomes différent l’un de l'autre: je présume même que l'opinion contraire est mieux fondée; car nous reconnûümes que l'animal appelé #angarou sur les bords de la rivière Endéavour, est conau ici sous le même nom , et je n'ai pas besoin d'observer qu'il est difficile d'attribuer au hasard cette conformité dans la langue des deux peuplades ; d’ailleurs 1l paraît vraisemblable que les

développe cette idée d’une manière très-satisfaisaite. « C’est « quelque chose de surprenant, dit-il, que‘la foule des « idiomes , tous variés entre eux, que parlent les naturels « de l’Amérique septentrionale : qu’on réduise ces idiomes « à des racines; qu’on les simplifie, qu’on en sépare les « dialectes et les jargons dérivés, il en résulte toujours cinq « à six langues mères, respectivement incompréhensibles. « On a observé la même singularité dans la Sibérie et la « Tartarie, où le nombre des iliomes et des dialectes est « également multiplié; et rien n’est plus commun que d'y « voir des hordes unies qui ne se comprennent point. On « retrouve cette même multiplicité de jargons dans toutes « les provinces de l'Amérique méridionale. ( Il aurait pu y «ajouter l'Afrique. ) 11 y a beaucoup d'apparence que /a « vie des sauvages, en dispersant les hommes par netites

| « troupes isolces dans des bois épais , occasionne nécessaire- | « ment celte grande diversité de langues, dont le nombre

« diminue à mesure que la société, en rassemblant les bar— « bares vagabonds, en forme un corps de nation. Alors « l'idiome le plus riche et le moins pauvre en mots devient

. U +4 , « dominant, et absorbe les autres.» Tome I, pages 159, 160,

66 HISTOIRE CÉNÉRALE

habitans de la terre Van-Diemen n’auraient jamais perdu l'usage des pirogues et des canots, s'ils avaient été originairement transportés par mer dans cette partie de l’île. Il faut avouer que les hommes, ainsi que le kangarou, semblent être venus du nord par terre. Si cette observation est juste , elle servira tout à la fois à montrer l’origine de la ra:2 qi habite la terre Van-Diemen, et décidera une autre question, que le capitaine Cook et le capitaine Furneaux paraissent avoir déjà résolue; il s’ensuivra que la Nouvelle-Hollande n’est pas coupée en petites îles, par la mer, comme quelques écrivains l’ont imaginé. (1)

« Je pense donc que tous les habitans de la Nouvelle-Hollande sont de la même race : ils ressemblent beaucoup aux insulaires de Tanna et de Mallicolo : et l’on peut supposer, non sans raison, qu'ils viennent originairement de la même contrée que les autres naturels du grand Océan ; car de dix mots, les seuls de leur langue que nous vinmes à bout de recueillir, celui qui exprime le froid diffère peu du terme qui a cette signification à la Nouvelle-Zélande et à Taïui : on dit mallarida à la terre Van-Diemen, makkaridé à la Nouvelle- Zélande , et ma’ridé à Taïti. Voici les autres mots du petit vocabulaire que nous avons fait à la terre Van-Diemen :

(1) Dampier semble être de cette opinion. Tome HI, pages 104, 105.

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Quadné, Une femme.

Eve’rai, L'œil.

Mnidjé, Le nez.

Ka’my, La dent, la bouche ou la langue.

Lae’reuné, Un petit oiseau indigène des bois du pays.

Koy'ghi, L'oreille,

No’onga, Les cicatrices renflées que les naturels ont sur le corps.

Tèghera, Manger.

Toga’rago, Il faut que je m’en aille , ou je veux m’en aller.

« Leur prononciation n’a rien de désagréable ; elle est un peu rapide : elle ne l’est cependant pas davantage que celle des autres peuples du grand Océan. En supposant que l’affinité des idiomes soit un guide sûr pour découvrir l’origine des nations, je suis persuadé que, si l’on s'occupe de ces recherches avec assiduité , et que, si l’on parvient à recueillir exactement et à comparer un nombre suffisant de termes de diverses langues, on trouvera que tous les peuples répandus à l’est, depuis la Nouvelle-Hollande jusqu’à l’île de Pâques , ont une souche commune. (1)

(1) M. Marsden a sur cette matière les mêmes idées que M. Anderson. Il observe, « qu’une langue générale, altérée et mutilée par le laps du temps, est répandue dans cette partie du monde depuis Madagascar jusqu'aux terres découvertes le plus loin à l’est : que le malais en est un dialecte trèscorrompu ou raffiné par le mélange d’autres idiomes. Une conformité de langage aussi universelle annonce que les divers peuples ont une origine commune ; mais un voile

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68 HISTOIRE CÉNÉRALE

« Les deux vaisseaux apparcillérent le 30 janvier de la baie de l’Aventure, etils prirent la route de Ja Nouvelle-Zélande. La nuit du 6 au 7 février, un des soldats de la Découverte tomba dans la mer, et on ne le revit plus; c'était le second accident de cette espèce arrivé au capitaine Clerke depuis son départ d'Angleterre.

« On eut connaissance de la Nouvelle-Z ‘lande le 10; etle 12, on jeta l'ancre dans le port de la Reine-Charlotte, à l'endroit où le capitaine avait mouillé dans ses précédens voyages. Il ne voulait pas pcrdre de temps, et ses opérations cominencérent l'après-midi du même jour : on débarqua les fatailles vides , et on nettoya un terrain suffisant pour y étabhr les deux observatoires, et y dresser les tentes des gardes et de ceux des matelots ou des soldats qui seraient obligés de passer la nuit à terre.

« Nous fümes à peine mouillés, dit Cook, que plusieurs pirogues accostérent les vaisseaux : les naturels qui se hasardèrent à monter à bord étaient en petit nombre; j'en fus d'autant plus surpris, qu'ilsnous connaissaient tous. Parmi ceux qui s’opiniâtraient à demeurer dans leurs pirogues, je dis-

épais cache les circonstances et les progrès de leur séparation ». History of Sumatra , page 35.

Voyez aussi le Mémoire intéressant qu’il a lu à la Société

des antiquaires ; on le trouve dans l’4rchæologia de cette }

Académie , tome VI, page 155. Il y développe davantage son opinion, et il l’appuie sur deux tables de mots correspondans.

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DES VOYAGES. 69 tinguai un homme que j'avais traité avec une bienveillance particulière lors de ma dernière relâche ; ni mes démonstrations d'amitié, ni mes présens ne purent le déterminer à venir à bord, Je cherchai les motifs de cette réserve; ils imaginaïent sans doute que j'abordais sur leurs côtes afin de venger la mort des matelots et des soldats du capitaine Furneaux qu'ils avaient massacrés. En apercevant Q-mai à mes côtés, ils dürent se rappeler qu'ils l'avaient vu sur l’Aventure, lorsque cette malheureuse affaire eut lieu; ils lui en parlérent tout de suite, et ils sentirent bien que je ne l'ignorais pas. Je fis tous les efforts possibles pour les convaincre que je ne leur voulais point de mal, et que la vengeance ne m'engageait pas à rien entreprendre contre eux. Je ne sais si cette promesse les frappa, mais il est sûr que bientôt ils ne montrérent plus de réserve ni de défiance.

« Le 13, chacun des vaisseaux dressa une tente sur le terrain où j'avais établi autrefois mon petit camp ; on disposa aussi les observatoires , et MM. King et Bayley commencérent leurs observations, dont le but principal était de déterminer le mouvement journalier des garde-temps. J’envoyai à terre le reste des futailles ; les tonneliers et un nombre suflisant de matelots allèrent les réparer et les remplir. Je chargeai deux hommes de brasser de la bière de sapin, et j'ardonnai aux charpentiers et à leurs aides de couper du bois ; un autre détachement cueillit de l'herbe pour notre bétail, et ceux

qui demeurérent à bord s’occupèrent de dégréer les vaisseaux et d’arranger les provisions. Chacun fut employé d'une manière utile pendant notre séjour, Je donnai une garde de dix soldats de marine à ceux qui se trouvaient à terre, et je fis distribuer des armes à tous les travailleurs. M. King et deux ou trois sous-officiers se unrent d’ailleurs constamment auprès d'eux. Lorsque j'envoyais un canot à une distance considérable des vaisseaux , j'avais soin de l’armer et de le mettre sous la conduite de ceux de mes officiers qui m'inspiraient le plus de confiance, et qui connaissaient le mieux les naturels. Durant mes autres relâches, je n'avais jamais pris ces précautions, et je suis intimement convaincu qu’elles n'étaient pas nécessaires ; mals aprés le massacre de dix hommes de ?’Aventure , après celui du capitaine Marion - Dufresne et de quelques-uns de ses gens, dans la baie des Iles, 1l était impossible d’être absolument exempt d'inquiétude.

« Si les Zélandais crurent d’abord que nous venions les punir de leur barbarie, ils ne tardèrent pas à changer d’opinion; car dès ce jour même un grand nombre de familles arrivèrent de différentes parties de la côte, et s’établirent près de nous. Excepté l’espace que renfermait notre petit camp, tous les terrains de cette anse où l’on pouvait dresser une hutte se trouvèrent occupés. Ils ne nous disputérent point celui que nous avions pris; mais ils vinrent y enlever les débris de quelques vieilles

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DES VOYAGES. 71 cabanes, et ils se servirent des matériaux pour en construire de nouvelles.

« On est étonné de la promptütude avec laquelle ils construisent ces huttes : j’en ai vu élever plus de vingt sur un espace qui, une heure auparavant, était couvert d’arbrisseaux et de plantes. Ils apportent ordinairement avec eux une partie des matérlaux , et ils trouvent le reste sur les terrains qu'ils choisissent. J'ai assisté au débarquement d’une pette peuplade, et à la construction d’un de ces villages. Au moment où les pirogues atteignirent le rivage , les hommes sautèrent à terre; ils se mirent en possession du terrain en arrachant les arbres et

Jes arbrisseaux, et en dressant une partie de la

charpente des huttes sans perdre une minute. Ils retournérent ensuite à leurs pirogues ; ils débarquérent leurs armes, ils les posérent contre un arbre, ou bien ils les placérent de maniëre à pouvoir les saisir dans un instant. J'observai qu'aucun d'eux ne négligea cette précaution. Tandis que les hommes construisaient les cabanes, les femmes ne demeuraient pas oïsives; quelques-unes veillaient sur les pirogues, d’autres sur les provisions et le petit nombre de leurs ustensiles ; d’autres rassemblaient du bois sec pour faire du feu et préparer le diner. Les enfans et les vieillards furent assez occupés sur ces entrefaites. Je leur jetai des grains de verroterie et toutes les bagatelles que j'avais dans mes poches ; le plus adroit les ramassait , et ce peut jeu les divertit beaucoup.

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