‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 4)Chapitre 19 sur 46 · ES · texte numérisé non relu

ES

jose à peine en faire mention. Les bâtimens appelés a-fiatoucas ÿ ont certainement quelque rapport. Plusieurs de nous pensérent que ce sont simplement des cimetières. Je puis assurer , par expérience, que ce sont des lieux où des insulaires revêtus d’une fonction spéciale prononcent des harangues étudices, que je pris pour des prières, ainsi qu'on l’a déjà di. Je suis porté à croire que ce sont tout à la fois des temples et des cimetières comme à Taïti, où comme en Europe. Mais je ne pense pas que les statues grossières que nous y vimes soient des idoles ; d'autant plus que M. Wales m'informa que les insulaires l'engagérent à ürer un coup de fusil sur F7: d'elles, qu'ils posérent exprés au milieu d'u € ap.

« Une circonstance nous fit connaître que, pour un objet ou pour ua autre, les naturels se rendent souvent à ces a-fiatoncas : quoique le grand espace qui est devant ces édifices fût tapissé d'un gazon, l'herbe y était très-courte. 1! ne paraissait pas qu'on l'eùt coupée ; mais il me sembla qu’en s’y asseyant ou qu’en la foulant, on l'avait empéchée de croître.

« I] ne serait pas raisonnable de supposer que,

dans un intervalle de quatre on cinq jours, nous eussions acquis des connaissances bien exactes de leur police civile et religieuse , surtout si l'on veut se ressouvenir que nous entendions très - peu leur

langage : les deux insulaires qui étaient sur notre vaisseau n'y purent d’abord rien entendre; mais , en devenant plus familiers avec ce peuple, ils trou-

vérent que sa langue est , À très-peu de chose près, la même que celle de Taïti et des îles de la Société. Les dialectes n’en sont pas plus différens que ceux des provinces septentrionaies et méridionales de l'Angleterre.

« Le 7 octobre 1773 , nous dîmes adieu aux îles de la zone torride , et nous fimes route une seconde fois vers la Nouvelle-Zélande. Quatre mois s'étaient écoulés depuis notre départ de cette île ;

et dans cet intervalle nous avions traversé le grand 4 Océan par des latitudes moyennes, au milieu de | l'hiver : nous avions examiné un espace de plus de 4 40 degrés en longitude entre les tropiques , et ra- |

{raîchi les équipages à Taïti, aux îles de la Société quipas ;

et aux îles des Amis pendant trente -un jours. La |

saison de continuer nos découvertes dans les hautes

latitudes méridionales s’avançait, et les rochers sau- |

vages de la Nouvelle-Zélande devaient nous prêter une seconde fois un asile, aussi long - temps quil le faudrait pour préparer nos voilures et nos agrès à affronter les tempêtes et les rigueurs des climats glacés.

« Dès que nous eùmes quitté la zone torride, des troupes d'oiseaux de mer suivirent les vaisseaux, ct voltigérent sur les flots autour de nons. Le 12 octobre , nous apercûmes un albatros : ces oiseaux, qui n'osent jamais passer le tropique , rôdent de ce point jusqu’au cercle polaire.

« La nuit du jour suivant, plusieurs méduses passèrent près du vaisseau : nous les reconnümes

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à leur lueur phosphorique. Elles étaient si lumineuses, que le fond de la mer semblait contenir des étoiles plus brillantes que le firmament,.

«Le 21, à cinq heures du matin, nous eùmes connaissance de la côte orientale de la Nouvellelélande. Je souhaitais ardemment, dit Cook, avoir quelque communication avec les habitans de cette rue de l’île, aussi loin au nord quil me serait

possible , c’est-à-dire ; dans les environs des baics de Pauvreté et de Tolaga, où je crois qu'ils sont jus civilisés qu'autour du canal de la Reine Charbtte. Je voulais leur donner des cochons, des pules , des graines, des racines, etc., dont je m’éus pourvu.

« Les côtes sont *lanches et escarpées du côté de h mer ; on découvrit les huttes et les forteresses ds naturels placées sur le sommet des rochers, omme les nids des aigles. Nous aperçûmes les halns sur le rivage, et nous restämes en panne quelque temps, pour qu'ils se rendissent à notre brd , et pour attendre L'Aventure ; mais ils ne pamissaient pas vouloir nous accoster ; il est vrai qalors l'impétuosité du vent les aurait seule emjêchés de le tenter. Aussitôt que nous eûmes rallié

l'Aventure, nous fimes voile pour le cap Kidnappers, que nous doublâmes à cinq heures du matin, & nous continuâmes de côtoyer le rivage jusqu'à neuf heures. Quelques pirogues se détachérent du

iivage ; je fis mettre en travers, afin de leur laisser ke loisir d'arriver au vaisseau ; mais je donnai le Fe à 10

signal à l'Aventure de suivre sa route, ne voulant perdre que trés-peu de momens.

« La première pirogue qui nous aborda n'avait à bord que des pêcheurs, qui nous vendirent du poisson pour des pièces d’étoffe et des clous. La seconde était montée par deux Indiens, que leur vêtement et leur démarche me firent prendre pour des chefs. Nous les engageâmes à monter sur le pont, en leur présentant des clous et d’autres objets. Ils recherchaient les clous avec un empressement qui montrait assez qu'on ne pouvail rien leur offrir de plus précieux. Je donnai à celui de ces deux hommes qui me parut le plus distingué, les cochons, les poules, les semences et les racines,

Je crois qu'il n’imaginait pas d'abord que je vou- | lusse les lui laisser, car il y fit peu d’attenuon, ! jusqu'au moment qu'il ne douta plus que ce ne füt |

pour lui. Ce qui est assez singulier, un pareil don ne le jeta pas dans le même ravissement qu'un grand clou que je lui offris. Néanmoins je remar-

quai qu'en s’éloignant, il considérait avec plusir |

les cochons et les poules qu'il venait de recevoir. Il rangeait ces animaux les uns à côté des autres, etil veillait à ce qu’on ne les lui enlevât pas. Il me promit de n’en tuer aucun; et sil ent sa parole,

et qu'il en ait quelque soin, l’ile entière pourra |

bientôt s'en trouver peuplée; car je lui laissai deux truies, deux verrats, quatre poules et deux coqs. Les graines étaient de celles qui auraient pour eux le plus d'utilité , telles que du froment, des féves,

des h raves, jynam l'Ende noncé:

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des haricots, des pois, des choux, de grosses raves, des ognons, des carottes, des panais, des ymames , etc. Ces insulaires n'avaient pas oublié l'Endeavour , car les premières paroles qu’ils prononcérent furent matao no te pou pou ( nous avons peur des canons ). Comme ils ne pouvaient point iynorer ce qui était arrivé au cap Kidnappers dans mon premier voyage , ils connaissaient, par «xpérience , les eflets terribles de ces instrumens meurtriers.

« L'un de ces deux Indiens était d’une grande tulle et d’un moyen âge : il avait un vêtement élégant de phormium, d'une forme nouvelle pour nous : ses cheveux, arrangés suivant la dernière mode du pays, étaient attachés au haut de la tête, huilés et garnis de plumes blanches. Il portait à chaque oreille un morceau de peau d’albatros couverte de son duvet blanc; son visage était tatoué en lignes courbes et spirales.

« Ayant observé, dit Forster, que le capitaine Cook tirait les clous qu'il lui donnait de l’un des trous du cabestan , où on les avait nus , 1l tourna en entier le cabestan, et 1l exatnina chacun des trous, comme pour voir s'il n’y en avait plus; ce qui prouve le prix qu'ils attachent aux outils de fer depuis le premier voyage de l’Endeavour'; car, lors de cette premiére expédition, les Zélandais voulient à peine les recevoir.

« Oedidi, qui ne comprit pas d'abord la langue des Zélandais comme Topia, apprenant de nou:

que ce peuple n’a point de cacos ni d'ignames, alla en chercher pour les offrir au chef; mais quand nous l’assurâmes que le climat n’était pas favorable à la culiure des palmiers, il ne lui présenta que les ignames ; et 1l lui fit sentir en même temps, par une harangue, tout le prix des cochons, des volailles, des semences, etc. , qu'il recevait de nous. Après que notre compagnon de voyage eut bien parlé, le Zélandais , par reconnaissance, nous laissa sa hache de bataille toute neuve : la tête, bien sculptée, était ornée de plumes rouges de perroquet, e: de poils blancs de chien.

« Les deux Indiens, avant de partir, nous donnérent le spectacle d’un heva ou d’une danse guerrière : ils frappérent du pied, ils brandirent leurs courtes massues et leurs piques, et firent des contorsions de visage, tirant la langue et beuglant d'une manière épouvantable.

« Après qu'ils nous eurent quittés, continue Cook, nous fimes voile au sud. Le 22, on découvrit le

cap Turn-Again, et le jour suivant, le cap Paliser; |

ce cap est la pointe septentrionale d'Iheï-nomaout.

Les coups de vent et les tempêtes furent si continus | et si terribles, qu'il fut impossible d’y aborder avant

le 2 novembre. Pendant cet intervalle, l’A4venture joignit la Résolution, et bientôt après elle se sépara encore de nous, et on ne la revit plus. » Forster retrace ainsi la situation où se trouva l'équipage durant cette tourmente.

« Quoique nous fussions au-dessous d’une côte

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élevée et montagneuse, cependant les vagues s'élevaient trés-haut , et se prolongeaient à une grande distance : la violence de la bourasque les dispersait en vapeurs qui couvraient de brumes la surface de la mer, et comme le soleil brillait sur un ciel sans nuage , l'écume blanche éblouissait nos yeux. Nous roulions çà et là à la merci des flots; nous embarquions souvent de grosses lames qui se précipitaient sur les ponts avec une vitesse prodigieuse, et enlevaient tout ce qu'elles rencontraient. Les secousses continuelles qu’essuyait le bâtiment relächaient les cordages et les manœuvres, et dérangeaient d'ailleurs tout ce qui était dans le vaisseau, de

manière que les yeux n'apercevaient qu'une scène

générale de bouleversement et de confusion. Dans un de ces énormes roulis, la caisse d'armes posée sur le gaillard d’arrière fut arrachée de sa place et renversée contre la lisse de bäbord, L'un des volontaires, M. Hood, qui se trouva devant elle, échappa heureusement, en se baissant , lorsqu'il la vit se détacher; il ne reçut aucune contusion, parce qu'il eut l'adresse de se placer dans l'angle qe fit la caisse avec la lisse. Le désordre des élémens n'écarta pas de nous tous les oiseaux. De temps en temps un pétrel noir, ou oiseau de tempête, voltigeait sur la surface agitée de la mer, et résistait adroitement à la force de la tourmente, en restant à l'abri du sommet des lames soulevées. L'aspect de l'Océan était alors superbe et terrible : tantôt, au sommet d’une vague énorme , nous con-

BG ne ms DR ont

templions au-dessous de nous une vaste étendue de mer sillonnée par un nombre infini de profonds anaux : d’autres fois la vague se brisait subitement sous nous, et nous plongeait dans une vallée profonde , tandis qu'une nouvelle montagne s'élevait à nos côtés, et de sa tête écumeuse et chancelante menacait de nous engloutir. La nuit amena de nouvelles horreurs, surtout pour ceux qui n'étaient pas accoutumés à la mer dés lenr enfance. On 6ta les vitres de ia chambre du capitaine, et on mit des volets en place, pour prévenir l'enibarquement des lames lorsqu'on virait de bord. Cette opération troubla dans sa retraite un scorpion caché au fond d’une crevasse : il était probablement entré à bord avec les fruits que nous avions pris sur les îles. Notre ami Oedidi nous assura quil ne faisait point de mal; mais sa figure seule nous inspirait Ja crainte. L'eau remplissait les lits de toutes les cabanes, et d’ailleurs le mugissement épouvantable des vagues, le craquement des membrures et le roulis nous privaient du repos. Ce qui mettait le comble à cette scène d'horreur, c'est que nous entendions de temps en temps les voix des matelots , plus fortes que les vents ou que la mer en fureur, vomissant des imprécations atfreuses. U est impossible d'imaginer quels juremens variés, bizarres et horribles , leur emportement leur suggérait, sans molif, contre toutes les parties du bâument. Endurcis aux dangers dès le bas-âge, V’image de la mortn'arrétait pointleurs blasphèmes.»

Le 2 nom!

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Le 2 novembre, on gagna enfin le rivage d'Iheïnomaoui. Cook ayant découvert, au côté est du cap Tiéréouiti, une nouvelle baie qu'il n'avait point remarquée en 1770, y jeta l'ancre.

« Cette baïe est entourée de montagnes noirâtres et pelées, d’une grande élévation , presque entièrement dénuées de bois et d’arbrisseaux ; elles forment de hautes masses de rochers aigus en se prolongeant dans la mer. La baie semblait s'étendre bort avant entre les montaynes, et sa direction lais-

sait en doute si la terre sur laquelle git le cap

Tiéréouiti, n’est pas une île séparée d'Iheï-nomaout, Ce misérable pays était cependant habité.

« À peine fut-on à l'ancre, qu'on vit arriver trois pirogues , dont deux venaient d’un côté du rivage , et une de l’autre. Il ne fallut pas faire aux Indiens de vives instances pour en attirer trois ou quatre à bord. Les clous furent , de tout ce qu’on put leur présenter, ce qui leur fit le plus de plaisir.

« Ils portaient des manteaux vieux et sales , auxquels ils donnaient le nom de boghi. La famée qu'ils respirent continuellement dans leurs misérables cabanes , et un amas d’ordures qu’ils n'avaient pentêtre jamais lavé depuis leur naissance, cachent entièrement la couleur de leur teint et répand sur leur visage un jaune noir. La saison de l'hiver, qui allait finir, les avait probablement forcés à manger des poissons pourris, ce qui, joint à l'huile rance dont ils graissent leurs cheveux, les rendait d’une

248 UISTOIRE GÉNÉRALE

puanteur si insupportable, que nous les sentions et qu'ils nous dégoûtaient de très-loin, Le lendemain, nous mouillämes dans l’anse du canal de h Reine Charlotte appelée Shipcove, d’où nous étions partis le 7 juin, près de cinq mois auparavant. Aussitôt nous recümes la visite des habitans, parmi lesquels le capitaine en reconnut plusieurs qu'il avait vus en 1770. Chacun , de son côté, renauvela les connaissances qu'il avait faites pendant h premiére relâche : nous les appelâmes par leurs

noms, ce qui leur causa une grande joie : sans !

doute qu'ils crurent que nous nous intéressions 1 1

eux, puisque nous les portions dans notre pensée.

Le temps était beau et l'air chaud pour la saison : ! P P ;

mais ces Indiens étaient tout couverts de ces man-

teaux déguenillés dont ils se couvrent pendant {

l'hiver. Nous leur fimes plusieurs questions sur l1 #

santé de ceux de leurs compatriotes que nous n° voyions pas et que nous connaissions.

«Teirétou, le chef qui avait prononcé une longuc

harangue le 4 juin , était au nombre des insulaire: qui vinrent nous voir. I] portait alors de vieux habits, ou, pour parler le langage des gens polis, il était en déshabillé ; 11 n'avait plus de nattes brodécs en peau de chien; ses cheveux rattachés négligem. ment, au Jicu d’être peignés, étaient couverts

d'une huile puante. En un mot, d’orateur , de chef |

d'une troupe de guerriers, il était devenn un simple pécheur. Nons eümes peine à le reconnaitre sous ce déguisement : à la fin cependant on lui

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rendit quelques honneurs, on le mena dans la grand'chambre, et on lui donna des clous. Nos outils de fer et nos étoffes de Taïti lui parurent sl précieuses, ainsi qu'à ceux qui l'accompagnaient, qu'ils résolurent de s'établir près de nous, afin de profiter les premiers des avantages que leur offrait notre commerce , et peut-être de nous voler tont ce qu'ils pourraient.

« Nous allâmes à terre le matin et l'après-midi, et nous nous ouvrimes un passage à travers un labyrinthe de lianes entrelacées d’un arbre à l'autre. Oedidi, qui était avec nous, erra, de son côté, au milieu de ces forêts touffues ; il fut fort surpris d'y trouver un grand nombre d'oiseaux différens dont le chant était agréable et le plumage très-joh. Une quantité prodigieuse d’autres oiseaux snçaient les fleurs et quelquefois arrachaient la tige des radis et des iurneps dans un de nos jardins. Nous en tuâmes plusieurs, et Oedidi, qui de sa vie n'avait manié des armes à feu, en tua aussi un au premier coup. Les sens des peuples qui ne sont pas trèspolicés sont infiniment meilleurs que les nôtres affaiblis par mille accidens. Nous fûmes surtout bien convaincus de cette vérité à Taïu : les naturels nous montraient très-souvent de petits oiseaux dans l'épaisseur des arbres, ou des canards au fond des roseaux , tandis qu'aucun de nous ne pouvait les apercevoir.

« Nos plantations, abandonnées aux soins de la nature , étaient dans un état florissant. L'hiver doit

être fort doux dans cette partie de la Nouvelle-Zt. lande, puisqu'il ne gela pas assez pour faire périr des plantes qui meurent el:.4 nous aux mois de jan. vier et de février. Les radis et les navets étaient déjà en graine ; les choux et les carottes, les ognons et le persil croissaient à merveille’; les pois et les féves étaient entièrement perdus ; il paraissait que les rals les avaient détruits. Les plantes indigènes du pays n'étaient pas si avancées. Les arbres et les ar-

brisseaux commencaient seulement à reverdir. Mais le phormium, dont les naturels préparent leurs cordages , était en fleur, ainsi que quelques autres espèces qui poussent de bonne heure.

« Les matelots renouvelèrent leurs premières amours avec les Zélandaises. L’une de celles qui pro- 4 diguaient leurs charmes avait des traits assez régu- @

liers, et quelque chose de doux et de tendre dans |

les yeux. Ses parens la donnèrent formellement en

mariage à un des contre-maîtres que ces insulaires } chérissaient parce qu’il leur montrait de l’intérèt | et de l'affection, ce qui ne peut qu’exciter l'atti-

chement même des peuples sauvages. Toghiri, car c’est ainsi que s'appelait cette fille , fut aussi fidéle

à son mari que si c'eût été un Zélandais ; elle re- | poussait impitoyablement les sollicitations des au- |

tres matelots, en disant qu’elle était mariée (uirra tanè). Quelque goût que l'Anglais eût pour sa femme zélandaise , il ne tenta jamais de l'amener à bord , concevant qu'il serait malhonnèéte de nous rapporter la vermine qui remplissait ses habits et

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DES VOYAGES. 291 ses cheveux. I allait donc la voir à terre, et seulement pendant Je jour; il la régalait de biscuit pourri que nous avions jeté comme inutile, mais qu'elle aimait beaucoup. Oedidi était si accoutumé, dans sa patrie, à <e livrer à tons les mou: vemens de la nature, qu’ n’hésita pas à satisfaire ses désirs à la Nouvelle-Zélande, quoiqu'il vit trèshen que les fenumes n’y valaient pas celles de son pays. La force de l'instinct triomphait de sa déliatesse. Eh! faut-il s'en étonner , puisque des Eur rpéens civilisés lui en donnaient l'exemple ? Sa conduite envers les Zélandais mérite des éloges. Il découvrit bientôt que leur existence actuelle est brt misérable en comparaison de celle des naturels des îles du tropique , et il témoigna souvent de la pitié en faisant l’énumération de tout ce qui leur manquait. Il distribua des racines d’ignames

M : ceux qui vinrent à bord du bâtiment ; etil accominsulaires

pagna toujours le capitaine , quand il allait planter ou semer un terrain dans ce havre. Il n’entendait pas assez bien leur langage pour converser aisément avec eux; mais il ne tarda pas à le comprendre mieux qu'aucun de nous, à cause de la grande aflinité qui existe entre ce dialecte et le sien. Notre séjour aux îles du tropique avait cependant rendu plus intelligible pour nous le langage de la Nouvelle-Zélande, et nous reconnaissions qu'il ressemble beaucoup à celui des îles des Amis que nous venions de quitter. On peut seulement tirer de là des conjectures sur la route par laquelle un pays

252 TISTOIRE GÉNÉRALE situé aussi loin au sud que la Nouvelle-Zélande, à probablement été peuplé.

« Le 14, le capitaine et MM. Forster allérent à l'observatoire à terre avec les télescopes, pour ob. server l’émersion d’un des satellites de Jupiter. D'a.

près un grand nombre d'observations faites à diffé. | rens temps par le savant et infatigable astronome

M. Wales, la longitude de la rade de la Reine Charlotte est de 174° 25 à l’est du méridien de Greenvich.

« Le 21 au matin, deux pirognes montées par

des femmes vinrent de la côte : elles témoignèrent 1

beaucoup de frayeur sur le sort de leurs maris, qui,

« , . » . ,» k à ce quelles nous dirent, étaient allés combattre, 4 D'après la direction qu’elles semblaient indiquer, 4

nous conclüûmes que leurs ennemis habitaient du

côté de la baie de l'Amirauté.

« Le lendemain, en retournant au bâtiment, !

nous rencontrâmes sept ou huit pirogues qui arr:

vaient du nord , et qui, sans faire aucune atten- Î tion à nous, allèrent directement dans une anse, | tandis que d’autres insulaires vinrent à bord avec { une grande quantité de vétemens et d'armes de | toute espêce qu’ils nous vendirent. Dans cette se-

conde relâche , nous ne les avions jamais vus si bien vêtus. Leurs cheveux étaient attachés au haut de la iête , et leurs joues peintes en rouge. Nous ne douâmes plus alors qu'ils ne fussent allés combattre, ‘ainsi que les femmes nous l'avaient dit la veille, car ils se parent dans ces occasions le mieux qu

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s cette scvus si bien haut de 1 us ne douombattre, la veille, dieux qu'il

DES VOYAGES. 2553 eur est possible. Je crains bien que notre présence nait ranimé de malheureux différends entre les mibus. Les officiers de notre équipage , peu sauishits d'acheter les haches de pierre, les patou-paous , les haches de bataille, les étoffes, les pierres vertes, les hamecons , etc., qu’on nous apportait, en demandaient sans cesse davantage, et nous monwions aux insulaires des pièces d'étoffes si précieuses pour eux, quesürement elles excitaient leurs désirs. Ilest vraisemblable que , dès que ces fantaisies s'emparent de l'esprit des Zélandais , ils pensent que le moyen le plus court de les satisfaire, est d'aller dépouiller leurs voisins de ces richesses recherchées par les étrangers. La grande quantité d’armes , d'ornemens et d’étoffes qu'ils étalérentalors, wmblait prouver qu'ils venaient d'exécuter l'inline dessein dont je parle, et sûrement ils n’en éaient pas venus à bout sans verser du sang.

«En revenant des bois, mon père, dit Forster, lt témoin d’un fait qui prouve la férocité de mœurs de cette nation sauvage. Un petit garcon d'environ six ou sept ans demanda un morceau de pingouin grillé que sa mère tenait à la main ; comme elle ne le lui accorda pas tout de suite, il prit une grosse pierre qu'il lui jeta à la tête. La femme se mit en colère , et courut pour le châtier ; mais dés qu’elle lui eut donné le premier coup , son mari S’avanca, la battit impitoyablement , la renversa à terre et la foula aux pieds, parce qu'elle avait voulu punir uu enfant dénaturé, Ceux de nos gens qui remplis-

HISTOIRE GÉNÉRALE saient les futailles, dirent à mon pére qu’ils voyaient

souvent de pareils exemples de cruauté, et sur-

tout des fils qui frappaient leur mére, tandis que |

le père la guettait pour la battre , si elle entreprenait de se défendre ou de châtier son enfant. Le sexe le plus faite «st maltraité chez toutes les nations sauvages, on n'y connaît d'autre loi que celle du plus fort. Les femmes sont des esclaves qui font tous les travaux, et sur lesquelles se déploie toute la sévérité du mari. Il semble que les Zélandais

portent cette tyrannie à l'excès : on apprend aux 4

garcons, dès leur bas-âge, à mépriser leur mere. !

« Quelques officiers descendus à terre pour s'a-

muser avec les habitans, virent au milieu de la plage 4

la tête et les entrailles d'un jeune homme tué de- À puis peu , et le cœur, enfilé à un biton fourchu, !

arboré à l'avant d'une de leurs grandes pirogues.

« M. Pickersgill acheta la tête pour un clou: ! elle a été déposée à Londres, dans le cabinet de ! Hunter, célèbre anatomiste , et membre de la Société royale, Les Zélandais qui vinrent à bord tandis que tout l'équipage examinaïit cette tête , témoi- | gnérent un grand désir de l'avoir; ils firent remar- |

quer, par des signes trés-clairs , qu'elle était déh-

cieuse : on ne jugea pas à propos de la leur accor-

der ; mais on consentit à leur couper un morceau ; P

de la joue; ils en parurent fort satisfaits, et nous |

priérent de le cuire : on le grilla, ct ils le mangérent en présence de tout le monde.

« À la vue de cette tête sanglante, et en apprenant

l'affreus \e fus d' contre € un mal

colère ; de gens siller u {it sur ld

Ahpasp

hropopl nante. À lhorreu humaine tager ces en COMP chasses.

hient qu prêts à d le crime aucun dr comme s déplorait « Oedi immobile l'horreur traits d’u de cet ét pleurer « dis, en leur dis:

ls voyaient é, et Surandis que entrepreenfant. Le es Îles na- 1 que celle es qui font »loie toute Zélandas

prend aux 1

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l'afreuse scène qui venait de se passer , dit Cook, ie fus d'abord pénétré d'horreur et d’indignation contre ces cannibales. Mais considérant que c'était un mal sans remède , la curiosité l'emporta sur la colère ; et, voulant être témoin d’un fait que tant de gens révoquent en doute, j'ordonnai qu'on fit sriller un morceau de cette chair, et qu'on le portt sur le gaillard d’arrière. Ce mets détestable ne

lt pas plus tôt offert aux Zélandais, qu'un des an-

hropophages le mangea avec une avidité surprenante. À cet odieux spectacle, les uns, en dépit de l'horreur que nous inspire l'éducation pour la chair humaine, ne semblèrent pas fort éloignés de parhger ces mets, et ils essayérent de faire de l'esprit en comparant les batailles des Zélandais à des chasses. D’autres étaient si furieux, qu'ils vouhient qu'on massacrât tous ces cannibales, étant prêts à devenir de détestables assassins pour punir le crime imaginaire d’un peuple qu’ils n'avaient aucun droit de condamner : plusieurs vomirent , comme s'ils avaient pris de l'émétique ; le reste déplorait la brutalité de la nature humaine.

« Oedidi en fut tellement affecté, qu’il devint immobile, et parut pétrifié ; son visage exprimait l'horreur. Son agitation se peignit dans tous ses traits d’une manière impossible à décrire. Revenu de cet état, il fondit en larmes, et continua de pleurer et de faire de vifs reproches aux Zélanduis, en les traitant d'hommes inéprisables, et leur disant qu'il n’était pas ni ne serait jamais

leur ami, 1 ne souffrit pas même qu'ils le tonchassent. Ttint le même langage à celui qui avait coupé le morceau de chair, et ne voulut point accepter le conteau qui avait servi à cette opéri tion.

« El se retira dans la grand'ehambre, et là, il se livra à tout l'accablement et à tout le désordre de sa douleur. J'allai l'y voir, et je le tronvai entire. ment baigué de larmes; 1} me parla beancoup de l'affection des parens infortunés de la victime qu'il avail va manger. Cette preuve nous donna la meileure opinion de son cœur. Son trouble dura plusieurs heures, et, dans la suite, 1l ne nous à jamais entretenu sur ce sujet sans ÉMmOUION.

«fut impossible de découvrir la canse qui avait porté les Zélandais à cette expédition; tout ce qu'on put découvrir, c'est qu'ils étaient allés à la baie de l'Amiraunté, et que là ils s'étaient battus contre leurs ennemis , dont plusieurs restèrent sur Ja place. Is disaient en avoir tué cinquante, ce qui n'est guère probable, puisque eux-mêmes ne formalent pas un corps plus nombreux.

« Que les habitans de la Nouvelle-Zélande soient anthropophages , c’est donc un fait qu'il n’est plus permis de révoquer en doute. J'avais cité dans mon premier voyage, dit Cook, des détails assez circonstanciés de cette coutume ; mais j'ai appris depuis qu'ils avaient été regardés comme douteux par plusieurs personnes, qui, sans doute, n’ont jamais sérieusement réfléchi sur l'état de l'homme sau-

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