‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 4)Chapitre 21 sur 46 · TEA · texte numérisé non relu

TEA

Océan a rien à de quoique continel

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DES VOYAGES. 287 et la position du vent varièrent beaucoup; il tomba de la neige et de la pluie mélée de neige, Enfin le 6, aprés un calme de quelques heures, nous eùmes un vent du sud , qui bientôt fraîchit, se fixa à l'ouest-sud-ouest , et fut suivi de neige et de pluie mélée de neige.

« Je formai alors la résolution de faire route au nord, et de passer l'hiver suivant en dedans du tropique , si je ne découvrais point de terre avant d'y arriver. J'étais bien persuadé qu'il n’y a point de continent dans cette mer , à moins qu'il ne soit si loin au sud , que les glaces le rendent inaccessible ; et si j'en découvrais un dans l'Océan atlantique austral, il était nécessaire d'employer tout l'été à le reconnaître. D'un autre côté , en supposant qu'il n’y a point de terre dans l'Océan atlantique austral, nous pouvions arriver au cap de Bonne - Espérance en avril, et terminer ainsi l'expédition, du moins relativement à ce continent, premier objet du voyage. Mais en quittant à cette époque le grand Océan sustral, avec un bon bâtiment envoyé expressément pour faire des découvertes, et un équipage en bonne santé , ayant des provisions et des munitions de toute espèce , j'aurais manifesté un défaut de constance , et on aurait pu m'accuser de peu de jugement , puisque je supposais par là que le grand Océan a été si bien reconnu, qu'il n’y reste plus rien à découvrir. Je ne pensais pas ainsi : en eflet, quoique j'eusse prouvé qu'il ne peut y avoir de continent que fort loin au sud , il restait encore de

la place pour de trés-grandes îles dans des parages

qu n'avaient pas été entiérement examinés. Plusieurs de celles qu'on y a trouvées jadis, n'étaient d'ailleurs qu'imparfaitement reconnues , et leurs positions mal déterminées. Je croyais en outre qu'une campagne plus longue , au milieu de cette mer, avancerait les progrès de la navigation , de la géographie, et peut-être de l'histoire naturelle, etc. J'avais plusieurs fois communiqué mes idées sur cette matière au capitaine Furneaux ; mais comme alors l'exécution de ces projets dépendait entitrement de notre navigation au sud, qui pouvait durer plus où moins, suivant les circonstances, je ne pus pas Le lui recommander par mes instructions, pour ne pas courir le risque de manquer le principal objet de l'expédition.

« Puisqu'il ne m'était encore rien arrivé qui n'empéchät de remplir ces vues, je me proposa d'abord de rechercher la terre qu'on dit avoir été découverte par Juan Fernandes il y a environ deux siècles, sous le trente-huitième parallèle ; si je ne la retrouvais pas, de chercher l'île de Pâques ou la terre de Davis , dont on connaît si peu la position, que les tentatives faites dernièrement pour la trouver n'ont pas réussi. Je projetais ensuite de rentrer en dedans du tropique , et de m'avancer à l’ouest, en relâchant aux iles que je rencontrerais jusquà notre arrivée à Taiti, où je m'arréterais pour apprendre des nouvelles de l'A4venture. Je pensaisausst à naviguer à l'ouest jusqu'à la terre australe du Saint-

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Fsprit, découverte par Quiros, et que Bougain-

sille appelle les grandes Cyclades. Quiros parle de

celte terre comme étant considérable , ou située dans le voisinage de quelque terre étendue; et, comme Bougainville n'a ni confirmé ni réfuté ce dernier point, je crus qu'il valait la peine d’en être tlairei, De cette terre, mon dessein était de gouwrner au sud ,etde retourner à l’est, entre le cinquante où le soixantième parallèle sud , me propoant, S'il était possible , de gagner les parages du ap de Horn , au mois de novembre suivant, temps ‘nous aurions devant nous là meilleure partie de lé pour reconnaître la portion australe de lOcan atlantique. Quelque grande que parût cette entreprise, Son exécution me semblait possible; et quand je la communiquai aux officiers, j’eus la saisfaction de voir qu'ils Padoptérent avec joie. Je ie leur rendrais pas justice, si je ne déclarais ici qu'ils ont toujours montré beancoup d’empressement à exécuter toutes les mesures que je jugeais wnvenables de prendre. Il est à peine besoin de dire que les matelots, de leur côté, donnérent bujours des preuves d’obéissance et d'activité; ct en cette occasion , ils furent si loin de désirer la

in du voyage , qu'ils se réjouirent de le voir pro-

bnger d’un an, et d’arriver bientôt dans un climat plus doux.

«Je gouvernai alors au nord-nord-est. Le soir, hous fmes accueillis par une furieuse tempête de louest-sud-ouest, accompagnée de neige et de pluie

Fa #

mêlée de ncige. Elle s’éleva si subitement, qu'a M de le vant que nous pussions serrer Îles voiles, deux : si ap) vieux huniers que nous avions envergués furent N l'usag mis en piéces, et le reste de la voilure fut fort en- X Se me dommagé. Le coup de vent dura sans la moindre @ elle e interruption jusqu'au lendemain matin qu'il com. D mencça à diminuer; mais 1] souflla cependant trés: Æ passe frais jusqu’à midi du 12, qu'il ÿ eut calme. étant

« Nous étions par 50° 14° de latitude sud, M sel, 95° 18° de longitude ouest. Le thermométre ait M force

48 degrés. Comme plusieurs oiseaux volti- À des dec geaient autour du bâtiment, je profitai du calme de no pour mettre un canot en mer. Les chasseurs e1@ dents, tuërent quelques-uns, que nous mangeñmes LS malais

lendemain. L'un était de l'espèce de goëland ap

pelé goeland brun où cordonnier, à peu près de Li grosseur d’un corbeau , d’un plumage brun fonc,

excepté au-dessous de chaque aile, où il y a deil

plumes blanches. Les autres oiseaux étaient des

albatros et des coupeurs d'eau.

« Nous cùmes une brise du nord-ouest, apris

un calme de quelques heures, et nous forçämesde

voiles au sud-ouest pendant vingt-quatre heures

durant cette route, nous vimes un morceau dé

bois, un paquet de goëmon et un pétrel plongeur

Le vent ayant tourné plus à l’ouest, je virai de bord

et je forçai de voile au nord, jusqu’au 15. » hoquet heures, essaya t

inutiles

Forster observe qu'a cette époque un grand nombre de personnes continuaient à être atlaquet de violens rhumatismes qui les privaient de l'usage

ment, qu'a- M oïles, deux M gués furent ; fut fort en- 2 Ja moindre À un quil com- 1 pendant trés calme. :

ude sud, etM 1omètre Clait M iseaux volti-\ tai du calme chasseurs cn aangeñmes le > goëland :p-} eu près de li e brun fonc} où àl y à deil x étaient des

ouest, aprés is forcämes de uatre heures} morceau d trel plongeur virai de bord 15. »

ue un gr'antk être attaquét ent de l'usugi

de leurs membres ; mais le sang des malades était siappauvri, qu'ils avaient peu de fièvre. « Quoique l'usage de la chou-croûte eût empêché le scorbut de se manifester pendantle froid, cependant, comme elle est composée de choux, elle n'était pas, ditl, assez nourrissante pour que nous pussions nous passer de biscuit et de bœuf salé : mais le premier “ant pourri, et l'autre presque consumé par le sel, cette nourriture ne rendait pas au corps sa force et sa vigueur. Mon père , qui avait éprouvé des douleurs extrêmes durant la plus grande partie de notre campagne au sud-est, eut des maux de dents ,'les joues enflées , des maux de gorge, etun malaise par tout le corps, jusqu'au milieu de février, qu'il put monter sur le pont ; il était d’une maigreur cffrayante. La chaleur, qui lui était salutaire, fut funeste au capitaine Cook : sa maladie biliense semblait avoir disparu , mais il manquait toujours d’appéut ; en retournant au nord, il fut attaqué d'une obstruction dangereuse qu’il voulut cacher à tout l'équipage : en s’efforçant de manger comme les autres , il accrut le mal au lieu de le guérir. La douleur augmenta tellement, qu'il fut contraint de garder le lit et de recourir à une médecine qui, au lieu de produire leffet qu’on en espérait, lui causa un vomissement très-fort. Il eut bientôt un hoquet alarmant qui dura plus de vingt-quatre heures, et qui nous fit désespérer de sa vie. On essaya tous les remèdes, et tous les remèdes étaient inutiles. Il passa une semaine entière dans le

danger le plus imminent. Notre domestique tomba malade en même temps que le capitaine , et nous manquâmes de le perdre. Mais, depuis cette époque, il devint si faible, qu'il ne put nous être d'aucun service pendant notre route entre les tropiques.

« Comme nous avancions au nord, continue

Cook, le changement de l'air nous affecta d'une manière plus sensible. Le 20 février, à midi, nous

éuons par 59° 58’ de latitude, et 94° 37° de lon- 1 situde ouest. Le ciel était clair et agréable ; cc fut

le seul jour d’êté que nous eussions eu depuis notre

départ de la Nouvelle-Zélande. Le thermomètre 1

s'éleva à 66°.

« Nous continuâmes à gouverner au nord, parce M que le vent restait dans son ancien point, et le lendemain , à midi, nous étions à 57° 54’ de latitude, 4 c'est-à-dire, dans le parallèle où l’on place l'île dc. À couverte par Juan Fernandés. Rien cependant n'an- !

noncait une terre dans notre voisinage. »

Le lendemain, à midi, le vent tourna au sudsud-est, et mit en état de gouverner ouest-sud-ouest. Cook pensa qu’en suivant cette direction , il trouverait plus probablement la terre qu’il cherchait, et cependant il n'avait aucune espérance de réussir, car les lames longues et hautes venaient du même point. Il suivit cependant cette route jusqu’au 25, que le vent ayant passé de nouveau à l’ouest, il abandonna ses recherches, et navigua au nord, afin d'atteindre la lautude de l'île de Pâques : on était

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alors par 37° 52’ de latitude sud, et 101° 10’ de longitude ouest.

« J'étais bien assuré, dit Cook , que la terre découverte par Juan Fernandés, si jamais ellea existé, ne peut être qu'une petite Île : car ces parages offrent peu d'espace pour une grande terre, ainsi qu'on le voit clairement par les routes de Wallis et de Bougainville, et par celles de /’Endéavour et de la Résolution. Si l'on veut lire des détails sur la découverte dont il est ici question , on les trouvera dans la Collection des Voyages à la mer du Sud, par Dalrymple (1). Cet écrivain place la terre sous le méridien de 90°, où je crois qu’elle ne peut pas y tre, puisque Bougainville semble avoir reconnu les parages situés sous ce méridien , et nous avions alors exploré le grand Océan depuis le 44° jusqu’au 101° méridien. Il n’est pas probable qu'elle gise à l'est du 90° degré, parce que, dans ce cas, elle aurait été aperçue par les vaisseaux qui vont des parties nord aux parties méridionales de l'Amérique. Pingré, dans un petit Traité sur le passage de Vénus (2), donne des détails sur une terre qu’on dit avoir été découverte par les Espagnols en 1714,

(1) Ce livre a été traduit en francais sous ce titre: Foyages dans la mer du Sud par les Espagnols et les Portugais. Paris, 1774, 1 vol. én-8. Voyez page 125, etc. Cette traduction est quelquefois infidèle,

(2) Il est intitulé: Mémoire sur les découvertes faites dans la mer du Sud avant les dern'ers voyages des Anglais et des Français autour du monde. Paris , 1778, 1 vol. ën-4.

204 HISTOIRE GÉNÉRALE à 38° de latitude sud, et à cinq cent cinquante lieues de la côte du Chili; c’est-à-dire, à 110 ou 111° de Jongitude ouest, et à 1 ou 2° de la route de l'Endéavour ; il est donc difficile que ce soit là sa position. En un mot, elle ne peut être qu'aux environs du 106° ou du 108° méridien ouest, ct alors ce n'est qu'une petite île, ainsi que je l'ai déjà observé.

« Comme une colique bilieuse me retint alors au lit, M. Cooper, le premier officier sous moi,

eut la conduite du vaissean ; je fus fort satisfait de 4 lui. Les symptômes les plus dangereux de ma ma- 4 Jladie ne se dissipèrent qu'après bien des soins. À M. Patten, chirurgien de la Résolution, me donna ! des preuves d’habileté comme médecin, et d'une affecuon sincère, car il fut pour moi comme une { garde compatissonie ; je reconnaîtrais mal ses soins | si je ne lui témoignais pas ma reconnaissance d'une maniére authentique. Quand je commençai à me | porter un peu mieux, un chien appartenant à{

Forster, qui l’aimait beaucoup, fut la victime s-

crifiée à la faiblesse de mon estomac. Nous n'avions!

aucune autre viande fraîche à bord; je trouvai du goût à cette chair, ainsi que pour le bouillon qu'on en fit, tandis que je ne pouvais supporter aucune autre nourriture : ce mets, qui aurait rendu la plupart des Européens malades, me donna de la force et avança ma convalescence : tant il est vrai que hi nécessité ne connaît point de loi.

« Le 28, étant par 55° 7° de latitude sud, &

Livoir qu'on

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DES VOYACES. 20 102° 33’ de longitude ouest, nous commencâmes à voir des poissons volans et des noddis, qui, à ce

qu'on dit, ne s'éloignent pas à plus de soixante ou

quatre-vingts lieues de terre; mais on n’en est pas bien certain. Personne ne sait à quelle distance les oiseaux de mer s’écartent des côtes ; quant à moi,

je ne crois point qu'il y en ait un seul sur lequel

on puisse compter pour annoncer avec certitude le voisinage de la terre,

« À 30° 30’ sud , et 101° 45’ ouest, nous commencämes à voir des frégates :

LA 1 un degré plus prés

de la ligne, nous eùmes calme pendant près de deux jours ; et durant cet intervalle la chaleur fut insupportable ; mais une trés-grosse houle du sudouest se fit sentir. Le scorbut faisait de grands progrès ; Forster fils en eut une forte atteinte. Des taches livides, les gencives gâtées , l’enflure de ses jambes, jointes à des douleurs violentes , l'affaiblirent extrêmement dans l’espace de peu de jours ;

son estomac Ctail dérangé ; 11 ne put pas prendre

assez de moût de bière pour dissiper le mal. Beau-

coup d'autres personnes , qui se traînaient pénible- P »q

ment sur les ponts, étaient dans le même cas, et le

chirurgien même eut une maladie bilieuse qui fit

craindre pour ses jours.

«Cependantonrencontraitdéjà un grand nombre d'oiseaux, tels que des frégates, des pailles-encul, des noddis, des fauchets, etc. On vit plusicurs morceaux d'éponge et d’une petite feuille sèche ressemblant à une feuille de laurier ; bientôt

après, un serpent de mer, pareil à celui qu'on avait découvert auparavant aux Îles du tropique , et une grande multitude de poissons. On prit quatre bo. nites qui furent très-agréables à l'équipage, et sur. tout au capitaine qui sortait de maladie. La moin-

dre pesait vingt-trois livres. On n'avait pas mangé M

de poisson frais depuis cent jours.

« Le 11 mars, à huit heures du matin, on vit du haut des mâts une terre dans l’ouest ; et à midi, on l’observa de dessus le pont, à la distance d’environ douze lieues.

SETTANES EEE

« Il est difficile de décrire la joie que ressenti 4

l'équipage. On avait passé trois mois et demi sans

voir terre; les tempêtes, les calmes, les charge. # mens de climat, la mauvaise nourriture , et les fa- !

tigues de toute espèce avaient affaibli tout le monde, |

Chacun reprenail son courage et sa gaîté.

« Je ne doutai point, dit Cook, que ce ne fût |

Ja terre de D'vis ou l’île de Pâques ; car son aspect

du point où nous étions, correspondait parfaite- |

ment à ce qu’en dit Wafer. Elle se montrait comme une masse noire peu agréable à la vue. On s'amusa à prendre des requins, dont plusieurs nageaient autour du vaisseau, et se jetaient avidement sur l’hamecçon, qui était amorcé de porc ou de bœuf salé. i

En approchant de l’île, nous découvrimes des habitans , à l’aide de nos lunettes..AÀ mesure que nous avancions, la terre ne semblait pas tres ferüule : elle offrait peu de verdure, et on y voyait à

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peine quelques buissons; mais dans notre situaton, le rocher le plus stérile était un charmant spectacle. Ce qui attirait davantage nos regards , cétuient les statues que l'équipage de Roggeween prit pour des idoles (1). Nous vimes plusieurs feux allumés auprés de ces statues. Les Hollandais, qui en apercurent aussi , les prirent pour des sacrifices aux idoles; mais 11 parait plus probable qu'ils aient uniquement destinés à cuire les alimens des nsulaires. Nous passämes la nuit à courir des bordées, afin de nous tenir au vent de l’île, et aussi pres que nous le pourrions, pour chercher un mouilhge le lendemain. Nous eùmes en même temps l'occasion de remarquer l'exactitude avec laquelle notre vaisseau trouvait Ja longitude. Nous étions arrivés directement à cette île, quoique plusieurs autres navigateurs, tels que Byron, Carteret, Wallis et Bougainville l'eussent manquée , aprés avoir pris leur point de départ d’une île aussi peu éloignée que celle de Juan Fernandés. Il paraît que le capitaine Carteret s’égara uniquement à cause d’une htitude fautive dans les tables géographiques qu'il consulta. Nous admirions avec raison la construction ingénieuse de nos deux montres marines. Mal-

Ce

(1) Voyez la relation de ce voyage, qui est intitulée : Histoire de l'Erpédition des trois vaisseaux envoyés par la Compagnie des Indes occidentales des Provinces- Unies aux Terres australes en 1721, par M. du B***, (Bekrens), La Haye, 1739, 2 vol. én-12,

208 NISTOIRE GÉNÉRALE

heureusement celle de M. Arnold s'arrêta immédiatement après avoir quitté la Nouvelle-Zélande, au mois de juin 1773, mais celle de M. Kendall à marché parfaitement jusqu’à notre retour en Angleterre. Il semble cependant que dans une longue route , il faut plus compter sur les observations des distances de la lune au soleil et aux étoiles, sielles sont faites avec de bons instrumens , que sur les garde-temps. La méthode de déduire la longitude, d'aprés les distances du soleil et de la lune , ou de

la lune et des étoiles, une des découvertes les plus 4

précieuses qu’ait faites la navigation, doit immor-

taliser ses premiers inventeurs. Tobias Mayer, pro. # fesseur allemand à Gottingen, fut le premier qui 4 entreprit la tâche laborieuse de calèuler des tables ! à cet eflet ; et le parlement d'Angleterre a accordé

une récompense à ses héritiers. Depuis sa mort,

de nouveaux calculs ont rendu sa méthode si facile, que la longitude en mer ne sera peut-être jamais

déterminée avec plus de précision par aucun autre moyen.

« La latitude de l’île de Pâques correspond, à une minute ou deux prés, avec celle qui est marquée dans le journal manuscrit de Roygeween, ct sa longitude n’est fautive que d’un degré. La lautude que lui donnent les Espagnols est aussi exACle;

mais 1ls se trompent d'environ trente lieues sur la |

longitude.

« À la pointe méridionale de cette île, le rivage s'élève brusquement : il est composé de roches br

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le, le rivage e roches brt-

es, dont l'aspect poreux et la couleur noire ct

ferrugineuse annoncait des restes d'un feu souter-

rain. Nous observâmes surtout deux rochers iso-

ks, ét situés à environ un quart de nulle au large , lé]

de sutte pointe : la forme de l’un étit singulière ; 1! ressemblait à une colonne ou obélisque énorme, et tous les deux étaient habités par une quantité

innombrable d'oiseaux de mer, dont des cris dis-

cordans assourdissaient nos oreilles. Bientôt nous

découvrimes une autre pointe à peu prés à dix

milles de distance de la première , et à mesure que

nous avancions, nous remarquions que le terraint sinclinait doucement vers la mer. À l’aide de nos lunettes nous apercûmes sur cette pente plu-

sieurs plantations : cependant, la surface de l'île

paraissait en général aride et sèche, et ces planta-

tions étaient si clair-semées, qu’elles ne nous donnaient pas l'espoir de trouver d’abondautes provisions. Mais nos yeux, privés si long-temps du

doux spectacle de la verdure, se portaient sans cesse sur cette île, où nous découvrions les habitans presque nus, qui descendaient précipitaniment du haut des collines pour se rendre sur le bord de la mer. Nous ne vimes pas qu'ils eussent des armes, ce qui nous fit bien augurer de leurs dispositions pacifiques.

« Bientôt, dit Forster, une pirogue montée par

deux hommes s’approcha de nous; ils apportaient une provision de bananes müres. Dès qu'ils furent près de nous, ils demandtrent une corde, afin d'y

attacher les bananes, et prononcèrent le même mot dont les Taïtiens se servent. Ce fut un singulier spectacle que celui qu'oflrait tout l'équipage, qui s’approcha pour contempler les bananes. Chacun désirait manger de ces beaux fruits. Toutes les physionomies respiraient la joie. Au moins cin. quante d’entre nous s’efforcèrent de commencer une conversation avec les insulaires de la pirogue; et comme tout le monde leur parlait à la fois ils ne pouvaient répondre. Le capitaine Cook leur

jeta des rubans, des médailles et de la verroterie, À

pour les remercier de leurs présens. Ils parurent À

les admirer beaucoup , et les emportèrent sur-le- |

champ à terre. En nous quittant, ils attachérent à

une ligne de pêche , qui pendait à l’un des côtés du bâtiment, une petite piéce d’étoffe de la même écorce que celle des Taïtiens, et peinte en jaune. D'après quelques paroles qu'ils proférèrent, nous conclûmes que leur langue est un dialecte du tai-

tien , qui est ainsi répandu jusqu'aux deux extré- À

mités du grand Océan ; tout d'ailleurs en eux confirmait cette opinion, et annonçait que les deux peuples ont une origine commune. Es étiient d'une slalure moyenne, mais un peu mince ; .eurs trails

rssemblaient à ceux des Taiuieus, mais ils étaient

moins agréables ; l’un d'eux avait une barbe d'environ un demi-pouce ; l’autre ne paraissait pas âgé de pius de dix-sept ans. Ils étaient tatoués comme les naturels des îles de la Société, des îles des Atuis et de la Nouvelle-Zélande ; mais ce qui nous

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DES VOYAGES. 3ot frappa le plus, ce fut la grandeur de leurs orcilles, dont l'extrémité inférieure était si allongée , qu’elle posait presque sur l'épaule, et percée d’un tréssand trou, où l'on aurait pu mettre aisément quatre ou cinq doigts. Leur pirogue à balancier, composée de différentes petites piéces qui n'avaient pas plus de quatre ou cinq pouces de large, et deux où trois pieds de long, était d'environ dix ou douze rieds de longueur : chique homme tenait une pagaie, dont la pale était aussi de plusieurs pièces. Tous ces faits sont d'accord avec ce que dit le Voyage de Roggeween.

« Le 13 murs, dit Cook , on jeta l'ancre, tandis que dans un canot le maître sondait le mouilhge : un insulaire qui s’approcha de Jui à la nage demanda instamment d’être amené au bâtiment, où il passa deux nuits et un jour. La premiére chose qu'il fit après avoir monté à bord, fut ue mesurer la longueur du navire , depuis le couronnement jusqu’à l'avant, et nous remarquâmes que, pour compter les brasses, il exprimait les nombres par les mêmes termes que les Taïtiens : son langage était d’ailleurs inintelligible pour nous.

Des que les insulaires avaient observé notre canot en mer , ils s'étaient rassemblés sur le rivage, près de l'endroit où notre détachement semblait vouloir aberder. Au milieu d’une foule d'hommes , nous en vihmes quelques-uns revêtus d’une brilhante étoffe jaune , ou plutôt couleur d'orange, el nous les primes pour des chefs. Nos yeux débrouil-

laient aussi l'aspect des maisons, qui paraissaient M trés-basses et longues ; elles ressemblaient beau- M

coup à un canot retourné la quille en haut.

« L'insulaire que le maître amena à bord, avait !

environ cinq pieds huit pouces, et beaucoup de poil sur la poitrine et sur tout le corps. Son visage était brun foncé, sa barbe forte, mais coupée court, ct noire comme les cheveux de sa tête, coupés de

même trés-court. Le tatouage de ses jambes offrait des compartimens d'un goût que je n'ai remarqué | nulle part: Tout son vêtement consistait en un cein- A turon auquel pendait un réseau trop clair pour rien M cacher à la vue; un os plat, à peu prés de la forme 4 d'une langue, et d'environ cinq pouces de long, te- # nait à un collier et tombait sur sa poitrine. Il nous 1 dit que c'était un'os de marsouin ( ivi-toharra ), ! et 1l se servait précisément des mêmes mots qu'au:

rail employés un Taïuen. Afin de se faire mieux

entendre, il lui donna aussi le nom d'ivi-iefa ; nous À reconnümes que ces mots signifiaient l'os d'un À

poisson. (1) « Le maître nous raconta que, dès que l'Indien se fut assis dans la chaloupe , il se plaignit du froid

et qu'il fit des gestes très-intelligibles ; on lui donna |

une veste; on lui mit un chapeau sur la tête : ce

fut dans cet équipage qu'il parut sur le pont. Nous inpage QUI p

lui offrimes des clous, des médailles et des cor:

(1) Leya à Taïti, et Iké à la Nouvelle-Zélande et aux iles des Amis, signifient un poisson.

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DES VOYACES. 503 dons de verroterie ; 1] nous pria de lui attacher ces derniers autour du front. Il montra d'abord de la crainte et de la défiance, et demanda si nous le

tuerions comme un ennemi (matlé -1oa ). Mais

quand nous l’eûmes assuré qu'on le traiterait fort

amicalement , il se crut en sûreté, et au lieu de

témoigner de l'inquiétude, il ne parla que de

danser ( héva ). Nous eûmes peine à le deviner

au premier moment; mais après lui avoir fait

nommer différentes parties du corps, nous recon-

nümes bientôt que son langage approchait de celui

des îles de la Société. Lorsque nous prononcions

un mot qu'il n'entendait pas, il le répétait plusieurs

fois , avec des regards qui exprimaient fortement

son ignorance. À l'approche de la nuit, il dit quil

voulait aller dormir, et se plaignit encore du froid.

Forster pére lui donna une étoffe de Taiu, de

l'espèce la plus épaisse; ii s’en couvrit, en disant qu'il l'a trouvait assez chaude. On le mena ensuite à la chambre du maître; il s'y concha sur une table,

et dormit tranquillement toute la nuit.

« Oedidi, qui avait déjà montré de l'impatience d'aller à terre , fut très-charmé de trouver que les habitans de cette île parlaient presque sa langue ;

il entreprit plusieurs fois de converser avec l'insulaire qui était à bord ; mais il fut interrompu par les questions que d'autres personnes du vaisseau adressatent à notre hôte.

« Comme nous avions mouillé trop près des bords d’un banc de sable, dit Cook, une brise

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