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DES VOYAGES. 591 « Le premier mai, mon père alla à terre, et trouva O-retti, le chef d'O-hiddéa, canton et havre où mouilla Bougainville. Ce chef demanda au capitaine Cook si, à son retour en Angleterre, il verrait Bougainville, qu'il appelait Potaveri; sur la réponse négative du capitaine, il adressa la même question à mon pére, qui lui dit que cela était possible, quoiqu'il ne vécüt pas dans le même royaume, Alors, répliqua O-retti, dites-lui que je suis son ami, et que je désire le revoir à T'aïli; et afin que vous vous souveniez de ma commission, je vous enverrai un cochon dès que je serai chez moi, Il se mit ensuite à raconter que son ami Bougainville avait deux vaisseaux, et sur l’un d'eux unc femme luüde : il revint souvent à cette circonstance; car il lui paraissait extraordinaire qu'une femme seule s’euibarquât dans une pareille expédition. Il parla aussi de l'arrivée d’un vaisseau espagnol, que nous avions déjà apprise durant notre premier relâche ; mais il nous assura que lui et ses compatriotes ne sentaient pas beaucoup d'affection pour ces étrangers.
« Nous apprimes qu'Oedidi venait d'épouser la fille de Toperri, chef de Matavaï : l'un des midshipmen nous dit qu'il avait assisté à ce mariage, et qu'il avait vu un grand nombre de cérémonies; mais quand on le pria de nous les raconter en dé-
tail, 1] répondit que, quoiqu'elles fussent très-curieuses, il ne pouvait s’en rappeler ancune ; et que d’ailleurs, s'il s'en souvenait, il ne saurait pas com-
592 HISTOIRE GÉNÉRALE ment s'exprimer, De cette manitre, nous perdimes l'occasion de faire des découvertes intéressantes sur Jes usages de ces insulaires. C’est dommage qu'un observateur intelligent n'ait pas été témoin de ce mariage. Oedidi amena son épouse à bord ; elle était trés-jeune, d'une petite taille, et sa beauté n'avait rien de remarquable ; mais, trés-versée dans l'art de demander des présens, elle allait sur chaque partie du vaissean, rassemblant une grande quantité de grains de verroterie, de clous, de chemises et de plumes rouges, que chacun s'empressait de Jui donner, parce que nous aimions tous son mari. Oedidi nous apprit qu'il désirait beaucoup de s'établir à Taïti, parce que ses amis lui offraient des terres, une maison , et des propriétés de toute espèce ; il était agrégé à la famille d’un éri, estimé par le roi lui-même, et respecté de tous les insulaires; et même un de ses amis lui avait donné un domestique, ou teouteou, qui, ne le quittant jamais, exécutait ponctuellement ses ordres, et qui enfin par sa soumission et son obéissance ressemblait à un esclave.
« Quoique Oedidi eût renoncé au projet de venir en Angleterre, Houno, jeune homme plein d'intelligence, souhaitait de visiter cette contrée ; il pria instamment mon père, ainsi que plusieurs autres de nos messieurs, de le prendre à bord. Mon père ayant proposé de se charger de tous les frais, le capitaine Cook y consentit sur-le-champ ; et on annonça au Taïtien qu’il devait s'attendre à ne ja-
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DES VOYACES:
trop empressé de partir pour que cette difficulté l'arrétât; il sacrilia l'espoir de retourner dans son pays au plaisir de connaître le nôtre; mais le soir, le capitaine déclara qu'il ne voulait point le recevoir sur son vaisseau, et le jeune homme fut obligé de rester à Taiti. Comme nous nous proposions de lui faire apprendre les métiers de charpentier et de serrurier , il serait retourné dans son île avec des connaissances au moins aussi utiles qu'O-maï qui, après un séjour de deux ans en Angleterre, sera en état d'amuser ses compatriotes avec Ja musique d’une orgue portative, ou avec des Marionnettes.
« Le lendemain, à notre retour, nous y trouvämes toute Ja famille royale, et dans la foule, Néchourraï, sœur aînée d’'Otou, mariée à Taré- Deré , fils d’Amo. Taré-Ouatou, frère du roi, resta parmi nous, aprés que tous les autres furent parus, et passa Ja nuit à bord. Pour l’amuser , on tira des feux d'artifice du haut des mâts, ce qui lui causa un extrême plaisir. À souper, il nous fit l'énumération de tous ses parens, et il nous raconta l’histoire de Taïti. O-mai m'a confirmé, en Angleterre, tous les détails qu'il me donna; il nous apprit qu'O-ammo, Happaï et Toutahah étaient trois frères, et qu'O-ammo, comme le plus vieux , avait la souveraineté de tout Taïti. Il épousa O-poréa ( Obéréa), princesse du sang royal, et il en eut
394 HISTOIRE GÉNÉRALP Turé-Derré, qui fut appelé, dès le moment de su naissance, ZriRahaï, où roi de Taïti, Sons le régne d'O-ammo, le capitaine Wallis visita l'ile, et trouva Obéréa revétue de l'autorité souveraine, Environ un an après son départ, une guerre s'al. luma entre Oammo et son vassal Ouahitoua, roi de la plus petite péninsule, Ouahitoua débarqua à Paparra, où O-ammo résidait ; etaprès avoir mis en déroute ses troupes, et massacré une grande partie de ses soldats, il brûla les plantations et les cabanes, et emmiena tous les cochons et toutes les volailles qu'il put tronver. O-ammo et Obéréa , avec toute leur suite, dont O-mai m'a dit qu'il faisait partie, s'enfuirent dans les montagnes au mois de décembre 1768. Le conquérant consentit enfin à Ja paix, à condition qu'O-ammo, se dépouillerait du gouvernement, et que le droit de succession serait ôté à son fils, et donné à Otou, fils aîné de son frère Happai. La convention fut agréée, et Toutabab, frère cadet d'O‘animo, fut nommé régent. Cetie révolution ressemble beaucoup à celles qui arrivent souvent dans les royaumes despotiques de l'Asie : l'est rare que le conquérant ose gouverner le pays qu'il a subjugué; ordinairement il le pille, eu il y nomme un autre souverain, qu'il choisit dans la famille réenante.
« Obéréa avait de fréquentes querelles avec son wbari, etelle le battait souvent. Ils se séparérent : ls mari prit pour maîtresse une jeune femme trésbelle, et Obéréa, de son côté, prodigna ses favenrs à
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DES VOYAGRS, 595 Obadi et d'autres amans. Les intidélités d'O-ammo semblent avoir‘été le fondement de ecs disputes : ces brouilleries, qui ne sont pas aussi communes à Taïti qu'en Angleterre, arrivent cependant quels quefois, surtout si la femme commence à perdre ses charmes, et exige toujours les mêmes soins. Voici un second fait dont nous fûmes témoins. Polatehéra , jadis femme de Potatou, mais qui en était alors séparée, avait pris en sa place un jeune mari où amant, dés qu'elle avait vu son premier amant s'attacher à une autre Taïtienne. Le jeune homme aimait une fille de son âge; ils se donnaient des rendez-vous sur notre vaisseau; et comme ils ne cachwent pas bien leurs amours, on les découvrit. La fière Polatehéra les surprit un matin, donna à sa rivale plusieurs coups sur la tête, et fit à l'amant coupable une sévère reprimande.
« Le capitaine Cook trouva, en 1767, le gouvernement de Taïti dans les mains de Toutahabh : ce prince, devenu fort riche par les présens qu'il avait recus des Anglais, après le départ de l'Endeavour, persuada aux chefs de Taïti-Noué , ou de la grande péninsule, de marcher contre Ouahitoua , qui avait fait un si grand ontrage à sa famille. Tls équipérentune flotte , et se rendirent à Tierrebou, où Ouahitouase prépara à les recevoir; maiscomme c'était un vieillard qui désirait finir ses jours en paix, il assura Toutabah, par députés, qu'il était son ami, qu'il lui resterait toujours attaché, et il
le conjura de retourner dans son pays, sans attaquer ceux qui l’aimaient. Toutahah, dont ces caresses ne changérent point la résolution, donna ordre de livrer bataille : la perte fut à peu près égale des deux côtés, et Toutahah se retira, afin d'attaquer l'ennemi par terre. Happaï et toute sa famille, désapprouvant cette entreprise, restèrent à O-parri; mais Toutahah emmena O-tou, et marcha sur l’isthme situé entre les deux péninsules ; Ouahitoua vint à sa rencontre : il se livra un combat sanglant; Toutahah y périt, et son armée fut dispersée. Quelques Taïtiens nous dirent qu'il fut fait prisonnier, et mis à mort ensuite; mais d’autres, et surtout O-maï, nous assurérent qu'on le trouva dans le fort de la mêlée. O-tou se retira en hâte au fond des montagnes avec un petit nombre d'amis choisis ; et Ouahitoua, suivi de ses forces victorieuses, marcha sur-le-champ à Matavaï et à O-parri. A son arrivée, Happaï s'enfuit, mais Ouabitoua lui fit dire qu’il n'avait aucun différend avec lui ni avec sa famille, et qu'il avait toujours souhaïté Ja païx. O-tou revint bientôt du sommet des montagnes ;, el joignit son père, ainsi que tous ceux qui l'accompagnaient. Une paix générale fut conlue : O-tou prit les rênes du gouvernement, et les ainéhorations que nous remarquions depuis huit mois, semblent prouver qu'il travaille avec intel- Jigence au bien-être de ses sujets.
« Taré-Ouatou nous apprit en outre que son pére avait huit enfans : 1°. Tedoua Néehourraï, âgée
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