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santé et la fatigue de la route nous avaient épuisés : d'ailleurs rien n’annonçuit que nous serions bientôt au sommet, et il semblait éloigné de plus de trois milles, au-delà d'un espace infiniment plus escarpé que celui que nous venions de parcourir.
« Tous les cantons que nous vimes sont couverts d'un terreau gras ,et parsemés de belles plantations et de bocages de différens arbres fruitiers. Les rochers au-dessous, qui se montrent principalement
| près des bords du ruisseau, ou sur les côtés escar-
| pés du sentier, contiennent des producuons voica- | niques. Par leurs minéraux, ces îles ressemblent donc aussi à celles de la Société, dont la plipart paraissent avoir eu des volcans. Nous remarqu'imes autour des cabanes beaucoup de cochons, de poules, et de temps en temps des rats. Les arbres sont habités par une foule de petits oiseaux de l'espèce de ceux de Taïti, mais moins nombreux et moins variés, Enfin les Marquésas ne différent des îles de la Société qu’en ce qu’elles n’ont pas la belle plaine qui entoure celles-ci, et le récifde corail qui forme leurs excellens havres. |
« Nous nous hâtâmes de gagner ie bord de la
mer avant le départ des canots : le bâtiment, à
notre arrivée, était entouré de pirogucs de difé-
rentes parties de l'île : l'alarme que le meurtre de l'Indien avait répandue parmi eux le premier jour était alors oubliée ; ils conversèrent familiérement, et témoignérent une extrême joie de tout ce qu'ils voyaient. Ils se souvenaient si peu de ce meurtre ,
que plusieurs nous volérent aussi souvent que l’occasion sc" présenta; mais quand on les surprenait, ils ne manquaient jamais de rendre paisiblement ce qu'ils venaient de prendre. Ils dansèrent beaucoup sur les ponts; la ressemblance de leurs danses avec celles des Taïtiens nous frappa. Il paraît que Jeur musique est aussi la même ; ils ont des tambours pareils : Oedidi en acheta un.
« Le soir, le capitaine , quelques officiers , M. Hodges, le docteur Sparrman et mon père revinrent au vaisseau , aprés avoir visité deux anses
au sud du havre où nous étions mouillés, Ils les
trouvérent trés-ouvertes et exposées à la lame, ct la violence du ressac leur fit courir de grands risques en sortant des canots et en se rembarquant. Ils achetèrent des cochons et des végétaux. Les insulaires leur parurent moins réservés qu'aux environs de notre mouillage. On vit parmi eux un grand uombre de femmes avec lesquelles les matelots de la chaloupe eurent bientôt fait connaissance, et plu. sieurs d'entre elles furent aussi complaisantes que celles des îles de la Société et des Amis, de la Nonvelle-Zéiande et de l’île de Pâques. Elles étaient d'une stature inférieure à celle des hommes, mais bien proportionnée, et les traits de quelquesunes étaient presque aussi agréables que ceux des Taïtiennes d’un rang distingué. En général, leur teint ne différait pas de celui des gens du peuple des îles de la Société. Il y en avait de plus blanches que les autres; on ne remarqua sur leur corps au-
cune tr d'écorc aussi va « Ap revint 2 à un de voir. J minuti observa curent, en s’écr voyaien l'équip:
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DES VOYAGES. 545 cune trace de tatouage. Toutes portaient des étoffes d’écorce de mürier ; maïs ces étofles n'étaient ni aussi variées , ni en aussi grand nombre qu’à Taïti.
« Après avoir passé quelque temps à terre, on revint au canot. Le capitaine donna plusieurs coups à un des matelots qui venait de manquer à son devoir. Je ne rapporterais point cette circonstance minutieuse , si les naturels n’avaient pas fait une observation fort intéressante. Dès qu'ils s’en apercurent, ils se montrérent l’un à l’autre le capitaine, en s’écriant ape é haiï te tina, il bat son frère. Ils voyaient trés - bien l'autorité du commandant sur l'équipage ; mais ils nous regardaient tous comme frères. Je pense qu'ils transposaient parmi nous les idées de subordination qui règnent chez eux ; ils se regardent probablement comme une famille dont l'aîné est chef ou roi. N’étant pas encore parvenus au même degré de civilisation que les Taïtiens, 1ls ne connaissent guère les différences de rang , et leur constitution politique n’a pas acquis une forme monarchique déterminée. Ils ne montrérent ni respect, ni égards particuliers pour leur roi Honou, qui vint nous voir le second jour après notre arrivée. Toute sa prééminence semblait consister dans son habillement, plus complet que celui de ses Indiens, qui, par choix ou par indolence, vont nus dons ce climat des tropiques, où l'on n’a pas besoin de vêtemens.
« Comme cette île ne devait pas nous fournir ce dont nous avions besoin , et que nous pouvions
6 INISTOIRE GÉNÉRALE
espérer de le trouver à celles de li Société, que d’ail-
leurs elle n'était pas commode pour y fure du bois et de l’eau , et donner an vaisseau le radoub nécessaire , le capitaine résolut d'en parür, et de chercher une relâche plus avantageuse. Nous étions depuis dix-neuf semaines en mer, et nous avions vécu tout ce temps de provisions salées; cependant nous avions à peine un seul homme bien malade, et peu se plaignaient de légères incommodités. Les antiscorbutiques et les soins extrêmes du chirurgien contribuérent sans doute à notre santé.
« Je regrettais de partir sans examiner ces enclos qui sont au sommet des montagnes, et qui, Je crois, ont quelque rapport avec leur religion. Les Espagnols font mention d'un oracle qui, d'après leur description, semble être un cimetière de l'espèce de ceux des îles de la Société.
« Les Marquésas sont au nombre de cinq : là Magdalena , San-Pédro , la Domuinica , Santa-Chrisuina, et l'ile de Hood : celle-ci, la plus scptentrionale, git par 9° 26” de latitude sud , et à cinq lieues et demie de la pointe est de la Domimica. Celle-ci, qui est la plus grande de toutes ces îles, et qui s'étend de l’est à l'ouest dans un espace de six lienes , a une largeur inégale et environ quinze à seize lieues de tour ; elle est remplie de collines escarpées , qui, du bord de la mer, s'élèvent en chaînes : ces chaînes sont séparées par des vallées profondes revêtues de bois , ainsi que les côtés de çuelques-unes des collines : son aspect est stérile,
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DES VOYAGES. 547 mais elle est habitée. Sa latitude est 9° 44 30" sud. San-Pédro , qui a environ trois lieues de tour, et qui est assez haut, git au sud à quatre lieues et demie de l’extrémité orientale de la Dominica : nous ne savons pas s'il est habité. La nature n'y à pas répandu ses largesses avec profusion. Santa- Christina gît sous le même parallèle, trois ou quatre lieues plus à l’ouest. Cette île, qui court nord et sud, a neuf milles de long dans cette di-
| rection ; et environ sept lieues de circonférence. | Une chaîne étroite de collines d’une élévation con- | sidérable se prolonge dans toute la longueur de
île. D'autres chaînes sortent de la mer et se joignent à celle-ci, dont elles égalent la hauteur. Des vallées resserrées et profondes, fertiles, ornées
d'arbres fruitiers, etc., et arrosées par de jolis
ruissseaux d’une eau excellente, coupent ces montagnes. Nous n'avons vu que de loin la Magdalena : sa position doit être à peu près 10° 25” de latitude, et 138° 5o' de longitude. Ces îles occupent l'espace d'un degré en latitude, et à peu près un demidegré en longitude ; savoir du 138° degré 47 minutes au 139° degré 13 minutes, longitude de l’extrémité occidentale de la Dominica.
« Le port de Madre de Dios, que j'ai nommé port de la Résolution, gît près du milieu de la côte ouest de Santa-Christina , et sous la terre la plus élevée de l’île. La baie, qui a près de trois quarts de mille de profondeur, et de trente-quatre à douze brasses d’eau, bon fond de sable, renferme
deux anses sablonneuses séparées l’une de l’autre par une pointe de rocher. Dans chacune coule un ruisseau de trés-bonne eau. L’anse septentrionale est la plus commode pour faire du bois et de l’eau. On y trouve la petite cascade dont parle Quiros, mais le village est au fond de la seconde anse. Ce côté de l’ile offre plusieurs autres anses ou baies. |
« Les arbres, les plantes et les autres productions de ces îles, du moins autant que nous les connaissons, sont à peu près les mêmes qu'à Taïti et aux îles de la Société. On peut s’y procurer des cochons, des volailles , des bananes, des ignames, quelques racines et une pelite quantité de fruits à pain ct de cocos. Nous achetâmes d’abord ces différens objets avec des clous. La verroterie, les miroirs et les bagatelles pareilles, si recherchées aux îles de la Société, n’ont aucun prix ici; les clous même finirent par perdre beaucoup de leur valeur.
« En général, les habitans des Marquésus sont la plus belle race d'hommes des îles de cette mer. Ils surpassent peut-être toutes les autres nations par la régularité de leur taille et de leurs traits, Cependant la ressemblance de leur langage avec celui que parlent les naturels de Tuïti et des îles de la Société prouvent qu'ils ont une même origine. Oedidi conversait assez bien avec eux ; mais quoique je susse un peu Ja langue de Taïti, je ne venais pas à bout de me faire entendre. Ils ont les dents moins bonnes et les yeux moins vifs et moins
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DES VOYAGES. 549 animés que plusieurs autres nations. Quelqnesuns portent les cheveux longs; mais en général ils les ont courts, et ils laissent seulement de chaque côté de la tête deux .touffes relevées par un nœud. Ils arrangent de différentes manières leur barbe, qui est communément longue. Les uns la partagent et l'attachenten deux toufles au-dessous du menton, d’autres la tressent, ceux-ci la laissent flotter, ct ceux-là la coupent à une certaine hauteur.
« Leur vêtement, le même qu'à Taïti, est composé également d'écorce d'arbre; mais ils n'ont
| pas une aussi grande quantité d'étofles, et elles ne | sont pas aussi bonnes. La plupart des honimes se-
raient entiérement nus, sans le morra ( comme on l'appelle à Taïtui ), c’est-à-dire , sans une bande de toile qui passe autour de la ceinture, et tombe entre les jambes. Ce simple vêtement suflit au chmat, et satisfait la modestie. Les femmes sont vétues d’une pièce d’étoffe qui enveloppe leurs reins en forme de jupon, etdescend au-dessous du milieu de la jambe ; un manteau flottant couvre leurs épaules. La principale parure de tête des hommes et Jeur premier ornement, est une sorte de large diadème artistement fait des fibres de la bourre de coco : ils placent au-devant une coquille de nacre de perle arrondie, et de la dimension d’une soucoupe : devant celle-ci, une seconde plus petite, d'un autre coquillage, dont les trous offrent diverses figures curieuses : au centre de cette seconde, un morceau de nacre de perle rond, à peu prés
de la grandeur d’un écu; et eufin un morceau de coquille comme le second, qui est peint et de la grandeur d'un shilling. Cei ornement pare ordinairement leur front; quelques-uis en portent aussi de chaqne côté de la tête ; alors il est fait de plus petites pièces : tous ces diidèmes sont embellis de plumes de Ja quene des coqs ou ‘les paillescp-cul, posées debout, de facon qu'elles forment un Joli panache. 1s mettent antoui «le leur cou un collier de bois léger, dont le eôié supérieur et l'inférieur sont couverts de petits pois rouges qui y sont collés avec de la gomme : ils garnissent aussi leurs jambes, leur ceinture et leurs bras de toufles de cheveux d'homme attachés à un cordon : souvent, au lieu de cheveux, ils emploient des plumes courtes. Is vendaient pour peu de chose tous leurs autres ornemens ; mais ils semblaient mettre le plus grand prix à ces derniers, quoiqu'ils fussent remplis de vermine. 11 est probable qu'ils conservent ces touffes de chevenx en mémoire de leurs parens morts; où bien ce sont des dépouilles de leurs ennemis qu'ils gardent comme des trophées de leurs victoires. Un gros clou où quelque chose qui frappait fortement leurs yeux finissait par surmonter leur répugnance à céder ces précieuses bagatelles. On aperçoit rarement sur la même personne tous les ornemens dont on vient de parler.
« Le chef qui vint nons faire visite est le seul que j'aie vu avec tout cct attirail; leurs ornemens ordinaires sont des colliers, des amulettes faites
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DES VOYAGES. 1 de coquillages, ete. Je n'ai remarqué aucun pendant d'oreille, quoiqu'ils enssent tons les oreilles percées, Cependant quelques-uns avaient fiché dans ce trou des morceaux de bois oblongs, ovales, aplaus, et peints en blanc.
« Leurs maisons sont placées dans les vallées, sur les côtés des collines, et près de leurs planta= tons : elles sont construites de la même manière qu'à Taiti, mais avec beaucoup moins de soin : elles
sont couvertes simplement de feuilles d'arbre à
| pain. La plupart sont bâties sur un espace Carré OU
oblong, pavé en pierres, élevé un peu au-dessus du niveau da terrain, Ou voit aussi de semblables espaces pavés près de leurs maisons; ils vont s'y asseoir et s’y récrécr.
« Nous n'avons trouvé nulle part de fruits à pain aussi gros et aussi délicieux que les leurs; nous en aichetâmes plusieurs parfaitement mûrs, qui étaient tendres comme des flans, mais un peu trop sucrés.
« Ce peuple est moins propre dans ses repas que les T'aiuiens ; leur cuisine est sale : ils font cuire les cochons et la volaille dans un four de pierre chaude, comme aux îles de la Société ; ils grillent au feu les fruits et les racines ; et, après en avoir Ôté l'écorce ou la peau, ils les mettent avec de l'eau dans une huche, où j'ai va les hommes et les cochons manger tous ensemble. Je les ai trouvés un jour délayant des fruits et des racines au fond d'un vase chargé d’ordures, au moment où les cochons venaicnt d'y manger, Ils n'avaient lavé ni le vase, ni
352 HISTOIRE GÉNÉRALE même leurs mains, qui n'étaient pas moins sales ;
et lorsque je leur témoignai que c'était dégoûtant,
ils se moquérent de moi. Je ne sais si tous sont de
même : les actions de quelques individus ne suffi-
sent pas pour juger de toute une nation. Je ne sais
pas non plus si les hommes et les femmes mangent
séparément.
« Voici cependant un article sur lequel ils sont plus propres que les Taïtiens : aux îles de la Société, les excrémens qui remplissent les chemins blessent tous les matins l’odorat et la vue; mais les habitans des Marquésas sont accoutumés, comme les chats, à les cacher dans les entrailles de la terre. Les Taïtiens comptent sur le secours des rats, qui mangent avidement ces c:dures; ils sont convaincus que leur usage est le plus propre du monde; car Topia reprocha aux Européens leur prétendue délicatesse, quand il vit dans chaque maison de >alavia un pelit édifice destiné à Cloacine.
« Leurs massues et leurs piques ressemblent à celles de Taïu ; elles sont un peu mieux faites : ils ont aussi des frondes, avec lesquelles ils jettent des pierres fort loin ; mais ils n’ont pas une extrême adresse pour toucher le but.
« Leurs pirogues sont de bois, et de l'écorce d'un arbre mou qui croît abondamment prés de la mer, et qui est très-propre à cet usage : elles ont de seize à vingt pieds de long, et environ quinze pouces de large; deux pièces de bois solides fortuent l'avant et l'arrière; l'arrière s'éléve ou se