‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 4)Chapitre 2 sur 46 · AUSSI · texte numérisé non relu

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loin que pouvait s'étendre la vue : quelques-unes des plus éloignées, élevées considérablement par les vapeurs brumeuses qui couvraient l’horizon , ressemblaient en effet à des montagnes. Plusieurs officiers persistérent à croire qu'ils avaient vu la terre de ce côté.

« Bientôt on fut arrêté par une immense plaine de glace basse, dont on ne voyait point l’extrémité, ni à l’est, ni à l’ouest, ni au sud. Dans le nord, on apercut des baleines et différentes autres espèces de cétacées, qui lançaient l’eau de la mer autour des vaisseaux.

« Des glaçons pendaient de tous côtés aux voiles et aux agrés. La brume était si forte quelquefois, qu'on ne voyait pas la longueur entière du vaisseau, et qu’on ent beaucoup de peine à éviter le grand nombre d'îles de glace qui l’environnaient. On en mesura une qui avait deux mille pieds de long, quatre cents de large, et au moins deux cents d’élévation. Suivant les expériences de Boyle et de Mairan, le volume de la glace est à celui de la mer, à peu près comme dix est à neuf; par conséquent, selon les règles reconnues de l’hydrostatique , un volume de glace qui s'élève au-dessus de la surface de l’eau , est à celui qui plonge au-dessous, comme un est à neuf. En supposant que le glaçon dont il s’agit füt d’une forme régulière, sa profondeur au-dessous de l’eau devait être de dix-huit cents pieds, sa hauteur entière de deux mille, et la masse totale de seize cent millions de pieds cubes.

« Le 14 décembre on avait mis en mer un canot pour essayer la direction du courant. l'orster père el Wales y descendirent afin de répéter des expériences sur la température de la mer à une certaine profondeur. La brume s’accrut tellement, qu'ils perdirent de vue les deux vaisseaux, Leur situation dans un peut canot, sur une mer fmmense, loin de toute espèce de côtes, entourés de glaces et absolument privés de provisions, était eflrayante et terrible. Ils voguérent quelque temps, faisant de vains efforts pour être entendus ; mais tout était en silence et dans les téncbres autour d'eux. Hs étaient d'autant plus malheureux, qu'ils n'avaient que deux avirons et point de mâts ni de voiles. Dans celte situation épouvantable, ils résolurent de se tenir en panne, espérant qu'en ne changeant pas de place , 1ls apercevraient de nouveau les vaisseaux , parce Qu'il faisait calme. Enfin, le son d’une cloche frappa leurs oreilles : ils ramérent à l'instant de ce côté ; l'Aventure répondit à leurs cris continuels, et les prit à bord.

« Le spectacle de ces îles de glace qui entonraient de tous côtés le bâtiment, devint peu à peu aussi fannlier que celui des brouillards et de la mer. Leur mulutude conduisit à de nouvelles observauons. On était sûr de rencontrer de la glace dans tous les endroits où on apercevait une forte réflexion de blanc sur les bords du firmament , près de l'horizon. La glace n’est pourtant pas entièrement blanche ; elle est souvent teinte, surtout prés

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de la surface de la mer, d'un beau bleu de saphir , ou plutôt de béryl,et réfléchi de dessus l'eau : cette couleur bleue paraissait quelquefois vingt ou trente pieds au-dessus de la surface, et provenait, suivanc toute apparence, de diverses particules d’eau de la mer, qui s'étaient brisées contre la masse dans un temps orageux, el qui avaient pénétré dans ses interstices. Nous apercevions aussi sur les grandes îles de glace différens traits on couches de blanc de six pouces ou un pied de haut, posés les uus par-dessus les autres ; ce qui semble confirmer l'opinion de l'accroissement et l'accumulation ultérieure de ces masses énormes, par la chute de la neige à différens intervalles; car la neige étant à petits grains ou à gros grains, en flocons légers ou pesans, elle produit les couleurs diverses des couches, suivant qu'elle est plus ou moins compacte. »

Quelque périlleux qu'il soit de naviguer parmi ces rochers flottans durant une brume épaisse, Cook observe que cela vaut encore mieux que d’être enfermé, dans les mêmes circonstances, par d’immenses plaines de glace. Le grand danger de ce dernier cas est de rester attaché à la glace, situaüuon la plus dangereuse de toutes. Deux matelots de son équipage avaient navigué au Groënland; le navire de l’un était resté trois semaines, et celui de l'autre en était resté six attaché à l'espèce de glace que les habitans du nord appellent glace entassée. Celle qu'ils nomment plaine de glace est plus

12 HISTOIRE GÉNÉRALE sur

| épaisse, et toute la plaine, malgré sa largeur , est | composée d’une seule pièce. Celle que Cook nomme | plaine de glace, à raison de son immense étendue, | consiste au contraire en un grand nombre de mor-

ceaux différens d'épaisseur et de surface, de trois

ou quatre à trente ou quarante pieds carrés; ces Il morceaux sont étroitement joints et en quelques endroits empilés les uns sur les autres. Il la croit trop dure pour être divisée par les flancs d’un vaisseau qui n’est pas convenablement armé.

Le 1° janvier 1773, ces navigateurs apercurent la lune pour la première fois depuis leur départ du cap de Bonne-Espérance : de là on peut se former {1 une image du mauvais temps qu'ils avaient essuyé. On profita de cette circonstance pour faire des observalions astronomiques, et l'on reconnut que lon se trouvait à la longitude à peu près qui était

que assignée au cap de la Circoncison. Il est par consé- ne ! quent très-probable que Bouvet s’est trompé, et bié qu'il a pris des montagnes de glaces pour un con- + nent. Afin de mieux constater ce fait et de mul- de uplier les découvertes, le capitaine Cook s'éloi- ee | gna de Aventure , et la fit marcher à une distance Ir | de quatre milles de son tribord. Les deux vaisseaux Li se perdirent de vue dés le lendemain 8 février. pre Cook fit tirer le canon à toutes les demi-heures du le jour suivant ; il fit allumer des feux pendant la ble nuil; On ne répondit point à ses signaux ; tous les qu gens de l'équipage furent vivement afiligés de la qu

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Lorsque ces navigateurs furent ainsi séparés , ils étaient par 50° de latitude; ils s'étaient avancés précédemment jusqu'a 67°. Cook dirigea de nouveau sa route vers le pôle, et tenta plusieurs fois de s’en approcher davantage dans une étendue de plus de 80 degrés de longitude orientale ; mais les vents, la neige, la brume, les montagnes et les plaines de glace ne lui permirent plus de franchir au-delà du 62°. Alors il fit route pour la Nouvelle- Zélande, et entra dans la baie Dusky le 26 mars 1973, ayant parcouru, dans l'intervalle de cent dixsept jours de navigation , trois mille six cents lieucs sans voir terre une seule fois.

Après une si longue navigation dans les hautes latitudes méridionales, le lecteur pense sans doute que plusieurs personnes de l'équipage étaient malades du scorbut; mais il se trompe. Le moût de bière doux qu’on donnait à ceux qui en étaient attaqués, fut si salutaire, qu’on n'avait à bord qu’un seul scorbutique, et cet homme, naturellement malingre, avait une complication d’autres maladies. Il ne faut pas attribuer absolument au moût de bière la bonne santé des équipages; elle était due aux précautions que prit le capitaine d’aérer souvent le vaisseau, et d'y faire des fumigations; les tablettes de bouillon portatives et la choucroute, qu'on ne peut assez recommander, y eurent aussi quelque part.

« Ainsi finit (c'est Forster qui parle) notre premicre campagne à la recherche des terres Australes. Depuis notre départ du cap de Boune-Espérance jusqu'à notre arrivée à la Nouvelle Zélande, nous essuyäimes toutes sortes de maux : les voiles et les manœuvres avaient été mises en pièces ; la violence des lames avait emporté une partie des hauts du bâtiment; les effets terribles de la tempête, peints avec tant d'expression et de force par l’habile rédacteur du voyage d’Anson, ne furent rien en com paraison de ce que nous eûmes d’ailleurs à souffrir. Contraints de combattre sans cesse l'âpreté d'un élément rigoureux , nous étions exposés à la pluie, au verglas , à la grêle et à la neige ; nos manœuvres étaient toujours couvertes d’une glace qui coupait les mains de ceux qui étaient obligés de les toucher. Il nous fallut faire de l’eau avec des glaces flottantes, dont les particules gelées et âcres engourdissaient et scarifiaient tour à tour les membres des matelots ; nous cuurions le danger perpétuel de nous briser contre ces masses énormes de glace qui remplissent l’immense océan Austral : l'upparition fréquente et subite de ces périls tenait conuinuellement l'équipage en haleine pour manœuvrer le vaisseau avec promptüitude et avec précision. Le long intervalle que nous passâmes au milieu des {lots , et le manque de provisions fraiches, ne furent pas moins pénibles : les hameçons et les lignes qu’on avait distribués aux équipages , avaient jusqu'alors étéinutiles ; car dans ces latitudes élevées,

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on ne trouve d'autres poissons que des baleines ; ce est que sous la zone torride que l’on peut pêcher, lorsque la profondeur de la mer est incommensurable.

« Le soleil se montrait trés-rarement; l’obscurité du ciel et des brumes impénétrables, qui duaient quelquefois plusieurs semaines, inspiraient la tristesse , et éteignaient la gaîté des matelots les plus joyeux.

« Mais tout changea à l'aspect de Ja Nouvelle- Zélande. Le temps était superbe et chaud en comparaison de ce que nous venions d'éprouver. Poussés par un léger soufile de vent, nous passions devant un grand nombre d'îles couvertes de bois ; des arbres toujours verts offraient un contraste agréable avec la teinte jaune que l'automne répand sur les campagnes. Des troupes d'oiseaux de mer animaient les côtes ; tout le pays retentissait d'une musique formée par les oiseaux des forêts. Après avoir souhaité avec tant d'empressement de voir icrre, nos yeux ne pouvaient se rassasier de la contempler, et le visage de tout le monde annonçait Ja joie et la satisfaction.

« De superbes points de vue, des forêts antédi- Juviennes, de nombreuses cascades qui se précipitalent de toutes parts, concouraient d’ailleurs à compléter notre bonheur. Les navigateurs, à la suite d'une longue campagne, sont si disposés à se prévenir en faveur du pays le plus sauvage, que ce canton de la Nouvelle-Zélande nous semblait le

plus beau que la nature pût produire. Les voyageurs, après une grande détresse, ont tous ces idées, et c’est avec cette chaleur d'imagination qu'ils ont vu les rochers escarpés de Juan Fernandés, et les forêts impénétrables de Tinian.

« Bientôt nous commencämes nos recherches d'histoire naturelle. Nous vimes un grand nombre d'animaux et de plantes d'espèces nouvelles. A peine y en avait-il quelques-unes de parfaitement semblables aux espèces connues. Nous comptions employer nos momens avec succès, malgré l'approche de l'automne, qui allait détruire les végétaux.

« On amarra le vaisseau dans une petite crique si voisine de la côte, que le sommet d’un arbre touchait au plat-bord. On trouva tant de bois à brüler , et tant de bois de mâture, que les vergues étaient enlacées dans les branches d'arbres : à environ trois cents pieds de l'arrière, coulait un beau ruisseau d’eau douce. Dans cette position, on commença à préparer au milieu des bois les emplacemens nécessaires pour l'observatoire de lastronomie, pour la forge et pour la tente des voiliers et des tonneliers ; car les ferrures, les voiles et les futailles avaient besoin de réparation. On se mit à brasser de la bière avec les branches ou feuilles d'un arbre qui ressemble beaucoup à la sapinette (r)

(1) Les Anglais donnent à cette espèce de sapin d’Amérique le nom de spruce ( abies nigra ).

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DES VOYAGES. 17 noire d'Amérique. Cette ressemblance fit juger qu'en mélant à la décoction de ses bonrgeons du jus de moût de bière et de mélasse , on en composerait une bière trés-saine, qui supplécrait aux végétaux qui manquent en cet endroit. L'événement pr'ouva qu'on ne se trompait point.

« Le petit nombre de chévres et de moutons qui restaient à bord ne pouvaient pas, suivant toute apparence, être aussi bien nourris que les hommes, car l'herbe était peu abondante, grossière et âpre. Quelque mauvaise qu’elle füt, on croyait qu'ils la dévoreraient avec avidité, mais ils ne voulurent pas en goûter; ils n'aimaient pas micux les feuilles des plantes plus tendres. En les examinant, on reconnut que leurs dents étaient ébranlées, et que plusieurs avaient tous les symptômes d'un scorbut invétéré. De quatre brebis et deux beliers pris au Cap, dans le dessein de les laisser à la Nouvelle Zélande , on n'avait pu conserver qu’un mâle et une femelle.

« Si dans la suite les navigateurs veulent porter à la Nouvelle-Zélande des présens si précieux , ils doivent partir du Cap, prendre la route la plus courte et choisir la saison la plus favorable et la moins froide.

« Quelques officiers remontérent la baie sur un peut bateau , dans le dessein de chasser ; ils découvrirent, à deux ou trois milles dun vaisseau, des Zélandais qui lançaient à l'ean une pirogue. A peine nous en eurentals avertis, qu'il en parut

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une prés d'une pointe éloignée d'un mille :un graïa la fit rentrer; mais bientôt elle reparut, Elle état montée de sept à huit hommes qui nous regardèrent fixement, mais ne répondirent pas à nos signes d'amitié, ets'en retournèrent. Après midi, le ca pitaine alla dans l'anse avec deux canots, dans l’espérance de revoir les Zélandais : on ne trouva que leur pirogne échouce près de deux petites huttes dans lesquelles on vit des traces de feu et des poissons. Sans doute les habitans s'étaient sauvés dans les bois voisins, On laissa dans la pirogne des médailles , des miroirs, de la verroterie ; mais on enfonca dans une branche d'arbre une hache pour leur en indiquer l'usage, après quoi l’on revint au aissean.

&« Nous allâmes cependant encore, dit Forster fils , chercher des plantes. Notre excursion fut pénible et fatigante. Nous rencontrâmes un sol si glissant d'humidité, et tant d'obstacles d'ailleurs sur notre chemin, que l’excursion fut très- pénible et très-fatigante. Nous trouvâmes quelqnes plantes encore en fleur, mais nous vimes un grand nombre d'arbres et d'arbrisseaux déjà dépouillés ; ce qui nous donna une idée de la quantité de végétaux , inconnus en Europe, que produit l1 Mouvellc- Zélande.

« L’anse estsi spacieuse que toute une flotte pour. rait y mouiller : elle est environnée au sud-ouest par les collines les plus élevées de toute la baie, et cnticrement revêtues de bois depuis le sommet

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