‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 4)Chapitre 6 sur 46 · PT IS PE · texte numérisé non relu

PT IS PE

5o HISTOIRE GÉNÉRALE

ou un tube qui se détache des nuages placés au-dessus , et qui en apparence descend jusqu’à ce qu'elle rejoigne au-dessous l'eau agitée, Je dis en spparence, parce que je crois que cette descente n’est pas réelle, mais que l’eau agitée qui est au-dessous a déjà formé le tube, et qu'il est trop petit ou trop mince pour être aperçu quand 1l commence à monter. Quand ce tube est formé où qu'il devient visible , son diamètre apparent augmente , et 1l prend une dimension assez grande; il diminue ensuite, etenfin 1l se brise ou devient invisible vers la partie inférieure. Bientôt après, la mer au bas reprend son état naturel, les nuages attirent peu à peu Île tube jusqu'à ce qu'il soit entièrement dissipé. Le même tube a quelquefois une direction verticale , et d’autres fois une direction courbe ou inchinée. Quand la dermiére trombe s'évanouit, remarque Forster, 1l y eut nn éclair sans explosion. Notre posiuon, pendant la durée de ce phénoméntc, était trés-alarmante ; ces trombes, qui servaient de point de réunion à la mer et aux nuages, frappaient d’admiration et de terreur, et nos marin: les plus expérimentés ne savaient que faire; la plupart d’entre eux avaient vu de loin de pareils météores, mais Jamais ils ne s'en étaient trouvés ainsi environnés de tontes parts, et nous connaissions tons Ja description effrayante qu'on a faite de Icurs funestes effets quand ils se brisent sur un vaisseau. Nous serrûmes les voiles; nous pensions tous que nos mâts et nos vergues auraient ÉLÉ mi

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DES VOYAGES. 5r en piéces; si par malheur nous avions été entraînés dans le tourbillon. Il est difficile de dire si l’électricité contribue à ce phénomène : cependant l'éclair que nous observâmes à l'explosion de la dernière colonne, semble annoncer qu'il y a certainement quelque part. Ces trombes parurent pendant environ trois quarts d'heure : nous avions alors trentesix brasses d’eau. Le parage où nous étions est analogue à la plupart de ceux où l'on en a remarqué, du moins nous étions aussi dans une mer resserrée ou dans un détroit. Shaw et Thévenot en ont vu dans la Méditerranée et dans le golfe Persique ; elles « :: ‘‘ommunes aux îles d'Amérique , au dé-

troit ce Lialacca et sur la mer de Chine. La descripion la plus raisonnable de ces trombes est dans le Dictionnaire de marine de Falconer : ses explications sont principalement tirées des écrits philosophiques du célébre docteur Franklin. Son ingénieuse hypothèse, que les trombes et ies typhons ont la même origine, nous semble probable , d’aprés ce que nous avons pu en juger (1). On m'a dit, reprend Cook, qu'un coup de canon les dissipe, et je suis d'autant plus fâché de n’ovoir pas essayé, que nous en étions assez proches , et que hous avions un canon tout prêt; mais dès que le danger fut passé, je ne pensai pas à nous en garantur, et j'étais trop occupé à contempler ces météores extraordinaires. Tandis qu'ils parurent, le

(1) Voyez ses Evnériences sur l'Électricité. In-4.

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barometre se tint à 29 pouces 75 lignes, et le thermométre, à 56 degrés.

« Dans la traversée du cap Farewell au cap Stephens, je vis mieux la côte que lors de mon voyage sur l'Endeavour ; j'observai qu'environ six lieues à l'est du premier cap se trouve une baie spacieuse, qu'une pointe basse de terre met à couvert de la mer. C’est, je crois, la même où le capitaine Tasman mouilla le 18 décembre 1642, et qu'il nomma baie des Assassins, parce que les naturels du pays tucrent quelques hommes de son équipage. La baie que j'ai nommée des Aveugles dans mon premier voyage, git au sud-est de celle-ci, et semble s'enfoncer assez avant dans l’intérieur des terres au sud : la vue de ce côté n’est bornée par aucune terre. Le vent ayant repassé à l'ouest, je repris ma route à l'est, et le 18, à la pointe du jour, nous fûmes vis-à-vis dun canal de la Reine Char: lotte, où nous découvrîimes l’Aventure, par les signaux qu'elle nous fit : il faudrait avoir été dan: une situation pareille à la nôtre pour sentir notre Joie.

« Un lieutenant vint à mon bord, et n'appri que le capitaine Furneaux nous attendait dans ce lieu depuis environ six semaines. À l’aide d’une brise légère, de nos canots et des marées, nous je tâmes l'ancre , à six heures du soir , dans Ship-Cove, près de l'Aventure, qui, pour témoigner sa joie, üra treize coups de canon ; nous en tirâmes autant. Le capitaine Furneaux , qui vint à l'instant sur 4

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Résolution, me donna le journal de sa route et de ses opérations, depuis le moment de notre séparation jusqu'à son arrivée à la Nouvelle-Zélande. »

Voici le sommaire de son récit... « La Résolution étant à environ deux milles de l'avant le 7 février 1773, le vent sauta à l'ouest, et amena une brume très-épaisse qui nous la fit perdre de vue. Bientôt après nous entendimes un coup de canon ; il nous sembla qu'il venait de bas-bord. Je fis tirer une pièce de quatre à chaque demi-heure ; mais on ne répondit point, et nous ne revimes plus la Résolution : je repris alors la route que je suivals avant la brume. Le soir, le vent fut trés-fort, et le temp clair par intervalles; cependant nous ne découvrîimes point le bâtiment du capitaine Cook; ce qui nous fit beaucoup de peine. Je revirai de bord, et courus à l’ouest afin de croiser, suivant nos conventions mutuelles, dans le parage où nous nous étions vus la dernière fois; mais le lendemain des coups de vents très-forts et une brume épaisse nous obligérent de mettre à la cape, ce qui nou: empécha d'atteindre l'endroit projeté. Le vent devenu plus maniable, et la brume s’éclaircissant un peu, je croisai trois jours, aussi près de cet endroit qu'il me fut possible. Abandonnant alors toute espérance de nous rejoindre, Je marchai vers nos quaruers d'hiver, éloignés de quatorze cents lieues, à travers une mer absolument inconnue, et je réduisis la ration d’eau.

« Je me uns entre le 52° et le 53° parallèle sud :

nous eûmes beaucoup de vents d'ouest, de forts une grains avec des rafales, de la neige et du verglas, appr de la pluie, enfin des lames du sud-ouest très- etia longues et creuses, ce qui nous fit juger qu'iln'ya velle point de terre de ce côté. Après avoir atteint le stanc 105° degré de longitude est, nous reconnûmes que eut la déclinaison de l'aimant diminuait très-vite. trou: « Le 26 au soir, nous aperçümes dans le nord- le ve nord-ouest, un météore extraordinairement bril- sieur.

| lant. I] dirigeait sa course au sud-ouest; le firma- me ment offrait une trés-grande lueur, semblable à à tro: CEE celle qui est connue dans le nord, sous le nom plus: d'aurore boréale. Nous vimes cette lueur pendant une li plusieurs nuits ; et, ce qui est remarquable, nous revoi ne renconträmes qu'une seule île de glace, depuis Coup

. . . ] . ‘ % la séparation des navires, jusqu'à notre arrivée à Où le: la vue des terres, quoique je me sois tenu pres Venat milie

que toujours à deux ou trois degrés au sud de la appoi

latitude où les premicres avaient frappé 5OS rc-

gards. Nous étions suivis chaque jour d’un grand bâton nombre d'oiseaux de mer, et nous vimes souvent allait des marsouins tachetés de blane et de noir. bable « Le G mars , nous découvrimes une terre qui pa Mau raissait. médiocrement élevée, et inégale près de entre la mer. Les collines en arriére formaient une Surto double côte beaucoup plus haute. Dans l'espace de dant quatre lieues, le long de la côte, sont trois îles . st d'environ deux milles de long, et plusicurs ro- uon il chers, lage ï & Aprés avoir passé ces Îles, nous renconträmes F

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une terre pendant environ seize lieues, el nous approchâmes de la côte quiest montueuse et boisée ; c'était la terre de Van-Diemen, au sud de la Nouvelle Hollande. Le vaisseau n'étant plus qu’à Ia distauce de quatre nulles, j'envoyat à terre le second lieutenant avec la chaloupe, afin de savoir s'il s'y trouvait un havre ou quelque bonne baie. Bientôt le vent commenca à soufller trés-fort , et je fis plusieurs fois signal au canot de revenir; mais on ne me vitnine m'entendit : le vaisseau se trouvant à trois ou quatre lieues au large, nous n'aperçümes plus nos gens, ce qui nous inquiétait beaucoup. À une heure après-midi, nous eûmes le plaisir de les revoir sains et saufs. Ayant débarqué avec beaucoup de peine, ils trouvèrent plusieurs endroits où les Indiens avaient été, un entre autres qu'ils venaient de quitter : un feu y brülait encore au milieu d'un grand nombre de coquillages. Nos gens apportérent ces coquilles à bord, avec quelques bâtons brûlés et des branches vertes. Un sentier allait de ce lieu dans les bois, et conduisait probablement à l'habitation des insulaires; mais le Mauvais Lemps empêcha le second lieutenant d'y entrer. Le soi parut trés-fertile, le pays bien boisé, surtout sous le vent des collines ; des eaux abondantes tombent des rochers dans la mer, en belles cascades qui ont deux ou trois cents pieds d’élévation perpendiculaire ; rien n’annonçait un mouillage sûr.

« Je fis voile ensuite pour la baie de Frédéric-

Henry ; étant vis-à-vis de la pointe la plus occidentale d’une baie trés-profonde, appelée, par Tasman, daie des Tempétes, nous vimes plusieurs feux sur la côte au fond.

« Le 11 mars, à la pointe du jour, j'envoyai le maître à terre pour sonder une autre baie ; 1l dccouvrit un excellent havre , où nous restâmes cinq jours. Le pays est trés-agréable , le sol noir, fertile, quoique léger : les flancs des collines sont couverts d'arbres trés-hauts et trés-gros , qui ne poussent des branches qu'a une grande élévation. Ils sont tou: jours verts : le bois est très-cassant , et se fend ais: ment. 1i y a fort peu d'espèces différentes, car je n'en ai observé que deux. Les feuilles de l’une sont longues et étroites ; sa graine, dont j'ai rapporté des échanullons , a la forme d’un bouton , et une odeur très-agréable ; l’autre a des feuilles ressemblant à celles du laurier, elle a une odeur et une saveur épicée qui flatte. En coupant quelques-uns de ces arbres pour du bois à brûler, il en sortit de la gomme, que notre chirurgien appela gomme-laque; ils sont , la plupart, brûlés ou grillés près de terre, parce que les naturels du pays mettent le feu aux arbrisseaux , dans les endroits les plus fréquentés; et par ce moyen, ils marchent aisément sous Îles arbres. Parmi les oiseaux que nous avons remarqués, Pan est pareil au corbeau; plusieurs, de l'espéce de la corncille, sont noirs avec les pointes des plumes de la queue et des ailes blanches, le bec long et trés-pointu. Un de nos messieurs tià

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DES VOYAGES. 57 un oiseau blanc de la grosseur d’un grand milan. 1] y a aussi des perroquets, et diverses sortes de petits oiseaux. J'ai vu en oiseaux de mer, des canards, des sarcelles , des tadornes. Quant aux quadrupèdes, nous n’en avons aperçu qu'un : c'était un opossum , ou sarigue; nous trouvämes la fiente de quelques autres, que nous jugeñmes de l’espèce des daims. Le poisson n'abonde pas dans la baie ; nous y primes cependant des requins, des rousseltes, d’autres qui leur ressemblent, excepté qu'ils sont couverts de petites taches blanches ; enfin de peuts poissons peu différens des sardines. Les lagunes, dont l’eau est saumâtre, sont remplies de truites et de quelques autres poissons : nous y en primes plusieurs à la ligne ; mais comme le fond est embarrassé par des troncs d'arbres, il ne fut pas possible d’y tirer la seine.

« Durant notre mouillage, nous découvrimes de la famée et de grands feux, à environ huit ou dix milles le long de la côte au nord, sans voir de naturels du pays : cependant ils fréquentent souvent cette baie ; car nous sommes entrés dans différentes huttes, où nous avons trouvé des sacs et des filets faits avec de l'herbe; je crois qu’ilss’en servent pour transporter leurs provisions et leurs ustensiles; une pierre pour allamer du feu, une mèche d’écorce d'arbre (je ne puis pas dire de quelle espéce }, ct une de leurs lances. Je pris ces meubles, et je laissai en place des médailles, des pierres à fusil, quelques clous et un vieux baril vide, qui avait

des cercles de fer. Ces sauvages ne semblent pas

avoir la moindre connaissance des métaux. Les branches d'arbres qui composent leurs huttes . sont

Li \ d':L% + | | brisées ou fendues, et jointes ensemble en forme ' circulaire, avec de l'herbe; l'extrémité la plus | L | large de ces branches s'enfonce en terre, et la plus |

| | | | [| mince forme une pointe au sommet, qui est cou- | | vert de fougère et d’écorce : la construction en est

si pitoyable, qu’elles ne mettent pas à l'abri d'une [URI grosse pluie. Le foyerest au milieu, ilest environné ir de rnonceaux de moules, d'écailles d’huîtres, et FA | de débris d'écrevisses, dont je crois qu'ils se nour- | rissent principalement, quoique nous n’en ayons vu aucune. Ils conchent autour du feu, sur la terre, ou sur l’herbe sèche. Je pense qu'ils n’ont pas de demeure fixe, puisque leurs maisons ne paraïssaient bâties que pour quelques jours : ils errent en petites troupes, de place en place, afin de chercher l leur subsistance. Aucun autre motif ne détermine leur course, Je n'ai janais observé plus de trois ou quatre huttes dans un endroit : chacune ne peut

contenir que trois ou quatre personnes; ce qu'il

| | y a de remarquable, c'est que nous n'avons pas | | aperçu la moindre apparence de pirogue ou de ca- ( | not; nous jugeâmes tous qu'ils n’en ont point, et | que cette race est ignorante et mistrable an suprème degré, quoique, sous le plus beau climat du monde, elle habite un pays capable de pro-

duire tout ce qui est nécessaire à la vie. Nous

emblent pas nétaux, Les huttes. sont le en forme nité la plus e, et la plus qui est couction en est l'abri d'une stenvironné l’huîtres, et ils se nourn'en ayons sur la terre, ont pas de paraissaient rent en pede chercher > détermine lus de trois une ne peut s; ce qu'il d'avons pas 1e ou «le ca- 1 point, et ble an sueau climat ble de provie. Nous

DES VOYAGES. 59 n'avons rien découvert qui annonce des minéraux ni des métaux.

« Après avoir pris de l’eau et du bois, je sortis de cette baie, que je nommai baie de L'Aventure. Le pays au nord paraît trés-habité; nous y avons aperçu un feu continuel. Il esi beaucoup plus agréable, bas et égal; mais sans que rien dénote un havre ou une baie où l’on puisse mouiller avec sûreté.

« La côte, depuis la baie de l’Aventure, jusqu’à l'endroit où je la quittai pour gouverner sur la Nouvelle-Zélande, court du sud-ouest au nord-est dans une étendue d'environ soixante-quinze lieues ; je crois qu'il ne se trouve pas de détroit entre la Nouvelle- Hollande et la terre de Diemen, et qu'il y a seulementune baie trés-profonde. J'aurais fait route plus long-temps au nord , mais le vent qui soufilait avec force du sud-est, semblait devoir tourner à l'est, ce qui m'aurait alors poussé directement sur la côte : je jugeai plus convenable de me diriger Vers la Nouvelle-Zélande, où j'abordai le 7 avril. »

Les écueils ayant obligé plusieurs fois le capitaine Furneaux de se tenir hors de la vue de la côte, et depuis la terre la plus septentrionale qu'il vit jusqu'à la pointe Hicks, extrémité sud des découvertes du capitaine Cook quand il commandait sur l'Endeavour, un espace de vingt lieues n'ayant pas été reconnu, la non-existence du détroit entre la Nouvelle-Hollande et Ja terre de Diemen n'est Pas encore assurée, quoique les quadrupedes qui

Go HISTOIRE GÉNÉRALE

sont sur la dernière semblent prouver qu’elles sont jointes ensemble. Aucune partie du monde ne mérite antant l'examen des voyageurs quele grand con: tinent de la Nouvelle-Hollande , dont on n’a encore observé que les bords, et dont toutes les productions sont en quelque sorte absolument ignorées. Suivant tous les navigateurs qui y ontahordé, on y voit peu d'habitans ; ilsne setiennent prebablement que sur les bords de la mer ; ils sont entièrement nus, etils semblent mener une vie plus sanvage qu'aucune nation des climats chauds. Voilà donc l'intérieur d’une contrée égale au continent de l'Europe, et située en grande partie entre les tropiques, enticrement inconnu, et peut-être inhabité. L’immense variété de productions animales et végétales, rassemblées sur les côtes de la mer, lors du premier voyage du capitaine Cook, doit donc faire présumer que le milien des terres renferme des trésors d'histoire naturelle, qui seront d'une grande utilité au peuple policé qui le premier en fera la découverte. La pointe sud-ouest de ce continent, qu’on n’a pas encore parcouru en entier, ouvre peut-être un passage «lans le cœur du pays; car 1] n’est pas probable qu'une si vaste étendue de terre sous le tropique manque d'une grande rivière, et aucune partie de la côte ne paraît mieux située pour l'embouchure d'un fleuve.

L'Aventure et la Résolution, réunis dans le détroit de la Reine Charlotte, continuèrent leurs observations sur la Nouvelle-Zélande.

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DES VOYAGES. Gt « Le 20 mai 1773, nous nous rendimes au

Hippa, ou fort des naturels du pays, où M. Bay-

ley, l'astronome de l'Aventure, avait établi son observatoire, Il est situé sur un rocher escarpé, absolument séparé de tous les autres; il n’est acces: sible que d'un côté, et par un sentier trés-étroit et très-diflicile , où deux personnes ne peuvent pas marcher de front. Le sommet avait été jadis entouré de palissades ; mais on les avait enlevées, et nos gens brûlaient le reste, Les cabanes des Zélandais, éparses en dedans de l'enclos, étaient corn posées d'un seul toit peu incliné, et avaient leurs côtés ouverts. Des branches d'arbres entrelacées comme des claies, formaient ( si l’on peut employer cette expression ) la charpente de ces cabanes : de l'écorce d'arbre ou des filamens grossiers de phormium servaient de couverture. Nous apprimes que l'équipage de l'Aventure les avait trouvées remplies de vermine, et surtout de puces, d'où l'on peut conclure qu’elles venaient d'être abandonnées. En effet, il est probable que les naturels nhabitent ces forteresses que lorsqu'ils se croient en danger, et qu'ils les désertent au preu:t:r moment où ils se trouvent en sûreté. M. Bayley vit aussi sur le rocher de l'Hippa une quantité prodigieuse de rats :ils sont vraisemblablement indigènes de la Nouvelle - Zélande, ou du moins ces animaux s’y trouvaient avant la découverte de ces Îles par les navigateurs européens. »

Cook et MM. Forster visitèrent les différens jar-

édite “pre à

dins où le capitaine Furneaux avait fait semer diverses sortes de légames, qui étaient tons dans un état prospère, et qui pourront devenir fort utiles aux naturel, du pays, s'ils en prennent soin.

« Les productions de ces jardins se servaient déjà sur nos tables, et nous mangions des légumes d'Europe, quoique l'hiver fût fort avancé ; mais le climat dans cette partie de la Nouvelle-Zélande est très-doux ; et, malgré le voisinage des montagnes couvertes de neige, je crois qu'il gèle rarement dans le canal de la Reine Charlotte : du moins, pen-

dant notre relâche, nous n’eûmes point de gelée

jusqu'au G juin. On mail quelques hommes à lou-

vrage, l'on forma un autre jardin sur une île, ct l'on y sema des plantes potagéres, des racines, etc. Cette île est composée d’une longue chaîne, dont les bords sont escarpés et le derrière ou sommet est presque uni. Des marais y sont couverts de différentes herbes ; outre divers anti-scorbutiques, le phormium croissait autour de quelques huttes abandonnées.

« Nous montimesensuite au sommet de ia chaîne, elle nous offrit beaucoup d'herbes desséchées et des buissons fourmillant de cailles exactement semblables à celles d'Europe. Plusieurs cavités profondes et étroites qui se prolongeaient jusqu'à la mer, étaient remplies d'arbres et de ronces, hàbitées par un grand nombre de petits oiseaux et de faucons; mais dans les endroits où les rochers étaient perpendiculaires ou suspendus sur l'eau,

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DES VOYAGES. 65 de grosses troupes de jolis cormorans construisaient leurs nids sur chaque peut fragment de roche, ou dans des creux d'environ un pied carré, que les oiseaux eux-mêmes semblaient avoir élargi en divers endroits. La pierre de la plupart des collines des environs du canal de la Reine Charlotte est arte leuse et disposée en couches obliques, qui sont communément un peu inclinées vers le sud; elle est d'un gris vert où bleu, où d'un brun jaunâtre, et contient quelquefois des veines de quartz blanc. Les rochers renferment aussi un tale vert, qui cst irés-dur, suscepuble de poli et à den transparent. Les naturels du pays en font des ciseaux , des haches et des patou-patous ; c'estee que l'on appelle Ga jade ; d'autres espèces plus tendres, parfaitement opaques, et d'un vert pâle, sont plus nombreuses qne celle-ci : on voir encore sur quelques montagnes de grandes couches d'amplibole et de schiste argilenx. Les dernières sont ordinairement répandues en grande quantité et en morceaux brisés sur la grève. Nos marins les appelaient lattes: nous avons ramassé en outre sur le rivage divers silex et des cailloux, des morceaux de basalte noir, compacte et pesant, dont plusieurs naturels font des patou-patous. J'ai aperçu en divers endroits des couches de roche noïrâtre, composée d'un mica noir et compacte, entremélé de petites particules de quartz. Le schiste ar-

gileux à souvent une apparence ronllée, ce qui

#emble annoncer la présence du fer, Cette circon-

tance et la variété des minéraux dont on vient de

parler , donnent lieu de croire que cette partie de la Nouvelle-Zélande contient des mines de fer et peut-être d’autres métaux. Avant de quitter ce lieu, nous découvrimes sur le bord de la mer de petits morceaux de pierre-ponce blanchâtre; ce qui, joint à la lave de basalte, est un nouvel indice de l'existence de volcans à la Nouvelle-Zélande.

« Le 25, nous recümes la première visite des naturels du pays (au nombre de cinq), qui dinerent avec nous. Le soir on les renvoya chargés de présens.

« Ils ressemblaient aux Zeélandais de la baie Dusky; mais ils paraissaient plus familiers et plus insoucians. Nous achetâmes leur poisson. Ils ne voulurent boire que de l’eau, et il ne fut pas possible de leur faire avaler une goutte de vin ou d’eaude-vie. Ils étaient si turbulens, que pendant le diner ils couraient d’une chambre et d’une table à l’autre ; ils dévoraient tout ce qu’on leur offrait, et aimaient passionnément l’eau sucrée. Ils mettaient les mains sur tout ce qu'ils voyaient, mais ils le rendaient au moment où on leur disait par signes que nous ne voulions ou que nous ne pouvions le leur donner. Ils estimaient singulièrement les bou: teilles de verre, qu'ils appelaient t4h4; dès qu'ils en apercevaient une , ils la montraient au doigt; ils tournaient ensuite leur main du côté de leur poitrine, en prononcant le mot mo#h, qu'ils em-

ployaient toujours quand ils désiraient quelque chose. Après qu'on leur eut indiqué l'usage et la

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ES VOYAGES. 65 dureté du fer, ils le préférèrent aux verroteries , aux rubans et au papier blanc. Nos matelots s'étant servi l'après-midi de leurs pirogues pour aller à terre , ils vinrent s’en plaindre au capitaine, dont äls connaissaient l'autorité sur l'équipage; on les leur rendit, et ils s’en allérent contens.

« Quelques jours après, ces Indiens revinrent à bord ; nous leur demandämes leur nom, mais ils ne nous comprirent qu'après différens signes : enfin, ils prononcèrent des mots qui avaient un singulier mélange de gutturales et de voyelles. Le plus vieux s'appelait Z'oouahänga , et les autres Kotoughd-a, Koghoaù, Kollékh, et Tayouaherioua: ce dernier, jeune homme de douze à quatorze ans, paraissait le plus vif et le plus intelligent de tous : il mangea avec voracilé d’un pâté de cormorans ; et, contre notre attente, 1l en préférait la croûte. On lui offrit du vin de Madère; il en but plus d’un verre, en faisant d'abord des contorsions; on lui présenta ensuite un verre de vin doux du Cap; et il aimait sifort celui-ci, qu'il léchait continuellement ses lèvres , et il en demanda un autre verre. Ce second Coup mit ses esprits en mouvement , il babilla avec une volubilité prodigieuse ; 1l cabriolait dans la chambre, il voulait qu'on lui donnât le manteau de mer du capitaine, et fut très afiligé de ce qu'on le lui refusa : 1l demanda ensuite une bouteille vide ; et comme nous ne jugeäñmes pas à propos de la lui laisser, il sortit très-imécontent. Aperccvant sur le pont quelques-uns de nos domestiques

EG HISTOIRE GÉNÉRALE qui phaient du linge, il saisit une nappe; mian ‘# comme on la lui arrachait, sa colère ne connu x} plus de bornes; il frappa du pied, il fit des mc jan naces , et devint de si mauvaise humeur qu'il nou qui vit pius la bouche. La conduite de ce jeun f, homme nous montra le caractère impatient de x à | peuples; eten déplorant l'effet des liqueurs fortes, pir nous pensämes qu'il était heureux qu'ils ne con. ent nussent aucune boisson enivrante ; car dans l'ivress veu. ils seraient encore plus farouches et plus indonÿ yn tables. #bir « Le 29, trente insulaires nous firent visite,© Tou nous apportérent une grande quantité de poisson prop qu'ils échangerent contre des clous, etc. Je men: agré. lun de ces Zélandais à Motouara , et je lui mont femn quelques pommes de terre qu’y avait semées M. Far nen, maître de /’ Aventure. Y1 semblait qu'elles de vaient réussir ; et l’Indien en était si charmé, qi de son propre gré il se mit à remuer la terre ax tour des plantes avec sa houe. On le condui ensuite aux autres jardins, et on lui fit voir k turneps, les navets, les carottes et les panais; r cines qui, avec les pommes de terre, leur ser | réellement plus utiles que tout ce que nous avoi qi semé d’ailleurs. Il nous fut aisé de leur donner u | idée de ces racines, en les comparant à celles qui

connaissaient.

« Parmi eux se trouvaient plusieurs femme:

On dont les lèvres étaient remplies de petits tro peints en bleu noirâtre : un rouge vif, avec

nappe ; Nials re ne connu il fit des meeur qu'il n'oude ce jeun 1patient de ca iqueurs fortes, qu'ils ne COnar dans l'ivress t plus indoni/r

firent visite, € tité de poisson s, etc. Je meni 1 je Jui montri tsemées M. Far lait qu'elles de si charmé, qi ner la terre at On le condui n lui fit voir l et les panais; rre, leur serû que nous avo!

leur donner ut ant à celles qui

asieurs femme:

s de petits tro ge vif, avec

Gr

mélange de craie et d'huile, couvrait leurs joues.

Elles avaient, comme celles de la baie Dusky, les jambes minces et torses, et de gros genoux ; ce qui provient sûrement du peu d'exercice qu’elles font, e de l'habitude de rester les jambes croisées, et presque continuellement accroupies sur leurs pirogues. Elles avaient le teint d'un brun clair, entre la conleur d'olive et celle d’acajou, les cheveux trés-noirs, le visage rond, le nez et les lèvres un peu épais, mais non point aplatis, les yeux noirs, assez vifs et ne manquant pas d'expression. Toute la partie supérieure de leur corps était bien proportionnée, et l'ensemble de leurs traits assez agréable, Nos matelots, qui n'avaient pas vu de femmes depuis le Cap, les trouvèrent très-belles ; et leurs avances ayant été accueillies, on ne put pas avoir une grande opinion de la chasteté des Zélandaises. Cependant, avant de se livrer, elles consultaient les hommes, qui faisaient acheter leur consentement par un présent. Il ne paraît point ‘que nos équipages aient eu des privautés avec des femmes marices : tant qu'elles sont filles, elles peuvent avoir des amans; mais le mariage leur impose une fidélité fort rigoureuse. Comme ils respectent si peu la continence, l’arrivée des Européens ne semble pas avoir dépravé leur morale en ce point; cependant ils ne se seraient peut-être Jamais avilis jnsqu'à vendre leur pudeur , si la vuc deinos outils de fer n'avait créé pour eux de nouveaux besoins.

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